• La double imposture budgétaire du gouvernement

    Mercredi soir François Fillon a annoncé un plan d’économie pour atteindre les objectifs de réduction des déficits publics. Au passage, il en a profité pour à nouveau appeler au soutien des socialistes pour inscrire la camisole budgétaire dans la constitution. Une proposition doublement malhonnête.

    L’imposture d’un gouvernement

    La posture du président de la République et de son gouvernement est relativement habile. En affirmant être prêts à constitutionnaliser l’interdiction des déficits publics, ils veulent à la fois se racheter une bonne conduite mais aussi mettre en difficulté le PS, qui cherche à donner des gages de bonne gestion aux marchés mais qui ne veut pas voter le texte du gouvernement à quelques mois de l’élection présidentielle. Mais cette posture est une imposture.

    En effet, Nicolas Sarkozy a un lourd passif sur les finances publiques. En 1995, Alain Juppé avait affirmé que le ministre du budget d’Edouard Balladur avait laissé les finances publiques dans un état « calamiteux », qui avait abouti à de fortes hausses d’impôts pour tenir les objectifs de Maastricht. En 2007, Philippe Séguin avait dénoncé le « paquet fiscal » et un rapport de la Cour des Comptes de 2010 affirmait que plus de la moitié de la hausse des déficits ne venait pas de la crise.

    En outre, le plan présenté hier reste un assemblage de petites rustines à mille lieues de la nécessaire réforme de notre fiscalité. Le premier ministre déshabille encore un peu plus la loi TEPA, mais sans aller jusqu’au bout. Et comme le souligne justement Hervé Nathan, la contribution des riches est plus symbolique qu’autre chose : elle est temporaire, et il faut surtout la comparer à la réduction de l’ISF, qui sera sans doute supérieure à 2 milliards (alors que le bouclier fiscal coûtait 900 millions).

    Un contresens économique

    Dans un remarquable dossier de vingt pages sur le sujet (tout aussi bon que celui sur la monnaie, sur lequel je reviendrai plus tard), Joël Halpern dénonce cette « règle de plomb », reprenant, sans le savoir, quelques heures plus tard le terme employé par Nicolas Dupont-Aignan. Il défend la politique contra cyclique budgétaire, qui s’est imposée après la Grande Dépression des années 1930, qui consiste à amortir une crise en jouant sur les déficits (ce qui a été fait depuis 2008).

    Comme André-Jacques Holbecq, il dénonce le rôle des intérêts de la dette et des baisses d’impôt qui sont bien plus responsables de l’état de nos finances publiques que l’augmentation des dépenses. Il critique la redistribution des contribuables vers les rentiers engendrée par notre gestion de la dette publique. Enfin, il prend position en faveur d’une monétisation des dettes publiques. Bref, il démontre que le débat les dettes publiques mérite mieux que la voie sur laquelle il est engagée.

    Bref, il est pour le moins paradoxal qu’un gouvernement incontinent financièrement veuille imposer à ses successeurs des règles qu’il ne s’est pas appliquées à lui-même, d’autant plus que la crise de les auraient rendues inapplicables. Bref, il s’agit d’une mauvaise règle qui n’est qu’une posture médiatique. Pire, alors que le gouvernement renforce l’austérité pour les Français, il dilapide encore plus pour sauver les créanciers des pays européens en difficulté.

    Bref, toute cette histoire de camisole budgétaire, ou règle de plomb, est une double imposture. Imposture pour camoufler la mauvaise gestion des derniers publics depuis plus de quatre ans. Imposture car cette règle est un parapluie pour beau temps, inapplicable en cas de crise.

    http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/la-double-imposture-budgetaire-du-99590

    L’arnaque de la privatisation de la création de la monnaie

    Après avoir posé les enjeux du débat monétaire, André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder en viennent plus particulièrement à la question de la création monétaire et de la dette publique.

    Remettre en perspective notre endettement

    Les auteurs soulignent de manière intéressante le choix du terme « service » de la dette en lieu et place du terme « intérêt ». Ils critiquent le catastrophisme des opposants de tout bord à la dette publique en soulignant plusieurs points importants. Tout d’abord, ils soulignent la myopie de leur analyse, qui oublie de prendre en compte le patrimoine de l’Etat. En effet, l’analyse de la situation financière de quiconque impose d’avoir une vue globale et comparative.

    Or, un tel examen (déjà évoqué ici) donne une autre perspective, qui explique pourquoi notre pays conserve son AAA. Tout d’abord, notre endettement brut est dans la moyenne. Ensuite, notre pays a davantage d’actifs que les autres. Fin 2009, le solde entre les actifs et les dettes des administrations publiques était positif de plus de 400 milliards d’euros. Et si on prend uniquement en compte les actifs financiers, notre dette nette était de 44% du PIB, contre 58% dans la zone euro…

    Le vrai problème

    Les auteurs déplace alors le débat : « ce qui est immodéré dans la dette, c’est moins son montant (lequel a permis la création de richesse) que la part des intérêts dans ce montant ». Et cela est d’autant plus vrai que le privilège de la création de monnaie, bien collectif, a été abandonné aux banques commerciales. Les auteurs réalisent alors le fameux calcul qui commence à s’imposer dans le débat public et qui remet quelques idées en place sur les implications de la loi de 1973.

    De 1979 à 2009, la dette publique est passée de 240 à 1490 milliards d’euros (de 21 à 78% du PIB), soit une augmentation de 1250 milliards. Entre temps, nous avons payé pour 1340 milliards d’euros d’intérêt. En clair, depuis 30 ans, l’augmentation de la dette publique est plus qu’intégralement la conséquence du paiement d’intérêts. Dès lors, comme en monétisant un pays n’a pas à payer d’intérêt, cela pose clairement la question de cette privatisation de la création monétaire.

    En outre, tout ceci pose de nombreux problèmes. Tout d’abord, cela rend les Etats dépendants des marchés (alors qu’aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Japon, la monétisation est courante). Et cela limite considérablement les moyens de financement des Etats à un moment de chômage de masse et de défi écologique. Ils dénoncent également « la tendance actuelle (…) à amputer les ressources publiques, ce qui implique de transférer sur le privé, petit à petit tous les services ».

    Comment s’en sortir ?

    Les auteurs exhument une belle citation de Tocqueville : « préoccupés du seul soin de faire fortune, les hommes n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous ». En fait, le débat est ancien : il a eu lieu le 22 juillet 1981 à l’Assemblée Nationale quand une quarantaine de députés ont défendu un projet de loi qui aurait permis à nouveau de mettre la création monétaire au service de la collectivité.

    Les auteurs citent également Maurice Allais pour qui « tout création monétaire doit relever de l’Etat et de l’Etat seul » et qui assimilaient les banques commerciales à des « faux-monnayeurs ». Le « prix Nobel d’économie » était favorable à des taux de change fixes et révisables, un équilibre des balances des paiements, l’interdiction de la spéculation pour les banques.

    Ils proposent une banque centrale indépendante, seule créatrice de la monnaie (qui ne peut être qu’un bien collectif), un budget de fonctionnement de l’Etat équilibré excepté en période de récession économique ainsi qu’une séparation des banques privées en trois types : les banques de dépôts, les banques de prêts et les banques d’affaires. Ils évoquent la proposition de 1995 de Jean-Marcel Jeanneney « d’émettre de la monnaie ex nihilo pour sortir notre économie de son anémie ».

    La privatisation de la création monétaire est un accident de notre histoire économique. Mais il est encore plus incroyable que les Etats d’Europe continentale ait renoncé à son émission publique. Merci aux auteurs pour ce livre qui éclaire d’une perspective stimulante un des débats du moment.

    Source : « La dette publique, une affaire rentable », A-J Holbecq et P Derudder, Editions Yves Michel


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