• Le marché transatlantique, stade suprême de l'Europe capitaliste des multinationales

    LE MARCHÉ TRANSATLANTIQUE, STADE SUPRÊME DE L'EUROPE CAPITALISTE DES MULTINATIONALES

    Le marché transatlantique est un vieux projet de l'impérialisme capitaliste étasunien, qui date probablement des années 1920 où il n'était encore qu'une lointaine utopie capitaliste. La création européenne, sous l'impulsion de Washington et de ses affidés (Spaak, Schumann et Monnet) qui couplée au Plan Marshall et au Pacte Atlantique ouvrit l'Europe aux capitaux, marchandises et armées américaines à partir de 1947 (voir une conférence d'Annie Lacroix-Riz en deux parties,l'une sur 1945-1949, l'autre sur ce qui se passe après 1949 ; voir également un article de Plan B sur ce sujet ; et celui de Thierry Meyssan ; et celui de Rémi Kauffer du magazine Historia), trouve donc aujourd'hui son aboutissement comme l'avaient pressenti avec raison Europe Inc. de l'association Corporate Europe Observatory et Raoul Marc Jennar dans son ouvrage Europe, la trahison des élites. Les années 1990 avaient en effet vu renaître ce vieux projet d'union transatlantique sous l'impulsion du puissant lobby patronal TABD (Trans-Atlantic Business Dialogue, groupant des grandes multinationales américaines et européennes), qui a pignon sur rue à Bruxelles et à Washington, et qui souhaitait un marché transatlantique au plus vite. En 1990, une Déclaration Transatlantique (mettant en place un nouveau dispositif institutionnel favorable à l'établissement du marché transatlantique et au renforcement de l'alliance européo-américaine à tous niveaux) est adoptée, suivie 5 ans plus tard du Nouvel Agenda Transatlantique (qui prévoit l'avènement d'un marché transatlantique en 2015) et, en 1998, du Partenariat Économique Transatlantique. L'opposition de Paris (sous pression du mouvement antimondialisation) en 1998, ainsi que l'espoir placé dans un vaste marché américain (ZLEA ou Zone de Libre-Échange des Amériques), prévu pour 2005, repousse ce projet de quelques années. La guerre d'Irak, qui divisera profondément l'Europe, ne permet pas un retour des négociations : c'est finalement en 2005 que refait surface ce projet de marché transatlantique, avec l'Initiative économique UE - États-Unis. La marche en avant du projet reprend : accord-cadre de 2007, création d'un Conseil Économique Transatlantique (état du projet en 2007),résolution (sans valeur légale) du Parlement Européen en faveur du projet en 2009 (qui vote depuis 2006 de nombreuses résolutions dans ce sens), Sommet UE - États-Unis en 2011, et enfin accord de 2013 du Conseil Européen qui autorise l'ouverture des négociations finales entre Bruxelles et Washington concernant l'établissement d'un marché transatlantique en 2015 (document ci-joint).

    Les États européens, déjà eux-mêmes au service des classes capitalistes, et sans parler des États du Tiers-Monde, dans une situation encore pire, n'avaient déjà plus beaucoup de souveraineté économique, sociale et politique avec l'OMC, l'Union Européenne et l'OTAN. Ils n'avaient plus beaucoup de politique commerciale, industrielle, financière (économique) indépendante ; plus beaucoup de politique sociale (déjà bien grignotée de l'intérieur, certes) indépendante ; et plus beaucoup de politique extérieure indépendante. Avec ce nouveau marché transatlantique, nous aurons encore moins de souveraineté étatique (sans parler de souveraineté populaire, déjà réduite à néant). Le nouveau marché transatlantique entraînera une "harmonisation" des normes et des réglementations, à un niveau encore plus poussé qu'au sein de l'OMC : encore moins de législation environnementale et sociale en Europe (déjà qu'il n'y avait pas grand chose), puisqu'on s'alignera sur celle de Washington ; encore plus de chômage, de baisse de salaires et de faillites, puisqu'on montera encore d'un cran niveau concurrence/productivité (entre Monsanto et l'agriculture paysanne française, enfin ce qu'il en reste, qui gagne, à votre avis ?), et on diminuera probablement encore l'aide aux "petits" capitalistes ; encore plus d'impérialisme, avec l'alliance européo-américaine encore renforcée ; encore plus du gâteau pour l'empire des multinationales (américaines, mais aussi françaises, allemandes et britanniques), qui écraseront encore mieux PME et salariés ; et une crise du capitalisme encore plus forte, bien sûr, puisqu'il y aura encore plus de concurrence, donc encore moins de forces de travail exploitées, donc encore moins de valeur/de demande ... Plus de SMIC ou de droit du travail, des boeufs aux hormones (pour ceux qui ne sont pas végétariens) et des OGM dans vos assiettes, tout un programme !

    L'objectif est évidemment d'arriver à une Union Transatlantique, à l'image de l'Union Européenne actuelle ; puis à une Union Transatlantique à tous niveaux, y compris militaires ; puis à des États-Unis d'Europe et d'Amérique, avec abolition complète des restes de souveraineté étatique ; avant, peut-être, un gouvernement mondial, qui abolira ce qui reste de souveraineté populaire (déjà qu'elle est infime aujourd'hui, je vous laisse imaginer).

    Que faire ? Il ne faut pas se contenter de s'opposer à cette nouvelle offensive de l'impérialisme capitaliste des multinationales soutenues par Washington et Bruxelles (et par nos gouvernements et nos "représentants", d'ailleurs), destinées à renforcer encore plus l'exploitation capitaliste et l'impérialisme des multinationales en Europe ; non, il faut s'opposer au système capitaliste impérialiste même, à ses institutions étatiques comme supranationales ; il est temps d'en finir avec une stratégie défense à l'égard du système qui nous exploite et nous oppresse ; il faut faire comme lui : aller de l'avant et préparer l'écrasement de l'adversaire. Non plus pour plus d'impérialisme et plus d'exploitation capitaliste ; mais pour un socialisme démocratique sans valeur, sans domination étatique ni exploitation capitaliste.

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    http://pensee-radicale-en-construction.overblog.com

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