• Les partenaires sociaux dans le comanagement

    Politique - le 6 Juin 2013

    Cactus Les dessous chics

    Les partenaires sociaux dans le comanagement

    Cactus. Chronique de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon.  Le groupe Suez, devenu GDF Suez, a mis en place, au début des années 2000, une instance de réflexion sur les réponses à apporter « aux exigences sociales de la mondialisation ».Les initiateurs de ce qui deviendra l’Observatoire social international (OSI) ont été le DRH de Suez, Dominique Fortin, et Jean Kaspar, ancien secrétaire général de la CFDT (1988-1992). Celui-ci s’est reconverti en consultant auprès des entreprises en créant un cabinet, JK Consultant. Il est membre de la Commission pour la libération de la croissance française mise en place sous Nicolas Sarkozy et présidée par Jacques Attali.

    Sous couvert de l’engagement « en faveur du bien-être au travail et du droit universel à la santé », les lettres de l’OSI produisent une sorte de langue de bois portant peu d’informations ou de projets, mais générant de la domination et de la violence symbolique. Jean Kaspar ouvre l’un des rendez-vous de l’OSI en ces termes : « La question de la régulation sociale de la mondialisation représente un enjeu décisif pour que cette mondialisation soit source de progrès économique pour l’ensemble de la population, mais aussi source de progrès social. » La souffrance au travail, la perte du sens et de la fierté de l’activité productive sont apparues, écrit Jean Kaspar, « comme une difficulté centrale à surmonter (…). Seule une véritable opérationnalité des démarches de responsabilité sociale dans les cœurs de métier peut éviter une dérive schizophrène qui ruine l’engagement des salariés. La gouvernance des entreprises est appelée à se transformer pour que les logiques économiques soient davantage mises au service du développement humain ». Lettre de l’OSI, n° 13 et 14.

    Les grands problèmes qu’engendre la mondialisation sont noyés sous une phraséologie tout en rondeur, sur laquelle il n’y a pas de prise, car il s’agit d’un simple pléonasme du système néolibéral. Ce qui a le mérite de présenter une vitrine idéologique qui se préoccupe de la santé des travailleurs. Mais dès que l’on s’intéresse à l’arrière-boutique, les vrais enjeux de cet engagement pour « le bien-être au travail et la santé » apparaissent. Ce thème a fait l’objet d’un petit déjeuner de travail réunissant l’OSI et la société Malakoff Médéric le 4 octobre 2011. Le délégué général de cette société est Guillaume Sarkozy, membre du conseil national du Medef et frère de l’ancien « président des riches ». Or cette société met en place la privatisation de la santé et des retraites, autrement dit les profits des actionnaires sur le dos des cotisants. C’est un peu comme une réunion d’agneaux conviant le loup à venir leur donner son point de vue.

    Un autre petit déjeuner, cette fois « pour un management humaniste et performant » a réuni, le 29 mai 2012, à l’initiative de Jean Kaspar, l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec), le cabinet Bernard Julhiet (dont la devise est : « Trust human, Think innovation », l’innovation comme moteur, l’homme au cœur des solutions) et l’Union confédérale des cadres de la CFDT. « Nous avons la conviction, a déclaré Jean Kaspar, qu’un management humaniste peut constituer un levier de performance. 
Il ne s’agit pas uniquement d’un supplément d’âme mais bien d’un ressort d’efficacité dans l’entreprise. »

    Penser « la » performance comme « le » but ultime de l’être humain, voilà l’objectif qui mobilise les « partenaires sociaux » devenus les complices de la nouvelle dictature de l’actionnariat.

    Dernier ouvrage paru : 
l’Argent sans foi ni loi, Paris, Textuel, 2012.

    Retrouvez les Dessous chics, la chronique des Pinçon-Charlot, chaque jeudi dans Cactus, le supplément grinçant de l'Humanité.

    monique pinçon-charlot et michel pincon


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