• Le discrédit de la parole du président François Hollande

     
    Le discrédit de la parole du président François Hollande
    QUAND LES RODOMONTADES DÉBOUCHENT SUR DES CAPITULATIONS /
    jeudi, 4 juillet 2013 / Bernard Cassen /

    Secrétaire général de Mémoire des luttes, président d’honneur d’Attac

    Certains dirigeants politiques sont capables de faire un « sans faute », du moins pour un temps. François Hollande, lui, vient de faire la démonstration inverse, celle du « tout-faux » : en alternant rodomontades et génuflexions débouchant sur des capitulations, il vient de perdre sur tous les tableaux en Europe et en Amérique latine.

    Après que le président de la République ait crié sur tous les toits qu’il jugeait « inacceptable » l’espionnage des institutions de l’Union européenne (UE) et de ses propres services par la National Security Agency (NSA), son gouvernement a piteusement obtempéré aux ordres de Washington en refusant à l’avion du président bolivien Evo Morales de pénétrer l’espace aérien français dans son vol de retour vers La Paz. Simultanément, les gouvernements espagnol et italien prenaient la même décision, visiblement sous injonction parallèle des Etats-Unis. Le prétexte : le lanceur d’alerte Edward Snowden, aurait pu se trouver à bord.

    Les explications emberlificotées de François Hollande qualifiant de simple « contretemps » le blocage pendant treize heures à Vienne de l’avion présidentiel bolivien, au mépris des conventions internationales, pas plus que les « regrets » exprimés par Laurent Fabius, n’ont pu empêcher un fiasco diplomatique. Pour tenter de réparer les dégâts, la dernière version officielle en date de l’incident fait porter le chapeau non pas aux autorités politiques françaises, mais aux fonctionnaires chargés des procédures de survol du territoire : ils auraient cru avoir affaire à deux avions boliviens et non pas à un seul… Il faudrait alors imaginer que les fonctionnaires espagnols et italiens auraient été victimes du même malentendu au même moment ! La ficelle est énorme. Attendons une prochaine version, un peu plus crédible... Peut-être la NSA, qui écoute tout ce beau monde, pourrait-elle rendre publics ses enregistrements ?

    Plus encore que les deux autres comparses de Washington dans cette affaire – l’Espagne et l’Italie - la France, dont beaucoup de Latino-américains croyaient qu’elle avait un président « socialiste », subit le contre-coup de son alignement atlantiste. On aura noté que son ambassade en Bolivie a été la cible privilégiée de manifestants indignés par le traitement subi par leur président. On apprend également que Caracas a reporté la tenue de la commission mixte franco-vénézuélienne qui devait se tenir ces prochains jours.

    Les gouvernements de l’Hémisphère, pourtant bien plus vulnérables aux pressions et représailles de Washington que ceux du Vieux Continent, constatent que la nouvelle « arrière-cour » des Etats-Unis n’est plus l’Amérique latine, mais l’Europe, et que c’est tout juste si cette dernière ne revendique pas sa servitude volontaire. La condamnation de Paris, Madrid et Rome par l’Union des nations sud-américaines (Unasur) et par l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (Alba) montre que les affinités « latines » - facilitant parfois l’avancement des dossiers économiques et commerciaux - ne sauraient compenser l’atteinte à la dignité de la « Grande patrie » latino-américaine que représente l’affront fait à Evo Morales. L’épisode laissera des traces.

    Deuxième coup de menton de François Hollande, débouchant lui aussi sur une claque : celui relatif au début des négociations sur le Partenariat transatlantique sur le commerce et l’investissement (TTIP) initialement prévu pour le 8 juillet (http://www.medelu.org/L-alibi-de-l-emploi-pour-un-grand). Le président français, relayé par Laurent Fabius, avait demandé qu’elles soient différées jusqu’à l’arrêt des agissements des services secrets américains dans les institutions et les gouvernements européens. Angela Merkel, suivie par la plupart des Vingt-sept - devenus Vingt-huit le 1er juillet après l’adhésion de la Croatie à l’UE - et évidemment par la Commission européenne - a sèchement dit « non ». L’affaire était alors close et la date du 8 juillet confirmée. Tout au plus François Hollande s’est-il vu concéder la tenue simultanée, mais sans échéances et encore moins d’obligation de résultats, de « groupes de travail » Etats-Unis/UE sur la protection des données privées et sur les activités de renseignement. Il va sans dire que ces discussions ne sauraient interférer avec les négociations du TTIP…

    Certains pourront se demander s’il n’est pas trop facile d’incriminer le seul François Hollande, alors qu’il n’est ni plus ni moins atlantiste que ses collègues du Conseil européen et que la Commission de Bruxelles. Ce serait oublier qu’il avait le pouvoir de résister à Barrack Obama dans la traque d’Edward Snowden. Jacques Chirac, dans des circonstances infiniment plus graves, avait refusé à George Bush d’embarquer la France dans la guerre en Irak. Le président français pouvait aussi tenir la dragée haute à Angela Merkel et aux commissaires européens pour le TTIP, la décision, dans ce dernier cas, devant être prise à l’unanimité des membres de l’UE.

    C’est le gouffre entre, d’un côté, les propos publics martiaux et les engagements électoraux et, de l’autre côté, les capitulations en catimini qui pose problème et discrédite la parole présidentielle…

    http://www.medelu.org/Le-discredit-de-la-parole-du


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