• Requiem pour une démocratie

    Requiem pour une démocratie (1)

    L’État actionnaire s’évade de lui – même…

     

    Le grand compromis historique ne se limite pas à la parole et à la loi. Il fait aussi partie des pratiques de l’État compromis. On a fait couler beaucoup d’encre sur les pratiques de quelques personnalités politiques. Mais évidemment, comme souvent dans ce genre de situation, si ces personnalités politiques adoptent ces attitudes, c’est que l’environnement est favorable.

     

    Ainsi, beaucoup d’entreprises dont l’État est actionnaire créent des filiales dans des pays où la fiscalité est favorable au capital. EDF, GDF, France Telecom, Thales, Véolia, toutes ces entreprises ont par exemple des filiales « ad hoc » aux Pays Bas (voir « l’Humanité » du 16 avril 2013). Et, sauf erreur, les « stratégies d’optimisation fiscales » adoptées par ces entreprises ne font pas hurler l’État actionnaire… et pour cause. L’État actionnaire se contente d’être un actionnaire aussi capitaliste que les autres, allant jusqu’à demander des « dividendes hystériques d’environ 1 milliard d’euros par an chez France Telecom » (Sébastien Crozier, président du syndicat CFE – CGC UNSA Orange). Option tout à fait conforme à celle explicitée dans une lettre signée par François Baroin à destination du directoire d’Areva : restructurer l’entreprise pour dégager de la valeur pour l’actionnaire (voir sur ce blog).

     

    Donc, l’État valide la stratégie d’évasion fiscale des groupes dont il est actionnaire, tout en réclamant des dividendes insensés pour remplir les caisses qui se vident… à mesure qu’augmente l’évasion fiscale des grands groupes.

    Donc, l’État actionnaire adopte les intérêts et les pratiques de n’importe quel autre actionnaire. Il n’adopte par la position de l’Etat qui oriente les pratiques d’une entreprise par un droit de vote acquis (ou conservé) par la possession d’action.

     

    Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi :

    1/ l’État refuse d’intervenir dans les fermetures de sites stratégiques. En effet, il « comprend » Mittal, ou le PDG de Peugeot, ou les autres, s’étant plié aux mêmes pratiques,

    2/ le président de la Banque Publique d’Investissement a dit, avant sa prise de fonction, que la BPI n’était pas là pour « sauver les canards boiteux », reprenant ainsi le langage patronal pour désigner les entreprises rentables, mais qui ne rapportent pas 15% aux actionnaires,

    3/ le « compromis historique » abouti à un des textes les plus réactionnaires depuis, au moins, la Libération,

    4/ l’absence de critère d’attribution des aides et autres crédit d’impôt, et l’absence de volonté sérieuse de contrôler les 200 milliards d’euros d’aide directe ou indirecte versés annuellement au patronat.

     

    Cette histoire rappelle en quoi il est tout à fait légitime de contester la logique de la taxation des transactions financières, et de la taxation des dividendes. Quand ces taxes deviennent des outils budgétaires, des revenus pour l’État, alors on n’a plus intérêt à ce que les dividendes ou les transactions financières « honnies » diminuent. On en profite. Et on n’est donc pas très chaud pour imposer une augmentation des salaires au détriment des profits. De la même manière, l’État actionnaire n’a plus intérêt à augmenter les salaires, ou à augmenter les cotisations pour les retraites.

     

     

    Requiem pour une démocratie (2)

    L’État actionnaire contribue à la financiarisation de l’économie.

     

    Dans cette année 2013, nous subissons les conséquences d’une crise profonde engendrée par la puissance donnée au capital depuis quelques dizaines d’années. Le politique de « la valeur pour l’actionnaire », incluant le remboursement inconditionnel des dettes publiques aux marchés financiers, vide la démocratie de sa capacité révolutionnaire, et écrase le salariat. La soumission du pouvoir public se lit dans ses mots. Comme le dit François Hollande, « ma politique n’est pas d’austérité, c’est celle du sérieux budgétaire, condition de notre crédibilité ». Crédibilité ! Même pas cap’ ! Qu’est – ce que vous voulez répondre à ça. Prêt aux pires reculs sociaux parce François a peur qu’on le croit pas. Même que c’est pas vrai. Même que si ! A force de vider les mots de leur sens, on fait place net au fascisme.

     

    Bref. Il n’empêche, donc, que l’on doit aux capitalistes rendus encore plus puissants par décisions politiques la crise que nous vivons.

     

    Or, il se trouve que ces 3 derniers mois, les gouvernements français, allemands et italiens sont à l’origine de mouvements de capitaux dans l’aéronautique européenne (Alain Janvier, Jean – Claude Pradeau, Michel Sturaro, commission « Aéronautique et Spatial » du PCF, dans « l’Humanité » du 11 avril 2013). Il en résulte que l’État Français perd sa minorité de blocage dans le groupe EADS, et que la part du « capital flottant » d’EADS (la part destinée aux marchés financiers, aux spéculateurs, aux capitalistes les pires) passe de 49% à 72%, et ce sans consultation des parlements nationaux ou européens, ni consultation du personnel.

     

    Conclusion logique de Tom Anders, PDG d’EADS : « [L'influence des gouvernements] sera moindre. Le processus de décisionnel suprême, c’est à dire au dessus du comité exécutif, incombera uniquement au conseil d’administration et à l’assemblée générale des actionnaires [...] ». « Nous allons mettre l’accent sur la création de valeur pour les actionnaires ».

     

    Un véritable holp up organisé légalement, qui livre EADS définitivement à la bourse. Cet abandon volontaire va laisser la région Midi – Pyrénées dans les mains des actionnaires nouvellement conviés au repas, d’autant plus avec la loi de décentralisation, l’ANI et le projet d’Euro – Région. Enfin… il y aura aussi ceux de Sanofi, qui viennent de nous faire la démonstration de leur probité économique et scientifique et taillant dans la R&D toulousaine.

     

    Vive l’Europe des métropoles et des Maîtres de Forges.

     

     

    Requiem pour une démocratie (3)

    Antisocial tu perds ton sang froid

     

    Dans ces conditions, l’affaire Cahuzac fait couler des sueurs froides. Le risque politique est d’autant plus grand que toutes les options socio – économiques constituent un formidable terreau pour le gavage des puissants. Ça risque de finir par se voir, et avec Cahuzac, ça se commence à se voir pour autant qu’on prenne le temps de regarder (en espérant que ce blog vous y aide).

     

    Donc, panique à bord. On sort le crucifix. Vade retro fatalitas. Et on continue… François Hollande himself annonce :

     

    1/ création d’une loi « transparence du patrimoine » et « conflit d’intérêt » à destination des élus et de certains fonctionnaires. Sous le coup de l’émotion, il est toujours bon d’officialiser par le bouche du Président lui même le soupçon général. Ça évite de poser les bonnes questions sur le fait que certaines politiques économiques entérinent de fait un capitalisme qui fonctionne sur le vol de la force du travail.

     

    2/ création d’une « Haute autorité indépendante » pour contrôler le patrimoine des élus spécifiquement. Bien ! Les fonctionnaires des Impôts, qui alertent depuis des années sur les conséquences des suppressions massives de postes dans leur ministère, vont être heureux de se voir décerner un brevet d’incompétence, voir de collusion. Et par le Chef de l’État, en plus.

     

    3/ création d’un parquet financier. Pourquoi pas. Mais n’y a – t – il pas déjà un Pôle Financier ?

     

    4/ création d’un office centre de la lutte contre la fraude. Bien ! Mais que fait la « DGCCRF », la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes », qui dépend du Ministère des Finances ? Ben… la direction on sait pas, mais les fonctionnaires, eux, ils manifestent contre le manque de moyen et les suppressions de postes.

     

    Donc bon bref, on crée des structures qui, à première vue, en recouvrent d’autres, sans donner satisfaction aux revendications de création de postes, semant donc le doute sur ces structures, le tout dans un contexte général d’austérité budgétaire.

     

    Tout ça paraît cohérent, décidé dans le calme et la sérénité, « solide sur ses appuis », bref… crédible !

     

    Sylvain JEAN

     http://www.pcfcastres.fr/wordpress/


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