• La bataille d’Aulnay

    Par Jean-Paul Piérot


    Le coup de poignard que M. Philippe Varin vient de porter à l’industrie automobile en décidant de détruire huit mille emplois et de fermer l’usine d’Aulnay-sous-Bois en 2014 s’apparente à un crime économique inexcusable, mais nul ne peut prétendre en être surpris. Il y a plus d’un an, la CGT dévoilait ce projet que la direction avait détaillé dans une note à diffusion très restreinte. L’Humanité alertait l’opinion. Pour sa part, la direction de PSA démentait suffisamment mollement pour que chacun pût comprendre qu’un complot contre l’emploi était bel et bien ourdi par le petit monde des affairistes.

    Dès lors, immédiatement une question s’impose : qu’a donc entrepris Nicolas Sarkozy pour éviter la catastrophe ? Jusqu’à preuve du contraire, tout semble s’être déroulé comme si le président de la République alors en fonction était avant tout préoccupé de ce que l’annonce du plan fût officialisée… après les élections présidentielle et législatives. Il ne faut pas confondre catastrophe sociale et catastrophe électorale. Un an aurait-il été perdu alors que se profilait un séisme à l’horizon ? Un an que les pouvoirs publics n’ont pas utilisé pour faire prévaloir d’autres choix stratégiques que la destruction massive d’emplois pour préserver les marges de profit des actionnaires. Pour eux, tout va bien. À peine la direction de PSA venait-elle d’annoncer son plan, qu’on apprenait que l’action en Bourse du constructeur automobile bondissait de trois points.

    Après avoir gardé le silence jusqu’à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, le groupe PSA dramatise les surcapacités de production qui, notons-le au passage, résultent de l’intensification de la production. À nouveau est brandi l’épouvantail du coût du travail. Ainsi sont évacuées du débat les responsabilités des choix stratégiques de la direction. Variable d’ajustement de leurs comptes et mécomptes, les travailleurs en bout de chaîne sont tout désignés pour payer la note des décideurs. Peu importe aux dirigeants, à la famille Peugeot, aux actionnaires les désastres humains et économiques qu’ils provoquent à Aulnay même où le chômage frappe 17 % de la population, en Seine-Saint-Denis mais aussi à Rennes, après avoir reçu au cours des dernières années quelque quatre milliards d’euros d’aides publiques… Et aujourd’hui, le président de PSA écarte toute entrée de l’État dans le capital du groupe.

    C’est précisément parce que les salariés placent plus d’espoir dans la gauche que dans la droite pour résister aux oukases du grand patronat, que le gouvernement n’a pas le droit de faire preuve d’impuissance. La phrase de Lionel Jospin – « l’État ne peut pas tout » – face aux licenciements boursiers eut en son temps un effet désastreux dans le monde du travail. Puisse Jean-Marc Ayrault avoir tiré la leçon de l’expérience de son prédécesseur socialiste à Matignon. À l’évidence, la guerre que le groupe PSA vient de déclarer aux travailleurs de l’automobile ne sera pas un blitzkrieg. Un combat de longue haleine commence contre « un gâchis totalement injustifié », ainsi que la députée PCF-Front de gauche Marie-George Buffet a qualifié le plan, que de son côté le ministre Arnaud Montebourg déclare ne pas accepter en l’état. La défense des emplois et du site d’Aulnay s’inscrit dans le programme de soutien à l’industrie automobile que le gouvernement doit présenter le 25 juillet. Nous sommes dramatiquement entrés dans le vif du sujet.


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