• FN : vote d'adhésion ? Non, vote de crise !

    Le Front national est en tête dans une quarantaine de cantons. Pour Marine Le Pen, les résultats flatteurs obtenus par son parti témoigneraient d'un vote d'adhésion. Une affirmation précipitée ?

     

     

    (dessin : Louison)
     
    « Les résultats du FN sur l’ensemble du territoire français se lissent, ce qui confirme, je le crois, que le vote FN n’est plus exclusivement, comme on entend le dire trop souvent, un vote de protestation, mais bel et bien un vote d’adhésion, que ce vote d’adhésion confirme l’adhésion qui a été enregistrée par les derniers sondages. » Suite à l’annonce des résultats du Front national au premier tour des élections cantonales, Marine Le Pen jubile. Si avec 15,23 % des suffrages (selon les chiffres donnés par le ministère de l'Intérieur à 23h) sur l’ensemble de la France, la poussée du parti frontiste est, certes, difficilement contestable (NDLR : en 2004, le FN avait obtenu 12,13% des suffrages en moyenne France et 12,79% là où il était présent), l’analyse de sa présidente paraît, elle, un peu hâtive.

    Premièrement, le lissage des résultats reste encore à vérifier sur la foi d'une analyse plus précise. Selon Jérome Fourquet (IFOP), le Front national progresse partout et il n'y a pas réellement de phénomène de rééquilibrage. Simplement là où le FN faisait 5% dans l'Ouest, il se situe aujourd'hui entre 10 et 15%. Mais d'un autre côté, le parti de Marine Le Pen passe de 20-25% à 30 ou même 35% dans ses bastions comme Noyon ou Perpignan.

    Deuxièmement, le lissage des résultats ne suffit pas à prouver l’existence d’un vote d’adhésion. Un chômeur de longue durée, un patron de PME en faillite, un petit commerçant en difficulté ou un ouvrier en voie de licenciement pour cause de mondialisation, croit souvent que le vote FN est la seule façon d'exprimer sa révolte. Tout ça ne ressemble guère à une adhésion à un programme de gestion locale puisqu'il s'agit bien de cela lors d'une élection cantonale : pour qu’il y ait adhésion, encore faudrait-il qu’il y ait programme ou candidats sortants. Or le FN n’a ni conseiller général, ni programme mis à jour. Sur le site du Front demeurent les restes du projet de Jean-Marie Le Pen. Mais en coulisses, la nouvelle patronne chuchote ses envies de changement. En attendant une refonte du programme frontiste, à quelles idées les électeurs pourraient-ils adhérer ? Ils voient certes, d'un côté « une femme moderne et sympathique », mais en même temps une dame Le Pen qui va à Lampedusa exiger le retour dans leurs pays des candidats arabes à l'émigration. D'un côté, des signes de changement (mais peu de propositions réellement visibles pour le grand public), de l'autre un discours qui rappelle quand même beaucoup celui de son père.

    Les bons résultats du FN seraient-ils dus à la personnalité et à l’ancrage local de ses candidats ? Peu probable. Malgré les sondages favorables à sa présidente, le Front manque encore de cadres locaux, condition sine qua non d’un solide maillage territorial. Preuve en est l’appel à candidatures envoyé par mail aux adhérents par Steeve Briois, nouveau secrétaire général du parti, à seulement 15 jours du dépôt des candidatures.
    Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si sur les affiches de campagne ne figurent pas les photos des candidats frontistes mais celle de Marine Le Pen.

    Finalement, si vote d'adhésion il y a, il porte sans doute davantage sur la personne de Marine Le Pen que sur le programme de son parti encore dans les limbes. Mais pas question, pour la présidente du FN de le reconnaître : le score flatteur du Front national doit cacher la très grande fragilité de l'appareil politique sur lequel doit s'appuyer Marine Le Pen.
     

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :