• Vive la révolution !

    Si la plupart des commentaires tournaient hier autour du remaniement annoncé par Nicolas Sarkozy lui-même, ce qui doit être une première dans l’histoire de la Ve République et une preuve supplémentaire de la concentration du pouvoir, on peut tout de même s’étonner, avec un peu de recul, de la soudaine sympathie du chef de l’État pour les peuples en révolution. Surtout quand il nomme à la défense, soit dit en passant, un ultralibéral, ancien fondateur du mouvement d’extrême droite Occident, à savoir Gérard Longuet. Dieu sait surtout que pour la droite, en principe et comme on nous l’a amplement répété au moment de la bataille des retraites, « ce n’est pas la rue qui gouverne ». Mais voilà soudain que le président affirme que nous ne devons avoir qu’un seul but : « Accompagner, soutenir, aider les peuples qui ont choisi d’être libres. » Cette déclaration au regard de décennies de soutien aux dictateurs assorties de manifestations d’amitié et de services rendus dit à elle seule l’ampleur du revirement auquel le pouvoir a été contraint, au moins dans les mots.

    Les soulèvements du monde arabe ont rendu obsolète la lecture du monde en termes de choc des civilisations, mais Nicolas Sarkozy pourtant n’entend pas moins l’utiliser là où elle peut encore servir, en relançant dans les prochains mois un débat sur l’islam. Les démocrates doivent exiger qu’il y renonce. L’artifice est d’un autre temps. Mais c’est à cet autre temps, il est vrai, que le chef de l’État s’accroche comme à la planche censée assurer sa réélection. On le sait bien, d’ailleurs, que s’il a salué les révolutions, c’était pour mieux en souligner les dangers et brandir, encore et encore, l’immigration comme une menace et une rente électorale. En lui emboîtant le pas dans le Figaro, qui titrait hier « La stratégie de Nicolas Sarkozy face aux défis du monde arabe », Étienne Mougeotte écrivait dans son éditorial : « On a bien sûr raison de saluer le désir de libertés de peuples si longtemps placés sous la botte de dictateurs corrompus. » Mais « il faudrait une grande naïveté pour ne pas pressentir que cette brise salutaire d’essence démocratique porte en elle les germes d’une profonde déstabilisation ». Et d’évoquer une Europe menacée par « un puissant flux migratoire ». Étienne Mougeotte a bien compris la logique interne du discours de la veille avec toute la solennité requise et l’appel au rassemblement de « tous les Français autour de nos valeurs républicaines ». L’Europe est en danger, la République est menacée, aux armes citoyens !

    La ficelle est un peu grosse. En tentant de retourner à son profit les changements profonds en cours, c’est aux peurs et aux fermetures que Nicolas Sarkozy fait appel. Qu’a-t-il dit d’autre en effet, et la situation de la France devrait-elle se résumer à celle d’une forteresse assiégée ? C’est se dédouaner à bon compte non seulement des conséquences d’une politique étrangère condamnée par l’histoire mais des résultats de la politique menée, ici même. Chômage, croissance au ralenti, pouvoir d’achat, crise dans l’école, dans la magistrature, et même dans la police et la gendarmerie, n’est-ce pas, Brice Hortefeux… Face à cela, les propos volontaires sur la régulation financière, les abus des banques ont fait long feu, et la parole présidentielle est dévaluée comme jamais, alors que grandit dans le pays le rejet des injustices. Quand Nicolas Sarkozy feint de saluer les révolutions, c’est pour mieux détourner, de la manière la plus dangereuse qui soit, les aspirations au changement.

    On peut tout de même s’étonner de la soudaine sympathie du chef de l’État pour les peuples en révolution.

    Maurice Ulrich


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