• Quand Clément Méric passe de victime à agresseur

    la RATP contredit les versions de RTL et Libération

    [Info Politis] La RATP dément détenir une vidéo montrant l’agression de Clément Méric par des skinhead.

    Le mystère s’épaissit autour des enregistrements vidéo de la mort de Clément Méric. La RATP dément formellement que les images de vidéosurveillance qui montrent la scène de bagarre entre Clément Méric et les skinhead de Troisième Voie proviennent de ses caméras, contrairement à ce qu’affirment RTL et Libération. L’établissement indique avoir vérifié, après l’annonce d’hier, si son réseau de surveillance a effectivement capturé et transmis ces images. « Nous sommes sûrs que la vidéo ne provient pas de chez nous », assure la RATP, «  nous ne savons pas d’où elle peut venir ».

    RTL a affirmé hier qu’une caméra de surveillance de la station de métro Havre-Caumartin a filmé la rixe entre les militants du groupe Action antifasciste Paris-banlieue et des skinhead de Troisième Voie, au cours de laquelle le jeune Clément Méric est mort. Le média a attesté sur cette base que le premier coup a été donné par Clément Méric. RTL a ensuite récusé les informations de Libération, selon lesquelles les enregistrements dont dispose la Police judiciaire ne filment qu’à 20 centimètres du sol, auquel cas il est impossible de définir le déroulement exact de la bagarre. RTL assurait hier soir que la caméra de la station de métro Havre-Caumartin, proche du lieu de la bagarre, filme au contraire jusqu’à 1 mètre 50 de hauteur et permet de distinguer les visages. Or il ne s’agit pas de caméra de la RATP, certifie le service de communication de celle-ci. « De toute façon, nous n’avons pas le droit de filmer la voie publique », insiste l’entreprise.

    Une information que ni la préfecture de police, ni le cabinet du procureur n’ont souhaité commenter, ce qui enrobe l’affaire de davantage de mystère.

    Crédit photo : Lionel Bonaventure/AFP

    http://www.politis.fr/Mort-de-Clement-Meric-la-RATP,22844.html

    Société - le 25 Juin 2013

    Quand Clément Méric passe de victime à agresseur

    Une information de RTL, démentie par une contre-enquête de Libération, a permis aux soutiens de la droite extrême de faire passer Clément Méric pour le déclencheur de la bagarre qui lui fut fatale. Récit d'un incroyable emballement médiatique et partisan.

    C'est à un curieux renversement des valeurs que l'on a assité ce mardi. Clément Méric, mort sous les coups d'un militant d'extrême-droite début juin, est soudainement passé du statut de victime à celui d'auteur de la rixe qui a "entraîné sa mort". L'auteur présumé des coups mortels est subitement devenu quasi-victime de la bagarre. La présomption de "violences ayant entraîné la mort" s'est singulièrement muée en "légitime défense". Et la thèse "un extrêmiste de droite vaut bien un militant anti-fasciste" a repris du poil de la bête.

    Enquête

    Ce retournement et détournement a pris appui sur un reportage diffusé par RTL ce mardi matin. Celui-ci affirme qu'une caméra de surveillance de la RATP a capté la bagarre. Et que sur ces images, "on y voit notamment Clément Méric se précipiter vers Esteban Morillo, le meurtrier présumé, alors de dos, semble-t-il pour lui asséner un coup. Le skinhead se retourne alors et le frappe avec son poing en plein visage. L'image ne permet pas de dire de façon formelle si Esteban Morillo donne un deuxième coup, ni s'il a ou non un poing américain. Le militant d'extrême-gauche, en tout cas, tombe immédiatement au sol, inconscient. Il n'est pas lynché une fois par terre."

    Contre-enquête

    Quelques heures plus tard, une contre-enquête de Libération.fr met à mal ces affirmations. Un membre de la police judiciaire de Paris qui travaille sur l'enquête y est cité. Il contredit plusieurs arguments donnés par la radio:

    • "La police technique et scientifique n’a pas travaillé pendant plusieurs jours sur ces images pour les faire parler"
    • Cette vidéo est moins claire qu'affirmée puisqu'elle est "orientée vers le trottoir et "ne montre que vingt centimètres au-dessus du sol, c’est-à-dire les jambes des personnes"
    • en suivant les "chaussures claires" portées par Clément Méric et les "godillots" du meurtrier présumé, "les policiers aperçoivent «à un moment de la rixe, Méric passer derrière Morillo occupé à frapper un autre. Peut-être Méric donne-t-il un coup à Morillo lequel, en tout cas, se retourne. Et Méric tombe par terre», note Libération.
    • «Qu’est-ce que cela changerait si Méric assènait un coup dans le dos à Morillo au cours de la bagarre? Les échanges de coups ne sont niés par personne, ni côté extrême gauche, ni côté extrême droite», souligne le policier cité.

    Emballement partisan

    Malgré ce décryptage publié en début d'après-midi, les affirmations du matin ont eu le temps de faire le tour du web. Les soutiens d'extrême-droite s'en sont donnés à coeur joie pour dénoncer au choix la récupération de la gauche ou le bienfondé du combat antifasciste après la mort de Clément Méric. Comme ici:

    D'autant plus que les amalgames fleurissent dans d'autres articles. Un texte évolutif du Point.fr -"Clément Méric voulait vraiment en découdre"- recycle des témoignages publiés quinze jours plus tôt pour poser le groupe de skinheads d'extrême-droite en quasi-victime de Clément Méric et de ses amis présents au moment de la bagarre. A cela s'ajoute des raccourcis:

    • Dans sa première version en ligne ce mardi, l'article tente de décrédibiliser les antifas en les résumant aux quelques casseurs qui ont brisé des vitrines de banque en marge de la manifestation contre le fascisme et en hommage à Méric, dimanche à Paris.
    • il tente de faire penser que Clément Méric et ses amis, le jour de la bagarre fatale, avaient ciblé l'auteur des coups mortels ainsi que sa compagne, en se fondant sur des contenus publiés sur un site de la mouvance antifa en décembre 2012.

    L'article conclut en affirmant que "selon une source proche de l'enquête, Estaban Morillo n'a jamais eu affaire à la justice et est vierge de tout passé pénal".

    Les Antifas réagissent

    Avant leur conférence de presse de ce mardi soir, le collectif Action antifasciste Paris-Banlieue, avait tenté d'aller à l'encontre de cette vague médiatique dans un communiqué publié dès le matin. "Oui il y a eu des échanges verbaux à l'intérieur du magasin devant les messages ouvertement racistes et tombant sous le coup de la loi arborés par les skinheads", est-il dit."L'agression physique survenue à l’extérieur du magasin est le fait des skinheads qui se sont approchés, ont encerclé nos camarades puis les ont agressés. Les militants néonazis étaient armés de coups de poing américains et ont tué Clément Méric", est-il aussi rappelé.

    Emballement médiatique

    Cet emballement relance par ailleurs les interrogations exprimées par l'observatoire des medias Acrimed quelques jours après la mort de Clément Méric, concernant le racourci extrême-droite=extrême-gauche, entendu et vu dans les médias. "C’est ainsi que nous avons assisté pendant plusieurs jours à une mise en scène médiatique du prétendu débat sur « la montée des extrémismes », avec à la clé l’amalgame (extrémiste ?) entre des formations collectives que tout oppose. De quelle éthique journalistique peuvent se prévaloir des médias qui confondent sciemment la virulence verbale et la violence physique qui se solde par la mort d’un homme?", se demandait Acrimed.

    S.G.


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