• Intervention de Jean Jacques Karman sur la dette, au Conseil national du PCF des 3 et 4 sept. 2011

    Je voudrais intervenir sur la question de la dette.

     

    La période des vacances nous a montré que la crise du capitalisme est bien réelle et durable, qu’elle ne s’arrêtera pas et que pour maintenir des taux de profits souhaités, l’austérité généralisée va être imposée.

     

    Ils vont tenter de l’imposer, car il y a une inconnue, c’est celle de la réaction populaire. Prenons la question de la dette : c’est l’un des moyens pour faire passer des sommes très importantes du travail au capital par le biais de cadeaux de l’Etat.

     

    Par exemple, les recettes de l’Etat représentaient 22% du PIB dans les années 80, elles n’en représentent plus que 15% aujourd’hui. Si le pourcentage avait été maintenu l’Etat aurait 140 milliards de plus pour les dépenses sociales par an et il n’y aurait pas cette dette.

     

    La dette en soi n’est pas forcément négative lorsqu’elle est un investissement de développement, mais la dette actuelle est essentiellement le résultat de cadeaux au capital. Ajoutons que les banques se servent au passage, les seuls intérêts de la dette payée aux banques par l’Etat français vont cette année dépasser les 50 milliards.

     

    Alors les propositions que doit faire un parti communiste comme le nôtre ne peuvent pas être que techniques dans le cadre du système actuel. Nous devons avancer aussi des propositions de ruptures, mobilisatrices pour permettre au mouvement populaire d’intervenir et avancer sur la voie du changement réel de société.

     

    Nous devons avancer le mot d’ordre « d’annulation de la dette » et le payement de celle-ci par ceux qui en profitent. Parallèlement la nationalisation des banques avec protection des épargnants, mais sans indemnisation des capitalistes doit aussi être un de nos mots d’ordre.

     

    Personne ne peut prévoir l’effet d’un mot d’ordre juste, parfois il suffit de peu pour qu’une situation devienne prérévolutionnaire.

     

    Ces nationalisations et l’annulation de la dette rendraient « dépassée » la question de la sortie ou pas de l’Union Européenne, car cette Union Européenne capitaliste exploserait par ces deux mesures prises par la France.


     

    Un texte de JJK sur la dette !


    Les communistes doivent être sur la position de rupture avec le capital en demandant l’annulation de la dette publique :

     

    La dette publique doit être payée par ceux qui en profitent et non par le peuple !

     

    Madame Lagarde, alors ministre des finances de la France, annonçait pour 2011, un taux de croissance largement au-dessus de toutes les prévisions et elle monta le budget 2011 de la France sur cette base (volontairement fausse). Madame Lagarde, devenue présidente du FMI au grand plaisir et intérêts de N. Sarkozy et des Etats-Unis d’Amérique, déclare dans un premier temps, qu’elle poursuit de A à Z la politique de son prédécesseur, le socialiste Dominique Strauss Khan et ajoute : « En France, le taux de croissance prévu ne sera pas atteint, et un nouveau déficit va aggraver la dette publique, au point qu’il est nécessaire de prévoir dès maintenant que le gouvernement de la France réduise les dépenses de santé et annonce une nouvelle réforme des retraites. » Depuis, elle est aussi inculpée pour mal versassions financières…

     

    Madame Lagarde est aussi indécente que son prédécesseur. Nous vivons dans le mensonge permanent et la dette est devenue le moyen dictatorial pour imposer au peuple l’austérité à seule fin d’aider les capitalistes à réduire le coût du travail dans une concurrence entre chaque pays. Le fait que le Parti socialiste, comme ses collègues grecs, espagnols et portugais par exemple ne conteste pas sur le fond cette question, aussi bien en France qu’au niveau de l’Union Européenne, et que le Front de Gauche n’avance pas les revendications à la hauteur de la rupture nécessaire avec le capitalisme, indique que la question de la dette va devenir centrale et conduira à un piège pour la prochaine période 2012/2014.

     

    Cette question de la dette publique est pourtant très simple. Il y a deux types de dettes publiques : celle résultant d’investissements nécessaires pour le développement du pays, comme par exemple la réalisation de routes que l’on amortit sur plusieurs années par des emprunts publics, donc de la dette. Ces dettes-là sont légitimes si l’on ne déborde pas un certain niveau d’endettement, envisageable en fonction des ressources annuelles prévisibles. Le deuxième type de dette est illégitime, c’est celle des capitalistes qui est en fait un nouveau moyen d’augmenter leurs profits. Cette dette est injuste et le peuple n’a pas à la rembourser.

     

    Cette deuxième dette résulte essentiellement de cadeaux faits aux capitalistes par le biais de réductions d’impôts, de réductions de charges sociales, de suppression de la taxe professionnelle…


     Un exemple : le conseil des prélèvements obligatoires a révélé un manque à gagner de 172 milliards d’euros en 2010 pour les finances publiques, dû à des exonérations de charges fiscales et sociales aux entreprises, plus 22 milliards d’allégements de cotisations patronales sur les bas salaires…

     

    Ces réductions pour les capitalistes produisent immédiatement des trous budgétaires qu’il faut combler par des emprunts (dont le financement est réservé exclusivement aux banques, pour le plus grand « plaisir » de leurs taux d’intérêts, jusqu’à 18% pour la Grèce), ou par des réductions budgétaires, qui entraînent par exemple des suppressions d’avancées sociales résultant de la lutte des classes et par des privatisations et reculs des services publics… Deux exemples parmi d’autres : Total, la société pétrolière ne règle pas un centime d’impôts en France… Le gouvernement Jospin si cher à certains n’a pas, lui, beaucoup augmenté la dette publique mais a battu tous les records en privatisations.

     

    Cette logique capitaliste n’a aucune raison de s’arrêter, car elle répond au degré actuel de la recherche du profit maximum dans le plus court laps de temps. Ni la BCE, ni l’UE, ni le FMI ne feront une politique positive pour les peuples. Ils n’ont pas été mis en place pour cela, le croire comme certains à gauche, c’est conduire notre peuple sur les chemins de la désillusion et à terme, de l’extrême droite.

     

    D’autres disent et parfois les mêmes : « c’est une crise systémique » pour ne pas dire stade ultime de la crise générale du capitalisme, mais il faut bien comprendre que ce système ne tombera pas de lui-même, qu’il faudra l’intervention des peuples pour le renverser. S’il n’y a pas de rupture avec le capitalisme, l’endettement, l’austérité et la marchandisation capitaliste de toutes les activités humaines vont empirer au rythme de la crise du système capitaliste.

     

    Annuler une dette dont le peuple n’est pas responsable, rien de plus normal, car ces dettes sont détenues essentiellement par les banques qui les augmentent au passage par des taux d’intérêts scandaleux. Par exemple, en 2011, la France verse aux banques 55 milliards d’euros simplement pour les intérêts de la dette, sans compter les réalisations en partenariat public-privé (les fameux PPP) qui, pour 50%, ne sont pas déclarés en dettes (et ils sont de plus en plus nombreux comme par exemple toutes les nouvelles prisons). La dette publique de la France est de 1646 milliards. Pour les 12 mois qui viennent de passer, nous pouvons identifier les 172 milliards de cadeaux au patronat révélés par le conseil des prélèvements + 22 milliards de nouveaux cadeaux au patronat sur les bas salaires + les 55 milliards d’intérêts de la dette pour les banques + 45 milliards de fraudes fiscales des grandes fortunes + les 15 milliards (de la France) pour aider les banques qui détiennent la dette grecque. Cela fait 309 milliards d’augmentation de la mauvaise dette que le peuple n’a pas à payer.

     

    Nicolas Sarkozy, lors de la campagne électorale de 2007 déclarait : « Je m'engage à ramener la dette en dessous des 60% du PIB d'ici 2012…». Or, aujourd’hui, en 2011, la dette est à la hauteur de 88,4 % du PIB. Rappelons-nous qu’il a mis en place de très nombreux avantages pour les riches comme le bouclier fiscal, qu’il a décidé la suppression de la taxe professionnelle pour les entreprises, qu’il a imposé le recul de l’âge de la retraite pour les salariés, couvert les affaires comme celles de Bettencourt et Tapie et servit largement ses amis du « Fouquet’s »…

     

    Le Parti socialiste français, quant à lui, propose une politique ressemblant étrangement à celle du parti socialiste grec qui impose un recul de civilisation à son peuple au nom du remboursement de la dette des capitalistes et des « colonels » (l’armement).


     Soyons clairs : tout parti promettant le changement, qui ne s’engage pas à annuler la dette va conduire le peuple à des catastrophes.

     

    Bien sûr, le changement nécessite aussi d’autres conditions, mais celle de la dette est révélatrice d’une volonté de rupture.

     

    L’exemple de la Grèce prouve qu’il n’y a pas de solution dans le remboursement de la dette, puisqu’il a un an, la Grèce avait une dette de 105% de son PIB et après un plan d’austérité implacable (baisse de 10% des salaires et retraites et explosion du chômage) et des taux d’intérêts de 18% pour les banques, le pays se retrouve avec une dette de 150% de son PIB et une récession. Seuls des changements révolutionnaires peuvent ouvrir un avenir au peuple grec.

     

    Au stade de la crise actuelle du capitalisme, de la crise de son outil qu’est l’Union Européenne, les ruptures nécessaires ne peuvent pas être prises isolément. Sortir de l’euro seul, n’est sûrement pas cohérent. L’annulation de la dette et la sortie de l’euro doivent se faire dans le cadre d’une rupture avec l’Union Européenne. Comme l’histoire nous l’enseigne, il y aura forcément des répercussions immédiates sur d’autres peuples qui créeront avec nous, de suite, les bases d’une nouvelle Union, qui sera sociale et démocratique des Peuples d’Europe, à l’inverse de l’UE actuelle.

     

    Il n’y a pas d’autre solution, ou bien nous travaillons à la rupture avec le capitalisme, ou bien nous collaborons, même à notre corps défendant avec le capitalisme.

     

    Il faut choisir son camp, il n’y a que deux côtés à une barricade; la présence et l’action d’un parti communiste sont indispensables, pas pour être à la remorque d’une social-démocratie de gauche, mais pour avancer des revendications répondant aux aspirations du peuple et ouvrant une période prérévolutionnaire de changement réel de société.

     

    C’est le grand manque actuel des révolutions dites « Arabes », car toute révolution n’est pas, malheureusement, forcément victorieuse.

     

     

    Jean Jacques Karman

    Membre du Conseil National du PCF

    Porte-parole de la Gauche Communiste

    Conseiller Général d’Aubervilliers


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