• L’écœurement

    L’écœurement

    LUNDI 21 JANVIER 2013
     

    S’il ne s’agissait d’une monarchie, on parlerait de république bananière! Confrontée à la pire récession de son histoire, qui a conduit 20% de la population sous le seuil de pauvreté, l’Espagne s’enfonce dans une crise de régime à mesure que le pourrissement de ses institutions apparaît au grand jour. Vendredi, El Mundo révélait un nouveau système de corruption au sein du Parti populaire (PP) au pouvoir, géré directement par son ex-trésorier central, Luis Bárcenas.
    Selon le quotidien libéral, des collectivités dirigées par la droite auraient systématiquement favorisé une poignée de promoteurs immobiliers, d’entreprises de sécurité et autres prestataires de services contre monnaie sonnante et trébuchante, reversée ensuite à des dirigeants du parti. Le grand ordonnateur de cette dîme aurait amassé, à lui seul, au moins 22 millions d’euros.
    L’affaire se serait étalée sur deux décennies et le bouclement, en 2009, du compte en Suisse de M. Bárcenas n’aurait rien d’une conversion morale: selon El Mundo, le but était de blanchir le pactole amassé grâce à l’amnistie fiscale votée par le PP, tout juste revenu au pouvoir!
    Au grand dam du trésorier, le compte noir a été repéré par les enquêteurs du cas «Gúrtel», dans lequel son nom était apparu. Ce tentaculaire réseau de corruption révélé en 2009 par El País et qui indirectement coûta sa carrière au trop curieux juge Baltasar Garzón, s’étendait à une vingtaine de sociétés qui offraient cadeaux et avantages aux élus en échange de contrats avec au moins trois Régions tenues par la droite.
    Faute de preuves suffisantes, seuls quelques lampistes ont jusqu’ici payé cette escroquerie devant la justice. Mais cette fois, M. Bárcenas paraît bien mal en point. Et l’ex-caissier du PP, nommé à ce poste par Mariano Rajoy lui-même, ne semble pas disposé à plonger tout seul... Après vingt-huit ans (!) passés dans l’administration financière du parti, l’homme en connaît tous les secrets. Le fait que les dernières révélations aient été publiées dans une feuille de droite plutôt que dans El País parait indiquer un début de règlement de comptes entre conservateurs.

    Pour le président du gouvernement, l’affaire Bárcenas risque de sonner l’hallali. Patron absolu du PP depuis 2004, M. Rajoy ne pouvait ignorer l’existence de ces caisses noires. Aveugle ou malhonnête, il n’en sortira pas indemne.
    Sa chance, c’est que socialistes et nationalistes ont des raisons de faire profil bas. Les seconds, parce qu’ils se débattent, eux aussi, en plein scandale en Catalogne, où Convèrgencia i Unió – malgré la vague souverainiste actuelle – a failli perdre les récentes élections pour cause de... comptes en Suisse!
    Face à la gangue de la corruption, le PS n’est pas plus vindicatif. Dans la liste des quelque 200 élus espagnols actuellement inculpés dans des affaires d’argent noir, les socialistes comptent plus d’une brebis galeuse... Surtout, ce parti est largement responsable du modèle de développement espagnol, axé sur la multiplication des projets immobiliers et la privatisation des services publics, qui ont favorisé cette course effrénée aux plus-values foncières et aux contrats de prestation.

    Pour la population, ces années fric se sont brutalement arrêtées en 2007, avec l’éclatement de la bulle immobilière puis la crise financière. Pour les politiques et les affairistes, en revanche, le banquet paraît se poursuivre. Jusqu’à l’écœurement.

     

    Espagne: une affaire de corruption fait trembler le parti au pouvoir

    L’écœurement

    Ils étaient à peu près mille, vendredi soir, lors d’une manifestation contre la corruption devant le siège du Partido Popular, à Calle Genova à Madrid. En fin de soirée les manifestants ont été délogés de manière pacifique, mais le message envoyé pendant quelques heures était fort.
    Cette manifestation a été organisée à la suite d’une semaine qui a vu émerger une affaire de détournement de fonds publics et un scandale de corruption liés à Luis Bárcenas, un ancien cadre -ex-trésorier et ex-sénateur- du Partido Popular.

    L’affaire Bárcenas a éclaté mercredi passé au sein de l’opinion publique espagnole et a vu le jour suite à l’affaire « Gürtel », une importante enquête relative à la corruption et au détournement de fonds publics qui touche de manière particulière le Partido Popular. Le « Caso Gürtel » a été initié en 2008 par le juge Baltasar Garzón, aujourd’hui écarté de l’enquête puisqu’il a été suspendu de ses fonctions suite à sa condamnation de février 2012 pour un cas d’écoutes téléphoniques relatives à la même affaire. À ce jour, paradoxalement, Baltasar Garzón est le seul a avoir été condamné pour cette affaire dont les ramifications touchent en particulier les régions de Valence, de Madrid et de Galice et qui a forcé Francisco Camps, le président de la région de Valence, a démissionner de son poste bien que, à la stupeur générale, il ait été jugé non-coupable.

    L’enquête est aujourd’hui dirigée par le juge instructeur Pablo Ruz qui a ouvert en 2009 une branche investigative supplémentaire. À la fin de l’année passée, après que les autorités suisses ont remis des commissions rogatoires à l’« Audience nationale », le haut tribunal espagnol, Pablo Ruz a découvert que Luis Bárcenas était le titulaire jusqu’en 2009, via une société panaméenne, de quatre comptes à la Dresdner Bank de Genève, dont le solde en 2007 était de 22.1 millions d’euros. Suite à la mise en examen de Luis Bárcenas en 2009, des fonds auraient été transférés depuis les comptes à la Dresdner Bank sur des comptes chez Lombard Odier au nom de la société Tesedul S.A. Ces éléments ont éclaté le mercredi 16 janvier dans la presse espagnole, et le vendredi 18 il y a eu un ultérieur rebondissement. Le quotidien El Mundo a en effet révélé, à l’appui de cinq sources ayant été des cadres du Partido Popular, que Luis Bárcenas aurait géré pendant vingt ans un système de comptabilité parallèle au sein du parti. L’argent, issu d’un système de corruption, aurait été utilisé, entre autres, pour le payement au noir des cadres du Pardido Popular en plus de leurs rémunérations officielles. Des sommes allant de 5000 à 15’000 euros par mois par dirigeant selon la position hiérarchique occupée au sein du parti.

    Le dessein paraît clair, puisque s’il devait tomber Luis Bárcenas ne semble  pas disposé à le faire tout seul. Aussi, à l’heure où le gouvernement annonce des coupes budgétaires supplémentaires, son président Mariano Rajoy, le leader du Partido Popular, risque de se faire sérieusement éclabousser par cette affaire qui par ailleurs attise la rage de la société civile espagnole, lourdement touchée par la politique d’austérité menée par le gouvernement espagnol.

    http://unristretto.net/


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