• Sting chante le déclin des chantiers navals de Newcastle

    CD :: Sting chante le déclin des chantiers navals de Newcastle

    Ce n’est pas tous les jours qu’un artiste de gros calibre produit un album dans lequel les travailleurs et le déclin de leur profession occupent la place centrale. C’est avec beaucoup de respect et la passion nécessaire que Sting chante sur ce thème des chansons percutantes. La star britannique n’a pas oublié ses racines ouvrières.

    Dirk Adriaensenss

    Sting a grandi à proximité du fameux chantier naval de Swan Hunters, à Wallsend, près de Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre. Au bout de la rue de la maison de ses parents, il voyait de gigantesques navires dépasser les toits des maisons. Le jeune Sting trouvait ce décor industriel aussi surréaliste qu’apocalyptique. Depuis, l’image n’a jamais cessé de le hanter.
        Le déclin de cet important chantier naval, dans l’Angleterre de Margaret Thatcher, et les conséquences qu’il a entraînées pour les familles de sa ville, ont fortement interpellé Sting. Les constructions navales, qui avaient constitué une artère industrielle vitale, s’en sont allées petit à petit avant de disparaître complètement. Les nouvelles chansons de Sting parlent de la lutte ouvrière contre cette fermeture. Un récit sur la désindustrialisation, sur les travailleurs qui ont occupé leur chantier naval et ont construit un tout dernier navire, à leur propre usage.

    Un écho qui porte jusque chez nous

    La construction navale dans la ville natale de Sting a connu une histoire houleuse, avec des grèves pour de meilleurs salaires et conditions de travail. Après la Seconde Guerre mondiale, le chantier naval a connu de plus en plus de difficultés. En 1977, il est nationalisé. En 1978, 7 535 personnes y travaillaient encore. Ce nombre a diminué lentement : 4 337 travailleurs en 1984. Le dernier chantier a été fermé le 7 décembre 1988 et a signifié la fin de la construction navale au Royaume-Uni. Le père de Sting est décédé en 1989, un an après la dernière fermeture.
        Cette histoire évoque les souvenirs de la lutte des travailleurs au chantier naval Boel de Tamise, en Belgique. Au milieu des années 1980, avec la crise internationale dans le secteur de la construction navale, cette entreprise a connu des problèmes. Le 28 octobre 1992, elle a été déclarée en faillite. Après des grèves et une occupation, l’entreprise a redémarré en 1993, cette fois avec la participation du holding public flamand Gimvindus et sous le nom de Chantier Boel Flandre. Celui-ci a finalisé ses sept dernières commandes, pour finalement tomber en faillite aussi, le 30 novembre 1994. The Last Ship est donc très parlant tous ceux qui ont été témoins ou victimes d’une fermeture d’entreprise.

    Brecht-Weill

    Après Sacred Love, son précédent CD datant de 2003, Sting prétendait avoir perdu son inspiration. Il souffrait du « syndrome de la page blanche ». Les souvenirs des événements dramatiques de la fermeture du chantier naval ont ressuscité son inspiration.
        Le résultat est un CD qui fait tout simplement partie de ce qu’il y a de mieux dans une carrière pourtant richement remplie. Les morceaux figureront dans un spectacle musical dont la première aura lieu à Broadway à l’automne 2014.
        Les plages de cet album baignent dans la tradition folk anglaise et rappellent aussi les œuvres de Bertolt Brecht et Kurt Weill. D’ailleurs, Sting n’a jamais caché son admiration pour Brecht. Dans l’album Lost in the stars: the music of Kurt Weill, il faisait figurer une version de Mac the Knife. La mélodie du morceau The Secret Marriage, du LP Nothing Like the Sun (1987), est elle aussi du compositeur allemand Hanns Eisler, qui avait également travaillé avec Brecht. En 1989, Sting jouait le rôle de Macheath dans une production de L’Opéra de quat’ sous à Broadway.
        La plage titre de The Last Ship débute par les rythmes traditionnels du folk du Tyneside et c’est une chanson cruciale de l’album. Le dernier navire et le déclin de l’industrie navale jettent une ombre sur la famille du jeune Sting et sur toute la région. Le morceau Dead Man’s Boots est semi-autobiographique : Sting refuse de suivre les traces de son père et d’aller travailler au chantier naval.
        The Last Ship évoque Newcastle, mais l’album est également allégorique, comme l’explique Sting dans le livret du CD. Il s’agit tout autant de l’importance du travail pour l’individu et pour une communauté, du courage qui naît parfois du désespoir et des difficultés relationnelles. Cet album prouve de façon convaincante que Sting continue de grandir, aussi bien dans sa musique que dans ses paroles.

    www.sting.com

    http://www.ptb.be


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