• «Le rapport de la Cour des comptes sur l'Education»

    "La création prévue de 60.000 postes en cinq ans "est vaine si elle se fait à règles de gestion inchangées", estime la Cour des comptes, présidée par Didier Migaud (notre photo)

    Société - le 22 Mai 2013

    «Le rapport de la Cour des comptes sur l'Education est au niveau du café du commerce»

    Daniel Robin, co-secrétaire général du SNES, réagit pour l'Humanité.fr au rapport publié par la Cour des comptes ce mercredi selon lequel la baisse des résultats des élèves et la crise de vocation des enseignants sont davantage à mettre sur le compte d'une mauvaise gestion des professeurs que d'un excès ou d'un manque de moyens humains ou budgétaires.

    Le rapport de la Cour des comptes rendu public ce matin juge que les enseignants sont déjà « nombreux » et critique la création de 60 000 postes dans l’éducation sur cinq ans. Comment réagissez-vous, au Syndicat national des enseignements de second degré, à ce rapport?

    Daniel Robin. D’abord, quand on lit ce rapport on a l’impression d’avoir affaire à un programme politique. Il n’y a dans ce document pas une proposition que Luc Chatel [ministre de l’Education nationale sous Sarkozy, NDLR] n’avait dans ses cartons. C’est d’autant plus étonnant que beaucoup de mesures ne relèvent absolument pas des finances. C’est très marqué idéologiquement, ce que je trouve assez hallucinant. Surtout quand on sait qu’il y a de nombreux élèves en difficulté, voire en grande difficulté. Pour leur donner une chance de s’en sortir, il faut individualiser l’aide, et ce n’est pas possible quand un enseignant a 25 ou 30 élèves dans sa classe. On lutte vraiment contre l’échec avec des groupes de 10 à 15 élèves, et la seule solution pour y arriver c’est d’avoir plus de profs. J’aimerais bien voir ces gens-là [les Sages de la Cour des comptes, ndlr] dans une classe des quartiers Nord de Marseille, devant trente collégiens avec une craie à la main…

     

    Le rapport dit que «les enseignants doivent être mieux payés», tout en encourageant les primes plutôt que la situation indiciaire. Qu’en pensez-vous?

    Daniel Robin. Il faut des mesures incitatives fortes pour les établissements en difficultés. La Cour des comptes ferait mieux d’écouter les enseignants qui s’y trouvent déjà. Leur première demande, ce n’est pas plus d’argent, mais de meilleures conditions de travail. Là aussi, on est à côté des attentes des collègues. Nous devons réfléchir au meilleur moyen d’attirer les professeurs, et de leur donner envie d’enseigner quelque soit l’établissement. Par ailleurs, je ne pense pas que ce soit une bonne idée d’envoyer des professeurs de 62 ans dans des collèges en difficulté, c’est là aussi un non-sens pédagogique.

     

    Le ministère fait état de désaccords avec la Cour des comptes dans un communiqué, notamment quand elle dit que « l’éducation ne souffre pas d’un manque de moyens ». Est-ce une bonne réaction?

    Daniel Robin. Le rapport est une mise en cause de la politique de Vincent Peillon donc évidemment à sa place, j’aurais eu la même réaction. La Cour des comptes entend «rationaliser les moyens», sous-entendu qu’il y a des profs qui ne bossent pas. Qui sont visés? Les remplaçants, qui ne sont pourtant pas à la plage entre deux missions, mais dans leur établissement de rattachement à aider à l’activité pédagogique. Si on veut supprimer les remplaçants, on ne fait plus que des contractuels qu’on envoie ensuite au Pôle emploi. Mais en intérim, les conditions d’emploi sont telles qu’on ne trouve même plus de volontaires pour effectuer les missions dans certaines disciplines, en mathématiques notamment. Autres visés, les déchargés syndicaux, qu’on accuse de se la couler douce alors qu’ils mènent leur activité pour défendre leurs collègues. Le discours de la Cour des comptes se situe au niveau du café du commerce.

     

    Dans son communiqué, le ministère précise qu’il y aura cet automne l’ouverture de discussions sur le métier des enseignants, les missions et les carrières. Qu’en attendez-vous, quelles revendications y porterez-vous?

    Daniel Robin. Notre métier a beaucoup évolué ces dernières années. Nous effectuons beaucoup plus de tâches d’organisation pédagogique, et nous attendons une prise en compte de cette évolution. Tout le monde reconnaissait un temps de travail hebdomadaire de 41h par semaine, avant la masse des heures supplémentaires sous l’ère Sarkozy. Nous sommes aujourd’hui autour de 46 heures. Donc si ces négociations ont pour objet de nous faire travailler encore plus, nous serons en grave désaccord. S’il y a reconnaissance de l’ensemble de nos tâches, qui se traduit par une diminution de notre temps de travail, nous serons satisfaits.

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    • "redéfinir" le métier d'enseignant, car aujourd'hui seules les heures de cours figurent dans les "obligations de service". Les Sages préconisent un "forfait annuel" intégrant les heures de cours à l'ensemble des activités des enseignants (travail en équipe pédagogique, accompagnement personnalisé des élèves...). "La répartition de ce temps de service doit pouvoir être modulée en fonction du type de poste occupé et des besoins locaux des élèves", précise Didier Migaud, premier président de l'institution.
    • "mieux valoriser" les enseignants recrutés à bac+5. "Cela passe par la formation, le déroulement des carrières, les conditions de travail et la rémunération", énumère Didier Migaud. Selon l'Insee, sur les traitements perçus en 2009, "la rémunération nette annuelle des enseignants est inférieure de 35% à celle d'un cadre non enseignant de la fonction publique". Selon l'OCDE, les salaires des profs français sont inférieurs à ceux de leurs homologues des pays de l'organisation en début et milieu de carrière, et baissent depuis 1995.
    • revoir les règles d'affectation et de mutation des professeurs qui reposent sur l'application mécanique d'un barème de points attribués en fonction de différents critères (ancienneté, situation familiale...). La Cour recommande d'"affecter les enseignants en fonction de la réalité des postes et des projets d'établissements". Le recrutement des enseignants du secondaire pourrait se faire dans le cadre de "concours régionaux" organisés par académie pour les matières principales.
    • enseigner deux ou plusieurs disciplines au collège. "La monovalence oblige à une gestion segmentée et complexe des disciplines": il existe 375 sections disciplinaires pour 272 matières enseignées au collège/lycée.

    Entretien réalisé par Benoit Delrue

    60.000 enseignants en plus, est-ce vraiment nécessaire ?

    Un rapport de la Cour des comptes met à mal une promesse phare de François Hollande. Son verdict : le problème de l'Education nationale n'est pas le manque d'enseignants mais une gestion exécrable.

    Selon la Cour des Comptes, les 837.000 profs de l'Education nationale sont gérés par l'Etat en dépit du bon sens. (Norbert Falco-Maxppp)

    Selon la Cour des Comptes, les 837.000 profs de l'Education nationale sont gérés par l'Etat en dépit du bon sens. (Norbert Falco-Maxppp)
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    Voici un rapport de la Cour des Comptes dont François Hollande se serait bien passé. Dès les premières pages, on y lit un constat qui ruine l’une de ses plus belles promesses électorales : point n’était besoin, semble-t-il, de recruter 60.000 enseignants supplémentaires. "L’Education nationale ne souffre pas d’un manque de moyens ou d’un nombre trop faible d’enseignants mais d’une utilisation défaillante des moyens existants."

    Depuis 1994, les effectifs d’enseignants ont crû davantage que ceux de leurs élèves. Le problème, explique la Cour, c’est que nos 837.000 profs sont gérés par l’Etat en dépit du bon sens. Un verdict martelé point par point dans un rapport de 200 pages rendu public ce mercredi 22 mai par Didier Migaud, premier président de la Cour des Comptes, au terme de deux ans d’enquête dans cinq académies (Bordeaux, Lille, Limoges, Nantes et Versailles).

    Une feuille de route aberrante

    Si les résultats des jeunes Français se dégradent dans les évaluations internationales, c’est en raison de notre incapacité à aider les plus faibles. Certes nos enseignants, qui représentent à eux seuls 17% du budget de l’Etat, sont bien le principal levier de la réussite scolaire, face aux "facteurs qui échappent au système éducatif (personnalité de l’élève, origine sociale, économique, géographique, rôle de l’entourage, etc.)." Mais voilà, de leur entrée dans le métier à la fin de leur carrière, l’Education nationale a tout faux.

    Leur feuille de route ? Aberrante. Depuis 1989, la loi a ajouté au rôle classique des enseignants des missions nouvelles : aide au travail personnel des élèves, évaluation, aide à l’orientation, etc., sans que celles-ci soient prises en compte dans leur temps de service. Pis, on les lance dans le métier "sans réponse précise à cette question : qu’est-ce qu’un bon prof ? Les enseignants n’ont ainsi pas de référentiel pour savoir ce qui est attendu d’eux, pas plus que les inspecteurs chargés de les évaluer."

    De plus, la gestion des profs du secondaire ignore totalement la dimension collective de leur travail au sein d’une équipe éducative. Comment, dans ces conditions, s’adapter aux difficultés des élèves ?

    Des affectations incohérentes

    Autre dysfonctionnement majeur, déjà dénoncé dans un précédent rapport : les affectations des profs ne sont pas faites en fonction des besoins des élèves et des établissements. "Dans le premier degré, l’académie de Créteil, qui concentre le plus de difficultés scolaires en France, reçoit un nombre de postes par élève plus faible que les académies de Rouen et de Reims", note par exemple la Cour.

    Résultat, les enseignants les plus expérimentés sont massivement affectés dans l’ouest et le sud de la France, et les débutants dans les académies "difficiles" du nord et de la région parisienne… Rien n’est d’ailleurs fait pour rendre attrayants les postes les plus exposés : les primes de ZEP sont dérisoires. Rien non plus pour récompenser les plus investis. Leurs primes ne représentent que 11,5% de leur rémunération, contre 54% pour les autres cadres de la fonction publique, avec un salaire horaire inférieur de 30% à la moyenne européenne pour les professeurs des écoles !

    La Cour des Comptes en appelle au bon sens

    Que préconise la Cour ? Etablir une feuille de route plus claire et qui tienne compte des missions nouvelles, laissant aux chefs d’établissement le soin de l’adapter aux besoins des élèves, évalués localement. Annualiser le temps de travail des enseignants – sans pour autant toucher aux vacances scolaires – pour en finir avec ce gâchis : des profs en chômage technique, pendant que leurs élèves sont en examen, en stage ou en voyage scolaire. Gérer les affectations selon les besoins des établissements. Recruter les professeurs du secondaire non plus sur une seule discipline mais au moins sur deux, par académie, comme dans le primaire. Récompenser les plus investis. Du pur bon sens.

    http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20130521.OBS9949/60-000-enseignants-en-plus-est-ce-vraiment-necessaire.html


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