• Jean-Louis a 59 ans. Chômeur

    Jean-Louis a 59 ans. Chômeur depuis février 2009, il vit avec 525 € par mois. Aujourd'hui à bout, il sort de sa réserve pour témoigner...


    «En un an, j'ai envoyé 852 demandes d'emploi. J'ai reçu 51 réponses, obtenu 28 entretiens pour décrocher au final 1 job d'un mois...»

    Attablé dans ce qui lui sert à la fois de cuisine, de bureau, de pièce à survivre, Jean-Louis Dubois, un Ariégeois de 59 ans, feuillette ce fameux cahier d'écolier dans lequel il a tout consigné avec la méticulosité et l'écriture d'un premier de la classe. Ses douze inscriptions dans des agences d'intérim, ses 10 inscriptions dans des boîtes de gardiennage, des pompes funèbres. Et puis, noir sur blanc, il a noté toutes ses demandes aux employeurs potentiels qui ne condescendent que rarement à lui répondre. Noté les visites aux secrétaires à la bêtise hautaine, méprisantes souvent, véritables pare-feu qui, lorsqu'elles ne vous signifient pas d'aller voir ailleurs, jettent négligemment votre CV comme s'il s'agissait d'un papier gras en bout de bureau ou vous raccrochent au nez comme on vous foutrait une main en pleine gueule.

    À première vue comme ça, Jean-Louis est un type normal, simple, posé, à la politesse des humbles et le salut toujours amical. Un type en apparence sans histoire, et pourtant. Jean-Louis est un AZF social à lui tout seul. Un à un, les fils de son parachute social ont lâché sans qu'il ait le temps de comprendre ce qu'il lui arrivait. Un licenciement chez Tecknal à Toulouse en octobre 2005 d'abord et c'est le début de la chute vertigineuse, pas de celle dont on fait un record et la une des journaux. Pas de boulot, et c'est le fil du ménage qui lui pète à la gueule et sa vie de couple qui part en torche, puis la banque qui lève la herse de l'interdiction bancaire, EDF qui coupe le compteur et les dernières lueurs d'espoir. Sans compter les amis qui tournent les talons, la famille qui prend ses distances et les huissiers qui eux, ne vous lâchent plus. Les impayés de loyer qui s'accumulent et la rue pour seule perspective d'avenir.

    Mais Jean-Louis n'est pas de ceux qui font le siège des bureaux de l'assistance sociale. Lui, ne veut pas faire l'aumône d'une aide palliative. Lui, c'est un job qu'il revendique pour se sortir de ce merdier sans nom. Lui qui a commencé à travailler à l'âge de 16 ans parce que son père lui a appris «la valeur du travail pour être un homme digne et debout», la fameuse «méritocratie»... «J'ai fait 27 métiers dans ma vie. Avant, on vous aurait dit "vous êtes sacrément compétent, Monsieur !" Aujourd'hui, on vous traite carrément d'instable ! Mais je ne veux pas faire de bruit, car j'espère dans le lendemain. Je veux travailler. Le travail c'est un socle. Mais je n'attends pas, j'ai demandé partout, même là où les gens ne veulent pas faire. Je force les portes parfois. Je combats jusqu'à l'extrême limite de mes forces !» témoigne avec dignité Jean-Louis.

    La «limite de ses forces», c'est 17 kg perdus en 6 mois, 144 euros par mois pour se nourrir. «Des fois, je passe 5 jours sans manger» témoigne-t-il, mal à l'aise car sa pudeur en souffre, avant de se reprendre : «Je suis un petit dans ce pays mais mon but c'est de trouver du travail… c'est ce qui me sauverait.» Enfant de Pamiers, Jean-Louis se souvient de son enfance et se souriant à lui même évoque ses amis sur le banc de l'école qui aujourd'hui sont pour certains, élus à la Ville. «Je connais du monde mais je n'ai jamais osé en parlé… Des fois, y'a des gens que tu croises dans la rue la tête basse… Ils hurlent en silence.»

    (Source : La Dépêche du Midi)

    http://comite.de.prives.d-emploi.et.precaires.cgt.ales.over-blog.fr/


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