• Remaniement : le pari de la peur

    Remaniement : le pari de la peur

    Santé

     

     Le chef de l'État, dans une très courte allocution radiotélévisée, a justifié le ramaniement afin de "réorganiser les ministères qui concernent notre diplomatie et notre sécurité"

    Nicolas Sarkozy a donc annoncé dimanche les nominations d'Alain Juppé comme ministre des Affaires étrangères, de Claude Guéant comme ministre de l'Intérieur et de l'Immigration et de Gérard Longuet comme ministre de la Défense, dans une allocution radiotélévisée.

    Pas un mot pour MAM et Hortefeux

    Le numéro deux du gouvernement, ministre de la Défense depuis novembre, remplace au Quai d'Orsay Michèle Alliot-Marie, qui a dû démissionner après plusieurs semaines de polémique à propos de ses vacances de Noël en Tunisie. En revanche, le compagnon de MAM, Patrick Ollier, reste ministre des Relations avec le Parlement. Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée depuis 2007, accède à la place Beauvau, un poste dont ce préfet rêvait depuis des années. Il remplace Brice Hortefeux, qui quitte le gouvernement. Quant à Gérard Longuet, président du groupe UMP au Sénat depuis juin 2009, il succède à Alain Juppé au ministère de la Défense.

    La peur des flux migratoires"incontrôlables"

    Le président Nicolas Sarkozy a estimé que les révolutions arabes en cours ouvraient "une ère nouvelle" dans les relations de la France avec ces pays et a mis en garde contre "les flux migratoires" conséquences des "tragédies" dans les pays en révolte contre les régimes en place, qui pourraient être "incontrôlables". "Nous savons ce que pourraient être les conséquences de telles tragédies sur des flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme. C'est toute l'Europe alors qui serait en première ligne", a estimé le chef de l'Etat.

     

    Claques et claquettes. L'éditorial par Michel Guilloux

     Pitoyable. « Pourquoi, moi, j'ai fait comme les autres »: tel est le niveau auquel s'est abaissé hier soir le chef de l'État. Obligé, avec trois mois de retard, de reconnaître du bout de la langue le changement historique en cours, à l'initiative des peuples, c'est pour aussitôt voir ces bouleversements prometteurs avec les mêmes oillères et lunettes de la peur, de nouvelles « dictatures », du terrorisme ou des flux migratoires. Sans parler d'une Union pour la Méditerranée, ce club des mêmes dictateurs aujourd'hui honnis qu'il a créé, ressuscitée on ne voit guère pour quoi. Pas un mot sur les raisons pour lesquelles sa ministre a dû démissionner, ni son premier ministre se faire discret. Pas plus qu'il n'a pu répondre aux attentes des Français, voilà quinze jours en squattant une antenne généreusement offerte, les quelques minutes de son discours dominical ne modifient le message que l'Élysée est capable d'envoyer au printemps précoce des peuples qui, de la Tunisie à l'Égypte et à la Libye, prennent en main leur destin. Sa priorité réside en un changement de maroquins à finalité électorale.

    Le sacrifice d'une dame n'efface nullement l'échec d'une politique étrangère décidée au plus haut niveau, dont la seule ambition est de se contenter du rôle de supplétif du gendarme du monde, et, au G20, de meilleur avocat du monde des affaires. La lame de fond populaire contre les retraites alliée à l'affaire Woerth-Bettencourt a obligé un président se voulant « maître du temps » à un premier remaniement. Une saison n'aura pas passé qu'un second advient déjà. Des cigares de l'un aux vacances des autres, en passant par les émoluments d'une quatrième, la confusion entre intérêt personnel et service de l'État devient une marque de fabrique bien encombrante pour celui qui a lancé sa campagne. Quand on rapporte les mours des vassaux à la violence des décisions prises chaque jour qui n'a d'égal que le mépris pour les serviteurs de la chose publique que sont les fonctionnaires - qu'ils soient enseignants, juges, éducateurs ou diplomates -, la France sort de plus en plus abaissée, à l'intérieur comme à l'extérieur.

    Celui qui, à la veille de son élection, allait prêter allégeance à un George Bush, avant que ce dernier ne soit battu, est pris de nouveau à revers par les peuples en mouvement. Le « choc des civilisations » présentait l'avantage pour ses initiateurs de nourrir la pire réaction tant en Occident, que dans les pays aux despotes fréquentables jusqu'à il y a peu alimentant désespoir et extrémisme. Dans les deux cas, peu importe : les affaires marchent bien. Des hommes et des femmes terrassant la peur, réclamant leurs droits, sociaux et politiques, voilà bien ce qui tétanise ce pouvoir. Et puisque, depuis très peu, un Kadhafi est le pire dictateur du jour, à quand une déclaration ferme sur l'Arabie saoudite ? Hier, une centaine d'intellectuels de ce royaume archaïque ont lancé une pétition réclamant un régime constitutionnel, des élections libres, « l'adoption de mesures permettant d'accorder aux femmes le droit au travail, à l'éducation, à la propriété et à la participation à la vie publique » et la fin des discriminations pour la minorité chiite du pays.

    En cherchant à importer en France même cette vision manichéenne du monde, le chef de l'État a rouvert une boîte de Pandore extrêmement dangereuse pour le pays. L'expert en division des Français entre eux pour mieux régner a relancé le racolage du côté brun du spectre électoral. Il croyait pouvoir ratisser large de ce côté-là, tandis qu'il envoyait en mission sur les terres du centre droit un Jean-Louis Borloo, fort discret lui aussi ces jours-ci. La crise sociale donne des ailes au FN et, là encore, le cours du monde l'oblige à stopper net son opération nauséeuse sur « l'islam en France ». Décidément, la France et son peuple méritent mieux.

    Les peuples bousculent un président droit dans ses bottes...

    Par Michel Guilloux

    Patrick Le Hyaric: remaniement, le maquillage de la faillite politique de Sarkozy

     Le président de la République vient de se livrer à une incroyable opération de maquillage de ses propres faillites à propos des formidables mouvements populaires dans les pays Arabes. Il semble soudain découvrir la force et la lucidité des peuples qui ont entamé des processus révolutionnaires depuis le mois de décembre en Tunisie et qui se répandent désormais partout. Normal le pouvoir Sarkozyste était du côté des dictateurs. Aujourd'hui même il n'a pas eu un mot pour les Libyens dont le sang coule à cause de l'utilisation d'armes fournies par des pays européens ; pas un mot pour les Tunisiens qui ont obtenu le départ de leur premier ministre lié à Ben Ali. Le maintien de Mme Alliot-Marie au gouvernement était devenu intenable. Encore qu'elle n'est pas la seule qui ait bénéficié de vacances payées par ces dictatures. Mais le fond des problèmes réside dans les orientations de M. Sarkozy ; de l’intégration de la France dans l'OTAN à une intégration Européenne à marche forcée qui fait tant de mal aux peuples ; au soutien aux guerres en Irak et en Afghanistan, à la connivence avec les autocrates de pays Arabes jusqu'à l'inertie totale vis à vis de la création de l'état Palestinien. Il n'a non plus rien dit sur la nature des accords de partenariat ou de libre-échange qui servent aux multinationales européennes et aux banques à piller et surexploiter les travailleurs de ces pays.

    Face aux drames humanitaires qui se préparent à cause de la fuite de milliers de personnes de Libye et d'autres qui cherchent refuge en Europe, la France s'honorerait de leur venir en aide avec les autres pays européens au lieu de tenter de les refouler. Les "flux migratoires" ne sont pas synonymes de "terrorisme" comme il l'a laissé entendre dans une phrase ambiguë pour faire peur. D'autre part elle doit prendre les dispositions pour restituer les fortunes des dictateurs aux peuples qui en ont besoin d'urgence. Sans attendre il faut refonder les relations entre les peuples des pays des deux rives de la Méditerranée .Voilà un beau chantier d'avenir, à mille lieux de la petite opération de maquillage de ce soir. 

     


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