• Guéant, rendez l'argent!

     

    Celui qui fut directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy a bien touché 10.000 euros de prime par mois durant deux ans.


    ANTONIOL ANTOINE/SIPA
    ANTONIOL ANTOINE/SIPA
    L’information a été donnée par l’AFP : quelque 10.000 euros par mois « en provenance de frais d’enquête et de surveillance » ont été « remis à Claude Guéant quand il était directeur du cabinet du ministre » de l’Intérieur (à l’époque Nicolas Sarkozy). Et ce, durant plus de deux ans : entre mai 2002 et l’été 2004, selon les conclusions de deux inspections rendues, aujourd’hui, publiques.

    Cette enquête administrative avait été demandée en mai dernier à la suite d’éléments relevant des factures payées par Claude Guéant en liquide. Selon ce dernier, ces factures avaient été réglées par des primes « non déclarées de toute éternité ». Et ces primes concernaient « des milliers de fonctionnaires ».

    Le problème est que l’on apprenait dans la foulée que ces primes avaient été supprimées par un décret de Lionel Jospin en 2001. Ancien ministre de l'Intérieur de ce dernier, Daniel Vaillant, avait, d'ailleurs, confirmé sur France Info  : « Il n'y a plus eu de primes versées aux collaborateurs dès le 1er janvier 2002, avec un avenant au contrat de travail stipulant que l'équivalent serait versé sur la feuille de salaire », et non plus en espèces.

    Opérant une prudente retraite, Guéant avait affirmé ensuite que les primes qu'il a touchées ne provenaient pas des fonds spéciaux mais d'un système spécifique au ministère de l'Intérieur, qui aurait perduré jusqu'en 2006, date à laquelle Nicolas Sarkozy et lui-même y auraient mis fin.

    Là encore, cette version avait été mise à mal par un ancien membre de cabinet de Dominique de Villepin, ministre de l'Intérieur de mars 2004 à mai 2005 qui avait déclaré au journal Le Monde  :  « Il n'y avait aucun système organisé, officiel ou officieux, de versement de telles primes en liquide aux collaborateurs du cabinet. »

    Donc, nous savons désormais que, en effet, ces primes  ne provenaient pas d’un système organisé pour compenser la situation salariale des fonctionnaires de la Place Beauvau mais qu’elles étaient détournées de leur objectif initial. A savoir assurer des « frais d’enquête et de surveillance ».

    A moins que Guéant se considère, lui-même, à cet époque comme un enquêteur ou un indic. Quand on connaît par la suite les ratés de notre système d’enquête et de surveillance, on ne peut s’empêcher de penser que les sommes détournées auraient sûrement pu et du être mieux utilisées.

    Le second point est que les bénéficiaires n’ont pas été des milliers de fonctionnaires comme nous l’a conté Claude Guéant mais Claude Guéant, lui-même. Pour quel usage ? On attend avec intérêt l’enquête judiciaire et l’enquête fiscale.

    Pendant des années, une légende urbaine en Sarkozie, nous présentait celui qui fut directeur de cabinet puis ministre de l’Intérieur comme un homme de grande vertu, le symbole du serviteur de l’Etat, austère, désintéressé, travailleur, dur à la tâche.

    C’est un tout autre profil qui se dessine au fur et à mesure des révélations successives. Du coup, ce rouage essentiel de la Sarkozie qui se grippe, jette aussi une lumière différente sur dix ans de pratique politique.

    Au passage, rappelons juste que lorsque Roselyne Bachelot avait dit, s'agissant de son ancien collègue au gouvernement : « Soit c’est un menteur, soit c’est un voleur ». Elle avait été attaquée par bon nombre de politiques et d’éditorialistes. On attend les excuses.
     

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