Seulement voilà, les années 2000 ont vu débouler des investisseurs à la recherche éperdue de valeurs refuge à la suite des différentes crises financières. La dérégulation de ces marchés, notamment grâce aux Commodity Futures Modernization Act américains, a grandement facilité l’arrivée des hedge funds, fonds indexés et autres joyeux produits de la finance.

La part des spéculateurs par rapport à ceux qui achètent et vendent réellement des produits agricoles a explosé.

Spéculateurs qui, de façon tout à fait logique, considèrent ces actifs liés aux produits agricoles comme un moyen de rentabiliser au maximum leurs portefeuilles. Leur comportement n’a plus rien à voir avec une quelconque réalité de l’offre et de la demande de produits agricoles, et contribue, comme sur bien d’autres marchés financiers, au gonflement de bulles spéculatives et à l’accentuation des variations des prix alimentaires.

Ce constat est fait par de plus en plus d’experts et d’institutions internationales. Et même, miracle, par la Commission européenne, qui admet du bout des lèvres cette semaine dans un rapport qu’il existe « une corrélation forte entre les positions prises sur les marchés dérivés et les prix des matières premières elles-mêmes ». Mais cela ne l’empêche aucunement de préconiser le recours aux marchés à terme pour que les agriculteurs puissent s’assurer face à la volatilité des prix européens ! Volatilité elle-même provoquée par la destruction des outils de la Politique agricole commune, qui permettait de stabiliser les prix agricoles européens et de les protéger face à la volatilité extrême des prix mondiaux.

Si seulement l’Union européenne et les autres régions du monde tiraient les leçons des crises de ces dernières années, financière et alimentaire !

Alors elles décideraient de stabiliser à nouveau leurs prix agricoles, à des niveaux rémunérateurs pour leurs paysans et raisonnables pour leurs consommateurs. Elles pourraient à nouveau mener de réelles politiques de stocks, afin de subvenir aux aléas des marchés mondiaux. Et, surtout, par une telle politique de stabilisation, elles dissuaderaient les spéculateurs, privés de toute possibilité de miser sur de brusques variations. Elles procéderaient à un « désarmement » des marchés à terme agricoles, à leur suspension en période de turbulences, à la restriction des positions de chaque agent, à la suppression des marchés de gré à gré…

Autant de réformes nécessaires, mais tellement éloignées de l’orthodoxie néolibérale qui règne encore, malgré la succession de crises. À l’image de la présidence française du G20 et de la priorité mise sur la volatilité des prix des matières premières, il nous faudra nous contenter de propositions édulcorées qui ne passeront certainement pas le stade des promesses : transparence accrue sur les marchés, dialogue amélioré entre producteurs et consommateurs, étude des produits dérivés et de leurs mécanismes… Nicolas Sarkozy annonçait, au dernier Forum de Davos, qu’il n’était pas un obsédé de la réglementation… voilà une belle garantie.

Des crises ou une crise planétaire ? la revue de presse

Le Monde, Pierre Julien, 23 novembre 2010

« C’est une confirmation plus qu’une surprise, analyse Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos France. On constate ainsi 
le décalage entre la réalité perçue au quotidien par les Français et le discours des élites politiques et économiques qui parlent 
d’une sortie de crise. Car, pour les Français, 
nous sommes en crise depuis trente ans, 
une crise dont le chômage est le symptôme 
le plus fort, la dépression de 2008 lui ayant conféré une ampleur systémique. »

Le Figaro, Ivan Rioufol, 19 novembre 2010

« Le redire : une histoire nouvelle est dès 
à présent à écrire sur les décombres 
de l’État providence et d’un vivre-ensemble impensé. Le rendez-vous de 2012 sera 
ce moment crucial où les chemins se croiseront. Soit la France poursuivra son effacement progressif en se réformant sur l’accessoire, 
soit elle affrontera les problèmes qui font 
sa faiblesse : prioritairement son endettement, mais aussi la consolidation d’une contre-société hostile, alimentée par une immigration continue et un islam politique agressif. »

AFP, Svetlana Kovaliova, Danielle Rouquié, 3 février 2011

« Les prix alimentaires mondiaux 
ont atteint un record en janvier et sont désormais en dessus de leurs niveaux de 2008, 
année marquée par des émeutes de la faim, selon l’indice mensuel publié jeudi 
par l’Organisation des Nations unies 
pour l’agriculture et l’alimentation (FAO). “En raison de conditions météorologiques défavorables, ces prix devraient encore monter”, a précisé la FAO. »

Des crises ou une crise planétaire ? Ils ont dit...
Un processus de dé-civilisation qui suscite des résistances nombreuses
« Le massacre de la faim se déroule dans une normalité glacée »