• La leçon des enfants du Caire

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    L’histoire s’écrit devant nos yeux, s’accélère, se précipite. Quinze jours seulement ont passé depuis que le peuple tunisien a fait « dégager » un dictateur qui croyait avoir souscrit 
un bail à vie dans le palais de Carthage, et pourtant 
le règne de Ben Ali paraît une vieille histoire. Et voilà que les marées humaines du Caire, de Suez et d’Alexandrie poussent vers la sortie de la scène politique un président en place depuis trente ans. La journée d’hier restera dans la mémoire de l’Égypte comme un jalon dans la marche du peuple vers une nouvelle république, une souveraineté réelle sur son propre destin.

    Il est des événements qui prennent soudain place dans l’histoire. Le 1er février 2011, jour 
de cette manifestation d’une puissance inégalée, tranquille et pacifique, contre laquelle l’armée n’est pas intervenue, est appelé à figurer parmi les grandes dates du calendrier. Les manifestants d’aujourd’hui sont, 
qu’ils en aient conscience ou non, les héritiers 
de Nasser, du Mouvement des non-alignés, 
de la prise de souveraineté sur le canal de Suez qui fit trembler alors les gouvernements occidentaux. C’était l’époque où l’Égypte s’engageait dans une voie d’émancipation, le temps d’avant Sadate, avant qu’elle 
ne devînt une pièce maîtresse de la stratégie des États-Unis au Moyen-Orient.

    De quelque manière que se dessine la suite des événements, quelques enseignements peuvent en être tirés. Ne voir qu’un effet domino dans l’enchaînement des mouvements populaires en Tunisie 
et en Égypte, ainsi que dans les aspirations 
au changement qui sourdent ou apparaissent au grand jour dans d’autres pays, entre Maghreb et Moyen-Orient, serait une erreur. On ne saurait calquer la situation politique de la Tunisie sur celle de l’Égypte, ni celle du Maroc sur celle du Yémen ou de la Jordanie. État policier et maffieux à Tunis, régime autoritaire à forte influence militaire au Caire, monarchies plus ou moins constitutionnelles à Rabat et à Amman… Mais tous 
ces pays ont à la fois un déficit de démocratie et ont 
dû adopter un modèle de développement néolibéral qui laisse dans le fossé des millions d’« oubliés », de jeunes sans emploi, qui prive les pays de protection sociale efficace, de services publics et d’infrastructures de qualité. Hier, Dominique Strauss-Kahn a déclaré que le FMI est prêt à aider l’Égypte, mais le même avait invité, l’an passé, les dirigeants du Caire à poursuivre dans la voie des libéralisations…

    Ce n’est pas un hasard si le soulèvement populaire égyptien survient à un moment 
où le marché du travail ne peut répondre aux besoins 
des générations 1980 à 1990, années de forte natalité, alors qu’une bourgeoisie d’affaires ou liée au pouvoir affiche un standard de vie identique à tous les autres gagnants de la mondialisation. C’est pourquoi, 
un peu partout, les oligarchies sont contestées dans des mots d’ordre exigeant dans un même mouvement 
la démocratie et la justice sociale. Après ceux de Tunis, les manifestants du Caire sont en train de montrer au monde qu’il y a, dans les pays arabo-musulmans, une recherche d’alternative politique en dehors de l’autoritarisme de despotes en uniforme ou de l’obscurantisme de la théocratie. Qu’un autre choix existe entre la caserne et la mosquée. Les théoriciens de la « guerre des civilisations », chère à George Bush, font enfin piètre figure.

    Après ceux de Tunis, les manifestants sont en train de montrer au monde qu’un autre choix existe entre la caserne 
et la mosquée.

    Par Jean-Paul Piérot

    Egypte : le"jour du départ" en direct

    Au moins huit personnes ont été tuées et plus de 800 blessées mercredi et jeudi matin dans les violences entre les deux camps. Plus de 300 personnes ont péri la première semaine de la contestation, selon un bilan non confirmé de l'ONU.

    Après dix jours de mobilisation, le mouvement de contestation appelle à de nouvelles manifestations aujourd'hui, jour de prière en Egypte. Les opposant espère en faire le"jour du départ" du président Hosni Moubarak.

    Heure par heure

    11h05. "Je veux lui apprendre la démocratie, c'est maintenant ou jamais". Des milliers de personnes affluaient vendredi vers la place Tahrir au Caire, où le ministre de la Défense Mohamed Hussein Tantaoui s'est pour la première fois adressé à la foule. Sur deux files de plus de 500 mètres de long, des milliers de personnes faisaient la queue en fin de matinée à un barrage militaire pour accéder à la place. Les partisans du président, présents en force ces derniers jours près de la place Tahrir, n'étaient pas visibles. Les soldats fouillaient méticuleusement les manifestants, qui devaient ensuite subir le contrôle de comités populaires s'assurant que personne n'était armé. "Je n'ai pas peur d'être là avec mon fils, je ne l'exposerai jamais à un vrai danger, je sais que c'est très sûr à l'intérieur" de la place Tahrir, a affirmé à l'AFP Inji, 34 ans, qui faisait la queue avec son fils Abdallah de 11 ans. "Je veux lui apprendre la démocratie, c'est maintenant ou jamais", précise-t-elle.

    10h50. Une roquette antichar a été tirée vendredi sur le siège de la Sécurité de l'Etat dans la ville égyptienne d'El-Arich, près de la frontière de la bande de Gaza, a-t-on appris auprès d'une source au sein des services de sécurité et de témoins.

    Rassemblement de soutien devant l'ambassade d'Egypte à Paris, cet après-midi

    10h10. Le réalisateur israélien Amos Gitaï veut "rester optimiste" sur l'évolution de la situation en Egypte, estimant que le temps de la démocratisation "est venu" dans le monde arabe, a-t-il déclaré à l'AFP. "J'espère que cela va finir comme un processus de démocratisation des différentes sociétés du monde arabe", a dit M. Gitaï. "Je crois que le temps est venu et que cela ne va pas être pris en otage par d'autres théocraties ou autocraties", a dit Amos Gitaï.

    9h50. Le ministre égyptien de la Défense Mohamed Hussein Tantaoui s'est rendu ce matin place Tahrir, épicentre de la contestation contre le régime où des milliers de personnes réclament le départ du président Hosni Moubarak, a annoncé la télévision publique.

    Notre dossier : Egypte : le grand défi

    9h35. Le chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a jugé vendredi "absolument essentiel" que les autorités égyptiennes démarrent sans tarder le dialogue avec l'opposition pour sortir de la crise actuelle.

    8h45. Quinze heures d'interrogatoires pour l'équipe de TF1 libérée. Les membres de l'équipe de TF1 arrêtés jeudi matin au Caire avant d'être libérés "au milieu de la nuit" de jeudi à vendredi "vont bien physiquement" après avoir vécu "quinze heures d'interrogatoires", a indiqué Catherine Nayl, directrice de l'information de la chaîne. "Ils ont été relâchés au milieu de la nuit dans un hôtel où se trouvaient d'autres journalistes", a-t-elle indiqué. L'équipe de TF1 avait été arrêtée jeudi matin par des hommes en civil armés et conduite vers un lieu indéterminé, selon la chaîne.

    Aujourd'hui, numéro spécial Egypte dans l'Humanité

    Cette nuit.

    Le président égyptien Hosni Moubarak a assuré à la chaîne de télévision américaine ABC qu’il aimerait quitter le pouvoir mais qu’il ne peut le faire par crainte du chaos qui s’installerait alors dans son pays. Moubarak a dit qu’il "en avait assez d’être président et qu’il aimerait abandonner le pouvoir maintenant, mais qu’il ne peut le faire de peur que le pays ne sombre dans le chaos".

    Les Etats-Unis discutent avec des responsables égyptiens des modalités d'un départ immédiat du président Hosni Moubarak et du transfert du pouvoir à un gouvernement de transition dirigé par le vice-président Omar Souleimane, rapporte le New York Times. Le vice-président égyptien a par ailleurs déclaré à la chaîne américaine ABC que l'armée déployée en renfort n'utiliserait "jamais" la force contre la population.

    Récit de la journée de jeudi


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