• Passer de la défensive à l’offensive

     Passer de la défensive à l’offensive

    Actuellement, c’est le capital qui marque des points dans la guerre qu’il mène contre tous les acquis des travailleurs.

     

     Il marque des points parce qu’il est à l’offensive, parce qu’il met en oeuvre des plans qui ont une cohérence même s’ils sont profondément destructeurs. Le capital a décidé, au début des années quatre-vingt, de remettre en cause la stratégie du compromis avec les travailleurs qui lui assurait une relative paix sociale et lui assurait des débouchés pour ses productions. Il mène bataille sur plusieurs fronts. D’une part, il agit de manière très logique dans le cadre de la propriété privée des moyens de production : nouvelles méthodes de « management », multiplication des chaines de sous-traitance, division internationale des processus de production… De l’autre le capital s’est complètement inféodé les équipes politiques au pouvoir, qui ont pris les décisions indispensables à sa reproduction : politiques monétaires, liberté de circulation des capitaux, libéralisations des échanges de marchandises, privatisation des services publics, remise en cause de la protection sociale, révision à la baisse du code du travail… Ces deux fronts, public et privé, sont les deux faces de la même offensive.

     

    En face, du côté des travailleurs,  la perception de cette offensive n’est pas encore totalement reconnue dans sa globalité. Ils tentent de riposter, de maintenir leurs positions, face aux attaques dont ils sont directement l’objet. La multiplication des fermetures d’usine a conduit à prendre conscience du problème général de la désindustrialisation de la France ; la question des retraites, qui a fait descendre dans la rue des millions de citoyens, a beaucoup contribué à diffuser l’idée que le problème (et sa solution) résident dans le partage des richesses produites. Mais si la globalité du problème commence à apparaître progressivement, cela ne suffit pas à effacer la peur. Et la peur, quand elle n’est pas reliée à une connaissance objective des risques, des mécanismes, est mauvaise conseillère. Elle confronte à une menace diffuse et imprécise qui peut tomber comme la foudre un peu n’importe où et n’importe quand. Sans que cela soit clairement exprimé, les équipes au pouvoir entretiennent de façon subliminale le chantage d’une descente aux enfers comme celle que vivent actuellement la Grèce et d’autres pays. La peur conduit à se dessaisir de son propre jugement et à s’en remettre à qui vous assure d’un air jovial que les quelques sacrifices nécessaires seront justes et qu’ils vont conduire à un rétablissement de la situation. Ce type de discours, en décalage croissant avec la réalité, induit une perte de repères, la recherche de boucs émissaires comme explication de la crise et la montée de l’audience des extrêmes-droites.

     

    Les travailleurs continuent à se défendre mais les réflexes, les modes d’action ont insuffisamment pris en compte les évolutions du capital, en particulier sa concentration et sa mobilité. Le capitalisme à base familiale avait partie liée avec sa base productive, ses usines ; les travailleurs unis dans la grève disposaient face au patron d’un certain rapport de force. Il va tout autrement d’un fonds de pension dont le portefeuille de prise de participation est diversifié et qui n’hésitera pas à revendre ou à fermer une unité de production dont il ne tirerait pas tout le profit attendu. On continue d’ailleurs à parler du « patron », expression qui renvoie à un  individu, alors que la plus-value créée par le travail remonte toute une chaîne capitalistique. L’employeur direct n’est que le premier maillon de cette chaîne. En premier lieu, toute entreprise d’une certaine importance est détenue par des actionnaires, dont les plus importants sont d’autres entités capitalistes, elles-mêmes détenues dans les mêmes conditions par de semblables actionnaires… Donc la plus-value s’écoule par les liens de propriété du capital. En second lieu, la plus-value se diffuse également par les contrats passés par l’employeur relatif à la production des biens et des services qui font l’objet de son activité : soit en aval, cette production est vendue à une autre entreprise, soit en amont par les achats de service, d’intrants,… réalisés pour lui permettre de mettre sa production sur le marché. La plus-value circule également par le biais des contrats passés entre entreprises. Selon les rapports de force, certaines entreprises emporteront par les prix pratiqués une part plus ou moins importante du gâteau. Les firmes qui réalisent des bénéfices importants ont recours à l’externalisation, à la sous-traitance… auprès d’entreprises qui réalisent des marges beaucoup plus faibles, sont mises en concurrence les unes avec les autres et doivent en conséquence exercer une forte pression sur les salariés pour pouvoir à leur niveau grapiller leur part de bénéfices. L’interlocuteur des salariés, l’employeur, est loin d’avoir toutes les cartes en mains lors de négociations ; bien souvent il n’y a aucun lien juridique direct entre les salariés et l’entité qui au final capitalisera l’essentiel de la richesse créée par les travailleurs.

     

    Ces questions de stratégies doivent être à nouveau remises sur la table. Il n’est pas question de remettre en cause le bien-fondé des luttes défensives, il faut au contraire les inclure dans une autre perspective qui leur donne toutes leurs chances.  Cette perspective ne peut se dessiner que si l’on prend la mesure du problème, que si l’on cesse de raisonner comme si le compromis capital-travail fonctionnait toujours. Ce compromis était toujours en tension, les acquis étaient toujours à défendre et si possible à élargir, tandis que le capital ne cessait de vouloir les rogner. Cette situation donnait lieu à des batailles sectorielles, là où la ligne de compromis était en redéfinition. Depuis nous sommes passé à un autre cas de figure, à savoir une offensive de déconstruction systématique de ce compromis. Le capital sape à la base le contre-pouvoir possible des travailleurs, en les mettant en concurrence les uns les autres, en induisant via les « partenaires sociaux » et les gouvernements une législation du travail qui les  affaiblit considérablement leur capacité de riposte.

     

    On ne pourra s’en sortir que si on allie luttes sociales et syndicales d’une part, et propositions politiques d’affrontement du capitalisme de l’autre. Celles-ci commencent à émerger, en provenance de formations politiques, de chercheurs, de groupes de réflexion. Certaines ont un caractère de mesures urgentes, conservatoires, comme l’augmentation du SMIC ou l’interdiction des licenciements boursiers. D’autres visent plus directement le cœur du pouvoir capitaliste, à travers la socialisation de la monnaie et du crédit, le contrôle de la finance… Pour contrer la mise en concurrence des travailleurs, la question du protectionnisme a été posée et elle fait débat. Il vaudrait peut-être mieux parler d’une autre régularisation des échanges. En effet, le « protectionnisme » évoque toujours un peu l’idée de se protéger des autres, même s’il est qualifié « d’altruiste » pour mieux préciser l’intention. Or les travailleurs des pays situés au bas de la division internationale du travail sont bien les plus vulnérables à la mise en concurrence, assignés à des secteurs très facilement délocalisables. Cette nouvelle régularisation des échanges devrait donc être décidée en commun, et adossée à une planification globale de l’activité et de l’usage des ressources, pour permettre à tous les peuples de mieux vivre.

     

    C’est la visée qui constitue la ligne de partage entre l’action défensive ou offensive : il s’agit de reconquérir le monde, le monde que nous vivons, un monde que le capitalisme bouleverse de fond en comble. Il ne peut s’agir d’un retour à l’état antérieur, à celui des « trente glorieuses » et du compromis capital-travail, qui n’avait rien du paradis terrestre et dont les limites ont ouvert la voie au néolibéralisme le plus débridé. Il nous faut maintenant prendre le contrôle de la production et de ses finalités.

     

    http://lesoufflecestmavie.unblog.fr/files/2012/07/LUTTES-4.jpghttp://blog-citoyen.over-blog.fr/article-passer-de-la-defensive-a-l-offensive-117927528.html

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