• La réforme ferroviaire met en danger le statut cheminot

    Social-Eco - le 13 Juin 2013

    Transports

    La réforme ferroviaire met en danger le statut cheminot

    Le projet gouvernemental, qui scinderait le système ferroviaire en trois établissements, soulève une large hostilité chez les salariés en grève ce jour à l’appel de quatre syndicats. Pour eux, c’est une libéralisation du secteur qui se prépare.

    Le message est clair. Les cheminots, unis en intersyndicale, rejettent la réforme ferroviaire servie par le gouvernement et qui devrait, après présentation en début d’été, être débattue à l’Assemblée dès la rentrée. Aujourd’hui, les quatre organisations syndicales représentatives à la SNCF (CGT, SUD Rail, CFDT, Unsa) appellent à une journée de grève (depuis hier soir 19 heures et jusqu’à demain matin 8 heures) pour dénoncer un projet de réforme passée sous les fourches caudines bruxelloises, dictée par la course à la rentabilité et qui prépare, de fait, la libéralisation du secteur à l’horizon 2019. Un mouvement de grève massif, un signal fort lancé au gouvernement. Dans un communiqué commun largement diffusé, l’intersyndicale dénonce les méthodes d’une « direction de la SNCF (qui) déstructure l’entreprise publique et désorganise la production, presse les conditions sociales pour atteindre ses objectifs contre le service public et le statut des cheminots ».

    Vers une privatisation

    Principal point d’achoppement, la structuration de l’entreprise, que la réforme prévoit de diviser en trois établissements publics à caractère industriel et commercial (Epic), alors que les syndicats de cheminots réclament de longue date un système unifié au sein d’une seule entreprise publique intégrée. « Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que la division en deux Epic (création de RFF en 1997 – NDLR) était néfaste… Mais maintenant, ils veulent diviser la SNCF en trois ! » pointe le syndicat Sud Rail. Pour Guy Rymarczyk, agent administratif SNCF à la gare de Lyon (Paris) et animateur du syndicat, « le gouvernement et la direction, en morcelant l’entreprise, préparent la vente à la découpe pour mieux privatiser la SNCF par lots ». Or, en matière d’ouverture à la concurrence, le fret devrait servir de mauvais exemple. Gilbert Garrel, secrétaire général de la CGT cheminots, rappelle : « Depuis les premières mesures de libéralisation prises en 2003 et étendues en 2006, le nombre de tonnes de marchandises transportées par rail a été divisé par deux. » La réforme en cours ne prévoit néanmoins aucun plan de relance pour le secteur du fret.

    Mobilisés aujourd’hui dans toute la France, les cheminots dénoncent à l’unisson un projet qui escompte réduire la dette abyssale du système ferroviaire (qui atteint près de 40 milliards d’euros) par « des gains de productivité au détriment de l’emploi, des salaires, des conditions sociales et de travail ». Le flou entretenu sur le volet social de la réforme fait craindre aux salariés une harmonisation par le bas des conditions de travail des cheminots en alignant les 155 000 cheminots du service public sur le modèle de ceux du privé. « Un abaissement du cadre social » qui, en plus de la dégradation des conditions de travail et de la perte du pouvoir d’achat, menace la sécurité du trafic et l’efficacité de la production.

    La casse du service public

    « La nouvelle organisation va générer de nouveaux conflits d’intérêts entre les différents acteurs, la séparation entre la gestion de l’infrastructure et l’exploitation des trains va accroître les risques d’accidents, le poids de la dette va étouffer l’entreprise publique et ne permettra donc pas de répondre aux attentes des usagers », résume la CGT. Très suivie, la mobilisation d’aujourd’hui, dont le mot d’ordre est de faire reculer le gouvernement sur son projet de réforme, veut défendre un véritable service public ferroviaire pour les usagers, car, conclut Fabrice Desplanches, secrétaire général CGT de la gare de Lyon, « la SNCF n’appartient pas qu’aux cheminots ».

    RFF-SNCF : des dirigeants sourds
    Interrogés par le Figaro, Guillaume Pepy, président de la SNCF, et Jacques Rapoport, président de RFF, saluent d’une même voix une réforme qui, proclament-ils, va « sauver le système ferroviaire », et se montrent clairs sur l’ouverture à la concurrence du secteur. « La concurrence est programmée, sur toutes les lignes, régionales, TGV… Pour 2019. La SNCF se prépare à y faire face », a déclaré Guillaume Pepy, qui prétend, par ailleurs, que la réforme « répond aussi aux attentes des cheminots ». Il évoque « un projet d’entreprise » 
qui sera présenté cet automne et par lequel il vise, « sans toucher au statut des cheminots » mais par « plus de souplesse sur l’organisation du travail », à accroître la rentabilité de la SNCF.


    Marion d’Allard


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