• Aux camarades, visiteurs du blog, bienvenue ...

    la guerre entre la finance et le peuple est déclarée , chacun doit choisir son camp


     

    Le combat n'est jamais un échec, s'informer est déjà un pas vers la conscience.

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  • « Nous coûtons moins cher… »
     

    Des Etats-Unis au Burkina Faso, de l’Inde à la République dominicaine, dès l’âge de six ans, des enfants sont employés dans les exploitations agricoles, vestimentaires, aurifères…

    Ployant sous des sacs de gravats, de briques, ou de légumes… Se faufilant dans les mines de mica, en Inde, dans des tunnels si profonds qu’on « n’y entend rien », comme le confient des jeunes. Ou épuisés à trier du verre, inlassablement, dans les usines de bracelets, ou encore harassés par un labeur sans fin dans des ateliers de broderie indiens... En Caroline du Nord aussi, où des enfants de travailleurs illégaux mexicains sont recrutés pour la cueillette du piment.

    Dans son film Enfants forçats [1], le réalisateur Hubert Dubois recueille avec pudeur leurs témoignages, leurs espoirs — l’accès à l’éducation, la possibilité d’un travail —, soulignant leur lucidité, lorsque, interrogés sur la raison de leur embauche, ils répondent : « nous coûtons moins cher ».

    Enlevés, vendus, ces enfants corvéables à merci et payés chichement sont les victimes de patrons mafieux et d’entreprises « non concernées » travaillant pour des marques telles que Calvin Klein, Kohinoor… L’unique issue hors du cycle de l’esclavage, pour cette enfance prise en otage, repose sur le concours d’organisations non gouvernementales (ONG) comme Global March Against Child Labour, dirigée par Kailash Satyarthi, fondateur de l’ONG indienne Bba, un des principaux leaders de la responsabilisation de grandes marques internationales qui est à l’initiative d’actions choc menées pour venir au secours de jeunes séquestrés par leurs employeurs. Ces interventions d’une rare violence, Hubert Dubois les a filmées en Inde : les activistes y sont lynchés à mort alors qu’ils tentent de soustraire les enfants à leurs patrons. « Chaque jour est important, dans la vie d’un enfant », précise Satyarthi : « Si on ne les libère pas, c’est autant de jours perdus dans leur vie. »

    D’autres ONG, comme l’association Anape, au Burkina Faso, vont à la rencontre d’adolescents pour leur proposer une alternative au travail sur les sites aurifères ou à la mendicité. Ainsi ce petit Touareg, contraint de mendier dans les rues de Ouagadougou pour subvenir aux besoins de sa famille, et qui part de chez lui chaque matin comme s’il allait travailler : « Je gagne deux euros par jour. Mais parfois rien. » A la question : « Aimerais tu étudier ? », il répond : « Oui ! Mais cela n’est possible que si mes parents sont aidés ». Ou tel autre, âgé de dix ans, déclarant gagner huit euros par an à piler de la terre sur une mine d’orpaillage.

    En 1998, la marche mondiale des enfants vers l’ONU, à Genève, organisée pour réclamer l’adoption de la Convention 182 sur le travail infantile, a marqué une date symbolique dans ce combat. Mais, selon Hubert Dubois, on assiste actuellement à une régression laissant peu de chances de voir se réaliser l’objectif de 2016 — l’échéance donnée aux Etats signataires pour éradiquer les pires formes d’exploitation des enfants. « L’illettrisme engendre la pauvreté ; le meilleur investissement est donc l’éducation », insiste Sathyarti. « Or le monde ne dépense pas assez pour l’éducation des enfants : le combat contre le travail des enfants, le combat contre l’illettrisme, et le combat contre la pauvreté, doivent être menés ensembles ! »

    Par Dominique Godrèche le 15/05/ 2012 source La valise diplomatique (Monde diplomatique

    Transmis par Linsay

     http://www.rougemidi.fr/spip.php?article6863

    [1] Diffusé sur Arte le 29 mai à 20h45. Il a été présenté en avant-première lors de la 25e édition du Festival international de programmes audiovisuels (FIPA), à Biarritz (23-29 janvier 2012). Sortie du DVD le 5 juin (INA Editions).

     

    Voici 4 exemples édifiants tournés en République Dominicaine, aux Etats-Unis et au Burkina Faso :


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  • Les signes ont leur importance. Que l'avion de François Hollande ait été frappé par la foudre peu après son décollage n'est certainement qu'une coïncidence. Mais l'être irrationnel qui reste enterré dans notre subconscient ne peut que se demander si les dieux, en haut de leur Olympe, n'ont pas voulu adresser un message au nouveau président. Comme l'avion transportait le président pour une rencontre avec Angela Merkel, on peut en déduire que les dieux sont plutôt anti-euro, ce qui pourrait nous consoler de bien de choses en ce moment.

    Mais les signes ont encore plus d'importance lorsqu'ils sont volontaires et surtout attendus. Hollande a, sur beaucoup de points, évité de donner des indications précises sur ce que serait le fonctionnement de son gouvernement. Avec la publication de la composition du premier gouvernement Ayrault, nous avons une première idée. Et pas de quoi sauter de joie.

    Premier signe: un gouvernement pléthorique. Oubliées les promesses de gouvernement "resserré autour de 15 pôles ministériels". Le gouvernement annoncé hier compte 34 ministres dont 18 ministres "pleins". A titre de comparaison, le gouvernement le plus nombreux de l'histoire (1) de la cinquième République comptait 33 ministres dont 21 ministres pleins. Une fois nommés les secrétaires d'Etat, on risque de battre le record. Et ce n'est pas un hasard. En 1988, le gouvernement Rocard était pléthorique parce qu'il fallait faire plaisir à tout le monde: aux factions du Parti Socialiste, qui s'étaient entre-déchirées pendant deux ans, d'abord. Mais aussi aux ministres "d'ouverture au centre" et à la société civile. Hollande, lui aussi, doit faire plaisir à beaucoup de monde. D'abord aux factions socialistes: c'est le prix de leur ralliement à sa candidature, ralliement qui lui a permis d'aller à la bataille avec l'ensemble du Parti derrière lui et de ne pas tomber dans le trou qui avait été fatal à Ségolène Royal. Mais Hollande doit aussi acheter les alliés écologistes, avec qui il espère toujours pouvoir constituer une majorité "au centre" qui le rende moins dépendant de la "gauche radicale". C'est pourquoi la lecture de la liste des membres du gouvernement s'apparente à une liste des ténors des différents "courants" du PS. Il y a là un savant saupoudrage de "fabiusiens", "ségolénistes", "aubrystes" et bien entendu "hollandistes" (de fraîche date ou pas). Le choix des ministres ne nous dit rien sur les arbitrages que le Président ou le Premier ministre ont pu faire entre telle ou telle orientation politique. Les ministres choisis l'ont finalement été moins à cause de leur engagement idéologique qu'en fonction de leurs liens avec tel ou tel "parrain", telle ou telle "famille".

     Deuxième signe, encore plus inquiétant: la disparition complète de l'industrie. Pour la première fois depuis très longtemps (depuis 1945, au moins...), l'industrie ne figure dans l'intitulé d'aucun des ministères. On a effacé le terme dans le "ministère de l'économie, des finances et de l'industrie" devenu "ministère de l'économie, des finances et du commerce extérieur". On a supprimé le ministère de l'industrie lui même. On donne à Montebourg un ministère pompeusement intitulé "du redressement productif" qui évite soigneusement de prononcer le terme "industrie". Faut-il voir un signe ?

     Il est vrai que l'industrie, c'est pas important. En tout cas, moins que "l'égalité des territoires", "l'économie sociale et solidaire" ou la "vie associative", qui chacune aura un ministre pour la prendre en charge. On assiste en effet à une floraison de formules qui sentent bon le postmodernisme "sociétal", quelquefois jusqu'au comique. Les gouvernements Mauroy et Rocard avaient ses ministres "du temps libre" ou "des handicapés de la vie". Le gouvernement Ayrault aura son "ministre délégué à la réussite éducative". Il faut croire qu'on ne peut pas faire confiance au ministre de l'éducation nationale pour s'occuper tout seul de la réussite des élèves.

    Ce gouvernement confirme mes pires craintes. La gauche, qu'elle soit "sociale-libérale" ou "radicale", a définitivement abandonné les couches populaires à l'abstention et au Front National. Qui peut penser que les intitulés des ministères tels qu'ils ont été choisis pourraient encourager l'électorat populaire à penser que ses préoccupations seront entendues ? Où sont les priorités données à la production, à  l'industrie, à la sécurité lorsqu'on constate que ces mots   ont disparu des intitulés, qui dégoulinent au contraire de bienpensance vide ? Pourquoi considère-t-on comme une évidence l'existence d'un "ministère des droits de la femme" et d'un "ministère en charge des personnes handicapées", mais on ne voit nulle part apparaître un "ministère des droits des travailleurs", "des droits des chômeurs" ou des "droits des retraités modestes" ?

     

    Descartes

    (1) il s'agit du gouvernement Rocard II. Il comptait 49 membre entre ministres et secrétaires d'Etat. Ce qui avait inspiré à Michel Charasse un beau mot qui mérite d'être rappelé: "un ministre de plus, et nous avions un comité d'entreprise".


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  • Redressement productif ?

    Hollande et Montebourg ont 15 jours pour sauver Fralib

    Par Sophie Chapelle (17 mai 2012)

    Hollande et Montebourg ont 15 jours pour sauver Fralib

    Le dossier « Fralib » pourrait se retrouver en haut de la pile du nouveau ministère en charge du redressement productif. La justice vient d’ordonner l’expulsion des salariés de cette usine de conditionnement de thés et infusions de la multinationale Unilever à Gémenos (Bouches-du-Rhône), à partir du 1er juin. Dans son ordonnance du 16 mai [1] le juge des référés du tribunal de grande instance de Marseille précise que, pendant le délai de quinze jours « ainsi accordés », « il appartiendra aux parties de rechercher le dialogue par tels moyens qu’elles jugeront appropriés ».

    « Aucun boulon ne sortira de Gémenos », annoncent les Fralibiens, déterminés à faire aboutir dans les meilleurs délais leur projet alternatif à la délocalisation en Pologne (voir notre reportage). Dans un courrier à Arnaud Montebourg [2], ils demandent l’organisation rapide d’ « une table ronde regroupant notamment les ministères concernés, les syndicats des salariés, les collectivités territoriales, le groupe Unilever ». François Hollande, alors candidat à l’élection présidentielle, l’avait lui-même demandé le 24 février dernier. Et avait rendu visite aux salariés pendant la campagne. C’est le moment ou jamais d’assumer ses promesses.


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  • Energie nucléaire : Le nouveau challenge africain

    15 mai par Samir Abi

    Energie nucléaire : Le nouveau challenge africainVienne, Autriche, le 10 mai 2012, à la veille de la fin de la première session du comité préparatoire de la conférence d’examen du traité de non prolifération des armes nucléaires, le représentant du Nigeria a annoncé la volonté de son pays d’arriver, d’ici 2020, à la mise en route de sa première centrale nucléaire. Cette déclaration démontre l’intérêt de plus en plus ostensible sur le continent pour l’énergie nucléaire. Bien que grande pourvoyeuse d’uranium, l’Afrique ne dispose, jusqu’à maintenant, que de deux centrales nucléaires sur les 430 en activité dans le monde. Les deux centrales étant situées en Afrique du Sud, cela confère à ce pays un rôle de leadership continental sur la question. Ayant entrepris, pendant la période de l’apartheid, des recherches visant à fabriquer une bombe atomique, l’Afrique du Sud a acquis une certaine maîtrise de la technologie nucléaire. Aujourd’hui, une concurrence est née sur le continent afin de casser ce monopole nucléaire. Le Nigéria et l’Egypte témoignent depuis quelques années de la volonté de certains pays africains de se doter, eux aussi, de l’énergie nucléaire, ce qui est encouragé par les pays du Nord qui cherchent de nouveaux marchés pour leur industrie nucléaire et par la Banque mondiale qui offre des prêts alléchant aux pays demandeurs. Plusieurs raisons justifient cette ruée vers le nucléaire.

    La première, selon ces pays du Sud, est la nécessité de disposer de ressources énergétiques suffisantes pour faire face au défi du développement. Cette raison pourrait être acceptable si parmi les pays en quête d’énergie nucléaire sur le continent ne figuraient pas des pays, comme le Nigéria, l’Algérie et le Soudan, qui ont d’immenses ressources pétrolières dont la gestion est fort peu efficace. L’autre grande raison invoquée pour justifier le recours à l’énergie nucléaire est le changement climatique car l’Afrique ainsi que la plupart des pays du Sud seront les plus touchés. Afin d’atténuer ce phénomène une importance particulière est accordée aux énergies non polluantes en lieu et place des énergies fossiles comme le pétrole. Malgré l’opposition de la société civile et les problèmes liés au traitement des déchets radioactifs des centrales, le nucléaire est placé parmi ces énergies non polluantes à faible émission de carbone. L’ultime raison mise en avant pour la construction de centrales nucléaires est la crise énergétique sur le continent. Par exemple, confronté à des problèmes énergétiques récurrents, l’ancien président du Sénégal, Abdoulaye WADE, s’est vu proposer la construction d’une centrale nucléaire par la France.

    Pourtant bien des inquiétudes sont à relever quant au recours à cette énergie en Afrique. Une de ces craintes est le coût de la construction des centrales nucléaires qui est bien souvent difficile à estimer. La France, elle-même, malgré toute son avancée technologique, peine à maîtriser celui de la construction de sa centrale EPR de dernière génération à moins de 5 milliards d’euros. Une autre, et non des moindres, est que le transfert technologique que représente la construction de centrales nucléaires en Afrique est une aubaine financière à la fois pour les industries nucléaires (AREVA en particulier) et les banques. Dans des États d’Afrique déjà lourdement endettés, on imagine facilement que les montages financiers pour la construction de centrales nucléaires aggraveraient leur dette publique.

    L’autre inquiétude majeure est la maintenance des centrales. Les populations africaines ont encore en mémoire la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon. D’où les inquiétudes fortes sur la capacité de maintenance des centrales nucléaires qui seront sur le continent afin d’éviter des catastrophes similaires. L’expérience Sud-africaine est certes vantée en la matière. Mais le changement climatique et le stress hydrique annoncé sur le continent reste un danger dont nul ne peut prévoir la portée quand on sait l’importance de l’eau dans le refroidissement des réacteurs nucléaires. En réponse à ce problème l’Afrique du Sud a initié, grâce à l’énergie fournie par sa centrale nucléaire de Koeberg, la désalinisation des eaux de mer. Cela, au-delà du refroidissement des réacteurs de la centrale nucléaire, devrait favoriser l’agriculture et d’autres secteurs touchés par le manque d’eau suite aux changements climatiques. Cette technique représente toutefois un vrai danger pour l’écosystème et les ressources aquatiques.

    Une dernière préoccupation légitime sur le nucléaire en Afrique est la question de la sécurité internationale. Les tensions dans le monde à propos des nucléaires iranien et nord coréen amènent à craindre le détournement de la technologie nucléaire dans des pays africains fort peu stables politiquement. La crise actuelle au Mali dont l’occupation du Nord par des groupes rebelles imprévisibles et incontrôlables démontre un peu plus la difficulté que peut représenter la gestion de la technique nucléaire en Afrique. L’Afrique est le dernier continent à s’être déclaré zone exempte d’arme nucléaire après la ratification en 2009 par 28 pays africains du traité de Pelindaba. Ce traité, signé en 1996, interdit toute recherche, fabrication, acquisition, dépôt et tests d’armes nucléaires sur le continent. A la fin 2011, 32 pays africains avaient ratifié ledit traité. Toutefois, au vu des nombreuses ressources d’uranium sur le continent, l’application de ce traité sera difficile dans les prochaines années. La corruption et la mauvaise gouvernance peuvent faire basculer ces ressources stratégiques dans des mains peu recommandables. Selon les experts de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), l’uranium actuellement utilisé par l’Iran et la Corée Nord pour leurs programmes nucléaires proviendrait de la mine de Shinkolobwe dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), celle-là même dont a été extrait l’uranium qui a servi aux bombes d’Hiroshima et Nagasaki. Un œil attentif doit donc être gardé sur ce sujet.

    Certes la nécessité de ressources énergétiques suffisantes pour l’Afrique n’est pas à démontrer. A peine 20% des ménages africains disposent de courant électrique sur un continent qui regorge d’énormes ressources énergétiques. L’urgence est non au développement du nucléaire mais à l’expansion des énergies renouvelables et socialement viables, comme l’éolienne, l’énergie solaire et les énergies liées à la biomasse. Ces énergies ont l’avantage d’être à moindre coût par rapport au nucléaire. Pourtant les pays développés privilégient encore sur le continent la construction de barrages et l’expansion du nucléaire au détriment d’énergies renouvelables. Il est de l’intérêt de l’Afrique, au regard de la dette écologique héritée de l’exploitation de l’uranium sur le continent et des nombreux essais atomiques dans le désert algérien, que les pays du Nord en réparation des dommages subis, concèdent gratuitement leur technologie au continent, et ceci, non pas au nom de l’aide, mais pour la justice.

    http://www.cadtm.org/Energie-nucleaire-Le-nouveau


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  • Colombie

    L’arme médiatique

    Loic RAMIREZ


    Suite à la capture au combat du journaliste français Roméo Langlois, les FARC posent la question du rôle des médias dans le conflit colombien

    Il aura fallut presque 8 jours d’attente pour qu’enfin le secrétariat des Forces armées révolutionnaires de Colombie-armée du peuple (FARC-EP) annonce publiquement détenir le journaliste français Roméo Langlois. Publié par l’agence d’information Anncol (Agencia nacional nueva Colombia, Agence nationale nouvelle Colombie) sur leur site le 6 mai 2012, le communiqué confirme que M.Langlois est entre les mains d’unités du XV Front de la guérilla [1]. Celui-ci est fait prisonnier le 30 avril 2012 dans la province du Caqueta, dans le Sud du pays, lors d’un accrochage entre l’unité militaire qu’il accompagnait et les forces rebelles. Selon la plupart des témoignages, il semble avoir été blessé durant l’affrontement et s’est alors lui-même rendu aux insurgés [2]. Journaliste à France 24, Roméo Langlois a déjà réalisé des reportages sur le conflit colombien et est connu de la guérilla paysanne [3].

    Extrait du communiqué :

    « La détention en qualité de prisonnier de guerre du journaliste français Roméo Langlois par des unités du XV Front des FARC-EP met en lumière les choses suivantes :

    1.Les journalistes que les forces armées colombiennes emmènent avec elles en opérations militaires ne respectent pas l’objectif impartial d’informer sur la réalité, sinon celui de manipuler celle-ci pour qu’elle serve le projet de guerre contre le peuple colombien.

    2.Il est bon de se demander quelle aurait été la réaction des autorités colombiennes si un journaliste qui, avec une saine volonté d’informer, aurait accompagné des unités de guérilla et était ensuite capturé par l’armée régulière lors d’un combat. (…)

    • Roméo Langlois portait une tenue militaire de l’armée régulière en plein combat. Nous pensons que le minimum que l’on peut attendre pour la récupération de sa totale mobilité est l’ouverture d’un débat national et international sur la liberté d’informer » [4].
    • Dès la publication du communiqué la condamnation est unanime. « Les prisonniers ne sont, ne peuvent être et ne seront jamais des prisonniers de guerre » a déclaré le président Juan Manuel Santos [5]. Le ministre de la défense, Juan Carlos Pinzon, a pour sa part affirmé que les FARC « tentent de créer un exercice médiatique au lieu de libérer rapidement ce journaliste » [6].

    La guérilla a en effet étonné le pays en exigeant que s’ouvre un débat autour de la liberté d’expression et sur le rôle des médias dans le conflit. « Une offense » selon le vice-président colombien Angelino Garzon, pour qui il ne peut y avoir de débat avec les “violeurs des droits humains” [7]. « Nous ne pouvons accepter qu’il soit (R.Langlois) prisonnier de guerre, car la seule arme qu’il avait était sa caméra, outil universel des journalistes » a-t-il poursuivi [8]. C’est là justement que se situe le débat. Pour celle que l’on considère la plus vieille guérilla du continent, la caméra est un acteur déterminant du conflit, comme l’indique le communiqué : « La conception contre-insurrectionnelle de l’état colombien vise à impliquer dans la guerre, en sa faveur, tout le monde, y compris la presse. Qu’une caméra puisse jouer le rôle d’une arme est corroboré par la manipulation médiatique quotidienne dans notre pays » [9]. Si comme le disait Mao l’insurgé « doit être au sein du peuple comme un poisson dans l’eau » il est de l’intérêt du gouvernement “d’assécher” totalement le milieu dans lequel se développe l’insurrection. En découle une guerre de l’information visant à nier toute essence politique de l’adversaire, résumant les FARC à n’être plus qu’une bande de “narco-terroristes” et ce surfant sur les années post 11 septembre 2001. David Galula, stratège français, l’a écrit dans son manuel de la contre-insurrection : « la victoire n’est pas la destruction des forces insurgées et de leur appareil politique dans une région donnée (...) La victoire est cela, plus la rupture définitive des liens entre l’insurgé et la population » [10].

    Les mots prennent alors toute leur importance. Bien que la guérilla déclare en février 2012 renoncer aux enlèvements à des fins économiques, la capture du journaliste en plein combat est assimilé à une trahison vis à vis de cet engagement. Le dirigeant guérillero Ivan Marquez a personnellement répondu, dans une lettre, à la journaliste Maria Jimena sur ce point : « Timoleon Jimenez, notre commandant, a consulté tous les blocs et la vérité est qu’aucun ne détient des personnes avec cette intention (...) Vous dites ne pas nous croire lorsque nous annonçons la fin des rétentions économiques, de plus vous nous exigez encore et encore des gestes en direction de la paix, et pas un seul au gouvernement. Peut être s’est évaporé de votre mémoire le fait que nous ayons libéré unilatéralement 500 prisonniers de guerre capturés au combat, ne recevant de l’état aucune réciprocité » [11]. Devant la déferlante de critiques de la part de la communauté médiatique sur la libération de Langlois contre l’ouverture d’un débat, peu sont ceux qui y ont apporté un point de vue divergent. Le journaliste Jorge Enrique Botero est de cela. Dans une interview à Radio Nederland il s’est déclaré favorable au questionnement du traitement médiatique de la guerre, « durant cinq décennies les FARC ont été totalement vilipendées, déformées et manipulées au niveau médiatique, et maintenant elles considèrent qu’il est temps de mettre les choses sur la table » [12].

    Comme un pied de nez à l’affaire, un journaliste colombien, Luis Ernesto Almario, exilé en Australie (c’est déjà un argument de débat) s’est prononcé pour un échange entre Roméo Langlois et le journaliste Joaquin Pérez Becerra, arrêté par Caracas en avril 2011 [13]et exigé par Bogota pour de supposés liens avec la guérilla. Proposition immédiatement refusé par le Ministre de la Défense.

    Au niveau international ce débat aurait pourtant lieu d’être. Les Etats Unis, si prompts à défendre la “liberté” face aux “dictatures”, se sont payé le luxe d’interdire le journaliste franco-colombien Hernando Calvo Ospina de survol de son territoire. Une proscription qui a empêché celui-ci, par deux fois, de prendre l’avion, et ce récemment : le 6 mai 2012, un vol à destination de Cuba [14]. La France, si ce n’est lorsque l’un de ses ressortissant est retenu prisonnier (comme Ingrid Betancourt à l’époque, Roméo Langlois aujourd’hui) ne traite quasiment jamais de l’actualité du pays andin. La guérilla n’y est traitée que comme le résultat d’un folklore éternel issu des pays latino-américains, mêlant dans l’imaginaire narcotrafiquants et barbus avec fusil à l’épaule. Combien sont ils à connaître les racines de cette insurrection paysanne de plus de 50 ans ? Combien savent ce qu’il en a coûté à ces femmes et ces hommes en armes d’emprunter les voies démocratiques en 1985 sous le drapeau de l’Union Patriotique ? Combien, lorsque Roméo Langlois rentrera en France, se pencheront sur le sort des syndicalistes et dirigeants de gauche assassinés par les groupes paramilitaires ?

    Divulgué par l’agence d’information cubaine Prensa Latina, un communiqué des FARC, datant du 13 mai, annonce la prochaine libération de Roméo Langlois. Il termine par : « Une fois libre, le journaliste Langlois pourra terminer d’accomplir le rôle espéré par le gouvernement de Colombie, ses forces armées et ses grands médias. Du contraire, il pourra rester fidèle à sa conscience et se référer à la vérité ; si tel est le cas, il se peut que ceux qui aujourd’hui exigent sa libération immédiate s’acharnent sur lui jusqu’à le détruire complètement » [15].

    Loïc Ramirez

    [1] http://anncolprov.blogspot.fr/2012/05/el-secretariado-de-las-farc-ep-ahora.html

    [2] http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120504.OBS4747/colombie-qu-est-il-arrive-a-romeo-langlois.html

    [3] Voir son reportage : http://www.youtube.com/watch?v=J6A8uLhCvXo

    [4] http://kaosenlared.net/america-latina/item/17396-el-secretariado-de-las-farc-ep-confirma-que-la-guerrilla-tiene-en-su-poder-el-reportero-francés.html

    [5] http://www.eltiempo.com/justicia/polemica-por-condicion-que-impuso-farc-para-liberar-a-langlois_11742285-4

    [6] http://www.eltiempo.com/justicia/farc-condiciona-la-liberacion-de-romeo-langlois-a-debate-sobre-derecho-a-informar_11736381-4

    [7] http://www.caracol.com.co/noticias/actualidad/debate-propuesto-por-las-farc-es-un-atropello-a-la-libertad-de-expresion-vicepresidente/20120508/nota/1683977.aspx

    [8] Ibid

    [9] http://kaosenlared.net/america-latina/item/17396-el-secretariado-de-las-farc-ep-confirma-que-la-guerrilla-tiene-en-su-poder-el-reportero-francés.html

    [10] Contre-insurrection, théorie et pratique, Dadivd Galula, Economica, 2008, page 115

    [11] http://www.resistencia-colombia.org/index.php?option=com_content&view=article&id=1287:ivan-marquezintegrante-del-secretariado-del-estado-mayor-central-de-las-farc-ep&catid=22&Itemid=37

    [12] http://www.pacocol.org/index.php?option=com_content&task=view&id=12848

    [13] Voir l’article sur http://www.legrandsoir.info/Les-amis-et-les-ennemis.html

    [14] http://www.cubainformacion.tv/index.php/america-latina/43151-prohiben-volar-con-air-europa-a-hernando-calvo-ospina-

    [15] http://www.prensa-latina.cu/index.php?option=com_content&task=view&id=506302&Itemid=11

    URL de cet article 16709
    http://www.legrandsoir.info/l-arme-mediatique.html

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    L’ancien ministre de l’Intérieur Claude Guéant a fait passer en douce des décrets renforçant le fichage de la population française. Des fichiers qui compilent des éléments sur l’origine ethnique, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses et même la vie sexuelle des individus ! Revue de détail sur ces fichiers Stic, Judex et TPJ dont beaucoup ignore l’existence mais qui, eux, ne vous oublient pas.

    Avant son départ, Claude Guéant a lancé une dernière salve, sur le front du fichage. Plusieurs décrets ont été publiés en hâte pour venir parachever son œuvre sécuritaire. Dimanche 6 mai, un décret publié au Journal Officiel entérine la fusion des fichiers d’antécédents judiciaires de la police et de la gendarmerie. Le nouveau fichier – TPJ, pour « Traitements de Procédures Judiciaires » – mis en place d’ici le 31 décembre 2013, recensera les auteurs et les victimes des délits. Dans ce fichier : nom, adresse, sexe, photo, date et lieu de naissance… Mais aussi des menus déroulants permettant de préciser : « aspect visage », « aspects cheveux », « longueur cheveux », « type pilosité », « accent », « défaut prononciation »... Et des données sensibles, « laissant apparaître les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci », prévient la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil).

    Le fichier permettra également la « comparaison automatisée de photographies, notamment la comparaison biométrique de l’image du visage des personnes, » décrit la Cnil, qui relève que « c’est la première fois qu’elle est saisie par un service de l’État d’une demande d’avis sur un traitement reposant sur cette technologie. » Dans son avis, la Cnil conclut que « cette fonctionnalité d’identification (par reconnaissance faciale, ndlr), voire de localisation, des personnes à partir de l’analyse biométrique de la morphologie de leur visage, présente des risques importants pour les libertés individuelles, notamment dans le contexte actuel de multiplication du nombre des systèmes de vidéoprotection. » La durée de conservation des données est précisée : 5 ans pour les contraventions, jusqu’à 40 ans pour les délits les plus importants, 15 ans maximum pour les victimes. Des durées supérieures aux délais de prescription de l’action publique...

    Des fichiers plein d’erreurs et non sécurisés

    La fusion du Système de traitement des infractions constatées de la police nationale (STIC) et du système Judiciaire de documentation et d’exploitation de la gendarmerie (JUDEX) a été décidé dans le cadre de la Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi 2). Ces fichiers font depuis longtemps l’objet de critiques de la Cnil. Le fonctionnement du Stic a fait l’objet d’un contrôle de la Cnil pour la première fois en 2009. Le rapport fait état de nombreuses erreurs et usages non sécurisés : la commission a ainsi constaté « des pratiques peu sécurisées telles des mots de passe inscrits sur des papiers à côté de l’ordinateur, la transmission des mots de passe par écrit dans des plis non cachetés, l’absence de tenue de registre des changements de mot de passe au sein des commissariats ou des SRPJ. » Ainsi que l’absence totale de système d’alerte permettant « de détecter des utilisations anormales de cet énorme fichier auquel 100 000 fonctionnaires peuvent accéder et qui donne lieu à 20 millions de consultations par an. »

    La fiabilité-même du fichier est remise en cause : la Cnil rapporte « des erreurs de saisie du motif pour lequel une personne figure dans le Stic (victime / mise en cause) » ! 17 % seulement des fiches consultées à la demande des personnes concernées sont exactes, pointe encore la Cnil [1]. 6,5 millions de personnes mises en cause figuraient au Stic en 2011, contre 3,96 en 2009. Et 38 millions de fiches relatives à des victimes d’infraction, contre 28 millions en 2009, selon un rapport publié en décembre dernier par les députés Delphine Batho (PS) et Jacques Alain Bénisti (UMP). Une grande partie de la population française y est donc fichée !

    Des fichiers revendus à des entreprises privées

    Les députés déplorent que leurs précédentes recommandations sur ces fichiers soient « à de rares exceptions près, restées lettre morte ». « Les droits de personnes inscrites au sein des fichiers d’antécédents judiciaires [Judex et Stic] n’ont connu que peu d’avancées ces deux dernières années », déplorent-ils. La sécurisation du fichier de gendarmerie Judex laisse autant à désirer. Le groupe Eurodisney et trois ex-gendarmes, dont deux retraités reconvertis en détectives privés, ont été renvoyés en mars 2012 devant le tribunal correctionnel pour enquête illégale sur des candidats à l’embauche. Les gendarmes sont accusés d’avoir consulté et revendu des milliers de fiches Stic et Judex entre 1998 et 2004. Des informations exploitées par Eurodisney lors de ses recrutements.

    « TPJ sera le Stic et Judex en pire, car il procède à la fusion de ces deux fichiers, sans mise à jour préalable des données personnelles déjà enregistrées ni réelle modification structurelle. TPJ devient invraisemblablement un méga casier d’antécédents policiers intimes », estime Philippe Pichon, commandant (honoraire) de la Police nationale, dans une chronique publiée sur Mediapart. « Il a été indiqué par la Cnil que certains policiers qui reçoivent la plainte d’une personne se disant victime dans une affaire, consultaient préalablement le fichier Stic pour vérifier si celle-ci n’était pas déjà « connue des services » en tant que « mise en cause » dans une affaire précédente », décrit-il.

    Des fichiers alimentés par Facebook ou Twitter

    À quoi servira le fichier géant TPJ ? Pas seulement aux investigations judiciaires. Il pourra être consulté « dans le cadre des enquêtes administratives préalables à une décision de recrutement, d’autorisation, d’agrément ou d’habilitation concernant certains emplois, à l’occasion de l’instruction des demandes d’acquisition de la nationalité française et de délivrance de titres de séjour », précise la Cnil, qui rappelle à nouveau « l’existence de risques graves d’exclusion sociale et d’atteinte aux libertés individuelles, ainsi qu’au respect des droits des personnes que comporte cette utilisation administrative des fichiers de police judiciaire ». Ce type de consultation est susceptible de concerner plus d’un million d’emplois, estime la Cnil.

    Autre héritage laissé par Claude Guéant : le « fichier d’analyse sérielle », prévu par la loi Loppsi 2. Et publié au JO. du 8 mai, après la défaite électorale de Nicolas Sarkozy. Un fichier qui permet de comparer tous les éléments liés à une infraction – si celle-ci est passible d’au moins cinq ans d’emprisonnement, qu’elle implique une mort inexpliquée ou bien une disparition. Un processus très étendu, puisqu’il est « alimenté par les appels téléphoniques, mais aussi les logs ou toutes les activités sur les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter dans le périmètre de l’infraction. Des sources ouvertes, donc, ou fermées comme les IP, numéros de téléphone, données détenues par les FAI (fournisseur d’accès à internet, ndlr) », explique le site PC Inpact.

    Un fichier qui n’oublie rien

    Là encore, la Cnil n’a pas dû apprécier le décret du 8 mai, qui vient définir les modalités du droit d’accès indirect et du droit de rectification de ces fichiers d’analyse sérielle : « Aucune disposition ne précise les conditions de décision du procureur de la République en matière de maintien, dans les traitements concernés, des données des personnes en cas de décision de relaxe ou d’acquittement devenue définitive, en cas d’effacement ou de décision définitive de non-lieu et de classement sans suite pour insuffisance de charges », estime la Cnil dans son avis.

    En cas d’acquittement ou de non-lieu, impossible de faire valoir ses droits de rectification directement auprès du gestionnaire du fichier. Selon la loi du 6 janvier 1978, tout citoyen a un droit d’accès direct et de rectification à son éventuelle fiche, sauf s’il s’agit d’informations intéressant « la sûreté de l’État, la défense ou la sécurité publique ». Claude Guéant a étendu cette dérogation aux fichiers d’analyse sérielle. Pour consulter ce qui figure sur sa fiche, pour savoir si l’État vous considère comme musulman gay avec un accent auvergnat ayant un jour acheté une broutille à l’épicerie de Tarnac, il faudra désormais passer par… la Cnil [2] !

    40 millions d’empreintes digitales doivent être effacées

    Pour la Ligue des droits de l’Homme, la publication de ces deux décrets est « un nouveau mauvais coup contre les libertés publiques. L’ex-ministre de l’Intérieur est parti, mais en tentant de parachever son œuvre de contrôleur généralisé. » Reste à savoir ce que fera le nouveau gouvernement face à ces décrets. Claude Guéant, quant à lui, a été assigné pour « voie de fait » par cinq personnes, qui n’ont pas pu recevoir de passeport biométrique, après avoir refusé de laisser huit empreintes digitales lors du dépôt de demande (lire également cet article). La puce du passeport ne contient que deux empreintes, mais huit empreintes sont toujours demandées... et collectées dans un fichier. Le Conseil d’État a donné raison aux plaignants en octobre dernier, jugeant le passeport biométrique français non conforme avec la législation européenne. Mais l’État a tardé à modifier la loi.

    Le ministère de l’Intérieur a finalement publié le décret d’application mi-avril. « Le ministère s’était engagé à détruire les empreintes collectées. Mais nous n’en avons pas la preuve, » explique leur avocat. L’audience a eu lieu le 15 mai, pour obtenir une réponse sur le sort réservé aux 40 millions d’empreintes recueillies illégalement. L’État a enclenché une procédure pour gagner un délai... Le temps de faire oublier les décisions sécuritaires prises par l’ancien gouvernement ?

    Agnès Rousseaux

    Notes

    [1] « Sur le nombre des investigations effectuées dans le cadre du droit d’accès indirect à la demande de particuliers, il est vrai, entre le 1er janvier et le 31 octobre 2008, il s’avère que seules 17 % des fiches de personnes mises en cause étaient exactes ; 66 % ont fait l’objet d’une modification de portée variable (changement de durée de conservation, de qualification pénale, etc.) ; 17 % ont été purement et simplement supprimées du fichier. » Source : Cnil

    [2] Art. R. 40-36.-Les demandes de rectification ou d’effacement des données émanant des personnes concernées peuvent être adressées soit directement au procureur de la République territorialement compétent ou à un magistrat désigné conformément aux articles 230-9 et 230-14, soit, par l’intermédiaire de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, au responsable du traitement. Source

     


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  • tel-aviv nakbaLes étudiants de l'université de Tel-Aviv bravent la loi israélienne et commémorent la « Nakba », la catastrophe du peuple palestinien provoquée par la création de l’État israélien

     

     

    Article AC pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/ et pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

     

    La commémoration qui s'est tenue ce lundi 14 mai à l'Université de Tel-Aviv est historique. Au lieu de fêter la journée d'indépendance d’Israël, les étudiants ont organisé une initiative pour se souvenir de la Nakba, soit la catastrophe vécue par un peuple palestinien, déraciné et dépossédé, après la création de l’État israélien en 1948.

     

    Organisée place Antine, à l'entrée de l'université, cette cérémonie est une initiative des étudiants du Hadash, cette coalition menée par les communistes, mais a su rassembler large puisque près d'un millier d'étudiants, juifs et arabes, sont venus se souvenir de ce moment douloureux de l'histoire du peuple palestinien.

     

    Un acte courageux car depuis la « Loi sur la Nakba » adoptée en mars par la Knesset, toute commémoration de la journée d'indépendance Israélienne comme un jour de deuil est un délit.

     

    Devant la mobilisation étudiante, l'Université a toléré cet événement tout en y posant des conditions draconniennes : refus de l'emplacement initial près du bâtiment des sciences sociales, rémunération des agents de sécurité de l'université par les étudiants, ou encore interdiction d'afficher des posters, signes distinctifs ou des drapeaux.

     

    La cérémonie s'est déroulé de façon sobre avec la lecture d'un poème de l'écrivain Palestinien Mahmoud Darwich, une minute de silence, et une lecture alternative de la prière « Yikzor », réservée traditionnellement aux soldats morts au front.

     

    Elle n'a été perturbée que par une contre-manifestation organisée par une petite centaine de militants de l'extrême-droite sioniste qui ont insulté les manifestants, leur lançant des « Retournez en Syrie », « Non à l'islam fasciste » ou encore « Traîtres de gauchistes ».

     

    Toutefois, la manifestation, par son nombre et son caractère œcuménique n'en fut pas moins une réussite. Car la commémoration n'a pas été conçue comme une manifestation communautaire, mais bien comme une démonstration d'unité entre Juifs et Arabes autour d'une catastrophe humaine :

     

    tel-aviv nakba2« Il s'agit d'une idée nouvelle, une cérémonie dans un cadre universitaire pas seulement pour les étudiants Arabes mais pour tout le monde », déclarait avant l'initiative Safi Kadaan, étudiant en sociologie et un des organisateurs.

     

    « Nous parlons d'une catastrophe dont toute l'humanité doit être consciente. Le contexte historique sera présenté lors de la cérémonie, aucun hymne ne sera joué, car il s'agit d'une question humaine, pas seulement d'une question nationale. », a ajouté Safi Kadaan.

     

    Autre organisatrice de l'initiative, membre du Comité central du PC d’Israël, Noa Levy, étudiante en droit, abonde dans le même sens, insistant sur la reconnaissance de cette tragédie :

     

    « L'idée derrière la cérémonie, c'est qu'il y ait une reconnaissance concrète des souffrances et de la douleur qu'a causé le gouvernement à ces gens qui vivaient sur ces terres. C'est moins une question politique-nationale, et plus une question de reconnaissance de la tragédie qui s'est déroulé ici ».

     

    L'occasion de conclure pour elle sur la nécessité de renforcer l'unité entre Juifs et Arabes contre les partisans du statu quo colonialiste :

     

    « Chaque année, diverses formations politiques organisent des initiatives centrées sur la Nakba, dans une tentative d'en faire le point central des relations entre Juifs et Arabes dans le coin. Ce qui n'a jamais été fait, et l'heure est venue de le faire, c'est de commémorer la Nakba d'une autre façon, la rendant accessible au public Israélien – un événement pour se souvenir de la tragédie et des grandes souffrances endurées par ceux qui étaient ici avant 1948, nombre d'entre eux y vivant encore ».


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  • Le Creusot il y a un siècle : diaporama

    Les photos d'archives proviennent de l'écomusée du Creusot

    Cliquez sur la photo.
     
     
     

    6/21 - Le Creusot : au premier plan, le clocher de l’église Saint-Laurent

     
    Les hommes du et de fer
    Ce sera le thème en deuxième partie de soirée sur Arte le mardi 22 mai. Avec notamment l'évocation des Schneider au Creusot.

    Mardi 22 mai sur Arte
    « Les hommes du fer » à 22h35
    « Les hommes de fer » à 23h30

    Un volet thématique en deux parties qui relate l’industrie sidérurgique du XIXe siècle et son essor qui va engendrer la révolution industrielle.
    A partir de 1945, la sidérurgie devient le fer de lance de la reconstruction européenne, puis plus récemment le déclin avec les fermetures massives des usines.
    Ce documentaire réalisé par Anaïs et Olivier Spiro raconte l’histoire de la sidérurgie franco–allemande par la voix de ceux qui en ont été les acteurs, salariés et patrons de quatre grandes entreprises familiales de la Rhur (Krupp et Thissen), du Creusot (Schneider) et de Lorraine (De Wendel).

    Vous pouvez trouver tous renseignements utiles sur les sites internet et les programmations télé.
    Vous pouvez aussi cliquer sur le lien suivant : http://www.arte.tv/fr/Les-Hommes-de-fer/6619486.html. Avec des extraits vidéo. 

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  • La composition du gouvernement Ayrault dévoilée, Fabius aux Affaires étrangères

    PARIS (AFP) - 16.05.2012 18:01

    La composition du gouvernement Ayrault a été dévoilée mercredi, avec parmi ses membres l'ex-Premier ministre Laurent Fabius, 65 ans, comme ministre des Affaires étrangères et Pierre Moscovici, 54 ans, ministre des Finances.

    voir le zoom : Laurent Fabius, nouveau ministre des Affaires étrangères, le 15 mai 2012 à l'Elysée
    Laurent Fabius, nouveau ministre des Affaires étrangères, le 15 mai 2012 à l'Elysée
    AFP - Lionel Bonaventure
    voir le zoom : Christiane Taubira, nouvelle Garde des Sceaux, le 27 juin 2011 à Paris
    Christiane Taubira, nouvelle Garde des Sceaux, le 27 juin 2011 à Paris
    AFP/Archives - Miguel Medina

    C'est un des proches du président François Hollande, Michel Sapin, 60 ans, qui a été choisi pour le ministère du Travail. Le dossier de la réindustrialisation a été confié à Arnaud Montebourg, 49 ans, membre de l'aile gauche du parti socialiste, chargé du "redressement productif". Le chef de file des députés socialistes, Jean-Marc Ayrault, avait été nommé mardi Premier ministre.

    L'élu breton Jean-Yves Le Drian, 64 ans, est ministre de la Défense et Manuel Valls, de l'aile droite du PS, au ministère de l'Intérieur.

    François Hollande a choisi l'un de ses proches, Michel Sapin, 60 ans, pour le ministère du Travail et son ancienne porte-parole de campagne, Najat Vallaud-Belkacem, Franco-Marocaine de 34 ans, comme ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement.

    L'élue de Guyane (territoire français en Amérique du Sud) Christiane Taubira, 60 ans, est nommée à la Justice, Aurélie Filipetti à la Culture et Marisol Touraine, 53 ans, aux Affaires sociales et à la Santé.

    Au ministère de l'Economie et des Finances, crucial en ces temps de crise de l'euro, Pierre Moscovici sera assisté d'un ministre délégué au Budget, Jérôme Cahuzac.

    Le gouvernement compte 34 membres, sans compter le Premier ministre.

    Le précédent cabinet du Premier ministre de droite François Fillon comptait déjà 32 ministres et secrétaires d'Etat.

    Le premier Conseil des ministres se tiendra jeudi après-midi à 15H00.

    La patronne du parti socialiste, Martine Aubry, dont le nom avait aussi circulé pour le poste de Premier ministre, avait annoncé mercredi matin qu'elle n'entrerait pas au gouvernement.

    Le secrétaire général de l'Elysée a dévoilé la composition du gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

    Sur le parvis du Palais de l'Elysée, le secrétaire général de l'Elysée Pierre-René Lemas a annoncé la composition du gouvernement du nouveau Premier ministre.

    Ministres des Affaires étrangères :
    Laurent Fabius

    Ministre de l'Education nationale :
    Vincent Peillon

    Garde des Sceaux :
    Christine Taubira

    Ministre de l'Economie et des Finances :
    Pierre Moscovici

    Ministre des Affaires sociales :
    Marisol Touraine

    Ministre de l'Egalité du territoire et du logement :
    Cécile Duflot

    Ministre de l'Intérieur :
    Manuel Valls

    Ministre de l'Ecologie :
    Nicole Bricq

    Ministre du Redressement productif : Arnaud Montebourg

    Ministre de l'Emploi :
    Michel Sapin

    Ministre de la Défense :
    Jean-Yves Le Drian

    Ministre de la Culture et de la communication :
    Aurélie Filipetti

    Ministre du Droit des Femmes et porte-parole du gouvernement :
    Najat Belkacem

    Ministre de l'Agriculture :
    Stéphane Le Foll

    Ministre de l'Outre mer :
    Victorin Lurel

    Ministre des Sports :
    Valérie Fourneron

    Ministre de la Réforme de l'Etat :
    Marylise Lebranchu

    Ministre
    de l'Enseignement supérieur : Geneviève Fioraso

    Délégué Budget : Jérôme Cahuzac

    Délégué Réussite éducative :
    George-Pau Langevin

    Délégué Relation avec le Parlement :
    Alain Vidalies

    Délégué à la Justice : Delphine Batho

    Délégué Affaires européennes :
    Bernard Cazeneuve

    Délégué à la ville :
    François Lamy

    Délégué Personnes agées :
    Michèle Delaunay

    Délégué Economie sociale :
    Benoît Hamon

    Délégué Famille : Dominique Bertinotti

    Délégué Personnes handicapées :
    Marie-Arlette Carlotti

    Délégué Développement : Pascal Canfin

    Délégué Français de l'étranger : Yamina Benguigui

    Délégué Transports et économie maritime : Frédéric Cuviller

    Déléguée PME et innovation :
    Fleur Pellerin

    Déléguée Artisanat, commerce et tourisme : Sylvia Pinel

    Délégué Anciens combattants : Kader Arif

    © 2012 AFP


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  • Journal favorisant la pensée indépendante, l'éthique et la responsabilité pour le respect et la promotion du droit international, du droit humanitaire et des droits humains

    Le « Mécanisme européen de stabilité »

    ou comment Goldman Sachs

    a fait main basse sur l’Europe

    par Ellen Brown*

     

    Le coup de Goldman Sachs, qui a échoué aux Etats-Unis, a presque réussi en Europe: un renflouement (bailout) permanent, irrévocable, inattaquable des banques, garanti par les contribuables.

    En septembre 2008, Henry Paulson, ancien ­P.-D.G. de Goldman Sachs, a réussi à extorquer au Congrès un plan de sauvetage de 700 milliards de dollars. Mais pour y arriver, il a dû se mettre à genoux et brandir la menace d’un effondrement du système financier mondial tout entier ainsi que de l’imposition de la loi martiale. L’appel de Paulson en faveur d’un fonds de sauvetage permanent – le Troubled Asset Relief Program ou TARP – a été repoussé par le Congrès.
     

    Jusqu’en décembre 2011, le chef de la Banque centrale européenne Mario Draghi, ancien vice-président de Goldman Sachs Europe, a été capable d’accorder un plan de sauvetage de 500 milliards d’euros aux banques européennes sans demander l’autorisation à personne. Et en janvier 2012, un fonds de sauvetage permanent, le Mécanisme européen de stabilité (MES), a été voté en pleine nuit, sans être guère mentionné dans la presse. Le MES impose aux gouvernements de l’UE une dette illimitée et met à contribution les contribuables pour tout ce qu’exigeront les superviseurs eurocrates.
     

    En Europe, le coup des banquiers a apparemment réussi sans rencontrer de résistance. Le MES est applaudi à la fois par les gouvernements de la zone euro, ses créanciers et le «marché» car ses investisseurs continueront d’acheter de la dette souveraine. Tout est sacrifié aux exigences des créanciers, car sinon d’où pourrait venir l’argent nécessaire à renflouer les dettes colossales des gouvernements de la zone euro?
     

    Or il y a une alternative à l’asservissement aux banques en raison de la dette. Mais jetons d’abord un regard sur l’ignoble face obscure du MES et la reprise silencieuse de la Banque centrale européenne par Goldman Sachs.

    La face obscure du MES

    Le MES est un instrument d’aide permanent destiné à remplacer les instruments provisoires que sont le Fonds européen de stabilisation financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilisation financière (MESF) dès qu’il sera ratifié par les Etats membres qui représentent 90% des dettes, sa ratification étant attendue en juillet 2012.

    Une vidéo de YouTube de décembre 2011 intitulée «The shocking truth of the pending EU collapse!». postée en août 2011 en allemand («Stoppt EU-Schuldenunion (ESM-Vertrag)», démasque le MES, qu’il vaut la peine d’examiner de près:
     

    «L’UE prépare un nouveau traité, le Traité instituant le Mécanisme de stabilité européen. Le capital autorisé s’élèvera à 700 milliards d’euros. Pourquoi 700 milliards d’euros?»

    (Probablement parce que ce montant rappelle les 700 milliards de dollars de parts achetées par le Congrès en 2008).
     

    «Article 9: Lorsqu’un manque de fonds potentiel du MES est décelé, le directeur général lance un appel de capital dès que possible, afin que le MES dispose de fonds suffisants pour rembourser intégralement ses créanciers aux échéances prévues. Les membres du MES s’engagent de manière irrévocable et inconditionnelle à verser sur demande les fonds demandés par le directeur général en vertu du présent paragraphe dans les sept (7) jours suivant la réception de ladite demande.

    Si le MES a besoin d’argent, les membres ont 7 jours pour payer, mais que signifie ‹de manière irrévocable et inconditionnelle›? Que va-t-il se passer si nous avons un nouveau parlement, un parlement qui ne veut pas transférer d’argent au MES?»
     

    «Article 10: Le conseil des gouverneurs réexamine régulièrement et au moins tous les cinq ans la capacité de prêt maximale et l’adéquation du capital autorisé du MES. Il peut décider de modifier le montant du capital autorisé et de modifier l’article 8 et l’annexe II en conséquence."

    Alors les 700 milliards ne sont-ils qu’un début? Le MES a-t-il le droit d’augmenter le capital en tout temps et de manière illimitée? Et nous sommes, selon l’article 9, forcés de payer ‹de manière irrévocable et inconditionnelle›»?
     

    «Article 32-2: Le MES possède la pleine personnalité juridique et la pleine capacité juridique pour:
     

    a) acquérir et aliéner des biens meubles et immeubles;
     

    b) conclure des contrats;
     

    c) ester en justice, et
     

    d) conclure un accord de siège et/ou un protocole en vue, le cas échéant, de faire reconnaître son statut juridique, ses privilèges et ses immunités, ou leur donner effet

    Le MES a-t-il le droit d’entamer une procédure juridique contre nous alors que nous ne pouvons pas le poursuivre en justice?
     

    «Article 32-3: Le MES et ses biens, ses financements et ses avoirs, où qu’ils soient situés et quel qu’en soit le détenteur, jouissent de l’immunité de juridiction sous tous ses aspects, sauf dans la mesure où le MES y renonce expressément en vue d’une procédure déterminée ou en vertu d’un contrat, en ce compris la documentation relative aux instruments de financement
     

    «Article 32-4: Les biens, les financements et les avoirs du MES, où qu’ils soient situés et quel qu’en soit le détenteur, ne peuvent faire l’objet de perquisitions, de réquisitions, de confiscations, d’expropriations ou de toute autre forme de saisie ou de mainmise de la part du pouvoir exécutif, judiciaire, administratif ou législatif".

    Cela signifie donc que ni nos gouvernements ni nos parlements ni nos lois démocratiques n’ont de prise sur l’organisation du MES? Ce Traité est sacrément puissant!»

    «Article 35-1: Dans l’intérêt du MES, le président du conseil des gouverneurs, les gouverneurs, les gouverneurs suppléants, les administrateurs, les administrateurs suppléants ainsi que le directeur général et les autres agents du MES ne peuvent faire l’objet de poursuites à raison des actes accomplis dans l’exercice officiel de leurs fonctions et bénéficient de l’inviolabilité de leurs papiers et documents officiels.

    Ainsi donc toute personne impliquée dans le MES se tirera toujours d’affaire? Elle n’aura de comptes à rendre à personne?

    Le Traité crée un organisme intergouvernemental auquel nous devrons transférer des sommes illimitées dans un délai de sept jours, un organisme qui peut nous poursuivre en justice mais contre lequel nous ne pouvons pas porter plainte, un organisme dont tous les administrateurs jouissent de l’immunité, un organisme soumis à aucune surveillance indépendante, à aucune loi existante?

    Aucun gouvernement ne peut faire quelque chose? Les budgets des Etats européens vont être entre les mains d’un organisme unique qui n’a pas été élu? C’est cela, l’avenir de l’Europe? C’est cela, la nouvelle UE, une Europe sans démocraties souveraines?»

    Le vampire1 Goldman Sachs fait main basse sur l’Europe

    En novembre dernier, Mario Draghi, ancien ­P.-D.G. de Goldman Sachs Europe, a succédé à Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne sans fanfare ni trompette et dans l’indifférence presque totale de la presse. Draghi s’est empressé de faire pour les banques exactement ce que la BCE refusait aux gouvernements des pays membres: leur accorder généreusement des prêts à des taux très bas.

    Le bloggeur français Simon Thorpe [directeur de recherches au CNRS]2

    écrit ce qui suit:

    «Le 21 décembre, la BCE a prêté 489 milliards d’euros aux banques européennes au taux extrêmement généreux de 1% à trois ans. Je dis «prêté» mais en réalité, elle s’est contentée de faire fonctionner la planche à billets, car la BCE n’a pas d’argent à prêter. Il s’agit de nouveau de 'quantitative easing' ».

    Cet argent a été immédiatement englouti par 523 banques. C’est de la folie pure. La BCE espère que les banques vont en faire quelque chose d’utile, par exemple prêter de l’argent aux Grecs, qui payent, en ce moment, 18% d’intérêts sur les marchés obligataires pour obtenir de l’argent. Mais il n’y a absolument pas d’autres conditions: Si les banques décident de verser des bonus avec cet argent, c’est bien. Ou encore elles pourraient transférer tout cet argent dans des paradis fiscaux.

    Avec un taux d’intérêts de 18%, la dette double en quatre ans seulement.

    C’est cette lourde charge, et non la dette en soi qui paralyse la Grèce et d’autres pays endettés.

    Thorpe propose la solution évidente suivante: Pourquoi ne pas prêter l’argent directement au gouvernement grec? Ou au gouvernement portugais qui doit emprunter, en ce moment, à un taux de 11,9%? Ou au gouvernement hongrois qui paie en ce moment 8,53%? Ou au gouvernement irlandais qui paie 8,51%? Ou au gouvernement italien qui paie 7,06%?

    L’objection standard à cette solution est toujours que l’article 123 du Traité de Lisbonne empêche la BCE de prêter de l’argent aux gouvernements. Mais l’argumentation de Thorpe est la suivante:

    «A mon avis, l’article 123 doit empêcher des gouvernements élus d’abuser des banques centrales en leur demandant d’imprimer de la monnaie pour financer des dépenses excessives. On nous fait croire que c’est pour cela que la BCE devrait être indépendante des gouvernements. Soit. Mais ce que nous vivons en ce moment est beaucoup plus grave. Aujourd’hui, la BCE est complètement entre les mains du secteur bancaire. ‹Nous voulons un demi-milliard d’argent vraiment bon marché› disent-elles. D’accord, pas de problème. Mario est là pour tout arranger. Et il n’a pas besoin de consulter qui que ce soit. Au moment même où la BCE fait son annonce, l’argent a déjà disparu.

    Si au moins la BCE travaillait sous le contrôle de gouvernements élus, nous pourrions exercer une certaine influence en élisant ces gouvernements. Mais l’équipe qui, en ce moment, détient le pouvoir dans ses mains sales échappe à tout contrôle

    Goldman Sachs et les technocrates de la finance ont fait main basse sur la barque européenne. La démocratie est mise à mal afin de protéger la Banque centrale européenne des «abus» des gouvernements. Mais le gouvernement, c’est le peuple, ou il devrait l’être. Un gouvernement démocratiquement élu représente le peuple. On incite les Européens à abandonner leur chère démocratie aux fripouilles de la finance, et le reste du monde suit de près.

    Plutôt que de ratifier le Traité draconien du MES, les Européens feraient mieux d’amender l’article 123 du Traité de Lisbonne. La BCE pourrait alors accorder des crédits directement aux gouvernements de ses Etats membres. Ou bien les gouvernements de la zone euro pourraient restaurer leur souveraineté économique en réactivant leurs banques centrales publiques afin qu’elles accordent des crédits au profit du pays et cela sans intérêts. Ce n’est pas une idée nouvelle; elle a été appliquée avec succès par exemple en Australie par la Commonwealth Bank of Australia et au Canada par la Bank of Canada.

    Aujourd’hui, l’émission de monnaie et l’octroi de crédits sont devenus un droit pour des vampires qui s’en servent pour saigner à blanc l’élément vital de nos économies. Il faut rendre ce droit aux gouvernements souverains. Le crédit devrait être un service public accordé et administré au profit du peuple.    •

    Source: Global Research

    du 9/4/12. 

    www.globalresearch.caindexphp?context=va&aid=30403 

    (Traduction Horizons et débats)

    1    Vampire Squid, vampire des abysses: désignation donnée à Goldman Sachs.
    2     http://simonthorpesideas.blogspot.com/

    *    Ellen Brown est avocate et présidente du Public Banking Institute. Dans le dernier de ses 11 ouv-rages, «Web of Debt», elle montre comment un cartel privé a arraché au peuple le pouvoir de créer de la monnaie et comment nous, le peuple, pouvons le reprendre.

      (http://ellenbrown.comhttp://webofdept.com et http://publicbankinginstitute.org)

    http://canempechepasnicolas.over-blog.com


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  • C’est aux grecs antiques que l’on doit l’histoire du minautore, du labyrinthe et du fil d’Ariane.

    C’est peut être aux luttes des grecs modernes que l’on devra de sortir du labyrinthe actuel de la monnaie unique, des banques et des états qui leurs sont soumis...

    En tous cas, comme le montre cet article, plus personne ne doute du labyrinthe dans lequel l’UE nous a plongé.
    Si pour le minautore européen la seule solution est l’abandon des souverainetés populaires au profit d’une eurodictature bancaire, les législatives grecques montrent que grandit dans ce peuple l’idée que le fil d’Ariane est la nationalisation des banques que proposent (en totalité) le KKE et (en partie) SYRIZA....

    Il n’est pas possible de sortir la croissance économique d’un chapeau, comme par magie, et certainement pas sans argent pour des investissements. C’est pour cela que Daniel Gros est stupéfait de la manière dont les politiciens européens, le nouveau président français en tête, martèlent ce seul mot : croissance.

    Pour l’économiste allemand du think-tank bruxellois CEPS, la discussion "austérité contre croissance" est un "faux débat" qui ne fait pas avancer d’un pas la solution à la crise de l’euro. Le vrai débat, dit-il, devrait concerner les banques, en particulier celles d’Europe du Sud, qui vont beaucoup plus mal que ce que l’on pensait. "Les banques grecques et espagnoles sont assises sur une montagne de dettes croissantes", explique Gros. "Seule l’Europe peut les sauver, les gouvernements grecs et espagnols sont trop faibles. C’est un problème européen d’importance majeure."

    Abandon de la dette

    L’année dernière, après une forte pression politique, les banques européennes ont accepté des "haircuts”, c’est-à-dire un abandon de la dette de l’Etat grec. Depuis lors, ces mêmes banques se retirent de la partie méridionale de la zone euro, avant les prochains haircuts. L’Espagne, l’Italie et le Portugal sont massivement abandonnés par les investisseurs étrangers. En Grèce, la phase suivante a déjà commencé : même les Grecs mettent leur argent à l’étranger. D’après Daniel Gros, cette fuite des capitaux est énorme. "Quatre, cinq, six milliards d’euros par mois. Personne ne peut l’arrêter."

    Cette évolution va de pair avec une autre, au moins aussi fâcheuse : en raison du départ des banques d’Europe du Nord, celles d’Europe du Sud s’enfoncent de plus en plus dans les dettes. Car les mêmes obligations d’Etat, dont les investisseurs étrangers se débarrassent, sont justement achetées par les banques sud-européennes. Elles le font sous la pression de leurs gouvernements, mais aussi parce que cela leur permet de gagner de l’argent. Car en échange de cette faveur, les gouvernements contractent à leur tour de nouveaux emprunts auprès des banques, à des taux d’intérêt avantageux pour elles.

    Des taux très avantageux, même. L’hiver dernier, la Banque centrale européenne a accordé des crédits très bon marché pour 1 000 milliards d’euros, afin de maintenir les échanges de prêts européens. Les banques d’Europe du Sud utilisent bien volontiers ces crédits, à un taux d’intérêt d’1%, pour leurs prêts aux gouvernements qui leur rapportent 6% ou plus. Un acte de patriotisme qui leur permet de faire leur beurre. Cela semble être une solution, mais cela provoque une dynamique perverse : les banques et les gouvernements deviennent tellement interdépendants qu’ils s’affaiblissent mutuellement.

    Pour Daniel Gros, "les banques grecques sont complètement cuites." Cela semble être un problème national. Mais c’est une illusion d’optique. Car que se passe-t-il si tout à coup les banques du Sud ne remboursent pas (ne peuvent pas rembourser) leurs emprunts à la BCE ? "En raison de l’euro, nous sommes tous dans le même système" explique Thierry Philipponnat, du groupe de pression Finance Watch.

    Fuite des capitaux

    La BCE, c’est nous, indirectement. Nous tous. D’autres pays de la zone euro devront intervenir si les choses se gâtent en Europe du Sud, simplement pour sauver l’union monétaire européenne. Pour cette raison, la BCE est sous forte pression de la part de l’Allemagne et des Pays-Bas pour arrêter ces prêts à bon marché. Le marché financier intérieur constitue le fondement de l’euro. La fuite des capitaux du Sud vers le Nord endommage ce tissu. "L’intégration financière de l’Europe recule pour la première fois depuis le début des années 80", explique Ignazio Angeloni, conseiller de la BCE à Francfort.

    Les Français ont un magnifique mot pour cela : détricotage*. Les banques se retirent derrière leurs frontières comme un tricot dont on défait les mailles : pour être plus fort dans un pays, ils n’accordent plus beaucoup de prêts à un autre pays. Les banques centrales sont plus strictes au Nord qu’au Sud.

    "La géographie joue tout à coup un rôle", note le lobbyiste Philipponnat. Un banquier londonien l’a remarqué récemment lors de la visite d’une délégation chinoise. La première question des Chinois fut : "Comment pouvons nous distinguer un billet en euros grecs d’un billet en euros allemands ?"

    Beaucoup disent que seule une union bancaire européenne peut libérer les banques et les gouvernements de cette étreinte étouffante. Une union bancaire avec un fonds de sauvetage alimenté par les banques elles-mêmes, de sorte que les gouvernements ne soient plus obligés de compenser des faillites. Cela permettrait de résoudre le dilemme actuel du "too big to fail" [1], qui veut que les grandes banques peuvent tout se permettre, parce qu’elles sont sûres d’être sauvées par le gouvernement quand cela va mal. Si elles souffrent elles-mêmes, elles évalueront les risques différemment.

    Factures européennes

    La Commission européenne a préparé une proposition. Mais sa publication est déjà différée depuis deux ans parce que les Etats membres n’en veulent pas, car elle implique une surveillance européenne forte. Cela équivaut à un transfert de souveraineté nationale, ce qui est, pour de nombreux pays, difficile ou un sujet tabou.

    L’Europe tourne en rond. Comme les gouvernements ne veulent pas de système européen fort de réglementation financière, le risque pour le contribuable de se voir refiler des factures européennes, sous forme d’actions de sauvetage dévoreuses de milliards, augmente. Et il reste alors très peu d’argent pour stimuler la croissance économique, dont François Hollande fait actuellement la promotion.

    "La plus grande menace pour la stabilité financière de l’Europe est le fait que des pays de la zone euro sont financés par des banques qui, si elles risquent de faire faillite, sont elles-mêmes dépendantes des gouvernements auxquels elles prêtent de l’argent", a expliqué récemment Philipponnat lors d’une conférence organisée par la BCE. "Nous savons tous que cela ne peut pas marcher."

    Caroline de Gruyter source NRC Handelsblad Rotterdam le 14/05/2012
    Traduction : Michèle Cousin

    Transmis par Linsay

     

    [1] trop gros pour tomber

    http://www.rougemidi.fr/spip.php?article6861


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  • Conseil National du 11 Mai 2012 

     

    dominiquenegriDominique NEGRI, fédération de l’Isère

     

    Une droitisation générale : voilà le bilan de la campagne des présidentielles. Certes, le rejet de Sarkozy a été confirmé au second tour, mais il atteint 48,4% des voix. L’extrême-droite a pu jouer son rôle pour dévoyer la colère populaire. Hollande est élu sur un programme de poursuite de l’austérité, soutenu d’un côté, « sans conditions », par le Front de gauche de l’ex-PS Mélenchon, de l’autre par Bayrou.

     

    Alors où est la victoire de la gauche ? Où est l’espoir de changement ?

    Au sortir de cette campagne, Hollande et sa future majorité bénéficient d’une présomption qu’ils vont mener la moins mauvaise politique possible, sous la pression de l’UE, de l’Allemagne, de la dette publique. La caution du Front de gauche est lourde de conséquences.

    Déjà Hollande s’efforce d’associer les directions syndicales, qui l’ont soutenu sans réserves, à la gestion de la crise. Les gouvernements précédents ont préparé le terrain avec les lois sur le « dialogue social » et la « représentativité syndicale » visant à impliquer les syndicats dans la cogestion et la collaboration de classe.

     

    La raison d’être du PCF devrait l’amener à contrer ce climat de résignation, à mettre en avant les propositions de ruptures dont les luttes ont immédiatement besoin pour résister et gagner.

    C'est-à-dire de faire le contraire de Mélenchon et du Front de gauche !

    Mélenchon renvoie le « changement » aux prochaines élections présidentielles, 2017, 2022 !

    En attendant, il adopte une posture grandiloquente de radicalité mais se contente en fait de surenchérir sur les annonces de Hollande. Le résultat, c’est de faire passer la politique de Hollande comme allant dans le bon sens dans la mesure du possible ! Le Front de gauche se révèle vraiment comme force d’appoint et de canalisation vers la gauche d’alternance.  

     

    Lors du mouvement pour défendre les retraites, la gauche distribuait des tracts contre Sarkozy en marge des manifs.

    Pendant la campagne, Mélenchon a promis le maximum : 60 ans pour tous sans conditions, au minimum au SMIC revalorisé à 1700 euros,… s’il était élu.

    Aujourd’hui, Hollande prévoit un minimum, le retour du droit au départ à 60 ans pour ceux qui ont commencé à 18 ans et justifie de 41 annuités. Il remet en cause en même temps la notion d’annuité validée et promet au patronat de nouvelles exonérations de cotisations au nom de nouveaux « emplois jeunes ».

    Qui d’autre que le PCF devrait défendre, ce que le Front de gauche s’est gardé de faire, le retour aux 37,5 annuités, la fin des exonérations de cotisations sociales (et non leur « modulation »), conditions pour du rassemblement, de la reconstitution du rapport de force pour la retraite à 60 ans ?

     

    Hollande n’a pas du tout l’intention de revenir sur la casse de l’emploi dans la fonction publique opérée par ses prédécesseurs, avec la RGPP. C’est logique, la RGPP s’appuie sur la LOLF co-rédigée en 2000 par la gauche plurielle et la droite (Mélenchon étant ministre). Il faut aujourd’hui les remettre en cause l’une et l’autre, la RGPP et la LOLF.  

     

    Pour la défense et la reconquête des grands services publics, par exemple des transports, nous devons être intransigeants sur la propriété publique, les statuts, les monopoles publics. Mais dans le programme du Front de gauche, la notion de « pôle public » est trompeuse et rentre en fait dans la logique des « autorités de régulation », des appels d’offre, des prestataires privés. Ce n’est pas ma conception du service public.

     

    Sur l’Europe enfin, toute la campagne de Mélenchon et du Front de gauche a abouti à valoriser la position hypocrite de Hollande. La question n’est pas de « renégocier » le nouveau pacte budgétaire mais de rompre avec la mise sous tutelle des budgets nationaux et l’austérité à perpétuité organisée depuis Maastricht. Arrêtez de laisser le FN reprendre et dénaturer les positions du PCF de 1992 contre Maastricht et la monnaie unique !

     

    Voilà les sujets sur lesquels, en tant que direction du Parti, nous devrions discuter. Mais en fait, le CN semble préoccupé principalement de tactiques électoralistes et toutes les décisions sont prises ailleurs.

     

    Le parachutage de Mélenchon dans le Pas-de-Calais oriente nationalement la campagne des législatives. C’est un calcul politicien lamentable. Mélenchon se sert de Le Pen comme faire-valoir. En quoi l’ex-apparatchik socialiste est-il mieux placé que les représentants des militants communistes pour faire reculer la démagogie « sociale » de Le Pen ?

    Nationalement, les partisans du Front de gauche dans notre Parti espèrent gagner des voix en se cachant derrière un socialiste puisqu’ils refusent d’assumer des positions communistes conséquentes.

    Les négociations en cours avec le PS pour gagner de 2 à 5 circonscriptions, grâce à des candidatures uniques de la gauche face au FN, nous déconsidèrent de la même façon.

     

    Battre la droite, faire reculer l’extrême-droite oui ! Mais préparons-nous à nous opposer au pouvoir de Hollande !

    Du moins poussons le débat dans le Parti ! Les procédures décidées unilatéralement (par qui ?) pour décider d’une participation à une majorité de gauche plurielle sont inacceptables. Annulation du congrès statutaire, refus de poser les conditions avant les législatives, puis une consultation de la base en 24 heures chrono !

    Avez-vous peur de faire le pari de l’intelligence des communistes ?


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  • mardi, 15 mai 2012

    Aujourd'hui, 26 Floréal, la France change de président

    Changements...

    Tout à l'heure, François Hollande est arrivé  au palais de l'Elysée, a été reçu par Nicolas Sarkozy, qui a quitté ensuite le siège de la présidence. Hollande a été élevé au rang de Grand Maître de l'Ordre de la Légion d'Honneur, a reçu les honneurs militaires, puis devait déposer une gerbe de fleurs sur la tombe du soldat inconnu, remonter les Champs-Elysées en voiture, prononcer un éloge de Jules Ferry et de Marie Curie, rendre visite au Maire de Paris, Bertrand Delanoë, prendre un bain de foule, faire annoncer le nom de son (ou de sa) premier-e ministre et du ou de la secrétaire général-e de la présidence, puis s'envoler pour Berlin rencontrer la chancelière allemande, Angela Merkel. La France aura changé de président et de gouvernement. Pas d'institutions, ni, encore de politique.

     


    Tout changer pour que rien ne change ?


    Un président ne change pas un pays, s'il arrive qu'un pays change son président : « nous voulions changer la vie, la vie nous a changé », reconnaissait Lionel Jospin -d'autres, en écho, disant plutôt, contemplant l'accession au pouvoir de ceux (et de quelques celles) élus sur la promesse rimbaldienne : « ils voulaient changer la vie, ils n'ont changé que la leur ». Et Hollande aura fort à faire pour changer de politique plus q
    u'être lui-même changé par sa fonction politique.

    Les dossiers urgents ne manquent pas. Les dossiers sensibles, clivants, faisant polémiques, non plus (et ce ne sont pas forcément les mêmes) : c'est ainsi, par exemple,  que l'organisation protestante d'entraide et de solidarité avec les réfugiés, la Cimade, appelle le nouveau président et son futur gouver
    nement à rompre spectaculairement, mais pas moins réellement pour autant, avec leurs prédécesseurs et leur « approche sécuritaire de la politique d’immigration », avec la « maltraitance dont sont victimes les personnes étrangères » et avec les « objectifs chiffrés en matière d’expulsion », et les appellent, comme premières mesures, à mettre fin au placement en rétention des familles, y compris à Mayotte, et aux expulsions de demandeurs d’asile en cours de procédure, quel que soit leur statut ; à régulariser les personnes engagées dans le mouvement de grève des travailleurs sans papiers qui a débuté en octobre 2009 et à garantir le droit au séjour des personnes étrangères gravement malades qui vivent en France. La Coordination nationale des Sans-papiers est sur la même ligne, en proposant « pour sortir du cercle infernal de la fascisation », ces critères pour un projet de loi de régularisation des sans-papiers : L’insertion, la solidarité, la citoyenneté et la durée de présence; la défense du Droit d’Asile, notamment la situation dans les pays d’origine;  la vie privée et familiale; le travail, la promesse d’embauche, le projet professionnel, les sans papiers licenciés; la maladie, les études et les raisons humanitaires...

    Ce ne sont peut-être pas là les enjeux les plus lourds : l'inversion des po
    litiques budgétaires, fiscales, économiques européennes, la fin des cures d'austérité imposées aux peuples pour sauver les banques et la monnaie, sont en effet d'une toute autre ampleur -mais symboliquement, culturellement, la rupture avec les discours et les pratiques xénophobes, quand ils ne sont pas ouvertement racistes comme le sont les pratiques à l'égard des Rroms, le rejet des paranoïas et des enfermements ethniques, marqueraient immédiatement, sinon le passage d'une République (la Vème, héritée de De Gaulle mais travestie par Sarkozy) à une autre (la VIème, prônée par Montebourg et par Mélanchon), le passage d'une culture politique à une autre, d'une pratique politique à une autre.  C'est au pied de ce genre de murs qu'on reconnaîtra le maçon Hollande. Sinon quoi ? Le conseil de Tancrède au Guépard, « tout changer pour que rien ne change » ?

    On nous dira qu'on en prend à notre aise genevoise, avec nos attentes à l'égard de Hollande et de la France. Et on aura raison de nous le dire. Mais en plus petit, en plus local, c'est bien aussi de cela dont il va commencer à s'agir le 17 juin prochain, avec une élection complémentaire au gouvernement genevois : le début d'un changement de majorité, non pour le plaisir d'en changer (car ce serait un plaisir), mais pour la nécessité de changer, ici aussi, de culture et de pratique politique.


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  • Michel ROGALSKI
    illustration www.zonz-artiste-peintre.com
     

    Rarement campagne électorale n’aura autant fait l’impasse sur les enjeux internationaux et sur leurs articulations au national. Pourtant, s’il est chose certaine c’est que le mondial, loin d’être un facteur extérieur secondaire ne faisant qu’apporter des corrections négligeables aux problèmes locaux, s’impose comme une réalité omniprésente façonnant la vie des états et des individus. C’est ce qu’a traduit inconsciemment l’apparition dans le débat public d’appels à la nécessité d’une protection, d’une maîtrise de souveraineté, d’un primat du politique sur l’économie. Comme s’il devenait urgent de se dégager d’une gangue qui entravait notre liberté d’action, voire la rendait déjà largement illusoire. Pour autant l’analyse de ces processus ou de la place et du rôle de la France dans le monde a-t-elle reçu un intérêt à la hauteur de ses enjeux ? La bataille du chiffrage visant à décrédibiliser le programme de l’adversaire a ramené l’essentiel des échanges à des débats comptables ennuyeux dont bien peu arrivaient à s’extraire. Que la politique étrangère de la France ne soit pas débattue doit inquiéter. Cela voudrait-il signifier consensus de la part des principaux candidats ? S’il n’y a pas conflit sur le fond, alors il devient inutile d’en discuter.

    Pourtant la diplomatie sarkozyste a été stupéfiante d’inflexions, de retournements, de gages inutilement donnés et d’impréparations velléitaires riches de conséquences, au point que l’on a pu s’interroger s’il existait une vision d’ensemble cohérente du rôle de la France dans le monde. En rupture avec les tendances lourdes, consensuelles sur l’essentiel – au point qu’on avait pu parler d’une approche gaullo-mitterrandienne –, l’image de la France dans le monde a été totalement reformatée en cinq années. De l’abandon de toute idée d’indépendance, acquise à l’ombre des blocs de la guerre froide, à la disparition d’une politique arabe permettant de peser sur le conflit israélopalestinien, en passant par son retour peu glorieux dans le giron de l’Otan ou aux engagements néocoloniaux en Afghanistan, en Côte d’Ivoire et en Libye, tout fut mis en oeuvre pour dilapider le potentiel diplomatique engrangé depuis une quarantaine d’années et spectaculairement réaffirmé avec panache dans le refus de suivre les états-Unis dans leur aventure irakienne.

    Car la France ne manque pas d’atouts et a su longtemps s’appuyer sur son statut de membre permanent du Conseil de sécurité, sa puissance militaire nucléaire, la francophonie, son poids dans le PIB mondial, sa maîtrise de la haute technologie, son réseau d’ambassades et de diplomates qualifiés, bref tout ce qui concourt au rayonnement d’un pays. Notre pays a toujours su en jouer en donnant à sa politique étrangère, grâce à son non-alignement, plus de poids qu’elle n’en avait réellement.

    Pourtant les appels et mises en garde n’avaient pas manqué sur les déconvenues de notre politique extérieure. à commencer par celles d’un groupe de diplomates se dissimulant sous le pseudonyme de Marly et dénonçant notre politique européenne, africaine et méditerranéenne illisible ainsi que la manière dont Washington nous ignorait et la Chine nous avait domptés. Voici à peine deux années, deux poids lourds, Alain Juppé et Hubert Védrine avaient ensemble lancé un cri d’alarme en évoquant un instrument diplomatique « sur le point d’être cassé », sans parler d’un ambassadeur au Sénégal, Jean-Christophe Ruffin, démissionnant et parlant d’un « ministère sinistré, complètement marginalisé ». Tout cela témoigne d’un mépris de l’outil de l’expertise diplomatique que l’on s’est ingénié à court-circuiter.

    Amateurisme, style impétueux, promesses sans lendemain, activisme désordonné, diktat de l’instant sans vision, tel semble être sur la forme le bilan des cinq dernières années de la diplomatie du sortant. À de rares exceptions, les prétendants ne semblent pas s’en émouvoir et ne proposent rien de significativement différent, donc pour l’essentiel restent muets et s’apprêtent à rester dans le sillon tracé.

    Pourtant, si le style dénote incohérence et agitation, le fond mérite que l’on s’y arrête car il fait sens et doit inquiéter. Pour l’essentiel la voix de la France a effacé sa singularité et abandonné

    son autonomie en faisant retour dans le giron occidental et atlantique après 43 années d’absence de ses structures militaires intégrées. Cette posture lui a interdit de porter un discours à vocation universaliste et de gagner en influence sur la scène mondiale. Cette banalisation s’est dissimulée un temps derrière l’écran de fumée d’activisme de façade et de propos désordonnés et velléitaires. Mais le style impétueux s’est fracassé devant l’absence de résultats.

    L’Union pour la Méditerranée, lancée malgré les mises en garde du Quai d’Orsay, et censée s’appuyer sur deux solides piliers, la Tunisie de Ben Ali et l’égypte de Moubarak, a sombré en mer avec ces régimes, et la politique arabe n’a pas survécu à l’attitude indécise et floue face au « printemps » arabe, voire à l’inconvenance de propos ministériels proposant notre expertise en matière de maintien de l’ordre. Le silence complice sur les exactions d’Israël au Sud Liban puis dans la bande de Gaza ou notre rôle décisif dans l’expédition punitive en Libye ont fait de cette présidence française la plus pro-israélienne qui n’ait existé depuis l’agression de Suez en 1956, alors même que ce pays se donnait le gouvernement le plus à droite de son histoire. De surcroît cette guerre en Libye a perverti et probablement discrédité pour longtemps le concept de la « responsabilité de protéger » adopté en 2005 par les Nations unies pour venir en aide à des populations persécutées par leur gouvernement ou pour assister celles que leur gouvernement n’était plus en mesure de protéger lui-même.

    On a assisté à une tactique de renversement de régime, de déstabilisation s’approchant des techniques des conflits de basse intensité. Sans se soucier, bien sûr, se savoir ce qu’il convenait de reconstruire. Comment et avec qui ? A-t-on vraiment cru que la démocratie s’exportait par les armes ?

    L’atlantisme affiché, c’est-à-dire un soutien sans faille à l’Otan et aux états-Unis qui y sont aux commandes, nous conduit en réalité dans l’alignement et l’inféodation. Il nous entraîne à imaginer des ennemis au lieu de favoriser l’émergence d’un monde multipolaire et de développer des liens fructueux avec les pays émergents qui représentent l’avenir. Il nous pousse à délaisser et à marginaliser le système des Nations unies comme instance de référence au profit de l’Alliance atlantique et donc à tenir pour négligeable l’avis des trois quarts de la population de la planète.

    Il s’agit de rompre avec tout cela. D’abord, il faut évidemment sortir de l’Otan qui depuis la fin de la guerre froide n’a plus de raison d’être sinon de permettre aux états-Unis d’exercer leur emprise sur ses membres et les pousser en situation de servitude volontaire. Il convient également d’exiger la dissolution de l’Otan devenue anachronique et d’en tirer toutes les conséquences en matière de désarmement et de lutte contre la prolifération nucléaire. Le retrait des forces françaises d’Afghanistan ne peut plus être différé. Il doit être fermement proclamé et appliqué.

    Il faut saisir cette opportunité de liberté d’action recouvrée pour s’engager hardiment dans une politique de coopération avec les pays émergents et les pays du Sud, là où se trouve l’avenir du monde et hâter la fin d’un monde unipolaire construit sur la puissance militaire.

    Dans l’espace européen, il convient d’abroger le traité de Lisbonne et s’apprêter à mener un bras de fer avec les institutions européennes qui n’auront de cesse de s’opposer aux nouvelles orientations choisies par le peuple français. Elles ne sont pas toutes eurocompatibles et la réussite de la victoire des urnes se jouera largement sur ce front, ce qui implique un large développement des solidarités des forces progressistes à l’échelle du continent pour s’opposer à l’axe austéritaire ambiant. Car ce qui sera possible chez nous le sera aussi ailleurs. L’Europe ne doit plus rester une Sainte Alliance occupée à s’opposer aux volontés de changements des peuples. Il nous incombe qu’elle ne les rende pas impossibles ou sans lendemain.

    Au vu de la campagne, on peut s’interroger sur la volonté d’un nouveau Président. Fera-t-il de l’ancienne politique une parenthèse ? Se dégagera-t-il de l’ornière ? Ou au contraire chaussera-t-il les pas de son prédécesseur dans un « continuisme » discret ?

    Michel Rogalski
    Directeur de la revue Recherches internationales

    6, av. Mathurin Moreau ; 75167 Paris Cedex 19

    Site : http://www.recherches-internationales.fr/

    Abonnements 4 numéros par an : 55 Euros, Étranger 75 Euros

    URL de cet article 16700
    http://www.legrandsoir.info/l-etranger-dans-la-campagne.html

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  • Un économiste, fait prisonnier pendant la seconde guerre mondiale, a constaté que les règles de marché sont universelles et spontanées.

    Par Tim Harford (*).
     
    Robert A. Radford a eu, d’une certaine façon, une carrière parfaitement normale d’économiste. Il a étudié le sujet à Cambridge à la fin des années 30, avant que la guerre ne l’interrompe, et sa vie civile se déroula au Fonds Monétaire International. Mais il a aussi passé la moitié de la guerre dans un camp allemand de prisonniers de guerre, duquel il ressorti avec un article pour le journal LSE Economica.

    Cet article, “Organisation économique d’un camp de prisonniers de guerre”, est un remarquable essai dans lequel Radford analyse les situations économiques qui se développèrent au cours de ces circonstances difficiles. Les étudiants devraient le lire pour en apprendre plus sur l’économie monétaire, et leurs professeurs devraient le lire pour apprendre à écrire. Radford, de son côté, pensait que son expérience représentait plus qu’un enseignement : « Le principal intérêt est sociologique. »

    Tout d’abord, quelques mots sur les éléments économiques de base : les prisonniers recevaient des rations de la part des Allemands, mais la plupart s’en sortaient grâce aux paquets de nourriture et de cigarettes distribués par la Croix Rouge. Les paquets étaient standardisés, tous recevaient donc le même. Occasionnellement, la Croix Rouge disposait de surplus ou subissait des pénuries; dans ces cas, tout le monde les subissaient aussi.

    La première observation sociologique de Radford fut qu’il n’y avait aucun principe de don dans le camp. Tout le monde partant avec la même chose, où aurait pu se situer l’intérêt ? En revanche, l’échange marchand s’est rapidement développé parce que si les prisonniers recevaient bien la même chose, cela ne signifiait pas pour autant qu’ils avaient tous les mêmes préférences – les Sikhs, par exemple, vendaient leur ration de bœuf et les Français cherchaient désespérément du café. En conséquence, les intermédiaires capables de parler Urdu ou de soudoyer un garde pour les laisser visiter les baraquements français avaient une chance de faire une petite « fortune » en biscuits ou en cigarettes. En de rare circonstances, l’économie interne du camp pouvait interagir avec celle du monde extérieur : des rations de café pouvaient alors passer au dessus des barbelés, pour être échangées à des prix élevés au marché noir de Munich.

    La conclusion de Radford était que les principes du marché sont universels et spontanés, « une réponse aux besoins immédiats », plutôt qu’une tentative de reproduire la vie civile. Un de ces développements spontanés fut l’émergence d’une monnaie : la cigarette, à la fois facilement transférable et relativement homogène. Pas entièrement cependant, puisque les cigarettes pouvaient être discrètement allégées d’une partie de leur tabac en les faisant rouler délicatement entre les doigts. La loi de Gresham – « la mauvaise monnaie chasse la bonne » – s’appliqua d’ailleurs, les cigarettes les plus remplies servant pour fumer et les autres, utilisées comme monnaie, devenant plus fines à mesure qu’elles circulaient. Lorsque les livraisons de la Croix-Rouge étaient interrompues, la déflation prenait place et chaque cigarette achetait plus de biens.

    Les prix se comportaient relativement sagement : l’arbitrage courant signifiait que les prix variaient peu dans un camp permanent. Le chaos des camps de transit, cependant, créait des opportunités de profit : « Des histoires circulaient sur un curé qui commença avec un petit morceau de fromage et cinq cigarettes et retourna à son lit avec un paquet complet, en plus de son fromage initial et de ses cigarettes; le marché était loin d’être parfait. »

    Les prix relatifs évoluaient en réponse à des développements plus large – comme l’arrivée de nouveaux prisonniers de guerre affamés – et au jour le jour. Avec des rations de pain distribuées le lundi, le pain du dimanche soir s’échangeait avec une prime sur celui du lundi. Et oui, il y avait bien un marché des « futures ».

    Tout ceci avait une grande importance. « La modestie de l’échelle des transactions et la simple expression de confort et de besoins en terme de cigarettes, jambons, lames de rasoirs et de papier à écrire rendent l’importance de ces besoins difficile à apprécier, même par un ex-prisonnier de trois mois » écrivait Radford. Son article a été écrit dans l’été 1945, en faisant référence à Mars et Avril, où les prix oscillaient violemment portés par les rumeurs et les pénuries. Le 12 avril, le camp fut libéré, et, d’après Radford, « tous les besoins purent alors être satisfaits sans effort »… Pensée de conclusion rassurante, après tout.

    (*) Tim Harford est un économiste britannique, journaliste pour le Financial Times.

    Lien raccourci: http://www.contrepoints.org/?p=83210


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