• Grèce avec l’euro chancelle

    jeudi 30 juin 2011

    Grèce avec l’euro chancelle

     
    Les réponses que l’Union européenne et le FMI avaient apportées à l’impasse financière dans laquelle se trouvent des pays comme la Grèce s’avèrent inefficaces et aussi nocives que le mal.
    Face aux risques de banqueroute d’États, il n’est pas de solidarité ou de sentiments de fraternité qui tiennent. Les grands pays et la Commission de Bruxelles veulent brader les richesses des plus faibles, voire les jeter par-dessus bord, comme l’Allemagne le suggère à l’égard d’Athènes.
     
     
    La tension d’aujourd’hui révèle que la crise de 2008 ne s’est assoupie qu’un moment et qu’à nouveau elle arbore sa figure la plus menaçante. L’euro chancelle sur les fragiles échasses où l’ont monté les marchés financiers. Ceux-ci menacent de rétorsion si de nouvelles privatisations et une austérité plus féroce encore ne sont pas décrétées. Les peuples n’en peuvent plus. Les plus riches ont spéculé ou fraudé, mais c’est aux plus pauvres que l’addition est présentée. La soumission à l’égard des diktats des marchés, dont fait montre le premier ministre grec Papandréou, heurte de plein fouet la révolte de son peuple et, même dans les rangs du Parti socialiste au pouvoir, les soutiens s’effritent.
     
    Une crainte se fait entendre dans les milieux dirigeants qu’un été européen ne succède aux printemps arabes et que ne s’unissent les indignés de tout le continent. Les digues semblent à ce point fragile qu’à la tête de l’UE, on veut ôter aux nations le pouvoir de déterminer les choix politiques pour les concentrer entre les mains de technocrates imperméables aux volontés populaires. C’est ce que le Monde, avec son art inimitable de l’euphémisme, baptise « réinventer la gouvernance économique et budgétaire de la zone euro ». Le pacte pour l’euro, ce « pacte des rapaces », que le pouvoir veut ratifier en catimini, constituerait les liens qui ligoteraient le continent dans des politiques d’austérité.
     
    Les péroreurs qui, à la tête des institutions européennes ou des gouvernements, prétendaient tout savoir des médications à administrer à nos économies ont visiblement failli. Le caractère interchangeable des choix des dirigeants – ici, un conservateur ; là, un social-démocrate accuse le fond même des politiques à l’œuvre et la démission générale devant l’argent roi. Mais, si nulle alternative n’émerge, le risque est grand de laisser le dégoût ou la colère aveugle l’emporter en des votes douteux. En France, Marine Le Pen l’espère, comme ses amis de l’extrême droite autrichienne. D’autres agitent le mirage d’une évasion hors de l’euro, comme si cette mesure ne risquait pas de décupler les effets de la guerre économique sur les populations.
     
    Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se chamaillent sur l’art d’accommoder la crise au goût des marchés financiers. Les choix ne se résument pas à cela. Plutôt que d’étouffer la croissance (et donc les recettes) par des mesures d’austérité, l’UE pourrait choisir de financer une véritable relance au travers d’une action de la Banque centrale européenne, une création monétaire par exemple. Une rupture avec cette règle qui livre les budgets et les destins de ses pays aux taux usuriers des marchés financiers.
    « L’espérance est un risque à courir », écrivait Bernanos. Elle reste à édifier.
     

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