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    ATTENTION AUX AMALGAMES

      Il est étonnant de constater l’amalgame ou les raccourcis opérés par certains. Si vous critiquez les moines tibétains ou le Dalaï-Lama c’est que vous êtes pro-chinois. Si vous prenez position contre l’intervention de l’Otan en Libye, c’est que vous soutenez Kadhafi. Si vous vous posez des questions sur la situation en Syrie, c’est que vous êtes pour le régime de Bachar Al Asad. Et si vous ne critiquez pas Castro ou Chavez, c’est que vous êtes communiste ou populiste ! Le débat est clos et vous êtes catalogué !

    Dans la même logique de l’absurde, on peut rétorquer que si vous soutenez le Dalaï-Lama, c’est que vous êtes pro-américain, et que si vous approuvez les interventions et les guerres de l’Otan, c’est que vous soutenez le système capitaliste. Les réflexes simplistes sans recul, issus de ses propres sensibilités, sont parfois un manque de vision politique du monde qui nous entoure, une vision un peu idéaliste, à travers le prisme de  nos perceptions, où il n’y aurait que des gentils qui vont punir les méchants pour le bien de tous ! Mais ce n’est pas parce que l’on est contre quelque chose, que l’on est obligatoirement pour son contraire. Ce n’est pas bien ou mal, ni blanc ou noir !

    Seulement il est parfois bon d’émettre des doutes, et de ne pas, par exemple, faire confiance à celui qui vient libérer un peuple, alors qu’il se satisfait pleinement de l’oppression des populations dans d’autres pays qu’il contrôle. Il est utile de se poser des questions, quand un tel vient apporter le bien être à un pays alors que chez lui, l’insécurité sociale et l’arbitraire sont monnaie courante. Il faut se demander pourquoi certains pays qui ne possèdent pas de ressources naturelles ou d’intérêt géographique ne méritent pas qu’on leur apporte « la démocratie ». Pourquoi ferme-t-on les yeux sur les massacres de certains dictateurs et déclenchons nous une campagne médiatique sur les exactions d’un autre ?

    Comment ne pas se poser des questions sur la diabolisation de l’Iran, par une puissance qui a testé deux bombes atomiques sur des populations civiles, qui a répandu des milliers de tonnes de défoliant au Viêtnam et parsemé l’Irak d’uranium appauvri ! Comment croire un pays qui légalise la torture, possède des prisons secrètes et des bases militaires partout autour du globe. Regardez une carte de l’Iran et voyez le nombre de bases américaines qui l’entourent ! Comment croire un pays qui a déclenché des guerres sur les mensonges de ses dirigeants ! Posez-vous des questions sur leur façon de présenter Cuba ou le Venezuela. Il s’agit de diaboliser ces pays par une manipulation de l’information en occultant l’histoire. La machine médiatique travaille à insérer dans notre esprit une image négative des personnages que l’on souhaite combattre.

    Si l’on reverse Kadafi,  Bachar Al Asad, les talibans,  Amininejad ou  Sadam Husseid seulement pour remplacer une dictature par une autre à notre service, où est l’intérêt pour les peuples concernés ? Où en sont l’Irak, l’Afghanistan, la Lybie ? Pourquoi n’intervenons-nous pas en Egypte, au Bahreïn ou en Israël pour mettre fin au massacre des palestiniens et au pillage de leur terre ?

    On peut comprendre la position et le choix des iraniens, sans vouloir vivre sous la coupe d’Amininejad. On peut prendre position pour les palestiniens, sans vouloir la destruction d’Israël, ni être antisémite. On peut constater l’avancée de l’islamophobie sans être un défenseur de l’intégrisme musulman, et à l’inverse on peut défendre la laïcité et être contre le port du foulard dans les lieux publics sans être raciste. Ne mélangeons pas tout, bien que cette frontière perméable soit savamment entretenue par la mouvance négationniste et conspirationniste proche de l’extrême droite, dont il est urgent de dénoncer la cohabitation dangereuse avec une gauche parfois passive.

    On peut être anticapitaliste sans être trotskiste, on peut être communiste sans être pour Staline, on peut émettre des doutes sur la sincérité de Mélenchon sans être gauchiste. Et si on a des doutes quant à la capacité de Sarkozy, Hollande, Le Pen ou Bayrou à changer la société ou à améliorer la vie des salariés et des précaires, cela par contre c’est être réaliste !

    « Trop souvent nous nous contentons du confort de l’opinion sans faire l’effort de penser »…J.F.KENNEDY

    http://2ccr.unblog.fr/2012/02/09/attention-aux-amalgames/


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  • apeis001.jpg

         Oui, selon la police, cela s'est passé hier, exactement au Fouquet's, sur les Champs-Elysées à Paris. Crime horrible de lèse-majesté, la direction de ce prestigieux restaurant parisien les conservait précieusement, en souvenir de la nuit mémorable que Nicolas Sarkozy passa ici, pour fêter son élection à l'Elysée, en compagnie de ses potes du CAC 40.

         Ce fut ainsi qu'avait débuté le quinquennat bling-bling du président des privilégiés. La suite, le peuple honnête de France la subit encore de plein fouet: pouvoir d'achat en berne, explosion du chômage et de la précarité, recul de l'âge de la retraite, asphyxie de l'Ecole et de la Santé et bien d'autres poisons encore. Durant ces cinq années d'un pouvoir sans partage, les riches et le patronat, eux seuls, ont bénéficié des largesses de l'Etat. Le pire a été la stigmatisation des chômeurs et des assistés sociaux par les croisés au service des grandes fortunes françaises.

         Alors, mercredi, une soixantaine de militants d'associations de chômeurs s'est invitée au Fouquet's. Pas pour y casser la moindre croûte ou se désaltérer d'une eau plate, leurs porte-monnaies n'auraient jamais tenu le choc. Non, ils ont simplement égrené des slogans comme "le capitalisme nous affame et nous bouffe", ou bien "nous avons faim de droits". Face à cette fronde somme toute pacifique, les valets employés par le Fouquet's leur ont vociféré dessus. Les maîtres ont toujours besoin de supplétifs pour conserver leur posture.

         Et puis, tranquillement, les indignés s'en sont allés après leur coup d'éclat. Somme toute, ils n'étaient pas de ce clos. Ils se dispersaient donc pacifiquement dans la rue, hors d'un air vicié par le fric et l'injustice.

         Mardi soir, à la télé, la larme à l'oeil, le président-candidat disait regretter d'avoir fêté de la sorte sa victoire au Fouquet's. Mais les valeurs de Nicolas Sarkozy sont restées à l'identique. Dans les rues de Paris, sa capitale, la police de Guéant veillait au grain. Les policiers ont embarqué illico presto les intrus à l'ordre établi, sous le prétexte d'avoir dérobé des petites cuillères. "Mais ils sont emmerdés, ils ne trouvent rien sur nous", signale Corinne Siergé de l'APEIS.

     

         "Si je suis réélu", a pleurniché Nicolas Sarkozy, toujours à la télé, lundi soir, je dédierai ma victoire "aux braves gens". Ne le croyez surtout pas, femmes et hommes de France! Avec ces arrestations, la vérité est accourue plus vite que son mensonge.

    http://le-blog-de-roger-colombier.over-blog.com


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  • Un spectre hante le monde du droit social : le retour de l’homme au couteau entre les dents. À lire le Figaro, les «DRH» du pays ont des «sueurs froides». Une association prétendument réputée d’avocats en «droit social» alerte les candidats à l’élection présidentielle face au danger imminent d’«une immense insécurité pour les employeurs, PME ou grands groupes, français ou étrangers». En cause, une double impudence : de Vivéo à Sodimedical, des salariés osent demander raison aux patrons voyous aux profits florissants, qui bradent leur savoir-faire en recourant à des plans de licenciement pour «motifs économiques» ; et des juges qui, de première en seconde instance, osent à leur tour leur donner raison. Avec une célérité qu’on ne lui connaissait guère, la Cour de cassation aura mis moins d’un an pour instruire le dossier. On a là, sur le terrain judiciaire, l’exemple même de la «lutte des classes» que le président des riches feint de croire disparue et dont il agite l’autre spectre du retour si jamais la gauche l’emportait le 6 mai prochain.

    En vérité, la lutte des classes n’a jamais été aussi impitoyable que depuis 2002 et, pis, avec l’avènement au pouvoir de la bande du Fouquet’s. Mais, en 2010 avec les mobilisations contre les retraites, et plus encore chaque mois – dont l’affaire en cours sur le plan juridique est un témoin –, quelque chose a commencé à changer. Ses premières victimes relèvent la tête, celles et ceux dont le travail, vivant ou sacrifié, des uns fait les profits et l’insolente richesse des autres – qui ne cesse de croître en dépit de la crise. Plus dur encore pour cette droite ultra-réactionnaire toute au service des intérêts de sa classe, leurs luttes n’acceptent pas de parenthèse électorale et leurs exigences font irruption dans le débat politique. Ceux qui, à gauche, sauront porter ces voix, y répondre avec le plus de précision, de crédibilité et d’efficacité contribueront de façon décisive, non seulement à changer de pouvoir, mais à ancrer dans la vie et la durée le changement nécessaire.

    De Marine Le Pen à Nicolas Sarkozy, contraints et forcés, on a cru pouvoir teinter son discours d’une soi-disant prise en compte de ces profondes aspirations populaires et sociales. Ravaler la façade xénophobe, raciste du FN, faire oublier, pour le second, la politique menée durant cinq ans et qui se conclut sur le vote à marche forcée de la TVA «sociale». Jean-Luc Mélenchon avait déjà réussi, lors de sa prestation télévisée, à faire se lézarder le masque de la première. Celui du candidat à sa propre succession, déjà las de poser au «candidat du peuple», est tombé ce week-end. Dans un cas comme dans l’autre, chassez le naturel, il revient au galop. À Marseille, Le Pen tente de faire diversion sur le terrain de l’immigration et de l’insécurité. À Bordeaux, la veille, en lieu et place des accents «gaulliens» annoncés, on a eu droit à la même musique de la haine et de la division. Des hérauts du CAC 40 à la tête du Medef, on parie sur cet air-là. La crise peut le porter. Il n’en demeure pas moins que, par dizaines de milliers, singulièrement avec la campagne collective du Front de gauche, des hommes et des femmes, de leurs luttes à leurs bulletins, commencent à faire l’effet d’un coup de pistolet dans le concert d’une campagne des plus inédites.

    Par Michel Guilloux


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  • 26785_une-voiture-usine.jpgVoici un sujet qui démontre l’inanité du fonctionnement de l’Union européenne. Parlons d’industrie automobile, plus précisément du constructeur français PSA qui vient d’annoncer un grand plan prévoyant la suppression de plus de 5 000 emplois en France, au sein de l’entreprise et parmi ses sous-traitants et intérimaires.

    Une grande entreprise qui détruit massivement de l’emploi, c’est toujours un drame. Quand, comme c’est le cas pour PSA Peugeot-Citroën, elle annonce un résultat net en augmentation de 18,5% en un an, c’est immoral. Mais quand en plus elle a bénéficié de subventions publiques, on est en plein scandale !

    La Commission a en effet autorisé en 2008 une aide à la recherche et au développement de 3,5 millions d’euros à PSA en 2008, et un prêt de 3 milliards d’euros de la part de l’État français dans le cadre de son plan automobile.

    La réponse de la Commission confirme malheureusement que rien ne conditionne l’octroi de ces sommes prises sur l’argent public au maintien de l’emploi. C’est l’esprit de l’Europe de la ” concurrence libre et non faussée”.

     

    Le plus cynique dans cette histoire, est que M. Almunia, vice-président de la Commission européenne et Commissaire chargé de la concurrence, prend soin de préciser que la France a déposé une demande d’aide au Fonds d’ajustement à la mondialisation, fonds prévu pour aider à payer les formations, les reclassements, les indemnités aux salariés victimes de plans sociaux dus à la mondialisation. Cette demande déposée en mai 2010 n’a pas encore été traitée nous explique le commissaire européen. Deux poids, deux mesures : le capital est aidé, les salariés méprisés.

    En permettant de financer sur fonds publics des grandes entreprises sans en exiger aucune contrepartie, l’Union européenne ne fait que subventionner des intérêts privés, sans réelle attache européenne et qui n’hésitent jamais à fermer des usines ici pour en ouvrir dans les pays à faible coût de main d’œuvre et faible droit social. En fin de compte, l’Union européenne subventionne « malgré elle » des délocalisations.

    http://pcfnicenord.over-blog.com


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  • Davos: l’union incestueuse de la carpe et du lapin est stérile

    Par Danielle Bleitrach

    Bleitrach 115

    Davos est le lieu où l’on cause et on refait entre grands l’avenir de la planète, ce qui apparaît de plus en plus c’est que ces gens usurpent leurs privilèges. Ils ont toujours été des exploiteurs, désormais ils apparaissent comme incapables de faire face à leurs actes. Chateaubriand disait qu’il y a trois temps, celui où une classe conquiert ses privilèges au fil de l’épée ou par ses capacités, celui où elle exerce ses privilèges, les légitime en apparaissant comme l’élite compétente et il y a en fait le temps où elle perd ses privilèges en témoignant de son incapacité et de sa nocivité. Nous sommes au dernier stade de l’évolution de cette classe capitaliste et de son petit personnel.


     

    Déjà l’an dernier, notre caricature nationale,  Sarkozy avait piqué dans ce lieu, une crise contre les financiers. Il les avait menacés de ses foudres avec le succès que l’on sait. Cette année, il s’est fait porter pâle, on a raclé les fonds de tiroirs et Copé s’y est collé.  Les trois vedettes ont été le FMI qui a joué la sinistrose: en gros tout va mal et ce sera sûrement pire en 2012, en particulier pour la zone euro mais selon Olivier Blanchard, l’économiste en chef du FMI, la zone euro va entraîner dans sa chute le reste de l’humanité qui a toute chance de connaître une récession mondiale. Le grand astrologue en chef du FMI bien sûr n’y est pour rien, comme les autres. Les solutions mises en œuvre en Grèce n’ont joué aucun rôle. Débrouillez- vous c’est la catastrophe, l’expert vous l’affirme.

     

    Enfin Zorro-Soros vint…

     

    Face à cette situation au demeurant navrante, deux interventions ont marqué les esprits, d’abord celle du spéculateur (il s’affirme à la retraite) américain d’origine hongroise Soros. Il était venu assurer la promotion de son livre (« financial Turmoil in Europe and the united States ») et il en a rajouté une couche dans les prévisions pessimistes. Honnêtement ce genre d’individu mériterait quelques années de prison, mais à Davos il donne des conseils et fait salle comble.  Tous ceux qui vénèrent la capacité de faire de l’argent à n’importe quel prix et qui se disent sur le fond que dans la crise il doit y avoir le moyen de quoi gratter de quoi encore accumuler ne sont pas tous là mais ceux qui sont là sont comme ça. A commencer par notre président : « Je ne ferai plus de politique a-t-il confié aux journalistes, il y a de l’argent à gagner ».  Bien sûr Soros s’est présenté comme le Zorro de l’économie européenne: si l’Europe a-t-il expliqué poursuivait la spirale de l’austérité déflationniste imposée par l’Allemagne, elle était alors vouée politiquement à une solution politique autoritaire à la hongroise face aux tensions sociales et au désespoir qu’une telle politique engendre. Si on adopte sa solution une fusion du FESF (devenu MES) et un futur mécanisme de change européen, lesquels se financeraient auprès de la BCE prêtant par exemple contre des bons d’Etat  à l’Espagne, à l’Italie voir à la France à 1% Bref pour faire simple, un Trésor à l’échelle européenne.

    Soros, sur le ton de l’oracle, de l’expert en déconfiture d’Etat, dit ce que tout le monde à commencer par l’agence de notation S&P a énoncé, à savoir que l’austérité va aggraver les problèmes de l’endettement. Austérité égale dette accrue par impossibilité de remboursement, ce qu’un enfant de huit ans finirait par comprendre à condition qu’il entende la spécificité des dettes souveraines qui anticipent nécessairement sur la croissance et donc pas sur l’austérité mais sur ce qui est productif et pas spéculatif. Il a également souligné une autre évidence à savoir  qu’il y a un problème de gouvernance de la zone euro qui risque de conduire à l’éclatement de la zone et même de l’Europe. Il a dénoncé la manière dont de sommet en sommet sous la pression du « couple » franco-allemand on en a toujours fait trop peu et trop tard, avançant à reculons. Il faut donc selon lui, qui dit vouloir empêcher l’éclatement de la zone euro et la déflagration mondiale qui s’en suivrait, construire à la hâte un système qui tenterait de pallier les disparités de ladite zone et irait vers plus d’intégration.

    Rien de bien nouveau, si ce n’est que Soros vient se joindre aux voix qui dénoncent la déflation engendrée par l’austérité imposée comme seul remède, mais ce chœur se heurte à un os de taille, le refus de l’Allemagne. Et sans l’Allemagne le montage proposé par Soros s’effondre faute de garantie, vu que la France n’est même plus cette garantie.

     

    L’Europe sur le modèle fédéral allemand, le saint empire romain germanique ?

     

    Et là, sans donner dans la Germanophobie, on commence à trouver que le coup du « couple franco-allemand » ça commence à faire bien,  depuis les tenants de l’Europe chrétienne et de la CECA (communauté charbon acier) sous houlette Etatsunienne, Adenauer, Robert Schumann et jean Monnet, toujours l’alliance entre les hommes devenus des « idées » (le citoyen des droits de l’homme et des libertés) et les hommes devenus des « marchandises » chère au capitalisme, d’un côté la pierre philosophale de la chrétienté tandis qu’on battait monnaie unique. Toujours suivant cette logique des technocrates se référant avec des sanglots dans la voix aux « pères de l’Europe » installaient l’usine à gaz par strates successives.  Nous vécûmes l’émotion des mains serrées de  Mitterrand le socialiste et de Kohle le tenant d’un libéralisme fort pur et dur, le productivisme de l’un et l’accélération de la financiarisation de l’autre. Comme on s’est moqué du PCF qui demandait de produire français, on l’accusait de chauvinisme, voire de pire. Aujourd’hui je vois les mêmes avoir les yeux de Chimène pour Rodrigue-Hollande qui réclame une industrialisation, alors qu’ils ont condamnés le PCF quand celui-ci a quitté le gouvernement de Mitterrand parce qu’il n’acceptait pas le bradage restructuration de l’industrie française.

     

    Bref, aujourd’hui la zone euro est le produit de ce ménage diabolique jusqu’à Merkel Sarkozy, l’union incestueuse de la carpe et du lapin. Mais l’incapacité à sortir des ornières fut-ce du pire est telle que de Mélenchon à Hollande sans parler des autres il faut continuer sur cette lancée et tous se rêvent étreignant la main de leur alter ego d’outre-Rhin en paraissant oublier que l’Allemagne au lendemain de la deuxième guerre mondiale a été construite par les alliés puis par des gouvernements successifs d’une manière telle qu’elle ne peut pas plus changer que l’Europe elle-même. Pour le meilleur et pour le pire elle est l’Allemagne fédérale et tout ce qu’elle propose c’est d’étendre à l’Europe la construction allemande, les régions devenant une des dimensions du détricotage national… Mais revenons à Davos…

     

    Donc après l’astrologue du FMI, le docteur tant pis et le mage de la spéculation Soros, on attendait l’oracle Madame Merkel. C’était sans grand espoir  vu qu’elle ne cesse d’expliquer dans la presse qu’elle ne veut pas renoncer aux bénéfices de la zone euro et de l’Europe mais sans pour autant payer trop. Elle est intervenue longuement et calmement – au point à ce qu’on dit de plonger une part de l’assistance dans la torpeur – pour avancer son propre diagnostic :

     

    La question européenne est simple, résume-t-elle : dans un monde de 7 milliards d’habitants où l’Europe ne pèse plus que 7% de la population mondiale, mais 20% de sa richesse produite, il faut savoir ce que l’on veut : veut-on se satisfaire d’être dans une position moyenne ou bien est-on prêt à faire les réformes nécessaires, des dépenses publiques et du marché du travail, pour figurer parmi les meilleurs ? L’Allemagne, elle, a fait son choix. Les Etats-Unis d’Europe seront allemands, sur le plan économique, ou ne seront pas. L’Allemagne veut une solution fédérale mais sur le modèle allemand, les autres pays acceptant plus ou moins d’être des landers gérés à l’allemande avec trois règles : La discipline budgétaire, la concurrence et la solidarité. En fait de solidarité on mesure mal ce qu’elle entend par là… On a le sentiment que l’Allemagne de madame Merkel est déjà rentrée dans cette logique et l’applique, l’Europe, la zone euro relèvent désormais de la politique intérieure de l’Allemagne et la France a toute chance d’être la zone des plaisirs et des résidences secondaires pour la poignée de fortunés qui goûteront notre luxe.

     

    Ce à quoi Soros, né hongrois et obligé de devenir américain pour des raisons qui ont avoir avec les effets des crises économiques sur l’Europe, prévoit une fascisation de ce continent si on continue à suivre ce schéma déflationniste. Le « tombeur de la livre », qui n’a cessé d’intervenir pour financer des « révolutions de couleur » est mal placé pour venir donner des conseils d’équilibre social, mais il est bien pauvre celui qui ne sait pas donner de conseil et chacun sait que Soros est riche.

     

    Et pour couronner le tout il a précisé que l’Europe ne pouvait vraiment pas compter sur l’aide des Etats-Unis, non seulement ceux-ci avaient d’autres problèmes mais en campagne électorale on ne s’occupe pas des autres.

     

    On espérerait presque ce retour à la doctrine Monroe des USA, ce serait dommage pour l’Amérique latine mais lâcherait un peu la grappe sur le reste de la planète,  pourtant qui peut y croire ?  A  voir la manière dont l’Europe en pleine débandade trouve encore le moyen de voter des sanctions contre l’Iran quitte à priver l’Italie, l’Espagne et surtout la Grèce du fournisseur iranien, la cerise sur le gâteau pour ces pays dont la facture pétrolière va encore s’accroître…

     

    Etape avant une intervention, contre l’Iran. Un scénario à la Libyenne avec le succès que l’on sait: on torture et on étripe comme de la volaille dans les sables de la tripolitaine…

     

    Et vous remarquerez que pourtant  partout de l’Assemblée nationale française à Davos en passant par les rassemblements de campagne électorale personne ne souffle mot du poids des expéditions militaires… Tournent, tournent les sous-marins nucléaires autour de la planète, se déploient les porte-avions et les contingents armés et personne ne les voit… A ce qu’on dit la Grèce continue à acheter du matériel militaire…

     

    Parce que tandis que monte au firmament un fédéralisme de l’Allemagne étendu à la zone européenne se mettent en place des liens économiques plus étroits avec le marché nord-américain et une intégration toujours plus poussée à la machine de guerre nord-américaine et à son bellicisme planétaire.

     

    On a beaucoup parlé des états d’âme de Sarkozy hanté par l’échec et le retrait. Toutes les interprétations ont été avancées peut-être est-ce simplement une crise de lucidité, un constat d’échec, la conscience enfin de son incapacité à faire face à un tel bordel. Le seul ennui est que je ne vois personne en capacité à faire face et à prendre des décisions au niveau où la situation l’exige, chacun suit sa pente en se disant que ça durera bien autant que lui ou elle.

     

    Pendant ce temps-là des milliers de gens vivent des drames insoutenables, sont chassés de leur emploi, ne savent plus comment s’en sortir. 2 ,87 millions de chômeurs en France, sans compter l’onde de choc autour d’eux, en famille… .Les pitres de Davos ne nous font plus rire.

     

    Quant aux élections présidentielles, toujours le même problème, par exemple je ne sais toujours pas à quoi je vais me résigner:  il faut virer Sarkozy et empêcher la montée de ce que Soros appelle « une solution à la hongroise » (1), donc lutter contre la montée du Front national  qui effectivement devient un vrai danger mais je suis bien consciente que tout vote est un choix à court terme qui ne résoud rien sur le fond. Là aussi nous sommes devant le trop peu et trop tard…

     

    Danielle Bleitrach

     

    (1) par parenthèse ce que je trouve extraordinaire est la réaction de Cohn Bendit découvrant qu’un des « dissidents » de jadis, Orban un tombeur du communisme, comme Vaclav Havel ou Lech Walesa, était comme eux sur le fond un réactionnaire dont la logique était de s’allier avec Hitler plutôt qu’avec le Front populaire. L’extraordinaire de Cohn Bendit  qui veut passer pour un politique subtil est que lui aussi poursuit sa propre ornière et  il se contente de dire à Orban que s’il continue il va ressembler à… Castro ou Chavez… C’est ça l’Europe

     

    URL article : http://histoireetsociete.wordpress.com/2012/01/26/davos-lunion-incestueuse-de-la-carpe-et-du-lapin-est-sterile-par-danielle-bleitrach/


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  • Le n° 91 de "Recherches Internationales" est paru : un tableau de l'Empire en 2012

     

    L’EMPIRE DANS LES REMOUS D’UN MONDE EN MOUVEMENT

    L’EMPIRE DANS LES REMOUS D’UN MONDE EN MOUVEMENT

    Il y eut un instant, comme un battement de paupières dans la déjà longue histoire humaine, où tout parut résolu et donc possible. L’ours polaire terrassé et son antre ouvert au vent, l’or noir du Moyen-Orient assuré pour des lustres, les principaux obstacles étaient levés, l’histoire s’accomplissait dans le triomphe de la puissance « hors de pair » et dans la mondialisation du marché dont elle était la force propulsive. Immanquablement et en dépit de grains inévitables, le flot du bien-être soulèverait toutes les embarcations, assurant la paix universelle. S’en souvient-on encore de façon un tant soit peu précise, après une décennie d’interventions armées et alors qu’une crise économique sans équivalent depuis trois quarts de siècle obscurcit les perspectives ? Aussi paraît-il opportun, au moment où s’ouvre une année électorale aux États-Unis, de faire un point sur l’état de l’empire américain et de ses rêves de monarchie universelle.


    Encore convient-il de lever un malentendu, qui tourne au contresens, à propos de l’hôte de la Maison-Blanche. L’élection de Barack Obama à la présidence, un homme de couleur dans l’un des trois pays, avec l’Afrique du Sud et l’Allemagne nazie, où le racisme fut institutionnalisé, la personnalité de l’impétrant qui tranchait avec celle de son prédécesseur, l’espoir qui avait conduit à la mobilisation des forces progressistes et d’une partie de la jeunesse afin d’assurer sa victoire, ont fait croire qu’une bifurcation se produirait. C’était mal connaître l’homme et, plus encore, le système politique américain, son mode de fonctionnement, la nature des forces et des acteurs en présence, le poids de l’idéologie dominante, comme le montre ici Pierre Guerlain.

     

    Sans nul doute, la crise économique qui a éclaté durant le second mandat de George Walker Bush, les déficits et la dette, ne peuvent pas ne pas affecter les moyens dont dispose l’administration en place ni ne pas peser sur sa conduite des affaires. Mais, quand bien même le 44e président avait aggravé en tout point les problèmes, par les réductions et dégrèvements d’impôts qu’il avait accordés aux nantis, par le gonflement des dépenses militaires et sécuritaires qu’il avait sollicité, par l’adhésion aux dogmes néolibéraux qu’il n’avait cessé de manifester perinde ac cadaver, cette crise n’est ni conjoncturelle ni le simple fait de banquiers et traders avides, irresponsables ou indélicats. Elle remonte loin et s’inscrit dans le mouvement du capital et de sa financiarisation. Depuis un quart de siècle, les politiques mises en oeuvre par les républicains comme par les démocrates ont soutenu cette évolution, conduisant ainsi à l’hypertrophie du capital fictif et au creusement des inégalités. Sans aller jusqu’à prétendre que l’analyse que fait Rémy Herrera inspire les 99 %, les données qu’il produit sont à l’origine d’un mouvement dont le souffle tend à s’amplifier et dont la portée politique est prometteuse.

     

    Robert Bernard Reich, qui fut secrétaire au Travail durant le premier mandat de Bill Clinton, veut y voir le retour des préoccupations sociales, voire d’une analyse en termes de classes sociales, après un demi-siècle de « guerres culturelles » et de courtes querelles sur la modulation macroéconomique. Bien que les affrontements verbaux soient violents, qu’animaient jusqu’à ces dernières semaines les forces et courants coalisés au sein du mouvement de la Tea party, et que le système politique américain paraisse bloqué, c’est la continuité qui prédomine à l’extérieur, comme a pu le noter avec satisfaction Condoleezza Rice au cours d’un entretien récent.


    Pourtant, la terre a continué à tourner et ses peuples ne sont pas restés inactifs. Le monde est incontestablement en mouvement, les cartes sont rebattues, ce qui pose une série de problèmes de fond à la puissance américaine, mais les remises en cause extérieures restent trop partielles, régionales et contradictoires pour être systémiques, la nouvelle donne n’est pas encore visible et ce mouvement même reste sensible et perméable aux décisions prises ou ajournées aux États-Unis, tant sur le plan intérieur qu’à l’échelle internationale. Cet entre-deux freine les ajustements stratégiques qui devraient s’imposer, ce qui bloque, entretient ou aiguise les tensions, au Proche- Orient par exemple, retarde les solutions possibles, paralyse les instances internationales et en entrave l’indispensable démocratisation.


    Bien que la part des dépenses militaires dans le PIB américain ait décliné par rapport aux années cinquante, elles représentent aujourd’hui la moitié de celles de la planète, d’autant moins justifiables que la plupart des autres puissances sont des alliées. Bien qu’il n’y ait face à elle plus aucune coalition antagonique, l’OTAN perdure et s’est transformée en structure d’intervention du capital mondialisé, comme le démontre Alain Joxe. Bien qu’aucun autre pays ne dispose de plus d’un porte-avions, un onzième est financé par le Pentagone, pour un coût initial de 5 milliards de dollars. Alors qu’à Prague, dans son premier discours urbi et orbi, le président Obama avait déclaré vouloir progresser sur la voie du désarmement nucléaire, 100 milliards de dollars seront dépensés au cours
    de la prochaine décennie pour moderniser l’arsenal américain. Bien qu’aucun de ses voisins ne soit menaçant, l’objectif est de disposer par ailleurs d’une flotte de 320 bâtiments et d’une aviation de 2 200 chasseurs. Bien que le service militaire ait été aboli et que l’on soit entré dans l’« ère de la participation » chère à la secrétaire d’État Hillary Clinton, les États-Unis en sont arrivés à un stade plus avancé que le simple complexe militaro-industriel dont le président Eisenhower déplorait l’émergence et l’influence dans son allocution d’adieu.


    Une hydre aux cent têtes est née du greffage de ce complexe militaro-industriel à une constellation de politiciens, de lobbies et de collectivités territoriales soucieuses de garantir l’emploi, à une galaxie de centres de recherche et de think tanks, à une myriade d’intellectuels, de journalistes, de publicistes et de propagandistes de la défense. La bête se nourrit de l’idéologie de l’exceptionnalisme américain, de la conviction que le pays a reçu la mission de régir le monde, parce que son exemple est salutaire et que ses intérêts coïncident avec ceux du reste des humains.

     
     Pourtant, ceux-ci semblent rester sceptiques, voire carrément hostiles, et, à cet égard, les événements du 11septembre ont bien marqué un tournant, non en eux-mêmes, mais par la réponse que les groupes dirigeants, les médias et une grande majorité de citoyens américains leur ont donnée. Ce en quoi les terroristes ont été exaucés. Aujourd’hui, c’est d’un État de sécurité nationale qu’il convient de parler, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.


    Robert Charvin le montre, le droit international, dont les États- Unis se sont toujours protégés, ne sert plus de référence. Le jus ad bellum et le jus in bello sont réécrits ou interprétés sans vergogne. Non seulement on ne déclare plus la guerre, depuis en vérité plusieurs lustres, non seulement on s’y lance sans l’aval de l’ONU, et quand celle-ci adopte une résolution, on l’interprète de « façon créative », comme à propos de la Libye, mais encore la limite entre l’état de paix et la pratique de la guerre a été effacée. Avec le lancement de la « longue guerre contre le terrorisme », la reconversion du Pentagone à la doctrine de la contre-insurrection, d’ailleurs fort mal assimilée, l’extension illimitée des définitions – terrorisme, « états faillis », menaces et risques non-conventionnels –, le champ des interventions devient extensible à souhait : Pakistan, Yémen, Somalie, Kenya et Ouganda, Libye, pays du Sahel ou Philippines, Colombie et Mexique. Le risque est réel que dans ce pays, par exemple, où la violence générée par les cartels de la drogue et les clivages sociaux gagne en intensité, les États-Unis s’engagent dans une contre-insurrection, alors qu’ils nourrissent cette économie souterraine par leur demande « insatiable » de stupéfiants et entretiennent les exactions par leurs exportations légales ou illégales d’armes personnelles. Dans le même temps, la militarisation de la frontière commune s’intensifie.

     
    Bien qu’elle ne soit plus la grande idée devant changer la face de la guerre, la « révolution dans les affaires militaires » se poursuit, réseau-centrée, recourant à des armes toujours plusprécises, réduisant davantage encore les pertes américaines. Elle se prolonge avec les armements mis au point et les méthodes établies durant les interminables « guerres indiennes » du Moyen-Orient, si bien qu’un voile gris recouvre désormais les conflits. Recours aux sociétés militaires privées et aux forces spéciales, adjonction de civils des deux sexes travaillant le « terrain humain », formation de nouveaux cipayes, confusion grandissante entre les organes de renseignement et les militaires, symbiose du diplomatique et du militaire ; qui aujourd’hui faitou, plus exactement, qui aujourd’hui ne fait pas la guerre sous une forme ou sous une autre ? Leon Edward Panetta passe de la CIA au secrétariat à la Défense et est remplacé, à ses fonctions de directeur général, par David Howell Petraeus, le « roi David », qui a guerroyé en Irak et en Afghanistan toutes ces dernières années. Certains programmes des départements d’État et de la défense sont interchangeables et bien des ambassades américaines disposent de forces supplétives, officielles ou privées. La conduite de la guerre à l’aide des drones et des forces spéciales confine de plus en plus à des exécutions à distance, sans sommation et sans simulacre d’un jugement qui pourrait être gênant, y compris lorsqu’il s’agit de citoyens américains, protégés pourtant par leurs droits constitutionnels. C’est tout à la fois une adaptation de « l’île du docteur Moreau », imaginée jadis par H.G. Wells, et le retour au juge Roy Bean (1825-1903) qui, à lui seul, était la « loi à l’ouest du Pecos ».


    La société américaine elle-même est entrée dans un état d’exception perpétuel, à la suite d’une campagne ininterrompue de peur, de l’adoption d’une législation sécuritaire dont le « Patriot Act » constitue le fleuron, de la création d’un nouveau ministère, le département de la sécurité du territoire (Homeland Security), de la prolifération des organes, services et programmes de surveillance et de renseignement, de la création, le 1er octobre 2002, d’un commandement militaire intégré, l’US Northern Command dont le théâtre recouvre l’Amérique du Nord et dont les missions peuvent l’amener à intervenir à l’intérieur du pays en cas de trouble ou de calamité naturelle. Dans un livre récent – Top Secret America, the Rise of the New American Security State – où ils développent et précisent le contenu d’enquêtes publiées dans le Washington Post, les journalistes Dana Priest et William M. Arkin décrivent la dimension invisible des États-Unis, celle de leurs services de surveillance, d’espionnage et de contre-espionnage. Il conviendra d’y revenir et il suffira, pour l’heure, d’indiquer qu’entre 2001 et 2011 près de 700 milliards de dollars on été consacrés à la sécurité du territoire, total auquel deux chercheurs proposent d’ajouter les coûts d’opportunité (augmentation des primes d’assurance, délais dans les départs des avions, etc.) de ces mesures, qu’ils chiffrent à 417 autres milliards de dollars. Quant au budget de la communauté du renseignement – 16 agences et organisations relevant de l’exécutif, FBI non compris, dont les pouvoirs ont été accrus, ni les agences privées travaillant avec les pouvoirs publics –, il est passé de 26,7 milliards de dollars en 1997 à 80 milliards en 2011.

     
    Ce dossier ne prétend pas à l’exhaustivité. La question si importante de l’immigration a été abordée dans le numéro précédent de Recherches internationales. D’autres le seront à l’avenir, comme celles des brevets ou de l’énergie, dans des articles ou à travers de notes de lecture. Le diagnostic peut paraître sévère, mais les faits sont là. Ils ne préjugent pas des résultats des élections prochaines.


    Patrice Jorland



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  • Le capitalisme et le fascisme au XXI e siècle par William I. Robinson

    Le 31 mai 2011 par William I. Robinson L’auteur professeur d’Université aux Etats-Unis appartient à ce groupe d’intellectuels juifs aux Etats-Unis qui soutiennent la légitimité de la cause palestinienne, qui combattent la politique d’apartheid d’Israël, comme Judith Butler et d’autres, il s’affirme post-marxiste et rien que cette référence est importante quand on connait un peu le mouvement intellectuel aux Etats-Unis, la manière dont il affirme ses liens avec la french theory des années soixante et dix.  Comme la plupart des gens de ce courant qui sont souvent juifs il a protesté activement contre l’opération de guerre Plomb Durci dans la bande de Gaza, en 2009, ce qui  valut à William I. Robinson d’être l’objet d’une investigation sur le campus de la part de deux organisations sionistes, malgré le soutien le plus large des étudiants y compris de la part d’autres juifs comme lui. Il faut bien voir qu’il y a désormais un grand nombre d’intellectuels ayant ce profil, ce qui rend l’opération des fascistes européens soutenu financièrement par l’Iran complétement non seulement criminelle mais absurde. On l’a déjà vu à propos de Sean Penn, ce qui domine chez la plupart de ces intellectuels est la conscience de la fascisation du système capitaliste et ils n’accepteraient certainement pas de soutenir si peu que ce soit cette fascisation qui s’étend en Europe et prétend opérer la jonction avec la gauche. Il faut bien mesurer que soit on considère que le capitalisme est « racial » comme le décrivait  les nazis soit on en voit la dimension de classe au stade impérialiste (avec ses dimensions nord-sud et pillage des nations et immigration), alors il faut bien comprendre que la fascisation trouve ses alliés dans les bourgeoisies des pays pillées et que la haine raciale sert plus que jamais à pervertir les enjeux. La manière dont en Europe, en France en particulier l’extrême-droite prétend s’approprier les combats anti-impérialistes fait donc partie du fascisme du XXI e siècle face auquel il n’existe malheureusement plus de mouvement ouvrier. (Note de Danielle Bleitrach)

     

    Le capitalisme et le fascisme au XXIème siècle par William I.Robinson

    La crise économique mondiale et l’attaque contre les droits des immigrés sont étroitement liés dans la toile d’un fascisme du XXIe siècle.

    Bleitrach 105

    Camps de rétention des étrangers en Europe

    La crise du capitalisme mondial est sans précédent, compte tenu de son ampleur, de sa portée planétaire, de l’étendue de la dégradation écologique et de la dégradation sociale, et de l’échelle des moyens de la violence. Nous sommes vraiment face à une crise de l’humanité. Les enjeux n’ont jamais été aussi élevés ; notre survie même est menacée. Nous sommes entrés dans une période de grands bouleversements et d’incertitudes, de changements considérables, tendue de dangers — si elle présente aussi des opportunités.

     

    Je veux parler ici de la crise du capitalisme mondial et de la notion de réponse politique distincte de la crise, focalisant sur la réponse d’extrême-droite et le danger de ce que j’appelle le fascisme du 21e siècle, en particulier aux États-Unis.

     

    Être face à la crise appelle une analyse du système capitaliste, qui a subi une restructuration et une transformation dans les dernières décennies. Le moment actuel comporte une phase qualitativement nouvelle, transnationale ou globale, du capitalisme mondial, qui remonte aux années 1970 et se caractérise par l’augmentation du capital réellement transnational, avec une « classe capitaliste transnationale » ou CCT (TCC)] Le capital transnational a été capable au-delà de l’époque précédente de se libérer des contraintes de l’État-nation sur l’accumulation, et avec cela, de changer brusquement en sa faveur la corrélation de classe et des forces sociales du monde entier — et de couper la force de la résistance populaire et des mouvements ouvriers dans le monde entier, après la rébellion mondiale des années 1960 et 1970.

     

    Le capital transnational émergent a subi une expansion majeure dans les années 1980 et les années 1990, impliquant l’hyper-accumulation à travers de nouvelles technologies comme les ordinateurs et l’informatique, grâce à des politiques néo-libérales et de nouvelles modalités de mobilisation et d’exploitation de la main-d’œuvre mondiale — inclus une tournée nouvelle d’accumulation primitive massive, déracinant et déplaçant des centaines de millions de personnes, particulièrement dans les campagnes du tiers-monde, devenues des migrants internes et transnationaux.

     

    Nous sommes confrontés à un système qui maintenant est beaucoup plus intégré, et a des groupes dominants qui ont accumulé une somme extraordinaire de pouvoir transnational ainsi que le contrôle des ressources et des institutions mondiales.

     

    L’accumulation militarisée, la spéculation financière — et la mise à sac des budgets publics

    À la fin des années 1990, le système est entré dans une crise chronique. La polarisation sociale aigüe et l’inégalité croissante ont contribué à générer une profonde crise de suraccumulation. L’extrême concentration des richesses de la planète dans les mains de quelques-uns, avec l’appauvrissement accéléré et la dépossession de la majorité, ont même contraint les participants à la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, en 2011, à reconnaître que l’écart entre les riches et les pauvres dans le monde entier était « le défi le plus grave du monde » et en train de « soulever le spectre de l’instabilité et des guerres civiles à travers le monde. »

     

    Les inégalités mondiales et l’appauvrissement de larges majorités signifient que les capitaux transnationaux ne peuvent pas trouver de débouchés productifs pour décharger les énormes quantités de surplus accumulés. Au 21e siècle, la CCT a recouru à plusieurs mécanismes pour soutenir l’accumulation globale, ou la fabrication de bénéfices, face à la crise.


    Un premier mécanisme est l’accumulation militarisée ; mener des guerres et des interventions qui déclenchent des cycles de destruction et de reconstruction et de génération d’énormes bénéfices pour un complexe carcéro-militaro-industriel-sécuritaro-financier en constante expansion. Nous vivons maintenant dans une économie de guerre mondiale qui va bien au-delà des « guerres chaudes » en Irak ou en Afghanistan.

     

    Par exemple, la guerre aux immigrants aux États-Unis et ailleurs, et plus généralement, la répression de mouvements sociaux et des populations vulnérables, sont une stratégie d’accumulation indépendante de n’importe quels objectifs politiques. Cette guerre aux immigrants est extrêmement rentable pour des sociétés transnationales. Aux États-Unis, le secteur privé carcéro-industriel pour les immigrants est un secteur en plein boom. Les immigrés sans-papiers constituent la plus forte croissance de la population carcérale des États-Unis, ils sont détenus dans des centres de rétention privés et déportés par des sociétés privées attribuées par l’État américain.

     

    Il n’est pas surprenant que William Andrews, le président directeur général de la société Corrections Corporation of America, ou CCA — le plus grand entrepreneur du secteur privé des États-Unis pour les centres de rétention pour immigrants, — ait déclaré en 2008 : « La demande pour nos installations et services pourrait être touchée par la relaxe des efforts d’application (…) ou par la dé-criminalisation [des immigrés]. » Il n’est pas surprenant que la CCA et d’autres sociétés aient financé la vague de la législation anti-immigration néo-fasciste en Arizona et dans d’autres États américains.


    Un second mécanisme est le pillage et le saccage des budgets publics. Le capital transnational utilise son pouvoir financier pour prendre le contrôle des finances publiques et en outre imposer l’austérité sur la plupart du travail, ce qui résulte en inégalité sociale et en sujétion jamais aussi grandes auparavant. La CCT a utilisé son pouvoir structurel pour accélérer le démantèlement de ce qui reste du salaire social et des États-providence.


    Et un troisième est la spéculation financière mondiale frénétique — la rotation de l’économie mondiale dans un casino géant. La CCT a déchargé des milliards de dollars dans la spéculation du marché du logement, de l’alimentation, de l’énergie et d’autres marchés mondiaux des matières premières, dans les marchés obligataires à travers le monde (c’est-à-dire les budgets publics et les finances de l’État), et dans tous les « dérivés » imaginables, allant de la couverture des fonds de placements à risque, aux marchés à terme, aux obligations de dettes collatérales, à des actifs pyramidaux, et autres chaînes de Ponzi . L’effondrement du système financier mondial en 2008 fut simplement la goutte qui fit déborder le vase.

     

    Il ne s’agit pas d’une crise cyclique — une crise de restructuration, comme nous avons eu dans les années 1970, et avant cela, dans les années 1930 — mais structurelle, qui a le potentiel de devenir une crise systémique, selon la façon dont les acteurs sociaux répondent à la crise et selon l’arrivée d’éventualités inconnues. Une crise de restructuration signifie que la sortie de crise est la seule façon de restructurer le système, alors qu’une crise systémique est celle dans laquelle seul un changement dans le système lui-même peut résoudre la crise. Les temps de crise sont des temps de changement sociaux rapide, où l’agencement et la contingence collectifs jouent davantage que dans les temps d’équilibre du système.

     

    Les réponses à la crise et la république de Weimar d’Obama aux États-Unis 

    Dans le face-à-face de la crise il semble y avoir des réponses distinctes entre les États et les forces sociales et politiques. Trois se distinguent : le réformisme global ; la résurgence des luttes populaires et de la gauche d’en bas ; l’extrême-droite et le fascisme du 21e siècle. Il semble y avoir, avant tout, une polarisation politique dans le monde entre la gauche et la droite, chacune d’elles étant des forces insurgées.

     

    Une insurrection néo-fasciste peut tout à fait apparaître aux États-Unis. Cette insurrection pourrait être retracée depuis plusieurs décennies, à la mobilisation d’extrême-droite qui a commencé dans le sillage de la crise de l’hégémonie provoquée par les luttes de masse des années 1960 et 1970, en particulier les luttes de libération des noirs et des chicanos et d’autres mouvements militants de la population venue du tiers monde, des courants de la contre-culture, et les mouvements militants des luttes ouvrières.

     

    Les forces néo-fascistes se sont réorganisées au cours des années du gouvernement de George W. Bush. Mais mon histoire ici commence avec l’élection d’Obama.

     

    Le projet d’Obama au début procéda d’un effort des groupes dominants pour rétablir l’hégémonie dans le sillage de sa détérioration durant les années Bush (qui avait également impliqué l’émergence d’un mouvement de masse des droits des immigrés). L’élection d’Obama était un défi au système, au niveau culturel et idéologique, et ébranla les fondations des groupes raciaux/ethniques sur lesquels la République des États-Unis avait toujours reposé. Toutefois, le projet d’Obama ne fut jamais l’intention de contester l’ordre socio-économique, au contraire, il chercha à préserver et à renforcer cet ordre par la reconstitution de l’hégémonie, procédant à une révolution passive contre le mécontentement des masses et la diffusion de la résistance populaire qui avait commencé à s’infiltrer dans les dernières années de la présidence Bush.

     

    Le socialiste italien Antonio Gramsci a développé le concept de révolution passive afin de référer aux efforts des groupes dominants pour provoquer d’en haut les changements doux capables de briser la mobilisation du dessous pour les transformations de plus grande portée. La co-option du leadership du dessous est une partie intégrante de la révolution passive, son intégration dans le projet dominant. Les forces dominantes en Égypte, en Tunisie et ailleurs au Moyen-Orient et en Amérique du Nord tentent de mener une telle révolution passive. En ce qui concerne le mouvement des droits des immigrants aux États-Unis — l’un des mouvements sociaux les plus dynamiques dans ce pays — l’animateur principal parmi les dirigeants de l’établissement latino a été introduit dans la confrérie du parti démocratique d’Obama — un cas classique de la révolution passive — tandis que la masse des immigrants de base souffre de la répression étatique intensifiée.

     

    La campagne d’Obama en a profité pour contribuer à l’élargissement de la mobilisation de masse et des aspirations populaires pour le changement jamais vus depuis de nombreuses années aux États-Unis. Le projet d’Obama a assimilé la tempête du brassage d’en bas, canalisée dans la campagne électorale puis trahie dans ses aspirations, pendant que le Parti démocrate démobilisait efficacement l’insurrection d’en bas avec plus de révolution passive.


    En ce sens, le projet d’Obama a affaibli la réponse populaire de la gauche d’en bas à la crise, ce qui a ouvert un espace pour la réponse de droite à la crise — pour un projet du fascisme du 21e siècle — à devenir insurgée. L’administration d’Obama ressemble ainsi à une république de Weimar. Bien que les sociaux-démocrates furent au pouvoir en Allemagne pendant les années 1920 et au début des années 1930, ils ne poursuivirent pas leur réponse de gauche à la crise, et plutôt que s’aligner sur les syndicats des communistes et des socialistes, ils se plièrent progressivement au capital et à la droite avant que le pouvoir ne se retourne pour les nazis en 1933.

     

    Le fascisme du XXIe siècle aux États-Unis 

    Je n’utilise pas le terme « fascisme » à la légère. Il y a quelques caractéristiques principales d’un fascisme du 21e siècle que je vais identifier ici.

    1. Cette fusion fut développée pendant les années Bush et aurait probablement été approfondie dans le cas d’une Maison Blanche John McCain-Palin. Dans le même temps, des mouvements néo-fascistes tel Tea Party ou aussi bien les législations néo-fascistes, comme la loi anti-immigrant SB1070 en Arizona, furent largement financés par le capital d’entreprise. Trois secteurs du capital transnational se détachent particulièrement comme enclins à rechercher des arrangements politiques fascistes qui facilitent l’accumulation : la spéculation du capital financier, le complexe militaro-industriel-sécuritaire, ainsi que le secteur de l’énergie et l’extraction (en particulier le pétrole).


    2. La militarisation et la masculinisation extrêmes :

    Comme l’accumulation militarisée a intensifié le budget du Pentagone, une augmentation de 91% en termes réels au cours des 12 dernières années, les hauts gradés militaires sont devenus de plus en plus politisés et impliqués dans l’élaboration des politiques.


    3. Un bouc émissaire pour servir à déplacer et à rediriger les tensions et les contradictions sociales :
    Dans ce cas, les immigrés et les musulmans en particulier. Le Southern Poverty Law Center a récemment déclaré que « trois volets de la droite radicale — des groupes haineux, des groupes extrémistes des droits natifs, et des organisations patriotes — sont passés de 1.753 groupes en 2009 à 2.145 en 2010, soit 22% de hausse qui succède une augmentation de 40% en 2008-9 ».

     
    Un rapport du ministère de la Sécurité intérieure en 2010 fait observer que « les extrémistes de droite peuvent gagner de nouvelles recrues en jouant sur la peur à propos de plusieurs questions d’urgence. Le ralentissement économique et l’élection du premier président afro-américain se présentent comme des indicateurs spécialement adaptés à la radicalisation et au recrutement de l’aile droite. » Le rapport conclut : « Au cours des cinq dernières années, divers extrémistes de droite, inclus la suprématie blanche et les milices, ont adopté la question de l’immigration comme un appel à l’action, un point de ralliement, et un outil de recrutement. »

    4. Dans ce cas, cette base sociale s’organise entre les secteurs de la classe ouvrière blanche, laquelle historiquement a connu le privilège de caste raciale tout en ayant expérimenté le déplacement et éprouvé une forte mobilité à la baisse depuis que le néo-libéralisme est advenu aux États-Unis — cependant la masse des travailleurs perdait la sécurité et la stabilité dont elle avait joui à l’époque précédente, fordo-keynésienne, du capitalisme national.


    5. Une idéologie fanatique du millénaire comprenant une suprématie de la culture/race qui embrasse un passé idéalisé et mythique, et une mobilisation raciste contre des boucs émissaires :


    L’idéologie du fascisme du 21e siècle repose souvent sur l’irrationalité — la promesse d’assurer la sécurité et de rétablir la stabilité est émotionnelle, pas rationnelle. Le fascisme du 21e siècle est un projet qui n’a pas — et n’a pas besoin — de distinguer entre la vérité et le mensonge.


    6. Un leadership charismatique :

    Jusqu’ici un tel leadership aux États-Unis a fait largement défaut, bien que des figures comme Sarah Palin et Glenn Beck apparaissent comme des archétypes.


    Le circuit mortel accumulation-exploitation-exclusion

    Une nouvelle dimension structurelle du capitalisme mondial du 21e siècle est l’expansion spectaculaire de la population mondiale superflue — la partie marginalisée et mise à la porte de la participation productive de l’économie capitaliste, et qui constitue l’un des tiers mondes de l’humanité. La nécessité d’assurer le contrôle social de cette masse de l’humanité vivant dans une planète de taudis donne une puissante impulsion aux projets néo-fascistes et facilite la transition de l’aide sociale à un contrôle social — autrement dit aux « États policiers ». Ce système devient de plus en plus violent.

    D’un point de vue théorique — dans les conditions de la mondialisation capitaliste — les fonctions contradictoires de l’État de l’accumulation et de la légitimation ne peuvent pas exister ensemble. La crise économique intensifie le problème de la légitimation pour les groupes dominants de sorte que les crises de l’accumulation, comme celle que nous connaissons présentement, engendrent des conflits sociaux et apparaissent comme une spirale de crises politiques. En substance, la capacité de l’État de fonctionner comme un « facteur de cohésion » au sein de l’ordre social se décompose dans la mesure où la mondialisation capitaliste et la logique de l’accumulation ou la marchandisation pénètrent tous les aspects de la vie, en sorte que la « cohésion » exige de plus en plus de contrôle social.

    Le déplacement et l’exclusion se sont accélérés depuis 2008. Le système a abandonné de larges secteurs de l’humanité, qui sont pris dans le circuit mortel de l’accumulation-exploitation-exclusion. Le système ne cherche même pas à intégrer ce surplus de population, mais tente plutôt de l’isoler et de neutraliser sa rébellion réelle ou potentielle, de criminaliser les pauvres et les dépossédés, avec des tendances vers le génocide dans certains cas.

    Un fascisme du 21e siècle ne se regarde pas comme le fascisme du 20e siècle. Entre autres choses, il y a la capacité des groupes dominants à contrôler et à manipuler l’espace et à exercer un contrôle sans précédent sur les médias de masse, les moyens de communication et de production d’images symboliques et de messages, il y a des moyens permettant que la répression puisse être plus sélective (comme nous le voyons au Mexique ou en Colombie, par exemple), et soit aussi organisée de telle sorte que la masse d’incarcération juridiquement « légale » prenne la place des camps de concentration. En outre, la capacité de la puissance économique pour déterminer les résultats des élections autorise pour le fascisme du 21e siècle à émerger sans rupture nécessaire dans les cycles électoraux ni dans l’ordre constitutionnel.

    Les États-Unis ne peuvent pas être caractérisés comme fascistes en ce moment. Néanmoins, toutes les conditions et le processus ainsi que la percolation  sont présents, les forces sociales et politiques se mobilisant rapidement derrière un tel projet. Plus généralement, des images de ces dernières années sur ce qu’un tel projet politique impliquerait recouvrent autant l’invasion israélienne de Gaza et la purification ethnique des Palestiniens , que les boucs émissaires et la criminalisation des travailleurs immigrés, que le mouvement du Tea Party aux États-Unis, le génocide au Congo, l’occupation de Haïti par les Nations Unies, la diffusion des néonazis et des skinheads en Europe, jusqu’à la répression indienne intensifiée dans le Cachemire occupé.

    Le contrepoids du fascisme au 21e siècle doit être une riposte coordonnée par la classe ouvrière mondiale. La seule véritable solution à la crise du capitalisme mondial est une redistribution massive des richesses et du pouvoir — en l’inclinant jusqu’à la majorité de l’humanité la plus pauvre. Et le seul moyen de redistribution ne peut venir que de la lutte transnationale de la masse d’en bas.

    William I. Robinson

    Latin America and Global Capitalism
    (A Critical Globalization Perspective)

    William I. Robinson


    Source : The John Hopkins University Press

    Traduction personnelle en français par Aliette G. Certhoux pour La revue des ressources (30 mai 2011) avec l’autorisation de l’auteur William I. Robinson, Le captitalisme global et le fascisme du XXIe siècleGlobal capitalism and 21st century fascism
     

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  • « Pendant que l’élite poursuit son voyage vers une destination imaginaire, quelque part au sommet du monde, les pauvres sont pris dans la spirale du crime et du chaos » - Zygmunt Bauman, sociologue

     Affaires de clan, clan des affaires

    L’heure n’est pas encore venue de dire si le sarkozysme n’aura été qu’une parenthèse dans l’histoire politique de la France. En revanche, nous pouvons d’ores et déjà affirmer que de tous les présidents de la cinquième République M. Nicolas Sarkozy est celui qui est allé le plus loin dans l’étroite imbrication de la vie politique et du monde des affaires. En guise de consolation facile nous pourrions constater que d’autres pays – la Russie de Poutine, l’Italie de Berlusconi – ont connu le même excessif mélange des genres. Nous pouvons même pousser jusqu’à la crainte d’avoir affaire-là à une tendance lourde de l’évolution du monde dès lors que ce que l’on nomme pudiquement « la mondialisation « n’est rien d’autre au fond que la prédation progressive de l’économique sur toute autre considération. S’il en est ainsi, nous ne tarderons pas à voir les « révolutions arabes » se confronter tragiquement au diktat du Marché. En France, ce fatalisme nourrit l’absence d’espoir de lendemains meilleurs pour la démocratie bafouée et l’existence difficile des citoyens les plus modestes – de plus en plus nombreux – après cinq ans de gouvernement calamiteux de notre pays. M. Sarkozy avait promis d’être le Président du pouvoir d’achat et voulait une République irréprochable. Cette double promesse était impossible à tenir. Elle était impossible parce qu’elle était tenue précisément par M. Sarkozy. C’est là qu’intervient la spécificité de ce que nous nommons sarkozysme. La cohérence en partie cachée de cette manière originale de gouverner les hommes et les choses d’une nation particulière devra être minutieusement décortiquée par qui voudra vraiment comprendre, lorsque nous en aurons terminé avec elle, l’antidémocratie sarkozienne. Nous ne pourrons ici qu’en dessiner quelques traits car l’histoire n’est pas finie. Ces traits sont pourtant à eux seuls déjà éminemment édifiants.

     

    Affirmons-le d’emblée : au regard de l’idée et des valeurs républicaine le sarkozysme est un énorme mensonge, M. Sarkozy est le mensonge fait homme. Son ascension vers le pouvoir et son incarnation de celui-ci est étroitement marquées par de nombreuses et troubles affaires tantôt initiées par lui-même, tantôt échafaudées par d’autres à son profit. Un truisme circule depuis longtemps : aujourd’hui, pour accéder au pouvoir suprême il faut se constituer de longue date un réseau d’hommes et de femmes influents. Ainsi, M. Sarkozy ne serait rien d’autre qu’un homme politique moderne ayant eu l’habileté de tisser pendant près d’un quart de siècle des relations plus ou moins intimes avec des grands patrons, des banquiers, des journalistes en vue. Ceci n’est en fait qu’une partie de la vérité et probablement pas la plus importante. L’essentiel tient plutôt en ceci : c’est un clan, au sens véritable du terme, que l’actuel Président de la République, a construit autour de sa personne et cela, en effet, de longue date. Un clan pour le montage d’affaires occultes en marge du monde des affaires. Seuls l’atonie ou la cécité de médias peu regardants et la défaillance de la Justice expliquent qu’il ait été possible d’aller aussi loin dans la transgression de la loi en de multiples domaines. Cela tombait très bien : les médias ne font que trop rarement leur travail d’informer vraiment et la Justice manque cruellement de moyens d’investigation ou bien est aux ordres du pouvoir politique en place. Non-respect du code des marchés publics au profit de firmes dirigées par des amis, favoritisme fiscal envers les plus nantis crachant régulièrement au bassinet, rétro commissions sur les ventes d’armes, circulation de mallettes bien garnies pour financement de campagnes ou partis politiques, et « accessoirement » pour enrichissement personnel, utilisation des fonds publics à des fins de propagande politique, écoutes commanditées par un Procureur de la République à l’encontre de journalistes enquêtant sur « les affaires sensibles », tout cela à démarrer plusieurs années avant l’entrée de M. Sarkozy à l’Elisée et à prospérer depuis.

     

    Et nous n’avons probablement pas encore tout vu : à chaque jour suffit son affaire ! Fort heureusement, pour tenter de sauver l’honneur de la démocratie, il existe quelques médias aux « méthodes fascistes » qui font courageusement les poubelles nauséabondes de la République souillée par de curieux serviteurs de l’Etat. Fort heureusement encore, il existe des juges qui ne s’en laissent pas conter et osent ouvrir des dossiers qu’ils garnissent consciencieusement de pièces à conviction accablantes. Dans ces affaires des noms reviennent souvent et ce sont très souvent des proches de l’hôte du Château qui sont cités, des membres du Clan. La fréquence des occurrences détruit la présomption de coïncidence. Se côtoient en ces dossiers des marchands d’armes, des ministres ou d’anciens ministres, des avocats entremetteurs, des conseillers payés sur deniers publics pour développer des activités où l’on cherche en vain la défense de l’intérêt général, des milliardaires renvoyant facilement l’ascenseur, etc. Tout un aréopage de gens bien comme il faut qui n’hésitent pas à l’occasion, peut-être pour cacher ce qu’ils savent être leurs turpitudes, à faire aux humbles, toute honte bue, la morale. Un oxymore nous vient presque naturellement : marécageuse probité. Afin de la faire vivre un peu nous allons servir ici quelques-uns de ses meilleurs ragoûts.

     

    La « grosse affaire » est celle des ventes d’armes à l’Arabie saoudite et au Pakistan où l’un des principaux protagonistes est le marchand d’armes Ziad Takieddine. Des pièces saisies par la police montrent que M. Takieddine a utilisé, en 2005, sa relation avec le ministre du budget de l’époque dans les dossiers fiscaux d’autres hommes d’affaires, dont Gérard Achcar, le patron d’un puissant groupe agroalimentaire, notamment implanté au Mali. Le Ministre du Budget de l’époque n’était autre que M. Jean-François Copé, l’actuel Secrétaire général de l’UMP. La comptabilité de M. Takieddine fait apparaître des « largesses » dont aurait bénéficié M. Copé, entre 2003 et 2005, alors qu’il était ministre et porte-parole du gouvernement Raffarin. Rappelons que M. Copé était devenu, en mars 2004, ministre délégué à l’intérieur, auprès de M. Sarkozy, puis en novembre 2004, ministre du budget. Les « cadeaux » reçus de M. Takieddine sont des invitations et des déplacements au cap d’Antibes (dans une propriété appartenant à M. Takieddine), à Londres, à Venise ou à Beyrouth. Ces dépenses pourraient faire partie du périmètre du recel » d’abus de biens sociaux reprochés à M. Takieddine sur les sommes obtenues dans les marchés d’armement. Dans cette affaire, MM. Thierry Gaubert et Nicolas Bazire, deux proches de M. Copé, ont été mis en examen par le juge Renaud Van Ruymbeke. Possédant un patrimoine estimé à plus de 100 millions d’euros, M. Takieddine ne payait ni l’impôt sur le revenu, ni l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Alors qu’il fréquentait assidûment ses diverses propriétés, M. Copé aurait tout ignoré de la situation fiscale de ce magnat. Qui peut croire à une telle fadaise ?

     

    Thierry Gaubert, ami personnel de M. Sarkozy, sera jugé prochainement à Nanterre pour une autre affaire : un important scandale immobilier. Sa vie « professionnelle » est faite de missions financières occultes. Son épouse a parlé à la Justices de ses voyages en Suisse avec le marchand d’armes Ziad Takieddine, des remises de fonds en espèces à M. Nicolas Bazire, actuel n°2 du géant du luxe LVMH, durant la campagne présidentielle d’Edouard Balladur, en 1995. Elle a aussi rappelé que lorsqu’il se rendait en Suisse avec M. Takieddine », son mari travaillait au ministère du budget sous les ordres de M. Sarkozy. En 2001, Thierry Gaubert a fait construire à Nilo, petit village colombien situé à 150 km de Bogota et 9.000 km de Paris, « la villa de ses rêves », la finca Cactus. Pourquoi si loin des regards indiscrets ? Du beau monde fréquente cette villa colombienne : M. Takieddine a deux reprises au moins et En 2002, pour les fêtes de Noël, un autre homme clé du réseau politique sarkozien, Olivier Dassault, fils du célèbre avionneur, député UMP de l’Oise et administrateur de la Socpresse, société éditrice du Figaro. Cette affaire est sans doute loin d’avoir révélée tous ses secrets.

     

    La grosse affaire est au centre d’une constellation. Contemplons-en deux astres radieux. Dans l’affaire du futur siège du ministère de la défense, prévu dans le quartier Balard à Paris, l’opacité est aussi de mise. Cette nouvelle affaire fait l’objet d’une information judiciaire pour corruption et trafic d’influence. Les conditions d’attribution du chantier sont en effet pour le moins « troublantes ». Le dossier de l’entreprise Bouygues n’est pas conforme au plan local d’urbanisme (PLU) de la Ville de Paris. L’Etat a pourtant retenu ce projet, alors que d’autres offres respectaient le PLU. Par ailleurs, où est l’intérêt BUDGÉTAIRE DE CE « BALARDGONE »" qui devrait coûter à l’Etat la bagatelle de 4,2 milliards d’euros. On est très loin de « la règle d’or » brandie par le Président de la République et ses principaux ministres ! Dans l’affaire des concessions portuaires d’Afrique de l’Ouest, l’homme d’affaires franco-espagnol Jacques Dupuydauby, président du groupe portuaire Progosa, dénonce les pressions de M. Sarkozy sur plusieurs chefs d’Etat de cette partie de l’Afrique afin que l’industriel Vincent Bolloré, ami intime du président français, décroche de très profitables concessions. Ainsi, la société Progosa qui avait remporté en 2001 la concession du port de Lomé au Togo, l’a brutalement perdue en 2009 au profit du groupe Bolloré. M. Dupuydauby parle d’une véritable spoliation orchestrée par le Président du Togo. Le soir de son élection, M. Nicolas Sarkozy avait fait, juste avant de rejoindre la bande du Fouquet’s, une autre promesse : les relations entre la France et l’Afrique allaient profondément changer. Le lendemain il partait se reposer en Méditerranée sur le yacht de son ami Vincent.

     

    Nous aurions pu revenir sur l’affaire Woerth-Bettencourt qui n’en finit pas de rebondir, sur l’affaire Lagarde qui finira par être jugée un jour, sur l’affaire Giacometti qui n’éclatera peut-être jamais… Il y en a tant ! Il faut savoir s’arrêter avant la nausée. La nausée ? Oui, car dans le même temps où le Clan tripatouille, les « gens de peu » sont matraqués à grands coups de plans d’austérité successifs. Quand la fiscalité des plus riches a été divisé par trois en cinq ans, la « France d’en bas » s’enfonce un peu plus chaque jour dans son mal de vivre. La clientèle désespérée de l’extrême-droite va encore enfler. Et le corps social de se disloquer davantage.

     

    Yann Fiévet

     

    Le Sarkophage – 15 janvier 2012 - http://www.lesarkophage.com/

     

    URL de cet article 15604 http://www.legrandsoir.info/affaires-de-clan-clan-des-affaires.html


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  • La classe, remède à la tentation contre-révolutionnaire du syncrétisme de gauche

    Quand on ne conçoit de pouvoir que gouvernemental, quand on ne conçoit d’instrument de lutte que l’État, quand on ne conçoit de démocratie que bourgeoise, quand on a abandonné toute idée de révolution, quand on pense que finalement, le capitalisme doit "seulement" être "modifié", on ne peut évidemment pas faire autrement, en période électorale (c’est à dire désormais , tout le temps !) que de tenter de mettre ensemble des chèvres, des choux et des loups (vous vous rappelez comment il faut s’y prendre pour leur faire traverser la rivière ? ;-)).

    Pour "re-gonfler" une "équipe" (qu’on a progressivement contribué à décimer en abandonnant l’organisation de classe et en hurlant sur tous les toits que "la classe ouvrière n’existait plus"...), parce que cette "équipe" il la faut, il en faut, du "contingent de votants", pour espérer gagner une élection bourgeoise , notamment dans le système mis en place sous la 5ème République de ce pays !

    Alors, urgence et politique "petit-bras" obligent, mais surtout, volonté de ne pas porter atteinte au Capital, "on" choisit de "faire masse" plutôt que de faire "classe".

    Et "on" joue le jeu du Capital, avec les règles du Capital, et les objectifs de ceux-ci.

    Ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas inévitable, c’est un CHOIX POLITIQUE qui vient d’une classe bien identifiable, qui s’appelle la petite-bourgeoisie, qui est entrée en lutte pour la sauvegarde de ses INTÉRÊTS à ELLE.

    Petite-bourgeoisie qui, de par son positionnement -de classe, politique, économique...- spécifique entre le prolétariat et la bourgeoisie, à commencer par son implantation dans les entreprises, est naturellement appelée à connaître, dans ce genre de moment historique, son heure de gloire. (Jusqu’à ce que, une fois sur deux, elle périsse sous les coups du patronat, entraînant avec elle toute une partie des prolétaires qui auront fait la folie de s’en remettre à elle...)

    La petite-bourgeoisie aime se fonder, pour ce faire, sur la pente dominante et presque "naturelle" (et compréhensible à maints égards) du prolétariat (et notamment, de la classe ouvrière, et c’est tout à son honneur) qui est de préférer la paix à la guerre, de préférer l’amour aux armes, de préférer le calme à la violence etc...

    En effet, aucun de nous (à part quelques éléments inévitables) n’est assez fou ou sauvage pour AIMER la guerre civile.

    "On" dira alors : "Mais ce n’est pas nous qui choisissons cela, ce sont les prolétaires eux-mêmes ! Nous sommes des démocrates, nous ! Nous n’allons quand même pas contrarier le peuple, qui n’en veut pas, lui, de votre révolution ! La preuve ? Regardez, il ne la fait pas ! CQFD. Non. Ce dont il veut, le peuple, c’est des élections, et un salaire ! En bons démocrates, nous, nous allons lui en donner."

    "On" fera ainsi bon marché notamment, de la propagande et du rôle des mass-médias (mais aussi du désir mimétique et des moyens offerts par "la société de consommation" -et les sweatshops chinois et indiens - pour satisfaire ce désir).

    "On" pourrait aussi bien dire : "Allons allons, les travailleurs ne veulent pas être libres, vous savez, finalement, ils préfèrent être exploités, parce qu’être libres, c’est beaucoup trop compliqué...Ce qu’ils veulent, les travailleurs, ce sont de bons maîtres, des maîtres paternalistes, qui les traitent bien. ils ne veulent pas de démocratie directe, prolétarienne, allons. Ils veulent de bons députés, de bons sénateurs...".

    Bref , la proposition , toute simple, du syncrétisme de gauche mis en avant par la petite-bourgeoise, c’est de remplacer "les méchants" par "des gentils". Mais les exploités ne sauront pas, hélas, comment on reconnaît VRAIMENT un "gentil" d’un "méchant"...pour cause !

    Cette pente naturelle de l’être humain, c’est ce qui sert la tentation syncrétique "à gauche" dans le contexte de la démocratie bourgeoise.

    Mais il en existe une autre, de "pente naturelle" dans la "nature humaine". C’est celle qui aspire AUSSI à la liberté, et qui ne conçoit pas cette liberté autrement que comme la dignité. Mais cette pente-là "on" fera bien en sorte ni de la prendre ni de la flatter...(Ce n’est pas trop dans l’intérêt du cadre en général, que l’ouvrier soit mis au même niveau hiérarchique que le sien...)

    La tentation syncrétique de gauche, qu’est-ce ?

    C’est lorsque la bourgeoisie, acculée par la crise, se sert , par le truchement de la petite-bourgeoisie moderne, de l’inclination naturelle des prolétaires que nous sommes à préférer la vie, le calme, la joie, la concorde et l’amour pour augmenter encore le nombre de chaînes qu’elle nous a déjà mis au cou, en nous faisant miroiter des choses impossibles mais auxquelles nous n’avons pas encore cessé de rêver ou de croire.

    Lorsqu’elle nous menace de la guerre civile, du chaos... pour nous faire tenir encore un peu tranquilles sous les coups qu’elle nous donne.

    Lorsqu’elle n’a plus, pour nous faire avancer, que la Peur comme arme, et qu’elle appelle cela la "Fraternité", par exemple.

    La tentation syncrétique, c’est celle qui consiste à feindre d’unir des éléments de classes et de couches sociales différentes, opposées même, AU SEIN D’UNE MÊME ORGANISATION, notamment par le biais de la désignation, voire la création, d’un vrai-faux ennemi prétendument "commun" à tous ces éléments.

    En l’occurrence, Sarkozy (et parfois on rajoute, l’UMP) sont appelés à jouer ce rôle unifiant depuis le début du quinquennat. C’est bien ce qu’ont tenté ceux qui à gauche, ont CRÉÉ "le sarkozysme".

    La petite-bourgeoisie chargée de cornaquer le prolétariat en colère (quand même) sur des positions "gauchistes" se dotera en plus d’autres "épouvantails", comme "les agences de notation", ou "les financiers", par exemple.

    Elle désignera telle "nation" à la vindicte de "telle autre" ("A bas la Chine" !).

    Elle évitera évidemment soigneusement de mordre aux jarrets le capitalisme industriel, et même, elle dorlotera toute la fraction locale de cette bourgeoisie, contre la vilaine fraction compradore, "mondialisatrice".

    Elle évitera d’employer les termes de "propriété privée des moyens de production", d’"expropriation sans indemnisation", elle ne dira pas non plus qu’il faut abolir le salariat.

    Elle cachera son aversion pour l’émancipation réelle du prolétariat en proposant le pis-aller de la "nationalisation" (en se gardant bien d’ouvrir toute réflexion sur ce qu’est l’Etat bourgeois aujourd’hui, Etat sans lequel il n’y a PAS de "nationalisation" possible...).

    Et surtout, elle ne dira pas qu’il faut "détruire l’Etat", au contraire ! Elle dira qu’il faut s’en emparer par les élections, et puis que telle ou telle nomination changeront la nature de cet Etat. Elle dira que l’État c’est comme un gant, qu’il suffit de changer la main qui est dans ce gant pour que , de gant de fer, ce gant se fasse de velours...

    Cette tentation syncrétique, elle n’est possible en tant que telle qu’en période de crise systémique. C’est même LA réponse favorite, en première intention, de la bourgeoisie aux tensions et aux luttes de classe que ne manque jamais de déclencher une véritable crise systémique du Capitalisme comme celle que nous connaissons.

    On peut l’appeler "collaboration de classe", ou "fordisme", ou "unité nationale". Dans sa forme aiguë, et mise en œuvre par la bourgeoisie soi-même quand ça sent trop "le brûlé", ce syncrétisme s’appelle également "fascisme".

    La tentation syncrétique, c’est le renforcement, par l’amalgame dans une organisation unique (et prétendument UNITAIRE) type "social-démocrate", d’éléments du prolétariat, de la petite-bourgeoisie, voire, du petit capital, de la fausse-classe qu’agite la bourgeoisie depuis des siècles, qu’on l’appelle "peuple" ou "nation", ou les deux.

    C’est celle qui consiste à masquer un système plutôt qu’à le dévoiler, alors même que l’époque serait au dévoilement.

    Fausse classe, faux ensemble, faussement homogène, au sein duquel cohabitent des classes et des intérêts antagonistes, qui n’ont que peu d’objectifs communs dès lors que tombent les blablas destinés à masquer la réalité de classeS de l’ensemble en question.

    Une tentation qui, a fortiori à cet instant précis de la crise systémique du capitalisme, non seulement est obsolète et irréaliste (car les antagonismes DE CLASSE s’aiguisent de jour en jour, la bourgeoisie a sorti les couteaux contre nous, et ce ne sont pas les diatribes à base de "pauvres" et de "riches" qui masqueront longtemps ce fait) mais qui de ce fait, devient une arme CONTRE les exploités du capitalisme.

    C’est un peu comme si une sage-femme conseillait à la parturiente de, non pas "pousser", pour expulser le bébé, mais de "tirer" l’enfant dedans elle.

    Triple inconvénient de ce genre de "fausse bonne idée" : c’est impossible à faire, et cela compromet la naissance de l’enfant et la vie de la mère (vous voyez la métaphore ?).

    La tentation syncrétique gomme, tend à effacer "la classe".

    Or, la classe, (et la conscience de classe), c’est la constitution même de l’être politique du prolétariat. Nier la classe, de quelque manière que ce soit, c’est nier le prolétariat en tant que sujet politique. C’est donc le priver de son avenir et de sa liberté.

    Parce que nous le savons de par l’histoire, cette tentation syncrétique désarme les travailleurs, elle désarme les luttes des exploités, elle désamorce la lutte de classe, seule lutte envisageable (parce que seule efficace) contre la bourgeoisie.

    C’est également un frein puissant à l’hégémonie du mouvement ouvrier dans une hypothèse révolutionnaire PUISQUE c’est la négation même de la nécessité de l’organisation ouvrière autonome de base dans un "fatras", un fourre-tout.

    Car nous savons bien comment sont faits les partis bourgeois (ou embourgeoisés) pour étouffer les courants de classe en leur sein. (C’est bien pour cela, pour lutter contre cela, qu’en 1920 en France... etc.)

    Probablement la tentation syncrétique a encore quelques beaux jours devant elle. Elle fonctionne sur cette "pente naturelle". Elle va fonctionner encore un peu. Pas plus. Fonctionner encore à peu près , comme élément contre- révolutionnaire, jusqu’à ce que la bourgeoisie , poussée par sa lutte permanente contre la baisse tendancielle du taux de profit, accentue ses coups, affermisse sa poigne d’acier sur nos nuques et fasse son éternel doigt d’honneur à toute cette frange de la petite-bourgeoisie qui prétend nous garde-chiourmer.

    Il ne faut pas piaffer, il faut prendre patience, encore, et travailler dans les masses, dans la classe, toujours. Ne pas prêter la main au syncrétisme "de gauche", ni de près, ni de loin. Le combattre, au contraire, bien-sûr. Le combattre en le distinguant du combat éternel des communistes, le combat pour unir le prolétariat dans la classe qui doit lui tenir lieu de "parti" et de "nation" :

    "Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité." (Marx et Engels, Manifeste du Parti communiste).

    Ceux qui ont les yeux ouverts sont pour l’instant trop peu nombreux et trop mal organisés, ils ont trop peu de moyens pour lutter à armes égales contre la propagande à la même vitesse. C’est ça aussi, la chance de la tentation syncrétique. Mais outre que c’est toujours ainsi, ça ne marchera pas éternellement. A nous donc, de DURER.

    Nous laissons bien volontiers à la petite-bourgeoisie, momentanément organisée en "parti", le soin de se faire les kapos du prolétariat pour le compte de la bourgeoisie.

    Notre devoir à nous, exploités communistes, c’est de tenter de nous unir, en tant que classe, de nous vacciner, de protéger nos frères contre le virus de la servitude volontaire, d’inoculer dans notre classe le puissant anticorps de l’amour de la liberté, du désir d’émancipation, par nos actes et nos paroles, fussent-ils, pour le moment, modestes.

    Je souhaite à tous nos camarades de lutte, à tous nos frères de classe, à toutes celles et à tous ceux qui n’ont pas rangé l’étendard de la lutte de classe dans leur poche, où qu’ils se trouvent, quelle que soit leur couleur, leur religion, leur origine... une année 2012 clairvoyante, lucide et encore plus courageuse, mais également, la plus agréable possible dans les conditions qui sont les nôtres actuellement, (conditions qui, ne nous voilons pas la face, sont hélas appelées à se durcir encore - et l’élection présidentielle n’y changera pas grand-chose).

    Je nous souhaite de savoir reconnaître et choisir NOTRE CLASSE.

    Je nous souhaite, au cœur des luttes, qui sont la vie même, dès notre origine, de ne pas oublier d’essayer d’être heureux, à l’occasion, "avec les moyens du bord". Notre vie est à nous, ne nous la laissons pas voler !

    http://bellaciao.org/fr/spip.php?article123771

    http://osemy.blogspot.com/


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  • Une analyse de 1848, toujours d’actualité

     Pourquoi le chômage ne peut pas être résolu dans le capitalisme ?

    Le droit au Travail pour tous n’est pas une préoccupation récente. Déjà, dans le contexte de la révolution de 1848, où le peuple réclamait à la nouvelle République, du travail pour tous les citoyens, François Vidal [1] envisageait la réalisation concrète du Droit au Travail par la transformation de la base économique de la société. En partant de constats objectifs sur la réalité économique, politique et sociale, il proposait une explication du chômage, comme effet inévitable des contradictions du régime capitaliste.

    On se propose dans cet article de restituer son raisonnement sur les causes du chômage et, par là même sur les conditions de sa suppression, en se basant sur son livre Vivre en travaillant.

    Lorsque Vidal écrit son ouvrage, les droits sociaux et politiques des ouvriers sont pratiquement inexistants. Les conditions de travail avaient régressé: augmentation de la durée et de l’intensité du travail, compression des salaires, chômage et insécurité de l’emploi. Les entrepreneurs avaient la liberté de débaucher sans réglementation. En outre, le capital spéculatif se développait au détriment du capital industriel.

    En 1846-47, se produisit une crise de “surproduction capitaliste” qui toucha plus durement encore les ouvriers de France comme de tous les pays d’Europe. Ils ne trouvaient plus à vendre leur force de travail. Le capital “chômait”, les travailleurs devaient chômer aussi. C’est dans ces conditions que se produisit la révolution de 1848, révolution opérée par le peuple, en alliance avec la bourgeoisie républicaine d’alors.

    Régime capitaliste et chômage

    François Vidal indique d’abord que dans les conditions de la production capitaliste, où l’ouvrier ne possède plus les instruments de production, la liberté du capital l’emporte sur le droit au travail. Pour pouvoir travailler, comme l’indiquera Marx, il faut passer par le « détour du capital ».

    « Dans l’industrie, l’ouvrier qui ne possède point d’instruments de production est réduit à travailler pour le compte et au profit d’autrui comme salarié. Or les instruments dont on se sert aujourd’hui coûtent des sommes immenses, si bien que pour disposer des outils indispensables, il faut préalablement être capitaliste. Partout le capital domine la production, dicte la loi d’une manière à peu près absolue ».

    La société capitaliste, explique François Vidal, basée sur l’appropriation privée des moyens de production, permet l’exploitation de l’homme par l’homme au moyen du salariat, au profit d’autrui, des industriels et des financiers. Tandis que les travailleurs n’ont que leur force de travail à vendre. S’ils ne peuvent la vendre, ils sont obligés de chômer. Il en conclut que les causes du chômage sont bien le résultat de l’organisation (ou de la désorganisation) de la société capitaliste. Pour lui, le Droit au travail est relié à l’appropriation sociale des instruments de production. Des réformes temporaires ne peuvent résoudre le problème. « Ils ont cru réaliser le droit au travail en établissant, le lendemain de la Révolution, des ateliers de charité, des ateliers temporaires ! »… « il fallait se hâter de convertir les ateliers nationaux en véritables ateliers de production, de mettre fin à ce gaspillage des deniers de l’état et des forces vives des travailleurs […] de faire vivre les ouvriers du fruit de leur travail et non pas de les assister momentanément aux dépens de la République ! »

    Régime socialiste et suppression des causes du chômage

    Pour François Vidal les facteurs du chômage remettent en cause de manière générale le régime social et politique capitaliste.

    « Il est bien évident que les travailleurs ne seront définitivement affranchis que le jour où ils auront la libre disposition des instruments qu’ils mettent en œuvre, des outils sans lesquels ils ne peuvent travailler. »

    Le seul moyen durable d’assurer le droit au travail est de révolutionner la société.

    « L’antagonisme, la concurrence, l’hostilité flagrante de tous les intérêts, le désordre systématique, le salariat et l’exploitation sous toutes les formes, ont porté leurs fruits. Voyez, la vieille société s’affaisse sur elle-même : partout des débris et des ruines. Il faut constituer un ordre nouveau. »

    L’exploitation des travailleurs au profit du privé ne serait abolie qu’à partir du moment où la propriété des instruments de production serait sociale, ce qui n’est possible que si l’on  transforme la base économique (le régime marchand capitaliste).

    « Le droit au travail, qu’on le sache ou qu’on l’ignore, implique nécessairement l’organisation du travail ; et l’organisation du travail implique la transformation économique de la société. Le principe est posé, les conséquences sont inévitables. »

    Afin de supprimer le chômage, François Vidal envisage une société basée sur d’autres principes : un autre régime social, qu’on pourrait nommer socialisme (au sens que ce mot avait alors). Ce qui est visé est une socialisation des diverses branches de la production et de l’échange. Il estime cependant qu’une phase de transition est nécessaire pour passer d’un mode de production (capitaliste) à un autre (socialiste). Il s’agirait, dans un premier temps de faire dépérir le secteur capitaliste privé au profit d’un secteur public, ou social. Il propose pour ce faire de dispenser aux ouvriers associés des crédits publics et avances productives, au détriment du secteur capitaliste. Proposant une alliance entre la paysannerie et les ouvriers, il prend cependant en compte les particularités concrètes et les inquiétudes des paysans, dans l’objectif de leur faire comprendre les avantages qu’ils  pourraient retirer d’une agriculture socialisée.

    Le « droit au travail » aujourd’hui

    Si l’on tient compte que l’analyse des déterminations capitalistes du chômage, et de leur mode de résolution, telles que les pose François Vidal, sont vieilles de 160 ans, on est surpris qu’elles puissent encore s’appliquer à l’actualité, celle que beaucoup de travailleurs subissent.

    En effet, depuis 1848, rien n’a changé, ni dans le fond, ni dans le détail. Le régime capitaliste est toujours en place, et périodiquement il retourne à sa logique “normale”: loi du capital s’imposant contre le travail, anarchie de la production, crises périodiques. Quant aux « ateliers de charité » et autres « ateliers temporaires », ce ne sont que les ancêtres des contrats précaires et sous-payés : les T.U.C., les C.E.S., les S.I.V.P., les contrats de qualification et de conversion, les contrats A.I.D.E., les stages et formations parfois “bidons”, qui ne font que baisser le taux de chômage par intermittence, trompant les chiffres actuels et réels de ce fléau capitaliste. Il suffit de travailler dix heures par semaine pour ne plus être comptabilisé comme chômeur dans le calcul officiel du chômage. Toutes les réformes contre le chômage ne servent qu’à « cacher une partie de la forêt », momentanément.

    Quant au « partage du travail », il a atteint son apogée allant jusqu’à l’acceptation, pour un homme ou une femme ayant charge de famille, de travailler de 15 à 25 heures par semaine, rémunéré au S.M.I.C. horaire, moyennant «un petit complément financier» des Assedic, et pas pour tout le monde (ce que devrait faire demain le R.S.A.), qui leur permet de subsister. Pour certains chômeurs, un dilemme se pose : je travaille durement pour un maigre salaire ou je ne travaille pas mais je reçois la même somme de la part de l’état. Même si ce n’est pas “moral”, c’est un choix qui peut se présenter comme légitime. Ne déplaçons pas le problème cependant, la réalité est autre. En effet, la majorité préfère travailler pour un maigre salaire, parce qu’ils ont déjà connu ou ont peur de connaître les conséquences économiques, sociales et psychologiques du chômage, parce qu’ils veulent se sentir utiles à la société.

    Comme l’observait François Vidal, il faut « mettre fin à ce gaspillage des deniers de l’état et des forces vives des travailleurs », et « faire vivre les ouvriers du fruit de leur travail, et non pas de les assister momentanément aux dépens de la République ». Le peuple demande à « vivre en travaillant », de pouvoir subvenir à ses besoins, plutôt que de quémander assistance à l’État, à la République, donc indirectement aux travailleurs qui sont les seuls à produire la richesse sociale.

    Parfois, c’est mon cas, le travailleur a trois ou quatre employeurs différents afin de totaliser une vingtaine d’heures de labeur par semaine, ou d’atteindre, dans le meilleurs des cas, un temps complet (35 heures) payé au S.M.I.C. Tous ces travailleurs pauvres ou «chômeurs à mi-temps» et les autres chômeurs qui souhaiteraient travailler davantage, pour vivre décemment, sont dans la même situation que les journaliers de 1848, constamment à la recherche de travail, qui sans cesse devaient vendre leur force productive, acceptant n’importe quel travail, même mal payé, pourvu qu’il puisse leur permettre de survivre.

    Comme l’analysait François Vidal, le Droit au Travail, réclamé par le peuple en 1848 dans la nouvelle République, ne pouvait être qu’une vaine revendication dans le régime capitaliste. Même la période dite des “Trente Glorieuses”, n’a pas permis de résoudre définitivement la question du chômage. Dès la crise de 1973, le chômage devait reprendre une courbe ascendante, jusqu’à ce que la majorité des classes laborieuses (chômeurs, précaires ou ayant encore un travail) se retrouvent dans le même état d’insécurité permanente, de crainte de l’avenir, qu’au XIXe siècle.

    Contraints à “chômer”, les travailleurs ne pourront pas obtenir le droit au travail dans le cadre du capitalisme. Mais ils peuvent prendre conscience que le seul mode de résolution durable de ce problème, consiste à révolutionner la base économique de la société. Et que, même si cette transformation ne peut s’opérer dans l’immédiat, ils ont à maintenir dans l’histoire une telle perspective, non la faire tomber aux oubliettes, comme ont pu le faire diverses organisations se réclamant du mouvement ouvrier. Très en retard, un siècle et demi après, sur François Vidal et les socialistes et communistes de 1848.

     
    1. 1. François Vidal fut entre février et avril 1848, secrétaire de la Commission de gouvernement pour les travailleurs (appelée aussi Commission du Luxembourg), qui comprenait Louis Blanc et Constantin Pecqueur. Il rédigea avec ce dernier le rapport de cette commission, ou Plan général de réformes. Il fut élu député de la Montagne en 1850. C’était un représentant notoire des théoriciens de l’économie «sociale» ou socialiste.

    http://www.uniondelutte.org/2008/11/causes-chomage/


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