• Turquie :: L’humour des manifestants face à la violence d’Erdogan

     

    Turquie :: L’humour des manifestants face à la violence d’Erdogan

    Une délégation de Comac, le mouvement de jeunes du PTB, est à Istanbul depuis le 14 juin pour quelques jours afin d’exprimer sa solidarité avec le mouvement populaire en Turquie. Cela fait maintenant près de 3 semaines que les protestations contre Erdogan mobilisent des dizaines de milliers de personnes tous les jours.

     

    Max Vancauwenberge et Nele Van Parys

    Des centaines de tentes et des milliers de gens sont installés dans le parc Gezi, en face de la place Taksim à Istanbul afin de protester contre la politique néolibérale et autoritaire du premier ministre Erdogan. Ce sont surtout des jeunes étudiants ou diplômés.

    Gezi Park forme à présent presque une mini-société basée sur l’entraide. Toilettes et nourriture sont ainsi accessibles gratuitement, mais il y a également une bibliothèque ou un espace de jeux pour enfants qui a été aménagé. Le parc est très grand et l’ambiance conviviale. Les différentes tâches organisationnelles comme le nettoyage ou la cuisine sont remplies à tour de rôle par les gens installés dans le parc.

    Les discussions sur la politique d’Erdogan ont lieu continuellement et des débats improvisés se produisent constamment. Lorsque nous posions des questions à des gens, il est d’ailleurs arrivé que d’autres viennent se joindre à la discussion, au grand désarroi de notre interprète qui devait traduire simultanément les propos de plusieurs personnes en même temps.

    Si le mouvement est très convivial, il est également déterminé et combattif. Nous avons par exemple déjà assisté à plusieurs manifestations spontanées et les gens avec qui nous avons discutés sont pour la plupart catégoriques. « Nous irons jusqu’au bout », nous disaient par exemple Cem et Berkay, deux jeunes étudiants d’une vingtaine d’années. Un autre étudiant, Baturhan, disait que ce mouvement était le premier d’une longue série : « Aujourd’hui, nous avons appris à dire non et à nous lever pour défendre nos libertés démocratiques. Alors peut-être qu’ils arriveront à reprendre le parc bientôt, mais nous apprendrons de nos erreurs. Et demain nous construirons un mouvement encore plus fort et plus large. » Principal grief : l’immixtion d’Erdogan dans leur vie privée, son arrogance, son agressivité et la violence dont il fait preuve envers les manifestants.

    La place de l’humour est très importante dans le mouvement, ce qui peut paraître étonnant vu l’agressivité et la brutalité d’Erdogan. Le nom du mouvement, « çapulcu », fait ainsi directement référence à la manière dont Erdogan avait traité le mouvement à ses débuts en parlant des manifestants comme des « va-nu-pieds ». La masquotte du mouvement, un pingouin, est une manière de se moquer des médias. CNN Turquie avait en effet préféré montrer un documentaire innocent sur les pingouins lors des premiers affrontements avec la police.

    Les « çapulcu » sont très soutenus par la société civile en Turquie. Ainsi, le vendredi 14 juin, nous avons pu assister aux mères venues soutenir leurs enfants à continuer la lutte contre la politique d’Erdogan. Le samedi 15 juin, quelques heures avant l’attaque policière, c’était le DISK, le plus important syndicat ouvrier du pays, qui était venu les soutenir.

    Nous étions dans les locaux du Part Communiste de la Turquie, le TKP, à une rue seulement de la place Taksim, lorsque la police a attaqué les manifestants et les a chassés du parc. La brutalité de la répression fut grande : gaz lacrymogène et auto-pompes furent utilisés sans modération par la police et le campement fut démoli. Rapidement, des milliers de gens ont afflué de partout dans la ville vers le parc pour venir soutenir les manifestants, en chantant Bandiera rossa et Bella ciao. La police les a accueillis à sa manière habituelle, en tirant des capsules de gaz. L’un des membres du TKP fut d’ailleurs atteint à l’œil et emmené à l’hôpital. Un hôtel non loin de là, dont le rez-de-chaussée était transformé en hôpital pour l’occasion, fut également attaqué au gaz par la police. Mais les manifestants, nullement impressionnés par la répression, continuèrent à scander « Taksim est partout, la résistance est partout ». La police les attaqua jusqu’aux petites heures de la nuit.

    http://www.ptb.be


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