• Le tango du pouvoir et de l’argent

    Par Patrick Apel-Muller


    Christian Estrosi est mécontent de sa porte-parole, et il le dit vertement dans un communiqué publié hier. «Elle a manqué de courage pendant cette campagne présidentielle pour alerter les chefs d’entreprise sur les dangers du programme de François Hollande pour leur compétitivité et les conséquences graves sur les salariés.»

    Cependant, le député UMP ajoute : «Le réveil aura été tardif, mais Laurence Parisot a enfin compris que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault préparait une grande escroquerie sur la compétitivité des entreprises.» L’une est à la tête du Medef, l’autre était ministre UMP de l’Industrie, et ce tango médiatique, avec ses feintes et ses dérobades, révèle l’intimité politique nouée entre la droite et le patronat. Si le nouvel animateur des Amis de Nicolas Sarkozy tance sa complice, c’est que leur cause commune avait légèrement divergé en deux chemins parallèles, et que tant avait été donné aux chefs des grandes entreprises qu’il semblait injuste au donateur que la reconnaissance soit effacée par la prudence préélectorale.

    Ce temps-là n’est plus, et Laurence Parisot entend lancer la troupe des apparatchiks patronaux, avec leurs nuées «d’experts» et de commentateurs, à l’assaut des droits du travail. Baisser son coût, ensauvager le marché du travail, réduire au symbolique les contributions patronales à la vie sociale… tel est leur ordre de marche.

    Même les apparences ne sont plus respectées.

    Voilà une entreprise, GDF Suez, de longue date abonnée aux bénéfices copieux, solidement assise sur une participation publique conséquente – l’État en est le principal actionnaire –, qui s’autorise à contester en justice des décisions qui limitent assez raisonnablement les hausses de tarifs pour les particuliers à la hauteur de l’inflation.

    Et voilà que s’ensuivraient des factures rétroactives d’une quarantaine d’euros en moyenne pour les 7 millions de Français qui se chauffent au gaz. Il est temps de mettre fin au sentiment de toute-puissance que les possesseurs du capital et les maîtres des marchés financiers éprouvent désormais. Jugera-t-on normal et banal qu’un gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, mette en cause l’intention du gouvernement de doubler le plafond du Livret A, de 15 300 à 30 600 euros, pour dynamiser le logement social ?

    Ouvertement, ce grand commis de l’État se fait le porte-voix des banques qui craignent de ne pas faire main basse sur cette épargne après avoir raflé des centaines de milliards d’euros empruntés à des taux microscopiques auprès d’un autre organisme public, la Banque centrale européenne. L’indépendance dont se targuent ces deux établissements prestigieux se manifeste à l’égard de l’intérêt général tandis qu’ils affichent combien ils sont perméables aux influences des financiers. Ainsi s’exerce un ordre trop coûteux et trop injuste que ne risque guère de bousculer la nomination de Jean-Pierre Jouyet, ancien rallié à Nicolas Sarkozy, à la tête de la Caisse des dépôts après avoir fait le service d’ordre de la Bourse.

    Pourtant, c’est d’une vraie secousse dont ont besoin les peuples européens qui, sinon, sont condamnés par le pacte budgétaire à l’austérité à perpétuité et à une souveraineté limitée aux apparences. Il s’agit donc de rompre la sainte alliance de la fortune et du pouvoir, «juchés sur le travail comme un singe sur un éléphant», écrivait Jean Jaurès.


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :