• La réalité du « modèle social » allemand pour la jeunesse

    precarite-principale-raison-miracle-economiqu-L-FLxfb3La réalité du « modèle social » allemand pour la jeunesse : précarité généralisée, « jobs à 1 euros » et apprentissage au service du patronat

     

    Article et tract de la Jeunesse Communiste du Paris 15 repris, et re-travaillé pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

     

    (Légende de la photo: marre des jobs de merde à 1 euros!)

     

     

    La référence au « modèle allemand », comme hier il s'agissait d'un miracle irlandais, espagnol ou britannique tous révélés comme des mirages avec la crise, est devenue un lieu commun de la classe dirigeante française comme européenne.

     

    A entendre ses thuriféraires, l'Allemagne, ce serait le « carré magique » économique : croissance, faible taux de chômage, balance commerciale positive et stabilité des prix.

     

    Outre que ces discours masquent le rôle qu'a pu jouer la construction européenne et l'Euro dans le renforcement de la puissance commerciale allemande, ils dissimulent avant tout le dumping social pratiqué par le patronat allemand, faisant jouer la « dévaluation compétitive » intérieure, c'est-à-dire la compression des salaires et la « flexibilisation » du travail.

     

    Pour les salariés, et avant tout les plus jeunes, c'est un autre carré moins magique qui se fait jour: bas salaires, précarité, sous-emploi et esclavage moderne.

     

    Derrière les taux officiels du chômage chez les jeunes à 9%, entre 20 et 25% des jeunes allemands de moins de 25 ans vivent sous le seuil de pauvreté.

     

    A l'origine de la situation dramatique pour la jeunesse allemande, les réformes Hartz IV du gouvernement socialiste de Gerhard Schroder entre 2003 et 2005 qui prévoyaient notamment de faciliter les licenciements et de généraliser le contrat « flexible » comme la norme pour les nouvelles embauches

     

    La précarité généralisée, le sort commun de la majorité des jeunes allemands

     

    Sept ans après, le constat est édifiant. Pour l'ensemble des travailleurs, le nombre de contrats atypiques a augmenté de 30% entre 1999 et 2009, 47% pour les contrats à temps partiel et 131% pour les contrats intérimaires, d'après Destatis, l'INSEE allemande. En 2010, 8 millions d'allemands sur 30 millions de salariés subissaient un contrat précaire.

     

    Dans la jeunesse, la précarité est devenue la norme. 54% des jeunes allemands de moins de 30 ans sont en contrat précaire selon une étude du syndicat IG Metall. A la fin de leurs études, seuls 9% des jeunes allemands trouvent un emploi à plus de 800 euros par mois. 28% se contentent d'un stage (non-rémunéré pour 40 d'entre eux), 27% d'un emploi temporaire.

     

    Parmi les nouvelles embauches, 43% sont en contrat intérimaire, 42% en CDD. Seules 15% sont des CDI.

     

    « Mini-jobs » à 400 euros et « Jobs à 1 euro par mois » : être pauvre dans le pays le plus riche d'Europe

     

    Le cœur de la réforme Hartz IV était de lutter contre le chômage en menant la chasse aux chômeurs. L'allocation-chômage classique (Arbeitslosengeld I) est réduite à 12 mois, le chômeur est considéré ensuite de longue durée (Arbeitslosengeld II) et touche 350 euros par mois. Une allocation qu'il ne peut conserver à condition d'accepter tout type d'emploi proposé par l'agence pour l'emploi.

     

    Chez les jeunes, c'est encore plus radical. N'ayant pas ou peu travaillé, ils rentrent souvent directement dans la deuxième catégorie et se voient sucrer leur allocation dès le premier refus.

     

    Les conséquences sociales en sont dramatiques. Les salariés, souvent jeunes, sont contraints d'accepter des « mini-jobs » à 400 euros par mois maximum, mais en moyenne s’élevant à 250 euros, pour 10 à 15 heures de travail par semaine. Les scandales de ces conducteurs de bus à 2 euros de l'heure à Francfort, ou de ces aides-cuisinières à 2,5 euros à Thuringe deviennent de plus en plus la norme en Allemagne.

     

    On a même parlé de ces « jobs à 1 euro », ces contrats-poubelle, assimilés légalement à des formes de travaux d'intérêt général, concrètement plus proches d'une forme de travail forcé. Comble de l'histoire, ce genre de travail n'est conçu que comme un complément à l'allocation et 80% du revenu revient à l’État, le salarié-chômeur ne garde que la portion congrue.

     

    Selon la chercheuse Brigite Lestrade, qui a étudié les effets sociaux des réformes Hartz IV, 6,6 millions de personnes - dont 1,7 millions d’enfants - les bénéficiaires d’Hartz IV. Pour elle, ces 4,9 millions d’adultes (les « Hartzi ») sont en fait des chômeurs, des « quasi-chômeurs » dit-elle.

     

     

    Le modèle de l'apprentissage allemand : du mythe à la réalité

     

    Il est une idée pré-conçue qui fait fureur en France : celle de l'excellence du système d'apprentissage en Allemagne, qu'il faut comprendre dans le système éducatif allemand qui sélectionne dès l'âge de 10 ans les élèves destinées à des filières plus techniques, entrant soit dans une Realschule, pour ceux qui se destinent à devenir techniciens ou cadres dans la production, soit dans une Hauptschule, pour ceux destinés aux métiers d'artisans ou d'ouvriers qualifiés.

     

    Les autres suivent une filière générale et rentrent au lycée (gymnasium). Le destin professionnel des jeunes allemands est souvent fixé dès l'âge de 10 ans, et les enfants confinés dans la filière technique dès leur plus jeune âge, bien que celle-ci ne soit pas sans bénéficier d'une certaine valorisation en Allemagne.

     

    Si on rentre maintenant dans le vif du sujet, la situation de l'apprentissage en Allemagne est moins rose qu'il n'y paraît. L'apprentissage est souvent pour le patronat l'opportunité de disposer d'une main d’œuvre corvéable à merci, sans les moindres garanties légales, et souvent mal voire non-rémunérée, notamment dans la restauration.

     

    Plus de 40% des contrats d'apprentissage ne vont pas à leur terme et la filière n'a plus le vent en poupe. En 2011, 75 000 postes d'apprentis n'auraient pas trouvé preneur, faute de candidats.

     

    Ce bref aperçu de la réalité de la jeunesse salariée allemande suffit à démystifier le « modèle social » allemand qui transforme une part croissante des travailleurs allemands en citoyens de Dritter Klasse (citoyens de seconde zone).

     

    Un « modèle social » pour le patronat allemandqui est parvenu à comprimer le coût du travail pour accroître les profits du capital, et surtout se donner un avantage comparatif sur le plan du commerce extérieur, renforcé par la monnaie unique qui a interdit ses concurrents de réaliser des dévaluations externes au moment où lui réalisait des dévaluations internes.

     

    La colère des travailleurs allemands grondent. En 2011, le mot de l'année en Allemagne fut « Wutburger », le citoyen en colère. Mais cette colère, qui s'exprime dans de multiples manifestations et luttes locales, ne trouve pas d'organisation de classe et de masse pour la porter.

     

    Le spectacle pathétique de Die Linke, organisation qui a supplanté l'ancien parti communiste d'Allemagne de l'Est et qui a soutenu en mars 2012 la sioniste et sarkozienne Beate Klarsfeld à l'élection présidentielle face au candidat du consensus dominant, l'anti-communiste Joachim Gauck, résume l'impasse politique dans laquelle se trouvent les travailleurs allemands, à la recherche d'un parti de classe pour organiser leur colère.


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