• CD :: Sting chante le déclin des chantiers navals de Newcastle

    Ce n’est pas tous les jours qu’un artiste de gros calibre produit un album dans lequel les travailleurs et le déclin de leur profession occupent la place centrale. C’est avec beaucoup de respect et la passion nécessaire que Sting chante sur ce thème des chansons percutantes. La star britannique n’a pas oublié ses racines ouvrières.

    Dirk Adriaensenss

    Sting a grandi à proximité du fameux chantier naval de Swan Hunters, à Wallsend, près de Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre. Au bout de la rue de la maison de ses parents, il voyait de gigantesques navires dépasser les toits des maisons. Le jeune Sting trouvait ce décor industriel aussi surréaliste qu’apocalyptique. Depuis, l’image n’a jamais cessé de le hanter.
        Le déclin de cet important chantier naval, dans l’Angleterre de Margaret Thatcher, et les conséquences qu’il a entraînées pour les familles de sa ville, ont fortement interpellé Sting. Les constructions navales, qui avaient constitué une artère industrielle vitale, s’en sont allées petit à petit avant de disparaître complètement. Les nouvelles chansons de Sting parlent de la lutte ouvrière contre cette fermeture. Un récit sur la désindustrialisation, sur les travailleurs qui ont occupé leur chantier naval et ont construit un tout dernier navire, à leur propre usage.

    Un écho qui porte jusque chez nous

    La construction navale dans la ville natale de Sting a connu une histoire houleuse, avec des grèves pour de meilleurs salaires et conditions de travail. Après la Seconde Guerre mondiale, le chantier naval a connu de plus en plus de difficultés. En 1977, il est nationalisé. En 1978, 7 535 personnes y travaillaient encore. Ce nombre a diminué lentement : 4 337 travailleurs en 1984. Le dernier chantier a été fermé le 7 décembre 1988 et a signifié la fin de la construction navale au Royaume-Uni. Le père de Sting est décédé en 1989, un an après la dernière fermeture.
        Cette histoire évoque les souvenirs de la lutte des travailleurs au chantier naval Boel de Tamise, en Belgique. Au milieu des années 1980, avec la crise internationale dans le secteur de la construction navale, cette entreprise a connu des problèmes. Le 28 octobre 1992, elle a été déclarée en faillite. Après des grèves et une occupation, l’entreprise a redémarré en 1993, cette fois avec la participation du holding public flamand Gimvindus et sous le nom de Chantier Boel Flandre. Celui-ci a finalisé ses sept dernières commandes, pour finalement tomber en faillite aussi, le 30 novembre 1994. The Last Ship est donc très parlant tous ceux qui ont été témoins ou victimes d’une fermeture d’entreprise.

    Brecht-Weill

    Après Sacred Love, son précédent CD datant de 2003, Sting prétendait avoir perdu son inspiration. Il souffrait du « syndrome de la page blanche ». Les souvenirs des événements dramatiques de la fermeture du chantier naval ont ressuscité son inspiration.
        Le résultat est un CD qui fait tout simplement partie de ce qu’il y a de mieux dans une carrière pourtant richement remplie. Les morceaux figureront dans un spectacle musical dont la première aura lieu à Broadway à l’automne 2014.
        Les plages de cet album baignent dans la tradition folk anglaise et rappellent aussi les œuvres de Bertolt Brecht et Kurt Weill. D’ailleurs, Sting n’a jamais caché son admiration pour Brecht. Dans l’album Lost in the stars: the music of Kurt Weill, il faisait figurer une version de Mac the Knife. La mélodie du morceau The Secret Marriage, du LP Nothing Like the Sun (1987), est elle aussi du compositeur allemand Hanns Eisler, qui avait également travaillé avec Brecht. En 1989, Sting jouait le rôle de Macheath dans une production de L’Opéra de quat’ sous à Broadway.
        La plage titre de The Last Ship débute par les rythmes traditionnels du folk du Tyneside et c’est une chanson cruciale de l’album. Le dernier navire et le déclin de l’industrie navale jettent une ombre sur la famille du jeune Sting et sur toute la région. Le morceau Dead Man’s Boots est semi-autobiographique : Sting refuse de suivre les traces de son père et d’aller travailler au chantier naval.
        The Last Ship évoque Newcastle, mais l’album est également allégorique, comme l’explique Sting dans le livret du CD. Il s’agit tout autant de l’importance du travail pour l’individu et pour une communauté, du courage qui naît parfois du désespoir et des difficultés relationnelles. Cet album prouve de façon convaincante que Sting continue de grandir, aussi bien dans sa musique que dans ses paroles.

    www.sting.com

    http://www.ptb.be


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  • athhna-pame-syllalhthrio-56Manifestations massives du PAME en Grèce contre la politique du gouvernement, le néo-fascisme : « Sans peur, ni illusions »

     

    Communiqué du Parti communiste grec (KKE)

     

    Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

     

    Des milliers de manifestants, travailleurs, jeunes, chômeurs et retraités, ont envahi le centre-ville d'Athènes, ce 5 octobre, ainsi que d'une dizaine d'autres villes du pays, dans des rassemblements et défilés organisés par le Front militant des travailleurs (PAME).

     

    Ce défilé massif et combatif du PAME à Athènes s'est conclu place Syntagma, devant le Parlement grec. Ces manifestations étaient organisées contre la ligne du gouvernement Nouvelle démocratie-PASOK, avec les revendications suivantes:

     

    • La signature de conventions collectives ainsi que d'un Accord salarial national, la suppression des lois contre les travailleurs sur la question des contrats;

    • Protection des chômeurs, défense des allocations chômages et de la couverture santé;

    • Suppression des lois anti-sécurité sociale, la remise en cause des coupes sociales, retour au 13 ème et 14 ème mois de retraite, rétablissement des fonds de pension pillés par l'Etat et le patronat;

    • Remise en cause des licenciements réalisés dans le secteur public, fin des licenciements dans le secteur privé;

    • Des moyens pour répondre aux besoins fondamentaux dans l'éducation, la santé, la protection sociale;

    • Suppression des taxes les plus lourdes, suspension des saisies et des enchères au détriment des ménages populaires;

     

    Dans le même temps, les manifestations ont pris la nature d'une condamnation claire des agissements criminels de l'organisation fasciste de l'Aube dorée. Les manifestants ont réalisé une minute de silence pour la mémoire de Pavlos Fyssas, assassiné par l'Aube dorée.

     

    Déclaration du secrétaire-général du Comité central du KKE, Dimitris Koutsoumpas

     

    « Le seul espoir, la seule perspective, c'est le rassemblement rapide du mouvement populaire et ouvrier, l'organisation de la lutte populaire, la défense d'une alliance populaire entre classe ouvrière, employés, chômeurs, travailleurs indépendants, petits paysans, jeunes, femmes. C'est le rassemblement des forces avec le mouvement syndical sur des positions de classe, le PAME, avec leurs autres organisations de masse, coopérant et renforçant le KKE dans la perspective du pouvoir populaire, dans le sens de la lutte contre les monopoles, contre ce système capitaliste pourri.

     

    Une condition préalable pour que le peuple puisse s'emparer du pouvoir, c'est la socialisation des monopoles, le retrait de l'Union européenne, l'annulation unilatérale de la dette. Et bien sûr un pouvoir qui sera en mesure de planifier de façon centralisée l'économie, de développer tout le potentiel productif du pays au profit de la classe ouvrière, dans les intérêts de notre peuple ».

     

    PAME : Une gestion pro-populaire du capitalisme n'existe pas

     

    Giorgos Skiadiotis, membre du Secrétariat exécutif du PAME, au début de son discours lors de la manifestation a fait remarquer que le mouvement ouvrier et populaire, le mouvement de la jeunesse, a la force d'isoler, d'écraser et d'éradiquer de la surface de la terre la formation fasciste de l'Aube dorée. Comme il l'affirme :

     

    « La formation criminelle fasciste peut être écrasée, si chaque travailleur, travailleuse qui souffrent peuvent comprendre que l'Aube dorée n'a rien à faire des préoccupations et des problèmes des gens. C'est une force qui a été préparée, entraînée pour mener des actions violentes, pour intimider, pour perpétrer des crimes. C'est une organisation raciste, mafieuse. Le capital l'a créée, financée et l'utilise à son profit (…)

     

    Aube dorée lutte juste pour l'inverse de ce pour quoi nous, et les travailleurs dans leur ensemble, luttons. Nous luttons pour des salaires décents, tandis qu'ils sont du côté des patrons pour faire baisser les salaires. Nous luttons pour des syndicats libérés de l'influence des patrons et de l’État, alors qu'ils se mettent à leur service avec leurs méthodes de voyous. Nous luttons pour unir les travailleurs, quels que soient leur couleur, religion, conditions de travail, contre le capital, alors qu'ils sèment le racisme, la haine religieuse et raciale. Nous essayons de façon organisée de résister à la violence patronale et étatique, alors qu'ils s'intègrent pleinement dans cette violence patronale et étatique contre le mouvement ouvrier. Nous luttons pour l'abolition de ce système d'exploitation, tandis qu'ils constituent un des instruments meurtriers du système dirigés contre nous, pour maintenir sa domination (…)

     

    Nous sommes aussi ici, dans ce rassemblement de masse décidé et organisé par le PAME, afin de briser et de répondre à ce climat de peur d'un côté, et aux faux espoirs et illusions de l'autre que le gouvernement et les forces du capital tentent d'imposer.

     

    Contre la peur que si ces mesures n'étaient pas mises en œuvre, de pires viendraient. Contre la peur liée à l'autoritarisme et à la répression. Contre les espoirs que ces mesures soient les dernières. Contre les espoirs qu'avec ces mesures, ce serait le retour au développement, qu'il y aurait de meilleurs jours pour les travailleurs. Ni peur, ni illusions (…)

     

    Nous sommes ici également :

     

    • Car le mouvement syndical, le mouvement populaire, n'a pas d'autre ligne de lutte que celle de l'unité contre le capital, les multi-nationales qui sont l'origine du mal, le tyran qui s'impose à toutes les couches populaires. La ligne de collaboration de classe ne peut pas être adoptée. Il n'y a pas d'autre ligne que celle du rejet de tous les gestionnaires du capitalisme ;

    • Car l'expérience nous l'a confirmée maintes et maintes fois : il n'y a pas de gestion du capitalisme, dans les intérêts du peuple ;

    • Car nous ne voulons pas vivre avec les mensonges, l'utopie d'un développement capitaliste plus juste, une distribution plus équitable des richesses produites, ce que le gouvernement et SYRIZA promettent. Il ne peut y avoir de partage juste entre ceux qui produisent les richesses et les voleurs qui se les approprient ;

     

    Nous avons proposé, à toutes les organisations de la classe ouvrière, une grève générale le 23 octobre, comme une façon d'intensifier la lutte.

     

    Car nous devons empêcher les nouvelles mesures brutales qui s'annoncent, qui vont faire empirer la situation, faire de nos vies un enfer, dans tous les domaines. Car le patronat et le gouvernement, le alliés étrangers de nos monstres locaux doivent sentir notre souffle chaud sur leur nuque, au moment où ils planifient un nouveau scénario catastrophe contre nous. Car ils créent les conditions préalables d'une mise en échec intégrale de ces mesures et des forces qui les défendent. Tous les syndicats ont obligation de prendre position sur notre proposition, ce qui en fait une expérience positive. Tous les travailleurs doivent adopter une position ferme sur les syndicats et les syndicalistes qui refuseront notre proposition.

     

    Certains cherchent, par des grèves supposées illimitées, à mettre en échec les mesures et à renverser le gouvernement. Sans discuter avec les travailleurs, sans la préparation adéquate, sans alliances. Ils mènent les mobilisations à un état de pourrissement en quelques jours et bien entendu cela conduit les travailleurs à la désillusion, la démobilisation et in fine à un renforcement du gouvernement et de la coalition gouvernementale.

     

    Nous parlons des gredins d'hier, cela comprend la majorité de la GSEE et de l'ADEDY, « Intervention indépendante et ANTARSYA, dont l'aventurisme et le fanatisme anti-PAME ne connaissent aucune limite.

     

    Jusqu'à la réalisation de la grève, nous voulions discuter, dans la mesure du possible, avec tous les travailleurs, tous les gens. Nous voulions en intégrer des milliers de plus dans les syndicats, et des milliers de plus dans les assemblées générales, pour décider. Nous voulions en ce jour que toutes les usines ferment, avec les travailleurs et travailleuses aux portes des usines. Que les rues soient noires des travailleurs et travailleurs, des usines comme des services. Que des millions de chômeurs, de femmes, d'immigrés soient main dans la main dans les rues. Que les travailleurs indépendants soient avec nous, ceux qui souffrent sans leur pain quotidien, leurs revenus, les petits paysans la corde enroulée autour de leur cou.

     

    Si nous parvenons à tout cela, si la grève est un pas dans cette direction, alors les tyrans nationaux et étrangers en feront des insomnies ».

     

    Le représentant du PAME a souligné que c'est seulement quand il y aurait les conditions préalables pour que ce gouvernement voie le jour, que celui-ci se formera. Et ce n'est pas seulement que ce gouvernement voie le jour, mais qu'un autre gouvernement ne se forme pas, avec d'autres arguments et mots d'ordre, continuent la ligne politique anti-populaire.


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  • l'Humanité de ce mardi 8 octobre 2013

    Social-Eco - le 7 Octobre 2013

    L'Humanité spéciale retraites ce mardi

    L'Humanité décrypte le projet de loi de "contre-réforme" des retraites en discussion à l'Assemblée nationale depuis ce lundi. Article par article, les injustices sont débusquées, les quelques points positifs soulignés et les conséquences du projet de loi démontrées:

    Années 1993-2013. Voilà vingt ans, depuis les décrets Balladur, que les réformes s’enchaînent, durcissant toujours plus les conditions d’accès à la retraite sans pour autant résoudre le déséquilibre financier du système. Vingt ans que notre système par répartition se fragilise, que le niveau d’inquiétude des salariés pour leur avenir de retraité s’élève. Vingt ans que la confiance des jeunes dans ce système, clé de voûte de l’édifice, s’érode, aiguisant les appétits des marchands d’illusions des fonds de pension.

     

     

    Devant un tel tableau, la raison aurait voulu, avant de faire rebelote, que l’on prenne le temps d’organiser un large débat citoyen pour dresser un bilan, d’ouvrir une vraie négociation, et pas seulement une concertation bâclée en quelques séances, suivie d’un débat parlementaire express. L’enjeu le valait bien : il s’agit tout de même de déterminer les conditions – seuil d’âge, niveau de revenu – dans lesquelles les Françaises et les Français vivent et vivront un temps de plus en plus long de leur existence, s’apparentant désormais à une « troisième vie ». Eh bien non, il y avait, nous dit-on, urgence. Urgence à… céder aux injonctions austéritaires de Bruxelles et du patronat pour, soi-disant, résorber les déficits.

    Loi d'airain

    Nous voilà donc devant un projet de loi qui ne déroge pas à la règle d’airain appliquée dans les précédentes réformes : combler les trous financiers creusés par la crise et le chômage en imposant de nouveaux sacrifices aux assurés, actifs et retraités, tout en épargnant les gros revenus tirés de la spéculation financière. Le gouvernement Ayrault tente, difficilement, de vendre son projet en assurant qu’il « garantit l’avenir et la justice du système de retraites », que les « efforts » financiers exigés sont « équilibrés ».

    À chacun d’en juger. Sur pièces. Durée de cotisation, financement, prise en compte de la pénibilité, rachat des années d’études… Fidèle à une tradition bien ancrée, l’Humanité propose ici un décryptage des principaux articles du texte de loi. Les dés ne sont pas joués. Les quelques concessions, limitées, déjà annoncées, comme la prise en compte des stages en entreprise, le montrent : la mobilisation sociale, jointe à celle des parlementaires qui ne se résignent pas à cette nouvelle contre-réforme, peut encore porter ses fruits.

    Retraites, le gouvernement se veut droit dans ses bottes

    MAX STAAT La ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, a présenté, hier, à l’Assemblée nationale, le projet de réforme des retraites. Joël Saget/AFP

    La ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, a convoqué Pierre Mauroy, le père de la retraite à 60 ans en 1981, pour justifier l’allongement de la durée de cotisation à 43 ans. Une première sous un gouvernement de gauche.

    « Le projet de réforme des retraites, le Medef en a rêvé, le gouvernement socialiste l’a fait. » JACQUELINE FRAYSSE, DÉPUTÉE FRONT DE GAUCHE.

    La ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, était droite dans ses bottes en présentant hier, à l’Assemblée nationale, le projet de réforme des retraites. Projet qui consacre, pour la première fois sous un gouvernement de gauche, un allongement de la durée de cotisation et, dans les faits, un recul de l’âge où tout un chacun pourra, dans des conditions financières décentes, prendre sa retraite.

    LES RETRAITÉS EUX-MÊMES MIS À CONTRIBUTION

    L’évocation par la ministre de Pierre Mauroy qui avait, lui, instauré en 1981 la retraite à 60 ans, ne peut effacer cette réalité : le projet du gouvernement non seulement ne remet pas en cause les aspects les plus régressifs de la réforme Sarkozy de 2010 (41,5 ans de cotisation et recul de l’âge légal du départ à la retraite à 62 ans) mais confirme que, dorénavant, il faudra cotiser 43 ans à l’horizon 2035 – ce qui touchera la génération née en 1973 et les suivantes – pour accéder à la retraite.

    Nous sommes loin d’un projet qui s’inscrit « dans le sillage des grandes conquêtes du passé » conduisant « au progrès social et à de nouveaux droits », comme le déclare pompeusement à la tribune de l’Assemblée Marisol Touraine. Elle poursuit : « Cette réforme n’obéit à aucune injonction extérieure. » Pour prévenir, peut-être, que la Commission européenne qui appelle pourtant à réduire la dépense publique n’y est pour rien. Qui peut la croire ? La ministre entend faire preuve de « lucidité » et dire la « vérité » pour « pérenniser notre système de retraite ». Face à « l’espérance de vie qui s’allonge » et au nombre de retraités qui « augmente » par rapport aux actifs, la ministre propose « de relever le défi financier » en augmentant les cotisations des salariés (0,15 % en 2014 jusqu’à 0,30 % en 2017) ainsi que celles des entreprises (qui devraient, selon l’engagement du gouvernement, être compensées).

    Les retraités eux-mêmes seront mis à contribution. Mais pas un mot, en revanche, sur d’autres sources de financement, que proposent d’ailleurs les parlementaires du Front de gauche, comme la taxation des revenus financiers ou le développement de l’emploi. Le président de la République s’est pourtant engagé à inverser, d’ici à fin 2013, la courbe du chômage.

    La ministre s’est ensuite longuement étendue sur plusieurs dispositifs concernant notamment la pénibilité et « ses dix critères pour gagner des points et quelques trimestres », ou encore les femmes et « l’intégration des congés de maternités », les jeunes et la possibilité, « si les députés font des propositions, d’intégrer les périodes de stage sans pour autant banaliser ceux-ci ». Cependant le gouvernement et le rapporteur PS, Michel Issindou, préviennent, les amendements ne seront acceptés qu’à la marge.

    C’est dire si le gouvernement, qui a opté pour la procédure accélérée au Parlement, entend non seulement aller vite mais imposer son texte malgré les oppositions à gauche. Celle du Front de gauche, mais aussi les dissonances qui existent parmi quelques élus socialistes et écologistes alors que la droite, elle, s’oppose au projet, pas mécontente cependant sur le fond que le gouvernement fasse le boulot.

    Le débat ne fait que commencer puisque, hier soir, les députés entamaient le débat des 34 articles et des près de 500 amendements qui ont été déposés avant un premier vote solennel mardi prochain à l’Assemblée nationale.

    LE FRONT DE GAUCHE MOBILISÉ

    La députée Front de gauche Jacqueline Fraysse, intervenant dès hier, a dénoncé le fait qu’il n’y ait pas « de changement de cap par rapport au gouvernement précédent » et que « tout le monde devra mettre la main à la poche sauf le patronat ». Et l’élue des Hauts-de-Seine de prévenir : « Nous ne cautionnerons pas ce recul social. » « Nous affirmons que les moyens existent dans notre pays pour financer une protection sociale et une retraite digne pour tous », a-t-elle poursuivi, évoquant une productivité et une richesse nationale qui « n’ont cessé de progresser au fil des années ».

    RETRAITES : UN PROJET DE LOI INJUSTE

    SPÉCIAL RETRAITES LE PROJET DE LOI DÉCRYPTÉ ARTICLE PAR ARTICLE

    YVES HOUSSON, AVEC MARIE-NOËLLE BERTRAND

    Années 1993-2013.

    Voilà vingt ans, depuis les décrets Balladur, que les réformes s’enchaînent, durcissant toujours plus les conditions d’accès à la retraite sans pour autant résoudre le déséquilibre financier du système. Vingt ans que notre système par répartition se fragilise, que le niveau d’inquiétude des salariés pour leur avenir de retraité s’élève. Vingt ans que la confiance des jeunes dans ce système, clé de voûte de l'édifice, s'érode, aiguisant les appétits des marchands d'illusions des fonds de pension.

    Devant un tel tableau, la raison aurait voulu, avant de faire rebelote, que l’on prenne le temps d’organiser un large débat citoyen pour dresser un bilan, d’ouvrir une vraie négociation, et pas seulement une concertation bâclée en quelques séances, suivie d’un débat parlementaire express. L’enjeu le valait bien : il s’agit tout de même de déterminer les conditions – seuil d’âge, niveau de revenu - dans lesquelles les Françaises et les Français vivent et vivront un temps de plus en plus long de leur existence, s'apparentant désormais à une « troisième vie ». Eh bien non, il y avait, nous dit-on, urgence. Urgence à... céder aux injonctions austéritaires de Bruxelles et du patronat pour, soi-disant, résorber les déficits. Nous voilà donc devant un projet de loi qui ne déroge pas à la règle d'airain appliquée dans les précédentes réformes : combler les trous financiers creusés par la crise et le chômage en imposant de nouveaux sacrifices aux assurés, actifs et retraités, tout en épargnant les gros revenus tirés de la spéculation financière. Le gouvernement Ayrault tente, difficilement, de vendre son projet en assurant qu'il « garantit l'avenir et la justice du système de retraites », que les « efforts » financiers exigés sont « équilibrés ». À chacun d'en juger. Sur pièces. Durée de cotisation, financement, prise en compte de la pénibilité, rachat des années d'études...

    Fidèle à une tradition bien ancrée, l’Humanité propose ici un décryptage des principaux articles du texte de loi. Les dés ne sont pas joués. Les quelques concessions, limitées, déjà annoncées, comme la prise en compte des stages en entreprise, le montrent : la mobilisation sociale, jointe à celle des parlementaires qui ne se résignent pas à cette nouvelle contreréforme, peut encore porter ses fruits.

    Y. H.

    DOCUMENT

    ARTICLE 1 : principes et objectifs de l’assurance retraite

    « La nation réaffirme solennellement le choix de la retraite par répartition au coeur du pacte social qui unit les générations. La nation assigne au système de retraite par répartition les objectifs d’équité et de solidarité entre les générations et au sein des générations, de réduction des écarts de pension entre les hommes et les femmes, de maintien d’un niveau de vie satisfaisant des retraités, de pérennité financière et d’un niveau élevé d’emploi des salariés âgés. »

    NOTRE AVIS

    Les buts assignés sont largement contredits par les mesures d’économies prévues dans le projet, en particulier l’allongement de la durée de cotisation, disposition très inégalitaire, au détriment des jeunes et des femmes. D’autant que les quelques mesures dites de justice (comme la prise en compte de la pénibilité) ont une portée très limitée. L’objectif de « maintien d’un niveau de vie suffisant des retraités » n’engage à rien : il gagnerait en crédibilité si était précisé un taux de remplacement du salaire par la retraite à atteindre. Ce critère étant le plus déterminant pour garantir le niveau de vie. La CGT propose un taux de 75 %, qui limiterait le décrochage entre la période d’activité et la retraite.Quant au choix du système par répartition, bien qu’il soit formellement réaffirmé ici, il peut être mis en doute, au regard notamment du dispositif de pilotage qui est institué par la réforme (voir articles 3 et 27) et qui laisse craindre un glissement vers un système d’une autre nature.

    VERS LA RETRAITE À 67 ANS

    ARTICLE 2 : détermination de la durée d’assurance tous régimes

    Pour « répondre au défi » de l’allongement de l’espérance de vie, le gouvernement « propose une évolution mesurée et progressive de la durée d'assurance requise pour l'obtention d'une retraite à taux plein », qui « concernera les générations partant en retraite à compter de 2020 ». Cette mesure « consiste à augmenter la durée de cotisation d'un trimestre tous les trois ans entre 2020 et 2035 ». La durée d'assurance sera ainsi portée de 41,75 ans, pour la génération 1958, à 43 ans, pour la génération 1973. Elle s'applique au régime du privé comme à ceux des fonctionnaires, des ouvriers des établissements de l'État et des exploitants agricoles.

    NOTRE AVIS

    S’inscrivant dans la droite ligne des précédentes réformes de la droite, c’est la mesure la plus nocive, socialement, du projet. Sa justification est très contestable : l’espérance de vie s’allonge de façon très inégale selon les catégories socioprofessionnelles et l’espérance de vie en bonne santé stagne désormais, voire diminue. Avec 43 ans de cotisation requis (172 trimestres), il sera impossible au plus grand nombre de partir à l’âge légal d’ouverture du droit qui reste fixé à 62 ans. À moins d’accepter une pension diminuée par la décote, qui s’applique lorsque des trimestres de cotisation manquent (une baisse du taux de la pension de 5 % par année manquante). À l’heure actuelle, en moyenne, une carrière dure 35 ans (source Eurostat). En 2012, les salariés qui ont liquidé leur retraite l’ont fait avec 151 trimestres seulement au compteur. Pour les jeunes générations, qui n’ont, en moyenne, pas plus de trente trimestres cotisés à l’âge de 30 ans, le départ sera difficilement envisageable avant 66 ans. Beaucoup devront attendre 67 ans (âge de la garantie du taux plein, quelle que soit la durée de cotisation) pour pouvoir partir avec une pension complète. Les déclarations répétées du gouvernement valorisant son refus de reculer l’âge légal, à la différence de Sarkozy en 2010, sont donc de pure forme.

    CAP SUR UNE RÉFORME SYSTÉMIQUE ?

    ARTICLE 3 : règles et dispositif de pilotage

    Il est instauré « un mécanisme de pilotage » du système de retraite, chargé à la fois du rôle de « surveillance financière,d'observatoire des inégalités générées par le système de retraite et de suivi des dispositifs mis en place pour les corriger ». À cet effet est créé un « comité de surveillance » composé de quatre personnalités et d'un président nommé en Conseil des ministres. Cette instance rendra un rapport annuel sur l'évolution des écarts de situation hommes-femmes et sur le respect des objectifs du système, et il adressera des recommandations au gouvernement. Celles-ci pourront porter sur un allongement de la durée de cotisation ainsi que sur le taux de cotisation, étant toutefois précisé que ce taux ne pourra dépasser un plafond, et sur le taux de remplacement qui, lui, ne pourra descendre au-dessous d'un plancher.

    NOTRE AVIS

    Ce pilotage par des experts marginalise un peu plus les représentants des assurés sociaux dans les caisses de retraite et diminue de fait le rôle du Parlement. Il s’exercerait sur tous les régimes, y inclus les complémentaires dont la gestion relève pourtant jusqu’alors des seuls syndicats et patronat. Avec cet outil, le gouvernement entend contraindre le système de retraite à respecter, à tout prix, une trajectoire financière prétendument vertueuse, autrement dit, à entrer dans des normes dogmatiques d’équilibre financier. Au nom de quoi les experts pourront recommander d’allonger encore la durée de cotisation, sans limitation expressément mentionnée... Ils pourront aussi « proposer » d’utiliser le taux de remplacement comme une variable d’ajustement, sous la seule réserve de ne pas descendre au-dessous d’un plancher « fixé par décret », ce qui ouvre la voie à des baisses du niveau des pensions.

    Ils pourront également inciter à élever le taux de cotisation pour apporter des ressources en sus aux régimes, mais sans pouvoir dépasser un plafond, aussi fixé par décret. Cette dernière disposition porte la marque du lobbying patronal sur le « coût du travail ». Elle fait glisser subrepticement notre système dans la logique des systèmes dits à « cotisations définies », à l’image des fonds de pension anglo-saxons. Une logique dangereuse où, en substance, les recettes sont fixes, tandis que les dépenses, donc les droits, doivent s’ajuster.

    ENTREPRISES, SALARIÉS, RETRAITÉS : CHERCHEZ L’ÉQUITÉ...

    ARTICLE 4 : report au 1er octobre de la revalorisation des pensions, sauf pour l’Aspa

    – Au titre de « mesures immédiates de redressement afin de résorber les déficits », le gouvernement propose des mesures qui « reposent sur un effort justement réparti entre tous : entreprises, salariés et retraités ». En premier lieu, les cotisations des actifs et des entreprises aux différents régimes de base « seront augmentées dans la même proportion », de façon « progressive sur quatre ans : 0,15 point pour les actifs et les employeurs en 2014, puis 0,05 pour les trois années suivantes ».

    NOTRE AVIS

    Premier constat : cette hausse de cotisation déroge à la règle actuelle de partage de l’effort, les employeurs versent aujourd’hui 60 % des cotisations vieillesse, les salariés 40 %. Second : il n’y a pas d’équité dans l’effort. Invoquant son refus d’augmenter le « coût du travail », le gouvernement a annoncé une compensation pour les seules entreprises qui verront leurs cotisations famille diminuer. Aucune contrepartie en vue pour les salariés ni pour les retraités.

    – « La contribution des retraités reposera sur deux mesures : l’inclusion des majorations de pensions des retraités ayant élevé trois enfants ou plus dans l’assiette de l’impôt sur le revenu (...) ; le décalage de six mois de la revalorisation des pensions », au 1er octobre au lieu du 1er avril. Ce report ne s’applique pas au minimum vieillesse (allocation de solidarité aux personnes âgées, Aspa) ni aux pensions d’invalidité.

    NOTRE AVIS

    Le gouvernement peut répéter qu’il a n’a pas voulu toucher aux pensions en les désindexant des prix :le décalage de la revalorisation revient bel et bien à une désindexation déguisée. Il en coûtera une perte de pouvoir d’achat pour les 15 millions de retraités. La mesure représente une ponction globale dans leur portefeuille de 600 millions d’euros en 2014, qui montera à 1,4 milliard en 2020. Si elle ne touche pas le minimum vieillesse (minimum social versé aux personnes n’ayant pas, ou très peu, travaillé, d’un montant de 787,26 euros par mois), elle n’épargne pas de très nombreuses petites pensions. À l’heure actuelle, 40 % des retraites liquidées au régime général le sont au minimum contributif (soit 628,99 euros par mois).

    PRISE EN COMPTE DE LA PÉNIBILITÉ : ATTENTION À LA DÉSILLUSION

    ARTICLE 5 : la fiche de prévention des expositions

    Modifiant le point du Code du travail relatif à la fiche de prévention des expositions aux différentes formes de pénibilité, cet article prévoit la définition par décret des seuils d’exposition aux facteurs de risque.

    NOTRE AVIS

    Ce décret s’annonce crucial : il déterminera en bonne partie la portée réelle des nouvelles modalités de prise en compte de la pénibilité (voir article 6). Il s’agira par exemple de savoir à partir de combien de nuits travaillées dans l’année un travailleur pourra être considéré comme victime de cette forme de pénibilité. La méthode du décret laisse craindre une grande désillusion quant à l’ampleur des droits accordés (voir article 6).

    ARTICLE 6 : le compte personnel de prévention de la pénibilité

    Est institué, à compter du 1er janvier 2015, « un compte personnel de prévention de la pénibilité dont l’objet est de comptabiliser les périodes d’exposition à un ou plusieurs facteurs de pénibilité et les droits acquis à ce titre. Les périodes d’exposition conduisent à l’accumulation de points sur le compte, le cas échéant majorés en cas d’exposition multiple.

    (...) Une partie de ce total de points ne pourra être mobilisée que pour certaines des utilisations possibles, en particulier la formation professionnelle afin de favoriser une reconversion professionnelle permettant la sortie de la pénibilité ». Les points ouvrent droit, soit « au financement d’une action de formation professionnelle permettant une reconversion », soit à « un complément de rémunération lors d’un passage à temps partiel en fin de carrière », soit à « l’acquisition de trimestres supplémentaires majorant la durée d’assurance vieillesse » et permettant donc un départ anticipé. « Le barème de transformation des points en droits ouverts sera fixé par décret et pourra être bonifié pour les assurés proches de l’âge de la retraite ». Il reviendra à la Caisse nationale d’assurance vieillesse d’enregistrer au fur et à mesure les points du salarié sur la base des informations communiquées par l’employeur. Les expositions des salariés pourront être contrôlées par les caisses régionales d’assurance vieillesse et de la santé au travail (Carsat). En cas de désaccord du salarié sur le recensement de ses expositions à la pénibilité, les Carsat saisissent une commission ad hoc pour avis et rendent leur décision.

    NOTRE AVIS

    Pour la première fois, une loi a pour objectif de prendre en compte les conséquences de la pénibilité sur la retraite en termes d’espérance de vie et, davantage encore, d’espérance de vie en bonne santé. Rien à voir donc, dans le principe, avec la loi hyperrestrictive de 2010 qui ne prenait en compte que l’incapacité constatée sur le salarié avant la retraite pour lui permettre un départ anticipé, ignorant les effets à long terme de la pénibilité. Mais le système arrêté, très complexe, laisse craindre beaucoup de déboires. Cela tient en particulier au fait qu’au lieu d’aller droit au but, en donnant simplement un droit au départ anticipé, le gouvernement a mis en place trois types de réponses à la pénibilité. Une partie des points accumulés devra même obligatoirement être utilisée pour une formation visant à sortir de la pénibilité. Pourtant, la formation des salariés fait déjà partie des obligations permanentes de l’employeur. Celui-ci risque ainsi d’être déresponsabilisé en la matière. De surcroît, cette disposition n’incitera pas à prévenir la pénibilité : il suffira de remplacer le salarié quittant un poste pénible pour une formation par un autre salarié. Deuxième réponse prévue : le passage à temps partiel, rémunéré à temps complet, pour finir sa carrière. Cette possibilité est rendue aléatoire du fait que l’employeur, selon le projet de loi, pourra la refuser « en cas d’impossibilité due à l’activité économique de l’entreprise ». Autant dire que ce sera selon son bon vouloir. Quant à l’anticipation du départ en retraite, il faut attendre le décret qui fixera le barème de transformation des points en trimestres de bonification, mais le gouvernement envisage d’ores et déjà un droit très restrictif : deux ans maximum d’anticipation pour 25 ans d’exposition ! Soit, au mieux, un départ à... 60 ans. Alors que la différence d’espérance de vie entre un ouvrier et un cadre s’élève à 7 ans. La CGT propose, elle, un système accordant un trimestre d’anticipation pour un an d’exposition à des travaux pénibles.Quid des salariés arrivant en fin de carrière et n’ayant donc pas pu bénéficier auparavant du compte personnel ? Le gouvernement prévoit seulement d’accorder aux assurés âgés de plus de 59 ans et 6 mois des bonifications qui leur donneraient, au mieux, un à deux trimestres d’anticipation, eussent-ils subi la pénibilité durant toute leur vie active... Autre point d’inquiétude : les modalités du contrôle de la réalité des expositions, qui pourra être confié par la Sécu à des « organismes compétents » extérieurs « définis par décret ». Les syndicats et les institutions représentatives du personnel sont tenus à l’écart. De même, en cas de désaccord du salarié sur ses périodes d’exposition recensées, le projet prévoit que des « commissions ad hoc », sans plus de précision, traitent les contentieux.

    Or, ceux-ci, vue la complexité du système, risquent d’être nombreux. Le phénomène récurrent de la sousdéclaration, par les entreprises, des accidents du travail et des maladies professionnelles, qui leur permet de se décharger du coût, reporté sur l’assurance maladie, invite à la vigilance.Au final, ce dispositif risque de décevoir doublement : peu de salariés victimes de la pénibilité bénéficieraient d’une réelle compensation en termes de retraite anticipée, tandis que les employeurs seraient peu incités à réduire cette pénibilité.

    ARTICLE 7 : financement du compte personnel de prévention de la pénibilité

    Et institué un fonds en charge du financement des droits liés au compte. « La première source de financement est une cotisation générale des employeurs. La deuxième est une cotisation additionnelle appliquée uniquement aux employeurs exposant au moins un de leurs salariés à la pénibilité. » Elle est égale à un pourcentage des salaires des travailleurs exposés.

    NOTRE AVIS

    Ce schéma de financement en deux étages principalement, l’un mettant toutes les entreprises à contribution, créant donc une mutualisation, l’autre demandant davantage à celles qui imposent plus de pénibilité à leurs propres salariés, paraît appréciable. Mais cette cotisation additionnelle souligne l’importance de la question du contrôle des expositions, des droits et des garanties à apporter aux salariés pour obtenir la reconnaissance de ces périodes, et donc la juste contribution de l’employeur.

    ARTICLE 11 : extension de la retraite progressive

    Cet article réforme le dispositif existant de retraite progressive : « pour en étendre le champ, il abaisse la condition d’âge à partir duquel les assurés pourront entrer en retraite progressive. Actuellement fixée à l’âge légal (62 ans en 2017, pour la génération née en 1955), la condition d’âge est abaissée de deux ans, afin de favoriser l’accès au dispositif des salariés ayant commencé à travailler tôt ».

    NOTRE AVIS

    La retraite progressive a été conçue pour inciter à prolonger l’activité en permettant de cumuler une part de revenu d’activité et une fraction de la pension. Elle est très peu utilisée : 2 409 bénéficiaires en 2012 au régime général. Intéressant sur le papier (il évite la coupure brutale entre travail et retraite), ce dispositif se heurte d’abord à la politique des entreprises d’éviction précoce des seniors. En outre, le passage à temps partiel est parfois synonyme de marginalisation du salarié par rapport au temps plein. Enfin, devant les réalités du travail aujourd’hui et l’enchaînement des réformes de la retraite qui durcissent chaque fois plus l’accès aux droits, l’aspiration première des salariés est de partir « dès que possible », selon les enquêtes d’opinion. L’abaissement à 60 ans de la condition d’âge pour entrer en retraite progressive est l’un des (très légers) adoucissants, prévus par ce projet de loi, au report de l’âge légal à 62 ans décidé en 2010 et que le gouvernement Ayrault refuse de remettre en question.

    SI L’ÉGALITÉ SALARIALE HOMMES-FEMMES ÉTAIT FAITE

    En matière de retraite, la femme ne vaut guère plus de la moitié de l’homme. La pension moyenne des retraitées s’élève à 930 euros, contre 1 600 euros pour les hommes. Rançon, pour une part, de carrières encore plus courtes, mais aussi et surtout de salaires plus bas (moins 27 %). Ces inégalités qui se perpétuent jusque dans la retraite sont aggravées par les réformes qui durcissent l’accès à la retraite. Allonger la durée de cotisation obligatoire revient automatiquement à sanctionner plus durement une majorité de femmes aux carrières déjà incomplètes. C’est encore le cas avec la réforme Ayrault, le mini-correctif prévu avec la meilleure prise en compte des temps très partiels ne changeant pas fondamentalement la donne. En vérité, établir l’égalité devant la retraite passe d’abord par le combat pour l’égalité professionnelle. C’est dire tout l’intérêt de l’étude réalisée, à la demande de la CGT, par la Caisse nationale d’assurance vieillesse qui a simulé « l’impact d’une convergence des salaires des femmes sur ceux des hommes ». Résultat : l’égalité salariale, qui serait mise en oeuvre progressivement, générerait, à l’horizon 2050, 18,5 milliards d’euros de cotisations supplémentaires pour le régime général. Simultanément, elle entraînerait une hausse moyenne de 20 % des pensions féminines. Pour les caisses de retraite, cela représenterait un surcroît de dépenses de 13 milliards. Au final, l’égalité améliorerait donc le financement du système de 5 milliards net.

    DROITS FAMILIAUX : UNE PERSPECTIVE INQUIÉTANTE

    ARTICLE 13 : préparer une refonte des majorations de pension pour enfants

    « Dans les six mois suivant l’entrée en vigueur de la présente loi, le gouvernement remet au Parlement un rapport formulant des propositions pour la refonte des majorations de pension pour enfants, afin qu’elles bénéficient davantage aux femmes qu’actuellement et qu’elles puissent être attribuées, de manière forfaitaire, à compter du premier enfant. » Ce rapport présentera aussi « des orientations pour l’évolution des droits familiaux en matière de durée d’assurance, dans l’objectif de mieux compenser les interruptions de carrière directement liées aux jeunes enfants et l’effet sur les pensions qui en découle ».

    NOTRE AVIS

    Le gouvernement part du constat que la majoration (10 %) pour trois enfants, parce qu’elle est proportionnelle à la pension (donc plus importante pour les pensions élevées) et non assujettie à l’impôt, bénéficie à 70 % aux hommes, et contribue ainsi à accroître les écarts de pension hommes-femmes. Or, comme l’a montré le Conseil d’orientation des retraites, les droits familiaux n’ont pas été conçus pour compenser les inégalités de rémunération hommesfemmes mais les inégalités entre les capacités d‘épargne des familles nombreuses et des familles de petite taille.Outre son attribution dès le premier enfant, évidemment positive, la réforme envisagée consisterait à réserver cette majoration aux seules femmes, tout en la forfaitisant. Cela reviendrait à prendre sur les pensions des hommes sans garantir pour autant une véritable amélioration de celles des femmes. D’autant que le montant du forfait évoqué est faible. Devant l’ampleur des protestations, le gouvernement a choisi de différer à 2020 cette réforme, sans y renoncer toutefois.Quant à une éventuelle modification de la majoration de durée d’assurance (MDA) au titre des avantages familiaux, elle inquiète beaucoup aussi. La MDA joue toujours un rôle essentiel pour compenser les différences de carrière hommes-femmes. Rappelons que, si le taux d’activité des femmes augmente, cellesci cotisent encore en moyenne onze trimestres de moins que les hommes (chiffres de la Cnav en 2012). Réduire le nombre de trimestres validés au titre de la maternité pénaliserait nombre de femmes.

    ARTICLE 14 : faciliter l’acquisition de trimestres pour les assurés à faible rémunération

    « Afin de mieux prendre en compte les carrières à temps très partiel ou à faible rémunération, le présent article permet de modifier les modalités de validation d’un trimestre :

    – il sera possible d’acquérir un trimestre avec 150 heures rémunérées au Smic de cotisations au lieu de 200 (...) ;

    – un plafond spécifique sera instauré afin de limiter les effets d‘aubaine : ne seront prises en compte pour le calcul de la durée d’assurance que les cotisations portant sur un revenu mensuel inférieur à 1,5 Smic ;

    – enfin, lorsqu’une année compte au moins quatre trimestres validés, les cotisations non utilisées pour la validation d’un trimestre pourront être reportées sur l’année suivante ou sur la précédente si ces années comptent moins de quatre trimestres validés. »

    NOTRE AVIS

    L’objectif poursuivi est de mieux pendre en compte dans le droit à retraite la précarisation croissante du salariat. En effet, les contrats très courts se multiplient. L’amélioration prévue (un trimestre d’assurance acquis pour 150 heures au Smic) n’est pas négligeable. Mais la question se pose : est-ce le rôle du système de retraite de compenser tous les dégâts de la politique d’emploi des entreprises ? Ne faut-il pas d’abord combattre vigoureusement la pratique des contrats courts et des faibles salaires ?

    ARTICLE 15 : élargissement de la retraite anticipée pour carrières longues

    En 2012, le gouvernement a pris des dispositions permettant le départ à 60 ans des assurés qui, ayant cotisé la durée requise, ont commencé à travailler jeunes. Les périodes prises en compte ont été élargies à une partie des trimestres validés au titre du chômage ou de la maternité, à raison de deux trimestres dans chaque cas. Cet article y ajoute deux trimestres supplémentaires de chômage et d’invalidité, ainsi que la prise en compte de l’ensemble des trimestres de maternité.

    NOTRE AVIS

    Cette mesure représente une petite avancée. Elle n’efface cependant pas la régression que constitue pour le plus grand nombre la suppression du droit au départ pour tous à 60 ans, signée Sarkozy, combattue par toute la gauche en 2010, mais avalisée en 2012 par Hollande. La prise en compte de trimestres en sus au titre de la maternité concernera sans doute peu de femmes, beaucoup ayant déjà validé quatre trimestres par leur salaire.

    RACHAT DES ANNÉES D’ÉTUDES : UN ESPOIR DÉÇU

    ARTICLE 16 : aider les assurés à racheter leurs années d’études

    La loi permet actuellement de racheter jusqu’à 12 trimestres d’assurance au titre des études supérieures. Mais peu d’assurés en font usage, le tarif étant très élevé, en particulier pour les jeunes (1 % seulement des personnes demandant le rachat ont moins de 40 ans, soit 25 par an). « Cet article instaure donc un tarif préférentiel de rachat de trimestres d’études pour les jeunes entrant dans la vie active, dans les conditions suivantes : – le rachat doit être effectué dans un délai de cinq ou dix ans suivant la fin des études ;

    – quatre trimestres au maximum (parmi les douze prévus) seront rachetables à ce tarif ; – le tarif préférentiel correspondra à un montant d’aide forfaitaire par trimestre au régime général, afin d’avantager relativement les assurés les plus jeunes et aux revenus les plus faibles lors du rachat (...). »

    NOTRE AVIS

    Comme celle de la pénibilité, la prise en compte des années d’études était très attendue dans le monde syndical et parmi les organisations de jeunesse. L’élévation du niveau d’études, de qualification est un investissement collectif répondant aux exigences des entreprises. Elle doit être reconnue et ne pas pénaliser les jeunes dans leur droit à la retraite. Hélas !, la déception est là aussi au rendez-vous. Le gouvernement reconnaît certes la réalité du problème en instaurant une aide forfaitaire pour racheter les années d’études. Mais même avec cette aide (1 000 euros par trimestre), il faudrait débourser 3 200 euros pour racheter une année de cotisation, a calculé l’Unef. Un tarif prohibitif au regard du niveau d’épargne très faible des jeunes, et compte tenu aussi du fait qu’ils ont, en début de carrière, d’autres priorités (rembourser les prêts étudiants, acquérir un logement, etc.).

    PRISE EN COMPTE DE L’APPRENTISSAGE : UN VRAI PROGRÈS

    Article 17 : mieux prendre en compte les périodes d’apprentissage au titre de l’assurance retraite

    « Les apprentis, actuellement au nombre de 370 000, cotisent sur une assiette forfaitaire trop faible pour leur permettre de valider une durée d’assurance vieillesse égale à celle de leur contrat. » Cet article vise à leur garantir « la validation de tous leurs trimestres d’apprentissage », grâce à un mécanisme en deux temps : d’une part, passer à une assiette réelle pour les cotisations finançant le risque vieillesse, d’autre part, introduire un système de validation complémentaire de droits à retraite pour les apprentis qui ne valideraient toujours pas autant de trimestres de retraite que de trimestres d’apprentissage sur une année civile. Le financement de cette mesure est assuré par la Sécurité sociale.

    NOTRE AVIS

    Revendiqué par les syndicats de longue date, c’est là sans aucun doute le progrès social le plus net à mettre à l’actif de ce projet de loi.

    Article 18 : améliorer la prise en compte des périodes de formation des chômeurs

    « Les stagiaires de la formation professionnelle, lorsqu’ils sont rémunérés par l’État ou par la région pendant la durée de leur stage ou lorsqu’ils ne bénéficient d’aucune rémunération valident au mieux un trimestre de retraite dans l’année au titre de ces périodes, alors qu’une période de chômage peut donner lieu à validation de quatre trimestres. » Cet article permet « que soient considérées comme des périodes assimilées d’assurance vieillesse toutes les périodes de sages de formation professionnelle continue donnant lieu à cotisation, qu’elles soient rémunérées par l’État, la région ou non rémunérées mais faisant l’objet d’une prise en charge de cotisations par l’État ». Chaque totalisation de 50 jours de stage dans l’année civile donnera droit à un trimestre d’assurance vieillesse.

    NOTRE AVIS

    Un progrès là aussi, mais limité aux seules formations effectuées par les chômeurs, excluant donc les périodes de formation continue des salariés. Excluant aussi les jeunes stagiaires en entreprise (1,5 million) qui bénéficient certes désormais d’une gratification, mais celle-ci étant exonérée de cotisations n’ouvre aucun droit à retraite.

    Article 21 : mesures relatives au régime complémentaire obligatoire des non-salariés agricoles

    « Le présent article permet d’attribuer (aux) conjoints collaborateurs et aides familiaux des points gratuits au titre des années antérieures à leur affiliation, y compris pour les retraités actuels. Il s'agit d'un engagement pris par le président lors de sa campagne. »

    NOTRE AVIS

    Longtemps, les conjoints d’exploitants – autant dire les femmes – ou leurs enfants travaillant dans les fermes n’ont pas bénéficié de statut, et aucun droit ne leur était accordé au titre de nombreuses années (voire de décennies) d’exercice. Les choses se sont progressivement transformées à compter de 2002, et deux statuts distincts ont été créés : ceux de conjoints collaborateurs et d’aides familiaux. Depuis 2011, tous sont affiliés au régime complémentaire obligatoire (RCO). Un progrès, qui ne s’était toutefois accompagné d’aucune attribution de points gratuits ou de possibilité de rachat des points antérieurs. L’article 21 prévoit donc de leur attribuer 66 points gratuits au titre des années antérieures, dans une limite de 17 années et à condition qu’ils justifient de 32,5 années dans le régime non agricole. Au final, 550 000 retraités agricoles, dont 410 000 femmes, devraient toucher 30 euros de plus par mois en moyenne.

    AGRICULTEURS : UN LÉGER COUP DE POUCE

    Article 22 : exploitants agricoles, mise en oeuvre de la garantie « 75 % du Smic »

    « Le présent article prévoit la création d’un complément différentiel de retraite complémentaire qui permettra de porter le montant des retraites des chefs d’exploitation ayant effectué une carrière complète au niveau de 75 % du Smic. Cet objectif sera atteint progressivement : 73 % en 2015, 74 % en 2016, 75 % en 2017. »

    NOTRE AVIS

    La mesure vise à faire appliquer ce qui aurait dû l’être depuis 2003 : votée en 2002, la loi Fillon prévoyait déjà que les pensions atteignent 75 % du Smic. En raison du décrochage entre le coût de la vie – sur lequel sont indexées les pensions – et le Smic, dont la revalorisation est supérieure aux prix, l’objectif n’a jamais été tenu, et un chef d’exploitation en retraite touche aujourd’hui 70,8 % du Smic. L’article 22 prévoit donc de rattraper le coup. Encore faut-il souligner que cela ne concerne que les retraités ayant effectué une carrière complète en tant que chef d’exploitation : la mesure exclut tous ceux qui ont effectué une partie de leur carrière sans être déclaré, par exemple en travaillant dans la ferme de leurs parents... ou de leur mari. Au final, la mesure ne bénéficiera qu’à 238 000 personnes, sur le 1,5 million d’agriculteurs aujourd’hui en retraite, souligne la Confédération paysanne. L’Association nationale des retraités agricoles de France (Anraf) demande quant à elle de porter le niveau minimum des pensions à 85 % du Smic. Au total, la loi apporte un léger coup de pouce aux retraites agricoles. Il faut dire que la marge de progression était grande : s’élevant en moyenne à 752 euros pour les hommes et ne dépassant 547 euros en moyenne pour les femmes, les pensions agricoles comptent parmi les plus basses.

    HANDICAPÉS : UNE RETRAITE ANTICIPÉE TOUJOURS DIFFICILE D’ACCÈS

    Article 23 : élargir l’accès à la retraite pour les travailleurs handicapés

    « Les travailleurs handicapés peuvent liquider leur pension à taux plein dès 55 ans s’ils respectent trois conditions cumulatives : justifier d’une durée d’assurance minimale ; justifier d’une durée d’assurance minimale cotisée ; justifier d’un taux d’incapacité permanente de 80 % pendant ces périodes, ou avoir obtenu, pendant ces mêmes périodes, la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). (...) Le présent article propose de remplacer pour le bénéfice de la retraite anticipée des travailleurs handicapés le critère peu opérant de la RQTH par le taux d’incapacité permanente (IP) de 60 %, afin de prendre en compte l’ensemble des périodes pendant lesquelles l’assuré justifie d’un handicap lourd (50 %) et au titre desquelles celui-ci ne peut jusqu’ici pas ouvrir droit à la retraite anticipée. »

    NOTRE AVIS

    Les conditions d’accès à la retraite anticipée au titre du handicap sont très sélectives : 30 ans de durée d'assurance, dont 25 ans de cotisations effectives, avec un taux d'incapacité de 80 %. Résultat : pas plus de 1 000 personnes en ont bénéficié en 2011. L'abaissement du taux d'incapacité de 80 à 50 % constitue une amélioration, mais le maintien des autres conditions écarte encore de nombreux handicapés du bénéfice de la mesure. D'autant que la suppression du critère de la RQTH, introduit en 2010, risque d'exclure des personnes qui auraient pu entrer dans le dispositif. D'autre part, rien n'est prévu pour les personnes dont le handicap est survenu au cours de la carrière et qui ne remplissent pas les conditions cumulatives ; pour eux, la règle pourrait pourtant être assouplie en prenant en compte les trimestres avant la survenue du handicap et ceux cotisés après, avec des bonifications. Rien non plus pour empêcher que la substitution de la pension de vieillesse à la pension d'invalidité ne se solde par une chute des revenus, comme cela arrive dans la majorité des cas. D'après le Conseil d'orientation des retraites, les hommes inaptes percevaient en 2009 une pension moyenne de 424 euros au régime général, soit moitié moins que le seuil de pauvreté...

    DES ÉCONOMIES SUR LES CAISSES DE RETRAITE : À QUEL PRIX ?

    Article 26 : droit à l’information

    « Chaque Français aura, avant 2017, un compte individuel de retraite, qui lui permettra de connaître les droits qu’il a acquis et de faire des simulations sur ses pensions. Au moment de liquider sa retraite, il n’aura plus qu’une seule demande à faire, avec une déclaration en ligne préremplie. (...) Cette simplification permettra de dégager des économies, estimées à 200 millions d’euros à l’horizon 2020. »

    NOTRE AVIS

    Louable intention que celle de renforcer le droit à l’information des assurés et de simplifier les modalités lors de la liquidation. Mais on peut s’interroger sur les 200 millions d’économies annoncés sur les frais de gestion, alors que les agents des caisses font état d’une intensification du travail et qu’un nouveau dispositif comme le compte personnel pénibilité devrait appeler du personnel supplémentaire.

    PILOTAGE STRATÉGIQUE : GARE AU LOUP

    Article 27 : pilotage de la simplification et des projets interrégimes

    Devant la complexité du système, le projet de loi engage une « démarche de simplification ». Celle-ci « présuppose une coordination des régimes de base et des régimes complémentaires ». « Le présent article propose donc de créer une structure de pilotage interrégime » qui « inclura l’ensemble des régimes pour produire les outils de simplification nécessaires à la bonne relation de l’usager avec le système de retraite ». Est ainsi instituée une « union des institutions et services de retraite », sous forme d’un groupement d’intérêt public. Cette union « assure le pilotage stratégique de l’ensemble des projets de coordination, de simplification et de mutualisation dans lesquels plusieurs de ses membres sont engagés et veille à leur mise en oeuvre ». Elle passe avec l’État un contrat « qui détermine les objectifs pluriannuels de simplification et de mutualisation de l’assurance vieillesse », associé à un « schéma stratégique des systèmes d’information ».

    NOTRE AVIS

    Reliées au « mécanisme de pilotage » institué à l’article 3, ces dispositions renforcent les interrogations sur les visées gouvernementales. Une telle « union » chargée de « piloter » tous les régimes pourrait préparer la réforme systémique réclamée notamment par le Medef (système par points, ou comptes notionnels, comme en Suède). Elle pourrait aussi ouvrir la voie à la fusion des régimes, réclamée par certains, au détriment de toute une série d’acquis sociaux spécifiques. Rien à voir donc avec l’objectif d’une harmonisation par le haut, avec un socle commun de droits, que vise par exemple la CGT en préconisant une « maison commune » des régimes.


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  • Combien de pauvreté pouvons-nous supporter ?

    Esther VIVAS
     

    « Les choses ne peuvent pas être pires ». Combien de fois avons-nous entendu cette phrase ? Nous pensons que plus de pauvreté, plus de précarité, plus de chômage, plus d’expulsions de logement, plus de faim sont impossibles. La réalité, cependant, contredit cette perception.

    Ces dernières années, les chiffres et les visages de la misère n’ont fait qu’augmenter dans l’État espagnol. Aujourd’hui, le nombre de personnes qui vivent en situation de pauvreté extrême se situe déjà à trois millions. Les revenus des familles sont tombés aux niveaux de l’année 2001.
    L’explication est aussi simple que brutale : les revenus ont diminué de 4% tandis que les prix ont augmenté de 10%. C’est ce qu’indiquent les chiffres fournis par le rapport « Inégalité et droits sociaux. Analyse et perspectives 2013 » élaboré par la Fondation Foessa.

    Les plus touchés sont les plus pauvres parmi les pauvres, ceux qui possèdent le moins. Hier, une personne sans ressources, qui vivait dans la rue, est morte de faim à Séville. D’abord, c’est le chômage, ensuite les difficultés pour boucler les fins de mois, puis on ne sait plus payer l’électricité, l’eau, le loyer ou l’hypothèque et, finalement, la nourriture. La tendance indique que les choses empirent. Selon le rapport de Intermón Oxfam, « Le piège de l’austérité », on estime que pour l’année 2025, le nombre de pauvres dans l’État espagnol pourrait atteindre 8 millions de personnes.

    Il ne s’agit pas seulement d’une crise mais bien des mesures qui sont appliquées pour la résoudre. L’austérité, les coupes, la réduction des aides et des allocations, la privatisation des services publics, l’augmentation de la TVA, tout cela retombe principalement sur les secteurs les plus vulnérables.

    En conséquence, les inégalités sociales augmentent. La différence entre les plus riches et les plus pauvres dans l’État espagnol se situe déjà à 30%, constituant le sommet de l’inégalité en Europe. Cette position se situe même devant les pays les plus durement frappés par la crise, comme la Grèce, et elle n’est dépassée que par des pays comme la Lettonie, la Bulgarie et le Portugal.

    La conclusion est limpide : une petite minorité augmente ses richesses sur le dos de l’appauvrissement de la majorité. La sortie de crise n’est ni impartiale ni idéologiquement neutre ; elle répond aux intérêts d’élites politiques et économiques qui veulent tirer profit – et pas qu’un peu – de cette situation. Notre misère n’est, ni plus ni moins, que leur profit.

    Les choses peuvent-elles être pires ? Malheureusement oui. Les politiques de sortie de crise qui sont actuellement appliquées dans les pays de la périphérie de l’Union européenne sont la copie conforme de celles qui ont été menée à bien dans les pays du Sud.
    Si on les appelait à l’époque « Programmes d’Ajustement Structurel », aujourd’hui elles reçoivent le nom de « « sauvetage » ». La logique est cependant la même et le résultat est plus que suffisamment connu. Nous allons vers une « tiers-mondisation » de la société. La dynamique centre-périphérie qui s’était déployée ces dernières années à l’échelle globale se reproduit aujourd’hui au sein de l’Union.

    Mais combien de pauvreté pouvons-nous supporter ? Combien de misère sommes-nous disposés à accepter ? Jusqu’où permettrons-nous qu’ils nous saignent à blanc ? La soif du profit du capital n’a pas de limites. Et le goût du lucre ne fait qu’augmenter leur avarice. Nous, la majorité, sommes les seuls capables de leur faire front. Quand nous aurons pris conscience de cela et que nous agirons en conséquence, nous aurons gagné la partie.

    Esther Vivas

    Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera.

    * http://esthervivas.com/francais/combien-de-pauvrete-pouvons-nous-supporter/
    URL de cet article 22779
    http://www.legrandsoir.info/combien-de-pauvrete-pouvons-nous-supporter.html

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  •  Ce que nous enseigne la cantonale de Brignoles

    Un Front National en passe de reconquérir le canton de Brignoles et la gauche éliminée dès le premier tour.

    Les résultats du premier tour de l'élection cantonale de Brignoles font la une des médias de ce lundi matin. A juste titre tant l'information est malheureusement édifiante.

    Avec 40 % pour le FN et près de 10 % pour le dissident d'extrême-droite (et ancien élu cantonal FN !), l'extrême-droite confirme son implantation dans un Var depuis longtemps à droite.

    Le canton de Brignoles faisait office d'exception, avec la mairie du chef lieu de canton et son conseille général communiste.

    Après la défaite, de justesse, en 2011, c'est la débâcle cette fois-ci ! Avec seulement 14,6 % des voix, le candidat communiste ne sera pas au second tour d'une cantonale qui verra s'affronter FN et UMP.

    On peut reprocher aux écologistes d'avoir présenté une candidate alors que la situation était difficile pour la gauche, certes. Avec près de 9 % des voix, elle empêche arithmétiquement le candidat communiste d'être au second : le candidat UMP fait 20 % et les deux candidats de gauche plus de 23 %.

    Mais cela aurait-il été suffisant pour battre le FN au second tour, l'objectif final ? Rien n'est moins sûr !

    Par ailleurs, la candidate écologiste était présente en 2011 avec 11,90 % des voix. Autant dire que le problème est bien plus profond !

    Ce que nous enseigne cette élection, c'est surtout l'absence des électeurs ! Et particulièrement, l'absence des électeurs de gauche ! !

    Ainsi, avec une participation de seulement 33,35 % des inscrits, ce sont 2 électeurs sur 3 qui ne se sont pas rendus aux urnes ce dimanche ! Cela limite quand même l'impact du bon score FN mais qui amplifie encore plus le faible score de la gauche ! En 2011, plus de 43 % des inscrits s'étaient déplacés. Une participation déjà faible mais de 10 points supérieurs à celle d'hier.

    En termes de voix, le candidats FN perd quelques dizaines de voix sur la cantonale 2011 mais le dissident d'extrême-droite (qui fut l'ancien candidat FN), en fait 400. En clair, l'extrême-droite progresse nettement en termes de voix !

    Mais avec une participation en baisse, difficile de tirer des conclusions !

    Est-ce que ce sont les mêmes électeurs qui se sont rendus aux urnes ? Dans ce cas, l'extrême-droite a gardé ses électeurs de 2011 et en a gagné ? Sur la droite, qui perd près de 600 voix ? Sur la gauche, qui perd 2 000 voix ?...

    Est-ce que les électeurs de gauche ont pris le parti de l'absention et que des abstentionnistes de 2011 se sont déplacés cette fois-ci ?

    Il faudrait regarder les listes 2011 et 2013 pour le savoir !

    En tout cas, les deux gros enseignements, ce sont une nouvelle fois l'effondrement de la participation, qui profite à l'extrême-droite, et l'effondrement de la gauche.

    Certes, certains vont  tenter de faire porter le chapeau au candidat communiste.

    Il faut noter qu'en 2011, c'était le maire de Brignoles, conseiller général sortant, qui était candidat. Cette fois-ci, c'était un camarade prof de lycée. La notoriété joue beaucoup pour ces élections, nous ne le savons que trop sur Saint André !

    Plus probablement, le contexte politique national, depuis l'arrivée au pouvoir d'un président socialiste et d'un gouvernement socialiste-écologiste, qui mènent une politique de droite, a dû peser sur la mobilisation des électeurs, notamment ceux de gauche. Cela d'autant plus que le candidat communiste "bénéficiait" du soutien du PS, de quoi troubler les électeurs communistes et ceux qui sont mécontents de ce gouvernement !

    Les événements récents, à Marseille et Nice, met un peu plus l'argument sécuritaire au centre des débats politiques. De quoi détourner une partie de l'électorat du débat sur les enjeux économiques des politiques libérales actuelles !

    Au final, ce résultat catastrophique pour la gauche en général, et mauvais y compris pour la droite classique, sonne comme un désaveu pour une classe politique incapable de sortir le pays d'un marasme généralisé qui s'aggrave.

    Ce résultat montre aussi la difficulté pour les communistes et leurs alliés d'apparaître comme une alternative crédible à une gauche libérale. En clair, à démontrer qu'il existe bien une autre politique, que c'est une question de volonté et que les communistes sont capables de porter cette alternative.

    De quoi nous donner du grain à moudre !

    Cette élection de Brignoles doit en premier interpeler la gauche au pouvoir, Parti socialiste et écologistes en tête, à quelques mois de municipales et européennes qui risquent d'être désastreuses pour la majorité actuelle !

    Et ce n'est pas l'abstention, on le voit à Brignoles, qui améliore les choses ! Ceux qui, au gouvernement, compte sur une démobilisation électorale aux Européennes, se préparent des lendemains difficiles ! On le voit avec un Manuel valls qui parle de ne pas envoyer par courrier les professions de foi des listes candidates aux Européennes.

    Rompre avec les politiques libérales et affronter les marchés financiers, les banques et l'Europe, pour imposer des politiques de souveraineté nationale et de développement d'un emploi industriel durable, voilà ce qui permettrait de rétablir la confiance entre un électorat populaire déboussolé et écœuré et des partis politiques de gauche qui troublent eux-mêmes les lignes politiques  en menant une politique de droite.

    C'est aussi la seule façon de réduire l'influence néfaste du Front National.

    http://andree-oger-pour-deputee.over-blog.com/article-ce-que-nous-enseigne-la-cantonale-de-brignoles-120453935.html


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  • Plus que jamais communistes

     
    Noémie et Eric sont loin d’être des communistes abattus. Leur parti politique a toujours un bel avenir devant lui, ils en sont convaincus. Photo B. M.

    Noémie et Eric sont loin d’être des communistes abattus. Leur parti politique a toujours un bel avenir devant lui, ils en sont convaincus. Photo B. M.

    Ils ne sont pas au gouvernement et ne le regrettent pas. Les communistes réunis hier à Buxy en sont persuadés, quel que soit leur poids électoral, ils incarnent « la vraie gauche. »

    Il n’y a pas que la fête de l’Huma quand on est communiste. Chaque année, la Fédération départementale invite ses troupes à se retrouver autour de la fête du vin doux. Mais hier après-midi à Buxy, les militants n’étaient pas si nombreux à avoir affronté le vent humide d’octobre. Pas de quoi néanmoins faire peur aux plus fidèles des militants. Des affiches ont donc été collées aux arbres et une douce odeur de merguez s’élevait au-dessus du champ de foire. Un peu partout, chacun dissertait sur sa vision de la gauche. Georges, 76 ans, a sa carte au PCF depuis 1976. Le militant de Saint-Rémy n’était hier pas tendre avec François Hollande et le gouvernement : « Ils nous ont roulés dans la farine. Ils ont franchi les limites. Ils sont plus à l’écoute du Medef que des syndicats ! » Quand on parle des municipales, le retraité perd un peu de sa fougue : « Les socialistes mériteraient qu’on fasse des listes autonomes, mais faut être réaliste… » Un autre George, venu de Malay, compte, lui, 55 ans de fidélité au PCF. Sur sa casquette le marteau et la faucille sont toujours bien visibles. Il reconnaît : « Oui c’est un peu dur d’être communiste en 2013, mais moi je ne suis pas fatigué. » Georges est aussi très sévère avec Hollande : « Au final, on a droit à la même politique qu’avec Sarko. » Ce militant historique n’a finalement qu’une peur, que son mouvement disparaisse du paysage politique : « Dans tous les pays où le communisme a disparu la situation est pire qu’avant. Regardez les pays de l’est ! »

    « La lutte des classes existe toujours ! »

    Derrière le bar, entre le café et les merguez, Jeannette, adhérente depuis 1959, ne voit que de bonnes raisons de militer : « J’ai travaillé 45 ans et je ne touche même pas 1 200 euros de retraite. J’ai des amis qui ne payaient pas d’impôts depuis 20 ans et qui ont dû payer 300 euros cette année, ce n’est pas normal ! Quand on est communiste on reste pour toujours aux côtés des plus faibles. Croyez moi, la lutte des classes existe toujours ». À ses côtés, Michel souligne : « Les maires communistes sont très appréciés sur le terrain, ils font de la politique différemment. » Lui veut bien faire des listes avec les socialistes, mais à une seule condition « que l’on pèse vraiment, que nos idées soient reprises. Si c’est juste pour avoir des postes, comme les Verts au gouvernement, ça ne sert à rien. » Noémie, jeune militante de 26 ans, est sur la même ligne : « À Chalon, par exemple, c’est grâce à nos élus que nous avons fait évoluer les choses sur le tarif des cantines scolaires. » Marie-Pierre Lebeau croit, de son côté, plus que jamais à l’utilité du PCF : « Les gens se tournent de plus en plus vers nous, car nous sommes les seuls à défendre la vraie politique de gauche qu’ils attendaient. » À la buvette Éric lance même : « S’il continue comme ça, le PS disparaîtra avant nous ! »

    http://www.lejsl.com/saone-et-loire/2013/10/07/plus-que-jamais-communistes


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  • "Qui sait que la bourse de Paris est aujourd’hui dans un hangar dans la banlieue de Londres ?"

    Pierric Marissal
     

    Alexandre Laumonier est éditeur. Il a repris des recherches en anthropologie et c’est dans ce cadre qu’il s’est intéressé au trading haute fréquence. Il s’intéresse aux rapports entre les humains et ces algorithmes, ces robots qui sont derrière plus de 70% des transactions dans les marchés américains. Des intelligences artificielles capables de réagir à la milliseconde près, pour acheter ou vendre et même ruser pour tromper les machines des concurrents.

    Dans son ouvrage à paraitre le 14 février : « 6 » [1] aux éditions Zones Sensibles, il explique en se glissant dans le code d’un algorithme baptisé Sniper, comment et pourquoi l’homme a créé des machines qui aujourd’hui le dépassent.

    Pierric Marissal : Pouvez-vous nous parler de votre démarche : approcher le trading haute fréquence par l’anthropologie

    Alexandre Laumonier : J’ai repris des études d’anthropologies il y a quelques années, pour m’intéresser aux tables de connaissances, c’est-à-dire à la manière dont, tout au long de l’histoire et dans leur quotidien, les hommes organisent leurs connaissances en tables (comptables, mathématiques, etc.). Et de fil en aiguille je suis arrivé aux data center et aux transactions à haute fréquence.
    C’est un point de rencontre fascinant entre l’humain et le non-humain : comment met-on de l’intelligence dans un algorithme et comment celui-ci nous échappe ?
    Et puis je me suis aperçu qu’il n’y avait aucun livre qui expliquait de manière assez simple ce qu’était un marché financier au 21ème siècle.
    Qui sait que les marchés sont privés ?
    Que la bourse de Paris, désormais intégrée dans Euronext, est dans un hangar dans la banlieue de Londres ?
    Qu’à Wall Street il n’y a que des bureaux et que les échanges boursiers se font en fait dans le New Jersey ?
    Je me suis alors plongé dans cet univers intellectuellement fascinant.

    Ce qui est intéressant, c’est qu’à l’origine l’homme a voulu utiliser la machine pour rendre les échanges sur les marchés plus transparents. Éviter les secrets entre les humains. Et que rapidement, la technique a rendu les échanges encore plus opaques. Et avec les plateformes d’échanges privées (dark pools) et l’opacité des produits financiers (CDO ou CDS), vraiment personne ne peut plus rien maîtriser.
    L’homme a été dépassé par la machine, et il ne reviendra pas en arrière. Ou alors ce serait une première dans l’histoire de l’humanité.

    Vous évoquez dans votre livre le « flash Krash » de Knight Capital. Un évènement emblématique du trading haute fréquence. Pouvez-vous nous expliquer ce qui s’est passé ?

    Alexandre Laumonier : Ce jour là, j’ai suivi en direct, dès l’ouverture des marchés américains, ce qui s’est passé.
    L’inquiétude est née tout de suite. Dès les 5 premières minutes après l’ouverture de WallStreet, les cotations étaient « bizarres », Twitter commençait à s’affoler. Un algorithme s’était mis à acheter à prix très hauts et à revendre à prix très bas. L’inverse exact de ce qu’il faudrait faire selon toute logique, et la machine perd très vite de l’argent.
    Mais pendant plusieurs minutes, les observateurs hésitent. Est-ce une stratégie ? Une autre intelligence artificielle passe-t-elle derrière pour ramasser des profits ?
    Knight Capital a mis 40 minutes à se rendre compte que cet algorithme était le sien, et jouait avec des vrais dollars au New York Stock Exchange [2] alors qu’à l’origine, c’était un simple algorithme de test, sur son propre système.
    Le krash serait donc le fait d’un robot qui s’est échappé, problème reconnu à demi-mot par ses auteurs.
    Résultat : Knight Capital a coulé et s’est fait vite renflouer par… Goldman Sachs. Mais les régulateurs n’ont pris aucune mesure depuis, on fait juste du « management de crise ».

    Ne croyez-vous pas que le Trading haute Fréquence mène tout droite à sa propre fin ? Les investissements nécessaires, en matériel, en infrastructure, en énergie sont énormes et réservent cette activité à quelques rares gros groupes. Et les coûts engendrés ainsi que les profits réalisés par transaction sont de plus en plus faibles. L’économiste Paul Jorion n’hésite pas à prédire l’explosion des bourses, en se basant sur la « baisse tendancielle du taux de profit » de Mar x.

    Alexandre Laumonier
     : Je ne mets aucune option sur le futur !

    Tout cela est complètement déconnecté du réel, mais pour l’instant ça tient.
    Selon les opérateurs de marchés, les transactions à haute fréquence auraient l’intérêt d’apporter de la liquidité. Mais on voit bien qu’il y a des problèmes.
    Fin 2012, un algorithme a fait 4 % de toutes les cotations, prenant plus de 10 % de toute la bande passante et donc ralentissant tout le monde. C’est énorme, et on ne sait toujours pas d’où vient cet algorithme monstrueux.
    Un signe clair du problème est qu’aux États-Unis, de plus en plus d’entreprises se détournent des marchés pour se financer. Ce pourquoi même les marchés existent à l’origine. Donc tout cela n’a pas de beaucoup de sens, mais je me garderais bien de spéculer sur l’avenir, on n’a jamais vu l’humanité revenir en arrière, sur un progrès technique.

    Une éventuelle taxe sur les transactions financières pourrait-elle réguler le trading haute fréquence ?

    Alexandre Laumonier :
    Taxer les transactions financières, c’est une vieille idée qui n’a jamais eu la moindre réalité.

    Imposer un délai entre deux opérations, je pense que cela n’a pas vraiment de sens, c’est un problème philosophique que de limiter le temps.
    Par exemple la SEC [3] a imposé certaines règles, comme le fait de maintenir une position pendant un certain laps de temps. Quel est l’intérêt ? Taxer les annulations d’ordres serait certainement le plus utile (un sujet dont je discute avec l’ONG de Bruxelles Finance Watch) car près de 95 % des ordres d’achats des traders-robots à haute fréquence sont annulés en quelques millisecondes. Taxer les annulations d’ordres serait réellement dissuasif et permettrait de ralentir un peu le jeu, même si ce n’est là que 0,01% des décisions à prendre pour limiter cette montée en puissance de la face obscure des marchés.

    Propos recueillis par Pierric Marissal

    • Le Data Center de 400 000 m² qui abrite la bourse de New York (NYSE) et Euronext à MahWah, dans le New Jersey : image

    [2ndlr : la perte estimée est de 440 millions de dollars minimum

    [3ndlr : communément appelé gendarme des marchés financiers, mais qui ne sert objectivement pas à grand-chose


    * L’Humanité.fr
    URL de cet article 22791
    http://www.legrandsoir.info/qui-sait-que-la-bourse-de-paris-est-aujourd-hui-dans-un-hangar-dans-la-banlieue-de-londres.html

    Social-Eco - le 4 Octobre 2013

    Trading hautes fréquences: la guerre des millisecondes s’amplifie

    Des entreprises lèvent des centaines de millions de dollars pour gagner 2 millisecondes de vitesse dans un tuyau long de 1000 kilomètres. Le but: aller toujours plus vite que le voisin sur les marchés financiers.

    Une entreprise propose même très sérieusement de placer un relais de dirigeables au dessus de l’Atlantique, entre les bourses de New York et de Londres pour gagner quelques millisecondes. Les informations transiteraient par un système mêlant laser et ondes millimétriques (autrement appelées ondes radio à extrêmement haute fréquence). Une opération estimée à 300 millions de dollars, qui n’attend plus qu’une banque motivée pour se réaliser.

    On arrive à un niveau de folie inédit, explique à ITproPortal David Lauer, un ancien trader HFT qui a démissionné suite au flash Krach de 2010. « Il n’y a rien de plus insensé. Des quantités massives de capitaux, des milliards de dollars, sont investis uniquement pour gagner quelques millisecondes entre deux endroits. Trouvez-moi quelqu’un capable de m’expliquer l’utilité sociale de réduire de 2 millisecondes les temps de transferts entre New York et Chicago ? Mais il y a encore de l’argent à faire… »

    Comme 800 millions de dollars en 7 ms

    Et il y a quelques jours, un évènement lui a parfaitement donné raison. Le 18 septembre, la FED (banque centrale américaine), a annoncé contre toute attente poursuivre ses injections massives de liquidités dans l’économie américaine. Pour le dire schématiquement, la FED continue de faire marcher la planche à billets pour favoriser la reprise économique, mais avec le risque de légèrement dévaluer le dollar. L’information ne devait être publiée qu’à 14 heures très précise. Les journalistes étaient confinés dans un bunker avant la conférence de presse pour s’assurer qu’il n’y ait aucune fuite. Sauf que 5 à 7 millisecondes avant que l’information ne fasse de Washington New-York, elle était arrivée à Chicago. Un laps de temps suffisant pour spéculer à hauteur de 800 millions de dollars sur l’or (valeur refuge par excellence en cas de dévaluation), sur le marché des dérivés de Chicago…

    5 millisecondes qui suffisent pour démontrer un délit d’initié. La seule autre possibilité serait qu’un opérateur aurait réussi à dépasser la vitesse de la lumière, ce que suggère avec ironie le spécialiste Nanex(*). Comme il y a environ 1000 kilomètres entre Washington (la Fed) et Chicago, la lumière prendrait un peu plus de 3ms.
    Le lobby des traders à hautes fréquences s’est défendu ce jeudi dans un communiqué, pointant plutôt la responsabilité de journalistes qui auraient brisé l’embargo.  

    Une histoire qui démontre encore l’incapacité totale des organismes de régulation des marchés financiers, comme la SEC aux Etats-Unis, à surveiller quoique ce soit. S’il a fallu quelques millisecondes pour échanger près de 800 millions de dollars, les régulateurs n’ont, deux semaines après, toujours pas compris ce qui s’était passé.

    On parle de l’importance du temps de transfert et non des temps de calcul pour une bonne raison. Le 30 septembre, une entreprise britannique, Argon Design, a ainsi d’annoncer avoir réussi à réduire le temps de calcul de son algorithme pour décider d’une transaction à 176 nanosecondes, soit 10-9 seconde, contre 10-3 seconde pour les millisecondes qu'on emploie pour mesurer les temps de transfert.

    (*)Nanex est une société américaine qui a développé un programme permettant d’analyser jusqu’à 8 milliards d’opérations boursières par jour. Leurs études permettent de se rendre compte de l’influence du HFT dans le jeu financier, de repérer les anomalies et les flash-krach.

    Pierric Marissal


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  • Barroso tente de dorer la pilule de l’austérité

    L’Euro, une malédiction ! (EUobserver)

    David CRONIN
     

    Ne vous imaginez pas qu’ils aient renoncé à leur dessein sadique. Tous les gouvernements de la zone euro ont reçu l’ordre de présenter leurs budgets nationaux au contrôle de Bruxelles avant le 15 octobre. Les strictes règles budgétaires qui aboutissent au démantèlement de nombreux états providence sont toujours en vigueur.

    J’avais un méchant maître en primaire. Cette brute aux cheveux de feu adorait frapper ses élèves avec deux canes noires qu’il avait baptisées Katie et Maggie. Quand il n’était pas occupé à taper sur nos tendres paumes, M. C nous expliquait que la violence, ce n’est pas bien.

    José Manuel Barroso me rappelle M. C – même s’il ne lui ressemble pas physiquement. Le Commissaire Européen est à l’origine d’un plan d’action sadique qui a puni des millions de personnes qui n’avaient rien à voir avec la crise financière. Et maintenant il prétend s’être refait une conscience sociale.

    Barroso et ses collègues ont cyniquement entrepris cette semaine de dorer la pilule de l’austérité. La Commission [1] a donné de nouvelles directives prônant davantage de soutien à l’emploi dans la zone euro. Cela est présenté comme un effort courageux pour donner à la monnaie unique une "dimension sociale".

    Aux ordres

    Ne vous imaginez pas qu’ils aient renoncé à leur dessein sadique. Tous les gouvernements de la zone euro ont reçu l’ordre de présenter leurs budgets nationaux au contrôle de Bruxelles avant le 15 octobre. Les strictes règles budgétaires qui aboutissent au démantèlement de nombreux états providence sont toujours en vigueur.

    La volonté de donner une "dimension sociale" à l’euro entre en contradiction avec l’essence fondamentalement antisociale du projet européen. Comme je passe mon temps à le dire, le plan directeur de 1988 pour la monnaie unique a été rédigé par une coterie de grands patrons qui n’avaient aucun mandat démocratique. Ce groupuscule, appelé Association de l’Union Monétaire de l’Europe, incluait des représentants de Goldman Sachs, Deutsche Bank, Total et British American Tobacco. Son but était de réaliser les rêves des plus riches et pas du tout de favoriser l’amitié entre les peuples de l’Europe comme les spin-docteurs ont essayé de nous le faire croire.

    Un quart de siècle plus tard, une coterie similaire décide des politiques économiques de l’Europe. En juin, les gouvernements de l’Union Européenne se sont engagés à fournir à tous les jeunes un emploi ou un contrat d’apprentissage dans les quatre mois qui suivent leur sortie du système éducatif ou la perte de leur emploi. Des éléments clés de ce projet provenaient directement de recommandations rédigées par la Table Ronde Européenne des Industriels (TRE) qui réunit les présidents et directeurs généraux de Shell, BP, Volvo, Nestlé et Heineken.

    Des petits boulots sous payés

    Il ne s’agit pas d’un projet altruiste, bien au contraire, l’avenir que la TRE veut imposer aux jeunes est fait de stress, de précarité et de petits boulots sous payés. Ce groupement ne cesse de souligner que "les règles qui protègent les salariés doivent être modernisées et réactualisées" dans la plupart des états européens.

    Cette "modernisation" signifie en fait le retour à l’époque qui a précédé l’avancée significative des droits des salariés réalisée par les organisations de travailleurs. Si la TRE obtient ce qu’elle veut, les grandes entreprises pourront raccourcir les délais de préavis de licenciement et diminuer drastiquement les indemnités de licenciement. La rémunération spécifique des heures supplémentaires et des jours fériés travaillés sera sans doute abolie au nom de la "flexibilité".

    Jacques Delors est souvent admiré comme une sorte de visionnaire, ici à Bruxelles. Si son objectif était d’augmenter les inégalités et de réduire des millions de personnes à la misère, alors je suppose que c’était un visionnaire. Car c’est exactement ce qu’a provoqué ce Français en soutenant avec tant d’enthousiasme le projet de monnaie unique quand il était le président de la Commission Européenne.

    Aujourd’hui Delors dirige un "think tank" appelé Notre Europe qui est financé en partie par le géant de l’énergie GDF Suez. Ses adeptes continuent à donner l’impression que l’euro mérite d’être sauvé : il faut juste l’astiquer un peu.

    Un des derniers papiers publiés par Notre Europe défend l’idée que la règle budgétaire qui sous-tend l’euro doit rester basée sur le principe de la punition de ceux qui désobéissent. Toute "dimension sociale" qui serait introduite devra reposer, quant à elle, sur de mesures incitatives plutôt que sur des sanctions.

    Courbettes

    Cela résume bien les choses. On peut contraindre par la force les gouvernements à réduire les dépenses de santé et d’éducation. Mais toute mesure qui pourrait atténuer le choc est facultative.

    Cela serait bien si les syndicats se battaient contre ces projets antisociaux. Il y a certes beaucoup de militants syndicaux qui montent au créneau mais hélas trop d’officiels des organisations de travailleurs passent leur temps à faire des courbettes aux patrons.

    La Confédération des Syndicats Européens s’est récemment associée au groupement d’entreprises BusinessEurope pour publier une proposition conjointe concernant le problème de l’emploi des jeunes. Cette proposition met l’accent sur les "réformes" et la "compétitivité" - deux termes qui sont synonymes de démantèlement du droit du travail - et elle est donc simplement une version diluée de la litanie de la TRE dont j’ai déjà parlé.

    L’euro a été une malédiction pour les gens du peuple. Il est absolument nécessaire d’y renoncer si on veut construire une meilleure Europe.

    David Cronin

    David Cronin vient de publier : « Corporate Europe : How Big Business Sets Policies on Food, Climate and War » aux éditions Pluto Press.

    Traduction : Dominique Muselet

    [1..."Concernant les actions à mener en 2014, le Parlement et la Commission s’accordent sur la nécessité de maintenir la croissance et l’emploi en tête des priorités. Nous devons continuer d’encourager les États membres à mener des politiques d’assainissement budgétaire différenciées, propices à la croissance, à poursuivre les réformes structurelles pour renforcer la compétitivité, à revenir à des pratiques normales en matière de prêts à l’économie, à trouver des moyens innovateurs de créer des emplois, de soutenir ceux qui sont dans le besoin et de libérer le potentiel créatif de l’Europe et à moderniser l’administration publique"... http://europa.eu/rapid/press-release_MEMO-13-778_fr.htm


    * http://blogs.euobserver.com/cronin/2013/10/01/sugar-coating-austerity/
    URL de cet article 22756
    http://www.legrandsoir.info/l-euro-une-malediction.html

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  • Les banquiers au coeur des sommets de l’Union européenne

    Un accès privilégié aux sommets de l’UE a permis aux banques de ne pas payer pour la crise qu’elles ont pourtant contribué à déclencher. Petit retour en arrière et enquête.

    Voir l’article original en anglais sur le site du Corporate Europe Observatory.

    4 octobre
    Les banquiers au coeur des sommets de l'Union européenne

    Aux sommets de la zone euro de juillet et octobre 2011, des décisions cruciales pour « sauver l’euro » et « sauver la Grèce » ont été prises. Les négociateurs sont notamment tombés d’accord pour restructurer les dettes grecques avec participation des créanciers pour éviter le défaut grec... qui aurait lui-même pu provoquer la faillite de plusieurs banques [1].

    À l’été 2011, la presse bruissait d’informations sur les négociations informelles entre les chefs de l’UE et les banques concernant le niveau de l’implication du secteur privé dans la restructuration des dettes grecques. L’Institute of International Finance (IIF [2]), un lobby créé en 1983 par les plus grandes banques et institutions financières du monde pour traiter de la question des dettes souveraines, était de fait devenu l’interlocuteur de l’UE sur la question de la dette grecque. Et ses propositions – décrites comme des « offres » - ont été largement reprises...

    Le président de l’IIF de l’époque, Joseph Ackermann (PDG de Deutsche Bank) s’était rendu à Bruxelles pour le sommet de juillet afin de défendre les intérêts du secteur financier. Le directeur général de l’IIF, Charles Dallara, aurait quant à lui rencontré plusieurs chefs de gouvernement lors de l’Euro sommet. L’IIF a ainsi été impliquée tout au long des négociations. Quel fut exactement son rôle ?

    La réponse officielle

    Pour y voir clair, le Corporate Europe Observatory (CEO) a demandé d’avoir accès aux comptes rendus et aux notes des réunions entre les représentants du Conseil européen et l’IIF ainsi qu’aux documents soumis par le lobby [3].

    À notre grande surprise, le Conseil européen a affirmé dans sa réponse que les contacts avec les représentants de l’IIF « avant, pendant et après » les sommets n’ont consisté qu’en de simples « discussions avec un État membre, en l’occurrence la Grèce, et des investisseurs privés possédant des obligations grecques, en tant que représentés par l’IIF [4] ». Autrement dit, le Conseil, déclare que l’IIF n’a pas eu de réunion avec aucun des autres États membres durant les sommets de l’UE à l’exception de la Grèce.

    Le Conseil a aussi indiqué au CEO qu’assistaient également à ces discussions des représentants de la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) ainsi que le président du Comité économique et financier, Vittorio Grilli [5]. Ce dernier était chargé lors des sommets de l’UE de rendre compte des discussions avec l’IIF.

    Il est très difficile de croire qu’il n’y ait pas eu d’autres contacts en dehors de ceux mentionnés, si l’on en croit les médias et les documents fournis. Le CEO a déposé un recours au sujet de la réponse du Conseil européen et a demandé une enquête interne.

    À la recherche de preuves

    Les informations de la presse datant d’avant début juillet font référence à un document signé par l’IIF, daté du 10 juillet et « remis aux ministres européens des finances [6] ».

    Dans ce brouillon, le lobby disait que les gouvernements de la zone euro et le FMI devaient montrer qu’ils étaient capables d’élaborer un plan de sauvetage de la Grèce, incluant un plan de rachat de la dette. Il est plus que probable que ce document a influencé les décisions finales prises par les chefs d’État.

    Sur le site internet de l’IIF, les détails de ses « offres pour la Grèce [7] » furent publiées le même jour que leur adoption par le Sommet. Le document fait référence à « un ensemble plus large d’accords atteints avec l’UE »

    Interrogé par l’organisation Lobbycontrol, une organisation allemande à but non lucratif, l’IIF a répondu en octobre 2011 qu’il « avait cherché à faciliter les discussions entre un large panel d’investisseurs privés, parmi lesquels certains ne sont pas membres de l’IIF, et le secteur officiel, comptant des membres haut placés de l’UE, la Banque centrale européenne et le FMI. Ce rôle de facilitation d’échanges de vue appropriés entre les créanciers privés et officiels de la Grèce s’est fait sur ordre et en pleine connaissance du gouvernement grec. [8] »

    Cette déclaration dit clairement que l’IIF a aussi rencontré des « créditeurs officiels » (par opposition à des créanciers privés), c’est-à-dire les autres gouvernements de l’euro-zone. L’IIF déclare explicitement que « M. Dallara et une équipe de l’IIF ont eu des rencontres étendues avec des représentants officiels importants de tous les gouvernements durant plusieurs semaines ». Et pourtant le Conseil assure dans sa réponse au CEO que seul le gouvernement grec a eu des rencontres avec l’IIF.

    Dans sa réponse à LobbyControl, l’IIF n’a pas nié l’implication de trois de ses représentants (Ackerman, Dallara et Baudouin Prot) dans des rencontres avec de nombreux représentants officiels de l’UE, mais explique qu’« ils n’ont pas participé directement à la rencontre des Chefs d’Etat ». Cependant, EurActiv et EuxTV ont rapporté que Joseph Ackerman s’est rendu au Conseil européen à l’occasion du sommet de juillet [9].

    On fait état de contacts également à l’issue du sommet. Les médias grecs mentionnent une conférence téléphonique impliquant Dallara avec des responsables de haut niveau de l’UE, comme le président de l’eurogroupe Jean-Claude Juncker et le Commissaire européen Olli Rehn, au cours de laquelle a été discutée la mise en œuvre des décisions du sommet de juillet [10].

    Le nom de Dallara apparaît de nouveau dans la couverture médiatique des Euro-sommets en octobre 2011 qui évoque deux brèves rencontres dans le bureau du président du Conseil Herman Van Rompuy. Le président français, Nicolas Sarkozy, la chancelière allemande Angela Merkel et les représentants des banques étaient aussi présents. Ces rencontres étaient décrites comme cruciales et décisives pour les résultats des sommets [11].

    L’agence Bloomberg a rapporté que « les leaders européens ont franchi un pas inhabituel en convoquant les représentants des banques, Charles Dallara, directeur de l’Institute of International Finance, au sommet pour sortir de l’impasse sur la façon de réduire la dette grecque. Dallara a rompu des lances avec un groupe dirigé par Sarkozy et Merkel vers minuit, après avoir envoyé un communiqué par email déclarant ˝qu’il n’y a d’accord sur aucun élément d’un règlement˝ ».

    Selon Bloomberg, Sarkozy aurait déclaré que les banquiers avaient été convoqués « non pas pour négocier, mais pour être informés des décisions prises par les 17 [12] ».

    Après l’accord d’octobre, une autre rencontre concernant l’application de l’accord a été mentionnée par les médias grecs, réunissant notamment le ministre grec des finances Evangelos Venizelos, le Commissaire Rehn et Dallara [13].

    Dans un document publié le 14 septembre [14], L’IIF rapportait que son groupe de travail sur la Grèce (constitué des banques ayant une exposition en Grèce) avait tenu - avant le sommet de juillet – plusieurs réunions avec le groupe de travail de l’eurogroupe au sein duquel plusieurs haut responsables des pays de la zone euro et des institutions européennes, présidé par Vittorio Grilli [15].

    Ce document précise : « les modalités permettant la possibilité d’une implication du secteur privé ont été élaborées et finalement approuvées par des officiels de premier plan de la zone euro et de la Grèce, et in fine par les chefs d’Etat ou de gouvernement de la zone euro et les leaders des institutions européennes et du FMI lors de leur réunion du 21 juillet, à la suite de négociations menées par le président de l’IIF, Josef Ackerman. »

    Qui gagne ?

    Toujours selon ce document, l’offre financière de l’IIF « a joué un rôle de catalyse en facilitant l’accord du 21 juillet et fait intégralement partie de l’important train de mesures en soutien à la Grèce annoncé par les chefs d’Etats et de gouvernements de la zone euro et les leaders des institutions européennes le 21 juillet 2011 à Bruxelles. »

    Comme on peut s’en douter, si les résultats ont été inspirés par l’offre des banques, ils avaient de bonnes chances d’être favorables au secteur financier. Et en effet certains experts ont souligné les gains pour les banques. Le conseiller économique du gouvernement allemand, Wolfgang Franz a notamment expliqué : « si vous considérez les 21% (fixés) à l’aune des 50% de participation des créanciers privés que nous demandions, le secteur financier a remporté un grand succès » [16].

    En octobre, les banques ont du reconnaître que leur solution était insuffisante et qu’un abandon de 50% (des créances) serait nécessaire. Les créditeurs seront remboursés à hauteur de 50% de la valeur nominale des titres grecs, dont la valeur réelle sur le second marché est environ 36% de leur valeur faciale [17]. Les banques créditrices étrangères recevront l’équivalent (35% de 70 milliards) de la valeur réelle actuelle de leurs titres (qui sinon continueraient à diminuer) sous forme de nouveaux titres garantis à 20 ou 30 ans. Les banques échangeront donc leurs obligations pourries contre des titres notés AAA. En plus de cela elles vont recevoir 15% (soit 30 milliards) en cash (soit 15% + 35% = 50 % NDT) [18]

    Non seulement les banques éviteront-elles l’effet domino incontrôlable provoqué par un défaut grec, mais elles vont par ailleurs récupérer 30 milliards sonnants et trébuchants. Les banques grecques recevront environ 30 milliards supplémentaires aux termes du nouveau plan de sauvetage. Tout cet argent sera payé par les contribuables de la zone euro à travers le Mécanisme européen de stabilité. Les banques font une bonne affaire, mais la Grèce reste endettée. Les États membres payent la facture à la place des banques.

    Ces conditions impitoyables ont contribué à augmenter la pression sur le gouvernement grec élu qui a finalement du démissionner, remplacé par Loukas Papademos, ancien vice-président de la banque centrale européenne (BCE). Les négociations sur la mise en œuvre les échanges de titres (PSI) envisagé par le sommet d’octobre ont continué en janvier.

    L’omniprésence des représentants des grandes banques et la facilité avec laquelle ils ont accès aux décideurs permettent à Ackermann et ses amis d’influencer les résultats de ces sommets. Ce n’est pas pour rien qu’ils ont remporté le trophée du pire lobbying pour leur campagne menée avec l’IIF [19] pour assurer des conditions favorables au secteur financier sur la dette grecque, tout en prétendant faussement être durement touchés par les résultats [20] !

    Les banques, dont les pratiques de crédit irresponsables ont contribué à déclencher la crise financière, dictent désormais leurs termes pour leur plus grand bénéfice. En d’autres termes, au lieu de réformer le système monétaire et de sanctionner les banques responsables, l’UE les invite à reprendre les manettes...

    Traduit de l’anglais par Benoît Eugène du musée de l’Europe et de l’Afrique

    Encadré : Les banques sont des deux côtés du tapis vert

    Petros Christodoulou, qui a travaillé pour Goldman Sachs mais aussi pour la Banque nationale grecque (membre du groupe de travail de l’IIF pour la Grèce) joue désormais un rôle de premier plan dans l’équipe des négociateurs grecs.

    Le principal conseiller économique du Premier ministre Papademos est désormais Gikas Chardouvelis, en congés sabbatique d’un autre membre du groupe de travail de l’IIF : Eurobank EFG. Il semble donc que les banquiers siègent des deux côtés de la table des négociations sous le regard attentif de la Troïka bien évidemment.

    Le prochain accord incluera probablement un passage des titres émis sous la juridiction britannique (c’est bien le cas – NDT) pour retirer à l’Etat grec, en cas de changement politique, toute possibilité de restructurer la dette dans l’intérêt de ses citoyens.

    Voir Roche, Marc, "Gold­man Sachs, the in­ter­na­tional web”, PressEu­rope, 3/3/2011 Dur­den, Tyler, “Head Of Greek Debt Of­fice Re­placed By For­mer Gold­man In­vest­ment Banker”, Zero Hedge, 02/19/2010 Caruso-Cabr­era, Michelle, “Greek Debt Deal Talks : How Much of a ’Hair­cut’ ?”, CNBC, 10/1/202 Gikas A. Hardou­velis, Cur­ricu­lum vitae

    [1] Les euro-sommets et les sommets du Conseil européen des 21 juillet et des 23 et 26 octobre 2011

    [2] Voir le site web de l’IIF : www.​iif.​com/​about/​

    [3] En vertu du droit d’accès aux documents garanti par les traités de l’UE et réglementé par le Réglement 1049/2001.

    [4] Voir toute la correspondance : http://​www.​asktheeu.​org/​en/​request/​the_​role_​of_​the_​institute_​of_​int

    [5] Le Comité économique et financier est un comité de l’UE établi pour favoriser la coordination des politiques parmi les Etats membres. Il rédige des avis à l’initiative du Conseil européen ou de la Commission http://​europa.​eu/​efc

    [6] O’Don­nell, John, “Eu­rope, IMF need to act soon to avoid con­ta­gion : IIF”, in Reuters, 12/07/2011 http://​mobile.​reuters.​com/​article/​topNews/​idUSTRE76B41O20110712?​ irpc=932

    [7] IIF, IIF Fi­nanc­ing Offer, 21/07/2011 http://​www.​iif.​com/​press/​press+198.​php

    [8] Réponse à Lob­by­Con­trol via email, 10 Oc­to­bre 2011 de l’attaché de presse de l’IIF , Frank Vogl à laquelle le CEO a eu accès.

    [9] Eu­rAc­tiv et Eux TV, “In Greek res­cue, Euro lead­ers take cue from Deutsche Bank chief”, 22/07/2011 http://​www.​youtube.​com/​watch?​v=62Su_​BSr69c

    [10] Athens News, “Venize­los : EU sum­mit de­ci­sions must be quickly ap­plied”, 09/08/2011, in Athens News http://​www.​athensnews.​gr/​portal/​11/​45974

    [11] Missé, An­dreu, “Asuman la quita del 50% o prepárense”, en El País, 30/10/2011 http://​www.​elpais.​com/​articulo/​economia/​Asuman/​quita/​preparense/ ​elpepiec...​

    [12] Neuger, James G. and Bodoni, Stephani, “EU Sets 50% Greek Write­down, $1.4T in Cri­sis Fight”, Bloomberg, 27/10/2011 http://​www.​bloomberg.​com/​news/​2011-10-27/​ europe-leaders-set-50-greek-wri...​ See also:Brühl, Jan­nis, “Wie die Fi­nan­zlobby Poli­tik macht”, Süddeutsche.​de, 26/10/2011 http://​www.​sueddeutsche.​de/​geld/​ bankenregulierung-wie-die-finanzlobby-po...​

    [13] TVXS, “Ξεκινούν οι διαπραγματεύσεις για το PSI”, 16/11/2011 http://​translate.​google.​com/​translate?​hl=en&​sl=el&​ tl=en&​u=http%3A%2F%2Ft...​

    [14] IIF, “The July 21, 2011 Sup­port Pack­age for Greece : Key El­e­ments, Likely Im­pact and Ben­e­fits for Debt Sus­tain­abil­ity”, 22/09/2011

    [15] Le Comité économique et financier se réunit aussi dans la configuration zone euro, alors connu sous le nom de Groupe de travail de l’Eurogroupe (EWG), dans lequel seuls les Etats membres de la zone euro, la Commission et la Bnaque centrale européenne sont représentés. Dans cette configuration, le Comité prépare les travaux de l’eurogroupe.

    [16] Cité in “The power of Fi­nan­cial Lobby in the EU”, a video re­port by Stephan Stuch­lik, Kim Otto and An­dreas Orth, for Mon­i­tor

    [17] Lan­don Thomas Jr., “An­tic­i­pat­ing a Bru­tal Fall­out : Banks in Eu­rope Slowly Face Prospect Of Huge Losses From Greek Bonds”, The New York Times, 5/10/2011 http://​query.​nytimes.​com/​gst/​fullpage.​html?​ res=9A07E4D71730F936A35753C1A...​

    [18] Global Fi­nance Blog, “Greek banks 26.5 bil­lion emer­gency loan to bail out”, 20/11/2011 http://​www.​globalfinanceblog.​com/​2011/​11/​20/​ greek-banks-26-5-billion-eme...​

    [19] Voir : http://​www.​lobbycontrol.​de/​blog/​index.​php/​was-ist-die-lobbykratie-medaille/​

    [20] “Cela nous touche durement” déclara Ack­er­mann, interviewé après le sommet de juillet Voir : “The power of Fi­nan­cial Lobby in the EU”, a video re­port by Stephan Stuch­lik, Kim Otto and An­dreas Orth, for Mon­i­tor.

    http://ellynn.fr/dessousdebruxelles/spip.php?article204


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  • Lampedusa, drame en mer à cause du capitalisme

    4 Octobre 2013 , Rédigé par Le Mantois et Partout ailleurs 

    Nouvelle tragédie au large de l’Italie. Un bateau transportant près de 500 migrants somaliens et érythréens a fait naufrage. 130 personnes sont mortes noyées et encore plus de 200 sont portées disparues.

    L'Afrique, ce continent peuplé de plus de 800 millions d'êtres humains (peut-être 2 431 millions en 2050) à la démographie exponentielle, mais ruiné par l'exploitation coloniale, affamé aujourd'hui par les guerres fomentées par le capitalisme. Lorsque les plus grandes puissances mondiales, dont la France, se croient toujours dans leur pré carré, pillant ses ressources naturelles et conduisant ses peuples à la misère et au désespoir, comment ne pas s'enfuir.

    Pour cela, il faut monnayer très cher son arrivée sur l'eldorado des côtes européennes. Ensuite, il faudra encore payer des passeurs. Beaucoup n'atteindront pas le bout de leurs rêves. 50 000 Africains ont déjà péri dans les eaux de la Méditerranée. A cause du capitalisme et de ses chiens de garde en place dans les gouvernements du monde dit occidental.

    Et il assassine, encore et toujours.

    http://le-blog-de-roger-colombier.over-blog.com


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  • C’est castoche de casser du syndicat chez Castorama ?

    Révélation : le mode d’emploi de Castorama pour briser les syndicats

    Thomas Lemahieu
     

    Dans un manuel révélé par l’Humanité à consulter ici, l’enseigne de bricolage, à la pointe du combat patronal pour le travail du dimanche, apprend à ses dirigeants à «  marginaliser  » les syndicalistes.

    Quand elles ne mettent pas en scène la mobilisation des « vrais » salariés qui, malgré le Code du travail, voudraient tant avoir la liberté chérie de travailler le dimanche, les grandes enseignes du bricolage passent leur temps du lundi au samedi à contrecarrer l’implantation syndicale dans leurs magasins. Dans un diaporama que l’Humanité révèle (voir le document ci-dessous, notamment à partir de la page 30), Castorama détaille une série de consignes édifiantes pour ses cadres dirigeants, encouragés à opposer la « représentativité salariale » à la représentativité syndicale : au premier tour des élections professionnelles, il faut, indique le manuel, « inciter à l’abstention » afin de faire perdre aux organisations syndicales leur monopole en matière de représentation et, permettre à des candidats « sans étiquette » de se présenter au second tour.

    Piloter des suffrages

    Mais attention, ajoutent les Machiavel de Castorama, « moins il y aura de suffrages valablement exprimés, plus le délégué syndical aura la chance d’atteindre les 10% qui lui permettront de garder son mandat (seuil de représentativité) : il faudrait piloter suffisamment de suffrages exprimés sur une organisation syndicale pour mettre en délicatesse une autre, mais ne pas dépasser la moitié des inscrits pour ne pas réaliser le quorum. Ainsi, on écarte une organisation syndicale et on en légitime une autre  ». Les dirigeants de magasins sont encore appelés à « affaiblir la capacité électorale », « soutenir le cas échéant le CE en place », « identifier une liste alliée », « marginaliser les organisations syndicales », etc.

    Devant cette pièce datant de 2010, Jean-Paul Gathier, délégué central FO, s’est mis en tête de demander des explications à la direction de Castorama au mois de juin dernier. Le syndicaliste les attend encore, mais il assure : « Pour la direction, les élections doivent servir à contrer les délégués qui les embêtent et à limiter l’influence syndicale. Ce type de pratiques perdure, les syndicalistes les voient à l’œuvre dans tout le pays… »

    Thomas Lemahieu

    Documents à télécharger :
    http://www.humanite.fr/sites/default/files/pdf/2013/2013-10-03strategi...

    * http://www.humanite.fr/social-eco/c-est-castoche-de-casser-du-syndicat...
    URL de cet article 22754
    http://www.legrandsoir.info/revelation-le-mode-d-emploi-de-castorama-pour-briser-les-syndicats.html

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  • Lutter contre la mondialisation, c’est être aussi réactionnaire que les luddites, dit Pascal Lamy.

    lundi 30 septembre 2013 par  Jean-Claude Delaunay

    On connaît le mouvement luddite qui, dans l’Angleterre du début du 19ème siècle, se traduisit par la destruction de métiers à tisser. A cette époque, les machines-outils industrielles servaient d’ossature au mouvement d’expansion du capitalisme. Rétrospectivement, on a pu dire que les luddites étaient réactionnaires en cela qu’ils menaient un combat perdu d’avance. Marx porta sur eux le jugement suivant : « La machine est innocente des misères qu’elle entraîne… Il faut du temps et de l’expérience avant que les ouvriers, ayant appris à distinguer entre la machine et son emploi capitaliste, dirigent leurs attaques non contre le moyen matériel de production mais contre son mode social d’exploitation » (Le Capital, Livre 1).

    Dans l’un de ses entretiens, Pascal Lamy (PL) fait allusion aux luddites pour qualifier diverses thèses contemporaines relatives à la mondialisation. « La thèse de la démondialisation… est une thèse réactionnaire. Ce qui compte n’est pas le passé mais l’avenir » (entretien sur Europe 1 avec J.-P. Elkabbach, 25 juin 2013). L’hostilité au processus actuel de mondialisation capitaliste, celle par exemple exprimée par Nicolas Dupont-Aignan, Arnaud Montebourg, Maurice Allais, Jean-Luc Gréau, ou bien encore par tous ceux que l’idéologie mondialiste nomme « les intégristes souverainistes », est par lui qualifiée de ringarde ou de réactionnaire. Ce serait, en quelque sorte, des néo-luddites.

    Ces gens nourriraient « l’idée que l’on doit revenir au monde d’avant ». Or c’est impossible et ce serait vain, défend PL. En interprétant sa pensée je dirai que « la mondialisation » serait, selon lui, la vaste machinerie du monde moderne comme les métiers à tisser furent la machinerie du libre-échange. Il ne faudrait pas confondre « le métier à tisser » (en l’occurrence « la machine mondialisation ») et les rapports sociaux qui l’enveloppent. Vouloir briser la machine serait réactionnaire. Certes, on peut vouloir améliorer les rapports sociaux, mais on ne pourrait pas changer la machine.

    Nombreux sont ceux ayant déjà critiqué les thèses de PL. Je pense cependant que son argumentation est perverse. Il faut donc s’y opposer sans relâche et dans le détail, avec encore plus d’obstination que celle qu’il met à la défendre. Cette thèse appartient à l’idéologie courante. Elle constitue l’essentiel de la pensée socialiste actuelle et elle imprègne, malheureusement, certaines franges de la pensée communiste. Pourtant, je ne vois aucune raison de m’y soumettre et les imprécations de PL relatives à la nature réactionnaire de toute pensée opposée à la mondialisation contemporaine ne m’impressionnent pas [1]. Je ne confonds pas, comme lui, domination du Capital et capacité du Capital à découvrir les chemins de la modernité.

    Je souhaite donc, dans cet article, commencer à discuter la thèse défendue par PL. Pour cela, je développe ici mon argumentation à travers 4 points, dont voici les titres :

    - 1 - La mondialisation n’est pas un phénomène technique.
    -2 - En décrivant la mondialisation capitaliste comme un phénomène technique, et notamment comme une simple « mondialisation », quelle conséquence théorique pour PL ?
    - 3 - Les acteurs et les lois économiques de la mondialisation capitaliste.
    - 4 - Est-il possible, au plan économique, de réguler et maîtriser la mondialisation capitaliste ?

    Après les conclusions tirées de l’examen de ces 4 points, je chercherai, dans un autre article, à progresser dans l’examen des propos de Pascal Lamy. Les problèmes en cause dépassent largement sa personne. Ce sont, de plus, des problèmes difficiles. On doit donc prendre le temps qu’il faut pour chercher à les comprendre. ___

    1 - La mondialisation n’est pas un phénomène technique.

    Le procédé le plus couramment utilisé par les idéologues des classes dominantes pour mettre leurs conceptions de la société « hors débat » et ensuite « hors révolution » consiste, au plan intellectuel, à en naturaliser les concepts.

    Naturaliser les concepts signifie leur donner un contenu physique, technique, naturel en quelque sorte. Il s’agit de les sortir de la politique. Ainsi la mondialisation est-elle mise « hors débat » et « hors d’atteinte révolutionnaire » si elle est décrite et acceptée comme relevant de la technique ou du monde physique.

    C’est ce que fait PL. Selon lui, la mondialisation doit s’imposer, quoique l’on fasse, dise ou pense, parce qu’elle relèverait de la technique. Certes, il explique qu’elle est enveloppée par des règles, des lois, des comportements. Elle est enveloppée par des rapports sociaux. Mais ces derniers ne seraient qu’un voile, un habit. En tant que phénomène technique, la mondialisation serait une réalité aussi solide que le roc.

    Selon PL (conférence du 20 décembre 2012, Forum Europe), on peut la définir à l’aide des trois composantes principales suivantes : 1) Les nouvelles technologies (celles du transport des marchandises et de l’information). C’est la composante essentielle. 2) La multilocalisation de la production. Pour atteindre et dépasser sans cesse l’efficience technologique, les processus de production seraient désormais éclatés de par le monde dans des « chaînes de valeur globales ». 3) L’urbanisation croissante de la planète. Ce dernier phénomène engendrerait à son tour de nouveaux facteurs d’efficience.

    La conclusion qu’il tire implicitement de ces trois composantes est que la mondialisation serait de nature technique. Elle n’aurait rien à voir dans son essence avec « la politique », ou, comme disent les marxistes, avec les rapports sociaux. Car les nouvelles technologies, par exemple, ne sont ni de droite ni de gauche, n’est-ce pas, mon cher Watson ? Elles sont, tout simplement. L’efficience économique, qui serait, selon PL, le moteur de la multi-localisation, ne serait, elle aussi, ni de droite ni de gauche. Elle est, elle s’impose, c’est une force. Il en est de même de l’urbanisation. Pascal Lamy ne serait qu’un observateur attentif de ce qui existe au plan technique, tout comme le Doyen Jèze, autrefois, observait que les ponts n’étaient pas des êtres politiques.

    En réalité (c’est moi qui parle), les nouvelles techniques ne sont pas à l’origine des nouveaux rapports sociaux. Ce sont les nouveaux rapports sociaux qui appellent le besoin de nouvelles techniques. Marx n’est pas le penseur de la technique, c’est le penseur des rapports sociaux ainsi que du travail. Par suite, c’est le penseur des techniques nouvelles que les rapports sociaux, eux-mêmes nouveaux, appellent et contribuent à développer, notamment au niveau du travail, dans la lutte et la contradiction.

    2 - En décrivant la mondialisation capitaliste comme un phénomène technique, et notamment comme une simple « mondialisation », quelles conséquences pour Pascal Lamy ?

    La principale conséquence est la suivante. PL fait dériver de sa description technique une partie des nouveaux rapports sociaux politiques, de la mondialisation en cours. Il inverse le cours des explications comme du mouvement réel. Bien entendu, il ne parle jamais de « mondialisation capitaliste » mais toujours de « mondialisation ».

    Pour lui, la grande transformation (l’aspect technique de la mondialisation) serait à l’origine du grand basculement (son aspect politique, le rôle nouveau des pays émergeant). Puis, par voie de conséquence, le grand basculement donnerait à la « mondialisation » un caractère durable.

    En effet, selon lui, l’efficience économique induite par la mondialisation aurait été le point de départ de la croissance impétueuse des pays émergents (Chine, Inde, Russie, Brésil, Afrique du Sud, Indonésie, etc.). Cette évolution, ponctuée par le recul de la misère mondiale et la formation de « nouvelles classes moyennes » (25% de la population mondiale dans 20 ans, selon PL), serait irréversible. Elle s’imposerait donc aux pays anciennement dominants de l’hémisphère Nord.

    PL reconstruit l’histoire avec un manque total de rigueur intellectuelle et de respect des faits. En réalité, la mondialisation actuelle est née de la crise généralisée du Capital des années 1970. Dans tous les pays développés, à cette époque, les capitalistes (les grands, ceux qui font le destin du monde, pas les petits qui travaillent comme sous-traitants des grands) ont cherché une issue aux difficultés qu’ils rencontraient dans la mise en valeur du capital. Il existe des tonnes de travaux à ce propos. Cette issue a consisté, pour eux, à « libérer le Capital » des contraintes que ce rapport social fondamental pouvait rencontrer dans « les vieux pays » et à se lancer dans l’aventure économique du monde. Enfin seuls, enfin libres ! Je vais reprendre dans le point ci-après les traits essentiels de cette « libération ».

    Mais ce que je retiens ici, pour critiquer les propos de Lamy, est que les traits majeurs de cette « libération » ont consisté en la mise en place de nouveaux rapports sociaux de fonctionnement du Capital, au premier rang desquels la priorité désormais accordée à l’entreprise géante mondialisée, la mise en place d’une infrastructure financière mondiale, la mise à l’écart et la destruction des nations comme territoires pertinents de l’activité économique, une modification radicale du rôle des États dans le fonctionnement économique, et, cela va de soi, la surexploitation des travailleurs, ceux des vieux pays comme ceux des nouveaux, mais avec des effets politiques et psychologiques complètement opposés. Ce sont tous ces rapports sociaux nouveaux (nouveaux en ce qui concerne le fonctionnement courant du Capital, mais pas du tout nouveaux en ce qui concerne l’essence du Capital) qui ont tissé la trame de la mondialisation capitaliste de la fin du 20ème siècle. C’est dans ce cadre que se sont installées les nouvelles technologies et, notamment, la considérable réduction du coût de l’information comme du coût direct du transport des marchandises.

    Simultanément, un certain nombre de pays émergents, après avoir expérimenté les limites de leur organisation sociale (pour la Chine, par exemple, l’échec du socialisme de pénurie à la Mao Zédong), se sont lancés dans la réforme, l’ouverture et le développement, intégrant le capitalisme, et donc les autres pays développés du monde, à leur mode de production. Ce n’est pas la mondialisation qui a provoqué leur développement. C’est leur aspiration immense au développement économique, et donc la mise en place de nouveaux rapports sociaux, qui les a poussés à intervenir dans le monde comme ils le font.

    Il s’est donc produit une conjonction heureuse entre la crise du capitalisme dans les pays développés et l’aspiration au développement économique rapide dans les pays sous-développés. L’état actuel de l’économie allemande illustre cette coïncidence.

    Le point de départ de l’analyse que l’on doit faire du monde contemporain n’est donc pas une analyse technique. C’est une analyse sociale. L’intérêt du marxisme est, pour employer le langage un peu étrange de Marx, de « défétichiser » ces rapports sociaux nouveaux en montrant que leur origine est "dans la société" et non dans "la nature" ou dans "la technique". Le rôle des idéologues du capitalisme mondialisé est au contraire de les « fétichiser », de les décrire comme naturels, comme extérieurs à la société, comme techniques, et donc s’imposant à tous. Défétichiser les rapports sociaux revient à se donner les moyens intellectuels de les transformer. Au contraire, accepter leur fétichisation, c’est abandonner a priori toute volonté révolutionnaire et transformatrice de ces rapports.

    3 - Les acteurs et les lois économiques de la mondialisation capitaliste

    Quels sont les acteurs et les principales lois de fonctionnement de la mondialisation capitaliste ?

    - a) Les acteurs de la mondialisation capitaliste.

    On peut distinguer 3 catégories d’acteurs dirigeants de la mondialisation capitaliste :
    — 1) Les firmes géantes. Initialement le territoire national était la base productive des grandes firmes, le territoire national et le reste du monde étant le lieu d’écoulement de leurs produits. Puis, pour des raisons de rentabilité, elles ont eu le besoin d’exporter non seulement leurs produits mais leurs processus productifs, de se rapprocher des marchés de leurs produits, de se rapprocher de facteurs de production économiquement plus avantageux.

    Le résultat est que l’entreprise géante n’est plus organisée autour de la production d’un produit. Bien sûr, l’entreprise géante vend des produits. Mais son activité principale n’est plus la production en tant que telle [2]. Elle rassemble des opérations effectuées ici et là de manière sous-traitée et disséminée. Par suite de quoi, organisée autour de contrats et non plus de produits, elle devient avant tout un centre d’information, un centre d’achats, un centre financier. La finalité de l’entreprise géante en est profondément modifiée. Le territoire national original ne compte plus sous l’angle de la production. La politique économique nationale d’autrefois, elle s’en moque.

    Cela dit, en même temps que le Capital est libéré des « contraintes nationales », au plan de la production, des impôts, de la consommation de ses produits, la concurrence mondiale des capitaux passe à une échelle supérieure. Les entreprises petites et moyennes du territoire national sont embringuées dans le sillon des entreprises géantes, par exemple en tant que sous-traitantes. Elles subissent les effets de la mondialisation capitaliste, même si elles restent cantonnées dans leur petit territoire d’autrefois. Toutes les entreprises, grandes ou petites, de tous les pays développés sont aujourd’hui entraînées dans la mondialisation capitaliste.

    — 2) Les acteurs financiers. La cour de récréation des entreprises géantes est désormais le monde entier. Là où existent de bonnes conditions de rentabilisation de leurs capitaux, elles investissent. Elles font appel à des actionnaires ou s’endettent. Mais elles peuvent avoir besoin de quitter les lieux, et très vite.

    Dans leur marche vers le taux de profit maximum au plan mondial, elles ont besoin d’institutions qui leurs permettent d’engager et de dégager leur mise de façon rapide. Elles ont besoin de marchés financiers. Elles ont besoin de places où se rassemblent les collecteurs de cette épargne, tels les fonds de pension, ou d’éventuels acheteurs de leurs actifs. De la même façon qu’existent autour du globe des ceintures de volcans, existent, au cœur de la mondialisation capitaliste des ceintures de marchés financiers (un peu plus d’une trentaine dans le monde) animés par des investisseurs financiers de toutes sortes.

    Les États, de leur côté, sont poussés à financer une partie de leurs dépenses via les marchés financiers. Les titres publics de créance deviennent une sorte de refuge pour les créanciers (car les États « ne font pas faillite », en théorie). Mais, simultanément, l’ampleur de la dette des États est soumise au contrôle implicite des opérateurs financiers mondiaux.

    — 3) Les États. Ils interviennent, ou au contraire, sont incapables d’intervenir, dans deux domaines distincts.

    Le premier domaine d’intervention est celui de l’ordre politique mondial. Ici, les États-Unis jouent le rôle de « gendarme en chef ». Le capitalisme a toujours eu besoin d’un État-gendarme. On peut dire que, sur ce plan, la mondialisation capitaliste est dotée des bases d’une action mondiale de gendarmerie.

    Nous avons le triste privilège, en France, d’observer combien les élites socialistes se plaisent à intervenir politiquement dans le monde, au nom de l’idéologie des Droits de l’Homme et se comportent en réalité pour ce qu’ils sont, des partisans résolus de l’impérialisme, le système politique mondial ayant leur soutien. Ils ne sont plus seulement des partenaires loyaux du capitalisme. Ce sont, aujourd’hui, des partenaires loyaux du capitalisme mondialisé.

    Je ne leur ferai pas le reproche d’être des supplétifs de l’Amérique du Nord. En effet, cela pourrait laisser croire que, si les socialistes agissaient seuls en tant que gardiens des intérêts politiques les plus généraux du Capital mondial, cela trouverait grâce à mes yeux. Il n’en reste pas moins, sous cette réserve, que leur servilité mal récompensée envers l’Amérique donne de la France une image peu honorable.

    On remarque cependant que, eu égard à la nature composite de la mondialisation capitaliste (pays capitalistes, pays émergents diversifiés), les gendarmes capitalistes du monde n’ont plus les coudées aussi franches qu’autrefois. Il n’a pas été indifférent de passer du G5 (1975) au G8 (1998), puis au G20 (1999), quand bien même ces regroupements mondiaux n’auraient pas de pouvoir de décision [3].

    Le second domaine d’intervention des États dans le monde est celui de l’ordre économique. Dans ce domaine, les agents moteurs de la mondialisation capitaliste ne disposent, au plan mondial, d’aucune institution étatique qui régulerait l’ordre économique mondial.

    La stabilité économique du monde repose sur la morale et la bonne volonté, ce qui, dans les pays capitalistes, ne veut pas dire grand-chose. En réalité, non seulement le processus de la mondialisation capitaliste fonctionne sans filets de sécurité mais il est émaillé de ces zones de non-droit économique absolu que sont les places financières « libres ».

    - b) Les lois économiques de la mondialisation capitaliste.

    J’en, énonce quatre :

    — (1) La loi du taux de profit mondial maximum. Comme indiqué supra, les firmes géantes ratissent toute la planète, là où il y a du revenu. Elles ont besoin de la plus grande mobilité économique et législative possible : marchés et acteurs financiers, pas d’entraves à leurs déplacements, évasion fiscale maximum, accords divers, par exemple accords de l’OMC (marchandises, libertés financières), accords de l’OCDE (investissements).

    — (2) La loi de la valeur mondialeunique (ce qu’on appelle « la loi du prix unique »). En vérité, la théorie marxiste permet d’être plus précis que la théorie courante. D’une part, il tend certainement à s’établir une valeur unique des produits et des services, même si, d’autre part, les prix des produits (ou les taux d’intérêt) peuvent être encore très différenciés.

    — (3) La loi de l’hyper-concurrence. La mondialisation capitaliste se fraie son chemin dans le cadre d’une concurrence exacerbée. La compétitivité mondiale devient le maître mot du vocabulaire économique. C’est le harcèlement permanent des salariés qui l’emporte.

    — (4) Le triangle d’incompatibilité de Mundell. Cette règle empirique indique que si, dans un pays, fonctionne la mobilité totale de ses capitaux, il n’est pas possible de réaliser, en plus de cette mobilité, une politique monétaire indépendante ET une politique indépendante des taux de change. Il faut choisir entre ces deux dernières branches de la politique économique. En général, avec la mondialisation capitaliste (liberté généralisée des capitaux), les États (ou leur équivalent territorial) choisissent de fixer le taux de l’intérêt (la circulation des capitaux). Le taux de change (variable pesant sur les échanges commerciaux) s’adapte en conséquence, sans que cette adaptation soit nécessairement adaptée aux besoins généraux de l’économie.

    Il ressort de cette règle que la mondialisation capitaliste accroît les degrés de liberté des capitalistes mais réduit les degrés de liberté de la nation, ou de l’ensemble géographique considéré.

    Si l’on fait le bilan de cette partie, on aboutit aux deux grandes conclusions suivantes : le processus de mondialisation capitaliste entraîne d’une part la dévalorisation des nations et d’autre part la régression de l’ordre mondial, tant au plan politique qu’économique.

    D’un côté, les « lois » économiques de la mondialisation capitaliste anéantissent progressivement les nations telles qu’elles fonctionnaient dans les années 1950-1980.

    De l’autre, l’ordre politique mondial ne s’est aucunement amélioré, pas plus que l’ordre économique mondial. Ils ont régressé l’un et l’autre. La violence guerrière s’est accrue de la part des impérialismes, comme on a pu l’observer hier avec la Libye, comme on peut l’observer aujourd’hui avec la Syrie. Quant aux crises économiques, elles ont été, depuis 1980, de plus en plus graves et fréquentes.

    En se situant seulement dans le plan économique, que faut-il faire ? Faut-il, si l’on souhaite défendre les intérêts de la France, intégrer encore plus notre économie dans la mondialisation capitaliste et accepter à terme sa disparition comme économie indépendante ?

    Faut-il, au contraire, s’opposer résolument à ce courant dominant ? Mais alors, au nom de quels principes et à la suite de quelles analyses ? Avec quels alliés, en France et dans le monde ? En promouvant quels changements ?

    4 - Est-il possible, au plan économique, de réguler la mondialisation capitaliste, comme le pense Pascal Lamy ?

    Il est clair que, si l’on envisage de sortir de la mondialisation capitaliste, c’est notamment pour la raison qu’on ne peut pas la réguler, ce que je vais examiner dans cette partie.

    Jusqu’à présent, le fonctionnement de la mondialisation capitaliste s’est accompagné d’une absence à peu près totale de régulation économique mondiale. Cela pourrait-il évoluer ? Peut-on envisager la création d’un État mondial compensateur, au moins dans certains domaines de l’économie ?

    Dans la phase antérieure du capitalisme monopoliste d’État, les économies des différentes nations étaient tant bien que mal stabilisées grâce à des institutions et à des décisions de politique économique nationales. L’ordre monétaire du monde (Accords de Bretton Woods) avait d’ailleurs été conçu pour ça.

    Dans la phase actuelle, celle du capitalisme monopoliste financier mondialisé, où l’emporte au plan mondial la liberté absolue des capitaux (financiers, productifs et marchandises), il n’existe plus de régulation nationale équilibrée du rapport entre Capital et Travail et il n’existe pas davantage de régulation mondiale des crises engendrées par le Capital.

    Après l’éclatement de la dernière crise, le gouvernement de la Chine a lancé (novembre 2008) un grand plan de dépenses (600 milliards $). C’était un acte volontaire, une décision totalement chinoise.

    Ce plan n’a pas été suffisant pour résorber la crise mondiale. Il a quand même eu un effet stimulant des activités dans les pays développés, notamment les États-Unis. Sans doute avait-il été aussi lancé dans l’intérêt de l’économie chinoise. Les dirigeants chinois ne sont pas des philanthropes et n’ont pas les moyens de la philanthropie. C’est un vieux principe de la sagesse humaine que de donner pour recevoir. Do ut das. Mais comment se fait-il que ce principe de sagesse n’ait pas été traduit, au plan institutionnel mondial, par une sorte de volonté générale de régulation concertée ?

    Pascal Lamy pense que la mondialisation devrait être maîtrisée (notion de « mondialisation maîtrisée » par lui proposée en 1999, avant qu’il ne devienne Commissaire européen au Commerce).

    Il n’est pas le seul à faire ce genre de commentaire. M. Sarkozy s’est lancé dans cet exercice après la crise de 2007-2008. M. Borloo, par exemple, fait tout le temps des discours sur l’aisance avec laquelle il serait possible de « maîtriser » la mondialisation « si on le voulait ». M. Swab, fondateur et Président du Forum de Davos, s’exprimait récemment sur ce point. « Après la crise économique, nous devons repenser notre système mondial et nos processus de décision… La coopération et la gestion de la copropriété mondiale doivent être stratégiques plutôt que réactives, en priorisant les besoins mondiaux et en corrigeant les déséquilibres… Nous devons non seulement servir nos propres intérêts mais aussi ceux de tous ceux avec qui nous sommes interconnectés » (Chine informations, Liu Ying, 12 Septembre 2013). Et ainsi de suite. Oui, sur le papier, c’est facile. Mais en réalité ?

    La thèse que je défends ici est que cette maîtrise n’est pas possible, structurellement, par la seule volonté des forces capitalistes mondialisées, et que, en tout cas, nous en sommes fort éloignés. Quels sont mes arguments ?

    On peut commencer par rappeler certains débats qui eurent lieu, pendant la première guerre mondiale, au sein du mouvement « social-démocrate ». Ils portaient sur la capacité du système impérialiste à organiser entre ses membres des règles de paix. Comme on le sait, K. Kautsky produisit, peu de temps avant le déclenchement de cette guerre, la notion de super-impérialisme (Super-Imperialism, paru en septembre 1914 dans Die Neue Zeit, traduction anglaise). Le danger de guerre, selon lui, avait pour fondement « le nationalisme » mais non les pulsions et contradictions économiques internes du capitalisme impérialiste. Il estimait possible, rationnel, que les capitalistes puissent suivre le mot d’ordre que Marx lançait aux prolétaires du monde : « Capitalistes de tous les pays, unissez-vous ! ».

    On peut donc inférer de sa position, bien que celle-ci ait été développée sur des bases théoriques étranges (la disproportion entre les secteurs industriels et agricoles et la décroissance du rendement économique à régler cet écart par la guerre), que, pour lui, le réglage mondial concerté des déséquilibres contemporains aurait été envisageable.

    La position de Kautsky fut sévèrement critiquée par la plupart des théoriciens et dirigeants du mouvement social-démocrate de l’époque (L. Trotski, R. Luxemburg, N. Boukharine, V. Lénine). Lénine, par exemple, donnait en 1916 une définition indiquant l’agressivité de l’impérialisme. Et il écrivait, dans une brochure sur les États-Unis d’Europe, parue en 1915 : « En régime capitaliste, le développement égal… des différents États est impossible. Les seuls moyens possibles de rétablir de temps en temps l’équilibre compromis, ce sont… les crises dans l’industrie, les guerres en politique ».

    Il ne fait donc pas de doute que, selon Lénine, au contraire de Kautsky, le système impérialiste contemporain ne serait pas capable de régler rationnellement et pacifiquement ses contradictions économiques, dans le cadre d’un État mondial, d’un super-impérialisme. Cela dit, on doit se demander si des faits nouveaux sont intervenus depuis la première guerre mondiale.

    Le monde a changé depuis 1914-1918. Plusieurs faits pourraient aller dans le sens d’une régulation mondiale concertée. Je vais indiquer trois grands arguments favorables à cette thèse et exprimer mes doutes à leur propos.

    Supposons que je dialogue avec un interlocuteur imaginaire. Il pourrait tout d’abord me dire que « … le "capitalisme classique" s’est affaibli. Il n’a plus aujourd’hui la même puissance qu’il y a un siècle. Des pays émergents contestent sa suprématie. Pourquoi ses dirigeants ne seraient-ils pas, de ce fait, enclins à se donner pacifiquement des règles de fonctionnement mondial, pour éviter que le système ne soit encore plus affaibli ? ».

    Je suis d’accord que les dirigeants capitalistes ou assimilés du système capitaliste l’ont toujours défendu avec détermination, sachant faire, le moment venu, quand ils étaient en mauvaise posture (par exemple en Mai 1968), les concessions nécessaires pour assurer la survie du système. Mais depuis 1990, le système socialiste de type soviétique est « out ». En outre, les pays émergents sont, pour une partie d’entre eux, le Brésil par exemple, des pays capitalistes. Les entreprises géantes brésiliennes prennent la place d’entreprises géantes américaines dans certains domaines. Elles ne contestent pas le bien-fondé de la mondialisation capitaliste. Les vieux pays impérialistes n’ont, pour l’instant, en ce qui concerne la nature capitaliste des structures sociales de base, rien à craindre d’eux. Quant à la Chine, pays constitutionnellement communiste, elle a besoin du marché mondial actuel pour se développer.

    Au total, ce premier argument (l’affaiblissement du système capitaliste) paraît insuffisant pour justifier la formation d’un État mondial compensateur. Les capitalistes issus des « vieux pays » n’ont rien à craindre pour l’instant. Le capitalisme est fondé sur la propriété et l’appropriation privées des capitaux. C’est un système décentralisé dans son essence. Pourquoi se donner la contrainte d’un « horrible » principe de centralisation et de contrôle s’il n’y a pas de danger à l’horizon ? Cet État mondial serait d’autant plus horrible qu’il devrait faire une place à la Chine, à la Russie.

    Je poursuis le débat en imagination.

    « Oui, mais depuis les dernières décennies, les capitaux des divers pays capitalistes se sont davantage interpénétrés. Un seuil a été franchi. Il tend à se former une classe capitaliste mondiale. Pourquoi cette classe mondiale n’accepterait-elle pas la formation d’un État mondial capitaliste pour faire face aux déséquilibres les plus graves, d’abord pour elle ? ».

    L’existence ou non d’une classe capitaliste mondiale est un aspect de la discussion scientifique contemporaine. Je ne suis pas en mesure de trancher, seul, un tel débat pourrait nous aider, même si j’ai des doutes sur l’existence d’une telle classe. Cela dit, on observe que ces capitalistes de dimension mondiale, ainsi que leurs grands commis, comme Pascal Lamy, se déclarent à peu près tous « patriotes » (par exemple entretien de PL avec Francis Brochet, France-monde, 14/07/2013). Il y a bien une raison pour que des individus qui détruisent les nations, qui envoient leurs enfants dans les universités américaines, qui constituent une sorte de famille dirigeante des grands organismes internationaux et pour lesquels le monde est un village, se déclarent patriotes.

    Celle-ci, à mon avis, est la suivante : des groupements capitalistes se forment autour des États existants, lesquels assurent leur défense dans l’arène mondiale et concentrent pour eux les capitaux nécessaires. Un État mondial ne pourrait assurer une défense aussi différenciée. Et puis, que voudrait dire « un État mondial » s’il est vrai, comme je l’ai défendu au point précédent, que l’hyper-concurrence entre entreprises géantes est le principe concret de fonctionnement de la mondialisation capitaliste ?

    Ce que l’on observe, au plan mondial, ce sont donc, selon moi, des dirigeants de firmes géantes ainsi que les représentants des États. Or ces derniers sont dotés de puissances économiques, politiques, financières, scientifiques, militaires, culturelles, inégales.

    L’État des États-Unis est certainement le plus puissant de tous et dans tous les domaines. Il émet la monnaie mondiale. Il dirige l’OTAN. Il est à la pointe des nouvelles technologies. Il draine les cerveaux du monde et son produit phare, Coca-Cola, est partout le symbole de la civilisation.

    Avec la mondialisation capitaliste, c’est le modèle américain de la liberté totale des capitaux et des entreprises qui est affirmé. Pourquoi le Président de cet État, à l’occasion d’une réunion du G20, plaiderait-il, autrement que pour rire, le bien-fondé d’une organisation étatique mondiale qui réduirait nécessairement le pouvoir de l’État américain ainsi que le pouvoir de « ses capitalistes » ? Il revient aux capitalistes mondiaux ne figurant pas dans ce lot de s’organiser autour des autres États.

    Que les États-Unis ainsi que leurs alliés naturels puissent se mettre en mouvement ensemble pour empêcher toute atteinte grave portée à la liberté absolue des capitaux dans le monde, est une éventualité que les communistes devraient considérer très sérieusement. Si les circonstances politiques le permettent, et si l’un des États capitalistes actuels change de couleur, ils n’hésiteront pas une seconde à intervenir pour préserver « la règle du jeu générale ».

    Mais que ces États décident, dès aujourd’hui, de mettre en place un contrôle économique mondial de la gestion de l’ensemble des capitaux ou une monnaie mondiale gérée par le FMI, cela paraît « hors sujet ».

    Mon interlocuteur imaginaire lève alors le doigt pour la troisième fois et demande : « Mais enfin, l’Union européenne ne pourrait-elle pas être un exemple pour le monde entier ? Avec l’Union européenne, il apparaît que, même si c’est difficile, il est possible de rassembler des capitalistes et des États dans une même construction. Trotski lui-même n’avait-il pas envisagé cette possibilité ? Pourquoi ce qui est peut-être en passe d’être atteint en Europe ne pourrait-il l’être au plan mondial ? ».

    Je renvoie sur ce point à un article important de Pierre Le Gall, sur l’URSS et l’unification européenne, publié par la Revue Française de Sciences Politiques en 1967. Dans cet article, l’auteur rappelle que le refus initial de l’URSS de prêter attention aux débuts de l’Europe reposait sur l’analyse que Lénine avait faite en 1915 (cf. plus haut) sur l’inégalité de développement des États de référence capitaliste, interdisant selon lui qu’une concertation puisse avoir lieu entre eux. Mais à partir de 1962, avec les contributions et analyses de l’économiste A. Arzumanian puis de J. Varga, les positions du gouvernement soviétique changèrent du tout au tout. Le processus de la construction européenne fut pris au sérieux. Ce gouvernement rejoignait en quelque sorte les positions de Trotski, selon lequel les États d’Europe pourraient se réunir pour faire face à l’État américain. Cette hypothèse était par ailleurs cohérente avec sa théorie selon laquelle la révolution bolchévique en Europe ne pouvait être gagnée dans un seul pays.

    Je pense que le gouvernement soviétique de l’époque a eu raison de faire évoluer sa position théorique sur l’Europe. S’il est vrai qu’existent, entre Etats impérialistes, d’importantes inégalités de développement, économiques et politiques, comme on l’observe aujourd’hui entre l’Allemagne et les autres pays proches, s’il est vrai par conséquent, que des forces centrifuges traversent leurs relations, elle peuvent également se rassembler et suivre les forces centripètes les conduisant à placer en commun leurs classes salariales sous une tutelle institutionnelle plus étroite.

    Ce qui voudrait dire, au plan européen, que plus la contradiction entre Capital et Travail serait forte en ce lieu, et plus la construction institutionnelle de l’Europe serait stimulée, toutes choses égales par ailleurs en ce qui concerne la lutte des classes. L’analyse de Trotski, à ce propos, paraît tout à fait acceptable. Mais cela ne modifie pas ma conclusion relativement à la rationalité d’un État mondial.

    Les capitalistes implantés en Europe sont certes partis eux aussi à la conquête du monde, comme leurs homologues américains. Mais ils se sont engagés dans l’organisation institutionnelle de l’Europe pour accroître leurs avantages comparatifs, relativement aux entreprises géantes américaines et non pour réaliser un modèle transposable au plan mondial.

    La construction européenne, dont l’aboutissement effectif est toujours soumis aux aléas de la lutte des classes, n’est pas un modèle d’État super-impérialiste transposable au plan mondial. Elle est conçue comme une composante de l’affrontement concurrentiel mondial et non comme le modèle d’un État super-impérialiste compensateur.

    La Chine souhaiterait sans doute que le monde fût une arène pacifiée et civilisée, où l’on puisse débattre et décider « en toute sérénité ». Mais ses gouvernants sont animés par la culture confucéenne de l’harmonie, qui est très différente de la culture américaine du rapport des forces et du conflit frontal.

    Le comportement américain est plus conforme au fonctionnement de l’hyper-concurrence capitaliste qu’à la morale enseignée par Kong Zi. No pity no mercy, disent les adeptes de Locke et de Hume. En sorte que, au total, il me semble que le troisième argument que j’avançais ci-dessus (l’éventuelle exemplarité de l’Europe) n’est pas recevable.

    Il est temps pour moi de ramasser dans une conclusion partielle les éléments de la discussion menée dans cet article.

    5 - Pour conclure momentanément la discussion

    Je suis parti de certains propos de Pascal Lamy pour rendre compte de l’idéologie des élites socialistes relatives à la mondialisation capitaliste tout en donnant ma propre interprétation de ce phénomène. Comme Nicolas Dupont-Aignan (ainsi que ses commentateurs) en ont fait le constat, PL est un triste et terne personnage (Cf. Pascal Lamy, Docteur Folamour de la mondialisation, en ligne).

    Quoiqu’il en soit, ce que j’espère avoir établi est que l’on doit absolument éviter de confondre la mondialisation et la mondialisation capitaliste. Le discours n’est jamais innocent. Ne pas faire cette distinction, quand on est communiste, revient à se mouler dans « les pensées » de ses adversaires politiques. Parler de mondialisation et non de mondialisation capitaliste revient à exclure la mondialisation capitaliste de la critique révolutionnaire. En tout cas, si l’on emploie le terme de mondialisation sans qualificatif, le contenu du concept doit le plus précis possible.

    Car la mondialisation capitaliste suit des règles et des lois qui, sans être des lois physiques, ne sont pas tombées du ciel et ne sont pas de vagues approximations. Elle est animée par des agents concrets et non par des structures abstraites (les marchés financiers, par exemple), comme l’énonce trop souvent le langage militant. L’exigence permanente de compétitivité mondiale au nom de laquelle les entreprises géantes harcèlent et surexploitent leurs salariés, comme toutes les entreprises qu’elles dominent et pressurent, en est la principale manifestation.

    N’y aurait-il donc point de salut aujourd’hui hors la mondialisation capitaliste ? C’est alors que j’ai commencé à m’attaquer à l’idée, développée par PL, selon laquelle la mondialisation capitaliste présenterait, certes des mauvais côtés, mais que les bons côtés l’emporteraient, et de loin. Il conviendrait seulement, selon lui,de trouver les règles de son équilibrage, de sa maîtrise.

    J’ai exprimé mes doutes sur cette possibilité et présenté dans le détail mon argumentation. Cela m’a conduit à évoquer des débats anciens qui me seront utiles par la suite.

    Maintenant, voici mon programme de travail. Puisque, selon moi, la mondialisation capitaliste ne peut être équilibrée et réglée, puisque les travailleurs du monde entier en feront toujours les frais, ils doivent en sortir. Mais vers quelle issue territoriale et politique ? La nation ? L’Europe ? Cette interrogation fera l’objet de mon troisième papier.

    Dans l’immédiat, je souhaite éclairer le fait que la mondialisation capitaliste est coûteuse en même temps que contre-productive. Il convient non seulement d’en sortir, de le faire le plus rapidement possible. Mais il faut agir ainsi pour satisfaire des objectifs et d’autres lois de fonctionnement et de développement que celles actuellement permises par la mondialisation capitaliste.

    Jean-Claude Delaunay, septembre 2013


    [1] Je renvoie au chapitre 12 du livre que j’ai rédigé avec Quynh Delaunay, Lire le Capitalisme, Essai sur le capitalisme contemporain, Le Temps des Cerises, 2007.

    [2] Le paradoxe de l’entreprise géante est de « se centrer sur le cœur de son métier » (donc, apparemment, sur un produit principal) mais c’est pour être « un centre de contrats » plus efficace.

    [3] Supposons, par hypothèse d’école, que la France devienne, dans sa masse, un pays authentiquement socialiste et antimondialiste. Quel serait l’attitude du gendarme mondial et de ses alliés « socialistes » à l’égard de notre pays et de son gouvernement ? Pourquoi la mise en cause socialiste du capitalisme et de la « liberté d’entreprendre » de très grandes entreprises ne seraient-elles pas évoquées comme des « atteintes intolérables au Droits de l’Homme » ?

    http://lepcf.fr/Lutter-contre-la-mondialisation-c


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  • « Dire que c’est le peuple qui paie la crise n’est pas du populisme »

    Reportage mi-figue mi-raisin à la RTBF sur le PTB et d’autres petits partis. On y voit un PTB, crédible et proche des gens. Dommage que le montage crée l’amalgame entre des partis qui n’ont rien à voir entre eux sous couvert de « populisme ».

    Axel Bernard

    Ce mercredi 2 octobre 2013, la RTBF a diffusé un reportage « Petits partis, grand danger? ». Les caméras de la RTBF se sont concentrés sur 2 partis de gauche, le PTB et le MG (Mouvement de Gauche de Bernard Wesphael) et 2 partis de droite extrême, le Parti Populaire de Modrikamen et un groupuscule appelé La Droite. Les téléspectateurs ont pu découvrir ce qu'était le PTB, avec son service d'étude dont les chiffres sont fiables, un parti qui est aux côtés des petites gens, présent dans les luttes sociales, un parti qui monte dans les urnes, un parti qui pointe clairement qui sont les responsables de cette crise (spéculateurs, millionnaires …), un parti de terrain dont les responsables vivent comme tout le monde dans un quartier ouvrier - et non dans un château comme Modrikamen, porte-parole du parti qui n’a de populaire que le nom). Mais le reportage crée néanmoins le malaise. Car le montage est constitué de bribes d'entretiens, entrecoupées par des avis "éclairés" de "spécialistes" ; formant un continuel et rapide va-et-vient entre partis de gauche et d’extrême-droite en Belgique et en Europe (jusqu’à Aube Dorée, le parti néonazi en Grèce) qui sont tous mis dans le même panier de partis “populistes”. Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB : « je ne peux regretter qu'une chose, c'est l'amalgame que l'émission peut créer en brandissant l'étiquette de "POPULISTE" pour classer tout ce qui est parti non traditionnel ». 

    Populiste, le PTB?

    Raoul Hedbouw s’en défend bien : « Dire que c’est le peuple qui paie la crise n’est pas du populisme ». Dans le reportage déjà, il répondait à cette question : « Le vrai populisme réside chez tous ces ministres qui trouvent logique qu’on aille une nouvelle fois chercher l’argent chez les travailleurs, en coupant une nouvelle fois dans les services publics, en coupant une nouvelle fois dans ces services qui sont tellement nécessaires pour les gens. Ça, c’est du populisme, ça, c’est du simplisme. Et ce n’est pas parce que c’est devenu la pensée dominante que c’en est devenu juste ». Il rejoint Jean-Luc Mélenchon, Parti de Gauche en France, lui aussi visé par le reportage : « quand on nous dit populistes, on dit qu’on flatte les instincts du peuple. Mais bon, cela dépend quels instincts. Il y a des instincts tout à fait nobles dans le peuple : l’égalité par exemple. Si vous croyez que je flatte les instincts du peuple, parce que je propose de partager la richesse, je trouve qu’on fait pire comme bas instinct que celui du partage ».

    Dans un article publié dans la Revue Politique, Daniel Zamora, chercheur à l’ULB, pose la question : « Qu’est-ce que le populisme? ». Après avoir décrit tous les sens (et contresens) possibles à cette notion, Daniel Zamora aboutit à la conclusion que le qualificatif joue un rôle “écran” permettant d’éviter tout débat de fond sérieux et « vise à fonder en théorie que nous n’avons pas d’autres choix que celui que les élites nous offrent » (voir le lien ici). C’est en d’autres mots ce que le porte-parole du PTB dit : « Le populisme est le qualificatif donné par les puissants bien en place pour disqualifier toute alternative crédible à leur politique d'austérité sociale ». Un internaute, Marco Liradelfo, résumait également : pour lui, « le fil conducteur » du reportage était qu'« il faut à tout prix ne pas sortir des rails tracés par les gros partis au pouvoir (qui nous ont foutus dans la m...). »

    Stop aux amalgames

    Le reportage fait des aller-retour entre partis de gauche et d’extrême-droite. Sofie Merckx, conseillère communale PTB+ à Charleroi se confie : « Je suis mal à l’aise en étant mis dans le même panier que l'extrême droite. Mon militantisme a débuté toute petite contre la montée du racisme, l'apartheid ... Notre vision de société basée sur l'égalité et la solidarité est tout le contraire de ses semeurs de haine!. » « Le PTB n’a rien à voir avec le PP de Modrikamen et encore moins avec le parti néonazi grec Aube Dorée tout comme Jean-Luc Mélenchon n'a rien à voir avec Marine Le Pen », poursuit Raoul Hedebouw. « Nous, militants de gauche, sommes tous les jours sur le terrain pour faire reculer les idées nauséabondes de la droite extrême ». Deux visions du monde totalement différentes mises dans le même sac … Il faudra aller au-delà des images montrées à l’écran.

     http://www.ptb.be


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  • François II à ses ministres: au pas camarades!

    3 Octobre 2013 , Rédigé par Le Mantois et Partout ailleurs 

    "J'en ai plein la casquette!" Oui, lors du Conseil des ministres, celui qu'on a mis sur un trône dans un palais était vénère. Contre son premier chambellan qui ne mène pas à la baguette sa troupe. Ensuite, contre ladite troupe munie de maroquins ministériels que par la bonne grâce de l'Elysée. "Qu'on se le dise pour la dernière fois", a conclu François II très furax.

    Aussitôt, illico presto, le bosco de Nantes, qui ne veut pas se retrouver dans le bourbier de l'Ayraultport ND des Landes, a adressé une bafouille à tous les directeurs de cabinet des ministres. En clair, le premier ministre peut s'opposer à une communication d'un de ses "subordonnés" dans les médias. Extraits:

    "Le schéma est le suivant : lorsque votre ministre reçoit une invitation pour un passage média (radio, télé, presse écrite papier ou internet), vous nous informez au préalable, avant de donner un accord au média. Lorsque votre ministre envisage de susciter un passage média, vous nous informez avant de prendre l’attache du média".

    "Cette démarche de coordination des passages médias ne remet pas en question la ligne décidée cet été s’agissant des tribunes ou des interviews écrites. Il n’y a pas de relecture systématique par Matignon, même si, comme je vous l’avais dit fin juin, il vous appartient d’apprécier si une relecture est souhaitable. Le cabinet du Premier ministre sera toujours à votre disposition pour cela".

     

    Madame Najat Vallaud Belkacem, ministre chargée de la propagande de l'Elysée, dans son compte-rendu hebdomadaire du conseil des ministres, a dit que tout allait parfaitement bien par ailleurs. Bon, si la voix de son maître le claironne...

    François Hollande avait pourtant entraîné ses ministres à marcher au pas. Et il avait chassé des rangs la petite madame Batho à l'écharpe bleue qui trainaillait trop. 

    Mais du passé faisons table rase. Maintenant, c'est l'application stricte des pouvoirs absolus que confère la 5e Constitution au roi élu à l'Elysée.

    Aujourd'hui, François Hollande va célébrer les 55 ans de la 5e République initiée par le général de Gaulle après un coup d'état en 1958. C'est quand même drôle de la part d'un démocrate. Sont invités à cette cérémonie, pas moins de 200 anciens ministres. Delphine Batho sera-t-elle de cette fête républicaine? Et les anciens ministres cocos aussi?

    Quelques images de 1958:

     http://le-blog-de-roger-colombier.over-blog.com


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  • Thomas Piketty, Le Capital au XXIème siècle

    piketty.jpg
    L’essai est d’importance, qui conclut quinze années de recherches, embrassant l’histoire économique dans la longue durée de vingt pays, pour débusquer les mécanismes à l’œuvre en les confrontant aux grandes analyses des économistes historiques, Marx en tête.
    Parmi les thèses fortes de cet essai, celle concernant la répartition des richesses. On n’apprend tout d’abord rien qu’on ne savait : elle est toujours une histoire politique, qu’il n’est pas possible de ramener à un mécanisme économique. Et quant à la théorie du ruissellement selon laquelle plus les riches s’enrichissent, plus les classes moyennes à leur tour en profitent, elle est tout simplement fausse, mais constituent là encore un élément solide du langage démagogique… Nous ne ferons donc pas l’économie de luttes sociales et politiques dures, non seulement pour préserver nos acquis, mais pour donner un sens autre au destin d’une nation comme la nôtre. D’autant que les analyses de Piketty pointent un vrai scandale : les inégalités n’ont cessé de se creuser depuis les années 90, pour atteindre aujourd’hui dans les pays occidentaux des écarts hallucinants.  Or il n’existe aucun processus naturel autorisant de croire que les inégalités pourraient ralentir un jour : la rationalité économique ne débouche jamais sur une rationalité démocratique.
    Et ce qui creuse ces inégalités, c’est le tournant pris par le Capital au XXIème siècle : sa nature a profondément changé. A la terre s’est substituée le foncier (la grande révolution bobo des années 2000), et aux rentes de la terre celles de la Finance. De ce point de vue, la Dette Publique est l’aubaine des grandes fortunes privées, qui grâce à elle, s’enrichissent chaque jour sans vergogne.
    Dans ce dispositif, l’héritage est redevenu décisif ! Quelle avancée sociale que ce retour au XIXème siècle ! Face à l’héritage, chiffres à l’appui, Piketty démontre que la dynamique du savoir ne pèse rien, d’autant que l’investissement en formation s’avère nul et non avenu dans un pays comme le nôtre, et que la méritocratie n’est cette fois encore qu’un leurre que l’on nous sert pour nous donner à espérer, sinon nous culpabiliser de n’être pas tous polytechniciens... La diffusion du savoir est redevenue parfaitement inégalitaire. On le savait, mais d’un socialiste déçu du socialisme sauce Hollande cela fait du bien à entendre, tout comme il est bon de réaliser que le salaire moyen des parents dont l’enfant étudie à Sciences Po est de 90 000 euros… Ou bien d’apprendre que les inégalités dans les pays émergents sont plus faibles qu’aux Etats-Unis !
    dette.jpgle XXIème siècle sera plus inégalitaire que le XXème siècle… Piketty pointe deux dangers qui nous menacent très concrètement : le décrochage des très hautes rémunérations, qui ponctionnent honteusement les capacités d’investissement, et surtout, la concentration des patrimoines qui conduira à des niveaux d’inégalités inconnus dans le passé –il faut remonter au XVIIIème siècle pour en retrouver du même genre…
    La sécession des très hauts salaires, vrais renégats de l’idéal national, crée une situation inédite de transfert massif des gains financiers dans les poches de quelques-uns. Quant aux patrimoines hérités, ils sont aux yeux de Piketty des bombes à retardement pour l’économie mondiale, produisant déjà des effets extrêmement nocifs sur la structure des sociétés. Pensez à la force de frappe dont dispose ce Capital privé, qui représente aujourd’hui en France 6 fois le revenu national. Une prospérité patrimoniale inconnue en France depuis les Années Folles. Une prospérité qui s‘accommode fort bien d’un taux de croissance très bas, au contraire même, puisqu’il enlise le plus grand nombre et le contraint autant politiquement qu’économiquement à tout juste surnager la tête hors de l’eau pour régler le montant de la Dette Publique. Une Dette qui est devenue un vrai outil d’accumulation du Capital privé.  Obligeant par exemple les gouvernements à « déréguler », c’est-à-dire à opérer à un transfert massif de la richesse publique vers la richesse privée, les services publics, entre autres étant peu à peu confisqués pour le plus grand profit des grandes fortunes. De même assiste-t-on partout dans les pays riches à la privatisation du Patrimoine national (en France, 95% du patrimoine national se trouve déjà entre les mains des fortunes privées, quand pour des millions de français, le patrimoine se résume à quelques semaines de salaire d’avance). Le tout dessine un horizon bien sombre, qui commanderait du courage, là où l’ex-opposition ne fait que gérer une tendance néo-libérale qui à terme nous dépossèdera tous de nos droits les plus élémentaires…
       
    Thomas Piketty, Le Capital au XXIème siècle, Seuil, Coll. Les Livres du Nouveau Monde, 30 août 2013, 970 pages, 25 euros, ISBN-13: 978-2021082289.

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