• Union européenne : sortons du carcan idéologique

    Union européenne : sortons du carcan idéologique ! par Caroline Andréani

    Prononcé au CN du PCF le 25 mai 2013 :

     

    La crise profonde que vivent plusieurs pays de l’Union européenne a des conséquences dramatiques pour les peuples. Chômage de masse, baisse des salaires, baisse des retraites et des pensions, recul des soins de santé, augmentation du nombre des suicides, recul de l’espérance de vie, émigration d’une partie de la jeunesse, etc.

    La crise n’est pas au même degré partout, mais elle n’épargnera pas la France. Avec la signature du TSCG, l’austérité voulue par l’UE sera appliquée par Hollande et Ayrault.

    L’aggravation de la situation en France est prévisible, notamment avec la mise sous coupe réglée des budgets des collectivités territoriales, collectivités qui jusque-là jouaient le rôle d’amortisseur pour la fraction la plus précaire de la population.

    La cause de cette situation est parfaitement identifiée : c’est la construction européenne. Dans son rapport, Gilles Garnie nous dit que l’échec de l’Union européenne est du au fait que la construction s’est faite sans les peuples. J’ai une divergence d’appréciation majeure : elle s’est surtout faite contre les peuples.

    La finalité de l’Union européenne, dès le départ, ce ne sont pas les peuples mais le marché. Crée un immense marché financier et économique, sans contrainte ni limite, en détruisant les acquis sociaux et les services publics qui constituent un frein, voilà la finalité de l’Union européenne depuis le départ.

    Qui plus est, on nous fait miroiter des contre-pouvoirs qui n’existent pas. Les peuples sont totalement dépossédés des choix et des décisions : le Parlement européen, dominé par les conservateurs et les libéraux, n’est pas une instance décisionnelle puisque les véritables décisions sont prises par la Commission européenne.

    Quel problème se pose alors au Parti communiste à un an des élections européennes ? Nous nous sommes bercés d’illusions, et nous avons bercé d’illusions nos électeurs en affichant la perspective d’une « Europe sociale » que jamais nous ne serons en mesure de construire. Et la proposition de nos économistes de réorienter économiquement l’Union européenne n’est qu’une version économiste de l’illusion de « Europe sociale ».

    Ne nions les effets positifs de la période : on constate un infléchissement dans notre discours sur l’Union européenne. Ses méfaits, jusque-là minimisés, sont aujourd’hui identifiés et dénoncés. Mais nous réaffirmons à chaque fois qu’il n’y a point de salut en dehors de l’Union européenne. C’est un véritable blocage idéologique dans lequel nous nous enfermons, alors que la période va nous forcer à produire une autre analyse ou à rester définitivement en dehors du coup.

    Ce faisant, nous laissons le terrain libre à l’extrême droite. Je suis ulcérée d’entendre dans l’enceinte du Conseil national que critiquer l’Union européenne, le rôle de l’Allemagne, ou évoquer la sortie de l’euro ou de l’UE sont des thématiques de l’extrême droite. Je suis pour la sortie de l’euro et de l’UE, et je ne pense pas que cela fasse de moi ou de tous ceux qui partagent ces convictions des adeptes de l’extrême droite. Oskar Lafontaine, qui vient de publier une tribune dans la presse allemande sur la nécessaire sortie de l’euro, apprécierait.

    Avec ce type de raisonnement, non seulement nous nous interdisons de réfléchir, mais nous bloquons l’énoncé de toute perspective politique. Que croyons-nous ? 60 % des Français sont hostiles à l’UE : ils ne sont pas tous d’extrême droite et ils attendent un discours à gauche qui ne soit pas celui du renoncement face aux marchés financiers. Allons-nous passer à côté de cette aspiration politique ?

    Pour conclure, je dirais que nous ne devons pas, nous communistes, sous-estimer le rôle du peuple. Notre peuple souffre de la construction européenne. Il identifie clairement les principaux responsables. Et il peut se mettre demain en marche pour rejeter ce carcan. Cela s’est vu à d’autres périodes dans l’histoire. Il serait malvenu que les communistes soient incapables de comprendre une telle situation.

    Nous devons aujourd’hui réfléchir collectivement. Nous sommes à la veille d’un séisme politique et économique qui peut tout balayer sur son passage. La remise en question de la construction européenne va s’imposer à nous et elle ne doit pas être la chasse-gardée de l’extrême droite : nous avons une véritable responsabilité par rapport à cela.

    Réfléchissons ensemble, déconstruisons le carcan idéologique dans lequel nous évoluons et ayons une analyse saine de la situation afin de dégager des perspectives politiques sur la question de l’Union européenne.

    http://reveilcommuniste.over-blog.fr

     pcp3

    Le débat sur la sortie de l’Euro avance dans le Parti communiste portugais 

     

    Article MO pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

     

    Peut-on réformer l’Union européenne, ré-orienter l’Euro ou doit-on rompre avec le processus d’intégration européenne ? La question divise les Partis héritiers de la tradition communiste. Le PCP, comme d’autres en Europe, prône la rupture.

     

    Le Parti communiste portugais (PCP) a depuis trente ans porté avec constance une critique de l’Union européenne du capital : depuis l’adhésion du Portugal à la CEE jusqu’au Traité de Lisbonne.

     

    L’intégration européenne fut un outil au service de la bourgeoisie portugaise pour revenir sur les acquis sociaux et démocratiques de la révolution d’Avril, telle est l’analyse du PCP.

     

    Lors de son dernier congrès, en décembre 2012, le PCP a réaffirmé sa position : l’Union européenne n’est pas réformable, la crise de la zone Euro est la conséquence logique de l’Union économique et monétaire, et de la nature de classe de cette UE.

     

    Désormais, le débat s’aiguise et se radicalise, sans que la décision ne soit encore définitivement tranchée : la question de la sortie de l’Euro est désormais posée.

     

    Faut-il sortir de l’Euro ? Le débat est ouvert dans le PCP !

     

    Le PCP a, depuis le Traité de Maastricht, toujours affirmé son opposition au projet de monnaie unique, y percevant un outil pour achever la destruction de l’appareil productif portugais, mettre sous tutelle le pays et casser les droits sociaux des travailleurs.

     

    Jusqu’à présent, le Parti refusait de prendre à son compte le mot d’ordre « sortie de l’Euro ». A l’initiative de certains économistes du Parti, tel Agostinho Lopes, le débat est désormais ouvert.

     

    Avant le dernier congrès, le secrétaire-général du Parti, Jeronimo de Sousa, avait reconnu que la question se posait mais n’était pas encore tranchée. Le dernier congrès a réaffirmé la position de principe contre la monnaie unique, sans appeler à la sortie de l’Euro.

     

    C’est dans ce contexte que le PCP a organisé, le 19 mars dernier, une grande rencontre à Lisbonne « L’Euro et la dette », réunissant quatre économistes du parti ou proches du parti, porteurs d’une ligne critique face à la monnaie unique.

     

    Si nous tâcherons à l’avenir de reproduire ces interventions dans leur intégralité, voici les teneurs d’un débat riche en perspectives.

     

     « Je ne crois pas qu’il y ait de solution au sein de l’Euro » (Ferreira do Amaral)

     

    L’économiste Joao Ferreira do Amaral, proche du PCP, a insisté sur la nécessité de sortir de la monnaie unique. Pour lui, il est nécessaire de récupérer les instruments dont le pays a besoin, d’abord la maîtrise du taux de change et la possibilité de battre sa monnaie.

     

    Le premier est « un instrument essentiel pour stimuler le secteur productif de biens exportables », le second pour « éviter une faillite interne » et « gérer la sortie de l’euro de façon à défendre les familles endettées ».

     

    « L’euro : une décision politique du grand capital européen dans une UE de classe » (Agostinho Lopes)

     

    L’intervention d’Agostinho Lopes, économiste du parti et membre du Comité central, était très attendue. C’est lui qui a porté haut et fort au dernier congrès la nécessité d’envisager la rupture avec l’Euro et l’Union européenne.

     

    Lopes a rappelé la position historique du parti, d’opposition à la monnaie unique. Il a souligné que « l’Euro est un projet qui n’a pas échoué dans ses objectifs ».

     

    Au contraire, ce « fut une décision politique, un choix du grand capital européen et des puissances dominantes en Europe, dans un contexte d’intégration capitaliste, dans le cadre du processus de classe que constitue l’Union européenne ».

     

    En ce sens, Lopes insiste sur la nécessaire récupération des instruments de souveraineté économique face à l’ « incompatibilité absolue entre l’Euro et l’alternative patriotique et de gauche proposée par le PCP ».

     

    « La sortie de l’Euro : une condition nécessaire mais pas suffisante » (José Lourenço)

     

    L’économiste José Lourenço, membre de la Commission économique du PCP a dénoncé dans l’Euro « un instrument au service de l’exploitation des travailleurs et des peuples, et de l’approfondissement des conditions de rentabilité du capital ».

     

    Pour Lourenço, face à une zone Euro qui construit structurellement une Europe à plusieurs vitesses, la « sortie de l’Europe est une condition nécessaire à notre survie comme pays indépendant, mais elle n’est pas suffisante ».

     

    L’économiste insiste sur la nécessité de négocier cette sortie de l’Euro pour éviter l’effondrement du pays, dépendant de pays comme l’Espagne ou la France. Cette sortie doit également s’accompagner de la nationalisation du secteur bancaire.

     

    Pour lui, la question de la sortie de l’Euro dépend fondamentalement du droit du peuple portugais à décider de son propre sort.

     

    « Une sortie unilatérale est souhaitable » (Octavio Teixeira)

     

    Enfin, l’économiste du Parti Octavio Teixeira a martelé la nécessité d’envisager la seule possibilité restante : la sortie unilatérale de l’Euro.

     

    La nécessité d’une dévaluation est prégnante pour résoudre les problèmes du Portugal : soit une dévaluation interne (baisse des salaires), celle du plan d’austérité, soit dévaluation du taux de change, qui suppose le contrôle de l’outil monétaire.

     

    La seule solution est donc « la sortie de l’Euro, quel qu’en soit le prix, toujours inférieur que celui qu’ont à payer les travailleurs portugais avec la politique de dévaluation interne actuellement pratiquée ».

     

    Les économistes du Parti pour une sortie négociée : le PCP ouvre la piste

     

    Le débat sur l’Euro a été lancé et a été poussé par les économistes du parti qui, unanimement, ont souligné la nécessité d’envisager la sortie de l’Euro, tantôt unilatérale (Teixeira, Lopes), tantôt négociée (Lourenço).

     

    La synthèse du secrétaire-général, Jeronimo de Sousa, insiste autant sur la rupture inévitable avec l’Union européenne et l’Euro que sur la complexité des modalités pratiques de sortie de l’Euro.

     

    De Sousa a pointé l’incompatibilité entre la mise en place d’une « politique patriotique et de gauche » et « le maintien dans l’Euro fort et l’Union économique et monétaire ».

     

    Pour le secrétaire-général, il ne fait aucun doute que le Parti s’oriente vers une position de rupture avec la monnaie unique.

     

    Mais la défense pure et simple de la « sortie de l’Euro sans l’adoption de politiques qui doivent l’accompagner est quelque peu réductrice ».

     

    Toutefois, Jeronimo de Sousa a réservé sa dernière pique pour le PS et surtout le Bloc de gauche, dénonçant ceux qui ne voient de solution que « dans le maintien de l’Euro et l’approfondissement du fédéralisme européen ».

     

    Le débat entre partis du PGE pro-européens et Partis communistes vers la rupture avec l’UE

     

    Le débat interne au PCP, illustratif de ce que peut être un échange théorique et concret de haut niveau sur une question centrale pour le mouvement communiste, est plus largement révélateur du débat qui secoue le mouvement communiste européen.

     

    D’une part, dans les Partis communistes des pays au cœur de la crise, comme à Chypre, au Portugal ou en Irlande, l’hypothèse d’une « sortie de l’Euro » est désormais posée, en cohérence avec la ligne historique d’opposition à la monnaie unique.

     

    En Grèce, le KKE, tout en soulignant les illusions d’un retour pur et simple à la monnaie nationale, dénonce la monnaie unique et insiste sur la rupture avec l’ensemble du processus d’intégration européenne.

     

    De l’autre côté, les partis liés au PGE (Parti de la gauche européenne), financés par Bruxelles, se raidissent dans leur soutien à la monnaie unique : c’est le cas de SYRIZA, de Die Linke, du Bloc de gauche ou encore du Front de gauche en France.

     

    Pourtant, la contradiction entre le maintien de l’Euro et la mise en œuvre d’une « politique de gauche » est de plus en plus patente. Elle est reconnue même par des économistes proches d’ATTAC en Espagne ou par Oskar Lafontaine en Allemagne.

     

    Le débat, riche et complexe, sur la « sortie de l’Euro » continue dans les Partis communistes. Quelles que soient les réponses apportées dans des situations particulières à chaque pays, la ligne de fracture entre ceux qui désirent rompre avec l’UE et le capitalisme, et ceux qui veulent les aménager, se dessine plus nettement de jour en jour.


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