•  Les 70 ans du Programme du Conseil National de la Résistance.

    Réalisation de Mourad Laffitte


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  •  Le massacre du 1er mai 1891 à Fourmies

    Après le 1er mai 1890, le gouvernement s'était juré de réprimer la revendication qui allait primer lors du 1er mai suivant, à savoir: 8h de travail, 8h de repos et 8 h de loisirs.

    Le 1er mai, lithographie de Grandjouan pour l'Assiette au beurre (1906)

     

    Toute l’armée est mobilisée pour écraser les manifestation du 1er mai 1891. Le danger devait être bien grand, si l’on a besoin d’un tel déplacement de forces pour sauver la société. La police a reçu l’ordre de disloquer les manifestations et de provoquer. La gendarmerie et l’armée doivent faire usage de leurs armes au moindre signal de résistance.

    A Marseille, Clichy, Lyon, Saint-Quentin, Charleville, Bordeaux, Nantes, presque partout où des ouvriers manifestent publiquement, portent à la mairie ou à la préfecture leurs revendications de la journée de 8 heures et une législation du travail, ils sont brutalement assaillis, chargés sauvagement par la gendarmerie et la police.

     

    A Fourmies, dans le département du Nord, les groupes du parti ouvrier de la localité ont décidé dans une assemblée générale, le 20 avril, de fêter le 1er mai et de faire savoir aux fabricants qu’ils cesseraient le travail, ce jour-là.

    Les industriels de la région affichent qu’au 1er mai, les ouvriers absents des ateliers seront licenciés. Ils avaient espéré épouvanter les travailleurs. Mais le nombre de ceux qui franchissent le seuil des entreprises est si minime, qu'ils sont renvoyés dans leur foyer.

     

    Si les ateliers sont vides, les rues et places regorgent d’ouvriers en habits de fête, se réjouissant du magnifique soleil printanier. Jamais on n’avait vu circuler autant de monde. Devant une filature, il y eut un rassemblement: les jaunes ont été salués à coups de sifflets et de cris de lâches et de traîtres.

     

    A cette époque, Fourmies est un ville textile de 15 000 habitants dans laquelle la quasi totalité des ouvriers est en grève et manifeste pour la journée de huit heures et l'augmentation des salaires. Ceux-ci avaient baissé de 10% quand le pain augmentait de 20% et le charbon de 40% !

    Le maire, poussé par les patrons du textile, demande au Sous-Préfet l'envoi de 2 compagnies du 145e régiment de ligne. Après l'arrestation de 4 manifestants, le matin, deux nouvelles compagnies de soldats sont appelées en renfort. 

     

     

     L’après-midi, arrivent des jeunes gens, des femmes et des enfants. Ils chantent sur cette même place et exigent la libération des emprisonnés.

    Alors, les soldats, sans avoir été provoqués ni fait les trois sommations réglementaires, tirent. La boucherie aurait duré longtemps si le curé n’était pas sorti de sa maison et n’avait pas crié :  "Assez de victimes".

    Un homme de 30 ans, 2 jeunes gens de 20 ans, 2 enfants de 11 et 12 ans et quatre jeunes filles de 17 à 20 ans sont mortellement blessés. Une de ces dernières tenait un rameau d'églantine dans la main, elle accompagnait son fiancé, portant un chapeau qui fut traversé par une balle.

    Fourmies-1.jpg

    9 morts et 35 blessés en 45 secondes. Le nouveau fusil Lebel fit la démonstration de son efficacité contre les grévistes français.

     

    Depuis cette date, le 1er Mai fut non seulement un jour de revendication et de grèves partout en France, mais aussi la commémoration de la répression sauvage par l'armée au service du patronat et de l'État, lui-même largement inféodé à l'oligarchie financière.

     



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    Pour la réhabilitation de la Commune et des Communards (Pierre Laurent) 

    Jeudi 25 Avril 2013

    Pierre Laurent, sénateur PCF de Paris
    Secrétaire national du PCF

     
    Pour la réhabilitation de la Commune et des Communards (Pierre Laurent)
    Il y a 142 ans, le 18 mars 1871, débutait la Commune de Paris, insurrection née des souffrances liées au siège de la capitale par les Prussiens, d’une paupérisation croissante du peuple parisien, et d’un fort élan républicain suite à l’élection à l’Assemblée d’une chambre à dominante monarchiste.

    Pendant deux mois, la Commune de Paris a porté les valeurs universelles de liberté, d’égalité et de fraternité, à travers l’émergence du droit du travail, l’école gratuite et laïque pour tous, l’égalité d’accès à la justice, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la promotion de l’art et de la culture, la défense de l’intérêt général par l’extension des services publics, une démocratie où le peuple n’abdique pas sa souveraineté… Autant de projets et de réalisations qui nous interpellent par leur brûlante modernité.

    On connait la fin tragique de l’expérience communarde : pendant la Semaine Sanglante du 21 au 28 mai 1871, la répression des troupes versaillaises s’abattit sur les communards, et plusieurs milliers d’entre eux furent fusillés, de 10000 à plus de 30000 selon les historiens. Des procès, hors de tout droit, multiplièrent ensuite les condamnations à la prison ou à la déportation.

    Nous avons la conviction que la connaissance des événements qui ont marqué l’Histoire et participé à l’affirmation des valeurs communes de notre République est indispensable à la constitution d’une mémoire nationale partagée.

    La ville de Paris notamment a rendu de nombreuses fois hommage à la Commune. Mais l’Etat a également un rôle majeur à jouer, à travers la matérialisation des lieux de mémoire dans l’espace public et les administrations, ou par des gestes forts.

    Le Parlement enfin peut favoriser la reconnaissance des évènements constitutifs de l’identité républicaine, à travers notamment l’adoption de résolutions.

    Le 11 juillet 1880, la loi portant amnistie générale des communards a mis fin aux poursuites pénales et a effacé les peines prononcées. Nous croyons aujourd’hui nécessaire d’aller au-delà : c’est en ce sens que nous avons décidé, de déposer une proposition de résolution affirmant la pleine réhabilitation de la Commune et des Communards, et le rôle de cette période de l’histoire dans la conquête des droits politiques et sociaux aujourd’hui au fondement de notre République.

    On l’a vu, la Commune est moderne, et ses idéaux bien d’aujourd’hui. Nous sommes dépositaires d’une mémoire qui ne demande qu’à vivre, qu’à irriguer le présent. Droit de vote des étrangers aux élections locales, démocratie dans l’entreprise, éducation et formation pour tous et toutes, laïcité, égalité entre les femmes et les hommes, réquisition des logements vacants pour les mal-logés, sauvegarde et développement des services publics ... Les fondements solidaires, facteurs d’égalité de notre société que les communards ont contribué à forger dans notre République et qui ont été confirmés et étendus à la Libération, sont plus que jamais d’actualité.

    ARTICLE UNIQUE

    Le Sénat,

    Vu l’article 34-1 de la Constitution,

    Vu les articles 1 à 6 de loi organique n° 2009-403 du 15 avril 2009 relative à l’application des articles 34-1, 39 et 44 de la Constitution,

    Vu le chapitre VIII bis du Règlement du Sénat,

    Considérant les travaux historiques et scientifiques qui établissent la réalité des violences et meurtres de milliers de personnes lors de la répression des partisans de la commune. Souhaite que la France réhabilite pleinement la Commune et le rôle de cette période de l’histoire dans la conquête des droits politiques et sociaux aujourd’hui au fondement de notre République.

    Souhaite que la France réhabilite pleinement les Communards.

    Souhaite que la France organise une journée de commémoration nationale à ce sujet.
     

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  • 130419_Hitler.jpg80 ème anniversaire de la prise de pouvoir par Hitler : une résistible ascension

     

    Nous reprenons ci-dessous l’analyse, remarquable synthèse, du camarade Herwig Lerouge, rédacteur en chef d’« Etudes marxistes », revue associée au Parti du travail de Belgique (extraite du n°101 – lien), déjà reproduite sur le site vivelepcf.fr, reprise par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

    80e anniversaire de la prise de pouvoir par Hitler

     

    Le 30 janvier 1933, quand Hitler arrive au pouvoir, commence une ère de crimes contre l’humanité plus horribles les uns que les autres. En douze ans, les nazis ont mis sur pied une dictature sanglante, occasionné une guerre mondiale et la mort de 70 millions de personnes, planifié et exécuté un génocide à une échelle industrielle.

     

    Dans sa déclaration gouvernementale du 1er février 1933, Hitler promettait au peuple allemand l’amélioration de la situation des travailleurs et des paysans ainsi que le maintien et la consolidation de la paix. « Donnez-moi quatre ans, et vous ne reconnaîtrez plus l’Allemagne », prophétisait-il (1). Après quatre ans de guerre, l’Allemagne, de même que l’Europe, ravagées, étaient en effet devenues méconnaissables.

     

    On se demande comment le fascisme a pu arriver au pouvoir en Allemagne, qui en furent les responsables et comment empêcher son retour. Une connaissance scientifique des origines et de la nature profonde du fascisme renforce le combat d’aujourd’hui.

     

    Un coup d’État légal

     

    Le 30 janvier 1933, le président allemand Hindenburg nomme Premier ministre Adolf Hitler, le dirigeant du Parti national-socialiste allemand (nazi). Hindenburg était redevenu président en mars 1932. Les nazis proposaient Hitler. Le Parti du Centre soutenait le président sortant, le monarchiste Hindenburg. Le Parti socialiste allemand refusait de proposer un candidat commun avec le Parti communiste (KPD) et soutenait Hindenburg sous le mot d’ordre : « Battez Hitler — votez Hindenburg ». Le KPD menait campagne sous le mot d’ordre : « Voter Hindenburg, c’est voter Hitler. Voter Hitler, c’est voter pour la guerre ». Neuf mois plus tard, le président Hindenburg nommait Hitler. Même pas neuf ans plus tard, ce fut la guerre.

     

    Le premier gouvernement de Hitler ne comptait que trois nazis, dont Hitler lui-même. Il n’était pas arrivé au pouvoir par une victoire électorale ni sur base d’une majorité parlementaire. Il n’osait même pas se présenter devant le Parlement, car il y était minoritaire. Il a préféré dissoudre le Parlement et organiser de nouvelles élections qui furent fixées au 5 mars.

     

    Ce délai lui donna l’occasion de gouverner cinq semaines sans contrôle parlementaire. Il s’agissait d’un coup d’État légal, car la Constitution allemande de l’époque permettait au Président de dissoudre le Parlement ou de le suspendre temporairement.

     

    Un régime de terreur

    Le 4 février, Hindenburg prend une ordonnance d’urgence qui interdit toute critique du gouvernement, supprime la liberté de rassemblement et de presse du Parti communiste d’Allemagne (KPD) et d’autres organisations de gauche. Le KPD est alors engagé dans la campagne électorale.

     

    Le 27 février, un anarchiste hollandais déséquilibré met le feu au Reichstag, le Parlement allemand. De nombreux historiens sont convaincus que l’incendie a en fait été provoqué par un détachement des Sections d’assaut (SA) nazies. Ce qui suit confirme la thèse de la provocation planifiée. Avant tout début d’enquête, la radio affirme que les communistes sont coupables. La même nuit, sur base de listes préparées à l’avance, plus de 10 000 communistes, socialistes, progressistes sont arrêtés. Toute la presse communiste et plusieurs journaux socialistes sont interdits. La liberté de la presse et de réunion sont suspendues.

     

    Malgré cette répression, les élections ne donnent pas une majorité aux nazis ni une majorité des deux tiers au gouvernement de coalition dirigé par Hitler. Pour l’obtenir, le gouvernement radie les 81 mandats du KPD, sans qu’aucun parti ne proteste, même pas le Parti socialiste. Cela étant réglé, le Parlement vote la confiance et autorise ensuite le gouvernement Hitler à décréter des lois sans son autorisation. C’est en fait une autodissolution. Les socialistes votent contre la déclaration gouvernementale, mais jugent démocratiques les élections malgré la répression.

     

    En deux ans, les nazis ont interdit les partis politiques, tué plus de 4 200 personnes, arrêté 317 800 opposants dont 218 600 ont été blessés et torturés. Le 20 mars 1933, le commissaire nazi à la police de Munich, Himmler, crée, dans les locaux d’une ancienne usine de poudre à Dachau, le premier camp de concentration destiné aux prisonniers politiques. Quarante autres suivront dans la même année.

     

    J’ai des millions derrière moi

     

    Hitler n’a donc pas été élu démocratiquement comme on l’entend souvent dire. En réalité, la décision de le nommer chancelier a été prise quelques semaines auparavant, le 3 janvier, dans la villa du banquier von Schröder. Jusque-là, les grands industriels et banquiers étaient divisés à son sujet.

     

    À plusieurs reprises entre 1918 et 1923, les cercles les plus à droite de la classe dirigeante avaient tenté, par des coups d’État et une dictature militaire (le putsch de Kapp en 1920), de se débarrasser du système parlementaire, de supprimer les droits importants acquis par les travailleurs lors de révolution de novembre 1918 pour prendre ainsi leur revanche pour ce qu’ils y avaient perdu. Ces cercles s’appuyaient sur une partie de l’armée et sur les nombreuses organisations réactionnaires. L’une d’entre elles, le NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands), avait en Bavière une influence locale certaine. Hitler avait été envoyé par l’armée comme informateur au sein de ce parti alors qu’il était encore militaire. De nombreux industriels voyaient déjà à cette époque dans le NSDAP une des organisations qui valaient la peine d’être soutenues. Ils l’ont financé.

     

    Les hommes politiques de la bourgeoisie allemande avaient tiré les leçons de l’échec du putsch de Kapp de 1920 et de toutes les tentatives de mettre fin de manière violente à la république de Weimar. Vu l’organisation et la puissance du mouvement ouvrier allemand, il ne fallait plus tolérer à l’avenir de tentative de putsch. En 1923, le patron sidérurgiste Stinnes disait à l’ambassadeur américain : « Il faut trouver un dictateur qui aurait le pouvoir de faire tout ce qui est nécessaire. Un tel homme doit parler la langue du peuple et être lui-même un civil ; nous avons un tel homme (2). »

     

    Avec la crise économique de 1929, ces mêmes cercles ont décidé de miser sur le parti de Hitler qui a reçu de leur part un soutien accru. Sans leurs millions, Hitler ne serait jamais devenu aussi important. Ils ont mis à sa disposition leurs hangars désaffectés qu’il a transformés en une version nazie de l’Armée du Salut. Des malheureux sans travail pouvaient s’y retrouver pour une assiette de soupe et un lit pour la nuit. Avant qu’ils s’en rendent compte, on leur avait collé sur le dos un uniforme et ils défilaient au pas de l’oie derrière le drapeau nazi. Durant la campagne présidentielle de 1932, les nazis ont collé des millions d’affiches, imprimé douze millions de numéros spéciaux de leur torchon de journal et organisé 3 000 meetings. Pour la première fois, ils ont fait usage de films et de disques. Hitler utilisait un avion privé pour se rendre d’un meeting à l’autre. En 1932, le parti nazi comptait des milliers de permanents et l’entretien des SA (sections d’assaut), à lui seul, coûtait deux millions de marks par semaine. Qui payait tout cela ? Certainement pas les membres sans travail du parti nazi…

     

    Aux élections fédérales de septembre 1930, le NSDAP devient le deuxième parti avec plus de 6 millions de voix. Des représentants de premier ordre de la classe dirigeante s’expriment en faveur de la formation d’un gouvernement avec lui. Hitler est invité à exposer ses idées devant des cercles de grands capitalistes et plusieurs d’entre eux adhèrent au parti. Le directeur de la firme Siemens, Carl Friedrich von Siemens, prononce le 27 octobre 1931 un discours devant des membres importants de la finance américaine, pour dissiper les craintes que suscite une éventuelle montée au gouvernement des nazis. Il insiste surtout sur la volonté des nazis d’éradiquer le socialisme en Allemagne. Le 26 janvier 1932 au Düsseldorfer Industrieklub, Fritz Thyssen, le magnat de la sidérurgie, organise devant plus de cent grands patrons une conférence de Hitler, durant laquelle celui-ci assure que son mouvement voit dans la propriété privée le fondement de l’économie allemande et que son but principal est d’éradiquer jusqu’à la racine le marxisme en Allemagne.

     

    Vite avant qu’il ne soit trop tard

     

    Mais il faudra encore une année avant que ces patrons confient la chancellerie à Hitler. Ils avaient peur de la réaction du mouvement ouvrier. De plus, ils se livraient de violentes luttes de pouvoir, chacun voulant prendre la direction de la dictature en devenir.

     

    Mais lors des élections fédérales du 6 novembre 1932, le Parti communiste d’Allemagne accroît fortement son influence parmi les travailleurs au détriment du Parti socialiste qui perd de plus en plus son emprise sur la classe ouvrière. Le capital craint un soulèvement révolutionnaire. Le NSDAP perd deux millions de voix. Un déclin plus important du parti risque de ruiner tous les espoirs du grand patronat. Ils mettent leurs querelles internes au vestiaire et décident de confier plus rapidement le pouvoir au parti de Hitler.

     

    Le 19 novembre, des banquiers, de grands industriels et de grands propriétaires terriens demandent au président Hindenburg de nommer Hitler à la chancellerie. La rencontre entre le Premier ministre en exercice von Papen et Hitler dans la villa du banquier von Schröder le 4 janvier 1933 a scellé les arrangements qui ont conduit au 30 janvier 1933.

     

    Certains patrons ont encore des doutes sur la capacité d’Hitler à contrôler son arrière-ban, chauffé par des discours démagogiques contre le grand capital. Mais Hitler les rassure. Le 20 février 1933, il reçoit le gratin du grand capital allemand. L’aile dite anticapitaliste du parti, qui avait cru à la démagogie de Hitler et pensait que les nazis prendraient aussi des mesures contre le grand capital, est éliminée. Pendant la nuit des longs couteaux, le 30 juin 1934, Hitler fait assassiner 1 000 cadres de ses propres sections d’assaut (SA).

     

    Ce sont les Thyssen, Krupp, Siemens et autres qui ont déterminé la politique économique de Hitler. Il suffit de voir la composition du Haut comité économique sous le gouvernement nazi. Nous y trouvons Gustav Krupp von Bohlen, roi de l’industrie d’armement, Fritz Thyssen, baron de l’acier, C. von Siemens, roi de l’électricité, Karl Bosch, de l’industrie des colorants.

     

    Le gouvernement Hitler bloque les salaires au niveau très bas de 1932, où ils étaient arrivés en raison de la crise. Les travailleurs sont privés de tous leurs droits et menacés d’emprisonnement dans un camp de concentration en cas de grève.

     

    La loi nazie du 15 mai 1934 limite la liberté de changer d’employeur. Un livret de travail est introduit en février 1935. Sans ce document, aucun travailleur ne peut être engagé. Tout comme en Belgique au 19e siècle, un ouvrier qui désire travailler ailleurs peut en être empêché par son patron si celui-ci détient son livret de travail.

     

    Le fascisme a porté la logique du capitalisme jusqu’à sa pire extrémité. La recherche de la compétitivité mène à une spirale descendante des salaires et des acquis sociaux. Le fascisme a porté la compétitivité des usines allemandes à des sommets jamais atteints. Dans les camps de travail, le coût salarial et les charges sociales sont quasiment réduits à zéro. Parmi les entreprises qui rivalisent pour obtenir la plus grande quantité possible de main-d’œuvre en provenance des camps de concentration, on retrouve le gratin du grand capital. Afin d’épargner leurs frais de transport, plusieurs firmes construisent leurs usines dans les environs immédiats des camps.

     

    Le problème du chômage est résolu en envoyant une partie des chômeurs dans l’armée, une autre dans les usines d’armement. Les deux parties sont ainsi obligées de préparer leur propre mort et celle de dizaines de millions d’autres.

     

    Une catastrophe évitable

     

    Parler de la « facilité » avec laquelle le fascisme a gagné la victoire en 1933 est faux. Le combat que la classe ouvrière d’Allemagne a livré à l’extrême droite en marche a duré quinze années avant que la dictature fasciste ne puisse être instaurée ; dans cette lutte, des dizaines de milliers d’ouvriers ont perdu la vie sous les balles de l’ennemi et, si finalement ils n’ont pas pu empêcher l’établissement de la dictature fasciste, ce ne fut pas par suite de la supériorité du fascisme, mais bien seulement parce que l’action des travailleurs a été paralysée par certains de leurs dirigeants. Selon le grand historien allemand, Kurt Gossweiler, spécialiste du fascisme, cette catastrophe aurait pu être enrayée, mais seulement par le mouvement ouvrier en front uni, par le combat de masse uni de tous les antifascistes, y compris par des luttes extraparlementaires.

     

    Le Parti communiste allemand était la seule force politique à opposer au fascisme une hostilité irréconciliable. Il a sans doute sous-estimé trop longtemps le danger, mais une fois qu’il en a pris conscience, il était prêt à mobiliser tous les moyens et toutes les forces nécessaires pour empêcher la prise de pouvoir des fascistes. Mais il n’était pas assez fort pour soulever seul les travailleurs, sans et contre la direction socialiste. Sans doute aurait-il pu faire plus d’efforts et plus tôt pour créer un front avec les travailleurs socialistes. Mais il est fort douteux que la réponse de la direction du Parti socialiste à cet effort aurait été positive.

     

    Dans la période de préparation de la dictature fasciste, les dirigeants de l’aile droite de la social-démocratie ont joué un rôle très négatif. La classe ouvrière est précipitée dans une misère indescriptible. Le gouvernement du socialiste Müller a mis en œuvre dès le début de la crise de 1929 une politique antiouvrière et procapitaliste draconienne : en 1929, les capitalistes obtiennent 1,37 milliard de marks de diminutions d’impôts. Les impôts (indirects surtout) et les taxes qui frappent la masse de la population augmentent : les taxes sur les produits de première nécessité augmentent de 2 milliards de marks en 1929. Ce gouvernement a voté un plan qui supprime ou diminue les allocations de chômage pour 1,2 million de chômeurs. Le nombre d’exclus des allocations de chômage augmente de 500 000 en 1927 à plus d’un million en 1930. En janvier 1930, 80 % des sans-travail bénéficient de l’allocation de chômage. En décembre de la même année, ils ne seront plus que 57 %.

     

    De « moindre mal » en « moindre mal » jusqu’à Hitler

     

    En mars 1930, la droite fait exclure les socialistes du gouvernement national. Arrive le gouvernement Brüning du Parti du centre, qui fait de « l’assainissement des finances publiques » son point de programme principal. Au nom du « moindre mal », c’est-à-dire pour « éviter le fascisme », la social-démocratie abandonne son opposition parlementaire au gouvernement Brüning. Elle décide de « tolérer » le gouvernement et de voter contre toute motion de méfiance au parlement.

     

    En novembre 1931, le gouvernement décide même une diminution de 10 à 15 % des revenus, l’annulation des conventions collectives existantes, le retour des salaires au niveau du 10 janvier 1927, la suppression du droit de grève, la diminution des allocations sociales et l’augmentation des cotisations, le report d’un an des élections sociales et la proclamation de l’état d’exception. Dans les faits, cette ordonnance signifiait une diminution réelle des revenus de 27 à 29 % et elle conduisait pratiquement à la suppression des droits démocratiques des travailleurs. Tout en la dénonçant dans sa presse, le PSA permet par l’abstention de ses députés le vote de cette ordonnance.

     

    Les dirigeants socialistes s’en prennent plus souvent aux communistes qu’aux fascistes. Le premier mai 1929, le chef socialiste de la police de Berlin interdit les manifestations et fait tirer sur les 200 000 ouvriers qui manifestent quand même. Il tue 33 manifestants. Il interdit le journal du KPD et le 3 mai le ministre socialiste de l’Intérieur de Prusse interdit le Front rouge des combattants, l’organisation d’autodéfense antifasciste du KPD.

     

    Au cours de 1930, plus de 80 antifascistes sont assassinés par les SA, les troupes de choc des nazis. Un climat de violence s’étend sur toute l’Allemagne. Mais Hitler joue le politicien respectable, soucieux de la légalité. Le PSA est tout prêt à le croire. Le journal socialiste Vorwärts du 3 décembre 1931 écrit : « Si on était sûr qu’une fois en place les nationaux-socialistes observeront les règles du jeu démocratique qu’ils prétendent suivre pour accéder au pouvoir, alors nous serions tout prêts à les laisser entrer au gouvernement et aujourd’hui plutôt que demain. »

     

    Même face à la menace directe du fascisme, ils ont refusé de s’allier aux communistes. Quand en mai 1932 la droite au pouvoir à Berlin a destitué le gouvernement socialiste minoritaire de Prusse, le seul gouvernement régional socialiste restant, la direction du PSA a protesté verbalement, mais s’est soumise. Elle a taxé de « provocation » la proposition communiste d’appeler ensemble à la grève générale.

     

    Pourtant, la droite et les fascistes n’étaient pas de taille à affronter une résistance active du PSA, de son organisation de lutte Reichsbanner, du syndicat, du KPD et du FRC (3). Juillet 1932 était probablement la dernière chance d’empêcher le fascisme d’arriver au pouvoir. Le nazi Goebbels disait à ce moment : « Les rouges ont laissé passer la grande occasion. Elle ne reviendra plus (4). »

     

    Le 30 janvier 1933, les dirigeants socialistes rejettent à nouveau l’offre de grève générale du KPD. Aussi longtemps que Hitler « ne violait pas la constitution », ils ne voulaient pas se battre. Il fallait attendre les élections du 5 mars. Même la terreur contre les communistes et certains socialistes après l’incendie du Reichstag n’a pas changé leur position.

     

    Encore en mars 1933, le chef des syndicats socialistes, Leipart, offre sa collaboration à Hitler : « Les syndicats sont prêts… à entrer en collaboration permanente avec des organisations patronales. Le contrôle par l’État (fasciste, ndlr) d’une telle collaboration, pourrait en certaines circonstances, en augmenter la valeur et en faciliter le fonctionnement… », dit-il (5).

     

    Le 1er mai 1933, les nazis et les patrons appellent les ouvriers à participer en masse aux manifestations organisées par le régime. Les dirigeants syndicaux boivent le calice de la honte jusqu’à la lie et se joignent à cet appel. Cela ne leur sert à rien. Le lendemain, les principaux dirigeants syndicaux sont arrêtés et les biens des syndicats confisqués.

     

    Mais le PSA va encore plus loin. Le 17 mai, les députés sociaux-démocrates votent pour la « révolution pacifique » de Hitler au Reichstag. Il s’agissait d’une exigence de révision du Traité de Versailles visant à lever toute barrière aux visées expansionnistes allemandes. Cette servilité ne rapporte rien non plus au PSA. Le 22 juin 1933, le gouvernement de Hitler interdit toute activité politique au PSA. Un nombre considérable de fonctionnaires socialistes et syndicaux, dont le tristement célèbre ministre de l’Intérieur de Prusse, Severing, n’hésitent pas à passer aux nazis.

     

    En 1935, Georges Dimitrov, le dirigeant de l’Internationale communiste dira : « La victoire du fascisme était-elle inévitable en Allemagne ? Non, la classe ouvrière allemande pouvait la conjurer. Mais, pour cela, elle aurait dû obliger les chefs de la social-démocratie à cesser leur campagne contre les communistes et à accepter les propositions répétées du Parti communiste sur l’unité d’action contre le fascisme. Elle aurait dû répondre par une véritable lutte de masse, qui eût entravé les plans fascistes de la bourgeoisie allemande (6). »

     

    Pour en savoir plus sur les origines du fascisme, sur les forces qui l’ont porté au pouvoir, sur la résistance, voici quelques sources :

     

    Kurt Gossweiler, « Hitler, l’irrésistible ascension ? », Études marxistes, 67-68/2004.

    Kurt Gossweiler, « L’économie allemande en 1933-1934 : De la crise mondiale au redressement », Études marxistes, 65/2006.

    Herwig Lerouge, « Sans la trahison du parti socialiste allemand, le fascisme n’aurait jamais triomphé en Allemagne », Études marxistes, 15/1992.


    1 – Voir notamment Thierry Feral, Le nazisme en dates (novembre 1918-novembre 1945), Éditions L’Harmattan, 2010, p. 173

    2 – Kurt Gossweiler, « De Weimar à Hitler : les causes de l’avènement de la dictature fasciste », Études marxistes, no 67-68, p. 18

    3 – Front rouge des combattants, l’organisation de lutte du KPD

    4- Baay, « Der andere 20 Juli », Die Zeit, no 29, 21 juillet 1972

    5- Françoise Knopper, Gilbert Merliop, Alain Ruiz, Le National socialisme, une révolution ?, Presses Universitaires du Miral, p. 156.

    6 – Georges Dimitrov, « Le fascisme et la classe ouvrière », Œuvres choisies, Éditions sociales, 1972, p. 48


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  • Les 70 ans de la révolte du ghetto de Varsovie

     


    Une cérémonie s’est déroulée sur les lieux ce matin, devant le mémorial, pour célébrer l’anniversaire de l’insurrection. Un épisode lors duquel des combattants juifs s‘étaient rebellés face à l’oppression nazie. Aujourd’hui, un millier de personnes se sont rassemblées pour leur rendre hommage, en présence de survivants. Un cortège de plusieurs centaines de personnes s’est rendu sur le lieu de départs des trains vers le camp de Treblinka, dans lequel plus de 300 000 Juifs de Varsovie ont trouvé la mort. A l’issue de la cérémonie, les participants ont pu visiter le nouveau musée d’histoire des Juifs de Pologne, qui témoigne du sort de la communauté dans le pays, au cours des siècles derniers.

     


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  • Aline Dupuy, Th. Crouzet, F. Vivas. Journal d’une lycéenne sous l’Occupation.

    Bernard GENSANE
     

    Ceci est un livre à trois voix, mais aussi à trois étages. Les auteurs sont partis du Journal d’Aline Dupuy, élève-institutrice à Toulouse pendant la guerre. Ils ont ensuite fait réagir Aline à ce qu’elle avait écrit. « L’histoire des Français sous l’Occupation ne peut pas se suffire de l’événementiel. Elle se doit d’être aussi transhistorique et sensitive. C’est son rythme », expose Frédéric Vivas. Les auteurs ont enfin replacé un témoignage de première main dans des perspectives synchronique et diachronique : une réflexion de Frédéric Vivas sur l’écrit intime (« ce texte n’est pas un écrit sur l’écrit mais à partir d’un écrit »), une analyse historique de “ Toulouse la rouge ” par Thierry Crouzet. Le journal intime est donc devenu extime en étant étayé par les sciences humaines, sociales et historiques. Nous avons affaire à un ouvrage très rigoureux, les notes infrapaginales sont innombrables et érudites. Mais cet ouvrage, comme le journal qui en est le socle, n’est « ni la glorification du héros, ni la commisération de la victime, ni la stigmatisation du salaud. »

    Aline et ses amis normaliennes (Vichy avait remplacé cette qualification par celle, beaucoup plus hiérarchisante, d’« Elève-Maître ») sont issues de milieu fortement politisés. L’éducation, la culture sont pour ces jeunes femmes les principaux vecteurs de transformation sociale. L’ascension sociale se réalise par les diplômes et le ralliement aux idées républicaines. Ceci n’est pas rien, car que l’école soit républicaine signifia concrètement que, dans chaque commune de Haute-Garonne disposant d’un enseignant sorti de l’École normale, il y eut un centre de Résistance, ou encore qu’en quatre ans 84 professeurs et étudiants de la Faculté des Lettres de Toulouse furent pourchassés, emprisonnés ou déportés par la police de Vichy ou par la Gestapo.

    La principale enseignante d’Aline n’est autre que Madame Badiou, l’épouse du maire de Toulouse à la Libération, et la mère du philosophe Alain Badiou. Une femme de gauche, de culture, une grande pédagogue qui sait rendre abordable et réutilisable le canon littéraire. En ces temps de guerre, il valait mieux travailler. Surtout par les grands froids sans charbon : « Les profs de gym redoutaient de nous faire monter à la corde, car on se pelait les doigts. Un manteau était un bien vital. » Les jeunes ont faim mais savent s’offrir des petits bonheurs : « Achat d’une photo de Bernard Blier, 1, 50 franc. Qu’il était beau ! ».

    Avant même d’être ignoblement répressif, le régime de Pétain (Toulouse est en zone non occupée) est le pourvoyeur d’une idéologie qui du passé veut faire table rase : « Au triptyque Liberté, Égalité, Fraternité, doit succéder un homme nouveau, avec pour devise Instinct, Tradition, Sélection. » Cela lui est d’autant plus facile que, selon la phrase dramatique de l’historien Jean-Pierre Rioux, le peuple est « débandé, haché par l’effroi, toutes tripes dehors ». Sans parler des grandes consciences qui, comme Claudel, lui tire dans le dos : l’écrivain se félicite de « la fin de cet immonde régime parlementaire », un cancer issu de « l’immonde tyrannie des bistrots, des francs-maçons, des métèques, des pions et des instituteurs. »

    Résister, au niveau qui est celui d’une jeune normalienne, n’est pas un mot, c’est un comportement de tous les jours. Une succession de petits gestes banals mais résolus. Comme celui du prisonnier de Midnight Express qui, soudainement, se met à tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre lors de la promenade. Chaque semaine, on demande aux élèves de saluer le drapeau, de chanter “ Maréchal, nous voilà ! ”. Aline et ses condisciples ne chantent pas, elles font semblant, ou alors elles chantent faux. Les sons qui constituent le mot “ Maréchal ” ne sortent pas de leur bouche, de leur souffle. Le vieil autocrate est nié. Madame Badiou va utiliser Montaigne (peut-être d’origine marrane du côté maternel, d’ailleurs) comme une arme contre les égarements fanatiques du régime. Montaigne, c’est la tolérance, dit Aline, l’ouverture aux autres, la raison. Il se met à la place des autres pour voir comment ils pensent. En étudiant Montaigne, on ne devient pas un béni-oui-oui. Fort bien vu.

    Autre acte de résistance, petit mais tellement symbolique : Aline achète le manuel d’histoire Mallet-Isaac, qu’elle revendra ensuite à sa “ fille pédagogique ”. Un véritable acte d’insoumission. Mallet avait été tué pendant la Première Guerre mondiale (il s’était engagé volontaire à l’âge de 50 ans). Le ministre de l’Éducation Abel Bonnard avait prévenu dans Gringoire : « Il n’est pas admissible, que l’histoire de France soit enseignée aux jeunes Français par un Isaac. »

    En 1944, le camp d’en face plie mais ne rompt pas. La Milice, ce rassemblement de voyous dévoyés, recrute plus que jamais, malgré les défaites allemandes et l’imminence de la Libération. Dans sa lettre pastorale, Monseigneur Choquet, l’archevêque de Tarbes – un fervent de Vichy – remet en cause l’autorité et la légitimité du général De Gaulle.

    Heureusement, quelques grands prélats (bien rares) font honneur à leur église. Le cardinal de Toulouse, Mrg Saliège, est l’une des deux ou trois éminences à dénoncer les déportations de Juifs, à condamner le STO et les exactions nazies – après avoir soutenu l’aide aux réfugiés espagnols. Il sera fait compagnon de la Libération sans avoir été officiellement résistant. Et Juste parmi les nations. En 1945, grâce à Raymond Badiou et quelques autres résistants authentiquement de gauche, Toulouse redeviendra ce qu’elle avait été depuis longtemps : la “ République rouge du Midi ”. Au point que – les vents ont bien tourné – le nonce apostolique, Mgr Roncalli (futur Jean XXIII) inaugurera la Semaine sociale de Toulouse le 30 juillet 1945. Normal, après tout, pour une ville qui aura su, à ce point, conjuguer son histoire rebelle et sa tradition d’hospitalité.

    Cet ouvrage a également le très grand mérite de nous rappeler que la Résistance fut aussi une affaire de femmes. Souvenons-nous, par exemple, du roman et du film éponyme L’armée des ombres qui ne comporte qu’un seul personnage féminin, uniquement parce qu’il est nécessaire à l’économie du récit. Le témoignage d’Aline Dupuy confirme qu’il y eut, à Toulouse comme ailleurs en France, une résistance au féminin. À commencer par Madame Badiou. Mais peu de femmes furent chef de réseau. Il n’y eut quasiment pas de femmes dans les bureaux de Londres, à part comme secrétaires. Le plafond de verre, là aussi. Il faudra des années aux femmes, malgré le droit de vote en 1945, pour qu’elles puissent se libérer des schémas vichystes, pour pouvoir tout bêtement sortir sans chapeau sans être traitée de dévergondée (euphémisme pour prostituée), pour pouvoir avorter (un acte passible de la peine de mort sous Pétain), pour que leur corps et leur esprit n’appartiennent plus à la nation, mais à elles-mêmes.

    Toulouse, 1943-1945. Toulouse : Le Pas d’oiseau, 2013.

    http://bernard-gensane.over-blog.com/

    URL de cet article 19947
    http://www.legrandsoir.info/aline-dupuy-th-crouzet-f-vivas-journal-d-une-lyceenne-sous-l-occupation.html

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  • Les derniers instants du groupe Manouchian
    Bastien Hugues (lefigaro.fr)

    EN IMAGES - Trois clichés authentiques, pris clandestinement par un sous-officier allemand, ont été rendus publics cette semaine. Des images uniques prises au Mont Valérien, le 21 février 1944.

    Ils sont là. Cloarec, Alfonso, Ramjan, Salvadori et les autres. Mains attachées aux poteaux, yeux bandés, au pied d'une falaise boisée, face à leurs bourreaux. Ils viennent d'être exécutés ou vont l'être d'un instant à l'autre.

    Clemens Rüther, lui, est un sous-officier de la Wehrmacht. Ce jour-là, le 21 février 1944, il les a convoyés ici, au Mont Valérien, devant le peloton d'exécution. Puis s'est reculé en surplomb de la clairière. Pour veiller à la sécurité du site, ou pour se cacher. Seule l'histoire le sait. Une chose est sûre : clandestinement, il a décidé de fixer son objectif vers les condamnés. Des patriotes - la plupart étrangers - du célèbre réseau de Missak Manouchian, l'une des composantes des Francs-tireurs et partisans de la Main-d'oeuvre immigrée (FTP-MOI), d'obédience communiste.

    » Voir le diaporama en plein écran

    Ses photographies, Rüther les garde pour lui et pour lui seul jusqu'en 1985, avant de les transmettre au comité allemand Franz Stock, du nom de l'aumônier militaire présent au côté des condamnés. En 2003, les images sont transmises à l'Etablissement photographiques des archives de la défense (Ecpad), où personne ne semble réaliser immédiatement la valeur de ces documents. Mais il y a quelques mois, Serge Klarsfeld, fondateur de l'association des fils et filles des déportés juifs de France, apprend leur existence, dans le cadre de ses recherches sur l'identification des quelque 1.000 fusillés du Mont Valérien entre 1941 et 1944.

    Des photographies rendues publiques cette semaine par Serge Klarsfeld, avant la célébration dimanche du 68e anniversaire de la première exécution massive au Mont-Valérien, le 15 décembre 1941, au cours de laquelle furent fusillés 70 résistants ou opposants à l'occupant allemand, dont 52 juifs.

    http://www.lefigaro.fr

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  • Nazisme et grand capital

    Le dictateur (2).PNGSans vouloir déconsidérer le message humaniste du film de Chaplin, on peut quand même regretter que la caricature qu’il donne d’Hitler n’aide pas à comprendre pourquoi et comment un mouvement aussi répugnant que le nazisme soit parvenu au pouvoir légalement dans un pays considéré comme un des fleurons culturels de l’Europe.

    On peut même penser que le succès qu’a rencontré ce film en Occident doit beaucoup au fait qu’il a contribué à faire oublier qu’Hitler et le nazisme n’ont dû leur victoire qu’à l’appui politique et financier des représentants des firmes les plus puissantes du capitalisme allemand.

    Soutenu seulement par certains cercles de l’armée, Hitler et le parti nazi ont longtemps été marginalisés. Au point que leur putsch de Munich en novembre 1923 tournera à la farce lamentable.

    C'est que craignant une réaction trop vigoureuse de la classe ouvrière, la bourgeoisie souhaitait mettre fin à la République de Weimar et instaurer un pouvoir autoritaire, mais de manière constitutionnelle. A partir de 1924, Hitler, qui a retenu la leçon, décide de lancer son parti dans les compétitions électorales - toutefois sans succès jusqu’en 1929. C’est alors que, la conjoncture se dégradant après une période de relative stabilité, les milieux les plus réactionnaires du grand capital se tournent vers le parti nazi.

    Emil Kirdorf.PNGParmi eux, Emil Kirdorf fondateur du consortium houiller de Rhénanie-Westphalie et de la société minière de Gelsenberg, et Alfred Hugenberg, représentant la grande industrie de la Ruhr, qui deviendra le ministre de l'Economie du premier cabinet de Hitler. Grâce à ces nouveaux appuis financiers, le parti nazi peut diffuser plus largement et plus intensément sa démagogie sociale et ainsi devenir, aux élections fédérales de 1930, le deuxième parti du pays avec plus de 6 millions de voix et 109 députés.

    Hitler et son parti avaient ainsi prouvé à la grande bourgeoisie qu’ils représentaient l’instrument dont elle avait besoin pour assurer une transition de la démocratie parlementaire à un régime ouvertement dictatorial. Pour parfaire sa respectabilité, le 25 septembre 1930, Hitler prête serment de fidélité à la légalité devant la Cour suprême du Reich et nomme à des fonctions importantes de son parti des hommes de confiance du capital financier parmi lesquels des représentants de la banque Schröder, de la Deutsche Bank, du groupe des aciéries Thyssen,...

    Carl Friedrich von Siemens.PNGLe 27 octobre 1931, devant un parterre de financiers américains, Carl Friedrich von Siemens, PDG de la firme Siemens, fait l'éloge des nazis et de leur volonté d'éradiquer le socialisme en Allemagne.

    Toutefois, lors des élections fédérales de novembre 1932, le parti nazi perd 2 millions de voix et 40 sièges. Les grands industriels et des grands propriétaires terriens qui le soutiennent décident alors d’accélérer le mouvement. Le 19 novembre 1932, ils adressent une requête collective au maréchal Hindenburg, président de la République, lui demandant avec insistance la nomination d’Hitler au poste de chancelier.

    Ce sera chose faite le 30 janvier 1933 après qu’une rencontre entre Hitler et l’ancien chancelier Franz von Papen, dans la villa du banquier Kurt von Schröder, ait permis de sceller les derniers arrangements.

    Hitler Hindenburg.PNG

    30 janvier 1933 : Le maréchal Hindenburg, élu président de la République en 1932 avec le soutien du Parti social-démocrate, nomme Hitler au poste de chancelier du Reich

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    Source : Kurt Gossweiler, Hitler l'irrésistible ascension ? Essais sur le fascisme, Ed. Aden, 2006.

    Jean-Pierre Dubois

    http://lepetitblanquiste.hautetfort.com/

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