• Humanite

    Comment Créer un « nous » de lut te à mê me d'inverser le cours de l'histoire ?

    Projeter l’objet du bonheur possible
     
    Par Jacques Broda, sociologue. 

    Nous sommes passés du temps de l’exploitation (les Trente Glorieuses, 1974), au temps de l’exclusion (chômage massif, 1995), à celui de l’extermination (destruction des services publics, 2007). Les trois procédures se chevauchent, s’intriquent, se contredisent dans une souffrance sociale indicible. Une véritable détresse. Dans son dernier ouvrage, Monique Schneider, psychanalyste, parle du « nebenmensch », chez Freud, celui, celle, qui peut entendre, le cri, l’angoisse, l’effroi, du nourrisson, de l’enfant, il l’interprète, passe du besoin au désir, par la parole (1).

    Opérateur magique du lien social, l’autre, ici figure bienveillante, autorise l’homonisation et l’humanisation. En irait-il de même pour le Parti communiste, le Front de gauche, lieux possibles d’une écoute, d’une interprétation, d’une traduction politique de besoins en désirs, et d’une mise en forme par la vraie parole de lutte ?

    Si oui, il y a urgence à resignifier notre combat dans le champ de l’éthique et de l’extermination. Face à la plongée, au gouffre abyssal dans lesquels se trouvent des millions de personnes, il y a urgence non seulement à entendre le cri, fût-il étouffé dans leur gorge, l’appel à ne pas mourir. Ce cri est muet ; il peut prendre des formes paradoxales, dépressives, mélancoliques, haineuses, dans la torsion du désir.

     
    Désigner la cause du malheur et projeter l’objet du bonheur possible, désigne le travail du politique, d’une politique de l’énonciation. Cette politique s’appuie sur les forces vives, et sur les forces en souffrance, non pas comme boulet, poids mort assistantiel, mais comme braises, où la souffrance est cause du savoir. Il y a ici un gisement, une humanité de possibles pas encore complètement détruits par les ravages de l’exploitation, l’exclusion, la maladie, le désespoir…
      

    Les politiques d’assistance ne sont pas une assistance politique, où l’on déverserait un discours populiste (fût-il de gauche) à des populations placées de fait en position d’infériorité sociale et politique. La conquête de la dignité réside dans la re-connaissance de la dignité. Pour travailler depuis vingt ans dans les quartiers populaires de Marseille, je peux témoigner des trésors d’inventivité, de résistance, de générosité ; le sauvetage déploie l’humain dans l’intime du geste, du regard, du sourire, de la parole, de l’action. Avoir résisté à quarante ans de casse sociale, de racisme, de mépris, de haine forge le caractère de millions de personnes, de jeunes issus de l’extermination.

    À l’inverse, à l’opposé, le populisme exerce des ravages inouïs, de l’absence d’organisation de classe, d’identité de classe, de luttes de classes. Aujourd’hui la lutte de classes se mène dans la classe.

    Un espoir se lève, à gauche, il deviendra réalité dans sa rupture intransigeante avec tous les populismes, ne pas éviter la confrontation, en appeler à la responsabilité et re-connaître le travail de la pensée, de l’organisation, des élus. Ré-affilier l’histoire du mouvement ouvrier et du mouvement social, dans le savoir des luttes. Très sujets historiques, c’est connaître, et reconnaître une forme de dette symbolique à l’égard des formes historiques et politiques de nos droits conquis. Effacer cet héritage, cette connaissance consubstantielle au genre humain est déréalisant, déshumanisant. Révisionniste et négationniste le populisme fait de chacun le reflet de lui-même, il coupe la filiation à la racine de l’être. 

    Nier la filiation, l’engendrement, comme essences même de la subjectivité, émergence vitale de l’autre est mortifère. Seule la parole militante n’est pas incestueuse.

    Bannir le « je » du discours politique, insuffler le « nous » comme émergence d’une parole collective, en train de se construire, telle est la mission du Front de gauche. Le programme certes, co-construit, co-élaboré, doit créer une connivence avec ceux à qui il s’adresse, créer un « nous de lutte », non pas un « nous imaginaire », vaste rassemblement informe, qui tairait et tuerait la lutte des classes, pour faire consensus, fausse homogénéité par le bas de l’utopie naissante. Un « nous symbolique ».

    « L’idéologie interpelle l’individu en tant que sujet », souligne Louis Althusser. Il alerte sur toute dérive narcissique du discours politico-médiatique. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, et forçons le sujet comme être de désir et d’action, le sujet collectif. Revendiquons-le, comme le « nous » du sujet historique, à même d’inverser le cours d’une histoire où l’extermination sociale frappe les tympans percés de beaucoup.

    (1) La Détresse aux sources de l’éthique,

    Monique Schneider. Paris, Seuil, 2011.

    Jacques Broda,



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    Madame, Monsieur,

    Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, a adressé une lettre à tous les parlementaires pour défendre sa politique économique et européenne.

    Vous trouverez, ci-dessous, la réponse que je viens de lui faire parvenir.

    Cordialement

    André GERIN


    Monsieur le Président,

    Vous avez décidé de vous adresser par lettre à l’ensemble des parlementaires à propos de la crise qui frappe la zone euro, du sommet européen de Bruxelles du 21 juillet et de votre souhait d’inscrire dans notre Constitution ce que d’aucuns appellent la « règle d’or », en clair, l’austérité comme horizon indépassable de toute politique publique, un nouvel abandon de notre souveraineté nationale.

    La Constitution ne prévoit pas ce mode d’expression du Président de la République en direction de la représentation nationale. Mais ne soyons pas formaliste. Je comprends votre choix au regard de la difficulté devant laquelle vous vous trouvez.

    Il semblait, en effet, difficile de convoquer le Parlement en Congrès, en pleine période estivale et alors que la session parlementaire s’est achevée, pour vous y exprimer, comme le prévoit désormais la Constitution.

    Il est, pour vous, tout aussi délicat d’engager la même démarche afin que le Congrès se prononce sur votre « règle d’or ». Vous n’êtes, en effet, pas sûr du tout de recueillir les 3/5ème des suffrages nécessaires à l’adoption de votre texte, ce qui ferait désordre à moins d’un an de l’élection présidentielle.

    C’est pourquoi je vous fais une proposition qui vous permettrait de sortir par le haut, selon une expression désormais courante, de l’impasse dans laquelle vous vous trouvez : organisez un référendum afin que le peuple se prononce.

    Cette consultation serait d’autant plus utile qu’elle permettrait aux français de faire le bilan de cette politique d’intégration européenne dont l’euro est l’expression la plus emblématique et alors que cette politique est en crise.

    Elle leur offrirait la possibilité de donner leur avis sur cette fuite en avant vers l’abandon de notre souveraineté que vous nous proposez, après qu’ils se furent prononcés en 2005 contre cette perspective et que leur décision eut été piétinée.

    Les enjeux valent de porter le débat à ce niveau. Car que nous dites-vous ? L’euro, c’est formidable. Le sommet de Bruxelles l’a sauvé et vous n’êtes pas peu fier d’y avoir participé. Enfin, vous nous invitez à aller plus loin encore avec la mise en place d’une nouvelle gouvernance européenne et d’un gouvernement économique européen.

    Quel déni de la réalité !

    La construction européenne et la mise en place de l’euro, depuis Maastricht et au fil des différents traités, ont fait fi de la souveraineté des peuples et des nations, transformé ce vaste espace en une zone où la « concurrence est libre et non faussée », où les capitaux circulent au gré des intérêts de ceux qui les détiennent, où la chasse est ouverte afin de diminuer sans cesse davantage la rémunération du travail, où, en conséquence, le dumping social et les délocalisations sont la règle, où toutes les activités humaines sont abandonnées aux lois du marché.

    Cette Europe-là est un vaste jeu de monopoly où tous les coups sont permis, où les banques et les institutions financières jonglent avec l’argent au détriment de l’économie réelle. Telles sont les cause profondes des situations grecque, irlandaise, portugaise, espagnole et italienne. Et le sommet du 21 juillet n’a rien réglé, si ce n’est donner de l’argent, encore de l’argent à ceux qui le gaspillent tandis que les peuples sont invités à payer la facture.

    Votre « règle d’or » vise à inscrire ce mécanisme destructeur dans le marbre de notre loi fondamentale. Vous vous parez certes des mérites d’un gestionnaire vertueux et soucieux de l’équilibre budgétaire et du poids de la dette.

    Sous votre quinquennat pas encore achevé, le déficit public est passé de 3,2 % du PIB à 7,1 % ; la dette s’est envolée de 62 % à 84,5 %. « La faute à la crise », me direz-vous. Échappatoire facile.

    Toutes vos réformes fiscales depuis 2007 en faveur des plus riches ont été financées par l’endettement : paquet fiscal, taxe professionnelle, ISF, soit 20 milliards d’euros empruntés chaque année. L’accumulation des niches fiscales représente 30 milliards d’euros, les exonérations de cotisations sociales 173 milliards d’euros. Et il faudrait ajouter à tout cela ce que nous coûtent la casse de nos industries et la baisse du pouvoir d’achat des français. Et le sommet de Bruxelles alourdira encore de 15 milliards d’euros la dette française.

    Et vous voudriez que nous allions plus avant dans cette voie qui nous conduit dans le mur.

    Je vous propose d’en appeler à la souveraineté populaire : organisez un référendum et le vaste échange qui le précédera. Nous pourrions l’envisager dans le courant du mois de décembre 2011.

    Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’expression de ma haute considération.

    André GERIN


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  • Ce que Nicolas Sarkozy a écrit aux parlementaires

    L'Expansion.com - publié le 26/07/2011 à 10:21

    Pour la première fois, un président a envoyé une lettre aux députés et sénateurs. Dans ce courrier signé de sa main, Nicolas Sarkozy vante les décisions européennes sur la Grèce et appelle à mots cachés l'opposition à voter la règle d'or budgétaire.

    Nicolas Sarkozy a adressé un courrier signé de sa main aux parlementaires pour faire le bilan du plan d'aide à la Grèce.
    REUTERS/Eric Feferberg/Pool

    Pour la première fois, un chef de l'Etat français a écrit aux députés et sénateurs. Dans cette lettre, révélée par Le Figaro et que les parlementaires devraient recevoir aujourd'hui, Nicolas Sarkozy vante les décisions prises par la zone euro pour sauver la Grèce. "Depuis plus d'un an maintenant, la Grèce traverse une crise d'une gravité exceptionnelle. Au-delà du sort de la Grèce qui nous concerne tous, c'est l'avenir de toute la zone euro qui se joue, donc notre avenir et celui de toute l'Europe", rappelle le président.

    "Le sommet qui s'est tenu à Bruxelles jeudi a constitué une étape fondamentale. Il a d'abord permis l'adoption d'un plan global et ambitieux de soutien à la Grèce. Ce plan organise non seulement l'aide d'urgence indispensable pour permettre à ce pays de continuer à faire face à ses échéances, mais aussi un effort de moyen et long terme pour alléger le poids de sa dette et l'aider à rétablir son économie", se félicite Nicolas Sarkozy.

    Le chef de l'Etat reconnait toutefois qu'au-delà de ces progrès et de ces avancées, "la question fondamentale reste celle de la gouvernance de la zone euro". Sur ce sujet, il indique que Paris va travailler main dans la main avec Berlin afin de pourvoir faire des propositions communes "avant la fin de l'été". Dans ce contexte de crise, la France se doit d'être "exemplaire dans sa remise en ordre de ses comptes publics", poursuit le président, qui estime que la France doit "continuer à oeuvrer pour le renforcement de sa compétitivité."

    "En France, dans les mois qui viennent, nous avons besoin de nous rassembler sur ces questions essentielles, au-delà des intérêts partisans. La représentation nationale que nous incarnons jouera, j'en suis sûr, un rôle majeur pour assurer le sens de notre responsabilité commune face à l'Histoire", conclut le chef de l'Etat. Une allusion à peine voilée à la fameuse "règle d'or budgétaire".

    Sous ce nom se cache un projet de loi de réforme dont le but est d'inscrire dans la Constitution l'obligation de limiter les déficits publics et de ramener à l'équilibre le budget de l'Etat. L'Assemblée et le Sénat ont déjà voté ce texte début juillet. Mais pour modifier la Constitution, une majorité des trois cinquièmes du Parlement est nécessaire. Or les socialistes ont d'ores et déjà annoncé qu'il voteraient contre ce projet de loi.

    Parce "c'est faire d'un sujet extrêmement sérieux, le redressement des finances publiques de la France, un objet purement politicien, expliquait récemment à L'Expansion.com Michel Sapin, secrétaire national du PS à l'économie. C'est une opération de communication d'un gouvernement qui, depuis qu'il est au pouvoir, a fait exploser les déficits. L'objectif est de mettre la gauche en difficulté. Nous ne tomberons pas dans le panneau."

    Sarkozy écrit aux parlementaires et les exhorte à voter la règle d'or budgétaire

    Nicolas Sarkozy exhorte majorité et opposition à l'union sacrée sur la "règle d'or budgétaire" qu'il veut inscrire dans la Constitution française, dans une lettre aux parlementaires dévoilée mardi 26 juillet par plusieurs médias, dont Le Monde. Assemblée et Sénat ont voté cette règle, mais le président français n'a pas, à ce jour, la majorité des trois cinquièmes nécessaire au Parlement réuni en congrès pour la ratifier, du fait du refus de la gauche de joindre ses voix à celles de la droite.

    Dans la lettre que députés et sénateurs devaient recevoir mardi, le président vante le plan de sauvetage financier de la Grèce, adopté jeudi par les dirigeants de la zone euro, grâce à un accord franco-allemand conclu la veille avec la chancelière Angela Merkel à Berlin. Il estime que l'étape suivante doit être un renforcement de la gouvernance économique de la zone euro et souligne, à ce propos, que la France doit être "exemplaire" dans la remise en ordre de ses comptes publics.

    "RASSEMBLER AU-DELÀ DES INTÉRÊTS PARTISANS"

    Il rappelle que les décisions prises à Bruxelles l'ont été en privilégiant l'intérêt général et malgré des sensibilités politiques différentes et il invite les parlementaires français à faire preuve du même sens des responsabilités. "En France, dans les mois qui viennent, nous avons besoin de nous rassembler sur ces questions essentielles, au-delà des intérêts partisans, écrit-il. La représentation nationale que nous incarnons jouera, j'en suis sûr, un rôle majeur pour assurer le sens de notre responsabilité commune face à l'Histoire."

    En inscrivant dans sa Constitution l'obligation de limiter les déficits publics et de ramener à l'équilibre le budget de l'Etat, la France suivrait les pas de l'Allemagne, qui dispose déjà d'une telle "règle d'or". Mais à neuf mois de l'élection présidentielle, l'opposition, en particulier le Parti socialiste, n'entend pas faire cette fleur à Nicolas Sarkozy, qui briguera, sauf coup de théâtre, un second mandat au printemps prochain. Selon les calculs de l'Elysée, il manque entre trente et quarante voix, compte tenu de la perte anticipée d'une dizaine de sièges lors des élections sénatoriales de septembre, et le président ne peut guère espérer, en l'état actuel des choses, en récupérer qu'une dizaine, au prix de tractations laborieuses.

    Dans sa lettre aux parlementaires, Nicolas Sarkozy s'efforce donc de mettre l'opposition face à ses contradictions, tout en prenant soin de ne pas trancher définitivement la question d'une convocation éventuelle du Congrès, désormais repoussée en septembre ou cet automne. Selon l'entourage du président du Sénat, Gérard Larcher, la question a été évoquée lundi par le chef de l'Etat à l'Elysée lors d'un déjeuner auquel participait aussi le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer. ce dernier a déclaré à l'issue de ce déjeuner que la question ferait "partie des débats de la rentrée".


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  • Pour qui roulent les politiques ?

    Cela faisait quelques jours que je voulais écrire un papier sur la crise financière. La tension montait, les bourses chutaient, les résultats des fameux stress-tests allaient tomber, et des réunions importantes allaient se tenir… enfin des réponses, espérai-je secrètement, et après nous serons à quoi nous en tenir… et puis il y a eu le “pré-accord” entre l'Allemagne et la France d'abord, et ensuite la conférence de presse accordée par monsieur Sarkozy : les bourses remontaient, la Grèce allait être sauvée, tout le monde allait mettre la main à la pâte, enfin tout était arrangé.

    Et puis aujourd'hui les commentaires sont plus mitigés. Quelques uns soupçonnent une entourloupe, d'autres y voient un compromis honorable, et certains le moyen de gagner du temps. Personne cependant ne croit réellement que la situation se soit arrangée outre mesure, car en définitive le problème structurel du système financier n'est pas réglé : l'Europe court droit à la récession généralisée, tandis que les principaux responsables de celle-ci s'en sortent plutôt bien.

    Que conclure de tout ceci ?

    Je ne vais pas commencer à décortiquer les annonces faites ni les chiffres promis, mais juste me contenter de rappeler ce qui ressort clairement de ce “sauvetage”assuré à la dernière minute : les Etats paieront, une fois encore, tandis que les plus grands organismes financiers n'y seront pas contraints. Comme si, une nouvelle fois, on avait sacrifié la justice sociale à la puissance de l'argent, et que le pouvoir politique avait cédé devant le chantage du pouvoir financier.

     

    Comment est-ce possible ?

    Il semblerait que les tergiversations européennes sur la conduite à tenir en cas de déclassement de la dette grecque n'étaient en réalité qu'une sorte de bluff destiné à opposer aux banques (qui ne veulent pas payer) la possibilité d'une explosion de la “zone euro” à travers le “lâchage” de la Grèce. Les bourses ont chuté, les notes de plusieurs pays ont baissé simultanément, et ceux qui ressemblent maintenant à deux camps opposés se sont précipité pour régler l'affaire : les politiques poussés par la réalité économique et sociale de leur Etat ne veulent pas risquer de mécontenter encore un peu plus un peuple déjà largement mis à contribution, tandis que les banques menacent de laisser s'écrouler l'Europe si elle ne leur permet pas d'assurer en son sein les bénéfices qu'elles désirent obtenir.

    Tout ceci ne s'explique qu'à travers le prisme du “retournement du capitalisme“, retournement dont il faut comprendre les mécanismes pour éclairer les enjeux actuels. Le pouvoir financier a besoin, pour faire fructifier ses avoirs, d'une certaine stabilité économique et sociale, et ne se soucie guère de la manière dont elle est obtenue. Si la Chine ou la Libye veulent faire des affaires, il lui importe peu que leur régime soit démocratique, ou pas.

    Or il devient peu à peu plus intéressant pour le monde financier de traiter avec ceux qu'on appelle les pays “émergents” qu'avec  ceux dits “développés”, ces derniers voyant leur potentiel de croissance nettement inférieur à celui des premiers…

     

    Mais le pouvoir politique a besoin du pouvoir financier pour pouvoir continuer d'une part à se maintenir au sein des “grands” de ce monde, et d'une autre pour faire repartir une croissance que leurs ressources naturelles ne leur permettent pas seules. C'est ce “retournement” qui se trouve en fait être à la base de ce qui se trouve être une crise certes mondiale, mais une crise du monde des “pays riches”: l'Asie, l'Amérique latine et l'Afrique ne semblent pas être si durement touchées (du moins par les problèmes de la dette).

     

    Ce retournement est également à l'origine du déséquilibre qui a modifié les rapports entre le pouvoir politique et le pouvoir financier : autrefois interdépendants, ces deux mondes s'écartent peu à peu car leurs intérêts divergent de plus en plus : alors que le pouvoir politique est jugé sur des résultats concrets, visibles, physiques, sanctionné par des élections et dépendant de l'argent pour faire campagne, il doit faire face aux remontrances continuelles d'un peuple qu'on prend de plus en plus ouvertement pour un imbécile. En face, le pouvoir financier préférerait sans doute voir un peuple plus docile sous la coupe d'un pouvoir politique plus ferme, car la stabilité est en économie une source de confiance, de faibles coûts de crédits… et de bonnes notes de la part des agences chargée de les donner.

     

    Ce qui place les gouvernants dans une situation plus qu'inconfortable : pris entre deux feux (le peuple qui désire plus de justice sociale et le pouvoir financier qui exige plus de rentabilité), ceux qui dirigent depuis plusieurs siècles la marche du monde ont donc dû faire un choix: celui des financiers, ou bien celui des peuples- et il semblerait que c'est bien le premier qui a été retenu.

     

    Les gouvernants feront donc croire aux peuples que les mesures prises sont les seules capables de résoudre la crise, sachant pertinemment qu'elle se creusera encore d'ici à peu… (après les élections de 2012 ?) Cette crise va engendrer la disparition progressive de l'Etat social au profit de l'union proposée à cette occasion, union qui se fera autour du “couple” franco-allemand, et au détriment de la démocratie. En se soumettant aux volontés du pouvoir financier, le pouvoir politique espère ainsi créer les conditions d'une véritable révolution qui sera résolue par la fin de la démocratie. En laissant le champ libre aux banques et en faisant porter tout le poids de la crise aux citoyens, les politiques tentent une dernière fois de “profiter” (enfin comme dirait monsieur Sarkozy de “saisir l'occasion”) de ce qu'il leur reste de puissance pour mettre en place cette “gouvernance économique” dont ils disent aujourd'hui tout haut le nom (dixit Nicolas Sarkozy)… au détriment du peuple.

     

    En choisissant de faire porter le poids de la crise aux peuples plutôt qu'aux banques, les gouvernants actuels ont exprimé leur soumission au pouvoir financier plutôt qu'aux désirs des peuples, marquant ainsi le mépris qu'ils entretiennent à leur égard. En préférant satisfaire les intérêts financiers plutôt que ceux du peuple, ils ont fait un choix clair et définitif. Cette gouvernance économique censée protéger l'Europe ne sera en réalité que le moyen de stabiliser la zone euro, pour le plus grand profit de financiers qui, autrement, sont prêts à déserter cette zone pour aller faire de l'argent ailleurs. Même si cette stabilisation se fait au prix de la disparition de la démocratie et de la justice sociale, les gouvernants voudront toujours sauver leur enviable position  au sein du concert des nations, et n'hésiteront sans doute pas à faire appel ensuite au meilleur cocktail qui soit pour faire revenir la croissance et asseoir à nouveau leur domination : la guerre.

    Caleb Irri

    http://calebirri.unblog.fr


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  • Communiqué LKP relatif à la présence des jeunes Guadeloupéens au défilé du 14 juillet 2011

    Moyen Orient

    Le 14 juillet, une trentaine de jeunes stagiaires Guadeloupéens du Service Militaire Adapté défilaient sur les Champs Elysées. En 50 ans, cette structure propre aux dernières colonies françaises aura « formé » des milliers de jeunes en échec scolaire. En se vantant par ailleurs d’un taux d’insertion de l’ordre de 85%, dans un pays où le chômage touche 6 jeunes sur 10. 

    Mais alors, pourquoi un tel dispositif n’est-il pas reproduit en « Métropole » s’il présente de tels résultats positifs ? Pourquoi ne pas installer des SMA aux quatre coins de la France « hexagonale » et ainsi endiguer le chômage des jeunes ? 

    Ce dispositif serait tellement bénéfique que Nicolas SARKOZY - lors des fameux états généraux – avait prévu de doubler les effectifs de ces    stagiaires, passant ainsi de 3000 à 6000. Et pendant ce temps, l’AFPA Guadeloupe aura été liquidé. Le fameux centre régional devant la remplacer (CRFP) n’en finissant pas de rater son ouverture.  

     

    Plus fort encore, une vingtaine de jeunes enfants, des « timoun » habillés en doudou, kon antan    lakoloni, ayant au plus 12 ou 13 ans étaient au beau milieu des soldats. Mais que venaient faire des jeunes enfants dans un défilé militaire, entourés de soldats, forces    spéciales, légionnaires et autres parachutistes spécialisés pour dispenser la mort?! 

    Cette démonstration n’est pas sans nous rappeler ces groupes de jeunes enfants qui chantent et dansent pour des dictateurs sous d’autres cieux. Il n’y  a pas si longtemps, sonjé jan yo fè fanmi annou chanté Maréchal nous voilà

     

    Au-delà du fait qu’un certain nombre de jeunes puissent être formés au SMA, il convient de s’arrêter sur les véritables raisons de l’existence même de cette structure chez nous et la présence de ces jeunes stagiaires et jeunes enfants Guadeloupéens le 14 juillet à Paris. Il s’agit pou YO

    -          D’exhiber la grandeur et l’immensité de l’empire colonial français en affichant à la face du monde tel un trophée, et tout particulièrement aux Français, les résultats obtenus par « cette mission civilisatrice » qu’un pouvoir quasi divin aurait donné à la France afin d’éduquer les sauvages, cultiver les indigènes et en faire    des hommes. 

    -         De perpétuer l’idée selon laquelle les jeunes « ultramarins » seraient de niveau et de compétences inférieurs aux jeunes français, d’où la nécessité du SMA (Nous avons les plus forts taux d’échec scolaire) légitimant ainsi le maintien d’un système scolaire inadapté dans notre pays. 

    -         De bien ancrer dans la tête de nos jeunes, granbonnè, qu’ils n’existent et ne doivent leur salut que grâce à la générosité de la mère patrie, otrèman ou pa moun

    -         De poursuivre l’opération de séduction (2011, année des outre mers) en direction de la diaspora des colonisés, véritable réserve de voix pour les prochaines    présidentielles. 

    Alors, aucun doute, nous sommes bien dans le droit fil de la loi du 23 février 2005 reconnaissant les bienfaits de la colonisation, de la domination et de l’asservissement des peuples. 

     

    Après, il ne leur restera qu’une chose à faire : nous inviter à accomplir « notre fameux devoir de citoyen » en allant « émarger » notre carte, perpétuant ainsi l’illusion d’avoir une quelconque prise sur notre vie, sur notre devenir. E pannansitan, la société Guadeloupéenne poursuit sa lente agonie.

     

    NON, nou péké lésé YO tchouyé péyi la é Pèp Gwadloup !  

     Ansanm ansanm, annou    kontinyÉdÉchoukÉ pwofitasyon. 

    GwadloupÉyen doubout ! Gwadloup sÉ tan nou, a pa ta yo !                                                                                                                                                                                                          

     LKP - Lapwent – 17 jwiyé 2011


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  • Moyen Orient

    PASSAGE du RMI au RSA et autres petites économies sur le dos des + pauvres : - Un certain nombre, de bénéficiaires du RSA dit “activité” ou “chapeau”, ne coute pas d’argent  en +, à la collectivité, et pour d'autres, coute bien moins qu' annoncé médiatiquement. Pour la simple raison, que l'allocation RSA activité, n’est pour tout ou partie, qu’une simple avance de la PPE ( prime pour l’emploi ) qui était versée avant le RSA, par les impots. à l'époque du RMI les mesures d'incitation qui existaient déjà, à reprendre une activité ( cumule salaire + RMI ), pouvaient, elles, se cumuler avec la PPE.
    -  + forte incitation à faire fonctionner ce qu’on appelle “l’aide alimentaire”, donc, là encore, des économies, puisque si un parent verse par exemple une aide régulière de 100 euros par mois, qu'il déduit de ses impots, le RSA est donc diminué d’autant, mesure qui n’était quasi jamais appliquée pendant le RMI ( à part par les conseils généraux les + réacs de l'époque ).
    - Perte + rapide des APL qu’à l’époque du RMI, lors d’une reprise d’activité ( 4 mois d'APL en moins, en moyenne, c'est reconnu sur leurs rapports d'évaluation )
    - L’UMP a pondu un décret, discrètement, pour qu’il y ai de moins en moins de bénéficiaires de la PPE, en décidant de ne plus indexer, sur l’augmentation du smic etc, les baremes (plafonds) pour pouvoir y prétendre, tant que ce décrèt est en application, la PPE au fil des années, concerne dont toujours moins de monde.
    - L’UMP, niveau CAF a supprimé la rétroactivité de 3 mois, concernant les APL, qui permettait de faire les démarches, dans les 3 mois lors d'un aménagement, encore des économies sur les + nécéssiteux.
    - L'UMP, se souvenir aussi, qu'ils ont modifié, les attributions des allocations familiales, les suppléments selon les ages, résultats, sur la durée, des milliers d'euros en moins pour des familles, pour certains riches, pas bien grave, ça fera quelques cours de piano, d'équitation, ou quelques semaines de sports d'hiver en moins, de payés par la collectivité, mais hélas, pour bon nombre de familles, les allocations servent à manger, tout simplement.
    - L’UMP a fait perdre éxonération de la taxe habitation, et de la redevance TV , encore une fois bien + rapidemment qu’au RMI, lors de reprise de petits boulots, puisque le statut "travailleur" passe devant le statut "Rsaste" même si on reste dans le dispositif pour cause de salaire pitoyable.
    - L'UMP a également fait disparaitre la prime de 1000€ ( prime de retour à l'emploi ) qui concernait les RMistes sous certaines conditions, lors de reprise d'un emploi, et quelques mois plus tard, a fait également disparaitre cette même prime d'aide à la reprise d'un emploi, pour les bénéficiaire de l'ASS ( allocation de solidarité spécifique ).
    - L’UMP a levé le secret bancaire ( là ou avant il fallait décision d'un juge) , et taxe l’épargne des pauvres, indirectement, de 3% par an du capital, 3% qui viennent en déduction du RSA ( là encore, au RMI, rares les fois ou ils allaient jusque là ) … et encore pire, même l’épargne des gamins est taxée !! leur eventuel livret A … si épargne non déclarée, ont devient donc fraudeur aux yeux de la CAF ( dissimulation d'épargne )
    - L'AER Allocation Equivalent Retraite, pour les "anciens", proches de la retraite, qui ont perdu leur boulot, n'existe plus pour les personnes qui arrivent en fin de droit en 2011, des milliers de personnes en +, dans la grande pauvreté ou la précarité.
    - L'UMP vous a sucré également un jour férié. - Flicage, surtout des mamans déclarées solo, … ou c’est souvent de la fraude de survie quand il y en a, et ou ça plonge certains foyers dans des situations DRAMATIQUES .. surtout avec le rappel des trop perçus. aucune difference entre la vraie fraude des "foyers riches" et la non déclaration pour ne pas sombrer toujours + bas, donc la "fraude" de survie. Exemple : Chantal, maman solo d'un enfant de 2 ans, seule, perçoit 687,48€ tout compris (RSA et autres prestations sociales ou pension alimentaire etc), elle tombe amoureuse de Farid, SDF 466,99€ … elle ne déclare pas qu’ils se mettent en couple, elle devient fraudeuse aux yeux de la CAF. En se mettant en couple déclaré, ils auraient pour 3, pu que 701,89€ en tout … IMPOSSIBLE de survivre avec ce montant à 3, c'est, dans le cas présent, comme si Farid, passait de 466,99€ SDF, à 14,41€ par mois dans les faits, du fait de se mettre en ménage et de sortir enfin de la rue. seuil de pauvreté personne seule, après impots et prestations sociales 950€ ( chiffre 2008 ) seuil de pauvreté couple 950€ + 50% de 950€ = 1425€ seuil de pauvreté couple + 1 enfant de - de 14 ans = 1425 + 25% de 950€ = 1662,50€

    même avec de l’APL , en France, les minimas sociaux sont souvent largement moins que 2 FOIS sous le seuil de pauvreté. ( parmis les + faibles d'europe, contrairement à la propagande qui est faite par l'UMP, par rapport au cout de la vie, et la France est un des rares pays à laisser des - de 25 ans sans aucune ressources ). C’est scandaleux dans le pays qui a la plus grosse concentration de millionnaires au monde en million de dollars (fortunes et patrimoines), devant les USA .. 1 personne sur 30 en France, une sur 31 aux USA, une sur 68 en Allemagne.
    - Pour terminer mon article je rappelle qu’un bénéficiaire du RSA, en général, 100% de son aumone de survie, retourne dans l’économie, conso et taxes.

    Et si on regarde bien, un bénéficiaire du RSA ou autre minima social, proportionnellement à ses maigres revenus, très souvent, il paye + d’impots au final ( en comptant donc TVA, taxes indirectes ) que n’importe quel RICHE en France, ou que n’importe quel foyer fiscal classe moyenne. Oui oui je sais, ça surprend, on se dit, “c’est pas possible”, si si, j’affirme ce que je marque.

    Les + pauvres en France, sous les seuils de pauvreté, payent tout compris + d’impots que n’importe qui, idem pour les Smicards, et idem pour les foyers célibataire, juste un peu trop au dessus du SMIC.

    En comparant avec un foyer classe moyenne supérieure, avec 2 enfants, en payant seulement mon EDF, je dis bien SEULEMENT MON EDF, dans mon logement pas isolé, j’avais déjà payé proportionnellement à mes revenus, + d’impots et taxes, que ce foyer fiscal, en comptant ses impots locaux + ses impots sur le revenu ( dérisoires) + ses TVA et taxes.

    Ce foyer épargnait dailleur des milliers d’euros par an, qui lui généraient en + de ça, des intérêts .. ce foyer fiscal aisé, percevait donc allocations familiales en + de ces dégrevements d’impots liés aux parts fiscales, et diverses niches fiscales et crédits d’impots. L’état lui payait même 50% des emplois de services, de domestiques etc …

    La France à 2 vitesses .. et encore, j'ai du oublier bien des choses, qui ont diminué le pouvoir d'achat des moins riches en France, depuis l'UMP au pouvoir.
    Seule minuscule "avancée", est l'augmentation de l'AAH, et encore, vue l'augmentation du cout de la vie, et que les bénéficiaires ne peuvent pas bénéficier de la CMU, au mieux, ils n'ont rien perdu, mais rien gagné non plus.

    http://www.lepost.fr/article/2011/06/19/2527765_comment-l-ump-entube-les-pauvres-en-faisant-croire-le-contraire.html

     


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     Sarkozy 2012 : Pas trop tôt pour repartir en campagne ?par  Frédéric VIGNALE

    Moyen OrientC’est officiel : le parti de la majorité présidentielle "va lancer cet automne son propre réseau social, "Les Créateurs de Possibles", pour mobiliser sur la Toile ses adhérents et sympathisants en vue des prochaines échéances électorales, notamment la présidentielle de 2012", ont indiqué à l’Agence France-Presse plusieurs sources UMP.

    Déjà mercredi matin, Le Canard enchaîné nous annonce la nouvelle : "Nicolas Sarkozy lance sa campagne présidentielle 2012" titre le palmipède dans son édition du 29 juillet 2009. "La direction de l’UMP a tenu un séminaire, en toute discrétion, mardi 21 juillet, à la Maison de l’Amérique latine pour lancer la campagne présidentielle de Sarko en 2012", lit-on en page deux, là où se trouvent tous les bruits de couloir les plus cocasses, mais dans un article à part. L’AFP, bonne fille, confirme la nouvelle dans la journée.

    À une différence près cependant : Nicolas Sarkozy ne s’est pas encore officiellement déclaré candidat, mais qui l’imagine jeter l’éponge au bout du premier mandat ? "Je voulais dire aux Français que ma santé était bonne, que j’avais eu un coup de fatigue et que quand le président a un problème, il est tout à fait normal que les Français en soient informés", a-t-il pourtant expliqué sur le perron de l’Élysée à la sortie du dernier conseil des ministres avant les congés annuels. Évoquant "une panne d’essence", Nicolas Sarkozy a du prendre un peu de recul par rapport à sa volonté d’avancer coûte que coûte.

    Connu pour son activisme tous azimuts, Nicolas Sarkozy, qui s’est vu conseiller par les médecins un "repos relatif" après ce malaise survenu lors d’un jogging, a concédé : "Il faut que je me repose". Est-ce bien le moment pour repartir en campagne ? L’année 2009 se révèle assez bonne dans le cru présidentiel. Avec un succès électoral aux élections européennes au printemps, son parti, l’UMP, retrouve quelques couleurs et le goût de vivre. Il reste encore le cap des régionales à passer, aux prises avec une crise économique dont les conséquences ont été d’effacer les promesses de Nicolas Sarkozy sur la revalorisation du travail et du pouvoir d’achat. Mais qui s’en souvient ?

    "Depuis sept ans, entre les campagnes électorales, le ministère de l’Intérieur, le ministère des Finances, la présidence de l’UMP, la présidence de la République… certainement que ça a été rude", a-t-il ajouté. "Est-ce que je crains que ça se reproduise ? Je ne suis pas au-dessus des règles physiques, je suis un être humain, j’ai eu un coup de fatigue : est-ce que c’était dû à la déshydratation, à la chaleur, je ne le sais. J’ai couru des milliers de fois comme ça sans qu’il ne se passe quoi que ce soit", a-t-il dit. C’est un homme qui vient faire amende honorable devant ses concitoyens, l’image de son dynamisme écornée. Sommé de mettre un bémol à son activité débordante, est-il opportun pour Nicolas Sarkozy de se préparer en ce moment pour de nouvelles élections ? Bien sûr, l’UMP et l’AFP n’ont rien laissé entendre au sujet de ses intentions pour 2012.

    "L’UMP compte lancer en octobre deux sites : le site du parti très largement rénové et un autre, original, pour ratisser large dans l’espoir d’attirer autant de monde qu’un site comme Meetic", raconte Le Canard enchaîné. Après avoir pris la mesure des réseaux sociaux sur Internet avec Facebook, le président de la République "ambitionne aujourd’hui de dépasser l’élève américain et de révolutionner les campagnes électorales sur le Web". Christophe Lambert et Pierre Giacometti sont chargés de la mise en œuvre, et participent à une "cellule élyséenne" chargée notamment de "travailler sur l’image du président, et d’organiser sur Internet un grand réseau d’adhérents mais aussi de sympathisants en vue de la présidentielle de 2012, et avant, des régionales de 2010", selon un responsable de l’UMP.

    Le projet, à première vue, a un goût de Désirs d’Avenir remis à celui du jour avec la mode des réseaux sociaux. Les modérateurs de l’UMP vont donc apprendre à se jouer des perturbateurs et des trublions sur Internet, et de leurs attaques bien organisées. L’internaute ne va pas se laisser cantonner au rôle de spectateur de la campagne et risque pour certains de manifester son mécontentement après un premier mandat de 5 ans avec des réformes ininterrompues. Nicolas Sarkozy fait ses premiers pas sur Internet avec Facebook, encore qu’il délègue certainement la gestion de son compte à ses deux collaborateurs. Mais Facebook n’est pas un site approprié à la confrontation des idées, et il ne pourra pas faire l’impasse de la contradiction, même par écran interposé.

    Alors Sarkozy 2012, n’est-ce pas un peu trop tôt, ou trop tard pour s’y mettre ? Nicolas Sarkozy, qui vient de tomber en "panne d’essence", qui vient de se voir associé au "trou du cul du Web" par des usagers d’Internet hostiles à son projet de pénaliser le téléchargement illégal, aura tout intérêt à mettre un peu d’huile dans le moteur !


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  • Avec peu de surprise, le Bureau National du Parti Socialiste vient d’annoncer qu’il voterait la poursuite de la guerre en Libye lors du vote prévu à l’Assemblée nationale le 12 juillet prochain.

    Plus que la position elle-même, c’est le coté lénifiant de l’argumentation qui la justifie qui ne lasse pas d’inquiéter sur l’état du Parti Socialiste à un an des élections présidentielles.

    On y retrouve tous les messages de la propagande officielle sur le mandat de l’ONU, sur une intervention militaire nécessaire, censée assurer la protection des civils, etc …

    Par contre, aucune question sur la situation elle-même, sur le terrain comme au plan diplomatique :

    - Quid des demandes incessantes de l’Union Africaine, de la Chine, de la Russie comme de la plupart des pays du monde, y compris maintenant de l’Italie, de cesser les bombardements de l’OTAN pour laisser la place à une solution politique ?

    - Quid des dissensions de plus en plus fortes au sein de l’OTAN comme de l’Union Européenne sur la position belliciste de la France ?

    - Quid de l’objectif de renverser Kadhafi, qui est maintenant l’objectif officiel de la France et dont Alain Juppé lui-même a déclaré qu’il sortait du cadre de la résolution 1973 ?

    - Quid de l’alignement de plus en plus visible de la France sur les USA ?

    - Quid du rejet de plus en plus grand de la France, de plus en plus taxée de colonialisme, par les pays africains et en particuliers leur jeunesse ?

    - Quid de l’enlisement sur le terrain et du gouffre financier à 1,2M€ par jours ?

    - Quid de la présence de militaires français au sol prenant déjà part aux opérations ?

    - Quid de l’intérêt de la France et des français dans cette aventure ?

    Aucune de ces questions, ni aucune autre, n’est posée par le PS alors que les citoyens et contribuables français mériteraient d’avoir un minimum d’éclaircissements sur les objectifs et le retour attendu pour eux et pour la France de cette intervention.

    En lisant le communique du Bureau National, on a l’impression que les responsables du PS ont vécus enfermés au fond d’une cave depuis des semaines. Il est vrai que tant l’affaire DSK que les jeux de subtile tactique interne pour les primaires les ont beaucoup occupés.

    Peut être d’ici 2017 auront ils le temps de s’occuper des français….

    En attendant, Sarkozy a peu de soucis à se faire, même s’il perd aux élections de 2012 et laisse la place au candidat PS, c’est la même politique qui continuera d’être mise en oeuvre. D’ailleurs Manuel Walls, une des étoiles montantes du PS vient de l’annoncer : “il ne faut pas revenir à la retraite à 60 ans”. Mais c’est un autre sujet.

    Alors qu’aux Etats-Unis, les représentants des citoyens américains mènent un véritable débat depuis plusieurs semaines sur cette intervention, débat qui vient de se terminer par un vote interdisant à l’administration d’Obama d’aider les rebelles, nos députés de gauche semblent paisiblement endormis sur leurs certitudes.

    Au néo-libéralisme, le PS vient maintenant d’ajouter le néo-colonialisme. Le néo-sarkozysme n’est plus très loin !

    Le lien vers le communiqué du PS : http://www.parti-socialiste.fr/communiques/position-du-bureau-national-du-parti-socialiste-sur-la-prolongation-de-l-intervention-mi

    Article paru sur “La lumière des racailles dans la nuit des karchers” : http://www.lalumieredesracailles.net

    Fabrice Collette @ July 10, 2011


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  • Moyen Orient

    Le titre de l’article de l’Observer de dimanche donnait le ton de l’article « d’information » politique biaisé et opportuniste qu’il introduisait : « Noam Chomsky accuse son vieil ami Hugo Chávez » d’attaquer « la démocratie ».

     

    La phrase d’ouverture qui suivait était un chef d’œuvre d’insinuations perfides :

    « Hugo Chávez a longtemps considéré Noam Chomsky comme l’un de ses meilleurs amis en occident. Il s’est repu des éloges du célèbre intellectuel sur la révolution socialiste vénézuélienne et a fait écho à ses dénonciations de l’impérialisme étasunien. »

     

    Le ricanement ironique suscité par le spectacle du président du Venezuela se repaissant des « éloges » de Chomsky ainsi que l’insinuation perfide selon laquelle Chavez est un robot qui « fait écho » aux diatribes de son copain, préparent les partis pris, les mensonges et les omissions qui vont suivre.

     

    Le reporter Rory Carroll, le correspondant du Guardian en Amérique du sud, a interviewé Chomsky puis il s’est employé à transformer la conversation en un article de propagande. (Pour les lecteurs qui ne sont pas Anglais, l’Observer est le journal qui remplace le Guardian le dimanche).

     

    La vision partiale de Carroll était clairement affichée dès le début : « Chomsky a accusé le leader socialiste d’avoir accumulé trop de pouvoir et « d’attaquer » la démocratie vénézuélienne. »

     

    Comme vous allez vite le constater, ceci est un résumé tout à fait partial et manipulateur des remarques de Chomsky qui a amené ce dernier à dire ensuite que le journal avait fait preuve « d’une grande malhonnêteté » et que l’article de Carroll était « un tissu de mensonges ».

     

    L’interview portait sur la lettre ouverte que Chomsky avait écrite pour demander la relaxe de la juge vénézuélienne María Lourdes Afiuni qui souffre d’un cancer. Afiuni, explique Carroll « a déclenché la colère de Chavez en décembre 2009 en relâchant Eligio Cedeño, un banquier connu qui était accusé de corruption. » Après avoir passé un peu plus d’une année en prison en attendant son procès pour corruption, les autorités vénézuéliennes ont « adouci sa détention et l’ont assignée à résidence ».

     

    Dans la lettre ouverte, qu’il a écrite avec le centre Carr des droits de l’homme de l’université de Harvard, Chomsky dit :

    La juge Afiuni a eu droit à ma sympathie et à ma solidarité depuis le début. Les circonstances de son arrestation, les mauvaises conditions de sa détention et le traitement dégradant qui lui a été infligé à l’Institut national d’orientation féminine, la dégradation dramatique de sa santé et la cruauté dont elle a souffert, tous ces faits avérés m’amènent à craindre pour sa santé physique et psychologique ainsi que pour sa sécurité personnelle.

    La lettre se conclut sur cette demande : « J’espère de tout mon cœur que le président Chavez va examiner l’éventualité de mettre fin à la détention de la juge pour des raisons humanitaires. »

     

    Vers la fin de son article, Carroll fait un effort symbolique pour rétablir l’équilibre :

     

    Selon Chomsky, le gouvernement de Chavez doit être loué pour avoir fortement réduit la pauvreté, pour sa politique de promotion des communautés autogérées et pour sa contribution à l’unité de l’Amérique Latine. « Il est difficile de juger de l’efficacité des ces actions mais si leur succès se confirme, elles seront les germes d’un monde meilleur. »

     

    Mais la mauvaise foi flagrante du titre et des premières lignes de l’article ont déjà fait passer le message voulu : Le président Chavez est un tel extrémiste que même le gauchiste radical Noam Chomsky, un de ses meilleurs amis en occident, dénonce ses agissements.

     

    LA REPONSE de Chomsky : l’article est « d’une extrême malhonnêteté ». Et c’est un « tissu de mensonges »

     

    Les militants et les bloggers n’ont pas tardé à envoyer des emails à Noam Chomsky pour lui demander de réagir à l’article de Rory Carroll dans l’Observer. Voici notamment la réponse de Chomsky à un internaute agressif qui s’était livré à des attaques personnelles contre lui :

     

    Commençons par le titre : c’est un mensonge absolu. Et ça continue comme cela tout au long. Cela apparaît clairement lorsqu’on compare les citations avec leurs commentaires. Comme je l’ai déjà dit, et comme je m’y attendais, l’article sur un interview similaire que j’ai donné au NY Times est beaucoup plus honnête et met en lumière l’extrême malhonnêteté du Guardian.

     

    Je suis sûre que vous comprendriez très bien qu’un dissident iranien qui accuse Israël de crimes, fasse remarquer en même temps qu’on ne peut pas prendre au sérieux les accusations proférées par l’Iran et ses supporters parce que les abus dont l’Iran se rend coupable sont bien pires. Si vous ne le comprenez pas, il faut vous poser des questions. Si vous le comprenez comme je le crois, eh bien la même chose est vraie pour nous. C’est pourquoi parler du [soldat étasunien incarcéré Bradley] Manning (et d’autres encore) est tout à fait approprié.

     

    Joe Emersberger, un militant qui habite au Canada a aussi interrogé Chomsky au sujet de l’article et Chomsky lui a répondu :

     

    La version du Guardian/Observer, est comme je m’y attendais très malhonnête. L’article du NY Times est bien plus fidèle. Les deux passent sous silence des remarques importantes que j’ai faites, comme le fait qu’on ne puisse pas prendre au sérieux les critiques du gouvernement des USA ou de ceux qui le soutiennent, étant donné que Washington a fait bien pire bien qu’il n’aie pas à affronter les mêmes difficultés que le Venezuela, à commencer par le cas de Manning [Manning est la personne soupçonnée d’avoir donné à Wikileaks de grandes quantités de matériel classifié] qui est bien pire que le cas de la Juge Afiuni. Et beaucoup d’autres.

     

    L’interview n’a malheureusement pas été enregistrée. Je devrais pourtant savoir que je dois absolument exiger que tout soit enregistré surtout avec le Guardian, sauf quand j’ai affaire à un journaliste que je connais et en qui j’ai confiance.

     

    En fait le jour qui a suivi la parution de l’article de Carroll, sans doute à cause de la vague grandissante de critiques sur Internet, le Guardian a fait une chose extraordinaire : il a publié ce qu’il a présenté comme une transcription intégrale de l’interview. (Mais contrairement à l’habitude il n’a pas accepté que les commentaires des lecteurs soient postés sous la transcription)

     

    Mais le texte intégral a simplement apporté la preuve de ce que Chomsky avait dit, à savoir que l’article était frauduleux. Sa comparaison avec la justice étasunienne avait été coupée- en particulier le passage sur la torture et les mauvais traitements infligés à Bradley Manning.

     

    Carroll l’avait questionné sur l’intervention du chef de l’exécutif vénézuélien qui avait demandé une longue peine de prison pour la juge Afiuni. Chomsky avait répondu :

     

    Il est bien sûr inapproprié que le chef de l’exécutif intervienne et impose une peine de prion sans un procès. Et je dois dire que les USA ne sont pas en position de dénoncer cela. Bradley Manning est en prison sans être accusé de quoi que ce soit et il est victime de torture car l’isolement solitaire c’est de la torture. Le président des USA est en fait intervenu. Quand on a interrogé Obama sur les conditions de sa détention, il a répondu que le Pentagone lui avait dit qu’elles étaient bonnes. C’est une intervention de l’exécutif dans un cas de violation sérieuse des libertés civiles et ce n’est pas la seule. Cela ne change pas le jugement sur le Venezuela, cela signifie simplement qu’il est admis de passer sous silence les abus commis aux USA.

     

    Chomsky avait ajouté :

    Le Venezuela a subi sans discontinuer de violentes attaques de la part des USA et de l’occident -dans les médias et même politiques. Les USA ont sponsorisé le coup militaire [de 2002] qui a échoué et depuis ils se sont engagés dans des actions subversives tous azimut. Notre dénonciation [....] du Venezuela est grotesque.

     

    Ce commentaire n’apparaissait pas dans l’article publié par l’Observer.

    Il n’était pas non plus fait mention des remarques de Chomsky sur les progrès réalisés par le Venezuela et plus généralement l’Amérique Latine pour surmonter plus de cinq siècles de colonisation et d’exploitation européenne puis américaine :

     

    Je pense que ce qui est arrivé en Amérique Latine ces dix dernières années est sans doute ce qui s’est produit de plus positif et de plus intéressant dans le monde. Pendant 500 ans, depuis l’invasion occidentale, les pays d’Amérique Latine ont été séparés les uns des autres. Ils avaient peu de relations. L’intégration est une condition préalable à l’indépendance. De plus à l’intérieur des pays, le modèle en vigueur était quasiment le même dans tous les pays : une toute petite élite occidentalisée, souvent blanche, concentrait d’énormes quantités de richesse au milieu d’un océan de pauvreté. Pourtant l’Amérique du Sud est une région très riches en ressources naturelles qui dans des conditions normales devrait avoir un développement supérieur encore à celui de l’Asie de l’est, ce qui n’a pas été le cas.

     

    Les citations de Chomsky ci-dessus ne sont que des extraits de réponses beaucoup plus longues qu’il a données à Carroll pendant l’interview. Mais elles ne cadraient pas avec projet du journaliste de présenter Chomsky comme le « dénonciateur » de la soi-disant « attaque » de Chavez contre la démocratie.

    Carroll a une fois dit de lui-même qu’il « n’était pas un champion d’impartialité ». En effet et Joe Emersberger a fait un travail remarquable de mise en lumière et de contestation du journalisme tendancieux de Carroll sur l’Amérique Latine. Carroll et ses éditeurs ont de toute évidence tant de mal à répondre aux emails convaincants d’Emersberger qu’ils n’y répondent généralement pas.

     

    Les lecteurs se souviennent peut-être que le Guardian a des antécédents douteux en ce qui concerne la retranscription fidèle des opinions de Noam Chomsky ; du moins quand il ne se contente pas de l’ignorer tout simplement. La diffamation de Chomsky par le Guardian en 2005 a fait toucher le fond à ce journal « emblème » du journalisme « libéral ».

     

    C’est Emersberger qui résume le mieux ce qui est le plus remarquable dans toute cette histoire :

     

    Ce n’est pas la première fois que Rory Carroll s’intéresse aux opinions de Chomsky sur l’Amérique Latine d’une manière sélective. Quand Chomsky a signé une lettre ouverte en 2008 qui critiquait le président nicaraguayen, Daniel Ortega, Rory Carroll s’est précipité pour l’interviewer. Presque au même moment, Chomsky a signé une lettre ouverte au président colombien Alvaro Uribe à propos de choses beaucoup plus graves, mais le Guardian ne s’y est pas intéressé. A l’époque j’ai demandé à Rory Carroll et à ses éditeurs pourquoi mais ils ne m’ont jamais répondu. Ils ont aussi ignoré une lettre ouverte à Uribe signée par Amnistie Internationale, Human Rights watch et d’autres groupes. J’ai demandé à Carroll et ses éditeurs pourquoi ils l’avaient ignorée et - comme d’habitude- ils ne m’ont pas répondu.

     

    En conclusion :

     

    Noam Chomsky a autrefois été décrit par le New York Times comme « probablement l’intellectuel vivant le plus important ». Et cependant, comme je l’ai déjà mentionné, le Guardian se contente généralement de l’ignorer lui et ses analyses. Mais quand Chomsky critique un ennemi officiel de l’occident, Le Guardian se souvient tout à coup qu’il est une personnalité de poids. Cela confirme ce que nous savions déjà : que la presse libérale est parfaitement consciente de l’importance du travail de Chomsky. Ils l’ignorent tout simplement parce qu’il s’attaque aux intérêts de ceux que les médias soutiennent.

    L’article de Rory Carroll donne un aperçu du statut qu’aurait Chomsky s’il promouvait le mythe de la bonté intrinsèque de l’occident et se concentrait sur les crimes de ses ennemis officiels. Il serait célébré comme l’un des commentateurs politiques les plus brillants et les plus éclairés que le monde ait connu. Il serait de loin l’expert politique le plus influent du monde. On ne cesserait pas de voir son portrait sur le Guardian, l’Observer, l’Independent, la BBC, le New York Times, etc...

    C’est évidemment une leçon d’humilité pour ceux qu’on voit partout dans les médias. Les médias sont une déméritocratie plus que tout autre chose.

    Media Lens est un organisme de surveillance des médias basé en grande Bretagne dirigé par David Edwards et David Cromwell. Le second livre de Media Lens, NEWSPEAK in the 21st Century par David Edwards et David Cromwell, a été publié en 2009 par Pluto Press.

    Pour consulter l’original : http://dissidentvoice.org/2011/07/extreme-dishonesty-the-gua...

    Traduction : Dominique Muselet

    Publié par UN PAYSAN DE L'ALLIER


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  • Déclaration du Bureau Politique du PCF en 1993

    Le combat antiraciste et la question de l’immigration

     La polémique qui a suivi la déclaration du député communiste André Gerin aura eu un mérite. Elle éclaircit les motivations de certains dirigeants du PCF-FDG, croyant venu une occasion de tenter d’éliminer un député communiste, elle confirme celles de beaucoup des mouvements d’extrême gauche férocement anticommuniste plutôt qu’au service de la classe ouvrière, tous se retrouvant avec le parti socialiste et ses courroies de transmission pour contribuer au rideau de fumée idéologique de l’humanisme réformiste, tentant d’interdire aux communistes d’aborder franchement et directement une question essentielle, la place de l’immigration dans l’exploitation et par conséquence dans les luttes de classe d’aujourd’hui. 

    C’est pourquoi nous publierons régulièrement des textes qui sortent de cette polémique pour tenter de « comprendre le monde (et l’immigration) pour le transformer »

     Cet article est extrait d’une déclaration du Bureau Politique du PCF d’Avril 1993. La déclaration complète est ici. Ce chapitre aborde précisément cette question de la place de l’immigration dans le combat politique... Le texte est à la fois représentatif de l’évolution du PCF dans ses années charnières après la grande bataille de Maastricht et juste avant la mutation de Robert Hue, cherchant à prendre en compte les questions sociétales en conservant un point de vue de classe. Il a le mérite de montrer que, loin de céder à une dérive raciste, André Gerin ne fait que reprendre les termes d’une réflexion ancienne des communistes. Comment dire à la fois que l’immigration est un des outils de l’exploitation et du colonialisme, et que la solidarité des travailleurs de toutes origines est une nécessité absolue des luttes de classe ?

     


     2. Le combat antiraciste et la question de l’immigration. 

    Le problème historique soulevé par les flux migratoires qui s’intensifient dans notre monde en plein bouleversement est sans aucun précédent à cette échelle. De tout temps les hommes se sont mis en mouvement et les migrations ont contribué à l’essor des civilisations, en élargissant les horizons, en favorisant les échanges dans la stimulation des contacts. Mais aujourd’hui ce n’est pas un libre choix qui conduit des centaines de millions d’hommes sur les chemins de l’émigration. C’est un terrible exode, révélateur des contradictions qui déchirent l’humanité sous l’ordre dominant des puissances d’argent. 

    A notre époque d’accélération foudroyante de tous les moyens de se déplacer et de communiquer, l’aspiration des hommes à la libre circulation est devenue une grande exigence démocratique qui monte de tous les continents. Ce libre choix suppose de pouvoir vivre dans son propre pays, là où s’enracinent la personnalité, la culture de chacun. Or, pour des centaines de millions d’hommes, l’exode est une question de survie. 

    L’émigration révèle toutes les misères du monde. Pour une minorité qui choisit de quitter son pays d’origine pour valoriser ses compétences, le départ peut sembler une solution. Mais pour l’immense majorité, les migrations sont imposées par le rouleau compresseur d’une pseudo-modernité qui se retourne contre les hommes, « délocalisés » par millions comme des stocks de matière première brute à exploiter. 

    L’émigration est devenue un problème crucial pour les pays de départ qui se dévitalisent. Et l’immigration en est un pour les pays d’accueil, eux-mêmes déchirés par la crise et le chômage. 

    L’ampleur des exodes contemporains met en évidence d’une manière criante l’urgence de l’élaboration d’un nouvel ordre mondial, construit par et pour les peuples dans le dynamisme de leur solidarité de lutte contre les prédateurs financiers qui les pillent et les enfoncent dans les drames humains du chômage, du sous-développement, du déracinement. 

    En cette année où l’on débat des implications de la «découverte» de l’Amérique voici cinq siècles, comment ne pas évoquer la traite des Noirs ? Inexorablement destructeur et civilisateur, le capitalisme naissant a imposé ses normes aux rapports des Amériques, de l’Afrique, de l’Europe. Plus proches de nous, les traumatismes des grandes guerres mondiales puis les chocs de l’écroulement des empires coloniaux ont déjà, en ce XXe siècle de tous les paroxysmes, coupé des populations entières de leurs racines. 

    Au seuil du troisième millénaire, les grandes percées des sciences et des technologies rendraient possible la victoire historique des hommes contre ces fléaux d’un autre âge que sont la misère, la famine, l’ignorance. Cet impératif humaniste devrait permettre à tous les pays de développer leurs atouts en assurant la vie de leur peuple et en apportant à la communauté des hommes la riche originalité de leur patrimoine propre. 

    Mais sous l’égide des milieux dirigeants du monde occidental, ce sont les normes du profit financier qui priment. Aux malheurs séculaires des guerres s’ajoutent désormais à l’échelle planétaire ceux d’un autre type de guerre tout aussi implacable, la guerre économique. Le F.M.I. est devenu le triste symbole d’un remodelage des nations et des peuples sous l’emprise d’un immoralisme que l’on qualifie à Juste titre de « sauvage ». L’Afrique qui nous est si proche par l’histoire plus encore que par la géographie est en état d’urgence absolue. L’Amérique Latine s’enfonce. L’Est européen subit de plein fouet les ravages d’un capitalisme sans frein. 

    Aucun mur ne pourra enfermer les hommes dans des contrées-mouroirs. 

    Pour contenir le désespoir des peuples et prévenir les révoltes potentiellement explosives des temps à venir, les dirigeants du monde occidental redéploient de manière concertée les dispositifs d’un « ordre mondial » qui est celui de leur domination. Après le choc de la guerre du Golfe, c’est le sens des dispositions militaires du traité de Maastricht adossé explicitement à l’0.T.A.N. Sous couvert de «contrôle des flux migratoires» les accords de Schengen tendent à dessaisir les nations de leur souveraineté pour «policer» les frontières au mieux des intérêts dominants. Sous prétexte de maîtrise de l’immigration monte maintenant l’idée d’ériger des « quotas ».

     L’ « euro-racisme » se nourrit ainsi de la conception d’une construction européenne, un prétendu espace de prospérité qui ne serait ouvert que pour les mouvements de capitaux tandis que se dresseraient de nouvelles barrières contre les hommes. 

    De nouvelles ségrégations se verraient institutionnalisées, aggravant encore la mise en concurrence des hommes, leur ségrégation de fait en un nouveau type d’apartheid à l’échelle des continents. Les comportements racistes s’en trouveraient dangereusement légitimés. 

    La question de l’intégration cristallise ainsi toutes les contradictions qui opposent à l’ordre capitaliste dominant le monde les intérêts et aspirations solidaires des peuples du Sud, du Nord et de l’Est. Elle exprime de manière particulièrement sensible, à travers toutes les tensions du mal-vivre quotidien, l’impérieuse nécessité humaine et politique d’un combat social qui ouvre de nouveaux horizons. 

    C’est le même refus de l’inacceptable condition humaine d’aujourd’hui qui nourrit l’effort des communistes français pour faire reculer les ségrégations qui se creusent. Et pour contribuer à faire concrètement avancer, dans les luttes et les idées, des solidarités nouvelles Car le nouveau projet politique auquel ils travaillent pour la France est en même temps, dans sa cohérence profonde, une contribution à la construction d’un nouveau projet européen et d’un nouvel ordre mondial. 

    Certains s’inquiètent de la place que tient désormais dans les affrontements politiques nationaux la question de l’immigration. Ils redoutent qu’en évoquant l’idée même d’un « problème » à ce propos, l’on ne se situe sur un terrain miné par le discours d’un Le Pen en contribuant, en conséquence, à banaliser ce dernier. 

    C’est en réalité le silence qui laisserait le champ libre à la dangereuse démagogie raciste. 

    Quand un problème exprime tant de contradictions, la seule façon de faire pièce aux dérives simplificatrices est d’aborder franchement, avec tous, toutes ses contradictions, pour progresser ensemble dans la recherche de réponses positives. 

    Pour éviter que l’on ne dérape de la perception du «problème » de l’immigration à la perversion raciste qui transforme l’immigré en bouc émissaire de tous les maux sociaux, certains s’interrogent. Ils pensent prendre l’offensive en affirmant que l’immigration est «une chance» pour la France, un révélateur de crise susceptible de re-mobiliser les forces progressistes, un levier dans la construction d’un nouveau mouvement social, votre le ferment d’une nouvelle politique Ce serait escamoter, à contresens des réalités vécues, une contradiction qu’il faut saisir lucidement pour créer les conditions de son dépassement. 

    Contre les propos xénophobes qui véhiculent une conception rétrograde de la «patrie» mise en danger par les métissages venus d’ailleurs, il est évidemment indispensable de rappeler comment la France s’est enrichie au cours des siècles, dans le façonnement de son exceptionnel patrimoine national, de l’apport des étrangers venus y vivre, y travailler, y créer. 

    Mais dans la crise présente, le patronat utilise le poids croissant des pressions migratoires pour mieux exploiter et diviser les êtres humains. Il évoque les quotas pour mieux choisir, au gré de ses intérêts, les forces corvéables. Il tourne la législation pour importer, par des filières clandestines, une main-d’œuvre démunie de tout. Il tire partie de toutes les misères, au mépris des droits et des lois, comptant sur la perpétuation d’une honteuse impunité de fait ? 

    L’immigration porte à leur paroxysme les tensions, les angoisses, les douleur qu’engendrent les stratégies d’exploitation et les politiques d’austérité. Terre d’immigration, au carrefour du Sud et du Nord, aux portes de l’Est, la France est directement et particulièrement concernée par le problème crucial de la montée des flux migratoires dans le monde contemporain. 

    Si le nombre total des immigrés varie peu en France depuis une quinzaine d’années, leur concentration est beaucoup plus accusée et l’évolution des communautés ethno-culturelles concernées transforme sa perception. Naguère originaire du Sud européen latin et chrétien, elle est désormais l’expression vivante d’un Sud maghrébin et africain. Autrefois perçu comme un Eldorado colonial, le monde africain est désormais présent dans les ghettos urbains de notre société en crise. 

    Toutes les dimensions de la crise de notre société y cumulent leurs effets crise de l’emploi, crise urbaine, crise de l’école, crise de la protection sociale, du logement, insécurité, drogue, etc.

     En exploitant toutes les tensions de situations qui deviennent invivables au sens fort, l’extrême droite capte les réflexes de rejet au bénéfice d’une idéologie politique rétrograde, activant les pires pulsions de la xénophobie. Elle s’en défend avec cynisme, en évoquant l’intérêt des immigrés à « rester au pays », à défendre leur identité tandis que les Français défendraient leur « patrie » menacée dans son identité profonde. Le discours de la droite s’infléchit en ce sens, les choix gouvernementaux nourrissant eux-mêmes cette dérive générale qui a conduit hier V Giscard d’Estaing à évoquer les risques d’invasion, et Chirac les «odeurs»... 

    L’élaboration d’une réponse progressiste, de gauche, en prise sur les urgences accumulées et ouverte sur les solidarités et coopérations nouvelles qu’impose la solution des problèmes posés par immigration ne va évidemment pas de soi. Elle suscite des discussions qui se passionnent, à la mesure des difficultés rencontrées.

     Ce débat est très important, au cœur des rassemblements qui se cherchent dans tous les milieux antiracistes a juste titre préoccupés par les risques de recul de civilisation qu’alimentent toutes les dérives racistes et xénophobes. Comment en irait-il autrement quand la situation s’aggrave comme aujourd’hui ? Le P C F apporte sa contribution à partir de son souci humaniste primordial, afin de rassembler tous ceux qui aujourd’hui souffrent, Français et Immigrés, dans la diversité de deux situations et sensibilités, sans exclusive, pour promouvoir ensemble une autre politique. 

    Il propose de faire prévaloir de nouvelles réponses, humaines et progressistes, vers une maîtrise nationale, démocratique et solidaire d’une politique de l’immigration ouverte sur la construction de nouveaux rapports entre les hommes et les peuples, en France, en Europe et dans le monde ; inséparablement. Pour arrêter l’exode de la misère en s’opposant clairement et sur le fond aux politiques d’exploitation des pressions migratoires au profit des stratégies capitalistes de pillage des ressources humaines.

     


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