• Samedi-sciences : comment pulvériser un patronatoïde.

     Tandis que les communistes et autres humanistes s’interrogent sur le meilleur moyen de détourner la social-démocratie de la politique de droite menée en France, une diplômée de l’Institut anarcho-trotsko-syndicaliste (IATS) propose une stratégie originale. Nul besoin (NDRL : dans l’immédiat – quoique) d’une bombe atomique enfouie sous l’Assemblée Nationale, ni de laser 49.3 pour pulvériser la Vème République ou de vaisseau espion.

     

    Pour Paulette Chenouillard, qui travaille dans le département Aéronautique et Astronautique de l’IATS, de simples bombes de peinture suffiraient. De la peinture rouge … En effet, la chercheuse explique que grâce à cette version spatiale du paintball, l’albédo de la dérive capitaliste serait doublée. Ainsi, l’énergie due à l’impact des bombes de peinture commencerait à dévier les sociaux-traîtres du patronat. La pression des travailleurs défilant dans la rue réfléchie par la surface rouge achèverait le travail ! On se demande pourquoi personne n’avait eu cette idée auparavant ( pardon à Michel Alberganti ^^) Sans doute parce que ce n’est pas aussi simple de trouver un marchand de couleurs près de chez vous. Néanmoins, Paulette Chenouilard a reçu le prix du meilleur article technique lors de la compétition Fais bouger un socialiste 2013″ organisée à Palavas-les-flots en Décembre 2012. Si nous voulons pouvoir fêter dignement le centenaire du Front Populaire sans se soucier de l’arrivée d’Apophis le 13 avril 2036, pour les travaux-pratiques : c’est le 5 mars 2013 !
    Paulette léonetpaulette.fr
    http://www.solidaires.org/IMG/pdf/tract_mars_2013.pdf
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    Paulette a eu raison d’évoquer l’albédo, un des facteurs de la reflexion, avec le soleil et la « chimie atmosphérique ».
    Il faut dire que Paulette a elle-même l’albédo trop développé.
    Mais j’aime pas trop quand elle parle des facteurs, avec qui elle a la langue facile.
    Paulette (vraie bombe aérosol à éruptions volcaniques fréquentes qui mettent le feu à sa bio-masse) est une fine politique, qui réfléchit vers l’espace. Elle a du mérite : quand sa température augmente dans son hémisphère sud (sous le maillot) la température augmente à mon hémisphère nord (sous ma calotte glaciaire). Et mon albédo, lui, du coup, prend du volume. (si vous voyez ce que je veux dire).
    Pour la social-démocratie c’est pareil, sauf que là, quand elle est au pouvoir, la reflexion ne se fait plus et la pénétration des couches sociales se fait moins bien. Et donc son albédo n’a plus d’érection et ses réformes libérales ne font plus bander personne, sauf Laurence Parisot et Laurent Berger.
    OK pour le 5 mars !

    Léon
     

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  • L’homme aux semelles de pneus par Patrick Bard

    L’homme aux semelles de pneus

    Ça sent le sapin (3/8). Notre série de huit nouvelles noires pour les lecteurs de l'Humanité à l'occasion des fêtes de fin d'année. À lire dans l'Humanité d'aujourd'hui : Après la nuit d'Hervé Le Corre.

    Noël approchait. Depuis des mois, don Alberto croupissait dans la prison de San Cristobal de Las Casas, refusant de s’alimenter. Son âge et son état de santé préoccupant lui avaient valu la très rare faveur d’une cellule individuelle. Chaque jour, sa femme, doña Esmeralda, tout aussi âgée et voûtée qu’il l’était, lui apportait à manger. En vain. Il ne touchait pas plus à la cuisine de son épouse qu’à l’infâme brouet de la prison. Elle avait tout tenté, pourtant. Mais rien n’y avait fait. Brave, le mari, avec ça. En dépit de ses soixante-quinze ans, il cultivait encore son petit lopin : du maïs, des chiles, des patates et des tomates. Et même si, avec les ans, la terre était de plus en plus basse, personne à la maison ne mourait de faim. Ces deux-là s’aimaient d’amour vrai et don Alberto n’aurait sans doute jamais fini en prison s’il n’avait buté d’une de ses huaraches aux semelles de pneus sur le porte-monnaie qu’un gringo étourdi avait laissé échapper. Ceux-là débarquaient du monde entier, persuadés qu’ils allaient rencontrer le sous-commandant Marcos dans les rues de San Cristobal. Déçus, frustrés, ils se contentaient d’acheter un tee-shirt à son effigie avant de repartir. Bref, le porte-monnaie était plein de dollars. Don Alberto avait décidé de fêter l’événement à la cantina la plus proche. Du pulque maison, on était vite passé au mezcal. Un mot en entraînant un autre, un cabron de métis avait insulté le vieil homme qui payait tournée sur tournée. Il ne se rappelait même pas avoir bousculé le gars. N’empêche qu’il avait terminé la nuque enfoncée dans un coin du bar. Don Alberto avait échoué en prison. Il avait pris vingt ans. Mais quand on en a soixante-quinze, vingt ans, c’est perpète. Le chagrin avait submergé le mètre trente-deux et les trente-huit kilos de doña Esmeralda. Les larmes avaient coulé le long de ses joues ridées comme sur la peau d’un raisin sec. Elle n’avait que quatorze ans quand elle avait épousé son Alberto. Quatorze ans et lui seize, et guère plus grand qu’elle. Un an plus tard elle lui avait donné son premier fils. La fête que ça avait été ! Elle s’était vue vieillir avec lui. Jamais il n’était allé avec une autre. Enfin, pas qu’elle ait su. Surtout, même ivre, jamais il n’avait levé la main sur elle, ni sur quiconque avant ce soir-là. Comment avait-il fait son compte pour tuer un homme ? Et à mains nues, encore. À présent, il croupissait en cellule. Chaque jour, doña Esmeralda se présentait dès l’aube à la porte de la prison, son grand châle plein de victuailles roulé dans son dos par-dessus son chemisier de satin vert et sa jupe de laine noire. Invariablement, les gardes lui faisaient déballer son fardeau pour y trouver le même contenu : tortillas de maïs, tamales, un peu de guacamole aux grillons et c’était tout. Marco et Carlos, les deux gardes, avaient fini par se prendre d’affection pour cette vieille toute flétrie qui venait avec tant d’assiduité nourrir son homme en vain. Un prisonnier modèle, pourtant. Humble, souriant, toujours. Jamais un mot plus haut que l’autre. Et timide ! C’était un véritable crève-cœur de voir ces deux-là séparés. Depuis quelque temps surtout. Au début, elle lui laissait les plats, dans l’espoir qu’un peu plus tard il se forcerait à s’alimenter. Mais il ne touchait à rien, et du coup, c’étaient les deux gardiens qui engloutissaient ses spécialités. Force était de reconnaître que doña Esmeralda cuisinait diablement bien. Chaque jour la petite vieille repartait, son grand châle vide pendant sur ses flancs, la tête enfoncée dans les épaules, masquant ses sanglots furtifs, traînant des pieds. Le cœur brisé par tant de chagrin, Marco et Carlos regardaient s’éloigner ses longues nattes blanchies, sa silhouette harassée, sachant la fin du vieux inéluctable. Doña Esmeralda avait beau multiplier les prouesses culinaires dans l’espoir de raviver l’appétit de don Alberto, c’était pour rien. Il maigrissait tant et si bien qu’il semblait même rapetisser. Il n’avalait rien, en dehors de quelques gorgées d’eau quotidiennes. Au prix d’une incommensurable volonté, Esmeralda poursuivait cependant ses efforts, refusant de se rendre à l’évidence. Don Alberto se mourait et Marco comme Carlos voyaient bien qu’à présent le dénouement se comptait en jours. Bientôt, le pauvre vieux à l’haleine méphitique qui tenait à peine sur ses jambes tremblantes se coucherait pour ne plus se relever. Prostré, silencieux, il attendait placidement la visite de la flaca, la mort, qui viendrait le délivrer d’un coup de faux. Le dernier matin, Marco et Carlos se doutaient que ce serait le dernier, doña Esmeralda se présenta à la prison, voûtée plus que d’habitude encore, ployant sous le poids d’un monceau de nourriture. Marcos et Carlos n’osèrent pas même échanger un regard en la voyant ressortir de la cellule aussi lourdement chargée, silencieuse et secouant la tête de désespoir. Elle repoussa du pied la porte de la cellule sur la silhouette de don Alberto, recroquevillé sous sa couverture. C’était fini. Elle n’avait même pas déballé ses plats. Ils la raccompagnèrent cérémonieusement jusqu’à l’entrée et la regardèrent partir en se signant, une prière aux lèvres. Rien qu’à imaginer ce qu’elle avait préparé, les gardes eurent l’eau à la bouche. Ils s’en allèrent déjeuner sur le champ. Le vieux patienterait bien un peu avant de rejoindre la morgue.

    Quelle ne fut pas leur surprise, deux heures plus tard, en découvrant une orgie de tortillas, de tamales sous la couverture mitée, en lieu et place du cadavre de don 
Alberto. La vieille les avait bernés. Elle était repartie avec son vieux dans son grand châle plié comme une hotte, son vieux qui avait maigri jusqu’à ce que les trente-huit kilos de sa bonne vieille puissent supporter son poids. Nul ne les revit à San Cristobal.

    Il est un restaurant en bordure de la Ruta 2, au nord de l’État de Sonora, près de la frontière américaine, où, dit-on, une vieille indienne aidée de son vieux prépare les meilleures tortillas, les meilleurs tamales de tout le Mexique.

    • Photographe, romancier et « routologue », Patrick Bard a écrit Orphelins de sang (Seuil). 
Dernier ouvrage paru : Sortir de la longue nuit : Indiens d’Amérique latine (avec Marie-Berthe Ferrer, Albin-Michel).

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  • Le tournant de l’Histoire : Le procès de James Gondi contre son téléphone intelligent en 2021

    Gaëtan PELLETIER
     

    Récit de Silence Friction

    ***

    En 2019, les sociétés occidentales établirent la nécessité du téléphone intelligent. Il fut déclaré et essentiel pour chaque citoyen. Et une amende de 50,000$ était donnée à ceux qui n’en possédaient pas. Il était d’ailleurs fournit par l’État par une subvention généreuse de 66% du coût de l’achat. Le forfait comprenait tous les forfaits dont une liste des « nécessités » dictée par le gouvernement.

    Et c’est ainsi, qu’à partir de ce jour-là, les gens devaient tout transiger par le téléphone muni d’une puce qui était inspectée chaque année par un employé de l’État.

    Le téléphone intelligent – de la taille d’un briquet de campeur – incluaient des milliers de fonctions, dont une, entre autres, était de faire parvenir à l’État tous les revenus mensuels, l’impôt étant devenu une perception mensuelle et mécanique afin d’alléger la tâche du citoyen.

    James Gondi, le 28 février 2019, reçut un2 mise en demeure de l’État du fait qu’il n’avait pas payé ses impôts depuis le début de l’année.

    Il téléphona au Ministère du Revenu pour tenter de s’expliquer.

    Après 32 heures d’attente une employée robot lui répondit :

    « Nous avons à cœur la réussite de nos citoyens, si vous habitez Montréal, faites le 2, si vous êtes un PDG, faites le 1, si vous appartenez à une autre classe que les 50 mentionnées, faites le 0. Au son du timbre sonore, enregistrez votre message ».

    Bip !

    « Plongeur dans un restaurant »

    « Cette option n’est pas valide. Plongez vous dans un scaphandre ? »

    « Non »

    « Dans quoi plongez-vous ? »

    « Dans l’eau »

    « Alors, vous plongez dans un scaphandre ? »

    « Non. Je ne plonge pas, je lave de la vaisselle »

    « Vous lavez sous l’eau ? »

    « Non, dans un restaurant ».

    « Le restaurant se trouve-t-il dans un sous-marin ? »

    « Non. Sur la rue Crescent à Montréal »

    « Montréal, n’est pas dans l’eau. C’est une île. Veuillez recommencer la procédure et suivre avec soin les directives. Pour fin d’identification, afin que nous soyons sûr que ce n’est pas un robot qui répond, veuillez répéter la phrase suivante : Sésame, ouvre-toi ! »

    « C’est Sam, ouvre-toi ».

    « Vous avez failli au test, une unité d’agents-vérificateurs se présentera à votre domicile dans …. 5 minutes ».

    ***

    Il ouvrit la porte et se retrouva face à deux types : un asiatique marbré, et un roux grassouillet.

    « Veuillez nous suivre ».

    ***

    Le procès fut planifié pour le 7 mai de l’année.

    La juge Julie Abank demanda au défenseur :

    « Qu’elle est votre défense ? »

    « Madame la juge, mon téléphone été en contact avec un téléphone d’un sans abris, et je crois qu’il a manifestement trafiqué la carte-mémoire, ou il y a eu alors un échange. J’ignore véritablement ce qui s’est passé… Mais je pense également que c’est un puce défaillante… Je ne suis pas technicien, je suis plongeur.

    « Plongeur ? Scaphandrier, vous voulez-dire ? »

    « Non, je lave la vaisselle dans un restaurant. Et cette option ne semblait pas disponible, car le robot-fonctionnaire qui m’a contacté n’a pas semblé pouvoir faire la différence.

    « Il vous a demandé une identification ? »

    « Oui ! Quelque chose comme « Sésame, ouvre-toi. Je ne savais pas très bien le prononcer… et…

    « Ah ! Vous voulez dire : « C’est Sam, ouvre toi ».

    « Mais non, c’est le contraire ».

    « Sachez que les mode d’identification comportent tous des prénoms… Vous auriez dû le savoir ».

    La juge ordonna à l’officier d’emmener à la barre le téléphone intelligent.

    « Vous êtes bien le numéro AB738-234-901 ? »

    « Oui, je le suis ».

    « Pouvez-vous nous dire le nom de votre propriétaire ? »

    « C’est James Quondit »

    « James Gondi ? »

    « Oui »

    « Il semble que vous êtes programmé avec certains défauts de langage ou de prononciation »

    Le téléphone se leva debout, et rétorqua :

    « Avec tout mon respect, Madame, j’ai été conçu par la firme Sonmanteau. Et cette firme n’a une marge d’erreur que de une sur un million. En tant que téléphone, je vous rappelle que j’ai traité jusqu’à maintenant 672,000 cas, et sans faille. J’aimerais profiter de l’occasion pour porter plainte à mon propriétaire qui non seulement a hurlé dans mon micro, mais il m’a secoué avec une violence inacceptable. Si j’avais été un enfant, Madame la juge, je serais déclaré débile mentale avec lésions cervicales. J’ai analysé tous les traits de caractères de mon propriétaire, intégré et analysé tous ses courriers électroniques, et je peux imprimer un rapport de 632 pages concernant ses activités illicites et a des habitudes alimentaires malsaines »

    « Vous voulez dire ? »

    « Il bouffe de l’ail à longueur de journée… De sorte que j’ai dû payer pour faire remplacer ma puce olfactive trois fois, sans compter les dommages étendus à mes autres puces, puisque je commence à comprendre ce qu’est un vomi... »

    « Monsieur ou Madame AB738-234-901, nous avons procédé à une évaluation psycho-électronique de votre profil, et vous semblez avoir coulé ou fondu de quelques circuits. En l’occurrence, je vous condamne à purger une peine de 3 mois dans un centre de réhabilitation pour TI, où vous subirez des modifications afin de parvenir à accomplir la tâche qui vous est assignée en tant qu’employé de l’État. Toutefois, de par vos droits, vous avez le droit de d’aller contre ce jugement selon les conseils de la firme qui vous a élaboré…

    « Alors, je veux aller en appel… »

    Le procès dura 3 ans. Les avocats de la compagnie engagèrent une douzaine de psychologues et psychanalystes afin de détruire la défense du citoyen James Gondi. Mais deux jours avant le verdict, le téléphone s’effondra par obsolescence programmée.

    L’État fournit une nouveau téléphone au citoyen qui, en lavant la vaisselle, l’échappa dans l’évier.

    Le laboratoire de la compagnie tenta vainement de le réanimer et envoya une facture à l’État. L’État refila la facture au citoyen et l’accusa de négligence.

    Étant donné que les journaux étaient alors écrits par des journalistes-robots, il parut en titre gras à la page frontale du journal « États du Monde » :

    UN TÉLÉPHONE INTELLIGENT EST RETROUVÉ MORT NOYÉ

    Gaëtan Pelletier

    24 décembre 2012

    La Vidure

    URL de cet article 18766
    http://www.legrandsoir.info/le-tournant-de-l-histoire-le-proces-de-james-gondi-contre-son-telephone-intelligent-en-2021.html

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  • Noël à Buchenwald par Roger Martin

    Noël à Buchenwald

    Illustration : Zcape Site internet : http://zcape1.deviantart.com/

    Ça sent le sapin (2/8). Notre série de huit nouvelles noires pour les lecteurs de l'Humanité pour les fêtes de cette fin d'année 2012. À lire dans l'Humanité d'aujourd'hui : L'homme aux semelles de pneus par Patrick Bard.

    Décembre 1944

    Jamais la situation n’a été aussi désespérée.

    L’hiver est là. La colline de l’Ettersberg ne suffit pas à arrêter les vents qui s’engouffrent dans le camp. La neige s’est transformée en glace. Les déportés qui triment à la carrière tombent comme des mouches. C’est ce que nous sommes aux yeux de nos bourreaux.

    Malgré le froid, la faim, la vermine qui nous ronge, nous avions repris espoir…

    Paris libéré, l’Union soviétique presque débarrassée des envahisseurs, les partisans yougoslaves à l’offensive malgré la terreur oustacha, partout les armées allemandes refluaient. Sur le sol du Reich lui-même, Dresde, Francfort, Hambourg n’étaient plus que ruines et décombres fumants. Des dizaines de milliers de civils erraient dans des villes fantômes au milieu de cadavres, cependant que les bombardiers alliés, par vagues grossissantes, venaient chaque nuit semer la désolation.

    Et voilà que l’espoir déserte. Les haut-parleurs de Buchenwald diffusent des communiqués triomphants. Le 16 décembre, l’armée allemande a lancé une offensive foudroyante dans les Ardennes belges. Non seulement les Alliés n’ont pas réussi à la mettre à genoux mais elle a reconstitué une grande partie de sa puissance de feu, des tanks sortent par centaines d’usines souterraines, tous les hommes valides de seize à soixante ans sont mobilisés, une nouvelle armée blindée SS, la 6e, vient d’être créée.

    Les sourires refleurissent sur le visage de nos maîtres. Le camp bruisse de rumeurs savamment entretenues. Des armes terribles vont entrer en action, élaborées au fond de grottes et de souterrains, au prix de milliers de morts de sous-hommes…

    Un vent de désespoir s’est levé. Chaque semaine, de nouveaux convois déversent leur cargaison de morts-vivants entassés à moitié nus, sans chaussures, sur de simples plates-formes, sous le feu de mitrailleuses pivotantes dont les servants n’hésitent pas à se servir.

    Le petit camp déborde. Des déportés qui ont réussi à tenir des mois, voire des années, s’abandonnent. Le matin, les charrettes des morts viennent procéder à la macabre récolte des cadavres dans les blocks surpeuplés. Les fossoyeurs, des squelettes qui n’ont pas toujours la force de soulever les corps de leurs semblables, découvrent au dehors, adossés aux parois des baraquements, des dizaines de déportés qui n’ont pas trouvé la force de réintégrer leur block à la nuit tombée. Assis dans la neige, la figure recouverte d’une pellicule de glace, une simple pression sur leur épaule les fait basculer lentement sur le côté.

    Le Comité international s’est réuni. La situation est grave. Il faut encore tenir. Combien de temps ? Qui le sait ? Le Comité des intérêts français, Marcel Paul, le colonel Manhès, Eugène Thomas et les autres ont pointé la priorité. Renforcer la solidarité, raviver l’espoir de ceux qui trop vite ont cru que la libération de la France entraînerait la fin de leur calvaire. Noël approche. Les dirigeants du CIF, quelles que soient leurs croyances, sont d’accord. Il faut préparer dans les blocks où les Français sont en nombre une fête dont l’aboutissement compte sans doute moins que la préparation, qui doit mobiliser, galvaniser, rassembler les déportés autour d’un but commun : surmonter leur détresse. Toutes les capacités, et elles sont nombreuses, seront sollicitées. D’ailleurs, les dirigeants du Comité international ont déjà fait leur cette proposition. Les Russes et les Ukrainiens prévoient un spectacle de chant choral, les Allemands un cabaret satirique, les Belges organiseront une messe, au-dessus du local de la morgue. Les pères Le Loir et Thyl officieront, cependant que des résistants communistes monteront la garde à l’extérieur…

    Les Français sont pris de frénésie. Des peintres, Boris Taszlitski, Pierre Mania, des musiciens, Maurice Hewitt, Yves Darriet, Marco Marcovitch, des poètes, André Verdet, un tout jeune chanteur, Robert Widerman, rivalisent dans les initiatives et le talent.

    Tous collaborent à célébrer ce que le CIF a baptisé la force de l’esprit. Bientôt, il apparaît que le programme prend trop d’ampleur, enfle démesurément. Pas de préséances, de rivalités mesquines, la décision est vite prise. Ce n’est pas une soirée qui sera organisée mais dix, vingt, d’autant que Julien Cain, directeur de la bibliothèque nationale, Christian Pineau et d’autres ont proposé des conférences, ou plutôt des causeries. Littérature, physique, astronomie, médecine… Mais la nuit du 25 décembre 1944, chacun en est tombé d’accord, c’est à la poésie qu’elle sera consacrée.

    Les blocks de Français 14, 26, 31, 34, 38, sont sur le pied de guerre. À la demande de Lucien Chapelain, un des responsables de la Brigade d’action libératrice, Yves Boulongne et André Verdet ont lancé un appel : Poètes, à vos plumes ! Et, à défaut de plumes, justement, des moignons de crayon sont entrés en action, noircissant des morceaux de papier kraft salis, déchirés, graisseux, récupérés sur des colis…

    Cette nuit-là, tandis que des camarades du Comité montent la garde dans le froid et la neige, juchés sur un tabouret ou une table, se succèdent les déportés poètes qui font reculer la peur et la mort par la force du verbe et la grâce d’un crayon qui ne dépasse pas cinq centimètres…

    La nuit est tombée, Yves Boulongne, dans un silence impressionnant, finit de dire son poème.

    Maintenant, la lutte nous a scellés

    Patiemment nous avons vécu

    Patiemment nous avons œuvré.

    Déjà un gazon d’aube

    Descelle les ruines…

    Mardi 26 décembre 44, 6 heures. L’appel s’éternise, les SS arborent des mines défaites. Un bruit court de groupe en groupe. Un frémissement passe sur la place d’appel où 25 000 déportés bravent le froid.

    L’offensive allemande vient de se briser à Bastogne, dans les Ardennes belges.

    L’espoir renaît…

     

    • Dernier titre paru : les Ombres du souvenir (Le Cherche Midi). À paraître en mars : Dernier convoi pour Buchenwald (Le Cherche Midi).

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  • L’histoire des vingt prochaines années

    L’AIR SOUS CONDITIONS

     

    par Jean LEVY

     

    Nous sommes le 1er octobre 2032, en cette douce terre d’Europe.

    Toute l’Union s’apprête à célébrer le 10ème anniversaire de la privatisation de l’air. (C’est aussi, par surcroit,  le 1300ème anniversaire, de la Libération de notre Union  du joug arabe).

     

    Les festivités s’annoncent glorieuses et joyeuses avec la participation des membres de la célèbre Troïka, (qui détient officiellement l’intégralité du pouvoir exécutif de l’Union, depuis la ratification du nouveau traité d’Aix-la-Chapelle par la Commission de Bruxelles), il y a vingt ans de cela.

    Malheureusement, ce jour-là, le 1er octobre 2032,  les 320.000 salariés de la « Free Air Company » -l’entreprise qui gère l’industrialisation et la distribution de l’air à la population d‘Europe - se mettent en grève, illimitée  de surcroit !

    500 millions d’êtres humains sont ainsi privés de ce précieux gaz, privatisé en 2022.

    Les Européens vont-ils suffoquer d’un instant à l’autre ?

    La plus grande catastrophe de l’histoire va-t-elle anéantir notre continent ?

     

    Comment en est-on arrivé là ?

     

    Jusqu’aux années 2015, l’air est libre d’accès et chacun eut gratuitement respirer autant d’air qu’il lui était nécessaire pour vivre sans débourser un centime. Une situation qui inquiète tous les experts. Cette libéralité est fort incongrue, alors que l’ensemble des biens est devenu marchandises. La « gratuité » semblait une valeur anachronique aux yeux des économistes, qui depuis des décennies, considéraient « le marché libre et non faussé » comme  le symbole de la liberté universelle.

    Aussi, le monde économique, les industriels et le gouvernement financent laboratoires et instituts pour mettre fin à ce privilège d’un autre temps.

    Le pouvoir* consacre des budgets énormes à la recherche scientifique, afin de permettre la commercialisation de l’air. La majorité d’alors répète que ce financement est la clef de voute de la modernisation du pays.

    Et l’opposition reproche à la dite majorité sa timidité en la matière.

    De plus, cela résoudrait la question du chômage.

    Il atteint alors 49% de la population de l’Union européenne.

     

    Certes, des initiatives privées étaient parvenues à commercialiser des « compteurs d’air », inspirés des instruments médicaux réservés aux personnes souffrant d’une insuffisance respiratoire. Mais, pour réaliser leurs projets et les « vendre » à l’opinion, ces industriels ont dû recourir à des campagnes de publicité axées sur les bienfaits de « l’économie verte ». Ces « compteurs d’air » revendiquaient ainsi le label « bio » et la source de nos vertes montagnes où l’air est si pur…

    Des marques diverses et variées voient le jour,  telles « Le grand air du Canigou », « L’air pur des Mille Vaches » ou « L’air bleu du Larzac », ce dernier produit visant spécialement les militants écologiques.

    Des fortunes se construisent grâce à cette Air de Jouvence. Mais les adeptes restaient encore réduits en nombre, comparés à l’ensemble de la population, du fait du prix demandé.

    La question de la privatisation totale de l’air devint alors l’objectif prioritaire à Bruxelles. Et à Strasbourg, face à un produit « réservé à des privilégiés de la fortune », la gauche européenne marquait sa réprobation. « La démocratie, valeur essentielle de notre Europe,  impose la généralisation de la vente d’air à l’ensemble des citoyens, sans discrimination », devint le cheval de bataille de l’opposition, rejointe par la majorité, séduite, elle aussi, par ce glorieux projet.

    Les politiques répètent à satiété que l’eau, le pétrole, le charbon sont déjà propriété privée. Pourquoi pas l’air ?

    Tous les médias sont donc mis à contribution pour que sa privatisation devienne un besoin, voire un « must » dans le vent. La publicité est, à cet effet,  étendue sur toutes les chaines de télévision, réduisant films, téléfilms, variétés, le sport, à des séquences de 15 minutes, truffées d’annonces en faveur de « L’air pur pour chacun » et du « Bon air pour tous ».

    Même les journaux télévisés étaient traversés de spots en faveur de la privatisation de l’air.

    C’est ainsi que peu à peu, cette idée devint générale, les opinions hostiles étant exclues du débat,  car jugées « populistes », « rétrogrades », « d’un autre âge ».

    Enfin, le 1er janvier 2023, la Troïka généralise la « démocratisation du commerce de l’air », grâce à sa privatisation intégrale dans toute l’Union européenne et en confie la gestion à la « Free Air Company ».

    Première conséquence : obligation est faite à chacun de porter un masque à gaz, pour le garantir des miasmes de l’atmosphère. La « Free Air Company » se fit un devoir d’en être le meilleur fabriquant.

    Durant des années,  nos modes de vie en sont transformés.  Dans chaque logement, un « pourvoyeur d’air » est obligatoire et les employés de la FAC en relèvent hebdomadairement les compteurs. Jusque sur les autoroutes, des « air de repos » sont installés, où le voyageur peut acheter sa « bouteille d’air » et ainsi reprendre son souffle. Dans les grandes surfaces, les marques d’ « Air pur », françaises, européennes, voire mondiales, offrent un choix immense de ce précieux gaz aux clients essoufflés. Des statistiques font état d’un budget « Air » de plusieurs centaines d’euros par mois par famille, sans compter l’achat des masques et  des « pourvoyeurs d’air ».

    La « Free Air Company » est devenu la valeur phare du CAC 40. Son Conseil d’administration compte en son sein 17 ministres européens, dont son PDG.

    Les Français, grands buveurs d’air pur, sont d’abord satisfaits de se sentir à l’abri d’une atmosphère dangereuse pour la santé, et pouvant choisir à tout moment la qualité de l’air qu’il respire.

    Puis, les années passant, le coût de l’opération « Air pur » devient, pour les familles, de plus en plus pesant. Ce qui alourdit l’atmosphère, chacun prenant des airs sous entendus. L’air politique devenu irrespirable, le pouvoir, soucieux de l’avenir, lance l’idée du besoin de « changer d’air » et charge la FAC de commercialiser « un air nouveau pour une ère nouvelle ».

    La FAC s’exécute au prix d’efforts, tout aussi nouveaux, consentis par ses salariés : ceux-ci seraient rémunérés en « bouteilles d’air » au moyen d’airs supplémentaires, non payés.

    Mais ceux-ci  ne « manquent pas d’air ». Ils  refusent tout net le marché : les 320.000 ouvriers et employés de la FAC cessent le travail et privent l’Europe  du moindre souffle d’air…

    Privés d’air comme tout un chacun,  la police et l’armée,  condamnées à l’impuissance, mirent sacs de grenades à terre…

     

    Ce fut ce Premier octobre 2032,

    le premier jour de la Révolution !

     

    * En employant les mots « pouvoir », « majorité » et « opposition »,  nous ne voulons pas    distinguer entre « gauche » et « droite », celles-ci alternant avec régularité tous les cinq ans durant ces 20 années explorées.

    http://canempechepasnicolas.over-blog.com

     

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  • Et là, est-ce que tu commences à bien la sentir, la main invisible du marché ? Est-ce que tu la sens bien, son étreinte implacable qui t'a choppé par les balloches et qui te broie, continuellement, inexorablement, jusqu'à ce que tu mettes genou à terre, jusqu'à ce que tu ploies l'échine, jusqu'à ce que tu ne sois plus rien qu'un grand cri de douleur ?

    Garder le contactJe le dis et je le répète, inlassablement, parce qu'il faut bien ne jamais se lasser : ceci n'est définitivement pas une crise.

    Une crise, c'est un événement soudain et imprévu, assez violent, et bien délimité dans le temps, avec au moins un début assez marqué, souvent une dégradation fulgurante et un dénouement violent. Or là, nous vivons juste dans un état permanent de crise. À moment donné, c'est devenu La Crise. Et même si on change le nom de temps à autre, c'est toujours La Crise. Comme une sorte de divinité maléfique et incontrôlable qui perturbe les plans des gouvernements, comme un chien égaré dans un grand jeu de quilles bien ordonnées.

    Je pensais que le coup de La Crise ne pouvait pas marcher à tous les coups, tout le temps, pour tout et n'importe quoi.

    Je me trompais.

    La Crise, c'est l'état normal de la marche du monde pratiquement depuis que je suis née. Je ne me souviens pas avoir vécu autre chose que La Crise et mon tout premier souvenir, c'est celui de La Crise : le soir où mon père est rentré du boulot avec une 4L à la place de la grande Commodore familiale.
    C'était il y a un peu plus de 35 ans.

    Depuis ce moment-là, je vis dans un monde en Crise permanente.
    Enfin, plus ou moins permanente, plus ou moins en déclin, selon la saison et selon le statut social des personnes concernées.

    Parce que, comme tout un chacun l'avait quand même un peu remarqué, ce n'est pas la même crise pour tout le monde. Parce que La Crise, c'est le désordre et le désordre, c'est paradoxalement comme tout ordre social, cela crée des perdants, certes, beaucoup, mais aussi quelques gagnants, bien moins nombreux, mais ô combien mieux servis. La Crise que l'on nous ressert jour après jour comme un vieux reste exhumé bien trop de fois de son tupperware pour rester vaguement comestible a ceci de particulier qu'elle frappe durement les pauvres, qu'elle érode lentement mais sûrement les capacités natatoires de la fameuse classe moyenne qui surnage entre deux eaux et qu'elle profite au-delà de toute proportion à un groupe de plus en plus restreint de personnes très riches, très puissantes et très intouchables.

    Et ce n'est pas le énième faux plan de sauvetage de la Merkozy en délire qui va changer quoi que ce soit à la donne.
    Bien au contraire !
    Nos gouvernements d'imposteurs produisent à la chaîne des plans, qui n'en sont pas, parce qu'ils ne prévoient rien, fallacieusement qualifiés de relance, alors que la seule chose qu'ils relancent c'est la vitesse avec laquelle les inégalités se creusent et que la situation se dégrade. Parce que là est le point intéressant : la situation ne cesse de se dégrader, non par la grâce d'une quelconque loi économique implacable et indépassable, mais uniquement par la volonté des instances décisionnelles réelles mondiales.

    Parce qu'il ne faut pas prendre les ennemis des peuples pour des canards sauvages. Il ne faut pas penser un seul instant qu'ils tentent quoi que ce soit pour améliorer le sort du plus grand nombre. Il ne faut en rien imaginer que ces gens qui pérorent à longueur de temps sur nos écrans dont la lueur livide souligne le désenchantement de nos foyers, que ces gens puissent, à un seul moment, nous dire la vérité. Leur vérité. Simple. Brutale. Implacable.

    Ils n'ont plus besoin de nous.

    En fait, nous sommes même un peu encombrants. Comme des wagons vides que l'on détache pour ne pas se les traîner dans la montée.

    Chaque Crise n'est jamais que l'accélération brutale et préméditée d'un processus entamé depuis quelques décennies, un processus volontaire et conscient qui consiste à refermer la parenthèse maudite des droits des peuples nés du traumatisme de l'après-guerre. Ce n'est même pas moi qui le dis.
    L'objet de La Crise, comme processus économique conscient, constant et entretenu par des politiques qui ne relancent rien parce qu'elles ne sont qu'aggravantes, l'objectif ultime de cet état de choc permanent, c'est la disparition de la classe moyenne mondiale et la liquidation de la population surnuméraire.

    Dit comme cela, ça fait un peu exagéré. Complotiste fou. Paranoïaque en pleine crise psychotique. Terroriste, même, un peu, sur les bords.

    Mais les faits sont plus têtus que 30 ans de propagande de Crise. Les faits racontent que la richesse mondiale, elle, progresse sans cesse, que l'humanité n'a jamais été aussi riche qu'en ce moment. Ce qui signifie, concrètement, qu'il n'y a aucune crise économique en cours. Ce qui signifie, concrètement, que toute politique visant à réduire encore un peu plus les moyens de subsistance d'une partie de plus en plus importante de la population mondiale est une politique délibérée de paupérisation à grande échelle, une politique de création artificielle d'inégalités insupportables, une politique de confiscation des ressources du plus grand nombre pour le profit de quelques-uns.

    Ceci n'est pas une putain de crise. Ceci est le bout du chemin. Ceci est le rétablissement d'une société féodale, où la loi du plus fort, du plus riche écrase tous les autres. Ceci est la négation de tout ce que les peuples avaient construit et gagné depuis seulement 60 ans. Ceci est la fin du Contrat social. Ceci est une fin de civilisation.

    Ceci est leur réponse, leur solution, à la seule véritable crise actuelle : la crise écologique.

    Parce qu'il faut vraiment être naïf pour penser que la part la plus gaspilleuse et profiteuse de notre population n'a pas pris la mesure du véritable danger qui nous guette : le fait que notre nombre, en tant qu'espèce, conjugué à notre mode de vie, implique un épuisement des ressources et donc de nos capacités de survie, toujours en tant qu'espèce, sur cette planète.

    Il n'y a, en gros que deux façons de réagir face à la crise écologique majeure :

    1. changer globalement notre mode de vie afin de le rendre supportable pour notre planète. Cela revient grosso merdo à quitter le modèle capitaliste, basé sur la surproduction et la surconsommation d'une bonne grosse minorité de l'humanité, pour un modèle fondé sur les besoins humains véritables, quelque chose qui, en gros, devrait tous nous faire converger vers le mode de vie d'un Bengali moyen. Vaste progrès pour certains d'entre nous, petit changement de braquet et grande révolution intellectuelle pour la majorité d'entre nous et sacrifice incommensurable pour les quelques-uns qui vivent et consomment comme des porcs.
    2. éliminer la concurrence en limitant drastiquement et autoritairement l'accès aux ressources. Favoriser une régulation néo-darwinienne de la population en dégradant globalement les conditions de vie : limitation de l'accès à la nourriture, au logement, aux soins, au repos et à l'éducation. Ne conserver, dans un état de servitude volontaire, que la partie de la population nécessaire pour produire les biens indispensables au confort de la minorité dominante. Libéré du poids démographique, continuer de gaspiller et de se goinfrer sans se soucier des conséquences.

    À votre avis, quel choix ont bien pu faire ceux qui nous gouvernent et qui, à ce titre, sont au sommet de notre chaîne alimentaire spécifique ?
    Si vous pensez que c'est la frugalité volontaire, je crois que vous n'avez toujours rien compris à la sombre dualité de la nature humaine.

     Par Agnès Maillard


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  • J'aimerais bien avoir ton point de vue sur la primaire socialiste.
    En fait non, je te le dis : tu n'as pas du tout envie d'avoir mon point de vue sur la primaire socialiste.

    Vers l'automneParce que, déjà, dans un premier temps, et comme je l'ai élégamment répondu à l'ami qui me sollicitait de cette bien étrange manière (oui, ce n'est pas comme s'il ne m'avait jamais vue en train de cracher et de feuler, les griffes fermement plantées dans le plafond à la seule évocation du signe PS), le PS, je m'en bats allègrement les steaks, ainsi que de ce qu'ils peuvent bien raconter dans cette officine de baltringues et de faux jetons. Je pense même que chaque minute de ma vie dépensée à écouter, parler, commenter ou interagir de quelque manière que ce soit avec un discours du PS est une minute définitivement gâchée pour rien. Parce que je ne me paie pas de discours, parce que depuis 1983, le PS parle par ses actes et c'est d'une manière sans appel : ils sont aussi soumis à la dictature des marchés que les autres en face. Sauf, qu'eux, ils font semblant du contraire et nous promettent le grand soir libérateur par les urnes avant de nous servir des petits matins gueule de bois où la real politik nous tient tous avidement par les burnes.

    Quelque part, les mecs du PS, je les déteste encore plus que ceux de l'UMP.

    Parce que l'UMP, au moins, il annonce assez clairement la couleur : bling-bling et gang bang chez les fortunés de ce monde, tapis rouge pour le MEDEF, application point par point du programme de la BCE, de l'OCDE, de la BM ou du FMI, tout est limpide comme une bonne grosse giclée de champagne dans une coupette en cristal de Baccarat. C'est comme quand tu tombes sur une bonne grosse diatribe réactionnaire : tu préfères la lire sur le Figaro que chez Libé. Pure question d’honnêteté intellectuelle ! Pour moi, les PS sont tricards depuis bien longtemps, mais mon divorce démocratique date assez largement de la campagne ignoble pour le TCE et rien ni personne n'a pu faire remonter un tant soit peu ce ramassis de jean-foutre dans mon estime personnelle. Surtout pas leur dernière traîtrise démocratique et intellectuelle.

    Par contre, au-delà de l'appareil moisi, tout entier dévoué aux intérêts très particuliers de la poignée de ceux qui vendraient père et mère pour un maroquin, voire un strapontin quelque peu rémunérateur dans l'antichambre du pouvoir, il existe des gens de conviction qui se laissent encore et toujours fourvoyer par l'apparence trompeuse des discours vides qui ne sont rien d'autre que du racolage actif d'électeurs de bas étage.

    Gauche de terrain, gauche de combat


    Ceux qui me lisent depuis des temps immémoriaux se souviennent probablement du magnifique costard que j'avais taillé à un aspirant élu de mon microbled un soir de campagne électorale. Heureusement pour la suite de l'histoire, mon ire quelque peu épidermique n'avait influé en rien sur le cours des choses et cette équipe municipale avait été élue haut la main, pour le meilleur comme pour le pire.
    Le pire arriva assez rapidement et dans un autre billet j'avais dû me fendre d'un embryon de mea culpa pour avoir méjugé de quelqu'un probablement plus à l'aise dans l'action que dans le discours.

    Ce qu'il y a de bien dans la démocratie locale des microbleds, c'est qu'elle est directe et active. Et que l'on côtoie nos élus avec une belle régularité, pratiquement au quotidien. Parce que nous vivons au même endroit. Certes. Mais aussi parce que nous avons plus ou moins les mêmes existences. Les mêmes trajets du matin avec des horaires qui se chevauchent pour aller au boulot ou chercher les gosses. Des fréquentations en commun. Des intérêts communs. Et probablement, des convictions communes.


    C'est comme cela que j'ai vu vivre mon élu de terrain.


    Quelqu'un au service de la collectivité. Le gars qui vient après son boulot pour soutenir la manif des parents d'élèves contre la fermeture du moultième poste en grande ruralité, mais qui se tape aussi les réunions standards de l'école du village d'à côté, non pas parce que ses mômes y sont, mais plutôt parce que la mienne (entre autres) y est. Alors que je m'exonère le plus souvent de ce genre de corvée. Le gars qui prend ses RTT de sorte qu'elles coïncident avec les permanences de la mairie (à moins que ce ne soit l'inverse). Celles de toutes les semaines. En plus des réunions du conseil. Celles pour expédier les affaires courantes. Les histoires à la con de chiens qui aboient, de trous dans les routes, de concession au cimetière du coin. Le gars qui assiste à pratiquement tous les enterrements de ses concitoyens. Avec notre pyramide des âges, forcément, c'est plus souvent que les fêtes de baptême. Le gars qui bosse le dimanche pour retaper l'appartement communal, loué à bon prix pour les locataires désargentés. Je le sais, c'est à l'heure où je fais ma balade à vélo. Le gars que j'ai croisé à toutes les manifs au bled en chef. Et même à celles où je ne suis pas allée. Celui qui monte les installations pour la fête du village, qui passe ces mêmes fêtes à tenir la boutique et le même aussi et surtout, qui nettoie le bordel et range les poubelles, le dimanche soir, quand tout le monde est parti.

    Le pire, c'est que je n'ai pas l'impression qu'il se force. Ou qu'il attend quoi que ce soit en retour. Ou qu'il fasse tout cela pour son ego ou même pour un peu de reconnaissance. Et vu la taille du microbled, ce n’est sûrement pas pour l'argent (247 € en sa qualité d'adjoint : vu le temps passé, ça ne rembourse même pas l'essence). À côté de ce gars-là, je me fais l'impression d'être une grosse bourgeoise égoïste, pompeuse et autosatisfaite, planquée derrière son clavier à filer des leçons à tout le monde.
    Il ne se paie pas de mots, de grandes envolées lyriques, de grands soirs ou de toutes ces conneries : il fait son putain de boulot d'élu d'un microbled. Et en échange, il lui arrive qu'une vieille lui offre le café et une crêpe.

    Je sais qu'il est allé consciencieusement voter aux primaires au bled et ça, ça me fait divinement chier. Parce que le PS est le pire ennemi de la gauche, de la vraie gôche, comme on dit entre nous, c'est à dire de cette force politique incroyable qui n'a pas spécialement pignon sur rue et qui ne tient pas le crachoir médiatique à longueur de temps, mais qui occupe le terrain, partout, chaque jour, comme une petite fourmi patiente et laborieuse et qui crée, concrètement, le monde meilleur auquel nous aspirons tous, un monde solidaire et désintéressé. Parce que le PS, comme appareil politique d'alternance, a complètement renié tous ces fondamentaux-là pour seulement se soumettre à la loi du marché. Tout en faisant semblant d'être de notre côté, juste parce qu'ils ont besoin de nos votes pour accéder au pouvoir, une fois de temps en temps.

    Voilà ce que j'en pense de vos putains de primaires : une vaste diversion, un simulacre de démocratie pour mieux siphonner l'énergie et les talents de ceux qui font la vraie gôche avec leur conviction, leur temps, leur énergie.
    Je ne suis peut-être qu'une gauchiste de clavier, mais je sais ce qu'il me reste à faire : convaincre, un par un, s'il le faut, tous les élus de terrain que le vrai combat est à eux et que tant qu'à se rallier à un étendard, autant en choisir un qui croit vraiment à la même chose que nous tous.



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    Agnès Maillard


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  • Suis-je aphone ou est-ce le monde qui est devenu sourd ?

    ColèreLa pire chose qui pouvait m'arriver, finalement, c'est d'avoir eu raison sur toute la ligne.
    Chaque fois que la monstruosité de la médiocrité ambiante me tétanise, chaque fois que j'ai envie de m'épancher dans un grand jet brûlant et enragé, je me rends compte que cette indignation-là, je l'ai déjà eue, que cette situation-là, je l'ai déjà dénoncée, que toute cette merde-là, dans laquelle nous nous enfonçons chaque jour un peu plus franchement avec la belle détermination frénétique du lemming en fin de course qui sent approcher le bord de la falaise, je l'ai déjà prévue, décrite, annoncée, décortiquée... et rien.

    Nous sommes dix. Nous sommes 100, nous sommes la foule, nous sommes la rue, la déferlante d'indignation, nous sommes 99 % à n'en plus pouvoir, à n'en plus vouloir.
    Et puis rien.
    La course du lemming.
    Le cobaye dans sa roue.

    Bon, là ça y est, ça se voit, on le sait : ça se casse la gueule.
    Complètement.
    Totalement.
    Implosion du système et effondrement intérieur, jusqu'à la masse critique, même pas la naine blanche, juste le grand trou noir qui nous aspire tous.

    Ah putain, qu'est-ce qu'on peut bien être indignés, tous autant que nous sommes ! On est tous pétris d'indignation bien légitime et... rien.
    Pourtant, on a compris. Faut vraiment être le dernier des décérébrés qui se shoote au JT de TF1 en IV pour ne pas encore avoir compris qu'on arrive au bout de la logique capitaliste : un seul pour les dominer tous. Une poignée de charognards qui ont décidé de la liquidation totale de tout ce qui ne leur était pas directement utile et profitable. Donc nous.
    Ceci n'est décidément pas une crise, c'est juste l'aboutissement d'un processus de concentration des richesses qui n'est rien d'autre que l'essence même du système capitaliste. Celui-ci ne s'en est d'ailleurs jamais caché. Mais on a fait semblant de ne pas comprendre quelle était la logique intrinsèque du principe d'accumulation du capital : tout prendre, ne rien laisser. Probablement parce que, dans un premier temps, on a le droit aux miettes du processus, le coup du ruissellement de la pyramide de champagne. Mais le coup de la crise, c'était juste, pour ceux qui détiennent le capital, une formidable opportunité de prendre totalement le pouvoir et d'aller jusqu'au bout de leur logique.

    Ce qui me chagrine le plus, c'est que même si nous avons les moyens de voir la réalité du processus de transfert total des ressources actuellement appliqué à l'ensemble des peuples de la planète, le fait même d'énoncer cette réalité a l'air fou, irréaliste, insensé. Comme l'ami François Ruffin le démontre dans son dernier bébé (je parle de Fakir, bien sûr, pas de sa petite Ambre à laquelle j'aurais bien du mal à souhaiter la bienvenue tant ce monde me déprime), ils ne vont pas s'arrêter. Ils vont tout ravager, tout confisquer, tout anéantir parce qu'ils n'ont qu'un seul Dieu, qu'un seul avenir, qu'une seule pensée, un seul but, un seul désir, une seule histoire : le profit. Le profit pour le profit, tout le temps, partout, par-dessus tout. Mais ce sont ceux qui dénoncent cette folie qui passent pour des hystériques.

    On s'indigne, alors qu'on devrait juste être fous de rage. Chaque matin, je me demande pourquoi nous ne sommes pas encore complètement fous de rage. Qu'est-ce que l'on peut bien encore attendre ? Qu'est-ce que l'on peut bien encore espérer ?

    Ou alors on fait semblant. Semblant de rien. Semblant de ne pas voir qu'on est au bord du gouffre. Non, même pas, qu'on est déjà en train de se casser la gueule. Parce que jusqu'ici, on arrive encore à faire semblant. Semblant de ne pas voir que depuis 30 ans, chaque décision politico-économique d'une classe dominante complètement corrompue n'a jamais eu d'autre but que de nous appauvrir tous encore un petit peu plus pour les enrichir monstrueusement. Semblant de ne plus savoir compter, de ne pas voir que les salaires ne bougent plus que vers le bas depuis des années et des années et que tout le reste flambe. Malgré les chiffres. Grâce aux chiffres. Ils ont même réussi à faire mentir les chiffres. Semblant de ne pas voir qu'on a beau cravacher comme des malades pour que notre appauvrissement généralisé ne se voie pas, on va quand même se faire rattraper. Semblant de ne pas voir que ce qu'ils font aux Grecs, ils l'ont déjà fait aux Argentins et qu'on est les suivants sur la liste.

    On garde l'espoir.
    Que les choses vont aller mieux. Comme ça, d'elles-mêmes. Juste parce que sinon, ce serait trop injuste, non ?
    Alors qu'il faudrait que nous extirpions de chaque fibre de notre corps la moindre parcelle d'espoir, le moindre soupçon d'illusion, afin de voir enfin le monde tel qu'il est et d'en devenir totalement fous de rage.

    Vous voyez, finalement, c'est mieux quand je ne dis rien.

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    Par Agnès Maillard


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  • Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite. (dialogue imaginaire... et imaginable ?

     
    samedi 17 septembre 2011
    par La rédaction

    29 mai 2005, 18H05, palais de l’ÉlyséeDominique de Villepin : C’est plié, Jacques. Les derniers chiffres donnent le Non à environ 55%. Avec un tel raz de marée, la question de votre démission est sur la table !

    Jacques Chirac : Pas question ! J’ai dit que je resterais quoi qu’il arrive, je m’y tiens. Les Français ont voté en sachant que leur vote était déconnecté des échéances intérieures.

    DDV : Ce n’est pas seulement ça... J’ai consulté les juristes, et il y a un problème de droit. Dès ce soir, et quoi qu’on y fasse, juridiquement, la France ne fait plus partie de l’Union européenne. En deux mots, en votant Non à ce texte qui reprenait tous les traités précédents, les Français ont dit non à l’ensemble, à ce traité, mais aussi à tous les traités précédents, et ce choix est définitif.

    Si vous restez, vous devrez donc choisir :

    -  être le président qui gérera la sortie de la France de l’Union européenne décidée par le peuple, quitte à mettre fin au processus d’intégration européenne.

    -  être le président qui, passant outre la décision souveraine populaire, piétinant la plus haute norme de la Constitution, sort de la légalité. Pour parler crû, vous recréez ni plus ni moins qu’un pouvoir illégitime en tous points identique à l’État français de Vichy : aujourd’hui comme hier, il s’agit de détruire la nation française contre la volonté du peuple en la noyant dans un ensemble plus vaste dirigé par l’alliance de l’Allemagne avec la finance anglo-saxonne apatride.

    JC : Mis à part la Constitution, sur quoi vous fondez vous pour conclure ainsi ?

    DDV : Sur les règles intangibles du droit international, Par exemple sur l’article 46 de la Convention de Vienne [1] selon lequel « la violation manifeste et concernant une règle de son droit interne d’importance fondamentale peut être invoqué par cet État comme viciant son consentement » pour conclure à la nullité du traité.

    C’est peut dire que la bonne foi impose de reconnaître que l’article 2 de la Constitution - « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » - est une règle d’importance fondamentale et que le vote dénonçant tous les traités européens est définitif.

    J’ajouterais que, sur le plan de la légitimité, ayant pris le parti du Oui, vous êtes désavoué sur la question essentielle de l’existence même de la nation et de la liberté du destin de son peuple. De Gaulle a démissionné pour beaucoup moins.

    JC : C’est déjà assez pénible comme ça, Dominique. Laissez de Gaulle en dehors de ça.

    DDV : Très bien. Dans moins de deux heures, le résultat sera publié. Vos premiers mots devront indiquer votre choix pour l’avenir. Alors, que décidez-vous ? La démission gaullienne, la sortie gaulliste de l’Union européenne ou l’état français pétainiste ?

    JC : Votre présentation des choses est excessive. Vous voudriez me pousser dehors pour prendre ma place que vous ne vous y prendriez pas autrement !

    DDV : Jacques, vous êtes injuste. Je dis simplement clairement les choses pour vous aider à prendre, dans l’urgence, la bonne décision. Mais je ne vous cache pas qu’à votre place, je démissionnerais.

    JC : Et vous, vous annoncez votre candidature ?

    DDV : Oui.

    JC : Vous aurez Sarkozy dans les pattes ! Il ne vous lâchera rien. Et il a avec lui les médias, les USA, les banquiers et le parti. Vous serez laminé !

    DDV : De toute façon, j’aurais tout de même plus de chance en l’affrontant maintenant, plutôt qu’à l’échéance. Mais ce n’est pas la question du jour. Pour l’instant, il faut choisir entre la grandeur suicidaire en respectant le droit et la décision des Français, ou la trahison confortable avec l’étranger, en satisfaisant l’Allemagne, les fédéralistes et les États-Unis. Le premier choix à l’air déraisonnable, mais c’est en réalité le second qui constitue un dangereux saut dans l’illégalité. Bafouer le droit pour soumettre les Français aux intérêts étrangers est peut-être une vieille tradition, mais il faut être bien conscient que ces donneurs d’ordre en demanderont toujours plus, jusqu’à la complète disparition de la France.

    JC : Vous m’en demandez de trop, Dominique. Et vous, pourquoi ne m’avoir pas conseillé de ne pas prendre parti ? Pourquoi avez-vous été si convaincant, quand vous faisiez la campagne du Oui ? Sarkozy, lui, a été plus avisé, en restant le plus possible en dehors du débat. Il attend son heure et il serait en bien meilleure position pour l’emporter, si l’élection était avancée. Par ailleurs, une fois élu, il ne se gênerait pas pour accepter sous une autre forme un nouveau traité identique à cette constitution Giscard. Vous savez très bien qu’il est capable de tout, y compris de soumettre l’armée française au Pentagone, de faire adopter les règles constitutionnelles allemandes en France, d’installer al Qaïda au Maghreb, de faire de l’euro une fausse monnaie identique au dollar, etc. Pour moi, le vrai risque, c’est lui. Je préférerais encore voter pour François Hollande, c’est dire !

    Quoi qu’il en soit, ma décision est prise et mon communiqué déjà rédigé. Le voici :

    Déclaration de M. Jacques CHIRAC, Président de la République.
    Palais de l’Élysée - Paris, le Dimanche 29 mai 2005.
      Mes chers compatriotes de Métropole, d’outre-mer et de l’étranger,
    La France s’est démocratiquement exprimée. Vous avez majoritairement rejeté la Constitution européenne. C’est votre décision souveraine. J’en prends acte.
    Pour autant, nos intérêts et nos ambitions sont profondément liés à l’Europe.
    La France, pays fondateur de l’Union, reste naturellement, dans l’Union.
    Je tiens à vous dire, à dire à nos partenaires européens et à tous les peuples de l’Europe que la France continuera à y tenir toute sa place, dans le respect de ses engagements. J’y veillerai.
    Des processus de ratification sont en cours dans l’ensemble des pays de l’Union. Neuf pays se sont déjà prononcés pour le oui. Nos autres partenaires s’exprimeront à leur tour.
    D’ici là, l’Union européenne va continuer à fonctionner sur la base des traités actuels.
    Nous avons devant nous des échéances importantes. Le 16 juin, le Conseil européen se réunira à Bruxelles. J’y défendrai les positions de notre pays en tenant compte du message des Françaises et des Français.
    Mais ne nous y trompons pas, la décision de la France crée inévitablement un contexte difficile pour la défense de nos intérêts en Europe. Nous devrons y répondre en nous rassemblant autour d’une exigence, celle de l’intérêt national.
    Mes chers compatriotes,
    Au cours de ce débat, vous avez également aussi exprimé vos inquiétudes et vos attentes. J’entends y répondre en donnant une impulsion nouvelle et forte à l’action gouvernementale.
    Je vous ferai part dans les tout prochains jours de mes décisions concernant le Gouvernement et les priorités de son action.

    Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite. (dialogue imaginaire... et imaginable ? Il faut alors faire l’effort d’imaginer un Dominique de Villepin réellement attaché à la souveraineté, au respect du choix populaire, bref un Dominique de Villepin qui aurait su convaincre Chirac de partir, plutôt que de profiter de l’occasion pour devenir 1er ministre...)


    Reproduction Internet autorisée avec le lien : Source : DECAPACTU - 29 mai 2005, 18H05, palais de l’Élysée, par Franck de Bouvines

    [1] Article 46 de la Convention de Vienne sur le droit des traités :

    ( SECTION 2. NULLITÉ DES TRAITÉS

    DISPOSITIONS DU DROIT INTERNE CONCERNANT LA COMPÉTENCE POUR CONCLURE DES TRAITÉS )

    -  1. « Le fait que le consentement d’un État à être lié par un traité a été exprimé en violation d’une disposition de son droit interne concernant la compétence pour conclure des traités ne peut être invoqué par cet État comme viciant son consentement, à moins que cette violation n’ait été manifeste et ne concerne une règle de son droit interne d’importance fondamentale. »

    -  2. « Une violation est manifeste si elle est objectivement évidente pour tout État se comportant en la matière conformément à la pratique habituelle et de bonne foi. »


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  • Par Agnès Maillard le mercredi 3 janvier 2007

    Le précariat contre le salariat.

    Trente ans de chômage de masse, trente ans de sigles cabalistiques, trente ans de contrats précaires au rabais et une situation de l'emploi qui empire malgré tout.
    Malgré tout... ou grâce à?

    L'idée est simple : face à la pénurie d'emploi, l'État, non interventionniste par ailleurs, déploie des subventions pour inciter les entreprises à embaucher.
    C'est sûrement parce que je ne suis pas économiste que je ne vois pas le rapport de cause à effet. Mais il paraît que rendre l'emploi moins cher permet de créer de l'emploi. C'est une théorie économique qui le dit. Si je pousse cette logique jusqu'au bout, je me dis que le rétablissement de l'esclavage seul devrait permettre le retour au plein emploi.
    Mais je ne vais pas me répéter : je ne suis pas économiste, je ne suis qu'un petit étron fulminant qui bougonne dans un obscur recoin de la blogosphère.

    Admettons que pour créer de l'emploi, il faut le subventionner.

    On peut toujours se référer aux emplois de service. Comme le souligne le Libé de ce jour :

    Contrairement aux emplois industriels, où la cadence peut être sans cesse accélérée, les services de proximité ont une productivité stagnante : les employés sont obligés d'être en relation directe avec les usagers, il y a un «temps de contact» que l'on ne peut pas réduire. D'ailleurs, si la croissance française est aujourd'hui deux fois moindre que dans les années 60, c'est notamment à cause de la faible productivité des services. Mais, si ces emplois ne génèrent pas de gains de productivité, comment les financer ? Là, deux modèles s'opposent : soit on baisse les rémunérations des employés des services à la personne (en France, elles sont inférieures à celles des emplois industriels), quitte à multiplier les travailleurs pauvres ; soit on décide d'augmenter les prélèvements (impôts sur le revenu ou cotisations patronales) pour financer le secteur, comme le font certains pays scandinaves.

    Effectivement, comment développer des emplois qui répondent à des besoins réels mais peu ou pas solvables? On ne peut compter sur le marché privé, qui est là pour faire des profits. Ni sur l'État, qui pour calmer les complaintes du secteur privé sur la supposée cherté de son train de vie, s'engage à réduire toujours plus ses effectifs de fonctionnaires. Pourtant, un secteur d'activités non rentables mais socialement nécessaires, c'est pile-poil un service public. Mais l'idéologie ne s'y prête pas des masses.

    Logiquement, l'État se défausse sur les collectivités locales, lesquelles encouragent les citoyens à se prendre en main et à monter des structures associatives pour mettre en place les emplois non rentables qui seront donc subventionnés par l'État grâce aux subventions inhérentes aux contrats aidés à sigle. Lumineux, non? Du coup, on a un pseudo service public financé par la collectivité mais qui fait semblant d'appartenir à la sphère marchande. Le problème, c'est qu'il s'agit de personnes que l'on subventionne, pas d'emplois! Et que des personnes accédant directement à la sphère marchande amènent dans leur valise des subventions souvent massives et toujours bienvenues.

    Le premier effet pervers

    Donc, un emploi aidé n'est pas subventionné pour lui-même, mais en fonction du statut de précarité de la personne qui l'occupe. Il parait que c'est pour rapprocher de l'emploi les personnes qui en sont durablement exclues. C'est sympa, comme principe. Sur le papier.
    Parce que dans les faits, cela conduit à deux choses : à réserver prioritairement les emplois non rentables aux personnes éloignées de l'emploi, en faisant abstraction de leurs formations, compétences, expériences et aspirations et en faisant l'impasse sur les causes de l'éloignement. Ensuite, cela induit une compétition féroce entre les travailleurs cibles, puisque les aides sont graduées en fonction de divers critères d'employabilitité qui évoluent au fil des besoins politiques : plutôt des vieux, plutôt des jeunes, plutôt sans bac, plutôt ceci ou cela. En fonction de ces critères sur lesquels les postulants n'ont aucune maîtrise, ils reviendront plus ou moins peu chers à la structure qui compte les employer. Et qui veut optimiser ses coûts. Et qui, à compétences égales, va privilégier le plus subventionné. Voire juste regarder le pourcentage de prise en charge du postulant en dehors de toute autre considération.

    Ainsi donc, les emplois aidés, censés aider les exclus du travail à reprendre le train en marche, sont des machines à exclure et à discriminer les exclus! Magnifique!

    Le deuxième effet Kiss Cool

    Comme je le rappelle, ce sont les personnes qui sont aidées, pas les emplois. Les subventions sont attachées à l'employé, pas au poste. Là où ça devient drôle, c'est qu'elles sont toujours limitées dans le temps! Souvent dégressives. Elles sont donc le plus souvent subordonnées à des emplois à durée limitée. Forcément. Ce qui est absurde si on réfléchit en terme d'emploi à faible valeur ajoutée. Cet emploi ne se valorise pas dans le temps. Le salaire du gars non plus[1]. Par contre, son coût s'amplifie avec le temps qui passe. Et le pourcentage de prise en charge qui diminue. Si le bilan financier de l'association est équilibré pendant le temps de prise en charge plein pot du salarié aidé, les comptes vont s'éroder au fur et à mesure que le temps passe et que la part salariale laissée à la charge de l'employeur s'alourdit. Or, on ne peut compenser cette augmentation des coûts par une augmentation de la productivité. Impasse.
    Heureusement, les subventions étant liées aux personnes, pas au poste, il suffit de lourder le mec qui devient cher pour en reprendre un subventionné plein pot à la place. Et comme il s'agit là de CDD, ce n'est guère compliqué ou coûteux. Ainsi nous avons des emplois qui sont toujours subventionnés, grâce à la noria des contrats aidés.

    Alors qu'ils sont censés rapprocher les exclus du travail triomphant, les emplois aidés les fixent durablement dans la précarité qu'ils rendent nécessaire. Tout cela revient seulement à gérer la place de chacun dans la file d'attente qui ouvre l'accès au jeu de chaises musicales qu'est devenu l'emploi.

    Le summum du chef d'œuvre

    Mais là où le dispositif des emplois aidés surclasse tout autre montage destiné à atomiser le salariat, c'est qu'il fait directement entrer en concurrence les salariés aidés avec les fameux insiders, ceux qui se sont engoncés dans le Saint-Graal du salariat : le CDI à temps plein. Parce que même payé au SMIC, un salarié standard est toujours nettement plus coûteux qu'un gus subventionné qui peut ne revenir qu'à 100€/mois, tout compris. On s'inquiète du dumping social des Chinois, sans voir qu'il est déjà à l'œuvre chez nous, sous notre nez et parfois même sur le poste de travail à côté du sien.
    Ainsi, à qualification, compétence, formation et expérience équivalentes, on peut avoir côte à côte un mec à 1500€/mois et un autre à 100€. Et qui le restera. Si l'on prend soin de le changer souvent. La question devient : comment se débarasser du mec cher pour le remplacer par 2 ou 3 gars qui ne coûtent rien?

    Comme le clamait en son temps le célèbre marchand de godasses : il faudrait être fou pour dépenser plus!

    Donc, non seulement les précaires sont en concurrence entre eux, mais ils sont surtout en concurrence faussée[2] avec les salariés bénéficiant de contrats de droit commun. Lesquels ne peuvent être licenciés économiques si l'on souhaite les remplacer dans l'élan par un crevard[3]. Dont la plupart bosse bien et sans faille depuis des années et pour lesquels il sera difficile de trouver une faute justifiant un licenciement[4]. On imagine très bien la suite.

    Surtout qu'un salarié de droit commun vidé est immédiatement recyclé par le système... en nouveau précaire. Quelques mois de harcèlement chômiste croisé de l'ANPE et des ASSEDICS plus tard, il sera lui-même devenu éligible[5] pour un contrat aidé. On peut même imaginer qu'il pourrait reprendre son boulot d'avant! De temps en temps...

    Nos gouvernants continuent depuis 30 ans à pondre des contrats aidés pour soi-disant lutter contre le chômage, sans se préoccuper d'évaluer réellement ce type de dispositif. Ils créent de fait un précariat de masse qui érode le salariat traditionnel, et ce, en toute tranquillité et parfois même avec la bénédiction des principales victimes de ce système qui croient[6] qu'il s'agit là de leur porte de sortie vers la stabilité et hors de la pauvreté. Et les salariés, au lieu de sentir ployer la branche légale sur laquelle ils sont assis[7] toisent de haut leurs futurs-ex-amis chômeurs en les encourageant à signer pour ces sous-contrats sur l'air de c'est toujours mieux que rien!

    Chapeau bas!

    Notes

    [1] il est généralement maintenu au plancher, puisque la plupart des subventions sont basées sur le SMIC

    [2] par les subventions

    [3] En théorie, il existe une période plus ou moins longue pendant laquelle une entreprise ne peut par embaucher de nouveau après un licenciement économique. ce qui est logique. Puisqu'en théorie, si on vire un gars parce qu'on ne peut plus payer, ce n'est pas pour en reprendre un juste après. Mais les contrats zarbis permettent bien sûr de déroger toujours plus.

    [4] je pense que la montée en puissance du harcèlement sur le lieu de travail ne doit rien au hasard!

    [5] quel beau mot pour raconter une si triste réalité!

    [6] dans un premier temps, car à l'usage, ce genre de certitudes s'éfrite

    [7] une fois que le précariat aura majoritairement remplacé le salariat, il n'y aura plus beaucoup d'effort à fournir pour terminer de totalement vider de sa substance l'insolent petit code du travail!


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