Le centre chargé de fermer Guantanamo a…fermé.

La nouvelle, tombée fin janvier, est passée presque inaperçue. Il faut dire que l’espoir de voir Barack Obama tenir sa promesse de mettre un terme à l’existence de ce bagne indigne avait déjà pâli fin 2010. A cette date, le Congrès étasunien avait adopté une loi interdisant au Pentagone de financer le transfert des détenus de Guantanamo aux Etats-Unis ou à l’étranger pour y être jugés ou incarcérés.
Mais le coup de grâce a été porté par le président Obama lui-même début 2013, quand il a promulgué cette même législation, après avoir prolongé une autre disposition permettant une détention illimitée et sans jugement de ces prisonniers. Peu de surprise pour ceux qui avaient déjà relevé qu’à peine arrivé sur le fauteuil présidentiel, M. Obama s’était opposé à l’idée d’une commission chargée d’investiguer sur les violations des droits humains commis dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Parmi lesquelles, la pratique fréquente ou systématique de la torture à Guantanamo.
Les 55 détenus du camp militaire déclarés «libérables» ne pourront donc pas rentrer chez eux pour l’instant. Pas plus que les 111 autres qui s’y trouvent encore, et qui, dans leur immense majorité, n’ont pas été jugés. Sur les quelque 779 «combattants ennemis» présumés emprisonnés par les Etats-Unis à Cuba depuis onze ans, seuls 7 ont été déclarés coupables par une commission militaire. Huit autres y sont morts…
Si le maintien de Guantanamo constitue un scandale, les révélations qui viendront tôt ou tard sur les camps de détention de la CIA dans d’autres pays pourraient susciter encore davantage d’indignation. Rien que dans le centre de Parwan, situé sur la base aérienne de Bagram, en Afghanistan, environ 3000 prisonniers y étaient maintenus dans des conditions inhumaines, et nombre d’entre eux torturés. Washington fait actuellement de son mieux pour empêcher la divulgation d’informations sur ces centres.
Le 6 décembre dernier, le gouvernement a obtenu du juge de Guantanamo que le Tribunal épure vis-à-vis de l’extérieur les témoignages des accusés comparaissant dans le cadre des attentats du 11-septembre. Notamment lorsqu’ils évoqueront leurs passages dans ces bases US ou les «techniques d’interrogatoire» auxquelles ils ont été soumis.
C’est donc bien dans la continuité de la «guerre contre le terrorisme» de George W. Bush que s’inscrit l’administration Obama. Une guerre aveugle, hors-la-loi et permanente. La dernière controverse en date, celle de l’utilisation systématique de drones militaires qui pilonnent au missile des positions «terroristes» en Afghanistan, au Pakistan au Yémen ou en Somalie, confirme cette analyse.
Une politique d’élimination à distance de présumés criminels qui aboutit parfois à l’assassinat de leurs familles. De courageux militants l’ont dénoncé jeudi dernier encore par un coup d’éclat au Sénat, lors d’une audition préalable à l’intronisation comme chef de la CIA de John Brennan, artisan de la campagne «drone», et… protégé d’Obama.
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