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Editorial Par Michel Guilloux Berlin-Paris
Les gouvernements français et allemand ont beau assurer ce lundi qu'il n'y avait ni "malentendu" ni craintes sur l'économie française, après des informations de presse affirmant que Berlin avait commandé une étude à un groupe d'économistes sur le sujet. Dans l'édito de l'Humanité, Michel Guilloux n'en démord pas: "Ces « recettes » ne font qu’augmenter les ravages de la crise économique et sociale ; et, plus on concède de positions aux partisans de la jungle du tout-financier, plus ces derniers montrent les dents en en réclamant « toujours plus ». Qui a eu ces idées géniales : « Baisser le coût du travail », « abolir les 35 heures », « augmenter la flexibilité », « mettre fin aux avantages des fonctionnaires trop privilégiés par rapport aux emplois précaires », « réduire le poids de l’État dans l’économie », « lever les barrières à la concurrence », « baisser certains impôts », « réformer le système social, notamment les retraites » ? Il se trouve qu’elles émanent des cinq « sages » censés conseiller la chancelière allemande. Et selon le Figaro, telles seraient les « pistes de Berlin pour redresser la France ». Il n’avait pas suffi qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy signassent leur pacte des rapaces. Berlin, donc, voudrait imposer ses recettes directement à la France. À l’heure où celles-ci, initiées de concert avec le social-démocrate Gerhard Schröder en son temps, à coups de régressions sociales, commencent à trouver leurs limites outre-Rhin même, on remarquera qu’elles ne sont guère originales. Ces « pistes »-là figurent largement dans les programmes du Medef et de l’UMP et sont largement reprises dans les argumentaires de leurs homologues européens comme dans les « préconisations » du FMI ou des agences de notation financières. Si l’on voulait trouver une nouvelle raison pour démontrer le bien-fondé du refus des parlementaires communistes et du Front de gauche du pacte d’austérité accepté par la nouvelle majorité gouvernementale, puis des critiques qu’ils ont portées au « pacte de compétitivité » repris du rapport Gallois, elle réside dans ces deux points : ces « recettes » ne font qu’augmenter les ravages de la crise économique et sociale ; et, plus on concède de positions aux partisans de la jungle du tout-financier, plus ces derniers montrent les dents en en réclamant « toujours plus ». Tout cela est bien loin d’une « révolution copernicienne », selon les mots du ministre de l’Économie, et sauf à se gargariser d’une gauche qui abdiquerait toute ambition de solidarité et de transformation sociale, bien plus loin encore des aspirations de celles et ceux qui ont contribué à chasser Nicolas Sarkozy de l’Élysée. Les coupes dans les dépenses publiques, l’augmentation des impôts indirects, la conception selon laquelle le travail vivant et les salaires directs et indirects sont des coûts à réduire et non un atout de développement, bref ce que l’on appelle austérité, budgétaire ou salariale, ne font qu’accentuer la décroissance. Le point aveugle, dévoilé un instant dans sa campagne, au Bourget, par le candidat Hollande est bien la finance : le poids des marchés financiers dans l’endettement public et privé, le poids des impératifs de rendement dans la conduite des entreprises avec comme conséquences l’assèchement de la demande intérieure, le recul industriel, la baisse des investissements et de la recherche. La nocivité de l’austérité commence à faire son chemin en Europe. La question de trouver les voies de ripostes communes aussi face aux puissances de l’argent elles-mêmes puissamment coalisées. Ainsi à Florence, un nouveau Forum social européen a vu le jour. On y a vu des « économistes atterrés » y retrouver leurs confrères du continent pour mettre sur pied un « service public des économistes qui veulent servir l’économie et désarmer la finance ». On y a entendu des syndicalistes belges dénoncer le « splendide isolement » de certaines parties du mouvement social, avec la volonté de trouver de nouvelles manières de travailler, réfléchir et lutter ensemble. Cette réflexion, ces débats, valent aussi ici et maintenant pour les relations entre intervention populaire et action politique. Un premier acte s’est joué là qui se prolongera mercredi, à l’appel de la Confédération européenne des syndicats, de Rome à Athènes, de Madrid à Lisbonne. Et de Berlin à Paris...
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Angela va donner la leçon à François
François Hollande a fait avaliser par les parlementaires socialistes et de droite le traité européen d'austérité concocté par Angela Merkel avec comme second Nicolas Sarkozy. Il vient aussi de mettre en pratique le rapport de Louis Gallois, un grand patron gaulois qui avait rendu des propositions de patron. Mais pour l'Allemagne, fer de lance du capitalisme en Europe, ce n'est pas assez. C'est l'hebdomadaire Die Zeit qui l'affirme.
Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble (CDU) vient de demander au Conseil allemand des experts économistes, une instance composée de cinq spécialistes indépendants, de trouver des idées de réformes à soumettre ( à dicter?) à la France. Et Die Zeit d'écrire:
Attention, le Financial Times Deutschland dit que cela n'a rien d'officiel. Comme si le ministre des finances d'Angela ne réunissait une instance QUE pour le plaisir de se rencontrer entre potes de la concurrence capitaliste libre et non faussée. D'ailleurs, comme le rappelle le FT Deutschland, Lars Feld, l'un des cinq «sages» du-dit Conseil, a déjà tenu cette semaine des propos très inquiétants au sujet de la France lors de la présentation du rapport d'expertise annuel: «La France est le plus gros problème de la zone euro en ce moment. Le plus gros problème, ce n'est plus la Grèce, l'Espagne ou l'Italie, c'est la France, parce que la France, au vu de la production de sa compétitivité, n'a rien entrepris, et prend même le chemin inverse.»
Et de ce fait:
Voilà, la messe est dite et à bon entendeur, salut! |