• Pourquoi l’extrême droite progresse en Europe ?

     

    Pourquoi l’extrême droite progresse en Europe ? A cause de la pseudo « gauche européenne » et du social-libéralisme

     

    Une analyse de Francis Arzalier de « Polex »

     

    2011 : L’extrême droite progresse en Europe. (Publié sur RC le 10 juillet 2011)

     

    Les récents sondages annonçant que Marine Le Pen serait présente au second tour des élections présidentielles de 2012 en France, ont fait caqueter les journaleux de l’hexagone comme un troupeau de poules effarouchées. Il n’y avait pourtant pas de quoi s’ébahir, tant le mode de scrutin français est ultra majoritaire, et d’inspiration monarchique : il suffisait de voir la droite traditionnelle UMP en perdition, avec son « penseur » Sarkozy, et le Front national devenait de ce fait la première organisation du camp réactionnaire.

     

    Souvenons-nous, en 1992 à Alger, les conservateurs du FLN étaient persuadés de rester au pouvoir grâce au système électoral ultra majoritaire, permettant d’éliminer les « petits » opposants. Patatras, le parti intégriste ayant plus de voix qu’eux, avait de grandes chances d’instaurer la théocratie par les urnes. Il ne restait plus aux affairistes et militaires agrippés à leurs prérogatives qu’à annuler le résultat prévisible avant le scrutin. Nous n’en sommes pas à cette issue en France, même si cette présidentielle au suffrage « universel », biaisée par le fric et les médias, est une parodie de démocratie politique.

     

    En fait, et le verdict des urnes cantonales l’a redit en mars 2011, le Front National en reste aux scores épisodiquement forts élevés de l’extrême droite française : avec près d’un électeur sur cinq, et plus en certaines banlieues populaires, il reprend à Sarkozy et ses amis une partie de leur électorat, apeuré par la délinquance et par l’immigration.

     

    Plus que les palinodies électorales cultivées par les politiciens de tout bord, sur le thème : « votez pour moi pour empêcher le grand loup FN », c’est cette croissance permanente de l’extrême droite qui pose question. Le phénomène n’est pas que français ; il existe dans toute l’Europe, et revêt des formes diverses du nord au sud, d’est en ouest. On l’a trop souvent confondu avec ses aspects marginaux, résurgences spectaculaires, choquantes, des nazis et fascistes d’autrefois, défilés de SS chenus en uniforme en Lettonie ou en Hongrie, de franquistes et pétainistes nostalgiques en Espagne, de jeunes crétins barbouillant de croix gammées les tombes juives ou musulmanes en Alsace, etc. Ces résidus du passé existent certes, avec leurs obsessions antisémites récurrentes, y compris au FN français, en Italie, etc…, mais leur rôle historique est révolu. Mégret en France, a dû passer la gouverne à Marine Le Pen qui admire beaucoup les colons israéliens, et la fille de Mussolini a été démissionnée de l’ex MSI italien, dépassée sur sa droite par la Ligue du Nord. Arrêtons donc de dénoncer ce qui n’existe plus, la cohorte fasciste et nazie vêtue de brun, criant sa haine pour les juifs comme en 1943 : elle relève du fantasme des bobos qui se croient de gauche en prônant la loi du marché.

     

    L’extrême droite d’aujourd’hui


     Cette extrême droite contemporaine en Europe est un plus grand danger, bien réel celui là. Elle a, sous des aspects nouveaux, les mêmes objectifs qu’autrefois : un régime politique autoritaire et non représentatif, la haine des partis et des syndicats qui prônent l’égalité entre les hommes et les peuples, le maintien par la force de « l’ordre social », intangible et sacré, la xénophobie nationaliste.


    Mais, insérée dans le jeu électoral qui prévaut en Europe, elle ne met pas en avant ces buts, ceux que clamait Maurras en 1925. Suivant le lieu, elle fleurit sur des égoïsmes régionaux ou des haines nationalistes récurrentes : en Italie septentrionale, la Ligue du Nord a axé son discours contre les Romains, Napolitains ou Calabrais du Sud, supposés se prélasser dans l’oisiveté en profitant des richesses produites par l’industrie de « Padanie » (grâce aux immigrés du Sud, mais on l’oublie). En Flandre belge, les nationalistes « flamingants » fiers de leur primauté industrielle, refusent d’en voir profiter les francophones de Wallonie désindustrialisée.

     

    En Hongrie, le parti de Victor Orban est parvenu par les urnes au gouvernement en surfant sur les nostalgies de la Grande Hongrie, amputée en 1920 et 1945 de provinces, au profit des Slovaques, Roumains et autres Serbes. Aux Pays-Bas, en France, le bouc émissaire de tout ce qui ne va pas est l’immigré « musulman » ou son descendant naturalisé, ce qui n’interdit pas, au contraire, les sympathies pour le sionisme israélien.

     

    En Roumanie, Balkans, le Rom, discriminé et volontiers poussé dehors, est accusé de tous les maux, en même temps que les communistes, autrefois au pouvoir. En Pologne, l’extrême droite se nourrit de nationalisme clérical, anti-russe et anti-communiste, et de régressions sociales, contre le droit à l’avortement, au divorce, etc.

     

    Sur ces bases, aussi disparates que les pays d’Europe, les extrêmes droites accumulent les succès, progressent à chaque élection, de Scandinavie en Grèce, et sont même arrivées déjà à participer au pouvoir : en Italie, où la Ligue du Nord est le soutien majeur de Berlusconi, en Hongrie qui va assurer la présidence de l’Europe en 2011 ; elles s’en rapprochent ailleurs, tant les frontières sont poreuses avec la droite classique, dont l’électorat est souvent disposé à s’allier avec elles, en France par exemple.

     

    Les extrêmes droites « populaires »

     

    Ne nous y trompons pas : le succès actuel de ces extrêmes droites européennes tient avant tout au fait qu’elles savent prendre en compte certaines revendications populaires justifiées. Rien d’étonnant ni de très nouveau à cela, tous les fascismes d’autrefois qui ont réussi à entraîner des peuples entiers ont fait de même. L’exemple le plus évident est celui du parti nazi qui contamina une bonne partie du peuple allemand, un des plus éduqués d’Europe en 1930. Il dénonçait à juste titre le chômage, et le traité de Versailles décidé par les vainqueurs de 1918, qui faisait payer à la seule Allemagne les désastres d’une guerre causée par les appétits de tous les impérialismes rivaux d’Europe, Asie et Amérique. N’oublions pas que le nazisme se prétendait un socialisme, brandissait lui aussi le drapeau rouge, même s’il détournait les responsabilités de la misère populaire contre une « finance juive » largement imaginaire. Peu importe que ces thèmes de propagande aient été pure démagogie mensongère, ou de bonne foi pour la piétaille nazie : ils étaient, et emportèrent l’adhésion de millions de braves gens vers le désastre.


    Cette utilisation par les extrêmes droites d’une série de thèses justes, est aujourd’hui d’autant plus efficace que les partis de gauche, et parfois communistes affirmés, les ont abandonnées dans leur décrépitude opportuniste.


     Le cas le plus flagrant est celui des Europe de l’Est, archipel émergé du défunt « camp socialiste », reconverti à la loi du marché mondial capitaliste. Les  anciens partis communistes évincés du pouvoir ont cru bon de muer en social-démocratie bon chic bon genre, fermement attachée à l’Europe supranationale, qui devait selon eux, amener en quelques années la prospérité occidentale et les bananes sur les marchés. Les illusions ont fait long feu, les paysans polonais, les salariés de Bucarest ou de Riga sont aujourd’hui soumis au dégraissage social parrainé par le FMI et les autorités bruxelloises. Mais les partis « ex-communistes » continuent de bêler les beautés futures de l’Europe des 27, qu’une bonne partie de la population salariée ou rurale vomit, avec juste raison. Les seuls groupuscules marxistes qui la dénoncent traînent le poids de leur passé d’échecs, et ne sont pas encore crédibles.


     Dès lors, l’extrême droite « eurosceptique » ramasse la mise, à l’image du parti Jobbik à Budapest, ou du parti des frères Kaszinski à Varsovie. Il en est de même en Europe occidentale, où la « gauche plurielle » et ses partis s’obstinent à défendre l’Europe supranationale : elle n’a pourtant jamais servi qu’à faciliter la concurrence des capitaux et des mains d’œuvre, les délocalisations et la destruction des industries et des productions nationales.

     

    Les opinions, massivement, s’en rendent compte, et l’expriment quand on leur permet de le faire, pour ne plus en tenir compte après. La partie, dès lors, se joue donc à front renversé, en toute confusion. C’est, en France, Marine Le Pen qui proclame, à juste titre : « la mondialisation », l’Europe supranationale, en supprimant les protections nationales frontalières au profit d’une liberté totale de déplacement des capitaux, des marchandises, et des mains d’œuvres, avec pour seule régulation la « loi du marché », a entraîné les délocalisations, la destruction de pans entiers de l’industrie française, une concurrence accrue entre les travailleurs, et le démantèlement de ce fait, des conquêtes sociales et salariales.

     

    C’est Marine Le Pen, leader de l’extrême droite « moderne », attentive à ce que pensent des millions d’exploités, qui affirme, avec raison : « Notre industrie et nos emplois ont besoin de protections intelligentes aux frontières alors que la politique de l’UMP et du PS est celle de l’ouverture à tous les vents de la mondialisation » (Marine Le Pen, 27 mars 2011).


     C’est au contraire le visage bonasse du socialisme français, Dominique Strauss Kahn, qui parraine en tant que président du FMI, les cures d’austérité imposées aux peuples d’Europe, tout en martelant, patelin : « Le schéma ancien de la mondialisation a beaucoup apporté, notamment en sortant des centaines de millions de gens de la pauvreté, mais a aussi un côté obscur, qui est un écart vaste et croissant entre riches et pauvres ». (Dominique Strauss Kahn, 5 avril 2011, devant les étudiants de l’Université George Washington).


    Et ses milliers de thuriféraires, du PS ou de sa mouvance, en rajoutent sur tous les tons. Ainsi, Olivier Ferrand, animateur du « think tank » social démocrate « Terra Nova » : « La mondialisation est un fait qui s’impose à la planète. Face à elle, la droite propose une stratégie qui passe par la baisse des coûts et donc des salaires. Tandis que la gauche, elle, défend une politique de compétitivité de la valeur ajoutée qui passe par la valorisation du capital humain et la recherche ». (Cité par Libération, 7 avril 2011).


    Ce clivage électoraliste n’a aucune chance de convaincre les chômeurs confrontés aux réalités dans les régions vidées de l’essentiel de leur métallurgie ou de leur textile en quelques décennies, comme le Nord et la Lorraine, et cela sous l’égide de gouvernements successifs qui furent souvent de gauche, avec la participation du PCF. Ce PCF obstinément ancré depuis les années 80 dans une dérive opportuniste qui lui fait souvent oublier ses repères les plus évidents.

     

    En 2011, encore, confronté à sa propre disparition s’il ne rejoint pas les revendications de son électorat perdu, il s’obstine à ne pas condamner l’Europe supranationale comme si elle était amendable, et à quémander l’alliance de tous ceux, socialistes ou verts, susceptibles d’assurer ses prébendes électives, quels que soient par ailleurs leurs choix politiciens.


     

    La réalité économique et sociale, née de cette mondialisation capitaliste, de cette Europe supranationale, est cruelle aux prolétaires modernes, ceux qui ne vivent que de leur travail, non de celui des autres, et notamment à ceux de France.


    C’est d’abord une désindustrialisation accélérée, deux millions d’emplois industriels disparus en trente ans, dont 740 000 entre 2000 et 2009. En cinq ans, la production automobile en France a chuté de 50%...


     

    Les délocalisations vers des coûts salariaux exotiques plus bas sont la raison essentielle de la croissance des profits des actionnaires : les entreprises inscrites au CAC 40 ont affiché l’an dernier 80 milliards de bénéfices (+ 75 %) alors qu’elles ont supprimé près de 50 000 emplois entre 2005 et 2009 (dossier Libération, 7 avril 2011).


    Tous ces faits, quand ils sont occultés par la gauche, ou attribués à la fatalité, nourrissent le Front national qui, lui, ne cesse de les répéter à ceux qui en souffrent.


    Pire encore : Marine Le Pen peut s’offrir le luxe de condamner clairement les aventures guerrières de Sarkozy, paladin convulsif de l’Occident impérialiste, alors que le PS français approuve, en reprochant au président de n’y avoir pas recouru plus tôt, les expéditions en Afghanistan, Libye et Côte d’Ivoire.

     

    Le PCF a, certes, condamné cet impérialisme, mais avec bien des ambiguïtés, au sein même de ses dirigeants : n’est-ce pas Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, qui fut le journal de Jaurès, qui approuva son compère Mélenchon d’avoir voté pour l’intervention militaire en Libye, au Parlement européen ?

     

    Résultat évident de ce méli-mélo d’aveugles politiques en France, la probable présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle en 2012, alors même que la majorité des électeurs de la droite conventionnelle sont prêts à s’allier avec elle au gouvernement. Rien d’étonnant, ce schéma d’alliance droitière est déjà réalisé en Italie, en Hongrie, en attendant d’autres pays peut-être, aux quatre horizons de l’Europe, Norvège ou Bulgarie, Finlande ou Autriche, Suisse ou Pays-Bas…

     

    Combattre efficacement l’extrême droite


     Les critiques faites au FN par les idéologues du parti socialiste, ne peuvent que renforcer son audience dans les milieux populaires, parce qu’elles reflètent les points de vue de la bourgeoisie libérale, attachée aux vertus du capitalisme « humanisé », ou « écologique », aux lois du « grand marché » européen ou mondialiste des hommes et des capitaux.


    Soyons sérieux : ce n’est pas parce que Marine Le Pen reprend démagogiquement une évidence, qu’elle devient une idée à dénoncer. Il est absurde de se prétendre attentifs aux intérêts des salariés, du prolétariat qui ne vit que de son travail, et de défendre parallèlement l’Europe multinationale, qui a causé la flambée des prix et détruit les capacités d’exportations françaises. Il est tout aussi absurde de défendre les traités de Maastricht et d’ailleurs, qui ont donné la maîtrise de le monnaie de la France, et donc de son économie, à la banque européenne de Francfort. Il l’est encore plus d’encenser la « liberté » au-delà des frontières des trafics de capitaux spéculatifs et de la main d’œuvre, génératrice de délocalisations et de chômage. Il est encore plus irresponsable de ne pas combattre avec vigueur l’allégeance française à l’OTAN, fer de lance de l’impérialisme occidental.


     

    Le seul moyen de combattre et vaincre l’extrême droite est au contraire, de ne pas lui laisser dérober les mots d’ordre de classe contre l’Europe supranationale, l’euro, la perte d’indépendance nationale, et de la dénoncer pour ce qu’elle recèle, en le cachant souvent, d’objectifs politiques et sociaux néfastes.


    - Malgré la démagogie, c’est un parti de dirigeants milliardaires, opposés à l’impôt sur la fortune et à la taxation du capital.


    - Lors de la lutte pour les retraites, Marine Le Pen soutenait le projet gouvernemental et du MEDEF, demandait la répression contre les manifestants et les syndicats.

     

    Marine Le Pen se donne une image de « parti comme les autres », mais le FN ne cesse de mettre en cause les élus en général (« tous pourris »), ce qui revient à suggérer un régime politique autoritaire, où tout serait décidé sans contrôle aucun des citoyens, par les représentants de « l’Etat fort ». Le FN ne propose pas que les citoyens contrôlent mieux leurs élus, mais de museler ou de supprimer, comme sous Vichy ou dans l’Espagne franquiste, les institutions représentatives et les contre-pouvoirs des citoyens, syndicats, partis, associations, moyens d’information, élections, etc…


    La proposition la plus ambitieuse en matière économique et sociale est ce que Marine Le Pen nomme le « capitalisme populaire » : les salariés pourraient recevoir en actions jusqu’à 10% du capital de leur entreprise, sans avoir pour autant le moindre mot à dire sur sa gestion. Vieille lune patronale, qui consiste à geler une part des salaires, en la transformant en épargne au service du capital de l’entreprise ; l’opération a surtout un objectif idéologique, faire croire aux salariés baptisés actionnaires qu’ils ont dorénavant les mêmes intérêts que les financiers qui dirigent l’entreprise ; en tant qu’actionnaires, ils devraient donc souhaiter eux aussi la délocaliser et supprimer leur propre emploi. Cette négation de la lutte de classes opposant exploités et exploiteurs, De Gaulle la prôna en son temps sous le nom d’association du capital et du travail, et bien avant, Salazar et Mussolini en faisaient la base de leurs « syndicats verticaux », où collaboraient patrons et salariés.


    - Si le FN n’a pas approuvé les décisions guerrières aventureuses de Sarkozy, pour des raisons électorales, il ne combat pas pour autant l’impérialisme, et son discours international est empreint de mépris colonial des peuples africains jugés inférieurs, menaçants par leur démographie, à l’identité nationale confondue par eux avec la suprématie de la « race blanche », et le fonds culturel judéo-chrétien. En ce sens, ne nous y trompons pas : à l’exception de quelques figures nostalgiques, l’extrême droite contemporaine en France et en Europe, soutient le colonialisme israélien, son meilleur allié contre le « péril musulman », comme d’ailleurs le font les néo-conservateurs américains.

     

    La situation européenne face à cette expansion de l’extrême droite n’est pas celle des années 1930, elle est pire du fait de la décrépitude opportuniste des partis communistes et des organisations syndicales en bien des pays.

     

    Elle n’est pas un phénomène irrésistible, mais ne pourra être stoppée que par le renouveau, laborieux, du mouvement communiste en Europe, sur des bases de classe, nationales, et anti-impérialistes.

     

    En France, en Italie, et dans la majorité des Etats d’Europe, le chemin est encore long. La bête immonde est encore féconde, ne l’aidons pas à pervertir les peuples.

     

    Francis Arzalier http://www.pcfbassin.fr


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