• Les ambiguités de la direction du PCF

    Les ambiguités de la direction du PCF à l'origine de la défaite du Front de Gauche aux législatives?

    extrait de l'analyse du M'PEP

     

    Doit-il y avoir des ministres issus du Front de gauche ?

    À cette question, Jean-Luc Mélenchon et le PG ont très clairement répondu non. Ils ont raison. Quant à la direction du PCF, ses ambigüités ont certainement coûté beaucoup de voix au Front de gauche.


    Tout a commencé pendant la campagne de la présidentielle. Pourtant, l’affirmation qu’il n’y aurait pas de ministres du Front de gauche dans un gouvernement socialiste aurait du être faite le plus tôt possible pour rassurer les électeurs. En entretenant l’incertitude, la direction du PCF, sans nul doute, a contribué à limiter la progression du candidat du Front de gauche. Les déclarations se sont en effet multipliées, du côté de la direction communiste, pour laisser entendre qu’il pourrait y avoir des ministres communistes dans un gouvernement socialiste. Ainsi, dans l’Humanité des 31 mars et 1er avril, Pierre Laurent expliquait que « c’est quand les électeurs se seront exprimés à la présidentielle et aux législatives sur ces choix que nous serons en mesure d’apprécier la réponse à cette question [celle de la présence de ministres communistes] en consultant les communistes ». Ce type de commentaire ne pouvait que contribuer à rejeter le Front de gauche vers les partis politiques pro-système et réduire à néant tout le travail réalisé justement pour rompre avec le système. C’est en effet avant les élections que les électeurs ont besoin d’être éclairés sur les intentions des candidats, et non après.


    Pour Pierre Laurent, « il n’y aura pas de participation des communistes au gouvernement sans que les communistes eux-mêmes soient consultés » (Le Figaro, 19 mars 2012). Cette déclaration a contribué à semer la confusion. Car Pierre Laurent ne dit pas que les communistes n’iront pas au gouvernement en expliquant pourquoi. Les raisons sont pourtant assez simples : François Hollande est une sorte de Papandréou ou de Zapatero à la française. Il n’a pas eu un mot de réprobation à l’égard de ses camarades « socialistes » grecs, espagnols, portugais qui ont écrasé leurs peuples avec la complicité du FMI et de l’Union européenne. François Hollande et le PS feront pareil. Pourquoi ne pas avoir dit clairement que les conditions n’étaient absolument pas créées pour une participation communiste ou du Front de gauche au gouvernement ?


    Pierre Laurent ajoutait : « C’est le rapport de force dans la possible majorité de gauche » qui pourra infléchir « vraiment à gauche » la politique d’un gouvernement socialiste. Oui, ce n’est pas faux. Encore faudrait-il ajouter que c’est la raison pour laquelle le Front de gauche doit passer devant le PS aux élections, et qu’en attendant aucune participation du Front de gauche à un gouvernement socialiste n’est souhaitable. Il faudrait d’ailleurs se souvenir que Georges Marchais avait rassemblé 15% de l’électorat à la présidentielle de mai 1981, et que cela n’avait pas empêché le PS de virer à droite quelques mois plus tard malgré la présence de quatre ministres communistes…


    En 1936, au moment du Front populaire, le PCF n’a pas participé au gouvernement mais l’a soutenu. Il n’aurait pas pu impulser le mouvement de grèves s’il avait eu des ministres. Aujourd’hui, comme le Front de gauche savait qu’il serait minoritaire par rapport au PS, il aurait du préparer ses électeurs à un mouvement social. Les hésitations du PCF ont non seulement été nuisibles électoralement, mais aussi pour l’avenir du mouvement social.


    Des ministres du Front de gauche minoritaires dans un gouvernement socialiste ne parviendront pas à faire bouger le PS vers sa gauche, ils seront des otages. La direction du PCF n’aurait donc rien appris de l’histoire, et notamment du bilan calamiteux de la « gauche plurielle » ? Pour le M’PEP, la position la plus logique est la suivante : des ministres du Front de gauche seront possibles quand le Front de gauche passera devant le PS.


    Après la campagne électorale, on a pu observer une position étrange de la part des dirigeants du PCF. Ceux-ci ont adopté, le 18 juin, un texte destiné aux adhérents de ce parti, les invitant notamment à rejeter la participation de ministres communistes. On pourrait s’en réjouir, mais l’argumentation de Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, dans son rapport, demeure fondamentalement non pas ambigüe comme on pourrait le croire, mais au contraire très claire sur la volonté des dirigeants du PCF d’être socialo-compatibles. Pierre Laurent écrit en effet : « si nous estimons que les conditions de notre participation au gouvernement Ayrault ne sont pas aujourd’hui réunies, notre objectif est de modifier cette situation. Nous restons disponibles si ces conditions évoluaient ».


    Décryptons ce texte. D’abord, il aurait fallu indiquer avant les élections et non après que les conditions d’une participation communistes n’étaient pas réunies. Pourquoi ? Encore une fois parce que le programme du PS est un programme parfaitement compatible avec la doxa néolibérale et les préceptes de l’eurolibéralisme. Comme le M’PEP l’a écrit dans un texte, la gauche radicale ne peut pas et ne doit pas participer à un gouvernement avec le PS, sauf lorsqu’elle passera devant ce dernier. L’inverse n’est pas possible et signifierait l’alignement de la gauche radicale sur les positions social-libérales du PS. Le PCF dit qu’il reste « disponible » si les conditions « évoluaient ». Dommage qu’il ne dresse pas la liste de ces « conditions ». En tout cas, cette position du PCF est désespérante pour le Front de gauche, c’est un coup de poignard dans son dos.


    Comment les dirigeants communistes peuvent-ils envisager un seul instant, dans le cadre politique, idéologique et électoral actuel, de participer à un gouvernement avec les socialistes ? Le programme de François Hollande ne contient aucune avancée sociale digne des grandes poussées de la gauche comme en 1936, 1945, 1981. C’est même le contraire puisque le nouveau président de la République se fixe comme priorité le désendettement de la France, c’est-à-dire l’austérité, alors qu’il faudrait annuler et restructurer la dette publique. Le PCF est-il d’accord avec l’objectif de ramener le déficit budgétaire à 3% du PIB fin 2013, alors que ce n’est possible – et encore ! – qu’au prix d’une austérité renforcée ?


    Avant même les élections il était parfaitement évident que le rapport des forces qui serait issu de la présidentielle et des législatives ne permettrait pas au Front de gauche de faire admettre la moindre proposition significative de son programme au PS. Qu’iraient faire des ministres communistes dans cette galère ? Seules des luttes sociales puissantes seront susceptibles de permettre des avancées sociales que le PS refuse aujourd’hui.


    Cette décision du conseil national du PCF d’organiser une consultation des adhérents de ce parti sur l’entrée de ministres communistes au gouvernement socialiste est une fiction de démocratie interne et en réalité un très mauvais coup porté au Front de gauche. Les électeurs, en effet, sont en droit d’attendre des réponses franches. Que pèseraient quelques ministres communistes dans un gouvernement totalement contrôlé par les socialistes ? La désastreuse expérience de la « gauche plurielle », où il y avait 3 ministres communistes, n’a-t-elle pas été suffisante ? En mars 1999, la guerre contre la Serbie menée par l’OTAN, a été cautionnée par les ministres communistes : « Nous n’entendons pas miner la cohésion gouvernementale, nous resterons au gouvernement quoi qu’il fasse, même s’il y a engagement des troupes françaises au sol en Serbie » (Marie-George Buffet, FR3, 28 mars 1999, émission Dimanche politique). Les ministres communistes ont accepté le Pacte de stabilité, le traité d’Amsterdam, l’euro : ils ont accepté l’Europe fédérale. Le PCF s’est rallié de fait au quinquennat.


    Le PCF n’a-t-il pas suffisamment payé pour cette succession d’erreurs pour avoir envie de recommencer ? Si cela ne concernait que lui, après tout, il pourrait faire ce qu’il veut ; mais en l’espèce, l’attitude du PCF concerne toute la gauche de gauche. Certes, la décision n’a pas été prise. Mais le seul fait de laisser entendre qu’elle aurait pu l’être à la suite de cette consultation crée une confusion dans les esprits dommageable au rayonnement du Front de gauche.

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