• Les mineurs espagnols reprennent à contrecœur le travail

    bierzo.jpg Les mineurs espagnols reprennent à contrecœur le travail, à l'appel des syndicats réformistes UGT et CC.OO, après deux mois d'une grève héroïque

     


    Légende de l'image: AG des mineurs de Bierzo, refusant l'arrêt de la grève

     

    Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

     

    C'est la fin de soixante-sept jours de grève illimitée pour les mineurs Asturiens, Castillans et Aragonais pour sauver les mines de la fermeture programmée par le gouvernement espagnol et l'Union européenne.

    Deux mois de sacrifices pour les familles des 8 000 mineurs en grève, des sacrifices qui laissent un goût amer. En effet, ce jeudi 2 août, ce sont les syndicats réformistes dominants de l'UGT et des Commissions ouvrières (CC.OO) qui ont appelé les mineurs à reprendre le travail.

    « Nous avons décidé de réorienter les mobilisations, c'est pourquoi nous demandons aux travailleurs occupant les différents puits d'en sortir, et demain 3 août de reprendre le travail dans les mines », selon le communiqué rendu par l'UGT, auquel se sont joint les CC.OO.

     

    La montée en puissance d'un mouvement de classe, germe d'une convergence des luttes

    Les mineurs mènent depuis la fin du mois de mai une lutte déterminée contre la réduction de deux-tiers des aides accordées au secteur minier, de 300 à 100 millions d'euros. Une politique qui condamnerait à la fermeture des mines, au moment même où l’État espagnol renfloue Bankia à hauteur de 24 milliards d'euros.

    Le mouvement avait pourtant connu une montée en puissance.

    Un mouvement de classe impliquant dès le 28 mai l'intégralité des mineurs concernés, puis les populations des bassins miniers, notamment dans les Asturies. Le mouvement s'est étendu ensuite à tous les travailleurs des régions minières, avec la grève générale du 18 juin suivie à près de 100% dans tous les secteurs d'activités.

    Un mouvement qui a acquis un élan de solidarité nationale, devenant un symbole de la résistance à la politique de casse sociale du gouvernement et de l'UE, avec plusieurs centaines de milliers de personnes accueillant l'arrivée de la « Marche noire » des mineurs le 11 juillet dernier.

    Les travailleurs sont donc sommés de retourner au travail sans rien avoir obtenu. Les syndicats ont beau pester, la dernière réunion avec les représentants du Ministère de l'Industrie a montré l'inflexibilité du gouvernement.

     

    Tous les mineurs n’acceptent pas la décision d'arrêter la grève

    La majorité des bassins a donc repris le travail, les occupations de puits ont cessé. Dans la désillusion générale, avec aussi la pression de deux mois sans salaires. Une pression habilement utilisée par le patronat et le gouvernement, qui a laissé pourrir la grève.

    Tous les mineurs n'ont cependant pas accepté l'appel des deux centrales syndicales.

    Dans la province de Castille-Leon, les mineurs de l’entreprise de l'Union minière du nord(UMINSA) des puits de Bierzo, du Haut-Bierzo et de Hijos de Baldomero Garcíaont refusé d'obéir aux directives syndicales et de reprendre le travail.

    Une décision suivie par deux bassins miniers des Asturies, ceux de Degañaet Tineo.

    L'assemblée-générale des mineurs de Bierzo a notamment débouché sur une critique de la ligne syndicale générale avec une remise en cause de la « rupture de la ligne d'unité d'action » qui nous « a affaibli face au gouvernement ».

     

    santacruz.jpgLes cinq mineurs occupant le puits de Santa Cruz de Sil depuis le 11 juillet ont également fait pencher la bataille lors de l'AG en exprimant leur refus clair et net d'abandonner le combat.

    Pour ceux qui ont repris le travail en Leon, la « pilule est amère ». Abandonner la protestation « sans rien avoir obtenu »si ce n'est « une plus grande conscience de notre force et de notre unité », selon un mineur aux Hulleras vasco leonesa(HVL), occupant depuis 59 sièges le siège de l'Assemblée régionale du Leon.

     

    Des questions soulevées sur la ligne suivie par les deux syndicats réformistes espagnols

    L'arrêt de cette grève au moment, où la mobilisation montait pourtant en puissance, pose des questions sur la ligne suivie par les deux syndicats espagnols, des questions posées par les mineurs lors des dernières AG :

    Pourquoi avoir conduit les mineurs à une grève illimitée de 67 jours pour finalement l'arrêter au moment décisif ?

    Pourquoi ne pas avoir utilisé cet énorme potentiel de lutte pour créer un mouvement de convergences des luttes en Espagne contre la politique d'austérité du gouvernement ?

    Quel sens d'appeler à une « réorientation des mobilisations », si ce n'est alimenter le découragement et la résignation après une lutte aussi dure ?

    Hélas, la ligne de la Fédération de l'industrie de l'UGT et des CC.OO, en dépit d'un ton plus combatif, ne diffère guère de celle des deux directions confédérales, fer de lance de la Confédération européenne des syndicats (CES) :

    appeler à la négociation et la correction des contre-réformes, discréditer la grève comme moyen d'action pour privilégier des mobilisations inoffensives pour le capital, éluder les responsabilités de l'UE et du PSOE dans les politiques d'austérité.

    La lutte n'est pas encore terminée pour les mineurs espagnols, décidés à sauver les mines et leurs emplois, mais l'occasion décisive de construire un mouvement de convergence des luttes d'ampleur nationale, allant au-delà de l'indignation, semble passée.


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