• Portugal :: Excellents scores des communistes aux élections municipales

    Portugal :: Excellents scores de communistes aux élections municipales

    Ce dimanche 29 septembre, c’étaient les élections municipales au Portugal. Les deux grands vainqueurs ont été les socialistes et les communistes (tous deux au national, dans l’opposition). Les grands perdants ont été le parti gouvernemental social-démocrate de Passos Coelho.

    Tim Joye et Bert De Belder

    On savait d’avance que le PS allait progresser considérablement. Les 18 premiers mois de l’application du mémorandum avec la troïka (FMI, Banque centrale européenne et Commission européenne), les socialistes se sont encore tenus étonnamment silencieux, parce que, dans un précédent gouvernement, avant que le social-démocrate de droite Passos Coelho ne devienne Premier ministre, ils avaient encore participé aux négociations du plan sévère d’économie. Mais, ces derniers mois, le PS a été de plus en plus mis en épingle par les médias en tant qu’alternative parlementaire crédible aux yeux du peuple portugais, furieux contre les économies néolibérales. Désormais, 148 des 307 municipalités portugaises reçoivent un maire PS.

    Le parti gouvernemental PSD a encaissé des coups durs. A Porto, où l’ancien ministre était candidat, le parti jouait gros jeu, mais a été battu par le candidat indépendant Rui Moreira, qui était toutefois soutenu par le parti conservateur CDS. 

    Mais le seul parti qui monte vraiment dans ces élections, c’est la CDU, la coalition entre (surtout) les communistes (PCP) et les Verts. Un journaliste d’O Publico, le principal quotidien, a dit en guise de boutade le soir des élections : « Comme toujours, les communistes prétendront que les élections sont une grande victoire pour eux. A la différence près que, pour la première fois depuis des décennies, leurs propos sont bel et bien exacts. » Et, effectivement : le parti passe de 174 à 213 sièges dans les conseils municipaux et de 28 à 34 maires. Au national, il obtient 11,06 % des suffrages. Fait surprenant : au niveau des freguesias, les conseils de quartier, la CDU fait encore mieux : 11,94 %. Plus le niveau des élections est proche des gens, plus élevé est le score des communistes.

    Dans le sud du pays, où le PCP était au pouvoir dans bien des endroits, les gens sont contents et la CDU progresse encore. Dans la grande ville portuaire de Setubal, elle obtient 41,93 % et passe de 5 à 6 des 11 sièges. D’importantes chefs-lieux de district, où c’était souvent le coude à coude, ont été reconquis sur le PS : Beija, Evora et Loures, une banlieue de Lisbonne. Dans cette dernière ville, il y avait eu une grande campagne contre la privatisation de la distribution d’eau par le pouvoir du PS. « Depuis le milieu des années 80, la CDU n’avait plus eu le pouvoir dans les grands chefs-lieux de district du Sud », explique avec enthousiasme au téléphone Pedro Guerreiro, responsable du département international du PCP. Outre les traditionnels bastions communistes, le parti progresse également dans le reste du pays : à Lisbonne, de 1 à 2 sièges (9,85 %), idem à Braga et, à Porto, il passe même de 1 à 5 sièges (6,12 %).

    Chute du Bloc de gauche

    Hormis le PCP, il y a encore un autre parti de gauche au Portugal, le Bloc de gauche, un rassemblement d’eurocommunistes, de trotskistes et de social-démocrates de gauche. Il y a quelques années, ce parti atteignait encore des sommets, mais ces élections ont constitué une grosse déception. La seule municipalité où le Bloc de gauche a eu la majorité ces quatre dernières années, il a dû la céder au PS. Mais c’est surtout la défaite de Joao Semedo qui a été le plus durement perçue : à Lisbonne, le président du parti n’est même pas parvenu à garder son siège.

    Jerónimo de Sousa, secrétaire général du Parti communiste portugais, voyait bien sûr dans le résultat électoral un sévère blâme adressé au gouvernement : « Quels qu’aient été la nature locale, les facteurs et la dynamique de ces élections, la lourde perte encaissée par les partis gouvernementaux PSD (social-démocrate) et CDS (conservateur) ne peut être dissociée de la condamnation manifeste par les  travailleurs et la population du Portugal de la politique gouvernementale de ruine et de paupérisation. » Et il a invité à utiliser la progression des communistes en vue de relancer la lutte sociale de plus belle : « Chaque position que nous avons conquise aujourd’hui, chacun des plus de 3.000 mandats que la CDU détient aujourd’hui (aux divers niveaux, y compris les conseils de quartier, NdlR), signifie plus de travail, un enjeu plus important et un engagement total en défense des intérêts de la population. Un enjeu qui sera poursuivi dès demain dans la lutte quotidienne pour l’amélioration des salaires et des pensions, pour le renforcement de la sécurité sociale, la défense des services publics et la création d’emplois. Avec une vaste action de mobilisation nationale qui en découlera : la marche contre l’exploitation et la paupérisation que le syndicat CGTP appelle pour le 19 octobre. »

    http://www.ptb.be

    cdu_autarquicas13.jpg Élections locales au Portugal : succès historique pour le Parti communiste (11-12%) et effondrement du Bloc de gauche (2-3%)

     

    Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

     

    Les élections locales (autarquicas) de ce 29 septembre ont vu une défaite historique de la droite, maître d'œuvre de l'austérité. Si le PS a profité de la situation pour gagner quelques mairies, il recule en voix. Les communistes de la CDU sortent grands gagnants du scrutin.

     

    La droite représentée avant tout par le PSD (Parti social-démocrate) mais aussi le CDS-PP (Parti populaire) avaient exhorté les Portugais à ne pas «  nationaliser  » le scrutin. Peine perdue. Après les deux années de plans d’austérité, le gouvernement sort dramatiquement affaibli.

     

    La droite subit sa pire défaite depuis 20 ans : 16,5% pour le PSD, 3,5% pour le CDS-PP – plus une dizaine de % pour les listes de divers droite (avec 7,5% pour les listes PSD-CDS). Soit un recul de plus de 10 points par rapport à 2009 et la perte de23mairies.

     

    Les partis de droite ainsi que le PS (la « troika ») perdent sur ce scrutin près de 750 000 voix.

     

    Les grosses ficelles des partis du consensus dominant PS-PSD pour garder la main : « indépendants », clientélisme, alliances tacites

     

    Dans des bastions historiques de la droite, le PSD connaît des défaites historiques. Au nord, le PSD perd la deuxième ville du pays, Porto et Vila nova de Gaia. Dans le fief de Madère, et de son président corrompu Alberto Jardim, il perd 7 des 11 mairies.

     

    Prévoyant sa débâcle, la droite a mobilisé toutes ses ressources : la carte du localisme, l'activation de ses réseaux clientélistes, mais aussi la dissimulation de ces candidats derrière les étiquettes d' «  indépendants  » : comme Marco Almeida battu de peu à Sintra, Rui Moreira vainqueur à Porto.

     

    Rui Moreira, présenté comme le candidat « anti-parti » (son slogan, le populiste quasi footballistique : « Notre parti, c’est Porto »), des citoyens à Porto a pourtant été soutenu par le CDS-PP et épaulé par une série d’anciens responsables locaux du PSD.

     

    Lui-même grand industriel du secteur immobilier, président de la Chambre de commerce de Porto,il est impliqué dans les opérations de réhabilitation, de fait d’expulsions des populations pauvres, du centre-ville de Porto. Moreira a représenté une alternative populiste de droite au candidat du PSD, Luis Filipe Menenzens, plongé dans une série de scandales.

     

    Le vainqueur attendu est le Parti socialiste. Il remporte 150mairies et renforce son hégémonie dans des régions-clés, comme à Lisbonne, et récupère des villes majeures comme Coimbra. Le secrétaire-général du PS n’a pas hésité à parler de la plus grande victoire de l’histoire du scrutin.

     

    Sur une corde raide, le PS a capitalisé sur le rejet global du gouvernement de droite, feignant l’indignation tardive quant au budget 2014 tout en se revendiquant après le scrutin d’une « opposition constructive » au gouvernement.

     

    Il a également utilisé à plein ses réseaux clientélistes locaux, tout en profitant des reports de voix habituels des électeurs conservateurs dans les duels attendus au sud avec les candidats communistes.

     

    Le Parti communiste : troisième force politique du pays, en progression nationale et locale

     

    En dépit de ces manœuvres, le seul parti à réellement progresser, tant en voix qu'en nombre de majorités conquises, c'est le Parti Communiste, rassemblé dans la Coalition CDU (Convergence Démocratique Unitaire).

     

    Le PCP-CDU obtient 11,1% pour les Chambres municipales (exécutif) et 12% aux Assemblées municipales (législatif), une progression de 1,3 points par rapport à 2009 : des résultats inédits aux élections locales sur ces vingt dernières années.

     

    Si le PCP s'installe plus que jamais comme la troisième force politique du pays et surtout la seule alternative au consensus dominant PS-droite, les résultats au niveau local sont encore plus impressionnants.

     

    On note d'une part une progression encourageante dans les régions qui ne sont pourtant pas ses bastions, ce dans tout le pays : 7% dans la région de Porto au nord (4% en 2009), 7,5% à Coimbra au centre (5,5% en 2009) ou encore 11,7% à Faro, à l’extrême-sud (6% en 2009).

     

    Dans les régions « rouges » du Sud, les communistes font le plein : 14,1% à Santarem, 15,8% dans la région métropolitaine de Lisbonne, 17,2 % à Portalegre, 38,6% à Beja, 38,5% à Évora (première place devant le PS) et 42% dans la région de Setúbal – la 3 ème du pays – avec majorité absolue à l'Exécutif régional.

     

    A l'échelle des communes, le PCP récupère 10 mairies dont les deux capitales de district Beja et Evora, tout en récupérant la majorité absolue dans les deux plus importantes mairies communistes, Setubal et Almada, la 10ème ville du pays dans la banlieue de Setúbal.

     

    Huit autres communes ont été conquises, parmi lesquelles Loures, 6 ème ville du pays située dans la banlieue de Lisbonne ou encore la mythique Grândola, la ville d’Alentejo dont fut tirée la chanson de Zeca Afonso « Grândola, vila morena », hymne de la Révolution d’avril.

     

    En termes d’élus locaux, le PCP passe de 174 à 213 élus dans les exécutifs municipaux, et de 655 à 746 dans les Conseils municipaux. Les communistes dirigeront 34 mairies sur les 308 que compte le pays, soit une mairie portugaise sur neuf.

     

    Après l’annonce des résultats, le secrétaire-général du PCP, Jerónimo de Sousa a annoncé les priorités futures du Parti, la lutte contre les politiques du capital, d'où qu'elles viennent :

     

    « Les voix obtenues par la CDU sont un facteur de confiance et d’espoir, sur le fait qu’il est possible de tracer un autre chemin, un autre cap. Une impulsion à la lutte, à ce qu’elle peut ouvrir de perspectives et réalisation d’une politique alternative, une preuve qu’il revient aux travailleurs et au peuple dans leur action, leurs choix et leur vote de battre les partis des politiques de droite [NdT : le PCP intègre les PS dans les partis responsables des « politiques de droite »], de donner plus de force à la CDU pour réaliser une politique patriotique et de gauche.

     

    Cet engagement local trouvera une continuité dès demain dans la lutte quotidienne – avec la grande action de lutte nationale « Marche pour Avril : contre l’exploitation et la paupérisation » déjà convoquée par la CGTP pour le 19 octobre ».

     

    Le « Bloc de gauche » en voie de disparition

     

    Au-delà de l’affaissement des partis du consensus dominant PS-PSD, de la progression des communistes, le dernier enseignement du scrutin, c’est la quasi-disparition électorale du « Bloc de gauche ».

     

    La formation dite de « gauche radicale » (issue de courants maoistes, trotskistes, ex-socialdémocrates, refondateurs …), soutenue par le PGE contre le Parti communiste passe de 3 à 2,4% aux exécutifs municipaux, de 4 à 3% aux Conseils municipaux.

     

    Elle ne garde plus que 8 élus aux exécutifs et 100 dans les Assemblées, des chiffres qui supportent mal la comparaison avec ceux obtenus par les communistes, respectivement 213 et 747

     

    Le Bloc de gauche subit électoralement la conséquence de l’incohérence de son discours pendant la campagne, reflet de son alignement fondamental sur le consensus dominant.

     

    Ainsi, pendant la campagne, le Bloc a alterné entre des mains tendues au PS pour des alliances électorales locales et nationales, avant de dénoncer … l’intransigeance du PS (et non la politique d’austérité dont il est complice !).

     

    Ironie de l’histoire, c’est le PS qui a enlevé au Bloc sa seule mairie, Salvaterra do Magos, dans le Ribatejo. Autre symbole frappant, l’absence du moindre élu du Bloc de gauche à l’exécutif dans un de ses fiefs, la région de Lisbonne où se présentait son secrétaire-général João Semedo … le dernier élu récupéré par le PCP.

     

    Sur un autre point majeur, le « Bloc de gauche » s’est encore gardé de tout positionnement de rupture, tant avec l’Euro qu’avec l’Union européenne, là où le PCP maintient son discours de rupture avec l’intégration européenne, ouvrant même la question de la sortie de la monnaie unique.

     

    Un gouvernement de droite plus affaibli que jamais et un Parti Socialiste empêtré dans les contradictions de son double discours, déterminés à appliquer par alternance les diktats de la « Troika », désirée par le patronat portugais comme européen :

     

    Plus que jamais la seule alternative est le Parti Communiste, plus fort sur les territoires locaux, plus fort dans les luttes pour faire triompher une alternative au consensus dominant, capitaliste et européiste.


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