• Retraites

    Jean-Marc Ayrault

    Politique - le 4 Juin 2013

    Retraites: Jean-Marc Ayrault veut faire comme pour les allocations familiales

    Cela promet. Le premier ministre a expliqué ce mardi que la future réforme des retraites serait "guidée" par les mêmes principes de "justice" et de "solidarité" que celle de la politique familiale, présentée lundi. La note risque d'être salée pour les retraités actuels et à venir, au vu des premières fuites du rapport que doit rendre la Commission pour l'avenir des retraites.

    Vibrant plaidoyer de Jean-Marc Ayrault ce mardi à l'Assemblée. Le chef du gouvernement a tenté de justifier la méthode utilisée par son équipe aussi bien pour la réforme de la politique familiale dévoilée hier, que pour celle à venir du financement des retraites. Selon lui, cette réforme du quotien familial "est la preuve qu'on peut sauver le modèle social français en le réformant, en réduisant les injustices, en répondant à des besoins nouveaux et en apportant plus de solidarité". Question de point de vue. Pour Michel Canet, président de l'Union des familles laïques (UFAL), ces mesures vont dans le sens d'"une semi-privatisation de la politique sociale"

    Fonctionnaires et retraités en ligne de mire

    Cette politique qui ne rompt pas avec l'austérité budgétaire est bien celle que compte mettre en place le gouvernement pour la réforme des retraites à venir. "C'est la politique du gouvernement! C'est celle qui nous conduira pour les autres réformes de notre système social, c'est celle qui nous inspirera pour la réforme des retraites", explique Jean-Marc Ayrault.

    Au vu des premières pistes de mesures que la Commission pour l'avenir des retraites va proposer la semaine prochaine au gouvernement, qui ont fuité ce mardi, cette même méthode risque d'être salée pour:

    • les fonctionnaires: le rapport Moreau, du nom du haut-fonctionnaire Yannick Moreau qui préside cette commission, devrait proposer de changer les règles de calcul des retraites des fonctionnaires, qui ne seront plus basées sur les 6 derniers mois mais sur les 10 meilleures années, en incluant une partie des primes.
    • les retraités: le taux de la contribution sociale généralisée (CSG) des retraités imposables serait aligné sur celui des actifs. On leur supprimerait l'abattement fiscal des 10%, ainsi que le bonus fiscal de 10% pour les ménages ayant eu trois enfants et plus. Comme cela a déjà été décidé par les retraites complémentaires du privé (Agirc-Arrco), les pensions ne seraient pas directement indexées sur l'inflation.
    • les actifs, futurs retraités: en prenant exemple également sur les régimes complémentaires gérés par les partenaires sociaux, une baisse des rendements des retraites du régime général serait mise en place en temps de crise économique. Ainsi les actifs cotisant 100 euros n'en verront que 95 pris en compte pour leur future pension. Ce mode de calcul pourrait être revu en période de plus grande prospérité économique.

    En revanche, les entreprises devraient être préservées, la Commission proposant une légère hausse des cotisations.

    "Ca va être chaud"

    Pour faire passer la pillule aux particuliers, la commission suggère des avantages au titre de la pénibilité, accordés notamment pour les professions qui travaillent la nuit et pour celles exposées à des substances cancérigènes. "Tout cela, c'est la boîte à outils, mais le gouvernement devra choisir et prendre ses responsabilités (...). Cela va être chaud", a commenté un syndicaliste auprès de l'AFP.


    Social-Eco - le 3 Juin 2013

    Retraites: l’avertissement des Français avant la réforme

    Alors qu’une nouvelle réforme est en vue, les Français expriment à la fois une très vive inquiétude et une forte disponibilité à la mobilisation sociale, selon un sondage CSA-l’Humanité. Pour assurer l’avenir du système, ils privilégient la taxation des revenus financiers à l’allongement de la durée de cotisation.

    Très inquiets. Mais pas résignés. Et lucides quant aux possibilités d’éviter une nouvelle régression. Ainsi pourrait-on résumer l’état d’esprit des Français, à l’orée d’une nouvelle réforme des retraites, au vu des résultats du sondage réalisé par l’institut CSA pour l’Humanité.

    L’inquiétude au plus haut niveau

    Plus de huit Français sur dix (83 %) se déclarent aujourd’hui inquiets pour leur retraite. Parmi eux, un fort bloc (35 %) se dit même « très inquiet ». Alors que le chantier de la réforme n’est pas encore officiellement ouvert, c’est un niveau de préoccupation « particulièrement élevé », note CSA. Dix-huit points au-dessus de ce qu’il était en 2010, en pleine bataille contre la réforme Fillon. Les plus inquiets sont les personnes de la tranche d’âge 25-49 ans. Les femmes (86 %) se montrent davantage soucieuses que les hommes (80 %).

    Rien d’étonnant au regard de l’enjeu d’un tel dossier pour la vie de nos concitoyens. À quel âge pourrais-je décrocher d’un travail qui, souvent, apporte davantage de souffrances que de satisfaction ? Quel sera alors, et pour une période de vie qui, par-delà de fortes inégalités, s’allonge, mon revenu garanti ? Ces questions taraudent légitimement les Français, d’autant plus que les précédentes réformes (1993, 2003, 2010) ont toutes été synonymes de réduction des droits, de durcissement des conditions d’accès à la retraite. Et que le gouvernement Ayrault semble, en la matière, vouloir s’inscrire dans la continuité de ses prédécesseurs. S’il n’a pas encore explicitement abattu ses cartes, la répétition de ses appels aux « efforts », au motif d’éponger le déficit, ne laisse guère de place au doute. Deux pistes austères sont, de toute évidence, dans les tuyaux : l’allongement de la durée de cotisation et la désindexation des pensions par rapport aux prix (lire ci-contre). Pas vraiment de quoi apaiser. D’autant que le patronat pèse déjà de tout son poids sur le débat, en prônant une durée de cotisation de 43 ans, et un report de l’âge légal à 65 ans.

    Davantage prêts à se mobiliser qu’en 2010

    Inquiets, mais pas tétanisés ! Les Français sont à peu près aussi nombreux (78 %) à se dire prêts à se mobiliser pour défendre le niveau de leur retraite. Cette disponibilité est même en hausse de 20 points par rapport à ce qu’elle était au printemps 2010. Le bloc de celles et ceux qui se disent « certains » de répondre aux appels à l’action reste stable, mais la proportion de sondés qui semblent ne plus refuser cette possibilité et au contraire l’envisagent augmente nettement (42 %, plus 20 points), relève l’institut.

    C’est un très net avertissement pour tous ceux qui se prépareraient à imposer, ou à accompagner, de nouveaux mauvais coups contre le droit à la retraite. Et un encouragement pour ceux qui, comme la CGT, rappellent qu’il sera indispensable, en 2013 comme lors des précédentes réformes, de mobiliser : « Aucune avancée ne sera obtenue sans l’instauration d’un rapport de forces », pointe Éric Aubin, dans l’entretien qu’il nous a accordé.

    Déjà, du plan Juppé, qui voulait faire la peau aux régimes spéciaux, à la réforme Sarkozy-Woerth de 2010 qui a tué la retraite à 60 ans, ces vingt dernières années, les plus puissants mouvements sociaux ont visé la défense des retraites. De l’avis de beaucoup d’analystes, la mobilisation de 2010 a pesé lourd dans la défaite de Sarkozy deux ans plus tard. Détail qui n’échappera pas aux observateurs politiques : si, selon notre sondage, les électeurs de Jean-Luc Mélenchon en 2012 sont très massivement disposés à se mobiliser (84 %), ceux de François Hollande (au 1er tour de la présidentielle) ne sont pas en reste (77 %). Logique dans la mesure où, eux aussi, après avoir pris part au grand mouvement de 2010, ont voté pour le changement, et non pour la poursuite des attaques contre notre système de retraite.

    Solutions : il n’y a pas que l’austérité !

    Les réponses à la troisième question posée par l’institut CSA présentent au moins autant d’intérêt. C’est l’état financier du système de retraite, et donc son déficit (13,2 milliards en 2011 pour l’ensemble des régimes), qui est avancé par les pouvoirs publics pour justifier la future réforme. Pour le résorber, il n’y aurait le choix, nous dit-on en général, qu’entre plusieurs remèdes plus ou moins douloureux : allongement de la durée de cotisation obligatoire pour avoir droit à une pension à taux plein (actuellement de 41 ans), diminution des pensions, hausse des cotisations. Les solutions alternatives défendues, notamment par le Front de gauche, des économistes, et, dans le mouvement syndical, la CGT, sont le plus souvent tenues à l’écart du débat.

    C’est pourtant l’une d’entre elles, la mise à contribution des revenus financiers, qui obtient le plus de suffrages parmi les personnes sondées par CSA, avec 64 % de faveurs, soit 14 points de plus qu’en 2010. Là aussi, les électeurs de François Hollande sont au diapason de ceux de Jean-Luc Mélenchon, alors qu’à droite, les sarkozystes, sans surprise, donnent leur préférence à l’accroissement de la durée de cotisation. Selon des estimations, la taxation des revenus financiers des entreprises au même niveau que les cotisations sociales acquittées par les salariés rapporterait environ 20 milliards d’euros dans les caisses de la Sécurité sociale. Soit l’essentiel du déficit des régimes de retraite… L’option allongement de la durée des cotisations arrive loin derrière (39 % des réponses). Une raison de plus, s’il en fallait, pour réclamer du gouvernement l’ouverture d’un débat sans tabou sur les moyens d’assurer l’avenir de la retraite par répartition.

    Yves Housson

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