• Somme de colères

    Social-Eco - le 2 Mai 2013

    Somme de colères, l'éditorial de Paule Masson

    Pas de grand-messe, pas de fête, juste un séminaire convoqué à l’Élysée lundi prochain : François Hollande prépare un anniversaire triste. Il y a un an, le candidat presque président de la République, les biceps gonflés de promesses, s’apprêtait à battre le fer contre la finance. Le 1er Mai avait été l’occasion de démonstrations de force, canalisées par l’espoir du changement. Après les années noires de Sarkozy, beaucoup, les salariés surtout, espéraient au moins bénéficier d’une respiration sociale.

    Asphyxiés par la crise et les réponses d’austérité, ils sont aujourd’hui en apnée. Le président a pourtant esquissé un pas de danse, dans la chorégraphie de communication qui l’a mené jusqu’aux Mureaux mardi, en banlieue parisienne : « J’entends l’aspiration d’un pays à avoir confiance en lui-même. » On reste muet face à un tel déni !

    S’il entendait vraiment, il devrait prêter l’oreille à la somme des colères  qui grondent. Le gouvernement ne sait plus comment enrayer la perte de confiance, parce qu’il refuse d’entendre, justement, la force des aspirations sociales. Il n’y a qu’un moyen de retrouver confiance : dégager un horizon bouché par un taux record de chômage, des entreprises qui licencient en toute impunité et gagnent le droit de baisser le coût du travail, des services publics tellement diminués qu’ils deviennent une proie facile pour le secteur privé. Elle est triste la politique quand elle ne raisonne plus qu’en termes d’économies. Et elle amène du désarroi quand elle se fourvoie dans le monde de l’argent. Car la crise économique se double maintenant d’une crise politique qui s’installe dans la durée et mine la cohésion sociale. Le compte en Suisse du ministre Cahuzac, les primes en liquide de l’ancien ministre Claude Guéant... L’un de gauche, l’autre de droite. Si l’on ajoute l’appartement à 7 millions d’euros du fils Fabius qui, en plus, ne paie pas d’impôts sur le revenu... Voilà qui invite à réclamer, urgemment, une refondation démocratique, objet de la journée de mobilisation du 5 mai.

    Depuis quelques jours, toute information à propos du 1er Mai ne parle que de division syndicale. Elle est, il est vrai, presque toujours un facteur de démobilisation. La CFDT utilise le désaccord sur la loi de flexibilisation de l’emploi pour tenter de marginaliser la CGT. Mais elle n’a compté que 300 participants hier au meeting qu’elle a tenu à Reims. C’est peu. Ils étaient 160 000 dans la rue à l’appel de la CGT, la FSU et Solidaires. C’est trop peu au regard du rapport de forces qui permettrait d’inverser la tendance. Mais c’est mieux. C’est surtout une étape. « Il y a un profond mécontentement. Il faut qu’il s’exprime. On va vers une semaine d’action début juin », a annoncé Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT.

    « Croire au soleil quand tombe l’eau », écrivait Aragon dans le Fou d’Elsa. Une perspective à laquelle s’accrochent bien des progressistes, ceux qui ont défilé hier en ce jour de fête des travailleurs, ceux qui résistent dans leur entreprise, ceux qui crient l’urgence de sortir de l’austérité et de repenser la démocratie puisque le point est arrivé où les deux s’enchevêtrent. Ce 1er Mai ne signe pas l’arrivée éclatante d’un été enchanté. Mais il offre une éclaircie et contribue à déchirer les lourds nuages de la fatalité.

    Elle est triste 
la politique quand elle ne raisonne plus qu’en termes d’économies. 
Et elle amène du désarroi quand elle se fourvoie dans le monde de l’argent.

    Paule Masson


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