• Intervention à la matinée du 28 Aout 2010 sur "analyse du capitalisme" dans la rencontre de formation marxiste de Marseille.

    Marseille, le 28 août 2010

    Introduction

    Selon Marx « Les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante ». Pour sortir du système capitaliste, pour concevoir une autre société, il est donc indispensable de combattre ces idées dominantes et d’en créer de nouvelles, de créer une nouvelle culture, non pas en sortant ces nouvelles idées du néant, ni d’une vérité révélée, mais en partant à la fois des analyses préexistantes de la réalité capitaliste (notre socle reposant sur les travaux de Marx et de Lénine) et de l’analyse concrète de la réalité concrète. Cela nécessite une volonté politique, un collectif intellectuel, bref une organisation structurée par la lutte des classes, une organisation communiste.

    Au XXème siècle, le PCF a été le principal porteur, le vecteur essentiel de l’analyse marxiste-léniniste, de l’analyse communiste de la société française et de sa confrontation avec le réel, de l’appropriation du réel. Des générations de communistes ont été formées grâce à cette matrice. Personnellement, lorsque j’ai adhéré au début des années 70 avec d’autres jeunes, les camarades de ma modeste section ont très vite organisé une école élémentaire. C’est là que ma vision de la société capitaliste a tout de suite été dégrossie : chaque travailleur, prolétaire, ne possède que sa force de travail qu’il essaye de vendre au capitaliste le plus offrant, qui lui, possède les moyens de production, exerçant ainsi une dictature, celle de la bourgeoisie capitaliste. A l’époque, le PCF organisait aussi des écoles fédérales et des écoles centrales. Quoiqu’on pense de l’abandon de la dictature du prolétariat et du centralisme démocratique, il y avait à l’époque une véritable confrontation d’idées communistes.

    Mais depuis 1989 et le début des années 90 (chute du mur de Berlin, arrivée de R. Hue), on peut dire que les communistes français vivent un véritable vide théorique. Ce trou noir est lié au délitement interne de la direction du PCF gagnée par la pédagogie du renoncement à la lutte contre le capitalisme, et donc par le réformisme. Au sein du PCF, les cessions de formations sont désormais réduites à leur plus simple expression et sur le plan qualitatif, il s’agit essentiellement d’apprendre à se mouvoir dans le marigot politicien. J’ai encore en tête cette interview de MG Buffet à France Inter dans le cadre du 33ème congrès : la secrétaire générale du PCF ricanait à l’évocation de Marx ! Lors du 34ème congrès, j’ai proposé l’amendement suivant à la conférence de section de Lyon : « Le marxisme reste notre socle de pensée. Si le monde a changé depuis Marx, les grands principes qu’il a énoncés restent d’actualité pour comprendre le monde et combattre le capital. Sa méconnaissance par nos militants est une véritable faiblesse de la période qu’il nous faut surmonter par des efforts de formation » : 14 contre, 13 pour, 10 abstentions… Dur, dur pour un parti qui se dit communiste…

    Que l’on songe qu’en même temps que notre rencontre de Marseille, se tient l’université d’été de la direction du PCF dont le porte-parole (Patrice Bessac) dans son discours d’inauguration, a insisté sur la nécessité de “déconstruire les idées” portées dans l’histoire du PCF, “pour mieux les reconstruire communément” avec l’ensemble des acteurs du mouvement progressiste, c’est-à-dire avec les réformistes. Ni plus, ni moins.

    Le résultat, c’est qu’aujourd’hui, on entend tout et son contraire à propos du capitalisme. Selon certains, la loi de la valeur et de la plus-value définie par Marx, loi qui sous-tend la contradiction Capital/Travail serait obsolète, battue en brèche par la soi-disant dématérialisation de la production et par la mondialisation. Cette vision amène forcément à nier le besoin d’un parti communiste. Il règne une confusion extrême. Toutefois, la crise actuelle remet au gout du jour le besoin des analyses de Marx ; les communistes tendent à se réapproprier leur histoire et leur culture. Cette rencontre de Marseille en est un exemple parmi d’autres. Mais plus globalement nous est posée la question, à nous autres communistes qui avons bénéficié d’un PCF en ordre de marche, de faire vivre et de transmettre ce savoir, cette pensée révolutionnaire, cette conscience de classe aux générations qui nous succèdent. C’est pourquoi, il nous a semblé nécessaire, dans un esprit à la fois de formation et de dialogue, de réaffirmer un certain nombre de fondamentaux scientifiques de la culture communiste.

    Le capitalisme vu sous un angle philosophique

    La philosophie marxiste n’est pas une énième interprétation du monde et de la société, mais bien un outil pour le comprendre et le transformer. En cela, le marxisme gène les réformistes, car il balaye d’un revers de main la « gestion sociale du capitalisme ».

    La philosophie matérialiste définit le capitalisme comme étant l’objet d’une contradiction antagonique : la contradiction Capital/Travail, ou dit autrement l’exploitation de l’homme par l’homme. Ce type de contradiction est dit antagonique, car il ne peut y avoir d’équilibre : la solution de cette contradiction passe par la disparition d’un des protagonistes, les exploiteurs, car le mode de production capitaliste ne peut être que transitoire.

    Vu sous cet angle, il est clair que la bonne gestion du capitalisme est impossible et que penser et proposer l’inverse reviendrait à tromper le peuple. D’ailleurs, si l’on regarde la situation d’aujourd’hui, les reculs de civilisation que l’on subit actuellement démontrent qu’infliger une défaite au capitalisme sans le terrasser ni le vaincre définitivement, comme il en a été le cas à la Libération, ne l’empêche pas de repartir de plus belle à la conquête de la moindre de ses concessions.

    Le capitalisme vu sous un angle historique

    Selon Marx, le capitalisme a succédé à deux autres modes de production, l’esclavagisme (Rome, Grèce…) et le féodalisme (Moyen-âge). Le capitalisme s’est affirmé dans sa forme industrielle dans les pays européens entre le XVIIème et le XIXème siècle. Il s’est répandu par la suite dans le monde entier avec une puissance incontrôlée, comme s’il était mû par une dynamique interne. Mais quelle est cette dynamique interne ? De ce point de vue, il est intéressant d’examiner l’évolution du capitalisme européen.

    Annie Lacroix-Riz nous montre dans ses travaux sur l’origine de la création de l’actuelle Union européenne, que l’objectif principal qui a présidé au rapprochement des capitalismes français et allemands est l’enjeu des salaires, c’est-à-dire de la limitation et de la réduction du capital variable. Annie Lacroix-Riz nous donne à voir avec minutie l’obsession déflationniste des salaires des capitalistes de l’époque et l’admiration de la bourgeoisie française pour les méthodes du Reich, à savoir régler par la force la question du rapport entre salaires et profits. Alors que parallèlement, les travailleurs français répliquaient par une occupation des usines en 1936, les capitalistes français répondaient par un « plutôt Hitler que le Front Populaire » qui n’est pas assez mis en exergue de nos jours. La bourgeoisie parlait même d’ennemis intérieurs contre lesquels il fallait porter les priorités plutôt que sur l’ennemi extérieur.

    En réalité, Annie Lacroix-Riz nous montre que l’Union européenne (cartel de l’acier, CECA, CEE…) a été la réponse aux problèmes que se posait le capitalisme français durant tout le XXème siècle. Comment faire pression sur les salaires en se libérant du carcan national, comment exercer un meilleur dumping social, comment libérer les profits, comment permettre une meilleure accumulation du capital… L’épisode de la Libération et du programme du CNR a été un frein sérieux à cette dynamique, mais la machine, tant qu’elle n’est pas vaincue continue à avancer.

    Le capitalisme vu sous l’angle de l’économie

    Les forces productives en système capitaliste sont composées des moyens de production (machines, matières premières ateliers…) et de la force de travail (salariés). C’est cette dernière qui fait fonctionner la machine productive et qui est à l’origine de la production. Marx appelle les premiers, Capital constant, et la seconde, Capital variable. Les relations économiques s’établissent entre classes sociales et sont fonction de la position occupée dans la division du travail en vigueur dans le mode de production, selon que vous possédiez les moyens de production ou que vous soyez obligés de vendre votre force de travail.

    Marchandise et valeur d’échange

    L’ouvrage du Capital débute par l’analyse de la marchandise. C’est le choix de Marx de partir de cet aspect singulier pour arriver au général. Dans la société capitaliste, la richesse sociale se caractérise par cette forme dominante, la marchandise, résultant d’un long développement historique. La marchandise peut être matérielle (automobile, téléphone portable, crayon…) ou immatérielle (coupe de cheveux, enseignement…). La marchandise contient en elle deux valeurs : - la valeur d’échange est la seule valeur qui intéresse le capitaliste car elle va lui permettre de réaliser le profit : c’est la caractéristique principale de la marchandise pour le capitaliste qui ne la produit que pour la vendre. - La valeur d’usage est sensée satisfaire un ou des besoins humains ; c’est la vraie utilité de la marchandise.

    La production capitaliste n’est qu’une production de valeurs d’échange sous forme de valeur d’usage. Cette dernière n’est qu’un prétexte pour réaliser la valeur d’échange qu’elle contient à travers la vente, en la convertissant en argent. Ainsi, la première leçon que nous apprend Marx avec l’analyse de la marchandise, c’est que le moteur du mode de production capitaliste est le profit, et non de satisfaire les besoins des populations.

    Cette valeur d’échange est déterminée par la quantité de travail nécessaire à sa production ; cette quantité de travail représente l’unique moyen de comparaison entre toutes les marchandises. C’est le seul critère objectif de comparaison. Mais il faut bien savoir que le temps de travail nécessaire à produire une marchandise est le temps socialement et historiquement nécessaire. Cette quantité de travail est donc évolutive, notamment sous l’effet de la concurrence entre capitalistes et des dynamiques propres au système. Ce qui nous amène à prendre en considération le niveau de développement des forces productives et le degré d’exploitation des travailleurs. Le producteur qui n’arrive pas à s’adapter à ce temps de travail moyen est mis automatiquement hors jeu. Or le taux de profit et la concurrence entre capitaliste amène à produire toujours plus et plus vite, donc à vouloir vendre plus de marchandises, et donc à faire diminuer le temps de travail socialement nécessaire à la production et par conséquent la valeur d’échange. Le bon exemple est celui de l’automobile, qui d’un produit de luxe est passé à celui de consommation courante du fait de la diminution de ce temps de travail, résultat d’une évolution des moyens de production. Au fil du temps, avec la révolution scientifique et technique au service du développement des forces productives, la valeur d’échange diminue.

    La deuxième leçon de Marx, c’est que le mode de production capitaliste a tendance à déprécier la marchandise avec le temps, car la quantité de travail nécessaire à sa production se réduit.

    Globalement, on peut dire que l’évolution des forces productives (entre féodalisme et capitalisme) s’est caractérisée par le passage d’une production artisanale où le travailleur maîtrise la chaîne de production de A à Z, ce qui est très séduisant sur le plan intellectuel, mais peu productif, à une production utilisant la parcellisation du travail grâce aux chaînes d’assemblage où l’initiative et la connaissance du travailleur sont réduites à leur plus simple expression, puis à la robotisation.

    A ce stade de l’analyse, on peut dire que le mode de production capitaliste évolue sous les contraintes du profit et de la concurrence. Paradoxalement, le capitalisme a permis une évolution considérable de la société et du niveau de vie, donc de la satisfaction des besoins humains au sens global (sans en avoir la volonté), alors qu’au fur et à mesure de cette évolution, il entraîne une dépréciation de la valeur d’échange de la marchandise, ce qui pourtant le motive par la concurrence.

    Question : peut-on faire machine arrière en matière d’organisation de la production, conception prônée par un certain nombre d’écologistes, avec un retour vers la production artisanale ? Avec un tel type de production, pourrait-on répondre aujourd’hui aux besoins de la population mondiale ?

    Le profit et l’accumulation du capital

    Qu’est-ce que le capital ? Une certaine somme d’argent devient du capital lorsqu’elle est investie en moyens de production (les machines ou capital constant) et en force de travail (l’homme ou capital variable).

    Le capitalisme se caractérise par une tendance incessante à faire du profit et à l’accumuler en nouveaux capitaux, même si une partie sert aussi à assouvir les besoins de la bourgeoisie capitaliste. C’est une dynamique interne au capitalisme liée au souci d’augmenter le taux de profit par la révolution scientifique et technique et liée à la concurrence exacerbée entre capitalistes. Le capital est une force sociale soumise à des lois de mouvements spécifiques, objectives et indépendantes de la volonté des capitalistes. L’accumulation du capital consiste en une augmentation du capital initialement investi, basée sur le profit. Elle aboutit à une augmentation de la capacité de production et à des concentrations industrielles qui s’effectuent généralement dans des périodes de crise de surproduction et que certains cherchent à assimiler à un phénomène qui serait nouveau, la mondialisation.

    Cette analyse contredit encore la possibilité qu’évoquent les réformistes de la « gestion sociale » du capitalisme. Il ne peut y avoir d’immobilisme comme celui prôné par l’antilibéralisme qui ne propose pas la fin du capitalisme, mais sa régulation. Il serait illusoire de penser maintenir ad vitam aeternam une sorte de "contrat social" avec le capitalisme comme celui hérité de l’accord communistes-gaullistes de la Libération, sans se rendre compte que la seule solution à la dynamique interne du capitalisme n’est pas une gestion sociale de ce dernier, mais le socialisme.

    Le cœur de l’exploitation capitaliste, de toute source de profit ou plus généralement de richesses, est la plus-value. Marx nous a légué cette analyse qui est au centre de la compréhension du système capitaliste.

    La plus-value : le travailleur ou prolétaire doit vendre sa force de travail au capitaliste pendant un temps déterminé, pour vivre… ou survivre, selon l’époque où il vit et selon la valeur de sa force de travail. Pendant le temps où il se soumet au capitaliste, son travail se divise en deux parties :

    1ère partie – celle du travail nécessaire à la production de la valeur correspondant à ses moyens de subsistance. Cela correspond à son salaire. Et le montant de ce salaire est fonction de l’intensité de la lutte des classes et du rapport de force. C’est d’ailleurs par les luttes que les travailleurs ont acquis la possibilité de financer la sécurité sociale et les retraites qui sont un salaire différé ou indirect, en plus du salaire direct.

    2ème partie – celle du travail au cours duquel le travailleur produit la plus-value pour le capitaliste : c’est le surtravail. Cette plus-value que le capitaliste s’approprie aboutit notamment au profit capitaliste ou encore aux investissements qui vont permettre l’accumulation des capitaux. C’est cette plus-value que depuis le milieu des années 80, le patronat et les gouvernements successifs augmentent au détriment du salaire.

    Ainsi, contrairement à ce que l’on veut faire croire aux français, les travailleurs produisent plus de richesse que leur propre salaire. Avec des forces productives ayant atteint un certain niveau de développement et un haut niveau de productivité, Marx nous rappelle que la spécificité de la force de travail est qu’elle est l’unique marchandise capable de produire plus de valeur qu’il n’en faut pour sa propre reproduction. Par conséquent la force de travail vendue par le prolétaire au capitaliste est la seule capable de produire de la plus-value, et donc du profit : c’est la troisième leçon fondamentale de Marx.

    Selon le diagramme ci-dessous, on peut se rendre compte que la part des salaires dans les richesses produites est passée de 75,6% en 1982 à 67,6% en 2007, soit une perte de 8 points, équivalent à environ 120 à 180 milliards d’euros par an. L’enjeu essentiel de la lutte des classes se situe entre la part des salaires et celle de la plus-value. La bataille pour les retraites est au cœur de cet enjeu.

    Parti Communiste Français

    Il est également fondamental de comprendre que cette plus-value est créée dans le cadre de la production et non pas au moment de la circulation de la marchandise. La circulation est la vente des marchandises produites. A cette étape, la plus-value n’est pas créée, mais seulement réalisée : elle est transformée en argent au moyen de l’échange commercial. Dans le mode de production capitaliste, ces deux moments sont distincts et séparés, contrairement au mode de production artisanal (par exemple la boulangerie du village). Pourtant, certaines tendances politiques ont pendant longtemps critiqué la "société de consommation" cause de tous les mots. L’expression actuelle de cette critique se traduit dans le mouvement des décroissants, avec à leur tête un dénommé Paul Ariès, qui mélange habilement un discours radical avec des théories fumeuses, sans jamais faire une critique de fond du capitalisme. Et l’on comprend pourquoi, car si l’on reprend sa bibliographie, son fond de commerce est exclusivement basé sur la critique de la publicité et de la grande distribution. Mais comme on l’a vu précédemment, l’exploitation capitaliste est épargnée par ce gourou, car le secteur du commerce se borne à réaliser la valeur contenue dans la marchandise à travers la vente, même si une entreprise comme Carrefour est bien une entreprise capitaliste au sens où elle exploite ses propres salariés.

    Fétichisme de la finance

    Depuis déjà plusieurs années, on nous annonce que la finance aurait pris le pas sur le capitalisme industriel au point de faire fermer les usines et d’être à l’origine du chômage : désormais, il vaudrait mieux dormir sur un bon pactole pour le faire fructifier, et le lendemain matin se réveiller encore plus riche, il n’y aurait plus besoin de produire des marchandises, la richesse se créerait d’elle-même ! D’ailleurs, les excès de ce nouvel eldorado nous auraient entraînés vers une crise financière : exit le capitalisme et l’exploitation de l’homme par l’homme, feu sur la finance. Au 19ème siècle, Marx s’était déjà heurté à une telle analyse qu’il avait appelée le fétichisme de la finance. Il n’y a donc rien de bien nouveau, même si les mécanismes actuels du système financier ont beaucoup évolué et que la dérégulation financière a fait exploser les murs nationaux. Cette dernière ne s’oppose pas au capitalisme, mais au contraire, est un instrument de son évolution : elle est au service du capitalisme. C’est en effet la mondialisation récente de la finance qui a permis d’ouvrir les frontières à une libre circulation effrénée des capitaux, constituant ainsi un marché mondial ouvrant la porte au dumping social et à l’explosion des profits, et non l’inverse.

    D’ailleurs, Marx démontre que le taux d’intérêt financier n’est qu’une partie de la plus-value que le banquier se fait payer par le capitaliste actif. L’intérêt ou revenu financier ne constitue donc pas de la richesse créée par le "capital financier", mais n’est qu’un prélèvement sur la plus-value provenant de la production. Le fétichisme de la finance signifie que l’idéologie dominante veut nous faire croire que la finance aurait une existence propre et qu’elle serait créatrice de richesse. Cela revient donc à opposer artificiellement le bon capitalisme industriel investisseur et productif au méchant capitalisme financier parasite qui spécule et privilégie les opérations de court terme. C’est une erreur fondamentale que ne manque pas de faire un mouvement comme Attac qui, la semaine dernière, a centré son université d’été sur "la construction d’alternatives en rupture radicale avec la finance". Attac se présente officiellement comme le "mouvement citoyen qui combat les racines d’un mal qui ronge notre société, l’hégémonie de la finance sur nos vies". Cette vision réformiste, en s’attaquant seulement aux revenus financiers, oublie à bon compte l’essentiel, à savoir l’exploitation capitaliste. En réalité, les intérêts bancaires, les titres détenus en actions, obligations, bons du Trésor, sont des droits de tirage sur la richesse sociale, sur la plus-value, mais ne sont pas des marchandises et ne créent aucune valeur nouvelle. Le diagramme ci-dessous nous montre la réalité de la distribution de la plus-value en 2007 en France, les revenus financiers ne représentant que 10% du total :

    Parti Communiste Français

    Ce graphique provient de la lettre de CIDECOS

    Conséquence sur la bataille des retraites : Cette vision de l’existence d’un soi-disant capitalisme financier autonome par rapport au capitalisme industriel, a des conséquences politiques qui ne sont pas anodines. On a vu que la richesse était le produit de la force de travail et qu’elle se divisait en deux : la part qui revient au travailleur, le salaire (direct et indirect), et la part qui revient au capitaliste, la plus-value. La bataille des retraites est directement impliquée dans ce partage entre les salaires et la plus-value. C’est sur cette base que le communiste Ambroise Croizat a établi le système de financement de la sécurité sociale et des retraites : c’est le cœur de la lutte des classes et c’est la raison pour laquelle les représentants du patronat ont à cœur de la gagner. Or ceux qui se réclament de la "gôôche de la gôôche", Attac et fondation Copernic en tête, avec tout le spectre allant de la direction du PCF au PG en passant par les alternatifs, le NPA, les Verts et l’aile gauche du PS, par le biais d’un appel national auquel il faudrait ajouter le projet de loi PCF/PG, proposent de se détourner de ce système pour financer les retraites par une taxation des revenus financiers. Plus fondamentalement, il est proposé de ne plus s’attaquer à l’exploitation capitaliste, c’est-à-dire au partage de la richesse entre la plus-value et les salaires, mais à une partie seulement de la plus-value, celle qui est prélevée par le financier, en se basant sur l’illusion de son autonomie et de sa démesure. Avec une telle analyse, le patronat est rassuré, car il est certain que l’on ne touchera pas aux cotisations patronales… D’ailleurs, qu’Attac se rassure, les dirigeants politiques européens au service du capitalisme sont tous en train de prendre des mesures pour taxer… les revenus financiers, comme par exemple récemment, Angela Merkel ou encore les britanniques.

    La baisse tendancielle du taux de profit

    Marx nous dit : "à un certain stade, le capitalisme rentre en conflit avec son développement ultérieur". Effectivement, dans sa logique, il cherche à augmenter la plus-value qui lui permet de procéder à l’accumulation du capital, c’est-à-dire à lutter contre la concurrence en faisant progresser ses forces productives par l’investissement dans les nouvelles technologies, qui lui feront faire des progrès de productivité, etc… C’est ce que Marx appelle l’augmentation du Capital constant ou Capital mort qui représente les moyens de production (machines, matières premières…). Cette augmentation doit lui permettre de produire plus en faisant baisser la valeur de la marchandise produite (quantité de travail nécessaire) afin de gagner des parts de marché sur ses concurrents. Sauf que pour faire progresser ses profits, il doit parallèlement faire pression sur le Capital variable, c’est-à-dire les salaires, soit en rognant sur le pouvoir d’achat, soit en licenciant, notamment grâce au fait de remplacer l’homme par les machines dans le procédé de production. D’un côté, le capitaliste va surproduire, alors que de l’autre il diminue à la fois le pouvoir d’achat de ceux qui consomment ses marchandises produites ainsi que les seules forces capables de créer de la plus-value, celles des travailleurs. Cela entraîne obligatoirement du chômage qui est corrélatif au mode de production capitaliste et à l’accumulation capitaliste. Marx appelle même cette population de chômeurs, l’armée industrielle de réserve, qui participe selon lui, au "despotisme que le capital exerce sur la force de travail". Il est ainsi illusoire de penser que le chômage puisse disparaître en système capitaliste.

    Marx appelle cette modification du capital, augmentation progressive de la composition organique du Capital, sachant que l’on a accroissement du Capital constant par rapport au Capital variable. C’est la base de la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. Puisque la plus-value n’est produite que par le Capital variable, le taux de profit tend par conséquent à baisser, car il s’exprime par le rapport entre la plus-value totale produite et le Capital global investi (Capital constant + Capital variable). Si, dans ce rapport, on n’augmente que le Capital constant, on se rend compte que le taux va obligatoirement diminuer. Mais cette baisse du taux de profit est relative ; en effet, la masse du profit peut croître avec un capital global augmenté, alors que le taux de profit baisse. Si en plus, les travailleurs s’y mettent et s’organisent pour lutter et obtenir des gains sociaux, la tendance à la baisse va s’accroître.

    Parti Communiste Français

    Cette loi du capitalisme, mise en lumière par Marx, représente la limite du développement historique du mode de production capitaliste. C’est ce qui permet de dire que le capitalisme est loin d’avoir triomphé définitivement et qu’il s’agit d’un système transitoire de production qui a fait son temps. Revisiter les fondamentaux et porter en avant cette contradiction fondamentale nous permet également de remettre en perspective le communisme. Attention, cette loi objective n’est que tendancielle, c’est-à-dire qu’elle ne prédit aucun effondrement automatique ou spontané du mode de production capitaliste, mais elle sous-entend qu’il y aura besoin aussi de facteurs subjectifs, à savoir l’organisation indispensable des travailleurs dans un parti révolutionnaire.

    Dans le diagramme ci-dessous, on peut observer que pour la zone européenne, la baisse tendancielle du taux de profit n’est toutefois pas à l’ordre du jour, car augmentant régulièrement depuis le début des années 80 :

    La "hausse tendancielle" du taux de profit

    Parti Communiste Français

    A sa décharge, il faut bien souligner que cette loi est tendancielle et non automatique et donc qu’il existe des facteurs antagonistes à cette loi. Domenico Moro, auteur de "La crise du capitalisme et Marx" (Éditions Delga), souligne qu’ils sont au nombre de quatre : l’élévation du degré d’exploitation de la force de travail, la baisse du prix des marchandises qui composent le Capital constant (machines…), le chômage et les avantages possibles de l’exportation.

    Conclusion

    A la lumière des éléments présentés, on peut dire que l’engagement communiste à lutter contre le capitalisme ne relève pas de la morale, ou pas seulement, mais essentiellement d’une philosophie de transformation basée sur l’analyse et d’un engagement qui petit à petit devient de plus en plus rationnel façonnant la conscience de classe. C’est tout l’enjeu du devenir du PCF que la direction, en niant l’histoire et le marxisme-léninisme, entraîne dans le strict engagement moralisateur d’une opposition sans issue entre les pauvres et les riches.

    Quant au marxisme dont une néo-mutante m’a dit qu’il s’agissait d’un dogmatisme éculé, j’ai envie de lui répondre par la réflexion de cet auteur cubain cité par Danielle Bleitrach dans son ouvrage Cuba, Fidel et le Che ou l’aventure du socialisme (éditeur "Le Temps des Cerises") : "Le marxisme que la Révolution inspira tout au long de la décennie initiale de l’expérimentation révolutionnaire apparut d’évidence comme une pensée créatrice et polémique, à la fois militante et ouverte. Le Che parlait de la nécessité de s’approcher des classiques avec un mélange de vénération et d’irrévérence...".

    Pascal Brula

    Bibliographie : La crise du capitalisme et Marx, "abrégé du Capital de Marx rapporté au vingt et unième siècle", par Domenico Moro, publié aux Editions Delga, 2009.


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  • Deux aspects de la bataille idéologique...

     

    Intervention à la matinée du 28 Aout 2010 sur "analyse du capitalisme" dans la rencontre de formation marxiste de Marseille.

    Après avoir éclairé les concepts de base de l’analyse marxiste du capitalisme, nous avons voulu tenter de passer aux travaux pratiques, en étudiant deux questions politiques d’actualité, l’industrie et l’environnement, questions qui marquent profondément la manière dont chacun "pense" le monde et sa situation, et donc conditionne fortement les engagements, et au final notre capacité de reconstruction d’un grand parti communiste.

    Car on ne peut se contenter des discours dominants, de ce que nous assène la formidable bataille idéologique pour faire accepter la domination de la bourgeoisie, mais on ne peut non plus se contenter de slogans, fussent-ils historiques. Comprendre le monde pour le transformer suppose un effort de connaissance critique de la manière dont nous percevons ce monde. Il faudrait bien sûr un autre stage sur le matérialisme historique pour mieux expliquer cette idée, mais pour ce matin, ce que je veux essayer de montrer à travers deux exemples, c’est que la réalité ne se présente jamais à nous directement, mais toujours à travers des "phénomènes" dont nous construisons des représentations dans le cadre de la société telle qu’elle est, et qu’il faut donc creuser, analyser de manière critique pour découvrir vraiment le réel que cache l’idéologie dominante. C’est le célèbre exemple de la Terre qui tourne autour du soleil, connaissance qui ne peut pas venir de l’expérience, du vécu humain, mais nécessairement d’un effort théorique qui conduit à changer de point de vue, littéralement, c’est à dire de penser le phénomène de la trajectoire de la Lune, non plus en la regardant de la Terre, mais en se représentant ce mouvement depuis l’Espace.

    De la même manière, il faut absolument étudier les phénomènes de la société capitaliste, la crise, la désindustrialisation, la place des services, le capitalisme vert, la crise environnementale, non pas du point de vue qui est naturel dans notre société, celui du capital, de la concurrence et de l’efficacité des échanges, mais d’un point de vue qui demande un effort, celui du mouvement historique des luttes de classe pour la réponse aux besoins humains, et j’essaierai de montrer que c’est une condition pour penser le socialisme dont nous avons besoin.

    J’ai essayé de traiter deux questions, celle de l’industrie et celle de l’environnement.
    - Y-a-t-il un déclin industriel de la France et pourquoi ? Le capitalisme est-il "post-industriel" ? Le capitalisme a-t-il choisi de faire de l’argent ailleurs que dans l’industrie provoquant ainsi la disparition de la classe ouvrière ?
    - De même sur l’environnement, le capitalisme vert est-il une réponse à la crise environnementale ? Le développement des énergies renouvelables est-il réellement nécessaire, vital ? Faut-il accepter la critique du productivisme et chercher un développement "durable"’, "soutenable". Faut-il mettre en cause le concept de croissance ? De progrès ? D’ou vient le concept de décroissance...

    C’est évidemment beaucoup trop de questions et je ne ferai sans doute que les effleurer, mais en espérant montrer l’effort de connaissance nécessaire à un parti communiste, l’effort de partage de cette connaissance pour construire "l’intellectuel collectif" nécessaire pour que le monde du travail se dégage des représentations dominantes, affirme son autonomie et son autorité politique.

    Commençons par un exemple simple pour illustrer cet enjeu idéologique derrière les mots qui sont utilisés. La France est-elle une puissance agricole ? – si on pense à la PAC, nous allons tous répondre : Oui !– si on pense à la place de l’agriculture dans le PIB, à la désertification rurale et la disparition accélérée des paysans, on peut penser au contraire que la France est une société de services, informationnelle qui a abandonné son agriculture...

    Il y a du vrai dans les deux, mais nous ne nous en sortirons pas en affirmant des principes ou des idées à priori. Il faut toujours commencer par l’analyse concrète des faits. Et de ce point de vue, il n’y a aucune ambiguïté, la production agricole Française augmente en volume constamment. On passe ainsi de 55M tonnes de céréales en 1990 à 70 millions en 2008. Au total, la production agricole en volume augmente en moyenne de près de 3% par an depuis 20 ans, (avec une légère baisse de l’élevage à l’exception du porc).

    Mais la part du PIB que cela représente diminue constamment, et représente moins de 2% en 2008. L’écart a plusieurs origines, et justifierait une étude approfondie tenant compte notamment des effets prix et subventions liés à la PAC, mais ce qu’on peut comprendre facilement, et ce qu’on peut vérifier dans les campagnes, c’est que la production agricole consomme de plus en plus de matières premières, engrais, pesticides, entrants... qui sont inclus dans la production agricole, mais qui sont classés ailleurs dans le PIB ; chimie, industrie agro-alimentaire. De plus, la production est fortement automatisé, utilisant l’imagerie satellite, des machines intégrant de plus en plus d’informatique et permettant d’augmenter très fortement la productivité agricole. Certains agriculteurs suivent ainsi presque au pied de la plante les consommations d’eau, d’intrants pour optimiser la production. On peut repérer sur cet exemple plusieurs éléments sur lesquels je reviendrais pour l’industrie
    - une part de la richesse créée par l’agriculture a été "produite" en amont dans d’autres secteurs, industriels ou de services
    - la hausse de la productivité réduit la valeur à volume constant, ce qui traduit la réduction des emplois directs. C’est une loi importante du marxisme. Le capital cherche toujours à réduire la part de travail vivant dans la production, investissant pour cela dans la technique, augmentant ainsi la productivité du travail vivant. Mais la conséquence est bien la baisse de la valeur de cette production. On fait plus avec moins de travail, et donc pour moins cher.

    Le plus important est la conséquence dans la guerre idéologique. J’ai pris cet exemple en parallèle avec la question de l’industrie qui est plus "chaude"’ pour les communistes. Car, nous serons sans doute d’accord que malgré la faible part du PIB de l’agriculture, la France est une puissance agricole mondiale, base aussi d’une puissante industrie agroalimentaire avec des champions mondiaux comme Danone... Et si le capitalisme agricole a fortement socialisé le processus de production, il faut d’ailleurs se demander si l’avenir d’une agriculture socialiste est dans le retour à une production individuelle, artisanale, locale et auto-suffisante... ce qui est en quelque sorte le projet de société de marché villageoise de José Bové... J’y reviendrais sur le deuxième exemple concernant l’environnement.

    L’industrie

    Qu’en est-il alors de l’industrie ? Y-a-t-il un déclin industriel ? Voire un renoncement du capitalisme à l’industrie ? Les mots que nous utilisons avec les salariés confrontés à une restructuration, une délocalisation, une fermeture d’usine sont essentiels. Et nous sommes face à une contradiction.

    Beaucoup de phénomènes vécus montrent un mouvement de désindustrialisation continue de nombreuses régions Françaises, de nombreux secteurs industriels. L’histoire de la Sidérurgie ou de la machine-outil a profondément marqué le mouvement ouvrier, le mouvement communiste. On a tendance à le traduire en considérant que le capitalisme aurait "choisi" le déclin industriel de la France. Et même mieux, on peut lire parfois que le capitalisme n’aurait plus vraiment besoin du monde du travail, car il ferait des profits financiers faramineux, en dormant, en exploitant le Sud, en faisant travailler les indiens... en quelque sorte, nous serions trop cher, trop vieux, pas assez travailleur pour le capital qui irait donc voir ailleurs...

    Pourtant, la production industrielle Française a continué à croitre en volume jusqu’à la crise de 2008, pas dans les mêmes proportions que l’agriculture, mais augmentant tout de même de 15% entre 1990 et 2001, stable depuis jusqu’à la forte chute de 2008 et 2009 qui ramène l’indice au niveau de 1990. La réalité, c’est donc à la fois l’accumulation des fermetures de sites, des restructurations, mais aussi la permanence de la production industrielle. En ayant fermé des centaines de sites industriels, en ayant supprimé des dizaines de milliers d’emplois industriels, le fait est que la France industrielle produit autant en 2010 qu’en 1990... Bien entendu, cela recouvre des situations très différentes. Le textile, cuir et habillement ne représente en 2010 plus que 16% de la production de 1990. Ce n’est plus un déclin, c’est une disparition ! A l’opposé, la pharmacie a triplé sa production en volume ! D’autres secteurs ont progressé plus que la moyenne : Electricité et gaz + 54%, Chimie +48% , soit plus que l’agriculture, produits informatiques et électroniques +27%, et bien sûr d’autres sont en recul : mines -44%, métallurgie -17%, bois papier ; -14% ; machines et équipements -16%... certains sont stables dont l’automobile, dont la production en volume en 2010 est équivalente à celle de 1990, bien qu’elle ai fortement chuté sur son maximum atteint en 2004.

    Encore une fois, il s’agit de l’évolution en volume, du nombre de voitures, de machines, de boites de médicaments, de Mwh électrique, de tonnes de papier... Si on ajoute ainsi des choux et des carottes, du point de vue des travailleurs qui ont produit ces marchandises, le travail a bien existé. Pour l’illustrer de manière "sensible", le nombre de colis que les travailleurs de l’industrie Française ont chargé/déchargé en 2010 était plus grand qu’en 1990...

    Le terme de déclin, justifié pour les mines ou le textile, peut être au total dangereux car il pousse le monde du travail à intégrer l’idée qu’il n’aurait plus de valeur pour le capital puisque son travail disparaitrait.. Or, du point de vue des luttes de classes, les travailleurs devraient au contraire exiger leur du sur tous ces colis qu’ils ont produits, chargés, déchargés !

    Mais la pression du chômage, des licenciements, des fermetures, fait que c’est la peur, le repli qui domine, et la bourgeoisie désigne immédiatement les coupables... les salaires qui sont trop haut chez nous, et les chinois, les indiens et les sans papiers, qui acceptent eux de travailler plus en gagnant moins et même beaucoup moins.

    Ce qu’on semble voir et qui parait "naturellement " être une vérité, c’est que l’emploi disparait à cause des délocalisations, parce que la bourgeoisie abandonne la France Industrielle pour aller faire son profit ailleurs ou dans la finance. Comme toujours, l’idéologie dominante s’appuie sur des éléments du réel pour confirmer ce sentiment de vécu. Notre ami Raphaël Thaller parle de "double peine". On se prend déjà le chromage et la paupérisation, et on y ajoute l’intériorisation idéologique d’une cause hors de notre portée, le déclin industriel décidé par un capitalisme désormais financier et mondialisé... Un exemple qui me semble révélateur à Vénissieux autour des menaces contre le site industriel Bosch. Des salariés emmenés par la CFDT sont allé en vélo jusqu’au siège du groupe en Allemagne. Si une manifestation en vélo peut être une forme utile de lutte aidant à la mobilisation, l’un d’eux expliquait leur geste en disant "nous allons montrer à la direction notre détermination à travailler, notre engagement, nos capacités...". En quelque sorte, le problème serait que le patron n’est pas vraiment sûr que les travailleurs voudraient vraiment travailler. Il serait près à fermer le site pour aller ailleurs, à cause d’un manque de motivation des travailleurs. On voit bien le danger pour les communistes, car c’est bien ce type d’idée qui avait conduit ce syndicat à signer l’accord d’augmentation du temps de travail en 2005, et qui fait pression dans l’usine pour que les salariés acceptent les plans de départ de toute sorte proposés par la direction.

    S’il y avait un déclin de l’industrie automobile Française que le capital aurait décidé d’abandonner comme il l’a fait de la sidérurgie, ou pire, s’il y avait un déclin de l’automobile tout court car l’environnement ne l’autoriserait plus, alors les travailleurs de l’automobile seraient devenus inutiles. C’est ce que chante Lavilliers pour la sidérurgie dans sa belle chanson "les mains d’or"... Or, si le groupe Bosch peut décider de privilégier l’Europe Centrale à la France, on ne peut pas parler d’un déclin industriel de l’automobile en France, et si demain le moteur thermique a combustible fossile est à remplacer, le besoin de véhicules de transport de tout type reste entier. Il faut donc expliquer la très forte baisse des emplois industriels autrement. Depuis 1990, il y a les emplois perdus dans le textile qu’on ne produit plus, mais il y a aussi des emplois perdus dans des secteurs dont la production a augmenté ! S’il faut dénoncer toutes les restructurations, dans tous les secteurs, pour aider le monde du travail à mieux résister, il faut éclairer les causes profondes.

    Chaque capitaliste est toujours en concurrence avec les autres et décide entre compromis, alliance, et conflit pour faire sa place au soleil du profit. Il peut être battu et même dans quelque cas perdre sa place de classe, cas cependant rare pour les gros, mais jamais il n’abandonne par lui même un espace de profit possible. C’est ainsi que de nombreuses entreprises, en France notament, faisait de juteuses affaires avec l’URSS, sans pourtant évidemment la soutenir au plan politique ! Même aux USA, il y a un groupe de patrons qui fait du lobbying pour lever le blocus contre Cuba, car ils estiment qu’ils pourraient y faire des affaires. Or, le niveau des investissemenets étrangers en France qui est le troisième pays d’accueil de capitaux, montre que le soleil du profit est au beau fixe en France, y compris dans l’industrie dont 30% est réalisé par des investissements étrangers !

    De fait, les délocalisations ne représentent qu’une faible part des emplois perdus. Ainsi la production d’équipements informatiques et électroniques a augmenté de 27% en perdant 28000 emplois soit près de 15% de ses effectifs. La chimie a supprimé 50 000 emplois soit 33% en produisant 48% de plus qu’en 1990... Il y a bien sûr des effets de "triche" sur certaines productions "en France" qui se limitent à re-packager un produit importé, mais ce qu’il faut absolument voir en premier lieu, ce sont les fantastiques gains de productivité de l’industrie française depuis 20 ans ! Les statisticiens savent les mesurer précisément, et toutes les études le confirment. La France industrielle est devenue la championne de la productivité. On fabrique plus avec moins d’heures de travail que tous les autres ! La question essentielle est bien "a quoi, ou plus précisément, à qui, sert cette productivité ?". Dans le capitalisme, pas de lézard, elle permet cette croissance du taux d’exploitation et donc du taux de profit qu’on constate depuis 30 ans. Elle précarise et paupérise massivement le monde du travail.

    La deuxième cause de cette réduction massive d’emploi est l’externalisation, qui renvoie dans une multitude de sociétés de services des emplois qui étaient auparavant comptabilisés dans l’industrie, et qui seront des emplois pauvres et précaires, apportant une forte contribution à la hausse totale du taux d’exploitation. Les services aux entreprises ont augmenté de 90% de 1985 à 2002, presque le double de la croissance globale. Des études considèrent que 40% des 2,9M d’emplois de services aux entreprises travaillent pour l’industrie, que près de la moitié 1,6M d’emplois supprimés dans l’industrie entre 90 et 2002 ont été en fait externalisés.

    D’ailleurs, si la part de l’industrie en valeur dans le PIB a diminué et ne représente plus en 2008 que 16% du PIB et moins de 3,6 millions d’emplois, plus 1,5 million dans la construction, sur 24 millions au total, elle représente encore en 2002, 25% des dépenses d’investissement, 78% des exportations, 86% des dépenses internes de recherche et développement des entreprises. La France est toujours une puissance industrielle qui gagne certaines batailles et en perd d’autres, mais dont de grandes entreprises industrielles sont des acteurs principaux au niveau mondial comme Michelin, Areva, Renault, Air Liquide, Gdf-suez, Veolia, Airbus...

    Oui, il y a bien désertification industrielle de certaines régions, et abandon de certains secteurs, mais parler de déclin industriel peut laisser penser que la classe ouvrière deviendrait inutile, alors que dans sa diversité, elle est toujours indispensable au capital pour produire cette plus-value qui lui permet de continuer à grossir pour jouer sa carte dans le repartage perpétuel du monde. On peut parler d’industrialisation sélective qui est le résultat d’une histoire de la guerre économique. Par exemple, le capital n’a pas choisi entre le nucléaire et les énergies renouvelables. Des capitalistes sont fortement engagés dans le nucléaire et cherchent à dépecer EDF pour prélever de nouvelles marges. D’autres sont fortement engagés dans l’éolien ou le photovoltaique, j’y reviendrai. Ils mènent tous la guerre économique pour devenir plus gros, et rachètent ou passent des accords, ou se font racheter, et ils provoquent toujours et partout les mêmes phénomènes de concentration et de rationalisation. Moins de sites produisent plus de biens. Pour le nucléaire, l’acquis construit depuis 45 par le CEA et EDF a une immense valeur concurrentielle que Sarkozy brade, en poursuivant le travail lancé par Jospin ! Pour le photovoltaïque, la cause est entendue, l’essentiel de la production est déjà chinoise ou états-uniennes, malgré les très fortes subventions de l’état à ce secteur, payées sur nos factures EDF... Les capitalistes ont donc bien des stratégies dans cette concurrence, et parfois décident effectivement de déserter certains terrains géographiques ou technologiques. L’état agit toujours de concert dans la guerre économique, et si Sarkozy se montre comme celui qui se bat pour aller nous chercher du travail en signant de grands contrats, qui se révèlent d’ailleurs peu fiables après les affaires des bateaux pour la Russie ou les Rafale pour le Brésil..., de fait, il est d’abord le commercial des capitalistes pour les aider dans leurs guerre qui se traduira toujours par une plus forte pression sur les salaires. Et il est prêt à tout, comme Juppé vendant Thomson pour 1FRF en 1996, quand leur intérêt est effectivement de brader, sauf que cet exemple montre que c’est toujours aussi une histoire qui peut avoir ses aléas et ses revirements...

    S’il y a une bataille politique à mener sur des secteurs à défendre ou à développer, ce ne peut pas être en cherchant des capitalistes "plus efficaces" que les nôtres ! C’est là que le "point de vue" devient essentiel pour ouvrir une perspective au monde du travail. On ne fera pas mieux que les capitalistes français dans la concurrence mondiale, sauf à faire mieux en terme de réduction des salaires ! Si l’Allemagne est devenue la première puissance industrielle, c’est que son système de cogestion à direction social-démocrate à fait avaler aux travailleurs allemands une formidable baisse du coût du travail global ! Si la Chine a pu devenir l’atelier du monde, c’est en s’appuyant sur des centaines de millions de travailleurs très pauvres, mais qui sortent de la misère, et de plus en plus en profitant d’un immense marché intérieur, qui représente potentiellement plus que US et UE réunis !

    Tout cela ne veut pas dire que le vécu ouvrier du déclin est une illusion. Car dire que le capital n’a pas choisi le déclin industriel ne veut pas dire qu’il n’a pas de stratégie politique contre le monde du travail, contre le contenu révolutionnaire de la nation Française. Mais pour aider les luttes et les mobilisations, il faut absolument valoriser la place de la classe ouvrière en France, et dénoncer le fonds de la stratégie capitaliste dans l’industrie, le combat contre le monde du travail. S’il y a déclin organisé depuis 40 ans, ce n’est pas de l’industrie, ni du capital français, mais bien d’une nation Française construite dans un rapport de forces populaires original, conforté par de grandes luttes ouvrières et par l’effondrement d’un grand patronat collaborateur face à la victoire de la résistance. Ce qui est en déclin, c’est bien le niveau de protection sociale des travailleurs, depuis tout ce qui permettait d’intégrer les jeunes dans un monde du travail conscient et solidaire, jusqu’à la reconnaissance des qualifications qui pouvait faire d’une vieux tourneur une référence humaine de l’entreprise, une mémoire collective.

    Dans ce contexte, plus les travailleurs sont imprégnés de la fatalité d’un déclin décidé et organisé par les classes dirigeantes, plus ils concentrent leur mobilisation autour des revendications de "primes extralégales", qui sont en quelque sorte, la compensation qu’ils tentent d’arracher face à l’inéluctable décision capitaliste.

    La seule réponse communiste à la stratégie d’industrialisation sélective sous domination du capital, c’est au contraire d’affirmer clairement le rôle et la puissance potentielle du monde du travail qui est le seul créateur de richesse. Quelque soient les formes que le capitalisme a créer pour assurer sa domination, interim, cdd, sans-papiers, le travail est à nous ! La première urgence est d’affirmer qu’il est légitime de résister, avec toute la force nécessaire, et bien sûr, avec intelligence dans la diversité des situations. Le patron peut avoir choisi d’arrêter l’activité, car il veut aller voir ailleurs si l’herbe du profit est plus verte, cela ne veut pas dire que l’activité soit périmée ou inutile. Les travailleurs sont légitimes à affirmer qu’ils sont capable de gérer l’usine ! Les exemples de Netslé chocolat à Marseille ou de TSV à Vénissieux sont démonstratifs. Sans doute que dans d’autres situations, comme la raffinerie de Dunkerque, l’affrontement est indispensable pour contraindre le patronat à reculer sur ses objectifs. Tout l’enjeu pour les communistes est alors de construire une vraie solidarité populaire, car la victoire ne peut être acquise seulement dans le conflit interne à l’entreprise. Les profits accumulés sont tels que le patronat de TOTAL peut tenir beaucoup plus longtemps que les salariés avec des usines complètement bloquées. Par contre, au plan politique, il ne peut prendre le risque de voir se construire un rassemblement populaire majoritaire autour de grandes luttes sociales de grandes usines d’entreprises. Voilà une question cruciale pour les communistes. Est-on capable de dire avec suffisamment de forces que TOTAL peut et doit être battu à Dunkerque ?

    A partir de ce rapport de forces nécessaire aux luttes de classes, on peut poser la question de la place de l’industrie dans une perspective socialiste, en affirmant l’urgence d’investir massivement pour répondre aux immenses besoins sociaux, ce qui suppose de réévaluer les priorités sur les secteurs, les produits, les techniques pour sortir d’une économie tournée vers les besoins des plus riches, sortir de la guerre économique pour développer des coopérations mutuellement avantageuses, planifiées, non soumises aux spéculations boursières et monétaires. La Chine est alors non plus une menace mais une immense opportunité compte tenu de ses besoins. Et pour ceux, y compris la Chine d’ailleurs, qui ne voudrait pas entrer dans une logique de coopération, il est indispensable de pouvoir imposer des barrières à la guerre économique, c’est à dire de retrouver la souveraineté nationale, populaire. Très loin du nationalisme, il s’agit au contraire d’expulser le capital des relations internationales pour développer l’internationalisme des travailleurs.

    Et la productivité n’est là aussi plus une menace. Elle est nécessaire pour une relance industrielle de grande échelle tant les besoins, y compris en France sont immenses. Développer un transport public représentant réellement une alternative à la voiture dans et entre toutes les agglomérations, inventer un avenir différent au véhicule individuel, sans doute avec autre chose qu’un moteur thermique à combustible fossile, Réaménager tout le territoire désertifié depuis 40 ans, Répondre aux immensions besoins de logement avec le niveau qualitatif possible aujourd’hui, Le besoin de production de biens matériels est immense sans oublier la production d’énergie correspondante.

    Et les gains de productivité nécessaires permettront de répondre aux besoins en ouvrant la possibilité d’une réduction massive du temps de travail, d’une libération humaine qui permette aux hommes de consacrer de plus en plus de temps à leur vie individuelle et collective. L’enjeu n’est pas du tout de partager une quantité de travail statique, les chantiers du socialisme sont immenses ! Mais les gachis que génèrent l’organisation concurrentielle, à courte vue, l’impossibilité de la confiance, la nécessité de passer plus de temps commercial, financier et juridique que de temps de travail productif, tout indique que le socialisme peut représenter de formidables gains de productivité, à condition de franchir une étape décisive dans le niveau de formation, de culture, de citoyenneté, des travailleurs.

    L’environnement

    Cette question mériterait d’y consacrer une journée entière, tellement elle est devenue une arme idéologique de première importance. Un exemple entendu dans une des innombrables émissions consacrées à Copenhague et au réchauffement climatique. Un intervenant accueilli par un instituteur dans une école pour expliquer les enjeux du défi climatique et la nécessité d’actions urgentes pour sauver la planète... Imaginez un seul instant cet intervenant venant expliquer le défi de la pauvreté et la nécessité d’actions urgentes pour sauver l’humanité de la guerre et de la faim... les mêmes crieraient au scandale de la politique dans un espace laique !

    Nicolas Hulot et d’autres, dans des films à grand budget, nous alertent avec gravité sur la réalité des risques environnementaux, et concluent toujours par « chaque geste compte », sans jamais évoquer les formidables intérêts financiers qui dominent l’organisation du monde ; industrie, recherche, institutions internationales, gouvernements ! Loin de la responsabilité individuelle qui ne peut se construire que dans la conscience de la responsabilité collective, ils contribuent à la culpabilisation qui éloigne cette prise de conscience, cultivent les peurs qui enferment dans le conservatisme. Cette bataille vient de loin, bien avant la crise climatique, bien avant la première crise pétrolière... C’est dans la fournaise des luttes sociales grandissantes des années 60, à l’aube de ce Mai 68 qui fera si peur à la bourgeoisie qu’elle décide d’une contre-offensive de grande ampleur dont les évènements politiques sont connus, du coup d’état au Chili, aux ruptures politiques de Reagan et Thatcher, jusqu’à la victoire contre l’URSS et l’élargissement de l’Union Européenne pilier de l’OTAN, mais dont les dimensions idéologiques le sont insuffisamment, autant pour l’utilisation de la religion, des évangélistes aux islamistes que pour l’attaque frontale contre l’idée de progrès.

    C’est en effet en Avril 68 que se crée le Club de Rome, groupe de réflexion célèbre dont faisait partie le non moins célèbre Raymond Barre. Ce club de réflexion des grands de ce monde publiera en 1972 un rapport qui restera comme le "rapport du club de Rome" sous le titre "Halte à la croissance", traduction renforçant le présupposé idéologique par rapport au titre anglais plus pragmatique "Limits to growth", autrement dit "les limites de la croissance". Ce rapport s’appuie sur un travail scientifique qui montre l’impossibilité de concilier croissance du niveau de vie qui perrmet la croissance de la population mondiale et ressources naturelles finies. Le thème de la “surpopulation” très en vogue à cette époque contribuera à la réussite idéologique.

    Ce rapport a été le vecteur d’un courant d’idée qui conduira en 1987 au rapport Brundtland, du parti travailliste norvégien, qui donnera la première définition du "développement durable", puis marquera les longues discussions internationales qui conduiront à la déclaration de Rio en 1992. Notez que cela ne se fait pas dans un monde idéal sans conflits, guerres, et luttes de classes, mais au contraire en plein affrontement final Est-Ouest, dans un monde dominé par ce nouvel "empire" tout puissant annonçant la fin de l’histoire. Pour l’anecdote, les objectifs de Kyoto de réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 ont été approchés non pas les efforts vertueux des pays développés mais par l’effondrement de l’activité économique de l’ex bloc socialiste ! Le rapport du club de Rome était de ce point de vue bien prémonitoire puisqu’il repose sur un modèle des interactions entre capital, travail, niveau de vie, consommation... qui sont celles de l’économie de marché capitaliste... Bien sûr, le modèle ne prend pas en compte l’hypothèse de ruptures dans les règles du jeu !

    Mais les affrontements permanents pour le (re)partage du monde ne se sont pas stoppés en 1990, et le socialisme n’a pas disparu, et même se ressource, notamment en Amérique Latine. On le verra lors de l’échec de Copenhague où se cristallisera une opposition frontale entre un développement durable dominé par les intérêts des grandes puissances cherchant de nouveaux marchés à conquérir, et les urgences de l’eau, de l’air, de l’alimentation, de la santé... qui marquent les préoccupations du Sud, notamment dans les pays affirmant leur autonomie des institutions financières internationales.

    Mais sur quoi porte l’affrontement ? Pas sur le constat de la crise environnementale ! On nous amuse avec les “climato-sceptiques”, dont le célèbre Claude Allègre qui poursuit son nomadisme politique du PS à Sarkozy. Mais s’il peut y avoir débat entre scientifiques, il ne faut pas le confondre avec la véritable guerre idéologique qui utilisent telle ou telle connaissance scientifique pour nous masquer leur choix de répondre à ce défi dans l’intérêt des plus riches, des bourgeoisies du Nord et du Sud, et pas dans celui des plus nombreux, les plus pauvres, ceux qui vivent ou survivent de leur travail ou de celui de leurs proches...

    De fait, on assiste dans le déferlement médiatique autour de l’environnement à deux opérations idéologiques de grande ampleur pour nous masquer le fait principal

    D’abord, la construction d’un nouveau discours de justification du système, utilisant tous les moyens modernes des médias, organisé dans la connivence entre interventions étatiques, de terrain, politiques et associatives, idéologiques et scientifiques... dans le consensus permanent entre gauche et droite, écrasant toute contradiction d’intérêts sociaux, allant d’ultra écologistes partisans de la décroissance humaine à une extrême droite sacralisant la nature immortelle associée aux vertus des traditions.

    Et pendant ce temps, un milliards d’être humains survivent dans la misère, des millions d’enfants meurent de faim en silence, des guerres continuent et tuent, les émeutes de la faim sont oubliées, les conséquences sociales de la crise dans les pays développés sont oubliées, l’explosion du chômage et de la précarité en France laisse de marbre artistes et peoples en goguette à Copenhague, comme les milliers de jeunes intérimaires sortis des usines en 2009 et qui désespèrent dans leurs cités. Personne ne répond aux appels des urgentistes et des psychiatres qui alertent sur les hôpitaux en péril, sur les hôpitaux psychiatriques bondés par les conséquences des souffrances sociales et qui ne peuvent que constater les dégâts. Le téléthon est passé, les resto du coeur aussi... tout le monde médiatique s’en fout en attendant le prochain hiver...

    Les forces dominantes ont réussies à nous faire croire que l’urgence était de sauver la planète, quitte à laisser tomber l’humanité ! Et on ne peut que constater que l’écologie politique est la matrice qui permet cette guerre idéologique. Vive Copenhague et le défi climatique ! Voilà un sujet que les pauvres ne peuvent pas refuser puisqu’on peut même leur dire que ce sont eux les premières victimes. Donc Copenhague, c’est aussi du social !

    Et voilà la deuxième opération idéologique après l’effacement de la crise sociale par le défi climatique pour occuper les mobilisations citoyennes. Il s’agit de faire croire que le capitalisme va sortir de sa crise par les vertus d’une "nouvelle économie" verte et vertueuse... [1]

    Car si ce n’était pas le capitalisme qui posait problème, mais un capitalisme productiviste, gâcheurs de ressources naturelles, un capitalisme ancien du pétrole et de l’automobile, du nucléaire et de l’électricité, et qu’un nouveau capitalisme vert, celui de l’éolien et du photovoltaique, de l’immatériel et du local, de la biodiversité et de l’artisanat, peut se développer en créant des emplois partout, non délocalisables... Alors ouf, c’est plus facile que de faire la révolution ! Plus besoin de s’affronter avec le capital, il suffit de défendre les bons capitalistes contre les mauvais !

    Et ça présente un autre avantage. Cela justifie que les états soutiennent fortement ce "bon capitalisme", en lui accordant subventions et privilèges. Opération extraordinaire ! Presque tout le monde a protesté contre le financement des banques, et personne n’accepterait qu’on donne des dizaines de milliards aux grandes groupes pétroliers,. Par contre, tout le monde se félicite du tarif d’achat garanti de l’électricité imposé à EDF et qui représente, si les objectifs du Grenelle sont atteints en 2020 un montant total supérieur aux 35 milliards du grand emprunt ! des milliards qui vont ou ? et bien aux nouveaux entrepreneurs de l’éolien (depuis qu’ils sont subventionnés, le prix d’investissement a doublé !) ou du photovoltaïque (avec un réseau d’installateurs locaux certes, mais revendeurs massifs de produits provenant des USA ou d’Asie [1]

    Bien sûr, c’est de l’idéologie ! Derrière ces "nouveaux capitalistes", il y a tous les autres... Les grands pétrolier sont les premiers investisseurs dans les énergies renouvelables, les réseaux des circuits courts de distribution ne restent pas associatifs longtemps et les grands se réorganisent pour capter ces nouveaux flux de consommation, les banques sont bien évidemment dans tous les coups, concentrant toujours la maitrise par les vrais décideurs de la capacité à extraire du profit pour l’accumuler toujours au même endroit.

    De fait, le capitalisme vert, c’est toujours le capitalisme, c’est à dire l’exploitation de millions d’être humains par une classe sociale dominatrice et arrogante, violente et vulgaire.. qu’elle soit repeinte en vert ne la change en rien ! C’est ainsi que la plupart des décisions prises au nom du développement durable aboutissent au renforcement du capitalisme et donc des gâchis environnementaux.
    - Les accords internationaux sur les « droits à polluer » permettent aux USA d’acheter le droit à polluer de l’Afrique freiné dans son droit au développement économique pour laisser les occidentaux gaspiller l’énergie ! On ne peut sortir des formidables gâchis sociaux et environnementaux dans le cadre des rapports coloniaux !
    - Après avoir vanté les agro-carburants comme substitut au pétrole, notamment dans les conseils régionaux gérés par la gauche et les verts, on découvre leurs conséquences écologiques et sociales avec l’explosion du prix des produits alimentaires. Tous les grands pétroliers investissent des milliards sur ces marchés et Fidel Castro, dans un discours à l’ONU, dénonce l’accord que les USA ont signé avec le Brésil pour des millions d’hectares qui font monter le prix des céréales et provoquent des émeutes de la faim au Mexique ! L’écologie politique est soluble dans le capitalisme, elle en est même un des outils !
    - On parle d’énergie verte à propos des cellules photo-voltaïques sans jamais s’interroger sur les conditions écologiques et sociales de leur production, à propos des éoliennes sans évoquer l’utilisation d’acier et d’aluminium très consommateurs d’énergie, mais on refuse le nucléaire qui est pourtant l’enjeu immédiat de la réduction des gaz à effet de serre ! Les gouvernements se servent des énergies dites alternatives pour dé-réglementer le marché de l’énergie, privatiser, casser le service public, et nous payons dans nos factures EDF les profits des producteurs privés « verts » auquel EDF est obligé d’acheter l’électricité plus chère qu’elle ne la vend ! Pire, plus on développe des énergies renouvelables intermittentes sans possibilités de stockage, plus il faut les compléter avec des sources assez souples pour suivre leurs variations, et on le fait avec du gaz en france, du charbon en Allemagne, bref, plus on fait du renouvelable, plus on émet de gaz à effet de serre !

    Le premier piège est bien de penser que les intérêts de tous sont les mêmes face au défi environnemental. Certes, qu’on soit riche ou pauvre, on n’est pas grand chose en tant qu’être humain devant l’énergie d’un ouragan ou d’un tsunami, l’inexorable montée des eaux de la fonte de banquises, la pollution des sols et des aliments... Sauf que l’homme n’est justement pas simplement un individu isolé face à la nature, mais toujours un être social capable de mobiliser des moyens de plus en plus importants pour sa survie. Face à la montée du coût de l’énergie, ou de l’eau propre, tout change selon que vous serez puissant ou misérable... On peut cultiver sous serre sans engrais ni désherbant et livrer des produits bios dans des marchés de riches. On peut aménager des villes se protégeant par des moyens technologiques de plus en plus élaborés des risques naturels, sur le modèle des "centers parks" ou des quartiers fermés privatisant l’espace public et la police...

    Certains diront... impossible pour les plus riches de s’en sortir seuls si la grande majorité s’effondre dans une crise planétaire... Ah bon ? Et dans quelles conditions vivaient la grande majorité des indous, pendant qu’une toute petite minorité se vautrait dans des luxes royaux ? Qu’est ce qui interdit au capitalisme de détruire jusqu’au bout le compromis issu des rapports de force créés en 1945 et d’organiser délibérément une société archi-violente, archi-inégale, dans laquelle une petite minorité vit "hors sol", dans un environnement artificiel aussi éloigné de la vie du commun des mortels que l’était celle du pharaon de la vie du paysan, soumis aux terribles crues du Nil ?

    Ce n’est pas faire de la science fiction que de considérer que sans résistance, le capitalisme peut se maintenir en écrasant l’humanité dans la barbarie. De son point de vue, la planète peut crever, pourvu que la bourgeoisie puisse continuer à extorquer la plus-value nécessaire à la reproduction du capital pour alimenter son mode de vie.

    Comme le disait déja Marx

    "La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : La terre et le travailleur."

    Oui, l’écologie est une science indispensable à l’humanité pour construire un cadre de vie harmonieux pour 10 milliards d’êtres humains, mais elle ne pourra prendre tout son sens de civilisation qu’en contribuant à sortir du capitalisme. C’est même l’avenir du développement scientifique, car les formidables acquis de la science et des techniques ne peuvent avoir que deux usages... celui des priorités militaires et policières que lui donnent le capitalisme ou celui de la maîtrise des conditions de vie de l’humanité sur la terre... et dans l’espace !

    Nous n’avons pas le choix. La sortie du capitalisme ne se fera pas dans le retour au passé, dans la nostalgie du village gaulois et du circuit court en économie, elle ne se fera pas sans un formidable développement en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique de la réponse aux besoins humains et sociaux pour se loger, se nourrir, se déplacer, communiquer, se cultiver, voyager. Pour cela, il faudra une décroissance radicale de la marchandisation, des économies parasitaires de la finance, de la publicité, des armées, et une croissance radicale des industries permettant de répondre aux besoins sociaux, en réduisant radicalement le temps de travail pour libérer des millions d’énergies culturelles !

    Quand l’humanité débarrassée de l’argent roi sortira de la préhistoire de la loi naturelle du marché, elle pourra maîtriser ce progrès historique de la culture comme seul moyen et but de civilisation ! Non seulement, nous ne rêvons pas du « retour à la nature », mais nous portons au contraire l’espérance d’une révolution qui en libérant l’homme du marché lui permette de construire enfin ses conditions d’existence, un espace humain libéré de la lutte pour la survie, une culture !

    [1] bien sûr, ce n’est pas la seule arme idéologique, le racisme, la violence, l’intégrisme, le fascisme... sont utilisés selon les circonstances par les bourgeoisies


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