• Militant communiste depuis la Libération, Henri Malberg était présent à Paris au moment de la tragédie. Il revient notamment sur le traitement par l’Humanité de l’époque. « Honneur à ce journal », nous déclare-t-il.

    Vous étiez militant communiste parisien à l’époque du 17 octobre 1961. Quel souvenir gardez-vous de ces années de guerre ?

    Henri Malberg. J’avais 16 ans au moment de la guerre du Viêt-Nam, 24 ans lors du déclenchement de ce qu’on a appelé les événements d’Algérie, et 32 ans à Charonne. Donc ma génération, celle qui est venue très jeune au communisme au sortir de la guerre, a passé seize années de sa vie à mener le combat anticolonialiste. N’étant pas historien, j’évoque cette période à partir de mes propres souvenirs de cette époque et de tout ce que j’en ai lu depuis. Quand je regarde en arrière, j’ai un sentiment d’honneur en tant que militant, et l’impression d’avoir servi les intérêts de la France qui n’avait rien à gagner à cette guerre. On a du mal à imaginer aujourd’hui ce que furent ces années de la guerre d’Algérie. Des années de lutte farouche du peuple algérien et de leurs dirigeants, mais aussi de résistance du système colonial et impérialiste français allant jusqu’à la barbarie. On a du mal à imaginer ces gouvernements qui furent tour à tour centristes, socialistes, gaullistes, et qui ont nié la réalité de l’aspiration du peuple algérien à l’indépendance, et ont cru pouvoir y faire face par la répression. Ce furent des années très dures, dures aussi politiquement pour les communistes et les gens de progrès nombreux, intellectuels, étudiants, policiers, soldats, qui ont longtemps souffert de l’isolement au milieu d’un peuple qui, dans sa masse, a longtemps pensé qu’il fallait faire des réformes en Algérie mais sans accepter l’indépendance.

     

    Comment avez-vous vécu la soirée du 17 octobre 1961 et les jours qui suivirent ?

    Henri Malberg. Quand la journée du 17 octobre 1961 commence, j’ignore que le soir 20 000 Algériens, hommes, femmes, enfants endimanchés vont marcher dans Paris pour protester contre le couvre-feu. Cette manifestation était clandestine, si bien que la masse des Algériens eux-mêmes ignoraient le matin où ils iraient le soir. Les dirigeants du FLN n’avaient pas prévenu la direction du Parti communiste, en tout cas je n’en ai eu aucun écho. Donc, de la journée elle-même, je n’ai pas de souvenir précis. Avec le recul, un regret me vient : peut-être qu’un rassemblement commun du peuple français et des Algériens contre le couvre-feu auraient fini différemment. Mais on ne réécrit pas l’histoire. Les événements du soir, je les apprends donc le lendemain matin, en lisant l’édition spéciale de l’Humanité imprimé dans la nuit. La prise de conscience de la gravité des événements est immédiate : le 17 octobre est un massacre des innocents, un événement rare dans la capitale, une sorte de Commune des travailleurs algériens qui, dans leur masse, étaient des ouvriers accourus des banlieues et des quartiers populaires de Paris.

     

    On conteste souvent au Parti communiste et à son journal l’Humanité, son engagement aux côtés des Algériens réprimés le 17 octobre et dans les jours qui suivirent. Partagez-vous cette lecture de l’histoire ?

    Henri Malberg. Il est de bon ton aujourd’hui, à la télévision ou dans certains journaux, de dire que le Parti communiste n’a pas fait ce qu’il fallait lors de cette journée et dans les jours qui suivirent, qu’il est coupable, que son journal l’Humanité est coupable. C’est profondément injuste et inexact. En relisant les journaux de cette semaine cruciale, l’émotion m’étreint. Chaque fois, je suis frappé du courage, de l’intelligence politique qui s’exprime dans ces colonnes, et je peux dire, dans cette semaine là : honneur à ce journal. Ainsi, dans la seconde édition imprimée la nuit même, l’Humanité, qui n’avait pu rédiger qu’un encadré dans la une de sa première édition, consacre cette fois une page intérieure entière sous le titre : « Par milliers, les algériens ont manifesté hier dans Paris », avec une photo de la mobilisation prise sur les Grands boulevards. « Il y a des morts », écrit le journal sans pouvoir annoncer de chiffre, « certainement plus élevé » que deux comme annoncé par les dépêches d’agence. Les seuls journaux qui condamnent le gouvernement sont l’Humanité et le Libération de l’époque, celui de d'Astier de la Vigerie. Les autres s’interrogent selon leur ligne politique sur les responsabilités. Le 19, l’Humanité publie deux articles importants. L’un porte sur les « débrayages hier dans plusieurs usines contre la répression qui frappe les Algériens », qui donne écho aux protestations des salariés de Thomson, Saviem, Renault. L’autre est la publication de la déclaration du bureau politique du PCF, écrite au matin de la nuit tragique, et qui dénonce la « gravité des événements du 17 octobre », la « brutalité sans précédent » de la « répression contre les Algériens » et « la politique colonialiste du pouvoir gaulliste, illustrée une fois de plus par les sanglants événements d’hier ». Le PCF parle d’un « gouvernement en train d’élargir le fossé creusé entre Français et Algériens par sept années de guerre » et qui favorise la "discrimination et la haine" et compromet « les relations futures entre la France et l’Algérie ». Il en appelle à « la solidarité indispensable des travailleurs français et algériens » pour "en finir avec la guerre d’Algérie". Le PCF conclut en insistant « sur la nécessité de développer l’action unie pour imposer une véritable négociation avec le Gouvernement provisoire de la République algérienne sur la base de l’application du principe de l’autodétermination dans le respect de l’unité du peuple algérien et de l’intégrité du territoire de l’Algérie ». Quelle force politique peut dire qu’elle a tiré dans les vingt-quatre heures un tel enseignement de cette manifestation ? Le 20, l’Humanité rapporte l’interpellation du ministre de l’Intérieur Frey par le député communiste Jacques Duclos : « Qui a donné l’ordre de tirer ? » lui demande-t-il, tandis que le journal mène l’enquête et pose les questions qui dérangent : « Combien y a-t-il eu de morts au cours des nouvelles manifestations d’Algériens » du mercredi 18 ? « Est-il exact que 12 Algériens ont été, la semaine dernière, précipités dans la Seine ? » Toute la semaine qui suit et au-delà, le journal relate sans relâche les débrayages dans les usines, les manifestations de protestation d’Algériens, d’étudiants, de la Jeunesse communiste rassemblant « plusieurs milliers de jeunes » tenant « des meetings, des assemblées », organisant des « délégations à l’Elysée ». Et continue les révélations et les témoignages directs de violences, de brutalités, de gens morts. De cette lecture, il ressort que le 17 octobre, contrairement à ce que j’ai lu, n’a pas provoqué d’indifférence dans la partie la plus avancée du peuple français. Au contraire. Et au sein de la réaction de masse des communistes, les élus communistes se sont montrés particulièrement actifs. Lors d’une séance extraordinaire du Conseil de Paris qui suit le massacre, les élus communistes interrogent brutalement le préfet de police en lui demandant des comptes sur les noyés, les gens tués, les gens matraqués, les Algériens expulsés. C’est un moment dramatique, durant lequel le préfet accuse les Algériens de tirer sur les policiers, et prétend qu’il n’y a à déplorer que deux morts la nuit du 17. A l’Assemblée nationale, Robert Ballanger, au nom des communistes, dénonce les « brutalités sauvages » des forces de répression.

    Cette journée s’inscrit dans une période d’affrontements durs, cet automne-là, à vous entendre, comme si la violence avait atteint son paroxysme après sept ans de guerre. Pourtant, il faudra moins de cinq mois, à partir de cette date, pour en finir avec la guerre d’Algérie. Peut-on parler alors du 17 octobre 1961 comme d’un « tournant » ?

    Henri Malberg. On ne peut pas appréhender le 17 octobre comme si c’était un acte isolé, une tragédie incompréhensible dans ses origines, et sans prendre en compte son devenir. Nous sommes en 1961, la guerre dure depuis sept ans, la France et les pouvoirs qui se sont succédé ont tout essayé pour briser la résistance du peuple algérien. Ils se sont accrochés farouchement à ce morceau d’Empire, à ce pays qui comptait un million d’européens sur dix millions d’habitants. Ce conflit a connu plusieurs phases. En 1954, au début de la guerre, on traite l’insurrection algérienne par le mépris, comme un groupe de terroristes minoritaires, fanatiques, qui ne représente pas le peuple algérien, et on prend des « mesures d’ordre » qui cache une sauvagerie sans nom, c’est le temps des massacres du Constantinois. Pour le gouvernement de Pierre Mendès-France, l’Algérie ce n’est pas le Viêt-Nam. Le ministre de l’Intérieur, François Mitterrand, déclare : « L’Algérie, c’est la France ». Mais cette politique de répression échoue, alors que monte en France la volonté de ne pas s’engager dans une nouvelle guerre : les premiers envois du contingent provoque des manifestations, des casernes se révoltent et refusent de partir en Algérie. Cette volonté de paix débouche, aux élections du 2 janvier 1956, sur une victoire du Front républicain mené par le Parti socialiste et un grand succès du Parti communiste qui, avec 25,36 % des voix, fait élire 150 députés. L’idée majoritaire est alors qu’il faut éviter la guerre en Algérie en privilégiant la recherche d’une solution politique. Une chance historique se présente, qui aurait pu, si elle avait été saisie, épargner les vies de centaines de milliers d’Algériens et de 30 000 jeunes soldats français. Que de souffrances, que de deuils, que de honte auraient ainsi été évités. L’histoire en a décidé autrement : le premier ministre socialiste Guy Mollet chassé d’Alger sous les tomates des partisans de l'Algérie française, engage le contingent, avec un mot d’ordre en apparence de gauche : celui du combat de la République laïque de liberté, d’égalité et de fraternité contre les forces obscures. C’est terrifiant. Ce sont ces mêmes arguments que l’on retrouvera plus tard chez Reagan et sa lutte contre "l’Empire du Mal ". Mais Guy Mollet aussi échoue, avec le coup de force d’Alger du 13 mai 1958 qui ramène De Gaulle au pouvoir. Pendant deux ans, ce dernier fait tout pour gagner la guerre. Il propose la paix des braves en exigeant la capitulation des Algériens qui la refusent, et c’est à l’issue de ces trois temps que s’annonce 1961, année centrale parce que c’est durant cette année que De Gaulle arrive à la conclusion que la France ne pourra pas gagner la guerre et que le principe de l’autodétermination du peuple algérien est adopté. Rappelons-nous le contexte : le 23 avril 1961, le coup de force des généraux d’Alger est brisé par la résistance de De Gaulle et le soutien à la République qu’affirment les communistes, les syndicats, la majorité du peuple et du contingent, qui refuse de suivre les ultras de la guerre. Simultanément naît l’OAS, organisation fasciste, tandis que les négociations se poursuivent avec le gouvernement provisoire de la République algérienne, et qu’un véritable front hostile à la guerre s’est mis en place, comprenant les intellectuels, les syndicats, les communistes, qui s’élargit sans cesse au rythme effréné des manifestations. C’est dans ce contexte de tensions et de violences que survient le 17 octobre, mouvement de révolte des Algériens de métropole qui refusent la chasse au faciès et le statut de citoyen de seconde zone, malgré la violence de la répression. C’est ce mouvement que Papon et le gouvernement choisissent de briser, parce qu’il contribue à la recherche d’une solution pacifique en Algérie, en montrant la force des Algériens de France. Le 17 octobre 1961, c’est donc une répression sauvage, mais ce n’est pas que cela : c’est aussi un moment politique majeur, d’autant plus que dans l’appareil d’Etat une partie des gens qui soutenaient De Gaulle l’ont lâché. Après l’année cruciale 1961, on s’approche de la semaine cruciale, celle qui entoure la manifestation de Charonne, en février 1962.

    Le massacre de Charonne s’inscrit-il dans le prolongement de la nuit du 17 octobre ?

    Henri Malberg Le 17 octobre 1961 est le prélude à ce que j’appelle la semaine décisive, parce que c’est elle qui donne le signal que, cette fois, on va en finir une bonne fois pour toutes avec cette guerre, et aller vers le droit à l’indépendance du peuple algérien. L’OAS, qui sent le vent tourner, installe la guerre en France. C’est en réaction à ses agissements qui choquent l’opinion que la manifestation de Charonne a lieu, sous le mot d’ordre : « A bas le fascisme, OAS assassin, paix en Algérie ». Après le crime de Charonne, la cause est entendue parce que converge un mouvement populaire irrésistible en France. Charonne reste une grande date dans l’Histoire de France. Les obsèques de Charonne sont à la fois un acte de douleur et de souffrance mais aussi l’une des plus grandes manifestations politiques de l’histoire d’après guerre. Les grèves et ce million de gens qui viennent crier leur peine au Père Lachaise, c’est immense et, objectivement, c’est ce qui donne les forces à De Gaulle pour conclure la paix, parce que le peuple a dit assez, parce que De Gaulle veut mettre fin à cette guerre, et puisque l’OAS est isolée. Les obsèques ont lieu le 13 février, les accords d’Evian sont signés le 18 mars. Il y a donc bien une année de basculement, et le 17 octobre en est un moment.

     

    Des questions subsistent sur la ligne du PCF durant toutes ces années de guerre. On lui a souvent reproché de ne pas avoir donné de mot d’ordre clair en faveur de l’indépendance algérienne, lui préférant celui de paix en Algérie, souvent perçu comme une marque de distance vis-à-vis de l’aspiration nationale algérienne. Selon vous, le PCF a-t-il failli à son engagement anticolonial concernant l’Algérie, ou sa position a-t-elle été caricaturée ?

    Henri Malberg Que l’on ait été caricaturé, c’est clair, puisque, dans tous ses textes fondamentaux, le PCF est tout à fait convaincu que l’indépendance est au bout du chemin. Cela vient de très loin : Maurice Thorez parlait déjà, avant la guerre, de l’Algérie comme d’une nation en formation. La position s’infléchit certes après la guerre, où le PCF soutient, en 1946-1947, la création de l’Union française, que même Ho Chi Min, à un moment donné, a considéré comme une voie possible dans le contexte d’après-guerre, avec la poussée des forces progressistes, le programme du CNR et la présence des communistes au gouvernement, qui ont fait espérer une union de peuples permettant à ces pays de trouver un chemin d’émancipation. Mais la Guerre froide, la passion impérialiste de la bourgeoisie française et le profit qu’elle tirait de la colonisation ont fait rapidement de cette issue une utopie appartenant à l’Histoire. Reste que le mot d’ordre de paix en Algérie est une question très complexe, qui nous a fâchés avec des gens. C’était bien plus dur que pour le Viêt-Nam. Parce que l’Algérie est de l’autre côté de la Méditerranée, parce qu’elle comptait un million d’Européens sur dix millions d’habitants. Nous étions tenaillés par l’idée de ne pas demeurer un petit groupe isolé de la majorité du peuple, et de gagner cette majorité à nos vues. Dans cette optique, l’idée arrêter cette guerre, de faire la paix et de ramener le contingent était le mot d’ordre le plus juste. Et pendant longtemps, nous avons été quasiment les seuls à agir en ce sens. Lorsque le mouvement a gagné en force, des intellectuels et des communistes ont alors monté le réseau Jeanson d’aide au FLN. En tant que parti politique, nous avons considéré que ce type d’actions ne menait nulle part et contribuerait à nous isoler. Avec le recul, je regrette ce que j’ai pensé de ces gens. C’était leur conscience, nous étions du même côté de la barricade, même si je persiste à penser que nous aurions commis une erreur historique en les imitant, car l’évolution décisive dont j’ai parlé n’aurait peut-être pas eu lieu. Alors bien sûr, les communistes n’ont pas toujours eu, à la minute près, le bon mot juste, le bon éditorial, la bonne attitude. Mais j’observe qu’il est quand même insupportable que, alors que toutes les grandes formations politiques, droite comme PS, ont été au-dessous de toute dignité dans cette histoire, on ne parle jamais de leur attitude : eux ont tous les droits de se tromper, les communistes aucun. Mitterrand a quand même laissé guillotiner plusieurs dizaines d’Algériens quand il était Garde des Sceaux de Guy Mollet ! Et on voudrait nous dépeindre comme inhumains, dans le sens d’une intelligence supérieure qui à chaque moment doit deviner la suite de l’histoire ? Non, cela ne se passe pas ainsi.

    Les critiques se cristallisent sur un moment particulier : celui du vote des pouvoirs spéciaux à Guy Mollet, le 12 mars 1956, qui sert d’exemple pour affirmer que, finalement, le Parti communiste ne s’est pas distingué des autres partis ou, pour le moins, n’a pas été plus vertueux. Qu’en pensez-vous ?

    Henri Malberg L’épisode des pouvoirs spéciaux n’a duré que trois mois. Des camarades pensent aujourd’hui que c’était une erreur, car selon eux, la suite était inscrite, et donc, en réfléchissant bien, nous n’aurions pas dû voter les pouvoirs spéciaux à Guy Mollet. Je continue à penser quant à moi qu’il fallait le faire, pour des raisons simples : le peuple avait voté massivement pour une politique de paix en Algérie, Guy Mollet se présentait non pas comme un ultra mais comme un homme qui voulait les pleins pouvoirs pour trouver des solutions politiques. Je préfère endurer le reproche que nous avons eu tort au regard de la suite des événements, plutôt que celui de n’avoir pas saisi la chance de mettre fin à cette guerre, quand bien même il n’y en avait qu’une sur mille. Le vote des communistes n’avait rien à voir avec une carte blanche accordée à Guy Mollet : au contraire, notre vote était conditionné à l’application d’une politique bien définie. Et on peut relire cette explication de vote un demi siècle après avec honneur. Ceci étant dit, nous ne sommes pas à chaque instant comptable de l’avenir du monde, l’histoire nous a montré d’ailleurs que c’est lorsqu’on croit cela que l’on commet les erreurs les plus lourdes.

    Comment expliquez-vous le relatif silence qui entoure les événements d’octobre 1961 au regard des intenses commémorations de Charonne ?

    Henri Malberg Je pense que, pendant longtemps, on a sous-estimé la portée du 17 octobre 1961. Pendant des années on s’est tu là-dessus. Tenant compte que Charonne s’est produit à la toute fin de la guerre d’Algérie, il est logiquement devenu le moment clé, historiquement. Mais cela commence à changer. Avec le retour de l’intérêt pour l’histoire dans la vie politique française, les langues se délient autour de la signification du 17 octobre 1961. Cinquante ans après, au lieu de se concentrer uniquement sur le dénouement, apparaissent aujourd’hui plus clairement les points forts de cette histoire. Ceci dit, il ne faut pas en rajouter, on ne découvre quand même pas aujourd’hui ce que fut cet événement. Il n’y a qu’à lire l’Humanité Dimanche d’il y a vingt ans pour s’en convaincre, où j’ai retrouvé une page tout à fait remarquable. Mais le lien entre le 17 octobre et Charonne s’établit davantage aujourd’hui à mes yeux comme l’une des « arêtes » de cette histoire.

    Que s’est-il passé exactement la nuit du 17 octobre 1961 ? De Gaulle y a-t-il joué un rôle ? Ou s’agit d’une répression déclenchée par les ultras pour contrecarrer le chemin vers l’indépendance ? Et dans ce cas, ce massacre n’a-t-il pas desservi d’abord la cause des assassins en créant un basculement dans l’opinion en faveur de la fin de la guerre ?

    Henri Malberg Sur le dernier point, je pense que oui, car à cette époque, je le répète, les assassins tuaient tous les soirs. Le 17 octobre manifeste le sentiment massif de la population et des travailleurs algériens, et il a des conséquences profondes sur l’opinion française malgré les manipulations médiatiques et les mensonges du gouvernement. Plusieurs écrivains et historiens ont tenté de dresser un bilan des morts. Ils continuent de diverger, l’écart allant de 50 à 200 tués. Mais la certitude est qu’il s’est agi d’un vrai carnage. Quant aux responsabilités, Papon a assumé la répression, le ministre de De Gaulle, Roger Frey, a couvert Papon, lequel Papon avait clairement donné carte blanche à ses policiers dans la semaine précédant le massacre en promettant de les couvrir. Il a fait passer cette consigne dans les commissariats en s’appuyant sur le ressentiment créé par l’exécution de policiers par le FLN. Quant à De gaulle, ma conviction personnelle est que je ne l’imagine pas disant : « Tuez deux cents arabes ». Mais je pense qu'il ne voulait pas être sous la pression de la rue au moment où les discussions se poursuivaient avec les Algériens. Je pense, mais je n’en ai aucune preuve, que sa volonté était de faire régner l’ordre pour avoir les mains libres dans ses négociations avec les Algériens. Comme déjà durant la Résistance, il n’a jamais aimé l’intervention populaire, se réservant sa liberté de choix politique. Et puis il n’appréciait pas dans ce moment l’action des communistes, même s’il en tenait compte. En tout cas, l’instruction est venue d’en haut, on ne déplace pas des milliers de policiers sans ordre du pouvoir.

    Source: L'Humanité.fr.

    http://upac.over-blog.com


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  • 50èmeanniversaire du massacre du 17 octobre 1961

     

    L’État impérialiste a recours au crime raciste: souvenons-nous-en et opposons-lui l’unité des travailleurs !

     

    Communiqué de la section PCF Paris 15ème repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

     

    Le 17 octobre 1961, dans les derniers mois de la guerre d’Algérie, 30.000 travailleurs algériens manifestent pacifiquement à Paris.

     

    Le Front de libération nationale, le FLN, a organisé cette mobilisation pour dénoncer le couvre-feu raciste instauré à l’encontre des Algériens vivant en région parisienne, pourtant officiellement considérés comme citoyens français par l’Etat colonial.

     

    La manifestation est réprimée avec une violence inouïe. La police frappe, tabasse, roue de coups, tire.

     

    Elle jette des centaines de manifestants dans la Seine pour qu’ils se noient. Des milliers sont arrêtés, battus, sinon torturés plusieurs jours durant dans des centres de rétention. Selon les historiens, il y aurait eu entre 100 et 300 morts.

     

    Le déchaînement policier a été minutieusement organisé.Il est directement le résultat de consignes précises de l’autorité, du préfet de police Maurice Papon, celui-là même qui, en tant que secrétaire général de la préfecture de la Gironde, aida à déporter les juifs de Bordeaux sous l’Occupation.

     

    Les crimes des policiers du 17 octobre 1961 seront tous couverts. Les faits seront et sont encore étouffés aujourd’hui officiellement.

     

    Il ne s’agit de rien d’autre que d’un crime d’Etat, d’un crime de l’Etat impérialiste français.   

     

    Fin 1961, l’indépendance prochaine de l’Algérie ne fait plus de doutes. Mais, l’impérialisme français entend préserver les intérêts des compagnies françaises, son accès aux ressources naturelles, au pétrole, malgré la décolonisation.

     

    La guerre et la répression continuent afin de peser sur les négociations, en Algérie mais aussi en France.

    Le capitalisme français entend aussi continuer à exploiter au maximum les travailleurs immigrés algériens sur le sol français et ne peut supporter leur révolte et leur organisation.

     

    Le racisme est intrinsèque au colonialisme, au capitalisme, à l’impérialisme.

     

    Ceux qui les combattent leur opposent l’unité des travailleurs.

     

    Adversaires les plus constants et résolus du colonialisme, le PCF et la CGT, avec quelques rares autres, ont organisé l’intervention des travailleurs français pour la paix en Algérie.

     

    Dans les mois suivant le 17 octobre 1961, alors que les crimes des jusqu’au-boutistes de l’Algérie française, les fascistes de l’OAS, se multiplient des deux côtés de la Méditerranée, la mobilisation s’amplifie.

     

    Le 8 février 1962, la répression, organisée par le même préfet Papon, massacre 9 manifestants cégétistes dont 8 communistes au métro Charonne.

     

    Comment ne pas rapprocher ces deux tragédies ?

     

    Exigeons plus que jamais toute la vérité sur Charonne, toute la vérité sur le 17 octobre 1961 que les autorités continuent occulter !

     

    Plus que jamais, 50 ans après, rendons hommage aux martyrs du 17 octobre 1961 et à ceux du 8 février 1962 qui luttèrent ensemble jusqu’à la mort pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.


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  • Un crime de masse, 50 ans de déni de justice qui doivent prendre fin !

    Les événements du 17 octobre 1961 ont longtemps été frappés d'un oubli presque entier. Longtemps, nul ne semblait savoir qu'avait eu lieu en 1961 une manifestation de masse d'Algériens à Paris, ni qu'elle avait été réprimée avec une extrême violence. Il importe de déterminer les raisons de cet oubli, mais aussi de comprendre comment il a pu être, depuis les années 1980, progressivement et partiellement dissipé . Ce n'est qu'à cette condition qu'il sera possible de rendre raison de l'ambiguïté de la "mémoire officielle" du 17 octobre 1961 qui se construit actuellement.

    Ce qui s'est passé le 17 octobre 1961

     

    17 octobre 1961 - 17 octobre 2011

     

    Appel pour la reconnaissance officielle du 17 octobre 1961 à Paris

    «Il y a cinquante ans, le préfet de Police de la Seine, Maurice Papon, avec l'accord du gouvernement, imposa un couvre-feu visant exclusivement tous les Français musulmans d'Algérie.

    «Ce couvre-feu raciste entraîna une réaction pacifique des Algériens, sous la forme d'une manifestation dans les rues de Paris. Au soir du mardi 17 octobre 1961, ils furent près de trente mille, hommes, femmes et enfants, à défiler pacifiquement sur les grandes artères de la capitale pour revendiquer le droit à l'égalité et défendre l'indépendance de l'Algérie.

    «La répression policière de cette protestation non violente est une des pages les plus sombres de notre histoire. Longtemps dissimulée à l'opinion et désormais établie par les historiens, elle fut féroce : onze mille arrestations, des dizaines d'assassinats, dont de nombreux manifestants noyés dans la Seine, tués par balles, frappés à mort.

    «Le temps est venu d'une reconnaissance officielle de cette tragédie dont la mémoire est aussi bien française qu'algérienne. Les victimes oubliées du 17 octobre 1961 travaillaient, habitaient et vivaient en France. Nous leur devons cette justice élémentaire, celle du souvenir. «Reconnaître les crimes du 17 octobre 1961, c'est aussi ouvrir les pages d'une histoire apaisée entre les deux rives de la Méditerranée. En 2012, l'Algérie fêtera cinquante ans d'une indépendance qui fut aussi une déchirure française. A l'orée de cette commémoration, seule la vérité est gage de réconciliation.

    «Ni vengeance, ni repentance, mais justice de la vérité et réconciliation des peuples: c'est ainsi que nous construirons une nouvelle fraternité franco-algérienne. »

     

    La carte des manifestations prévues le 17 octobre 2011 en France à l'occasion du cinquantenaire de la tragédie du 17 octobre 1961

    Au lendemain de la tragédie du 17 octobre 1961, Kateb Yacine (1929-1989), immense poète algérien, s’adressait à nous tous, le peuple français :

    Peuple français, tu as tout vu
    Oui, tout vu de tes propres yeux.
    Tu as vu notre sang couler
    Tu as vu la police
    Assommer les manifestants
    Et les jeter dans la Seine.
    La Seine rougissante
    N’a pas cessé les jours suivants
    De vomir à la face
    Du peuple de la Commune
    Ces corps martyrisés
    Qui rappelaient aux Parisiens
    Leurs propres révolutions
    Leur propre résistance.
    Peuple français, tu as tout vu,
    Oui, tout vu de tes propres yeux,
    Et maintenant vas-tu parler ?
    Et maintenant vas-tu te taire ?



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  • Un article de José Fort, ancien journaliste à l’Humanité

    Brigades Internationales : « Levés avant le jour »

    Il y a 75 ans, 30.000 volontaires du monde entier (9.000 Français) partaient défendre la République espagnole contre le putsch fomenté par Franco avec la complicité d’Hitler, de Mussolini et l’indifférence de Paris et de Londres. A la fin de ce mois d’octobre 2011, à Madrid, Albacete et Barcelone, les survivants de cette épopée vont commémorer cet anniversaire en compagnie de leurs enfants, petits enfants et leurs amis. [1]

    « Nous nous sommes levés avant le jour », aimait répéter le Colonel Henri Rol-Tanguy lorsque nous l’interrogions sur le rôle des Brigades Internationales (BI) parties défendre la République espagnole. « Nous avions compris », ajoutait-il, « que partant défendre Madrid, nous défendions Paris et l’Europe de la menace nazi ». Les 9.000 Français membres des BI (près de 3.000 sont morts sur la terre espagnole) avec près de 30.000 volontaires venus de toute l’Europe, des Amériques et d’Asie n’ont pas seulement fait acte de courage et de solidarité. Ils ont fait preuve de lucidité alors que les puissances occidentales prônaient la « non intervention » tandis que Hitler, Mussolini et Salazar armaient les putschistes menés par Franco.

    En février 1936, le « Frente Popular » remportait les élections avec 52% des suffrages. A l’époque, l’Espagne c’était 24 millions d’habitants dont 12 millions d’illettrés, 8 millions de pauvres, 2 millions de paysans sans terre, 5.000 couvents, 110.000 prêtres, moines ou religieux, 800 généraux, une police sauvage. Au lendemain de la victoire électorale, le nouveau pouvoir républicain libérait les mineurs asturiens victimes de la répression de 1934 (5.000 morts, 3.000 blessés, 4.500 emprisonnés), augmentait les salaires, légalisait les occupations de terres non cultivées. La grande bourgeoisie et l’armée décidait alors, après avoir obtenu le feu vert de Berlin, de mettre un terme à cette « révolution ». Le 18 juillet 1936, le signal était donné depuis le Maroc par Franco : « Dans toute l’Espagne, le ciel est sans nuages ». La majorité des officiers se ralliait au putsch.

    A Londres, la City souhaitait une défaite de la République pour préserver ses placements dans les mines espagnoles qui fournissaient cuivre, tungstène et mercure et éliminer le jeune pouvoir « bolchévik » installé à Madrid. A Paris, la droite hurlant « plutôt Hitler que le Front populaire » s’enthousiasmait de l’aide massive en avions, mercenaires, blindés, armements lourds allemands et italiens à Franco alors que le gouvernement de Léon Blum se refusait à honorer les livraisons à la République espagnole d’armes pourtant déjà payées. La politique de « non intervention » des dites « démocraties » occidentales ouvrait les portes à une intervention directe des nazis et des mussoliniens dans les affaires intérieures de l’Espagne.

    Les Brigades internationales ont surgi comme la réplique des démocrates du monde entier face à l’invasion fasciste. Le plus grand nombre passait par Paris. Après une visite médicale et un entretien d’incorporation venait le temps de prendre les différents chemins de la lutte : par le train à bord du célèbre Paris-Perpignan de 22h17, par camions vers Marseille ou directement, mais par des routes discrètes vers la frontière espagnole. Au même moment, André Malraux achetait des avions et recrutait des pilotes pour former l’escadrille « España ». Malgré la « non intervention » des avions et des armes passaient de France en Espagne avec la complicité de quelques ministres (Pierre Cot avec Jean Moulin et Gaston Cusin). La Compagnie maritime France-Navigation créée par des militants communistes français avec à leur tête Georges Gosnat organisait des navettes entre l’URSS et l’Espagne. A bord, de l’armement lourd.

    Les « volontaires de la liberté » étaient rapidement envoyés au front pour défendre Madrid. Quelques semaines avant l’entrée dans les combats des brigadistes, le ministre espagnol Martinez Barrio avait reçu André Marty et une délégation venue discuter des conditions d’envoi des volontaires étrangers. Il avait posé la question suivante : « Dans quelle condition voulez-vous participer à notre lutte » ? « Nous ne posons aucune condition », avait répliqué Marty. « Nous ne désirons qu’une chose : que les Brigades internationales soient considérées comme des unités uniquement subordonnées au gouvernement et à ses autorités militaires ; qu’elles soient utilisées comme troupe de choc en tous lieux où ce sera nécessaire ». Les brigadistes seront envoyés sur les points les plus chauds. Ils auront un comportement héroïque face aux putschistes et à leurs complices allemands et italiens.

    La Brigade internationale des Français sera la « XIV » dite « La Marseillaise » avec à sa tête Jules Dumont (fusillé par les nazis en 1943), Boris Guimpel, Jean Hemmen (fusillé en 1942), Putz (tué en Alsace fin 1944), Henri Tanguy qui ajoutera « Rol » (du nom d’un de ses copains tué en Espagne) et dirigera plus tard la libération de Paris. Les brigadistes seront de tous les combats jusqu’à la dernière grande bataille, la plus sanglante de toutes, la Bataille de l’Ebre. Et c’est en pleine bataille de l’Ebre que les Brigades internationales sont retirées par le Président espagnol Negrin qui pensait ainsi faciliter le départ des troupes allemandes et italiennes d’Espagne. Vaine illusion. Les jeux étaient faits. L’Angleterre et les Etats-Unis avaient déjà reconnu le régime franquiste dit de « Burgos ».

    Le départ des Brigades internationales donna lieu à des adieux grandioses. Dolorès Ibarruri, « Pasionaria » prononça ce jour là un discours émouvant : « Mères ! Épouses ! Quand passeront les années et que seront cicatrisées les blessures de la guerre, quand le souvenir des jours douloureux et sanglants sera estompé dans un présent de liberté, de paix et de bien-être, quand les rancœurs iront s’atténuant et que l’orgueil de la patrie libre sera également ressenti par tous les Espagnols, parlez à vos enfant, parlez-leur de ces hommes des Brigades internationales ».

    Les Brigades Internationales dissoutes, beaucoup d’hommes n’ont pas pu rentrer dans leur pays. Nombreux ont trouvé refuge en France et ont été rejoints par 500.000 exilés espagnols fuyant Franco et les persécutions. Les autorités françaises de l’époque les ont parqués dans des camps comme ceux d’Argelès, le Vernet, Gurs, St Cyprien... D’autres se sont échappés, d’autres prendront le chemin des Amériques, d’autres encore rejoindront la Résistance à l’occupant nazi. De nombreux « Espagnols rouges » marqués du triangle bleu d’ « apatrides » seront envoyés dans le camp de concentration de Mauthausen.

    Les anciens de la guerre d’Espagne ont formé l’ossature des premiers groupes armés de la Résistance. Ils continuaient en France le combat commencé en Espagne en se levant « avant le jour ». Le 25 août 1944, les premiers blindés de la 2ème DB du général Leclerc portant les noms de « Madrid », « Teruel », « Brunete » entraient dans Paris. A bord, des républicains espagnols guidés dans les rues de la capitale par des résistants eux aussi espagnols et placés sous les ordres du chef de l’insurrection parisienne, le colonel Henri Rol-Tanguy.

    José Fort (lu sur son blog)

    Article publié dans « Vie Nouvelle »

     

    Extraits du discours de Dolores Ibarruri (La Pasionaria) fait à Barcelone le 15 novembre 1938

    Adieu aux Brigades Internationales

    "Mères ! Femmes ! Lorsque les années auront passé et que les blessures de la guerre seront cicatrisées ; lorsque le souvenir des jours de détresse et de sang se sera estompé dans un présent de liberté, d’amour et de bien-être ; lorsque les rancœurs seront mortes et que tous les espagnols sans distinction connaîtront la fierté de vivre dans un pays libre, alors, parlez à vos enfants. Parlez leur de ces hommes des Brigades Internationales.

    Dites-leur comment, franchissant les océans et les montagnes, passant les frontières hérissées de baïonnettes, épiés par des chiens dévorants avides de déchirer leur chair, ces hommes sont arrivés dans notre pays comme des croisés de la liberté. [...]

    Ils abandonnèrent tout : tendresse, patrie, foyer, fortune, mères, épouses, frères, sœurs et enfants, et vinrent nous dire : nous voici. Votre cause, la cause de l’Espagne, est la nôtre. C’est la cause de toute l’humanité éprise de progrès !

    Aujourd’hui, ils s’en vont. Beaucoup d’entre eux, des milliers, restent ici, avec comme linceul, la terre espagnole, et tous les espagnols se souviennent d’eux avec une émotion profonde. [...]

    Camarades des Brigades Internationales ! Des raisons politiques, des raisons d’État, l’intérêt de cette même cause pour laquelle vous avez offert votre sang avec une générosité sans limites, font que vous repartez, certains de vous dans leur pays, d’autres vers un exil forcé. Vous pouvez partir la tête haute. Vous êtes l’histoire, la légende, l’exemple héroïque de la solidarité et de la démocratie universelle[...].

    Nous ne vous oublierons pas ; et quand l’olivier de la paix se couvrira de nouveau de feuilles mêlées aux lauriers victorieux de la République espagnole, revenez !"

     

    [1] Les Amis des Combattants en Espagne Républicaine, 16 Villa Compoint, 7517 Paris et sur internet tapez ACER


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  • Che Guevara fut capturé le 8 octobre 1967 à proximité du village de La Higuera. Il fut fusillé le lendemain à 13 heures 10 par le sergent Mario Terán sur ordre du général Barrientos de l'armée bolivienne. Le corps fut transféré dans la ville de Vallegrande où il fut exposé quelques heures devant la presse internationale. Il fut enterré secrètement sur un aérodrome après que ses mains furent coupées pour pouvoir prouver son identité.
    En 1997 sa dépouille a été exhumée et rapatriée à Cuba, au mausolée de Santa Clara, site de sa victoire contre les troupes de Fulgencio Batista en 1958.
    Che Guevara était âgé de 39 ans le jour de sa mort.

    Feu Che Guevara, photographie de Marc Hutten, 1967











     

     

     

     

    44 ans après, ceux qui ne l’ont pas connu lui rendent toujours hommage comme la preuve éternelle que la lutte contre le capital et pour le socialisme est toujours debout, boiteuse certes mais en regardant l’image du CHE, chacun de nous prendra conscience qu’un autre monde est possible et se mettra à l’ouvrage !!

     

    HASTA LA VICTORIA SIEMPRE !!



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  • C’est ça, le Capitalisme : profiter de toutes les opportunités ! Les négriers aussi se contentaient de "profiter " de l’esclavage ...

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    Les Héritiers de BMW sont particulièrement cyniques, leur grand-père était seulement de son temps, et une partie des profits réalisés sur les cadavres des esclaves sera consacré à la restauration de baraquements et à la création d’un centre de documentation sur le travail forcé :


    (lu sur Europe1.fr Marie-Laure Combes)

    BMW SOLDE SON PASSE NAZI

    Les héritiers de l’entreprise veulent tirer un trait sur les relations de leurs ancêtres avec le IIIème Reich.

    Pas "victime des nazis" mais pas "collaborateur" non plus. Les héritiers de la famille Quandt, à la tête de plusieurs entreprises allemandes dont BMW, ont décidé d’enquêter et de révéler la vérité sur le passé de leur grand-père, Günther Quandt. Pour enfin tourner la page. Des travailleurs forcés dans les usines familiales

    Chez les Quandt, le trouble est venu d’un documentaire sur Günther, le fondateur de la dynastie. Les héritiers ont alors ouvert leurs archives familiales à un historien, chargé de démêler le vrai du faux. Au cours de son enquête, Joachim Scholtyseck a mis au jour que Günther Quandt avait employé dans ses usines plus de 50.000 travailleurs forcés - prisonniers de guerre et des camps de concentration - pour fabriquer des armes et des batteries, dans des conditions de sécurité effroyables, au service du régime nazi.

    L’historien a également découvert que Günther Quandt avait profité de la politique d’"aryanisation" pour étendre son empire en reprenant des entreprises qui appartenaient à des juifs.

    "Notre grand-père n’était pas un antisémite. Pas un nazi convaincu. Pas un va-t-en-guerre", se défend Stefan Quandt, l’un de ses petits-fils, dans une interview au quotidien Die Zeit . "Il a profité des possibilités que le système offrait"

    Pour son héritier, Günther Quandt ne faisait pas partie du "régime nazi" mais du "système nazi". "J’associe le mot ’régime’ à une direction politique, à laquelle il n’appartenait pas. Il a simplement profité des possibilités que le système offrait aux industriels, mais dont il n’a jamais suivi les buts idéologiques", justifie-t-il.

    Le père de Stefan Quandt, Herbert, aurait lui aussi utilisé des travailleurs forcés dans une de ses usines à Strasbourg et même chapeauté la construction d’un baraquement pour des prisonniers de camps de concentration à Sagan, dans l’actuelle Pologne, a pu établir Joachim Scholtyseck.

    Un travail historique qui permet aujourd’hui aux héritiers de solder le passé. Les Quandt ont annoncé qu’ils allaient soutenir un centre de documentation sur le travail forcé et financer la rénovation de deux baraquements , dans lesquels ces travailleurs étaient installés à Berlin.


    NOTE de pilhaouer :

    A cette époque, grand-père QUANDT ne finançait pas de retraite à 67 ans, les temps étaient durs pour les entrepreneurs, voyez-vous, et il y avait d’autres solutions.

    Wikipedia : En novembre 2007, la Norddeutsche Rundfunk a présenté le film Das Schweigen der Quandts (Le Silence des Quandt). Le film montre des centaines de prisonniers devenus incapables de travailler après avoir servi dans l’usine d’accumulateurs des Quandt à Hanovre-Stöcken (ex Varta) et logés dans une succursale du camp de Neuengamme. Ils furent déportés à Gardelegen et y furent assassinés dans la grange d’Isenschnibbe.

    Le film (en allemand) : http://www.youtube.com/watch?v=shkg...

    de : pilhaouer


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  • Le tableau d'Horace Vernet glorifie la bataille de Valmy, victoire inattendue, fondatrice de la République. Cette bataille fut-elle aussi acharnée que ce tableau le laisse entendre ? Une légende entoure cette bataille. Pourquoi ?  

    Au pied du mythique moulin, les bataillons français tiennent tête aux troupes prussiennes. © CNDP

    Valmy, petite commune de la Marne, à la limite de la Champagne pouilleuse. Le 20 septembre 1792, face à la meilleure armée du moment, celle du duc de Brunswick, les Français remportèrent une victoire décisive, sous le commandement des généraux Dumouriez et Kellermann… et d'un certain duc de Chartres. Face à ces troupes de volontaires français qui défiaient l'ennemi au cri de « Vive la Nation ! », l'armée prussienne recule : la révolution est sauvée ! Le lendemain, 21 septembre 1792, la République est proclamée à Paris…
    « En ce lieu et de ce jour date une nouvelle époque dans l'histoire du monde » s'exclama l'écrivain allemand Goethe, présent sur le champ de bataille de Valmy. Le tableau de Vernet fait l'éloge de cette victoire. Louis Philippe Ier, devenu « roi citoyen » en 1830 attacha une importance toute particulière à cette toile où il figure en bonne place, parmi les grandes figures militaires de l'an I…

     

    Première Loi française sur le divorce

     
    20 septembre  1792

    L'Assemblée législative vote le divorce. La nouvelle loi a un impact très fort sur la population. A partir de l'an VII (fin 1798 et 1799), un mariage sur trois est dissout à Paris. Auparavant, le mariage était un sacrement indissoluble qui relevait de l'église. Pourtant le divorce existait déjà à l'époque romaine mais il avait disparu peu à peu sous l'influence des juridictions ecclésiastiques. La nouvelle loi sera abolie en 1816 sous Louis XVIII, puis rétablie en 1884.

     



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  • Dernier discours de Salvador Allende à la radio nationale le 11 septembre 1973

    Chili : Dernier discours de Salvador Allende à la radio nationale le 11 septembre 1973

    Je paierai de ma vie la défense des principes qui sont chers à cette patrie. La honte tombera sur ceux qui ont trahi leurs convictions, manqué à leur propre parole et se sont tournés vers la doctrine des forces armées.

    Le Peuple doit être vigilant, il ne doit pas se laisser provoquer, ni massacrer, mais il doit défendre ses acquis. Il doit défendre le droit de construire avec son propre travail une vie digne et meilleure. À propos de ceux qui ont soi-disant « autoproclamé » la démocratie, ils ont incité la révolte, et ont d’une façon insensée et douteuse mené le Chili dans le gouffre. Dans l’intérêt suprême du Peuple, au nom de la patrie, je vous exhorte à garder l’espoir. L’Histoire ne s’arrête pas, ni avec la répression, ni avec le crime. C’est une étape à franchir, un moment difficile. Il est possible qu’ils nous écrasent, mais l’avenir appartiendra au Peuple, aux travailleurs. L’humanité avance vers la conquête d’une vie meilleure.

    Compatriotes, il est possible de faire taire les radios, et je prendrai congés de vous. En ce moment des avions sont en train de passer, ils pourraient nous bombarder. Mais sachez que nous sommes là pour montrer que dans ce pays, il y a des hommes qui remplissent leurs fonctions jusqu’au bout. Moi, je le ferai, mandaté par le Peuple et en tant que président conscient de la dignité de ce dont je suis chargé.

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    C’est certainement la dernière occasion que j’ai de vous parler. Les forces armées aériennes ont bombardé les antennes de radio. Mes paroles ne sont pas amères mais déçues. Elles sont la punition morale pour ceux qui ont trahi le serment qu’ils ont prêté. Soldat du Chili, Commandant en chef, associé de l’Amiral Merino, et du général Mendosa, qui hier avait manifesté sa solidarité et sa loyauté au gouvernement, et aujourd’hui s’est nommé Commandant Général des armées.

    Face à ces évènements, je peux dire aux travailleurs que je ne renoncerai pas. Dans cette étape historique, je paierai par ma vie ma loyauté au Peuple. Je vous dis que j’ai la certitude que la graine que l’on a confiée au Peuple chilien ne pourra pas être détruite définitivement. Ils ont la force, ils pourront nous asservir, ils mais n’éviteront pas les procès sociaux, ni avec le crime, ni avec la force.

    L’Histoire est à nous, c’est le Peuple qui la fait.

    Travailleurs de ma patrie, je veux vous remercier pour la loyauté dont vous avez toujours fait preuve, de la confiance que vous avez accordé à un homme qui fut le seul interprète du grand désir de justice, qui jure avoir respecté la constitution et la loi. En ce moment crucial, la dernière chose que je voudrais vous dire, c’est que la leçon sera retenue.

    Le capital étranger, l’impérialisme, ont créé le climat qui a cassé les traditions : celles que montrent Scheider et qu’aurait réaffirmé le commandant Araya. C’est de chez lui, avec l’aide étrangère, que celui-ci espérera reconquérir le pouvoir afin de continuer à défendre ses propriétés et ses privilèges.

    Je voudrais m’adresser à la femme simple de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous, à l’ouvrière qui a travaillé dur et à la mère qui a toujours bien soigné ses enfants. Je m’adresse aux fonctionnaires, à ceux qui depuis des jours travaillent contre le coup d’État, contre ceux qui ne défendent que les avantages d’une société capitaliste. Je m’adresse à la jeunesse, à ceux qui ont chanté et ont transmis leur gaieté et leur esprit de lutte. Je m’adresse aux Chiliens, ouvriers, paysans, intellectuels, à tous ceux qui seront persécutés parce que dans notre pays le fascisme est présent déjà depuis un moment. Les attentats terroristes faisant sauter des ponts, coupant les voies ferrées, détruisant les oléoducs et gazoducs, face au silence de ceux qui avaient l’obligation d’intervenir. L’Histoire les jugera.

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    Ils vont sûrement faire taire radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son métallique de ma voix tranquille. Peu importe, vous continuerez à m’écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le Peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et se laisser humilier. Travailleurs : j’ai confiance dans le Chili et dans son destin. D’autres hommes espèrent plutôt le moment gris et amer où la trahison s’imposerait. Allez de l’avant sachant que bientôt s’ouvriront de grandes avenues où passera l’homme libre pour construire une société meilleure.

    Vive le Chili, vive le Peuple, vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j’ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu’au moins surviendra une punition morale pour la lâcheté et la trahison."

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  • Au service de l’esprit - Pour la convocation des Etats Généraux de l’Intelligence Française

    Paul Vaillant-Couturier

    Le texte Au service de l’esprit. Pour la convocation des Etats Généraux de l’Intelligence Française, fut présenté par Paul Vaillant-Couturier devant le comité central du Parti Communiste Français en octobre 1936. Peu connu, et actuellement inaccessible au grand public, il est pourtant particulièrement révélateur de ce que fut la politique du Front Populaire menée par le Parti Communiste Français et fut alors édité en brochure. A un moment où fleurissent les réimpressions de grands textes politiques, la mise à disposition de ce texte s’imposait. Commémoré par une légion de rues, d’avenues, d’écoles, Paul Vaillant-Couturier n’en reste pas moins un inconnu pour le plus grand nombre, et peut-être même pour la plupart des militants. Blessé, gazé, il sort de la guerre avec la médaille militaire, lui le pacifiste qui a fait connaître la Chanson de Craonne, dans le livre La guerre des soldats. Il est l’un des fondateurs de l’Association Républicaine des Anciens Combattants, qui joua un rôle important dans l’entre-deux-guerres. Clairvoyant, il sera de ceux qui dénonceront les dangers du Traité de Versailles. Ayant rejoint la SFIO, il se battra pour son adhésion à la Troisième Internationale, chose acquise lors du congrès de Tours. Plusieurs fois député, il sera aussi élu maire de Villejuif alors qu’il est en prison. Voulant avec Marcel Cachin faire de l’Humanité un journal populaire conjuguant prise de parti et information, il sera écarté de la rédaction en chef de ce journal lors de la période sectaire et gauchiste du PCF, et reprendra cette fonction au moment du tournant de 1934, apportant alors une contribution décisive au déploiement de la nouvelle politique. Ecrivain, il sera fondateur de l’Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires, dans laquelle se côtoieront Aragon, Prévert, Carné, Gide, Malraux, Max Ernst, Giono et bien d’autres. Peut-être est-il mort d’une mort trop banale, un arrêt du cœur en 1937 alors qu’il avait fait l’objet d’un attentat quelques mois plus tôt, pour être vraiment reconnu.


    Eric Le Lann

     


    Rapport présenté au Comité Central du Parti communiste Français le 16 octobre 1936 et approuvé à l’unanimité.


    Un désordre sans précédent préside au destin des choses et des hommes.

    Le monde vit dans la hantise de la guerre, dans la crainte ou sous la chappe de plomb de la servitude, dans l’effroi – au milieu de l’abondance – de manquer du pain quotidien.

    La jeunesse, ouverte sur la vie, est courbée sous la terreur du lendemain ; les anciens combattants continuent leurs sacrifices ; la vieillesse ne connaît plus ni calme assuré, ni repos...

    Personne n’échappe à la loi commune de l’insécurité.

    Et les questions qui angoissent les hommes, qui troublent leurs nuits, qui gâtent leur vie, prennent de plus en plus d’acuité dans les milieux de l’intelligence.

    Savants, éducateurs, professeurs, techniciens, médecins, artistes, écrivains, sont assiégés, pressés de toutes parts, bousculés par la rafale des questions et des problèmes que le rythme de la vie moderne leur impose à une cadence de mitrailleuse.

    Ils étudient, ils cherchent, ils découvrent, ils retrouvent, ils perdent, ils résolvent, ils interrogent, ils se débattent, cherchant à sauvegarder l’esprit dans un monde asservi à la tyrannie du matérialisme de l’argent.

    Le Parti communiste les écoute. Il les entend. Il comprend leurs inquiétudes, il les recueille. C’est plus que son devoir. C’est l’une de ses raisons d’être.

    Les inquiétudes des intellectuels rejoignent ses préoccupations, elles les éclairent, elles les complètent.

    Et nous pensons – nous qui savons à quel point les idées jouent un rôle considérable dans le déroulement de l’histoire – que les intellectuels, qui sont en quelque sorte les idées incarnées, peuvent, dans les heures que nous vivons, tenir aux côtés des masses une place capitale dans l’indispensable remise en ordre du monde.

    Qu’il s’agisse de la défense de la paix, de la défense de la liberté ou de la défense du pain, c’est avec eux que nous voulons chercher la solution des problèmes qui angoissent les hommes.

    I- L’INTELLIGENCE ET LA PAIX

    Dans la conscience de chaque intellectuel se pose au premier plan la grande question de la Paix.

    L’intelligence défend la paix. L’intelligence a horreur de la guerre, parce qu’elle est la destruction des valeurs, en même temps que des choses, et que les intellectuels sont au cœur des valeurs spirituelles.

    Chez les communistes aussi, la préoccupation de sauvegarder la paix domine tout.

    Ils ressentent moralement et presque physiquement, eux, les interprètes des grandes masses qui font les batailles, l’inquiétude humaine devant la guerre.

    Et leur attachement à l’esprit créateur, leur révolte raisonnée contre les forces de l’argent, les relient étroitement aux préoccupations des intellectuels. 
    Le Parti communiste est le grand Parti, le Parti par excellence de la Paix.

    Il est né de la guerre et de la révolte des hommes contre la guerre et contre la haine... Il a été forgé de 1917 à 1920, par la volonté des multitudes de la génération du feu, par la colère des survivants. Son action contre la guerre lui a valu des persécutions incessantes. Sa volonté de rapprochement avec le peuple allemand a coûté des centaines d’années de prison à ses militants. Ayant le sentiment profond de sa mission d’unité humaine, il peut hardiment prétendre que tout ce qui est pacifique est sien.

    Les hommes qui, comme moi, ont participé à la campagne de 1914 à 1918, ceux qui, comme moi, ont assisté aux épisodes de l’affreuse guerre civile qui désole d’Espagne, détestent le sang. Ils sont attachés au respect de la vie humaine, passionnément.

    J’entends bien que certains, dans leur horreur de la guerre, évoquant ce que serait une guerre moderne, qui ne connaîtrait pas d’avant, ni d’arrière, avec son cortège de bombardement à gaz, de tueries de vieillards, de massacres de femmes et d’hécatombes de berceaux, se résignent à dire : « Tout ! Oui, tout ! même la servitude, plutôt que la mort ! »

    Je comprends leur pensée. Nous avons connu, nous, les combattants écœurés de meurtres, cet état d’esprit tragique. Nous savons que ces idéalistes que sont les intellectuels ne reculent pas devant le danger. Nous savons qu’il ne s’agit pas chez eux de la vile peur de la mort. Nous savons qu’instruits par le passé, ils veulent seulement éviter au monde et à leur pays un nouveau bain de sang et des sacrifices vains. « On croit mourir pour la Patrie, disait Anatole France, on meurt pour les industriels. »

    Et devant cette vanité des sacrifices, ils ne songent qu’à sauvegarder le bien le plus précieux des hommes, la vie... Ils espèrent de leurs deux mains réunies, en protéger la flamme vacillante, au milieu des pires tempêtes. Malheureusement, l’expérience de l’histoire nous enseigne qu’on en arrive parfois à perdre, non seulement les raisons de vivre, mais la vie elle-même, en voulant, par certains moyens, la sauvegarder.

    La servitude conduit à la mort.

    Dans notre défense enthousiaste de tout ce qui est vivant, nous ne pouvons accepter cet attentat contre la vie et les valeurs qui font la vie, qu’est la servitude. La guerre a besoin de la servitude.

    La servitude moderne du fascisme fait des peuples d’immenses troupeaux marchant sous le signe de la mort. Mort morale, mort intellectuelle, mort physique. Nous ne voulons pas laisser conduire les peuples à l’abattoir de la servitude.

    CONTRE LA SERVITUDE

    C’est ce qu’avaient compris, dans le passé, de grands esprits de notre pays qui, contre la tyrannie, n’hésitèrent pas à se porter au secours de la liberté menacée.

    Lorsque en 1822, le Congrès de Vérone chargea la France d’aller restaurer la Monarchie espagnole et d’écraser les libéraux constitutionnels, le grand publiciste Armand Carrel, à cette époque officier, donna sa démission pour aller rejoindre la légion qui défendait en Espagne, contre le corps expéditionnaire du duc d’Angoulême, la cause de la liberté.

    Lorsqu’en 1830, le peuple polonais était aux prises avec la tyrannie du tsar et que la Prusse fournissait en armes la Russie, toute l’élite intellectuelle de notre pays s’est rangée aux côtés de la Pologne et a réclamé l’aide du peuple français.

    Avec Lamartine et Daumier ce furent les grands journaux démocrates : le « National », la « Tribune », le « Charivari », la « Caricature » qui menèrent la lutte contre Louis-Philippe et Casimir Périer qui se faisaient les défenseurs de l’autocratisme. C’était l’époque où un M. Dupin, répliquant aux préoccupations généreuses de Lamartine, s’écriait : « Non ! Chacun chez soi, chacun pour soi ! » et où Louis-Philippe écrivait dans une lettre : « C’est nous, bien plus que les vainqueurs de Varsovie, que le cabinet de Saint-Pétersbourg doit remercier d’avoir écrasé la Pologne. »

    Si Louis-Philippe et les esprits sans envergure qui l’entouraient furent satisfaits, l’indignation dut immense en France, après la défaite du peuple polonais.

    « La prise de Varsovie, écrit Seignobes, fut l’occasion d’un deuil national. »

    « A Paris, les affaires furent suspendues, les `théâtres fermés et l’opinion publique ressentit comme une insulte, la déclaration du ministre français des Affaires étrangères : L’ordre règne dans Varsovie. »

    Lorsque, en 1849, les patriotes romains se soulevèrent contre la domination du Pape et proclamèrent la République, ce fut l’historien Edgar Quinet qui dénonça la politique d’intervention du prince président Louis Napoléon et annonça prophétiquement : « La défaite de la République romaine entraînerait la mort de la République française. »

    On sait comment, deux ans plus tard, le 2 décembre, sa prophétie devait se réaliser.

    De même, la Hongrie et la Grèce virent se rassembler autour d’elles, pour leur indépendance, les meilleurs esprits de l’Intelligence française du temps.

    C’est ainsi que la France devint l’espoir et la lumière des peuples en lutte pour la liberté, parce qu’elle n’a jamais pu se résigner, ni pour elle ni pour les autres, à la servitude.

    ON PEUT EVITER LA GUERRE

    Cependant, s’il est dangereux de se résigner à la servitude, il ne faut jamais se résigner à la perspective de l’inévitabilité de la guerre. Ceux qui croient la guerre inévitable portent fatalement la guerre en eux.

    Notre parti veut la Paix et il est prêt à tous les sacrifices pour la conserver. Mais nous demandons à ceux qui ne veulent pas de sacrifices vains pour la guerre, qu’ils ne consentent pas à des sacrifices vains pour la Paix.

    Nous avons tout fait pour que le désarmement général et simultané – car tout désarmement unilatéral serait une duperie – devint une réalité. Les puissances enchaînées aux trusts l’ont écarté avec dédain. Nous avons réclamé la limitation des armements. Elle a été repoussée. Nous n’abandonnons pas, nous n’abandonnerons jamais la partie. On nous trouvera toujours prêts à la reprendre, Nous savons que le désarmement est le vœu le plus cher des peuples qui trébuchent ou succombent sous le fardeau des armes. Nous souffrons de cet incroyable gaspillage d’énergies et de richesses.

    Nous avons tout fait pour que l’entente des peuples devînt une réalité. Et nous ferons tout pour y parvenir, nous, le Parti de la Paix et de l’unité humaine. Rien ne nous rebutera. Nous restons toujours prêts à discuter avec tout le monde, avec tout ceux qui s’affirmeront prêts à respecter leur signature, dans le cadre des accords internationaux et de la Société des Nations. Peu nous importe – et nous croyons que c’est là aussi le sentiment de l’intelligence française – quand il s’agit de sauver la paix, les régimes intérieurs des nations auxquelles nous nous adressons !

    Nous ignorons pour notre part, ce qu’est un « ennemi héréditaire ». Nous n’avons de haine pour aucune nation, pour aucune race de la grande famille humaine. Nos bras sont largement ouverts à tous nos frères et ce n’est pas de notre côté que pourrait germer la monstrueuse idée d’une «  croisade » dont les peuples innocents paieraient les frais.

    Mais nous dénonçons un risque redoutable pour la Paix.

    LES TROUBLE-PAIX

    Qu’on prenne bien garde que l’amour de la Paix, qui est la caractéristique de notre peuple et qui est si puissant dans les milieux intellectuels français, ne soit exploité par les trouble-paix pour nous conduire à la guerre... On ne calme pas les assoiffés de meurtre en reculant sans cesse devant eux. On augmente leur audace.

    Sûrs de l’impunité que la réussite de leur bluff leur confère, ils profitent de la mollesse qu’on met à appliquer la loi internationale à l’agresseur pour bafouer le droit des gens. En agitant le spectre de la guerre quand ils sont encore incapables de la faire, ils gagnent du temps pour la préparer. Ils acquièrent ainsi une idée – heureusement fausse – de la faiblesse de leurs voisins. D’étape en étape et de chantage en chantage, ils organisent l’encerclement des nations qu’ils méditent d’anéantir, en même temps que, par la corruption, ils s’y assurent des complicités et des bases.

    Pouvons-nous douter, par exemple, des intentions du chancelier Hitler quand nous savons que « Mein Kampf » est constamment réédité dans son édition intégrale, tiré à plus de deux millions d’exemplaires, distribué à profusion en Allemagne et que ce livre constitue un appel permanent à l’anéantissement de la France ?

    On y lit, à la page 699, de l’édition allemande de 1935, que « l’ennemi mortel et impitoyable du peuple allemand est et reste la France, quel que soit son gouvernement, royaliste ou jacobin, bonapartiste ou démocrate, clérical ou bolchevik ».

    Et toute la politique internationale de ces derniers mois ne s’inscrit-elle pas en lettres de feu dans ce mot d’ordre inséré à la page 765 : « Une deuxième guerre viendra. Il faut auparavant isoler si bien la France, que cette seconde guerre ne soit plus une lutte de l’Allemagne contre le monde entier, mais une défense de l’Allemagne contre la France qui trouble le monde et la paix. »

    L’injustice, la haine, la cruauté froide contenues dans ces textes remettent à leur place toutes les déclarations de Nuremberg sur la Russie et le bolchévisme. Elles expliquent les interventions continuelles du IIIe Reich, ses coups de forces successifs, la violation de ses engagements, ses ingérences dans la politique française et l’aide qu’il n’a jamais cessé d’apporter aux rebelles d’Espagne.

    C’est l’organisation internationale de la haine.

    Eh bien, même cela ne nous rebute pas dans notre volonté de paix. Toujours, la France de Diderot souhaitera l’amitié de l’Allemagne de Goethe. Nous conservons pour le peuple allemand, pour la liberté de l’indépendance de qui nous avons payé de notre personne et de notre liberté, toute notre affection. Mais nous disons, avec la Ligue des Droits de l’Homme : « Prenez garde ! Les capitulations n’assurent par la paix. En laissant le champ libre aux violents, elles conduisent droit à la guerre. »

    PAS DE CROISADE

    Que veulent donc les communistes ?

    Nous voulons seulement, mais nous voulons fermement l’indépendance de notre pays. L’indépendance de la France, nous la considérons comme l’un des moyens de la paix. Nous voulons que les Français soient maîtres et seuls maîtres chez eux.

    Nous ne voulons pas que notre pays soit à la remorque de quelque gouvernement que ce soit. Ni de Londres. Ni de Rome. Ni de Berlin. Ni de Moscou.

    La France est une grande nation prête à donner son amitié à tous les peuples de bonne volonté, mais elle n’accepte la servitude ni dans le domaine de la politique, ni dans le domaine de l’argent, ni dans le domaine de l’esprit.

    Les menaces du fascisme hitlérien ont amené en France ce que Delmas, secrétaire du Syndicat des instituteurs, dans un récent article, appelait un « renversement des positions traditionnelles ».

    Les travailleurs français, avec leurs drapeaux rouges, serrent maintenant les rangs autour du drapeau tricolore, tandis que ceux qui s’intitulent les nationaux se rallient autour de la croix gammée, insigne du fascisme international...

    Est-ce à dire que pour sauvegarder la liberté de la France, nous soyons prêts à la constitution d’un bloc des démocraties pour l’opposer au bloc des fascismes ?

    Ce serait une dangereuse illusion de croire qu’on pourrait protéger durablement la paix par cet équilibre hérissé des principes antagonistes et de baïonnettes affrontées. 
    Et nous comprendrions parfaitement la répugnance qu’éprouveraient à se laisser entraîner dans une telle aventure, les intellectuels instruits des leçons de l’histoire. Mais tel n’est pas, tel ne peut pas être notre but. Des amitiés, oui. Une coalition, non.

    Notre respect du droit international écarte – à l’inverse du fascisme, interventionniste pas essence – l’idée de l’intervention. A l’image des jacobins nous nous défions des missionnaires armés.

    Nous voulons simplement le respect du droit international. Nous voulons unir les forces de paix dans la dignité de la nation, pour offrir, avec plus de force encore et plus de retentissement, la paix au monde. Nous voulons une France forte parce que nous voulons la Paix.

    Pour nous, la France est symbolisée par le paysan qui aime sa terre, cette terre sur laquelle les siens, de générations en générations, ont épuisé leurs forces, ont donné le meilleur de leur intelligence, de leurs bras et de leurs soins, le paysan qui a porté sur ses épaules les longs sacrifices de toutes les guerres et qui les a payées après les avoir faites, qui ne convoite par la terre d’autrui, mais qui ne veut, à aucun prix, qu’on vienne lui voler son bien. Il est toujours prêt à s’unir à ceux qui veulent le protéger.

    CONTRE LES DIVISEURS

    C’est l’union intérieure qui sauvegarde la paix extérieure.

    Nous voulons unir pour la paix, ceux que l’on cherche, des chefs factieux aux chefs trotzkystes, à diviser.

    Quel intellectuel français pourrait se refuser à voir le péril que fait courir à la paix la vague de division et d’attentats individuels déchaînée par le fascisme et le trotzkysme sur le monde : assassinat de Barthou, assassinat du Roi Alexandre, assassinat de Kirov ?

    Le procès de Moscou a apporté la preuve, de la bouche même des accusés trotzkystes, de cette politique d’aventures poursuivie en collaboration avec la Gestapo, et qui est aussi loin du communisme, que l’est du travail d’un honnête ouvrier, l’activité sanglante d’un vulgaire assassin.

    Où nous voulons unir, eux, les contre-révolutionnaires trotzkystes divisent ; où nous défendons la démocratie, ils s’en montrent les ennemis irréductibles ; où nous cherchons à rassembler la nation française, ils en nient jusqu’à la réalité vivante ; où nous affirmons notre fraternité à l’égard des grandes organisations politiques et syndicales voisines, ils sapent l’autorité des partis et des syndicats.

    Le débat n’est pas entre les communistes et les trotzkystes, il est entre les trotzkystes et la totalité des amis de la Paix et de la moralité mondiale.

    Les aventuriers trotzkystes, spécialistes du terrorisme international et de la provocation, constituent un danger permanent pour la paix et aucune des légendes dont une connaissance insuffisante de leur activité passée et présente, les entoure aux yeux de certains, ne peut cacher leur caractère de fléau international.

    On peut pardonner à la passion criminelle. On ne peut pas pardonner au crime conscient.

    Quant à nous, Parti communiste, adversaires déclarés des attentats individuels et partisans de l’union de la nation française contre la ploutocratie, nous ne cesserons pas un jour d’offrir le pacte de paix au peuple allemand, quelle que soit la mauvaise volonté ou les rebuffades de son Führer, jusqu’à ce que le pacte devienne une réalité.

    Rien ne peut séparer ceux qui veulent profondément et passionnément la paix.

    « La Paix, disait Aristide Briand, est une maîtresse exigeante. »

    Elle veut, pour être défendue, qu’on lui consacre le meilleur de son activité et de sa vie.

    Qui, mieux qu’un homme formé par la culture française, peut ressentir cette obligation impérieuse ?

    On a trop souvent et trop longtemps défiguré la France à l’étranger en la montrant turbulente, chauvine, légère et corrompue.

    Les Français eux-mêmes se sont trop souvent et trop longtemps plus à se dénigrer.

    Or, la France n’est pas cette caricature.

    L’ardeur généreuse n’est pas la turbulence, le sentiment des valeurs et des traditions nationales n’est pas le chauvinisme, l’élégance n’est pas la légèreté et la corruption de quelques-uns - qui sont les mêmes dans tous les pays capitalistes et pour les mêmes raisons - n’est pas le fait du peuple français.

    C’est la générosité française, c’est l’amour français de l’indépendance, c’est ce sens français de l’universel, c’est l’humanisme français qui demeurent les meilleurs garants de la volonté française de paix.

    La Paix porte en soi l’attrait et le prestige du plus haut idéal de l’homme.

    Si l’on fait pour elle des sacrifices, elle veut qu’ils soient utiles.

    A défaut du désarmement sans cesse écarté, elle nous offre pour sa sauvegarde immédiate, la sécurité collective. La paix ne se bèle pas !

    Unissons nos efforts et que l’intelligence française au premier rang – dans une union française qui n’est pas l’ « union sacrée » - lance inlassablement l’appel à la fraternité à ceux qui n’ont pas encore voulu l’entendre, à ceux qui se sont refusés à donner des gages de leur sincérité.

    II- L’INTELLIGENCE ET LA LIBERTE

    La paix ne se conçoit pas sans la liberté. Nous voulons une France libre. Les tyrannies engendrent la guerre. La servitude sert la mort. La liberté protège l’homme. Elle est la condition même de sa pleine réalisation. Elle est la cause du progrès et de la création dans tous les domaines.

    L’homme ne peut penser et créer que s’il est libre.

    Le drame historique de l’homme, c’est son combat contre les forces d’esclavage. La civilisation, c’est l’œuvre de la lutte pour la liberté. C’est à ce titre que nous considérons l’intelligence comme le combattant de la liberté.

    Les intellectuels entraînent les masses, les galvanisent, décuplent leur force explosive par la puissance de l’esprit. Ils tirent les peuples de l’ornière et projettent la lumière dans les ténèbres.

    Les communistes à leurs côtés sont les missionnaires historiques de la liberté.

    C’est pourquoi les ennemis de la liberté cherchent à défigurer le Parti communiste français.

    Une calomnie intéressée veut faire de nous des égalitaristes, niant la personnalité humaine, flattant les instincts grégaires et opprimant l’individu.

    Les communistes, tout au contraire, cherchent à créer les conditions sociales nécessaires et indispensables au développement de l’individu.

    Il y aura toujours des inégalités physiques ou intellectuelles. Ce sont les injustices des inégalités sociales que nous voulons abolir.

    DEFENSE DE L’INDIVIDU

    Le capitalisme moderne est la négation de l’individu. Il organise un implacable nivellement par la base. Il broie l’individu, il l’humilie en l’encadrant dans une organisation de termitière où la cadence exigée par le profit ne laisse plus à l’être le temps de penser, où il fait de lui un appendice de chair dans une machinerie d’acier.

    C’est pourquoi si nous avons toujours admis la légitimité de la propriété, fruit du travail et de l’épargne, nous restons les irréductibles adversaires de l’exploitation de l’homme par l’homme.

    Dans le monde capitaliste des monopoles privés, la personne humaine, cette grande force spirituelle, est traquée, régie et dégradée par la force honteuse de l’or.

    L’or, aveugle et brutal, tue la lumière de l’esprit.

    Qui, plus que l’intelligence, souffre de cette humiliation de la personne humaine ?

    Qui, mieux qu’elle, peut avoir le sentiment des forces gaspillées, des valeurs perdues, de la vieillesse condamnée, du malheur d’être jeune, de la tristesse du poète sans audience, de la honte de l’artiste objet de luxe, du désespoir de l’inventeur sans laboratoire, de la misère intellectuelle de l’ingénieur déclassé ?

    Les communistes, eux, proclament l’individu ! Ils l’accouchent de la société. Ils le délivrent.

    Le communisme est la doctrine de son émancipation réelle.

    Et le communisme ne se contente pas d’attendre la construction d’une société nouvelle, pour aider l’individu à se réaliser.

    C’est dès aujourd’hui qu’il agit pour lui.

    Il l’appelle à se réaliser, en luttant pour ses grands idéaux, en le conviant au désintéressement et à la création ardente.

    DEFENSES DES VALEURS MORALES

    Les communistes savent reconnaître les valeurs partout où elles se trouvent. Ils ne polémiquent pas avec l’histoire. Ils admirent l’esprit créateur d’où qu’il souffle, chez Vauban comme chez Balzac, chez Carnot comme chez Pasteur, chez Robespierre comme chez Napoléon.

    Lorsque l’aviation française perd l’un de ses pionniers, en Blériot, ou lorsque la science française perd l’un des conquérants des Pôles en Charcot, notre Parti ne cherche pas si l’un était un patron de combat et si l’autre était un réactionnaire déterminé, il salue en eux, dans une délibération publique de son bureau politique, deux grands créateurs de valeurs humaines.

    C’est l’une de nos façons de lutter contre ce qui nous est le plus étranger au monde, le sectarisme, qui rétrécit les perspectives de l’homme et rend sans cesse plus étriquée la personnalité.

    Nous luttons pour la dignité de l’individu en combattant le matérialisme vulgaire engendré par le capitalisme, en allant débusquer de son repaire, cette « pièce de cent sous tapie », comme le disait Balzac, « au fond des consciences ».

    Le capitalisme entend faire du ventre, le principal organe de l’humanité, et transformer l’esprit en une marchandise.

    Sous son règne, toutes les valeurs immatérielles sont devenues des marchandises.

    Le prêtre, le savant, le juge, le soldat ont perdu ce qui faisait leur force morale.

    La conscience s’est cotée. Elle a sa bourse noire. La valeur de l’esprit suit la fluctuation des monnaies et le cours des changes.

    Il y a une inflation et une dévaluation de l’intelligence.

    Le capitalisme avilit la morale. Il s’attaque aux valeurs les plus sacrées comme un acide. Il dissout la moralité !

    Le capitalisme détruit la famille, il la disperse, il la sabote.

    C’est lui qui organise la terrible dénatalité de la France par l’hypocrisie sociale, la ruine des valeurs morales, le triomphe de l’égoïsme, le chômage et la tyrannie du profit.

    Parce que nous combattons l’obscurantisme qu’il développe et l’absurdité économique qu’il provoque dans son agonie, parce que nous en appelons à la raison et à la science, le capitalisme se venge en nous dépeignant comme des matérialistes à sa manière, préoccupés uniquement de satisfaire des instincts.

    OU SONT LES IDEALISTES ?

    Où sont-ils, pourtant, les véritables idéalistes ?

    Est-ce dans les rangs de ceux qui servent l’or, où dans les rangs de ceux qui le méprisent ? Est-ce dans les rangs de ceux qui s’arrêtent à la satisfaction des besoins ou dans les rangs de ceux qui veulent étendre le sens du héros en célébrant le héros-savant, le héros-mécanicien, le héros-ingénieur, le héros-paysan, le héros-poète, l’héroïne-mère ?

    Est-ce dans les rangs de ceux qui acceptent l’humiliation d’encenser la ploutocratie ou dans les rangs de ceux qui, repoussant les privilèges que la haute bourgeoisie corrompue et corruptrice aurait été trop heureuse de leur offrir, suivent une vie médiocre, mais rectiligne, faite de sacrifices et de risques multiples, mais toute illuminée par la satisfaction de servir leur idéal.

    Notre Parti, par le dévouement joyeux et l’intégrité inattaquable de ses militants, par son indépendance financière absolue, donne l’exemple de la propreté et de l’idéalisme.

    L’attachement des communistes aux valeurs morales et spirituelles, leur intelligence des situations et de la complexité des problèmes, la simplicité de leur vie, la façon dont ils savent souffrir, perdre leur liberté et au besoin mourir pour la foi qu’ils ont en l’homme, c’est tout cela qui contribue à faire du communisme, un moment de la France éternelle et un moment du monde.

    Attachés à la conquête par l’individu de la plénitude de sa dignité, les communistes s’inclinent devant tous ceux, quels qu’ils soient, qui cultivent leur conscience.

    Il est naturel que nous respections la conscience de chacun, nous qui voulons que l’individu prenne toujours davantage conscience de soi-même.

    La liberté de conscience est pour nous l’une des formes les plus sacrées de la liberté.

    Profondément attachés à toutes les formes de la liberté, non seulement les communistes marquent leur souci constant de l’individu et donnent l’exemple de l’idéalisme, mais ils se proposent la construction d’un monde où la culture aura la place dominante.

    Ils proclament et ils prouvent leur attachement aux traditions culturelles de la France.

    Ils se félicitent de la place qu’elles occupent dans le monde. Les Français ont été et doivent continuer d’être de grands faiseurs de culture.

    Les communistes veulent aller toujours plus loin dans l’union du travail et de l’art. Ils se sentent très près des bâtisseurs des cathédrales.

    Ils appellent à l’union de la science et du travail. Ils se sentent déterminés par la longue et magnifique lignée de la science et de la philosophie françaises : Descartes, Pascal, les Encyclopédistes d’Alembert, Diderot. Et, dans la science moderne, ils réunissent dans la même vénération dégagée de toute préoccupation politique, les Perrin, les Joliot-Curie et les Branly.

    Le Parti communiste s’associe à l’éducation du peuple. Il ne se contente pas d’enseigner, dans ses écoles, sa doctrine. Il va plus loin. Il accorde tout son appui aux initiatives indépendantes prises par les Maisons de la Culture qui couvrent la France d’un réseau de plus en plus serré et réunissent déjà des dizaines de milliers de membres ou d’affiliés. Mais il se garde bien d’introduire, dans les Maisons de la Culture, des restrictions politiques. Il n’y réclame pour les siens que leur part dans l’union et la collaboration de toutes les tendances de l’esprit.

    Nous savons bien que l’union, que la fusion totale du travail de la culture ne se fera que dans une société rénovée, débarrassée non seulement de la lutte des classes, mais de la notion même de classe. Cependant, dès à présent, nous travaillons avec acharnement pour développer, parmi les masses, la culture et pour défendre l’intelligence menacée.

    LE FASCISME CONTRE LA CULTURE

    Ce n’est un secret pour personne, que le fascisme ennemi de liberté est, par définition, une force qui brise le ressort de toute création humaine et qui avilit les valeurs spirituelles, par la restriction systématique de la culture.

    Au service du capitalisme, le fascisme, escroc de la jeunesse, sacrifie tout à la défense d’un système économique condamné. C’est sa raison d’être.

    Sous un aspect publicitaire de spiritualité hypocrite, il est le triomphe du matérialisme le plus bas. C’est pourquoi les oligarchies subventionnent son action.

    « Périssent les valeurs spirituelles pourvu que subsiste le capitalisme ! » est en réalité sa devise.

    Cherchant à consolider l’absurde, il est le négateur de la raison.

    Le fascisme a peur de la raison.

    Or, la France a toujours été la terre élue de la raison, la grande civilisée qui a combattu pour le nationalisme. La lutte contre l’obscurantisme s’illustre en France, avant Diderot, des grands noms de Rabelais, de Montaigne et de Descartes.

    De Descartes, certains n’ont voulu retenir que le côté métaphysique. Ils l’ont ainsi défiguré. Descartes, c’est avant toutes choses, le champion du libre examen, du droit de chacun à la réflexion, le grand porte-parole de la raison.

    Le fascisme, lui, veut priver le monde de la raison en privant le monde de la culture.

    Les exemples abondent.

    Prenons l’Italie.

    Constatons, d’après le « Bulletin de statistique de 1934, sur la répartition des étudiants d’après la profession du chef de famille », que, pour l’université de Padoue, par exemple, l’instruction se concentre entre les mains des classes riches ou aisées : restriction de la culture.

    Sur 2.928 étudiants, tandis que les fils d’industriels et d’entrepreneurs représentent 24 %, les fils de propriétaires 25,4 %, les fils de pères exerçant des professions libérales 24,8 %, les fils d’employés ou de fonctionnaires (fascistes pourtant) ne représentent que 22 % et les fils d’ouvriers 2,7 %.

    Cette élimination de la masse remédie-t-elle à l’encombrement des carrières intellectuelles. Pas du tout.

    Le journal « Cantière » de Rome du 29 décembre 1935 dit, que pour un concours ayant eu lieu à Rome, en vue de pourvoir à 60 poste d’agents de police, au traitement de 500 lires par mois, sur les 3.000 concurrents qui s’étaient présentés, il y en avait plus de 1.000 pourvus de baccalauréats ou de doctorats.

    « Nous allons, s’écriait M. Mussolini, le 26 mai 1934, vers une période d’une humanité nivelée à un standard plus bas. »

    « Je conçois la nation italienne, a-t-il proclamé, comme en perpétuel état de guerre. »

    En Allemagne, c’est encore plus lourd.

    Pour les bacheliers, le camp de travail est devenu un service obligatoire de six mois. Le but poursuivi est de les inciter à abandonner leur idée primitive de poursuivre leurs études supérieures.

    Le cours de pédagogie politique de l’Université de Berlin l’avoue qui commence par ces lignes :

    « Nous pouvons résumer la signification du national socialisme dans le domaine spirituel en un mot : le remplacement du type de l’intellectuel par le type du soldat. »

    Le résultat est tangible.

    Le nombre des étudiants admis en première année dans les universités allemandes, qui avait été en 1931 de 30.800, a été en 1934 de 10.000.

    Le nombre total des étudiants qui était pour l’ensemble des universités allemandes de 129.600 en 1932, n’est que de 95.667 en 1934 pour le même semestre. Et malgré cette diminution, le chômage intellectuel sévit toujours.

    Comme pour rendre plus éclatante sa doctrine, l’hitlérisme l’illustre et l’éclaire à la lumière des bûchers pour lesquels sont brûlés des milliers de livres !

    Et les rebelles espagnols l’imitent !

    En brûlant les livres, c’est-à-dire le signe des valeurs culturelles, les fascistes prétendent désintoxiquer la nation !

    A dire vrai, ils ne cherchent qu’à détruire la raison et la réflexion pour que l’individu encaserné dans les usines ou embauché dans les milices et les phalanges, vive dans l’esclavage sans pouvoir se rendre compte de la gravité de sa déchéance.

    Les fascismes haïssent la raison, parce que la raison est la lumière intérieure de la personne humaine, sa commune mesure avec les autres hommes et le grand ferment de la liberté.

    Le fascisme aggrave l’obscurantisme et alourdit l’asservissement de l’homme à la machine. La termitière capitaliste, où la fourmi humaine apercevait encore parfois une lueur capable de la conduire à l’évasion, devient une obscure machinerie broyeuse, un enfer sans rémission, une Métropolis sans lumière.

    Le fascisme avilit l’art qu’il met au service exclusif d’une politique. Les conséquences sont désastreuses. La qualité baisse. Le schématisme s’empare de l’art qui devient un simple instrument de propagande, c’est-à-dire, un art desséché, officiel, menteur.

    Les communistes, eux, détachent l’art de l’étroitesse politique. Ils libèrent ses ailes des liens du capitalisme. Ils lui donnent, à ses risques et périls – c’est-à-dire, en toute indépendance – pour public, un peuple entier.

    Ils repoussent la pièce à thèse, le roman à thèse, la thématique obligatoire. Ils ne demandent à l’art que d’être libre, d’être sincère et d’être humain.

    Contre l’art pourri, pornographique, malsain, déraisonnable, inspiré par la décadence des mœurs bourgeoises, les communistes appellent le retour à l’art sain dans la liberté.

    Le fascisme avilit la science en l’appelant à n’être plus qu’une section de l’industrie de guerre. Et, pour ses fins, il lui demande de mentir à ses destins de raison et de vérité.

    AU SERVICE DE LA VERITE

    Le fascisme est l’ennemi de la vérité. Pour les besoins de sa cause, systématiquement, il l’étouffe.

    La France, elle, est le pays des défenseurs de la vérité.

    De Voltaire avec l’affaire Calas, à Zola avec l’affaire Dreyfus, elle s’est toujours rassemblée derrière ses plus grands esprits pour défendre la vérité outragée.

    Quant au communisme, doctrine scientifique, il est la recherche permanente de la vérité. Il sait que le mensonge est toujours l’arme des propagateurs de l’obscurantisme et des ennemis de la liberté.

    Tandis que les fascistes tendent à consolider ce qui est mort, ce qui croule et ce qui, du passé, empeste déjà, les communistes, au contraire, sont les hommes des valeurs vivantes, les hommes de l’avenir des masses et de l’avenir de l’esprit.

    L’avenir de l’esprit passe par le chemin des grandes masses humaines... Les masses sont devenues majeures. Elles jaillissent, concentrées par lui, du capitalisme. C’est d’elles déjà que sort, impérieux, en même temps que des milieux de l’intelligence, l’appel à l’esprit.

    Il est temps de donner le pas à l’esprit sur les forces de la matière.

    « Le socialisme, a dit Engels, c’est la soumission des forces économiques aveugles à la raison. »

    C’est le passage du règne de la nécessité au règne de la liberté.

    Mais pour que la liberté règne, il faut que l’homme qui n’est aujourd’hui qu’un instrument, qu’un moyen, devienne une fin.

    NOTRE HUMANISME

    Au-dessus de tout, les communistes placent l’homme. 
    Et ici, encore, par cet humanisme, ils se montrent les fidèles héritiers des traditions culturelles de la France.

    L’humanisme est profond dans les masses laborieuses. Elles se sont, bien avant qu’il ne devienne une réalité, bercées du rêve d’une société profondément humaine. C’est l’idéal humain qui animerait la Révolution française. C’était un songe humanitaire qui guidait les socialistes utopistes.

    Nous sommes attachés à la raison, mais notre humanisme nous garde de tomber dans l’excès qui consisterait à tout réduire à la froide raison.

    On a voulu nous présenter comme des théoriciens sans entrailles, des donneurs de férule, des livresques, et des cœurs secs...

    La vérité est tout autre.

    Le communisme ce n’est pas l’inhumain, c’est l’humain. Le communisme sait les immenses valeurs du sentiment, il comprend les raisons du cœur.

    L’humanisme des masses s’exprime par la solidarité qui fait que le voisin ne peut sentir souffrir son voisin sans lui porter secours, quels que soient les risques qu’il puisse y trouver. Et notre sens de solidarité ne nous empêche pas de voir – bien au contraire – ce qu’il y a d’humain dans l’attendrissement et dans le besoin de bonté de la charité.

    Certes, nous savons bien que la charité n’est pas une solution au problème social. Mais nous savons aussi qu’elle est l’une des expressions du cœur, l’une des formes de l’amour humain.

    Cette unité que nous prêchons ardemment, cette union de la nation française que nous préconisons, elles sont le reflet chez nous et l’organisation du sentiment de fraternité et d’amour des masses.

    CONTRE LA HAINE

    Avec l’amour, nous retrouvons une fois de plus l’individu pantelant, froissé, blessé, violenté par le capitalisme. Le capitalisme s’acharne à tuer l’amour en rendant triviales ses délicatesses par la contamination de l’argent et en professant la haine.

    Il enseigne le terrible « chacun pour soi » ; il crée la solitude de l’homme.

    Alors que le communisme met en action et glorifie l’amour humain, alors qu’il se félicite de la juste importance que l’intelligence lui accorde, le fascisme, lui, marche le poignard à la ceinture, arme les petits enfants, glorifie la haine. Il célèbre le culte de la haine : haines raciales, haines nationales, haines personnelles. Contre cette affreuse propagande de haine, le Parti communiste tout entier se lève.

    Nous ne voulons pas qu’on oppose une moitié de la France à l’autre moitié, nous qui savons que les ennemis et les exploiteurs du peuple ne représentent qu’une poignée de ploutocrates, les maîtres, toujours moins nombreux, des moyens de production et d’échange : les trusts.

    Nous n’acceptons pas de considérer comme perdue pour la démocratie, la vérité et la raison, l’écrasante majorité de ces quatre millions de Français qui se sont prononcés contre le Front populaire.

    S’ils se sont trompés, c’est à nous d’avoir assez de patience et d’amour pour leur expliquer leur erreur.

    Nous souffrons de la lutte des classes. Nous la subissons et nous voulons l’abolir.

    On reproche à nos amis de saluer le poing levé ?

    Les agents français de Hitler et de Mussolini saluent, eux, à l’italienne ou à l’allemande. Ainsi leur salut est l’aveu de l’inspiration qui les guide.

    Nous ne tenons aucunement, nous communistes, à telle ou telle forme de signe de ralliement.

    Maurice Thorez , secrétaire général de notre Parti, déclarait le 25 juillet 1936, « qu’il n’estimait pas indispensable de lever le poing, pourvu qu’on soit vraiment résolu à servir la cause du peuple ». Et nous n’avons jamais voulu mettre une menace dans le salut viril du poing levé. Notre joie c’est de l’abaisser et de l’ouvrir.

    Nous allons, la main tendue vers tous les hommes de bonne volonté.

    Nous luttons avec ferveur contre la domination de la violence.

    La théorie et la pratique de la violence dans le monde, c’est le fascisme.

    Toute l’histoire de la conquête de la liberté n’a été que la lutte de la vaste humanité des faibles contre la violence de l’étroite minorité des puissants.

    La violence est l’ennemie de l’intelligence.

    Aux côtés de l’intelligence, nous protégeons contre la brutalité montante, tout ce qui contribue à l’affinement des relations humaines. Nous sommes attachés à cette sélection de grâce et de mesure qui s’appelle la politesse française.

    L’UNITE POUR LA LIBERTE

    Est-ce à dire que, devant la violence, nous acceptions de nous offrir en proie désarmée à ses excès ?

    Pas le moins du monde.

    La passivité n’est qu’un encouragement aux violents ; la non résistance est en définitive la reconnaissance de la violence.

    Seule l’union permet de vaincre la violence fasciste.

    Nous en avons fait l’expérience en France, lorsque, à l’appel des communistes, a commencé à monter, après le 6 février, la vague d’unité populaire qui devait barrer la route aux factieux. Les muscles et l’intelligence ont fait la chaîne. C’est que, dans l’union de tous les hommes de bonne volonté contre les fauteurs de violence, les intellectuels devaient avoir une place de choix. Ils ont élevé la voix et ils ont été entendus. Il en a toujours été ainsi dans le passé, il en sera ainsi dans l’avenir.

    La reconnaissance que leur vouent les masses est pour eux, nous en sommes sûrs, la meilleure des récompenses et l’une des plus grandes parmi leurs raisons d’espérer.

    Elle est la garantie de la remise en ordre de la France.

    Alors que les fascistes exploitent au service des oligarchies le désordre économique et la pourriture du monde capitaliste, l’intelligence et le communisme s’efforcent de rétablir l’ordre et de rendre la santé aux nations.

    Ils veulent bâtir un monde intelligent. Le communisme, initiateur du Front populaire, a fait, en France, reculer la violence fasciste.

    A la violence, il a opposé la force de l’idée, la force de la raison, la force du cœur, la force de la liberté, la force des masses. Il a prouvé par là que le fascisme n’était en rien une phase fatale de l’évolution des sociétés dans la période du pré-socialisme.

    Le communisme a déjà brisé la première attaque fasciste. Il aidera l’intelligence à achever de vaincre la bête.

    Il est le Parti de la Victoire, parce qu’il est le Parti du Travail !

    III L’INTELLIGENCE ET LE PAIN

    Le type même du désordre triomphant dans le monde actuel, c’est l’économie capitaliste. L’intellectuel voudrait-il se réfugier dans sa fameuse tour d’ivoire, qu’il ne le pourrait plus.

    L’économie du monde à l’envers l’a dynamitée. Elle s’est effondrée comme un château de cartes.

    L’intellectuel constate ce paradoxe que l’homme qui a soumis les forces de la nature devient l’esclave de l’économie qu’il a créée.

    Les grands maîtres du socialisme ont toujours montré et dénoncé ces contradictions inévitables. Sous la domination du profit l’individu perd de plus en plus sa chance de mise en valeur. Il ne se réalise pas. Et l’humanité perd le bénéfice de la réalisation de l’individu.

    Le régime du profit arrache ou dispense parcimonieusement leur pain aux intellectuels et aux artistes. Et avec le fascisme, il leur offre « des canons à la place de beurre ».

    Il les réduit à la portion congrue, créant ainsi pour eux de mauvaises conditions de production. Il les contraint à pratiquer un certain malthusianisme de l’esprit. Il leur reproche d’exister. Il les déclasse. Il se plaint amèrement de la « surproduction intellectuelle ».

    Où il est responsable, avec son appétit de lucre, il dénonce la machine et la désigne à la colère des masses.

    En s’attaquant à la machine, en inventant de toutes pièces le prétendu conflit de l’homme et de la machine, il s’attaque à l’Esprit qui l’a créée.

    Les crises ne sont pas autre chose, comme l’a fort bien dit Maurice Thorez, que la révolte des machines modernes contre la forme de propriété des grands moyens de production.

    La machine n’est pas l’ennemie de l’homme, elle est l’ennemie du capitalisme.

    PAS D’EMBAUCHE !

    Le capitalisme, en France, veut contingenter l’intelligence. Ses porte-paroles et ses porte-plumes s’y emploient.

    C’est M. Laffite, de l’Union Nationale des Etudiants de France, qui, dans « l’Illustration », signale que le pays est prêt à engendrer « un prolétariat intellectuel redoutable par sa masse, sa culture et son amertume ».

    C’est M. Buré, qui, citant Modeste Leroy, dans « l’Ordre », s’écrie qu’on forme « des apprentis déclassés qui seront peut-être de dangereux perturbateurs »...

    Alors que Danton disait : « l’instruction est, après le pain, le premier besoin du peuple », M. Caillaux proclame au contraire : « il faut arrêter le Prométhée de la Science. » Il ajoute : « Il faudrait tempérer les aspirations déraisonnables qui se font jour dans l’esprit des pauvres et des humbles. »

    Et le même Buré, que je cite plus haut, écrit, avec le mérite de la franchise, qu’une large diffusion de la culture est peut-être « compatible avec le régime communiste, mais non pas avec le régime capitaliste ».

    M. Flandin ne s’exprime guère autrement lorsqu’il déclare dans une interview de « Candide » : «  Il est temps de recréer des terrassiers, des maçons des couvreurs, dont la France a plus besoin que de licenciés ès-lettres. »

    Il n’y a qu’un malheur. C’est qu’en l’état actuel des choses, on n’utilise pas davantage la culture des maçons, des terrassiers et des couvreurs que celle des licenciés ès-lettres. Les uns et les autres chôment.

    La classe dirigeante est prise de panique devant ce qu’elle appelle « la surproduction intellectuelle ».

    « Ne faites pas de vos fils des médecins ! » s’écrie le docteur Balthazar.

    « N’allez pas aux colonies ! » s’écrie M. Gourdon, directeur de l’Ecole Coloniale.

    « Et surtout, pas de retour à la terre ! » concluent les gros fermiers en examinant les statistiques de leurs bureaux de placement.

    « Entre ingénieur ? » s’exclama M. Paul Dubois, secrétaire de l’Union des Syndicats d’Ingénieurs, « gardez-vous-en bien ! Les ingénieurs désormais sont destinés à devenir des clochards, et s’ils sont privilégiés, à pousser avant l’aube un diable aux Halles, ou à faire des gardiens de nuit sur les chantiers. »

    On considère comme un désastre que le nombre des étudiants de nos facultés soit passé en trente ans de 30.000 à 87.000, et que le rayonnement de la culture française attire aujourd’hui dans nos universités 17.000 étudiants étrangers, au lieu de 1.700 en 1910.

    Cependant, le nombre des illettrés est encore important et le nombre de semi-lettrés considérables en France. Et il est écrasant dans les colonies. L’intelligence n’est pas surproduite, elle est mal distribuée. On manque de médecins aux portes de Paris (en Seine-et-Marne, par exemple, il y en a pour 1.971 habitants). Aux colonies, dans l’ensemble, il n’y a que 450 médecins civils pour 44 millions d’habitants.

    L’absence de médecine sociale – seule efficacement préventive – sacrifie par la tuberculose, l’alcoolisme, la syphilis, le cancer, l’avortement, des dizaines de milliers d’êtres chaque année, dans un pays où se joue le drame de la dépopulation. Des richesses immenses ne sont pas exploitées – ne s’agirait-il que de la houille blanche – qui pourraient employer une armée d’ingénieurs. Les laboratoires sont délabrés, sans outillage, sans argent. Les inventeurs désintéressés meurent de faim. Les musées sont insuffisants et presque toujours mal classés, les bibliothèques populaires sont lamentables. Le théâtre se meurt. Les concerts sont réservés à une mince couche d’amateurs. Les artistes – considérés comme un luxe pour la classe dirigeante – restent coupés de leur public de masse. Le cinéma et la radio sont asservis à l’argent et stérilisés. La maison ouvrière, qui devrait occuper à sa construction des milliers d’architectes, de décorateurs, de peintres, reste le vieux taudis ou la boîte à loyers sans décor. Le lieu de rassemblement des travailleurs, qui devrait être le club ou la maison du peuple, avec son cinéma, sa T.S.F., ses expositions, son musée, sa bibliothèque, son théâtre et ses concerts, demeure la salle de bistrot du coin, avec son alcool, ou le hall des Prix Uniques. Pas d’embauche pour l’intelligence !

    LE MONDE A L’ENVERS

    La France, avec toutes ses richesses intellectuelles de vieille et magnifique civilisation, laisse, par la faute du capitalisme, dépérir les forces de l’esprit ; elle les réduit à la démoralisation du chômage, au désespoir de l’impuissance. Elle laisse en jachère des intelligences par millions, elle voue à la destruction une quantité importante de celles qui sont formées et n’en laisse subsister qu’une minorité, à condition qu’elles acceptent d’être durement asservies à l’argent.

    Ce faisant, elle est absolument dans la logique d’une économie qui, lorsque 30 millions de chômeurs peuplent le monde de leur faim, détruit en quelques mois sur la surface de la terre, 886.000 wagons de blé, 114.000 wagons de riz, massacre et soustrait à la consommation américaine 600.000 vaches et 6 millions de porcs, sacrifie 20.000 vaches laitières en Hollande, ensevelit 550.000 moutons en Argentine, brûle l’orge et l’avoine au Canada, flambe le coton en Egypte, noie au Brésil 34 millions de sacs de café par an, fait des bûchers de 13 millions de tonnes de canne à sucre à Cuba et, en France même, voue à la chaux vive des vaches pseudo-tuberculeuses, arrache les ceps de vigne, dénature le blé pour le donner aux cochons ou le laisse charançonner dans les silos et décide de briser dans le Nord les machines du dernier modèle dans certaines fabriques du textile.

    Dans ce que j’appelle le monde à l’envers, dans ce monde barbare de 1936 où l’abondance crée la misère, l’intelligence subit la loi de l’absurdité économique qui l’entoure et de la monstruosité sociale qui constitue la suprématie du profit.

    C’est donc à l’intelligence de s’insurger, de réagir sur les causes de son avilissement et de devenir cause à son tour dans la remise en marche de l’économie... C’est à elle de contribuer, aux côtés du prolétariat, à remettre le monde à l’endroit.

    IV SOLUTIONS

    Il ne s’agit pas pour cela de détruire la machine. Tout au contraire, il s’agit de la perfectionner encore. Et si elle risque d’éliminer de nouveaux hommes de la production, il ne s’agit que de transformer le chômage en loisir. Le progrès technique et les masses exploitées seront les fossoyeurs du capitalisme.

    Tout le problème est là. Mettre la machine au service de l’homme et cesser de faire de l’homme l’esclave de la machine. Rompre avec cette économie où des insectes aveugles travaillent désespérément et sans arrêt à construire un monde dont ils ne profitent pas et qui les tue.

    La technique moderne mise au service de l’homme permet d’envisager une utilisation de toutes les énergies valables par la diminution des heures de travail avec maintien d’un salaire vital.

    Mais il faut la délivrer du profit capitaliste dont la logique interne est de créer le chômage, de s’en servir pour menacer les salaires, d’exiger du même ouvrier des heures supplémentaires plutôt que d’organiser le travail en plusieurs équipes.

    Dans une société remise à l’endroit, le développement des loisirs rend aux travailleurs cette richesse inestimable qu’est l’amour du métier. Il réveille l’intelligence créatrice, diffuse la culture, donne enfin un public aux artistes, aux écrivains, aux dramaturges, aux poètes…

    La Société nouvelle du travail sera dirigée par la raison et par l’intelligence ou elle ne sera pas.

    Comment y parvenir ? Comment arrêter le rouleau compresseur des trusts broyant la société ? Comment arrêter la marche de la ploutocratie levant le drapeau du désordre et de la haine ?

    Certains ont voulu montrer le fascisme comme le rénovateur de l’économie. Nous avons vu ce qu’il en fallait penser. Le fascisme consolide le désordre économique et si sa démagogie sociale jette quelquefois du lest, c’est uniquement pour permettre à la vieille injustice de tenir l’air un peu plus longtemps.

    Mais le fascisme continue à asservir l’Esprit au matérialisme capitaliste.

    UNION DE L’INTELLIGENCE ET DU TRAVAIL

    Le communisme, lui, donne toute sa part et toute sa valeur au travail intellectuel.

    Il veut faire une France heureuse. Une France propre. Une France jeune !

    Il veut surtout discipliner les forces aveugles et il sait que seule la raison reconnue comme force dirigeante peut y parvenir.

    Il veut surtout en finir avec l’absurde.

    Mais il n’y a pas plus de création spontanée dans le domaine économique que dans les autres. Le monde à l’envers ne mourra pas de sa seule absurdité et ce sont les cerveaux et les masses des hommes qui créeront le monde nouveau.

    A l’intelligence de prendre sa place, maintenant, et toute sa place, dans l’exécution de cette tâche.

    Nous avons tout fait et nous ferons tout pour que, en vue de la tâche commune, les intellectuels et les ouvriers se comprennent pleinement.

    L’intelligence sent de plus en plus la force magnifique constituée par une classe ouvrière sortie de l’enfance, consciente et de ses droits et de ses devoirs, respectueuse des machines, assoiffée de connaissances et orientée désormais vers les tâches constructives. Quant aux travailleurs, ils ont une affection passionnée pour les grands esprits qui vont au-devant d’eux.

    L’ouvrier qui ne connaît pas Platon n’est pas plus responsable de son ignorance que ne l’est de la sienne l’helléniste qui ne sait pas planter un clou sans se frapper sur les doigts.

    Les gens cultivés comprennent de plus en plus qu’il existe une culture ouvrière et une culture paysanne.

    Demandez à un ouvrier mécanicien de vous expliquer le détail de la mise au point d’un moteur et vous serez étonné de la somme de connaissances, d’expériences, de culture en un mot, dont il fera preuve. Il en sera de même pour le paysan qui vous parlera de l’art du labourage, pour le vigneron qui vous parlera de la science du vin.

    C’est que la Culture est faite de l’ensemble du travail productif de l’homme dans l’espace et dans le temps. Elle est l’addition de l’effort de celui qui travaille plus spécialement de ses mains et de celui qui travaille plus spécialement de son esprit.

    C’est la force ouvrière qui, dans le passé, a conquis les 8 heures et qui, récemment, a obtenu de nouvelles lois sociales qui sauvegardent en même temps que sa vie, sa dignité. Qui ne se rend compte que les conquêtes des masses ouvrières sont autant de garanties pour la protection du travail intellectuel ?

    C’est de l’addition des forces ouvrières et paysannes, avec les forces de l’esprit que dépend la création de l’homme nouveau.

    Les intellectuels qui, au milieu de la misère présente, restent animés du plus noble idéalisme, sont préoccupés par l’avenir de la France et du Monde.

    Le Parti communiste montre la voie de l’action, de la vérité, de l’amour, de la liberté et de la paix. Il ne s’agit pas d’imiter servilement tel ou tel pays. L’U.R.S.S. s’est libérée dans des conditions propres à la Russie et nous l’en admirons d’autant plus. Mais chaque pays donnera, selon ses traditions nationales et son degré d’évolution, son aspect particulier au socialisme.

    Dans cette tâche, le Parti communiste français se sent profondément le continuateur de la France.

    NOUS CONTINUONS LA FRANCE

    Nous continuons la France, la France généreuse, accueillante, compréhensive, rayonnante, toute de mesure et de goût. La France qui ne peut connaître les excès du racisme, elle qui est la somme harmonieuse de tant de races, puisque sa situation géographique d’extrême-cap de l’Europe en a fait le point où les invasions sont venues se heurter à la mer et arrêter leurs vagues, la coupe où elle se sont décantées, le filtre où elles ont laissé leurs échantillons humains quand elles ne s’arrêtaient pas...

    La douceur de son climat, ses ressources, l’heureuse disposition de ses plateaux et de ses vallées, y ont fixé les hommes de bonne heure, et les ont incités aux travaux de l’esprit. Il y a plus d’un trait commun entre la grâce d’un renne gravé et peint par un chasseur préhistorique sur la paroi d’une grotte ornée de la Dordogne ou de l’Ariège, et celle du cerf qui surmonte la porte du château d’Anet.

    C’est de cet ensemble de richesses culturelles que nous nous sentons les héritiers.

    Nous continuons la France. Nos militants sont profondément enracinés à son sol. Leurs noms ont la saveur de nos terroirs. Notre ardeur à conquérir notre patrie pour les plus grandes masses qui en sont encore expropriées, vient de l’amour que nous avons pour notre pays et de notre volonté d’internationalistes que son rayonnement aide toutes les nations à retrouver, dans la paix, leur indépendance et à développer leur culture nationale, dans la marche en avant de la civilisation universelle.

    Nous continuons la France. Et c’est parce que nous continuons la France que nous voulons sauver la culture. Et c’est parce que nous voulons sauver la culture et que, dès nos premiers pas, nous avons eu l’appui d’Anatole France, de Henri Barbusse, de Raymond Lefebvre, que nous voyons maintenant marcher à côté de nous, quelques-uns parmi les plus grands d’entre les savants, les professeurs, les écrivains et les artistes français de ce temps, autour d’André Gide, de Romain Rolland, de Malraux, de Jules Romains, de Benda, de Luc Durtain, de Vildrac, d’Aragon, de Lenormand, de Jouvet, de Lurçat, de Langevin, de Perrin, de Prenant, de Wallon, de Jean-Richard Bloch, de Dullin, de Moussinac, de Jean Renoir, de Francis Jourdain, de Le Corbusier, de Léger et de tant d’autres.

    Nous continuons la France. Et c’est pourquoi nous en appelons, en même temps qu’à l’intelligence, à la jeunesse sacrifiée, à son esprit combatif, à son désir « que ça change », à son besoin de sacrifice, à son désintéressement, pour lui faire comprendre le monde et pour essayer avec elle de le mettre enfin à l’endroit.

    Notre monde à l’envers est une cinquante chevaux en parfait état de marche, dont le conducteur exige qu’elle soit tirée par une paire de bœufs et que, par surcroît, il met en marche arrière.

    Il est temps que l’esprit nous aide à mettre les jeunes réalités dans de jeunes formes.

    C’est la vocation de l’intelligence.

    L’INTELLIGENCE A LA CROISEE DES CHEMINS

    En décidant de leur propre sort, en choisissant la bonne route, les intellectuels décideront du sort de l’humanité. 
    L’intelligence est à la croisée des chemins. 
    Il lui faut choisir ! 
    La guerre ou la paix, 
    La servitude ou la liberté, 
    La haine ou l’amour, 
    Le mensonge ou la vérité, 
    La passivité ou l’action 
    La misère ou le bien-être créateur ? 
    Qu’elle décide ! 
    Une vaste réunion des intellectuels français pourrait apporter à la France la somme de leurs méditations, de leurs recherches, de leurs solutions des problèmes, de leurs connaissances techniques, de leur expérience.

    Les maîtres de la science et de l’art doivent être consultés et entendus.

    Il ne s’agit pas de réunir un parlement de parleurs, il faut constituer une assemblée qui travaille.

    La société malade appelle en consultation ses médecins.

    Nous, communistes, sommes persuadés que l’intelligence française peut apporter aux problèmes posés des solutions insoupçonnées.

    Nous ne connaissons encore que fragmentairement ses tragiques cahiers de doléances. Ils sont encore retenus dans la retraite, modeste et comme pudique, des bureaux et des laboratoires.

    Il faut que l’intelligence dresse son réquisitoire complet et qu’elle motive ses arrêts.

    Nous proposons la convocation des Etats généraux de l’intelligence française.

    Trop longtemps les intellectuels ne sont apparus qu’à travers le miroir déformant de leurs opinions politiques. Il faut, cette fois, qu’ils se réunissent, d’où qu’ils viennent, et qu’ils décident souverainement.

    Trop souvent la France a été gérée par des improvisateurs et des bavards.

    Maintenant, c’est aux hommes qui ont pénétré jusqu’au fond les problèmes, de décider.

    C’est à l’Esprit que le Parti communiste français, parti des masses travailleuses, fait confiance pour l’aider à résoudre les problèmes de la paix, de la liberté et du pain des hommes.

    C’est à l’esprit de préparer et de proclamer à nos côtés la victoire de la dignité humaine.


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  • Pour ceux qui ont raté ce remarquable docu... passé sur la 5.

    L'espoir... 1906-1975

    "Le temps du doute"... ou de la désesp'errance : 1976-2006



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