• Les coups de pouce fictifs de NKM au Smic

    DESINTOX La ministre de l'Ecologie, lors de son débat face à Marine Le Pen la semaine dernière, a cité, parmi les mesures prises par le gouvernement pour défendre le pouvoir d'achat, les "cinq augmentations du SMIC". Las, la réalité est tout autre : il n'y a eu aucun coup de pouce au salaire minimum depuis... Villepin.

    Par GUILLAUME LAUNAY 

    (© AFP Joel Saget)

    «Les heures supplémentaires défiscalisées, la prime pour les entreprises qui font des bénéfices, les cinq augmentations du Smic sous le mandat, l’augmentation du minimum vieillesse, de l’allocation adulte handicapé, tout ça, c’est le pouvoir d’achat des Français et c’est très concret.»

    Nathalie Koscisko-Morizet, le 7 septembre sur Europe 1

    INTOX

    Tout est bon pour promouvoir un gouvernement qui se démènerait à fond pour le niveau de vie des Français. Le 1er septembre, dans les Vosges, Nicolas Sarkozy vantait un pouvoir d’achat qui aurait continué de progresser pendant la crise, en triturant les indicateurs de l’Insee (Libération du 6 septembre). Mercredi 7 septembre, lors d’un débat avec Marine Le Pen dans l’émission Expliquez-vous sur Europe 1 et i-Télé, c’est Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie, qui dressait un bilan de l’œuvre du gouvernement en la matière. D’abord en expliquant que la période était difficile : «Sur le pouvoir d’achat, c’est sûr que c’est beaucoup plus facile de gouverner dans une période de croissance forte que dans une période de crise.» Puis en énumérant les actions entreprises par la majorité depuis 2007 : «Mais enfin, les heures supplémentaires défiscalisées, la prime pour les entreprises qui font des bénéfices, les cinq augmentations du Smic sous le mandat, l’augmentation du minimum vieillesse, de l’allocation adulte handicapé, tout ça, c’est le pouvoir d’achat des Français et c’est très concret.»

    DESINTOX

    Quitte à faire une énumération qui vise à impressionner le contradicteur, autant que la liste soit longue… au risque de glisser une énormité au milieu de mesures réellement mises en œuvre. Nathalie Kosciusko-Morizet a eu beau lever la main en écartant les doigts pour bien insister sur les «cinq augmentations du Smic sous le mandat»,son affirmation n’est pas juste pour autant. Depuis mai 2007, le Smic n’a, au contraire, pas reçu le moindre coup de pouce, se contentant de la revalorisation automatique permettant de rattraper l’inflation. Ce que savent les 10% de salariés (environ 2,3 millions de personnes) rémunérés au salaire minimum en France.

    La dernière augmentation date du gouvernement Villepin : le Smic avait gagné 3,05% au 1er juillet 2006, soit 0,3% en plus de l’augmentation légale, atteignant 8,27 euros brut de l’heure. Si le salaire minimum horaire est à 9 euros de l’heure depuis le 1er janvier, il s’est borné, depuis cinq ans, à suivre les augmentations minimales légales (six fois, en l’occurrence), calculées notamment en fonction de l’évolution des prix à la consommation (1). Le seul paramètre qui a changé sur le Smic depuis cinq ans, c’est que la revalorisation annuelle intervient depuis 2010 au 1er janvier et non plus au 1er juillet.

    S’attribuer le mérite de respecter le Code du travail paraît donc étrange, surtout en le présentant comme une mesure pour le pouvoir d’achat alors que les hausses mécaniques conduisent tout juste à rattraper l’inflation a posteriori. Depuis la dernière revalorisation automatique, au 1er janvier, le gouvernement craint d’ailleurs plutôt d’être obligé d’augmenter le Smic. Car entre deux revalorisations annuelles, si la hausse des prix atteint 2%, le salaire minimum doit mécaniquement être augmenté le mois suivant - le cas s’était produit en 2008. Or, la France a frôlé ce niveau de 2% d’inflation en juin - on était à 1,96% depuis le mois de référence (novembre)… Juillet et ses soldes ont donné un répit au gouvernement, l’inflation ayant diminué (+1,47% depuis novembre). Raté pour une revalorisation cet été. Les chiffres d’août sont attendus ce matin.

    Il est d’autant plus surprenant d’entendre Nathalie Kosciusko-Morizet citer l’augmentation du Smic parmi les actions à mettre au crédit du gouvernement, que Nicolas Sarkozy se vante, lui, de n’avoir jamais augmenté le salaire minimum. Le 13 janvier, lors de ses vœux aux forces économiques à Toulouse, il assumait totalement : «Depuis que je suis président de la République, j’ai fait un choix dont je comprends qu’il peut être difficile, je n’ai pas donné une seule fois un coup de pouce au Smic. Pourquoi ? Parce que chaque fois qu’on donnait ce coup de pouce, on éloignait de l’entreprise et de l’emploi certains de nos compatriotes, dont les formations n’étaient pas suffisantes. […] On avait pénalisé 90% des salariés français et aidé 10% des salariés français.» Difficile, dès lors, de faire des hausses mécaniques du Smic un argument de défense du bilan du quinquennat.

    (1) Très précisément, explique l’Insee, en fonction de l’évolution de l’indice des prix à la consommation pour les «ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé, hors tabac», à laquelle on ajoute la moitié de la croissance du pouvoir d’achat du salaire, salaire mesuré par le salaire horaire de base ouvrier (SHBO).


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