• Les danseuses du Crazy Horse ont refusé de se faire plumer

    La grève aura duré deux jours, une première dans l’histoire du célèbre cabaret parisien, et aura finalement donné raison aux danseuses qui réclamaient plus de considérations et un meilleur salaire.

    La représentation a bien eu lieu  in extremis hier soir après que les jeunes femmes soient parvenues à un accord. Le spectacle, « Feu », porte bien son nom, car pendant deux jours, le torchon à brûlé entre les « Crazy girls » et la direction. Depuis mardi, les danseuses avaient lancé la première grève jamais réalisée au sein du temple parisien du nu chic, afin d’obtenir une revalorisation de salaire de 15 % assortie de « flexibilité sur les opérations de promotion » a annoncé Philippe Lhomme, un des propriétaires du cabaret.

    Les jeunes femmes ont tenu bon

    Une première proposition de la direction avait été rejetée par les jeunes femmes, celle-ci n’aboutissant qu’à une augmentation de salaire de 5 % pour les danseuses ayant le plus d’ancienneté. Les jeunes femmes se plaignaient d’un salaire mensuel inférieur à 2000 euros nets, « le plus bas du métier à Paris », souligne leur déléguée syndicale Suzanne Durand, pour un rythme effréné de deux représentations par soir, cinq à six jours par semaine. « Notre salaire ne tient pas du tout compte de la charge de travail qui est la nôtre et de notre nudité » a-t-elle ajouté.

    « Les Crazy girls ne sont pas de vulgaires danseuses »

    Zonnie Rogenne, danseuse depuis trois ans, pointe la contradiction entre l’image de marque renvoyée par le temple du nu chic parisien et leurs réelles conditions de travail : « La direction aime à donner à voir dans les reportages que nous sommes des bijoux, des objets de désir sélectionnés avec rigueur. On aimerait que les salaires soient à la hauteur de cette réputation et de la noblesse de ce lieu d’exception ». Les « Crazy girls » ne veulent pas être considérées comme du « vulgaires danseuses ». Les jeunes femmes souhaitent être reconnues en tant qu’artistes : « Se produire nue tous les soirs, ce n’est pas évident du point de vue moral et physique. Être payé à ce tarif là, ça revient à de la vulgarité. Quelle différence faites-vous entre une danseuse du Crazy Horse et quelqu’un qui travaille dans un « peep show » ? », questionne la déléguée syndicale. Elle souligne aussi l’importance de la solidarité dans leurs décisions : « Dans un métier précaire, nous sommes conscientes que des danseuses il y en a à la pelle. Il fallait donc que notre démarche soit commune ». Les négociations leurs auront donné raison.


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  • « Nous coûtons moins cher… »
     

    Des Etats-Unis au Burkina Faso, de l’Inde à la République dominicaine, dès l’âge de six ans, des enfants sont employés dans les exploitations agricoles, vestimentaires, aurifères…

    Ployant sous des sacs de gravats, de briques, ou de légumes… Se faufilant dans les mines de mica, en Inde, dans des tunnels si profonds qu’on « n’y entend rien », comme le confient des jeunes. Ou épuisés à trier du verre, inlassablement, dans les usines de bracelets, ou encore harassés par un labeur sans fin dans des ateliers de broderie indiens... En Caroline du Nord aussi, où des enfants de travailleurs illégaux mexicains sont recrutés pour la cueillette du piment.

    Dans son film Enfants forçats [1], le réalisateur Hubert Dubois recueille avec pudeur leurs témoignages, leurs espoirs — l’accès à l’éducation, la possibilité d’un travail —, soulignant leur lucidité, lorsque, interrogés sur la raison de leur embauche, ils répondent : « nous coûtons moins cher ».

    Enlevés, vendus, ces enfants corvéables à merci et payés chichement sont les victimes de patrons mafieux et d’entreprises « non concernées » travaillant pour des marques telles que Calvin Klein, Kohinoor… L’unique issue hors du cycle de l’esclavage, pour cette enfance prise en otage, repose sur le concours d’organisations non gouvernementales (ONG) comme Global March Against Child Labour, dirigée par Kailash Satyarthi, fondateur de l’ONG indienne Bba, un des principaux leaders de la responsabilisation de grandes marques internationales qui est à l’initiative d’actions choc menées pour venir au secours de jeunes séquestrés par leurs employeurs. Ces interventions d’une rare violence, Hubert Dubois les a filmées en Inde : les activistes y sont lynchés à mort alors qu’ils tentent de soustraire les enfants à leurs patrons. « Chaque jour est important, dans la vie d’un enfant », précise Satyarthi : « Si on ne les libère pas, c’est autant de jours perdus dans leur vie. »

    D’autres ONG, comme l’association Anape, au Burkina Faso, vont à la rencontre d’adolescents pour leur proposer une alternative au travail sur les sites aurifères ou à la mendicité. Ainsi ce petit Touareg, contraint de mendier dans les rues de Ouagadougou pour subvenir aux besoins de sa famille, et qui part de chez lui chaque matin comme s’il allait travailler : « Je gagne deux euros par jour. Mais parfois rien. » A la question : « Aimerais tu étudier ? », il répond : « Oui ! Mais cela n’est possible que si mes parents sont aidés ». Ou tel autre, âgé de dix ans, déclarant gagner huit euros par an à piler de la terre sur une mine d’orpaillage.

    En 1998, la marche mondiale des enfants vers l’ONU, à Genève, organisée pour réclamer l’adoption de la Convention 182 sur le travail infantile, a marqué une date symbolique dans ce combat. Mais, selon Hubert Dubois, on assiste actuellement à une régression laissant peu de chances de voir se réaliser l’objectif de 2016 — l’échéance donnée aux Etats signataires pour éradiquer les pires formes d’exploitation des enfants. « L’illettrisme engendre la pauvreté ; le meilleur investissement est donc l’éducation », insiste Sathyarti. « Or le monde ne dépense pas assez pour l’éducation des enfants : le combat contre le travail des enfants, le combat contre l’illettrisme, et le combat contre la pauvreté, doivent être menés ensembles ! »

    Par Dominique Godrèche le 15/05/ 2012 source La valise diplomatique (Monde diplomatique

    Transmis par Linsay

     http://www.rougemidi.fr/spip.php?article6863

    [1] Diffusé sur Arte le 29 mai à 20h45. Il a été présenté en avant-première lors de la 25e édition du Festival international de programmes audiovisuels (FIPA), à Biarritz (23-29 janvier 2012). Sortie du DVD le 5 juin (INA Editions).

     

    Voici 4 exemples édifiants tournés en République Dominicaine, aux Etats-Unis et au Burkina Faso :


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    L’enseigne allemande a popularisé le discount largement au delà des frontières du pays. Mais ce succès cache des méthodes très contestables, révèle cette grande enquête de l’hebdomadaire Der Spiegel.

    La carrière d’Andreas Straub s’est terminée sur un parking. Il a vidé sa voiture de service, une Audi A4, rendu les clés, et il est monté dans le taxi qui l’attendait. Le chauffeur savait qu’il devait le conduire chez lui, la course était déjà réglée. Chez Aldi, même le licenciement est organisé.Quatre ans auparavant, Straub s’était laissé séduire par le discours lyrique du géant allemand du discount : “Vous souhaitez montrer ce que vous avez dans le ventre ? Vous voulez faire bouger les choses ? Développer vos propres idées tout en ‘pensant entreprise’et mettre efficacement vos idées en application ? Vous êtes fait pour être responsable régional des ventes à Aldi Sud.” Andreas Straub est entré chez Aldi à 22 ans. A 23 ans, il était l’un des plus jeunes responsables régionaux des ventes (RV). Auparavant, il avait étudié l’économie d’entreprise dans le cadre d’un programme de formation pour Daimler, passé un semestre à Copenhague, fait un stage au Canada et avait été reçu dans les premiers de sa promotion. Et il allait chez Aldi ? Ce distributeur bas de gamme ? “T’es dingue”, lui ont dit ses amis. “Bien sûr j’aurais pu rester chez Daimler, mais ce grand groupe m’avait l’air horriblement lent. Les employés me semblaient frustrés, ternes, mous.” Aldi en revanche, c’était la réussite, l’efficacité, et surtout un très bon salaire. Dès la première année, Straub gagnait 60 000 euros brut. Il sait aujourd’hui que pour un débutant un salaire supérieur à la moyenne constitue une sorte d’indemnité.

    Straub vient d’écrire un livre sur son passage chez Aldi. C’est la première fois qu’un cadre ose révéler les détails de la vie intérieure du géant de la distribution. Straub dresse le portrait d’un groupe paranoïaque, qui pousse sa manie de la hiérarchie et du contrôle à l’excès, qui harcèle, brise et finit par virer les employés qui n’entrent pas dans le moule. Il explique surtout que la religion du “toujours moins cher” lancée par les fondateurs d’Aldi, Karl et Theo Albrecht – et qui envahit aujourd’hui le monde entier –, a un prix. Ce prix, ce sont les hôtesses de caisse, les cadres, les fournisseurs et les clients, soumis à une surveillance permanente, qui le paient.

    Straub n’est pas le premier à avoir consacré un livre à Aldi. Mais les derniers ouvrages écrits par des cadres dataient des années 1970. Lui, il est resté dans le groupe jusqu’en 2011. Aldi est un tel monument que 99 % des Allemands connaissent la marque. Les frères Albrecht ont révolutionné la distribution et le comportement d’achat de leurs concitoyens. Ils ont modifié la consommation en Allemagne comme aucune autre entreprise ne l’a fait ailleurs. Depuis que, en 1961, ils ont divisé leur empire en deux sociétés indépendantes, une au Nord et une au Sud, avec respectivement pour siège Essen et Mülheim, ils ont conditionné le pays à “penser pas cher” et contribué à ce que la chasse aux bonnes affaires soit élevée au rang de vertu. Et ils ont propagé cette idéologie dans le monde entier. Le discount est l’un des succès à l’exportation de l’Allemagne – et Aldi, avec un chiffre d’affaires de 57 milliards d’euros, en est l’un des principaux acteurs, que ce soit aux Etats-Unis, en Europe ou en Australie. Pour le moment. Car, comme Anton Schlecker, le roi de la droguerie, qui a récemment fait faillite, le système bâti par les Albrecht repose entre autres sur l’intimidation, le contrôle et la méfiance.

    Straub n’est pas le seul à le dire. Der Spiegel s’est, au cours des derniers mois, entretenu avec des cadres du groupe, anciens et en fonction, des fournisseurs, des syndicalistes, des vendeurs et des concurrents pour décrypter les principes du darwinisme du discount. Il a découvert des absurdités qui, mieux encore que les propos de Straub, témoignent de la folie du contrôle qui règne chez Aldi. Dans sa soif de régenter les 100 000 employés et fournisseurs qu’il compte dans le monde entier, Aldi ne cesse d’entrer en conflit avec le droit du travail, de violer les usages des affaires et de franchir les frontières de la décence.

    Un gène Aldi

    Pour travailler dans le groupe, il faut avoir le “gène Aldi”. C’est-à-dire partager des valeurs classiques, comme l’honnêteté, la franchise, le respect, l’équité et la fiabilité, lit-on dans une annonce pour une formation interne destinée à l’encadrement d’Aldi Nord.

    “La carrière des femmes se déroule selon le principe des trois C : Caisses de produits (manipuler) ; Cartons (ouvrir) ; Caisse enregistreuse”, ironise un ancien directeur. Bien sûr, on trouve quelques femmes à des postes de direction, mais c’est loin d’être la norme. Cette image de la femme a des conséquences pour les employées comme pour les clientes. C’est un secret de Polichinelle que plusieurs RM de la Hesse se sont amusés à filmer discrètement les clientes, surtout celles qui avaient une jupe courte ou un décolleté plongeant ; dès qu’elles se penchaient sur un bac réfrigéré ou devant un rayon, ces messieurs zoomaient. Comme si ça ne suffisait pas, les films étaient ensuite gravés sur CD et échangés. Ces agissements ont eu lieu à Francfort, à Dieburg et dans d’autres magasins de la Hesse. On “ne peut exclure que certains collaborateurs isolés se soient mal comportés”, nous a répondu par écrit Aldi Sud. C’est là une argumentation courante : l’entreprise est bonne, s’il y a un problème c’est un cas isolé. Mais il y a quand même beaucoup de cas isolés.

    Un partenaire à la fois craint et vénéré par ses fournisseurs

    La journée de Fabian Mersedorf [1] est réglée comme du papier à musique. Responsable des achats, il reçoit en moyenne trente fournisseurs par jour. Il leur accorde un quart d’heure, pas une minute de plus. “Si quelqu’un ne peut pas m’expliquer en quinze minutes pourquoi je devrais acheter son produit, il n’y arrivera jamais”, déclare-t-il. Aldi Sud compte 500 fournisseurs réguliers, Aldi Nord à peu près autant. Il y a deux producteurs pour chaque produit – on peut ainsi remplacer immédiatement l’un par l’autre. Les commandes sont énormes (12 milliards d’euros par an pour Aldi Sud). Aldi est donc un partenaire à la fois vénéré et redouté par les fournisseurs.

    Comment traite-t-on avec un tel géant ? C’est Aldi qui fixe les prix de tous les produits alimentaires – y compris pour la concurrence. “C’est une loi non écrite : nul ne descend au-dessous du prix d’Aldi”, confie le directeur d’une chaîne de supermarchés. Peu importe à combien de centimes on achète le lait ou les nouilles, Lidl et Rewe attendent que les fantômes de Mülheim et d’Essen aient tranché.

    Et Aldi fait bien sentir son pouvoir : le fournisseur qui a rendez-vous se présente à l’accueil et on lui donne le code d’accès de la salle où il sera reçu, un réduit appelé “box”. Là, le “demandeur” – et qu’il n’aille pas s’imaginer être autre chose – attend au moins une demi-heure, en général sans eau ni café. Le responsable finit par arriver et les négociations commencent. En fait, négociation n’est pas le mot exact. Aldi énonce ce qu’il est prêt à payer, ce qu’il souhaite, ce qui le gêne, il s’énerve, refuse. Si le fournisseur commence à marchander, on met clairement les choses au point : “C’est un ordre, pas une négociation.” Peter Wesjohann, le patron de Wiesenhof, l’un des plus gros producteurs de volaille d’Europe, a été convoqué au siège comme un collégien au début de l’année, parce que la presse avait une fois de plus parlé négativement d’une de ses entreprises. Il était alité avec la grippe ? Et alors ?

    Même si Aldi négocie les prix au dixième de centime, il se considère comme un partenaire juste et veille activement à entretenir cette réputation. Les factures sont réglées promptement, et jusqu’à récemment, dit-on, toute relance atterrissait sur le bureau de Karl Albrecht lui-même. Aldi dispose d’énormes réserves de liquidités. Aldi Sud peut mobiliser à tout moment 1 milliard d’euros, et le montant serait encore plus élevé pour Aldi Nord. C’est ce qui fait que les deux branches indépendantes sont également arrogantes.

    “Au fil des années, j’ai beaucoup réfléchi à mon rôle dans ce système, confie Andreas Straub. Je faisais mon boulot. Je chassais les doutes qui ne cessaient de m’assaillir. Et puis un jour je n’y suis plus arrivé. J’ai connu une grave crise personnelle, la première d’une vie qui s’était jusque-là déroulée sans anicroches.” Avec un an de recul, il porte un regard distancié, voire amusé, sur les procédés de son ancien employeur. “Aujourd’hui, conclut-il, je ne regrette qu’une chose : ne pas être parti beaucoup plus tôt.”

    Par Susanne Amann, Janko Tietz. source Der Spiegel le 11/05/2012

    Transmis par Linsay http://www.rougemidi.fr/spip.php?article6849

    [1] le nom a été modifié


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  • par Samuel Zarka 3 février 2012  
    J'étais tranquille, j'étais peinard, je réparais ma mobylette

    Gilles passe en scooter ; il me dit :

    G — Manu tu fais quoi?

    M — Je travaille.

    G — Tu travailles? Tu répares ta mobylette, tu ne travailles pas, moi je travaille, la preuve je suis payé.

    M — Depuis ce matin je travaille à réparer ma mobylette.

    G — Non tu ne travailles pas, ni les parents qui emmènent leurs enfants en vacances, ni moi si je te prépare un café. Par contre, le serveur du café en face, lui, il travaille : il est payé par le cafetier pour te servir. Tandis que si je te demande de réparer mon scooter comme un service, tu ne travailles pas, tu as une activité. Celle-ci n'est pas reconnue économiquement. Ce qui l'est, en revanche, c'est du travail.

    M — Et mon BTS de mécanique qui prouve que je suis sérieux, que je sais travailler.

    G — Ce diplôme ne suffit pas à ce que ton activité soit reconnue comme du travail. Il ne fait que certifier ton savoir-faire. Si tu as un diplôme d'informaticien et que tu créés bénévolement du logiciel libre, si tu as un CAP cuisine et que tu prépares un dîner pour des amis, ou si encore tu as un diplôme de philosophie et que tu fais de la recherche indépendante, tu produis des choses ou tu rends des services utiles aux uns ou aux autres, mais tu ne travailles pas, quand bien même ton diplôme certifie ta compétence. Le diplôme ne garantit donc pas que tu travailles, il ne fait que certifier que tu sais produire de la valeur d'usage.

    M — Et le travail ça commence quand ?

    G — Quand tu es embauché. Tu travailles si tu programmes un logiciel dans le cadre d'un emploi en entreprise, si tu cuisines dans un restaurant ou si tu répares une mobylette en tant que technicien chez un garagiste. Ce qui constitue le travail, ce n'est pas son contenu mais son cadre d'exercice. Or ce cadre, c'est l'emploi. C'est l'employeur qui qualifie ton activité comme créatrice de valeur économique. Et c'est ce qu'il fait en te payant.

    M — Nous y voilà, si je suis employé, je suis payé.

    G — Et tu n'as pas le pouvoir de faire reconnaître ta qualification par toi-même. Au préalable, il te faut passer par le marché du travail. D'ailleurs, ta qualification, tu la perds lorsque tu n'es plus employé. Si tu travailles dans une entreprise et que tu quittes ton emploi, que ce soit de ton propre chef ou suite à un licenciement, à terme, c'est-à-dire à la fin de tes possibles indemnisations chômage, tu n'es plus payé, alors même que tu conserves ton savoir-faire. Ce n'est donc pas toi, en personne, que l'employeur paye, mais ton poste. Dans l'entreprise, ce n'est pas la personne mais le poste qui est reconnu comme qualifié à produire de la valeur économique.

    M — Qu'est-ce que ça change que ce soit la personne ou le poste ? De toute façon, ce qui compte c'est d'être payé.

    G — Mais si ton poste est attribué à quelqu'un d'autre, c'est lui qui sera payé en occupant ce poste, tandis que toi, tu n'emporteras pas ton salaire avec toi.

    M — C'est normal, l'employeur ne peut pas payer tout le monde. Il ne paye que ceux qui travaillent pour lui et concourent à produire de la valeur économique dans son entreprise. Et il ne peut pas embaucher tous les demandeurs d'emploi ! Elle a des contraintes, l'entreprise, la pression des Roumains, des Chinois, au sein de la concurrence libre et non faussée !

    G — Pourtant, il y a des salariés qui travaillent en se passant d'employeur : les fonctionnaires. En effet, les fonctionnaires travaillent, mais pas dans le cadre d'un emploi.

    M — Si, puisqu'ils sont payés. Mais il s'agit d'un emploi à vie !

    G — Même pas, car contrairement aux employés des entreprises, dont la qualification est déniée au profit de celle de leur poste de travail, les fonctionnaires sont reconnus en personne comme porteurs d'une qualification. Cette qualification leur est attachée à travers leur grade. Et c'est ce grade, personnel, qui leur donne droit, non à un emploi à vie, mais à un salaire à vie. La preuve, ils sont payés pour toute la durée de leur carrière professionnelle, et même si d'aventure ils se retrouvent temporairement sans affectation, c'est-à-dire sans emploi, ils continuent à être payés. Ils sont libres du marché du travail… Comme le seront aussi les nombreux employés du privé dès qu'ils seront arrivés à l'âge de la retraite !

    M — Pardon ? Les retraités ne touchent pas de salaire puisqu'ils ne travaillent plus! Ce qu'ils touchent, c'est une pension en échange des cotisations qu'ils ont fournies tout au long de leur vie professionnelle. Et s'ils sont à la retraite, c'est justement parce qu'ils ont enfin mérité de se reposer!

    G — De nouveau tu as l'air de confondre travail et emploi. Ce n'est pas parce que les retraités n'ont plus d'emploi qu'ils ne travaillent plus ! Au contraire, s'ils sont payés, c'est non seulement parce qu'ils travaillent, mais parce que leur qualification à créer de la valeur économique leur est enfin reconnue, en personne. En un mot : ils ne sont plus employés par un employeur, mais salariés au nom de leur qualification personnelle, leur donnant droit à un salaire pour dix, vingt, trente ans ou plus, bref, un salaire à vie ! Si tu répares ta mobylette à 60 ans, tu seras payé pour le faire, de même que si tu t'occupes de tes petits enfants ou si tu t'investis dans le milieu associatif. C'est la raison pour laquelle les retraités sont souvent débordés et n'arrêtent pas de cavaler derrière tout ce qu'ils ont à faire. C'est comme s'ils n'avaient jamais autant travaillé. Pourquoi ? Justement, parce qu'ils sont libérés de l'emploi et sont reconnus en personne comme qualifiés. C'est en cela que la retraite est le modèle du travail libre.

    M — Mais si les retraités sont payés, c'est grâce à tous ceux qui, pendant ce temps, travaillent dans les entreprises et cotisent sans en profiter. Ce sont donc bien les entreprises qui sont la source de la valeur et qui payent les retraités !

    G — Certes, la cotisation qui sert à salarier les retraités fait partie du salaire des employés, ainsi que des fonctionnaires. Mais cette valeur, en revanche, ce sont les retraités eux-mêmes qui la créent ! Autrement dit, le prix des marchandises créées par les entreprises ainsi que des services qu'elles facturent, inclut non seulement la valeur marchande de ces biens et services mais aussi la valeur non marchande des biens et services produits par les retraités.

    M — Mais par définition, le non marchand n'a pas de valeur !

    G — Un seul exemple : les soins médicaux n'ont-ils pas de valeur ?

    M — Bien sûr que si, mais pas comme des marchandises !

    G — Nous sommes donc d'accord : le non marchand a bien une valeur économique, mais une valeur économique qui n'est pas celle d'une marchandise. Cette valeur correspond à la qualification des producteurs, et notamment des retraités. Bref, l'ensemble des services rendus par l'ensemble de ces personnes payées à la qualification est comptabilisé dans le salaire brut. Comme ton salaire à toi. C'en est même la quasi moitié : 40%.

    M — La retraite des autres, c'est mon salaire à moi ?

    G — Oui, car il s'agit de salaire socialisé, immédiatement réparti parmi les retraités, comme nous le disions, mais aussi parmi les autres pensionnés comme les femmes en congé maternité par exemple, ainsi que parmi les agents de la sécurité sociale et les professions libérales qui sont affiliées à celle-ci. Et cette valeur répartie, ils la transforment en valeur d'usage.

    M — Mais ces retraités, parents, médecins ne vendent rien, ils sont hors de l'économie. De même que les fonctionnaires.

    G — Au contraire, ils démontrent l'existence massive de l'économie non marchande dont je te parlais à l'instant. La preuve : les cotisations sont comptabilisés dans le PIB. Il en va de même pour les fonctionnaires : une valeur économique est attribuée à leur activité, reconnue à travers leur salaire, alors même qu'elle n'est pas marchande. C'est ainsi qu'ils assurent des services nécessaires à l'ensemble de la société, mais aussi, bien évidemment, à la bonne marche des entreprises : éducation, santé, hygiène publique, etc.

    M — Mais ces fonctionnaires dont tu me parles, ce sont de petits malins, des chanceux, des petits rentiers. Et s'il y en avait moins, il y aurait moins d'impôts à payer, donc plus de marge de manœuvre pour les employeurs et des employés qui vivraient mieux.

    G — Si les fonctionnaires sont payés par l'impôt, c'est parce qu'une source monétaire est nécessaire pour reconnaître la valeur économique de leur travail. Cette source monétaire, cela peut être la production de valeur par les entreprises, mais ce n'est pas la seule possible. l'État s'en est longtemps chargé lorsqu'il émettait lui-même de la monnaie selon ses besoins.

    M — Mais tout le monde ne peut pas être fonctionnaire ! Ni médecin ou retraité !

    G — Non, c'est vrai. Mais d'une part, les retraités, parce qu'ils sont payés par la cotisation, nous montrent que ce qui tue le travail, c'est l'emploi. D'autre part, les fonctionnaires nous montrent que chacun peut être reconnu comme qualifié dès le début de sa vie professionnelle. Conclusion : socialisons non pas une partie, mais l'intégralité de la valeur produite par les entreprises, par les fonctionnaires et par les retraités, pour reconnaître la qualification personnelle de chacun. Ainsi, nous salarions chaque citoyen à vie et nous réglons le problème du chômage.

    M — C'est possible pour une minorité, mais on ne peut pas payer tout le monde comme ça.

    G — Pourtant, on paye bien les employés ! La seule chose qui change, c'est que ceux-ci ne sont plus payés par leur entreprise, mais par des caisses de salaire. Nous avons déjà le modèle : la retraite répartition. Nous avons aussi la technique de financement : la cotisation sociale. Et nous savons qu'elle marche puisqu'elle assure le salaire des retraités depuis des dizaines d'années et continue de le faire avec succès. D'ailleurs, la cotisation ne permet pas de salarier les seuls retraités, mais aussi, comme nous l'avons évoqué, les agents de la fonction publique hospitalière, une partie des professions libérales, et même des employés en situation de hors emploi, comme les femmes en congé maternité ou les allocataires de l'assurance chômage. Ces derniers se voient, temporairement, attribués un salaire, et donc reconnaître leur qualification personnelle, même s'ils n'occupent pas, ou plus, leur poste. Ce qui est extraordinaire, c'est que cette qualification leur soit déniée le reste du temps !

    M — Mais dans l'hypothèse où tu pourrais attribuer à tout le monde une qualification personnelle, où trouverais-tu l'argent pour les payer ? Grâce à l'État ? Mais l'État est en déficit. Il y a le trou de la sécu, le coût des retraites, la crise de la dette grecque, portugaise, italienne, et même française. Cela, parce qu'on a vécu pendant plus de 30 ans au-dessus de nos moyens. C'est très coûteux les services publics, l'école, l'hôpital, le ramassage des déchets, l'administration. Pour les payer, l'État a dû vendre les entreprises qu'il possédait, EDF, GDF, France télécom, La Poste. Aujourd'hui plus que jamais, il est près de la faillite. Il faut donc impérativement réduire les dépenses. Est-ce qu'on a déjà vu un foyer dépenser plus qu'il ne gagne et laisser la charge de ses dettes à ses enfants ? C'est pour cela que nous devons faire un effort tout de suite pour aider l'État. C'est pour cela qu'il faut réduire le nombre de fonctionnaires. Qu'il faut aider l'État en travaillant plus longtemps. Qu'il faut que les salaires soient contenus. Ce n'est que comme ça que l'État pourra honorer ses dettes et rembourser ses emprunts aux banques. Car en attendant, ce ne sont pas les entreprises qui vont le sortir de là. C'est pour ça qu'on a baissé les impôts sur les sociétés et qu'on cherche à réduire les charges patronales : pour les rendre plus compétitives. Et si les employeurs doivent modérer les coûts de production, c'est pour la survie des entreprises et pour payer les actionnaires qui ont investi dedans.

    G — Mais les entreprises ont-elles besoin des actionnaires ?

    M — Bien sûr, ils possèdent les actions et ont investi dans la production.

    G — Et tu sais ce qu'est une action ?

    M — C'est un titre qui donne le droit de recevoir une part de la valeur économique produite par les entreprises.

    G — Et qui produit la valeur dans l'entreprise ?

    M — Les employés !

    G — Et la valeur produite par les employés passe dans l'escarcelle de l'actionnaire, c'est cela ? Donc l'actionnaire, parce qu'il possède des actions, possède un droit sur la valeur produite par les employés, j'ai bien compris ? Somme toute, ces actions sont des titres de propriété purement lucratifs, et tant que l'entreprise tourne, l'actionnaire accumule de la valeur. Mais pourquoi a-t-il ce droit, puisque ce n'est pas lui qui la crée ?

    M — C'est qu'en accumulant, il peut investir dans des grands projets.

    G — Mais est-ce que tu as l'impression qu'ils investissent les actionnaires actuellement ? Est-ce que tu n'as pas plutôt l'impression qu'ils n'engagent leur argent que dans des placements à court terme et indépendants de la demande de travail ? Si oui, penses-tu que nous ayons besoin de ce type d'actionnaires ? Ne pouvons-nous pas investir sans leur intermédiaire et autrement ? Si les employés créent la totalité de la valeur économique, est-il si nécessaire qu'ils passent par les actionnaires pour l'investir ?

    M — Il faut bien que quelqu'un ou quelque chose se charge d'investir cette valeur !

    G — Précisément, il s'agit de créer des caisses d'investissement à la manière des caisses de retraite qui salarient aujourd'hui les retraités.

    M — Mais la retraite, ce n'est pas un investissement !

    G — 17% du PIB réparti chaque année pour les retraités, ne s'agit-il pas d'un engagement massif, de long terme, finançant l'activité de millions de personnes ? Ajoutons-y la cotisation-maladie, qui permet de payer les médecins et le traitement des malades, et nous voyons que nous savons déjà investir massivement et à long terme en nous passant des investisseurs !

    M — Mais pour les routes, les ponts et les aéroports ?

    G — Il suffit d'étendre encore davantage la part de la cotisation dans la valeur produite ! Attribuons-la à nos besoins !

    M — Ça va rogner le profit, faire fuir les détenteurs de capitaux qui vont alors partir à l'étranger avec leurs portefeuilles et investir ailleurs.

    G — Il y a quoi dans ces portefeuilles ?

    M — Des titres !

    G — Donc des droits sur la richesse produite. C'est-à-dire que cette valeur, les détenteurs de portefeuilles ne la possèdent pas telle quelle. Ces portefeuilles ne sont pas des congélateurs à monnaie. Les actionnaires ne possèdent que de la valeur virtuelle, potentielle, qui ne deviendra réelle que quand ils l'échangeront contre de la monnaie, c'est bien cela ?

    M — Des titres, c'est toujours de la valeur ! Même virtuelle !

    G — Tu as vu des avions tomber en panne sèche, des immeubles s'effondrer ou la terre se fendre lors de l'éclatement d'une bulle spéculative ? C'est que la valeur disparue dans l'éclatement de la bulle était bien de la valeur possible, potentielle, mais non effective. Car ces montagnes de valeur virtuelle ont une limite, bien réelle celle-là : la valeur des biens et services produits par les salariés sur l'année en cours. Ce sont les salariés qui produisent la totalité de la valeur économique disponible. En attendant, les détenteurs de capitaux n'accumulent que des titres, qui ont augmenté dans des proportions astronomiques ces dernières années, mais sans équivalent matériel.

    M — Mais la valeur détenue par les actionnaires, elle existe bien puisqu'ils peuvent investir, embaucher et payer les employés ! Tout comme les dettes des États sont réelles puisqu'il faut les payer !

    G — Les actionnaires peuvent employer, non parce qu'ils détiennent la valeur, mais parce qu'ils détiennent le droit de qualifier l'activité comme du travail. C'est pour cette raison qu'ils détestent les fonctionnaires et les retraités : ces catégories de salariés échappent à leur emprise. Quant aux banques, certes elles prêtent de la monnaie, mais en la créant à l'occasion du prêt ! Les États remboursent actuellement aux banques une monnaie qu'elles ne possédaient pas avant de la leur prêter. Bref, les prêteurs n'ont rien apporté en prêtant, puisque ce qu'ils avancent au moment du prêt, ils ne le possédaient pas avant de le prêter.

    M — Pourquoi les remboursons-nous alors ? Pourquoi le report de l'âge de la retraite, les coupes budgétaires, les fonctionnaires non remplacés ?

    G — Parce que nous ne voyons pas que nous pouvons nous passer d'elles, comme des actionnaires, en élargissant le champ d'application de la cotisation. Alors que les employés produisent la valeur économique, qu'ils financent déjà, par la cotisation, des investissements à long terme, comme nous le montrent le financement de la santé publique et la retraite de millions de pensionnés, ils abandonnent aux employeurs le droit de qualifier l'activité économique, et attribuent une partie de la valeur aux actionnaires ou aux prêteurs, se soumettant ainsi à l'intérêt de patrons qu'ils ne rencontrent jamais. Si nous voulons investir en nous passant de ces usuriers, augmentons la part de cotisation à toute la valeur produite. Alors nous pouvons doter chacun d'une qualification personnelle, et nous supprimons le chômage. Et en socialisant l'intégralité de la valeur, nous supprimons la propriété lucrative des actionnaires.

    http://www.reseau-salariat.info/


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  • On a eu beau transformer l’espace public en désert sans bancs, vidéo-surveillés et traversés au pas de course par les veinards qui ont su se vendre à un patron, c’est peine perdue. Les pauvres prolifèrent. Histoire vécue par un éduc’ de l’association des Cités du Secours catholique.

    Ils sont partout, vautrés par terre, ou tendant la main dans un couloir de métro, traînant une poussette remplie de ferraille, agglutinés par centaines sur les trottoirs à essayer de s’entrevendre des chiftirs arrachés aux poubelles, ou alors formant des queues interminables, le soir, devant des camions de bouffe…

    Il y a les bons pauvres et les mauvais pauvres. Les bons pauvres participent à des « ateliers de redynamisation », à des « bilans de compétences », à des séances de « relooking » ou de « job dating » pendant lesquelles ils s’efforcent de « séduire » un entrepreneur. Ou bien ils bossent, à la journée, pour de sympathiques Entreprises de travail temporaire d’insertion (Etti) archisubventionnées. C’est fou, tout le pognon distribué à de joyeux philanthropes pour occuper les bons pauvres, ou leur faire croire qu’on va leur trouver un taf. Ce n’est pas croyable le nombre d’emplois générés par ces empotés pas foutus d’en trouver un !

    Pour ma part, je bossais, jusqu’en février dernier, avec de mauvais pauvres, des toxicomanes, à l’association des Cités du Secours catholique, à Paris. Entre leurs traitements hépatiques ou HIV, les calmants, les neuroleptiques dont les abreuvent si généreusement certains praticiens, leur traitement de substitution, plus ce qu’ils s’envoient pour le plaisir, nos usagers ne sont pas tous ultramobilisés. Certains sont même très moyens sur le plan de l’« employabilité », encore assez loin d’un retour triomphal sur le marché du boulot.

    par FelderEt puis, il y a les très mauvais pauvres, comme celui qui a débarqué lors de la distribution bi-hebdomadaire des traitements de substitution.

    Il faut dire que c’est de notre faute, on avait mal fermé la porte. Déchard, bien sûr, le gars, mais propre sur lui, une certaine classe même, avec sa grande taille, sa canadienne en cuir, ses lunettes et son gros sac en bandoulière. Un petit côté membre des Brigades internationales pendant la Retirada : du maintien et de la tenue dans l’adversité. Il s’exprimait parfaitement en français, malgré un fort accent polonais, et désirait rencontrer quelqu’un pour expliquer ses problèmes. La belle affaire ! On en a tous, des problèmes ! En plus, il ne respectait absolument pas la procédure. Nous, on ne reçoit que des pauvres dont la candidature nous est adressée par d’autres travailleurs sociaux, on s’échange les usagers comme des Pokemon.

    Séropo, ayant de surcroît contracté la tuberculose, il était content, il venait d’obtenir une nuit au 115, ça faisait une semaine qu’on l’envoyait bouler – « plus de place » –, et qu’il dormait dehors. On lui a expliqué qu’on était complet, qu’il devait faire acte de candidature auprès d’un service Appartement de coordination thérapeutique (ACT) par le biais de l’assistante sociale qui bosse dans l’asso où il est domicilié. Ça l’a fait marrer. Là-bas, ils sont des hordes à faire la queue chaque jour dans l’espoir de décrocher un entretien avec elle. De toute façon, toutes les assos qui proposent des ACT sont archiblindées...

    Il ne comprend pas trop bien le système, notre gentil tubard polonais. Il en a marre de poireauter devant les bureaux des travailleurs sociaux pour obtenir un joli rapport social qui ne lui ouvre aucune porte. C’est pour ça qu’il a décidé de se déplacer en personne. « On peut pas savoir si on essaye pas », qu’il nous a dit. Et a ajouté, toujours sur le même ton, avec son petit sourire et son regard ironique derrière ses bésicles d’intello, que ce n’était pas évident de faire des projets quand on est dehors, malade, qu’on vit au jour le jour.

    Alors, avec les collègues, on lui a avoué qu’on était bien conscients de l’absurdité de la situation, mais qu’on ne pouvait rien faire de plus pour lui. On lui a remis le Guide solidarité Paris 2011, ça l’a fait rire une nouvelle fois, il l’a déjà, on le lui refourgue partout où il se présente. C’est toujours avec un bon sourire qu’il nous a quittés, nous remerciant de lui avoir accordé dix minutes. Pas farauds, mais soulagés tout de même qu’on était, après son départ. Quant à ceux de nos usagers qui ont assisté à la scène, ils ont arrêté de mater leurs pompes, mais n’ont fait aucun commentaire... Ils ont intérêt, s’ils veulent garder leur piaule jusqu’au 31 mars. C’est le délai que nous avons finalement obtenu – la trêve hivernale ne s’appliquant pas obligatoirement aux personnes hébergées – pour les recaser dans une autre usine à pauvres, depuis l’annonce, fin novembre, de la fermeture du service en 2012…

    P.S. : Finalement, avec les collègues, on a tellement speedé pour réorienter le cheptel de façon décente que onze piaules d’hôtel payées par l’Agence régionale de santé jusqu’au 1er avril sont restées vides pendant la période de grand froid de février. Notre direction n’a pas jugé utile de les mettre à disposition de qui que ce soit.

    paru dans CQFD n°98 (mars 2012)


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  • La TVA dite antidélocalisation ou "TVA compétitivité" que le parlement a approuvé en février dernier doit entrer en vigueur à compter du 1er octobre 2012.

    Le décret daté du 4 mai a été publié ce dimanche 6 mai alors que se déroule le 2ème tour des élections présidentielles.

    Il fixe le barème des cotisations d’allocations familiales dues en fonction de la rémunération du salarié. Aucune cotisation n’est due pour les rémunérations inférieures à 2,1 fois la valeur du salaire minimum de croissance calculé pour un an.

    Le décret no 2012-664 du 4 mai 2012texte du lien relatif aux taux et aux modalités de calcul des cotisations d’allocations familiales et de la réduction générale de cotisations patronales de sécurité sociale

    Les partisans de la TVA sociale prétendent que cette opération est neutre en termes de prix à la consommation.

    Leur raisonnement, qui est totalement contestable, est le suivant : les cotisations sociales patronales entrent dans les coûts de production ; elles sont récupérées dans les prix. Si ces cotisations diminuent, les coûts de production, et par conséquent les prix, vont diminuer. Cela permettrait de neutraliser la hausse des prix due à l’augmentation de la TVA.

    Ce raisonnement est infondé. Tout dépend du comportement de marge des entreprises et du poids des cotisations sociales dans le prix de chaque produit.

    Ainsi, la baisse de la TVA dans la restauration ne s’est pas traduite par une baisse des prix, ni d’ailleurs par une hausse de l’emploi et de l’investissement, comme le promettaient le patronat du secteur et le gouvernement. Les patrons ont profité de cette baisse de la TVA pour améliorer leurs marges bénéficiaires.

    De fait, la TVA antisociale réduit le pouvoir d’achat des salarié-e-s au profit des actionnaires !

    http://www.cgt-fapt-37.com/


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  • Estimant que la définition du délit de harcèlement sexuel risque de criminaliser la séduction, Gérard Ducray, ancien élu UMP condamné pour harcèlement sexuel, a demandé son abrogation. Du côté des féministes, on considère aussi que le délit n’est pas adapté à la réalité. Mais que, loin de porter atteinte à la liberté des hommes, il assure aux harceleurs une scandaleuse impunité. Décryptage.

     

    « Harceler autrui dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle » : c’est ainsi que le code pénal français définit le délit de harcèlement sexuel. Apparu en 1992, il pourrait disparaître le 4 mai prochain. Gérard Ducray, ancien secrétaire d’État et ancien élu UMP a en effet demandé son abrogation. Condamné pour harcèlement sexuel en 2010, il a, en mars 2011, accompagné son pourvoi en cassation d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), qui permet à tout justiciable d’interroger le Conseil constitutionnel sur la conformité d’une loi dans le cadre d’un procès.

    L’association européenne de lutte contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), qui s’est battue pour qu’un délit de harcèlement sexuel existe, a, dès le vote de la loi en 1992, critiqué sa définition juridique. Parmi d’autres arguments, l’association pointe l’imprécision de la définition du harcèlement sexuel. C’est précisément ce point qu’a choisi de souligner la défense de Gérard Ducray. Estimant que, trop floue, elle porte atteinte au principe de la légalité des délits et des peines, qui dispose que l’on ne peut être condamné pénalement qu’en vertu d’un texte précis et clair.

    Criminalisation de la séduction ou impunité du harceleur ?

    Mais, alors que Gérard Ducray pointe le risque de criminalisation des rapports de séduction, l’AVFT met en avant l’impunité dont bénéficient les harceleurs grâce à ce flou juridique. « Les juges statuent subjectivement, en fonction de l’idée qu’ils se font du harcèlement sexuel », constate l’association. Et cette vision que les magistrats ont du harcèlement sexuel est parfois déconcertante. Des propos insultants assimilés à des « signaux sociaux conventionnels de séduction » aux mains aux fesses censées « créer du lien », les motifs de relaxe des prévenus attestent parfois d’une conception étonnante des rapports entre hommes et femmes.

    Il est par ailleurs surprenant que la victime soit tenue de prouver l’intention « d’obtenir des faveurs de nature sexuelle ». Comment prouver une telle intention ? De quels éléments est-elle supposée la déduire ? Pourquoi donner tant d’importance à cette finalité, qui permet si facilement au mis en cause de s’exonérer de sa responsabilité, du genre « c’est elle qui prend tout mal » ou « c’était juste pour rire » ? Les manifestations du harcèlement sexuel et des conséquences mesurables sur la santé et le travail des victimes ne devraient-elles pas suffire à ce que l’infraction soit constituée ?

    Pas d’étude depuis… vingt ans !

    Moins de 100 harceleurs sont condamnés en France chaque année, loin des craintes d’invasion des tribunaux, formulées au moment de la création du délit en 1992. Pourtant, dans la seule enquête française disponible au sujet du harcèlement sexuel – qui date de 1991 ! –, 19 % des salariées interrogées se sont déclarées victimes de harcèlement sexuel au travail. Soit plusieurs dizaines de milliers de citoyennes chaque année. Selon une étude du Bureau international du travail (BIT), parue en 1999, la France est même l’un des pays où le taux des violences sexistes ou sexuelles sur le lieu de travail est le plus élevé du monde.

    De nombreuses condamnations pour harcèlement sexuel sont en fait des agressions sexuelles, voire des viols – 3 000 sont commis en France chaque année sur le lieu de travail –, déqualifiées, et théoriquement plus sévèrement réprimées. Si, pour ces raisons, l’AVFT demande au Conseil constitutionnel l’abrogation du délit de harcèlement sexuel, elle exige que celle-ci soit différée, de façon à ce que le législateur ait le temps de produire un nouveau texte. Sans quoi, il y aurait une annulation de toutes les procédures en cours et la création d’un vide juridique pour les victimes, empêchées de porter plainte. C’est pourtant ce que viennent de décider « les sages »...

    Nolwenn Weiler

    Photo : © Chrissie

    http://www.bastamag.net/article2326.html


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  • 3 mai 2012

    Bleitrach 175

    Que dire de ce débat?


    Il est probable, c’est l’exercice obligé que chacun y lira la victoire de son candidat. Sarkozy sera vu plus sincère et il est vrai que son monstrueux et maladif appétit du pouvoir ne pouvant se masquer, l’homme était plus lisible, peut-être est un atout? Sarkozy est le héros de Balzac, Rastignac, celui dont le modèle fut monsieur Thiers capable de tout pour compenser sa petite taille et ses illusions tôt perdues, de tout jusqu’au 100.000 morts  communards. On ne s’ennuie pas avec de tels personnages et la violence de ce qui les meut peut séduire quand la politique est devenue du spectacle vivant.


    Quand les procédures d’élection du poste pharaonique qu’est la présidence française inclut un voyeurisme comparable à celui qui poussait l’anglais à suivre tous les soirs le cirque en espérant que le dompteur serait mangé par le lion.

     

    Ce spectacle s’accorde avec la Constitution monarchique qui fait de l’élection présidentielle au suffrage universel un simple plébiscite autour d’un homme. Et le processus atteint son paroxysme quand les vices de l’homme rejoignent ceux des institutions et du jeu médiatique.

     

    Il est clair que les qualités que l’on peut exiger d’un président de la République ne sont pas celles qui sont requises pour une telle prestation. Le côté tueur, gladiateur dans l’arène, exhibitionniste de son taux de testostérone qui fait l’intérêt du spectacle, démontre plus que jamais à quel point l’élection du président de la République au suffrage universel fut une dérive dont il est difficile désormais de s’abstraire et ce alors même que le pays est menacé. Cela suppose des tactiques où il convient à la fois d’effrayer, mais  à la marge, d’inventer des périls face auxquels le gladiateur Rambo se présente comme un rempart et dans le même temps pratiquer la pire des démagogies pour que surtout rien ne change.


    Parce qu’une classe qui joue sa survie et sa permanence a trouvé celui dont la personnalité s’accommode le mieux de sa soif d’accumulation. Et là nous rejoignons la Comédie Humaine.

     

    La sincérité de Sarkozy, c’est comme celle que décrit Balzac, l’argent en est le ressort et monsieur Thiers pauvre termine avec une des plus grandes fortunes de Paris. Là encore il colle à l’époque cette avidité peut passer pour de l’énergie comme chez Tapie et même de la franchise.

     

      Dans ce contexte Sarkozy paraissait fait exprès pour le rôle, sincérité? Perversion narcissique dans laquelle le sujet agit comme un prédateur qui substitue le besoin d’être obéi au désir d’être aimé, et qui pour l’obtenir pourra aller jusqu’à détruire l’identité de sa victime par la manipulation et le harcèlement. L’énergie qui anime Sarkozy est là cette confusion entre la demande d’amour et celle de domination, de manipulation, est-ce que la France n’en a pas assez d’être sadisée? Ce qui est sûr c’est que le « débat », cette grande messe médiatique semble tout exprès conçue pour que cette perversion exerce ces effets et la « sincérité » de Nicolas Sarkozy, sa « compétence » d’homme de pouvoir vantées par son camp et par sa porte-parole (de plus en plus dévorée de l’intérieur) relève de ce mal qui transforme la France en femme battue. Le mécanisme est simple, certes je n’ai pas rempli mes engagements, mais je suis le seul à pouvoir t’assurer protection, l’autre n’ayant aucune expérience de la maîtrise et de la manipulation… Ce qui suppose la réélection à l’infini… Et l’acceptation des coups contre protection.

     

    En revanche Hollande que l’on avait présenté comme « mou » donnait le sentiment d’une fermeté intravertie que rien ne pouvait entamer. Si Sarkozy c’était Rastignac-Thiers « à nous deux Paris », Hollande joue volontairement dans l’autre registre celui des scènes de la vie de province, celle où l’on compte chaque sou, parce que ce qui unit les deux hommes est là comme chez Balzac, un certain respect de celui qui possède, de l’épargne qui préside à l’accumulation. La caractéristique qui s’impose  est cet homme est « pondéré », ce qui lui confère du poids et de la modération. En l’écoutant, en le voyant réciter de tête le livre des comptes de la France, on comprenait mieux sa référence à Pierre Bergovoy, avec ce goût besogneux pour les dossiers et les chiffres exacts. Et l’obstination sur le franc fort aussi! Par moment d’ailleurs je quittais le ring tant l’expertise dévissait au-dessus de ma tête, mais en général j’ai tenté de suivre avec application et il m’est apparu que François Hollande avait raison en ce qui concerne l’exact des références. Sarkozy avait pris l’habitude du pouvoir celui du consensus au milieu de gens qui ne contrediront pas son hypothèse fondamentale, ce sont les riches qui assurent la prospérité d’un pays ou le fameux théorème de Schmidt: ce sont les profits qui assurent les emplois de demain. habitude du pouvoir que ces dossiers que l’on maîtrise mal et dont on est assuré qu’il se trouvera toujours un petit fort en thème pour conforter votre opinion et vous sortir le chiffre qui vous donne raison. Hollande était d’une autre trempe, celle d’une province suffisamment proche de Paris (comme la Bourgogne des paysans chez Balzac) assez pour que l’ENA paraisse le débouché naturel des enfants du père Grandet. Un appétit du pouvoir, mais qui sait se refreiner et ne prétend pas nous séduire pour mieux nous sadiser, le Français honnête homme et aux racines paysannes revendiquées, la force tranquille sur fond de village.

     

    Mais aussi une capacité rhétorique qui ne le cède à l’autre en violence, il est clair que le système ne s’accommode que de « tueurs ». Ainsi en fut-il quand il porta l’estocade : Abordant la question de la présidentialité, François Hollande s’est lancé dans une scansion remarquable enchaînant pas moins de 15 phrases commençant par « Moi, président… », Attaquant à chaque fois des points de la présidence Sarkozy. « Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l’Élysée. Moi, président de la République, je ne traiterai pas mon premier ministre de ‘collaborateur’… ». Une tirade d’autant plus percutante que M. Sarkozy a laissé son rival la dérouler sans l’interrompre une seule fois comme accablé et conquis par la force.

     

    Nul doute qu’il se soit trouvé hier et j’en fais partie, beaucoup de Français qui n’ayant aucun goût pour être les victimes d’un pervers narcissique choisissent cette autre sincérité tout aussi travaillée que la première, celle qui revendique les vertus paysannes et la compétence de celui qui s’acharne sur le détail, négocie âprement, mais avec calme comme sur un marché de bestiaux. C’est ce qu’il a promis de plus essentiel : user du pouvoir avec modération en laissant les équilibres de la société civile et des institutions jouer de leur créativité. Et ce dès le début, quand il a repris Sarkozy sur la tranquillité de son quinquennat en l’attribuant à la longue patience de ceux qui ont joué le jeu démocratique comme réponse au mépris, à l’arrogance, à la volonté de diviser pour mieux régner.

     

    Parce que je ne parlerai pas de l’opposition des programmes, sur ce point je ne suis pas convaincue qu’il y ait opposition véritable. La seule, le vrai est le choix de la croissance pour faire face à l’endettement, je partage, mais on sait que ce choix nécessaire sera déterminé par le consensus européen avec ses limites, le rôle de la BCE. Il est difficile, voire impossible de faire bouger les lignes, celle de la politique allemande, celles des réponses à la crise de la dite Europe, elles ne dépendent pas du choix de tel ou tel ou pas seulement, tout cela est inscrit dans des institutions, qui comme l’élection du président de la République française au suffrage universel, entraînent des réponses néo-libérales qui veulent que l’on saigne le malade quand la récession le frappe comme jadis les médecins de Molière exigeaient la saignée face à l’anémie.

     

    De ce point de vue dans le « duel » de ces deux personnalités, je n’ai rien entendu qui témoignât d’une véritable volonté de rupture avec le traitement. Sur l’éducation? Là encore le diagnostic de Hollande était plus exact sur le délabrement. Mais il faut être aussi comédien et menteur que le sont cette palinodie électorale et Sarkozy lui-même pour voir en Hollande une rupture quelconque avec le système, le grand retour des « partageux ». Tout  au plus un peu moins d’ostentation dans le siphonage des pauvres et des couches moyennes par les grandes fortunes…

     

    Le problème reste celui du contexte. Dans l’univers de la rumeur qui est celui de cette médiocre campagne, on a entendu ces derniers jours que les dirigeants conservateurs européens y compris madame Merkel discutaient en sous-main avec le supposé vainqueur de la joute (le nom du négociateur avec l’Allemagne a été même avancé, nié  et redit comme futur premier ministre, Eyraud) et espéraient que le changement de président permettrait une réorientation vers la croissance.

     

    J’ai placé cette réflexion sur un débat sous le patronage d’un des plus grands écrivains français Balzac et sa comédie humaine. Marx l’admirait parce qu’il avait su mettre le ressort de toute la société française : l’argent, le capital, l’épargne. Marx qui voyait en la France le pays de la lutte des classes était exaspéré par la manière dont les Français paraissaient ignorer les déterminations au sein desquels ils devaient agir, intervenir, il y avait le capital, mais aussi se plaignait-il de la manière dont la France ne voyait pas le poids des institutions, ce que leur imposait une Constitution, un régime électoral. Il ajoutait, cette nation si politique qu’en France Kant devient Robespierre est aussi celle d’émeutiers qui se laissent gruger et à propos de la révolte de 1848, il eut ce mot : « Tandis qu’aux jardins du Luxembourg on cherchait la pierre philosophale, à l’Hôtel de ville on battait déjà la monnaie ». Pourquoi ai-je eu l’impression en écoutant ces deux hommes s’affronter à coup de chiffre que quelque part déjà « les possédants » était en train de battre monnaie pour mieux extraire demain le sang des pierres et le profit de la misère?

     

    Cette société où toujours plus on nous invitera à perdre notre âme et nos ressources dans les paillettes de la consommation et de l’inutile tandis que  l’on nous privera de l’essentiel. Où on nous excitera sur le dernier portable et une de ses fonctions censées assurer la communication, tandis que nous ne pourrons plus assumer les frais dentaires et les vieillards mourront dans la solitude, les urgences seront débordées et tout le monde baissera les bras…

     

    La solidarité intergénérationnelle sera rompue et la haine jettera les identités inventées les unes contre les autres. Il est clair que Sarkozy a fait son choix, il correspond à sa propre névrose autant qu’à la classe qui le finance et nous mène à l’hystérisation, à la violence. Le propos de Hollande est plus rassurant, mais les garanties qu’il en sera autrement sont faibles. Tout dépend du rapport des forces. Le véritable danger est qu’à la sortie alors de son quinquennat, le désespoir conduise ceux qui seraient demeurés spectateurs à suivre le pire. Là encore l’opposition entre Sarkozy et Hollande est celle du conflit à la Faust, entre le capital qui est épargne pour mieux accumuler, et le capital devenu dépense folle, bling bling, luxe insolent jeté sur l’air des bijoux pour séduire. Mais ce conflit à la Faust dont parle Marx est largement dépassé au stade où se joue la survie.

     

    Quel que soit le choix nous serons confrontés à la nécessité d’une transformation profonde que le débat se devait de ne jamais poser.

     

    Comme d’ailleurs la partie internationale pour ceux qui étaient encore réveillés frisa l’indigence et témoigna de fait, de ce consensus français pour les aventures à la Libyenne où se mêlent les fumets du pillage colonial, la référence à l’humanitaire et à l’universel pour masquer les racines et entraîner l’adhésion de celui qui refuse de voir plus loin que de ses intérêts immédiats, de son petit pécule et qui à ce titre sera toujours prêt à taper sur plus pauvre que lui. Autant quand les journalistes avaient jeté le morceau de viande de l’immigration, les passions animales parurent se réveiller autant le contexte international sans lequel cette question de l’immigration perd son sens fut l’occasion d’une retombée des énergies. L’électoralisme avait encore frappé, puisqu’il est admis que l’un passionne « l’opinion » et l’autre n’a pas d’incidence sur le choix. Le pire analphabétisme est sans doute politique tant il ignore les causes qui pèsent réellement sur le prix de la vie quotidienne. Le sarkozysme est l’entretien aussi de cet analphabétisme.

     

    Le débat étant ce qu’il était, un spectacle il n’a fait que confirmer mon choix, je ne voulais plus de ce jeu pervers qui depuis 5 ans s’exerçait sur la France et j’étais prête non à me laisser séduire par l’autre, c’était la séduction elle-même que je récusais car elle se base sur la capacité à tuer l’autre pour que rien ne change mais d’espérer qu’il me sortirait de ce tourbillon sarkozien.

     

    Ce gouffre politicien est celui dans lequel s’anéantit la volonté citoyenne au moment même où tout dépend de plus en plus de l’intervention populaire.

     

    Dimanche je tenterai de battre Sarlozy, la rencontre entre l’âpreté d’un homme et celle d’une classe sociale impitoyable.  Pour cela je prêterai ma voix à Hollande, mais je ne la lui donnerai pas. Si les mots ont un sens, je crois que Hollande, le pondéré, est plus capable de comprendre la nuance que l’autre qui chausse le pouvoir comme une obsession, n’en démord pas et n’a plus soif que de cette eau croupie qui seule le désaltère. Encore une citation de Balzac pour décrire la passion qui anime certains de ses héros… mais c’est une frêle espérance dans la tempête…

     

    Danielle Bleitrach

    URL article : http://histoireetsociete.wordpress.com/2012/05/03/un-debat-televisuel-et-la-comedie-humaine-par-danielle-bleitrach/


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  • Le Fouquet's, au 99 des Champs-Elysées à Paris, est l'établissement où Nicolas Sarkozy fêta son élection, en mai 2007, avec le gratin de la finance, du CAC 40 et de leurs amis. Abdel, lui, est militant à l'APEIS, l'une des associations de chômeurs qui ont envahi le restaurant bling-bling, le 7 mars 2012.

      70 de ces militants avaient été raflés par la police dans la rue, officiellement pour avoir piqué des petites cuillères, puis finalement relâchés sans poursuite aucune.

      Or, Abdel, privé d'emploi de 35 ans et père de 2 enfants (d'apparence musulmane sans doute), un assisté quoi, a comparu hier, seul, devant le procureur de Paris. Une plainte pour violence à son encontre, pas du Fouquet's, mais d'un serveur (mais ne devrais-je pas écrire laquais?). Celui-ci, sans certificat médical ni arrêt de travail pour justifier son accusation...

      Abdel a écopé d'un rappel à la loi et sera signalé à la Justice, sans inscription à son casier judiciaire. Une injustice, une de plus à l'actif de ce gouvernement des riches et du patronat.

     

      Ce n'est pas le Fouquet's qui a traîné un chômeur devant la justice, mais l'un de ses salariés. Oui, les maîtres ont eu toujours besoin de supplétifs et de mercenaires pour accomplir leurs basses besognes.


      Ci dessous, l'oeil de BABOUSE dans l'Huma de ce jour. Faites suivre...

    fouquet001.jpg

    http://le-blog-de-roger-colombier.over-blog.com


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  • http://www.rue89.com/sites/news/files/assets/image/2008/05/20080506CGTSansPap1_0.jpg

     

    Cela se passe dans les Hauts de Seine. Juste à côté de Neuilly, là où les patrons savent si bien organiser le travail dissimulé, à peu de distance du territoire où le crotale des saussaies veut venir s'installer  : Le 11 avril au tribunal de Nanterre, un conseil des prud'hommes est utilisé par la police sur dénonciation patronale comme antichambre de l'explusion.

     

    C'est un lecteur de La Canaille qui vient de lui passer l'info.

     

    C’est un fait inédit, et particulièrement inquiétant, qui s’est déroulé dans les locaux d’un Conseil de Prud’hommes le 11 avril dernier. Suffisamment inquiétant pour que l’ADDE (Avocats pour la défense des droits des étrangers), le Gisti (Groupe d’information et de soutien des travailleurs étrangers), la LDH (Ligue des droits de l’Homme) et le Syndicat de la magistrature le dénoncent dans un communiqué commun.


    Une précision avant de passer au communiqué qui raconte les faits dans le détail. Un étranger sans papier ne peut pas travailler, et même lorsqu’il a des papiers, ce droit n’est pas automatique. La plupart du temps, pour survivre, il est obligé d’utiliser l’identité d’une autre personne, la plupart du temps un compatriote. Or les employeurs et les agences d’intérim qui les placent dans les entreprises le savent pertinemment.


    Communiqué de presse

    ADDE / Gisti / LDH / SAF / Syndicat de la magistrature

    Le conseil de Prud’hommes comme antichambre de l’expulsion ?

     

    Un sans-papier a été arrêté dans les locaux mêmes d’un Conseil de Prud’hommes le 11 avril. C’est une première ! Que la conséquence de la plainte d’un travailleur sans papier devant la juridiction spécialisée dans le droit du travail soit son arrestation immédiate est une façon encore inédite pour l’employeur de se prémunir du risque de revendication par ces salariés de leurs droits. L’activité policière vient ici en renfort des employeurs, bafouant le droit du travail.

     

    Monsieur Z.K. est régulièrement employé depuis août 2010 dans une entreprise de restauration collective. Mais il est en situation irrégulière et n’a donc pu trouver son emploi qu’en se présentant sous l’identité d’une tierce personne. Ce qu’apprenant, l’employeur « licencie » M. K., c’est-à-dire qu’il lui dit… de ne pas revenir le lendemain.

     

    M.K. estime avoir des droits, avec raison, puisque le Code du travail prévoit que des indemnités doivent être versées à l’étranger en cas de rupture du contrat de travail. La dernière réforme du droit des étrangers, adoptée en juin 2011, a même organisé un nouveau cadre réglementaire pour faire bon droit aux travailleuses et travailleurs étrangers licenciés alors qu’ils sont en situation irrégulière. Suivant les conseils d’un défenseur des salariés, militant syndical de la CNT-nettoyage, les Prud’hommes sont saisis.

     

    Mercredi matin, juste au sortir de l’audience de conciliation au palais de justice de Nanterre, M. K. est interpellé, arrêté et rapidement emmené, sans que quiconque ait le temps de réagir.

     

    Tandis que Monsieur K. est conduit en garde à vue dans les Yvelines, l’employeur explique, tout naturellement, qu’il a informé la police du jour et du lieu où elle pourrait « cueillir » son employé, contre qui il a porté plainte, pour usurpation d’identité, dès qu’il a appris qu’une procédure prud’homale était engagée.

     

    Maintenir des travailleurs dans la précarité, en leur refusant d’être régularisés, ne suffisait apparemment pas. Avec cette interpellation dans l’enceinte même des locaux d’un Conseil des prud’hommes, vient d’être testé un nouveau degré d’insécurité pour la main d’œuvre sans-papiers : la privation pure et simple de l’accès à la justice.

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