• Un village à l’école de la survie

    St-Martin-de-Salencey. La classe unique est menacée de fermeture car jugée non rentable.


    Un village à l’école de la survie

     

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    Trois siècles d’histoire balayés en une seconde : la fermeture de l’école de St-Martin-de-Salencey a suscité l’indignation générale.

    A Saint-Martin-de-Salencey, il y a une petite école. Et des bancs de bois comme autrefois. Il y a aussi ses images que les enfants collent sur des murs dont les années ont terni l’éclat. Et dont le devenir se résume à un combat. Pour survivre. « Il n’y a que les luttes qui ne sont pas menées, qui sont perdues d’avance», lance déterminé Jean-François Lautissier, conseiller général PS du canton de La Guiche. 

    À ses côtés, les quatre maires des communes concernées par la fermeture de cette classe unique, scrutent les lieux. Le regard humide et nostalgique. « Je suis prêt à me mettre en grève de la faim pour sauver cette école », affirme Michel Bonin, le maire de St-Martin-de-Salencey, aux dizaines de personnes mobilisées. Assis et maintenu par des béquilles, l’édile du village reste bel et bien debout face à l’adversité. Auprès de lui, les trois autres maires font bloc. « On est en zone de revitalisation rurale et on nous ferme la classe. C’est dingue ! C’était la dernière trace de service public sur St-Martin-de-Salencey, Passy, St-Marcelin-de-Cray et Chevagny-sur-Guye, ce qui fait près de 500 habitants en tout », explique, le cœur serré sous son écharpe tricolore, Marie-Odile Marbach, une élue de Chevagny. Laquelle, comme les parents d’élèves présents hier matin, affichait amertume et inquiétude face à cette décision de l’Inspection d’académie annoncée fin 2010, puis confirmée ensuite.

    L’école intimement liée à l’histoire du village

    Un drôle de cadeau de Noël pour une école ouverte depuis 1898. Trois siècles ont ainsi traversé ses murs. Mais avec neuf élèves prévus en septembre, le compte n’y est plus. « On va demander un moratoire pour garder l’école ouverte un an de plus et renflouer les effectifs », explique Marion Le Hir de Fallois, parent d’élève. Laquelle est à l’origine d’une pétition qui fait un carton sur la toile. « On a déjà eu plus de 1 100 signatures. Il y a même des gens qui signent depuis l’Australie », sourit cette mère de cinq enfants. Le sort de cette classe unique provoque en effet une émotion indicible dans l’esprit collectif des gens. Car toucher à l’enfance, c’est attaquer autant son passé que son avenir. « Mes enfants sont grands aujourd’hui. Ils ont fait de brillantes études grâce à cette classe unique. Quand je leur ai annoncé qu’elle pourrait fermer, ils m’ont dit qu’ici ils avaient appris moins, mais mieux, qu’en ville. Ils ont appris à s’écouter, à se respecter, à vivre ensemble avec des enfants d’âges différents », expliquait entre deux sanglots, Annick, une mère de trois enfants.

    Trois enfants, c’est justement ce qu’il manque pour maintenir la classe unique en septembre prochain. «À 12, on serait bon. Mais là, on ne sera que 9 du fait que depuis peu, on ne compte plus les enfants à partir de 4 ans, mais à partir de 5 ans », dénonce un père de famille. Une bataille de chiffres qui en appelle un autre. Bien réel : le degré 0 de la présence des services publics sur la majeure partie du canton rural de La Guiche.


    Charles-Edouard Bride


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