La visite guidée, outre l’apport considérable pour mieux connaître et comprendre, permet de vivre l’expérience collective d’une émotion extrême, à la fois plus forte et plus supportable que dans une déambulation solitaire. Pendant presque deux heures de marche de halte en halte dans les vestiges à sentir vivre la mort au camp la connaissance croise l’expérience pour appréhender les limites de l’humanité. Passée la porte, l’inhumanité des moindres parcelles de cette histoire est incommensurable. Le cheminement depuis la gare de Rothau, les barbelés électrifiés de la double clôture, le déboisement des alentours pour mieux assurer la surveillance, le travail de construction de la route, du camp… un peu comme le creusement de sa propre tombe, une sépulture bien inutile à la vision furieusement violente de la cheminée du crématoire… Rien n’est supportable, pas plus la prison dans la prison, que les jardins d’agrément du ravin de la mort.