• Flexibilité, 30 ans de désastre

    Flexibilité, 30 ans de désastreSyndicats et patronant démarrent aujourd'hui la négociation sur l'emploi décidée lors de la conférence sociale de juillet. CDD, intérim, temps partiel, sous-traitance ne suffisent plus au Medef, qui veut pouvoir licencier plus vite et moins cher. C'est une véritable offensive du syndicat des patrons contre le modèle social. L’organisation ne cache pas sa volonté d’obtenir un recul sans précédent du droit social et une baisse du coût du travail.

    Le Medef l’a voulu, l’Institut de l’entreprise, son laboratoire à idées préféré, l’a fait. Laurence Parisot, la présidente de l’organisation patronale, a défini comme l’une de ses priorités l’instauration « d’un dialogue qui (…) permette des avancées majeures vers notamment plus de flexibilité pour les salariés comme pour les entreprises ».

    Avant le lancement de la conférence sociale, en juillet dernier, l’Institut de l’entreprise a élaboré un document programme dans lequel il présente un certain nombre de propositions visant à « donner la priorité à la compétitivité » des entreprises. En réalité à la rentabilité financière des capitaux. En harmonie avec les demandes des dirigeants de l’Union européenne (voir encadré page 2), l’Institut demande une modification de la Constitution permettant de donner aux accords conclus dans les entreprises entre représentants des salariés et directions une portée supérieure à la loi. Seconde proposition choc : permettre aux « entreprises en difficulté de négocier le niveau des salaires ou le temps de travail ». Ce qui revient à réclamer pour le patronat un droit de chantage aux licenciements. Dans un autre document, l’Institut, sous prétexte d’améliorer les conditions de travail des salariés en emploi précaire, propose de précariser les emplois stables.

    Comment expliquer cette offensive visant à changer en profondeur le modèle social français ? Le Medef prend appui sur des réalités. En réponse à la gravité de la crise, à la mondialisation, au développement de la révolution informationnelle, mais aussi du chômage, de la précarité, aux difficultés de nombre de PME, il entend obtenir que les salaires, l’emploi puissent être considérés encore davantage comme des variables d’ajustement. Il s’agit de permettre une baisse des coûts qui profiterait essentiellement aux grands groupes et à la finance et contribuerait au relèvement de la rentabilité de ces derniers. Il s’agirait en fait de pousser les feux de ce qui nous a déjà enfoncés dans la crise.

    À l’opposé de cela, seule la sécurisation de l’emploi, de la formation, des parcours professionnels de tous les salariés, la conquête pour eux de nouveaux droits, peuvent aider à prendre en compte les enjeux de la crise et de la modernité.

    En mode majeur, l'éditorial de Paule Masson

    Depuis quelque temps, le patronat s’exerce, avec un certain succès il faut l’avouer, à l’art de la répétition. Tel le perroquet sur son perchoir 
qui, quelle que soit la question posée, 
siffle la même réponse, les cercles dirigeants répètent 
en boucle le même refrain : pour maintenir la France dans 
le peloton de tête des pays développés, il faut créer un « choc 
de compétitivité ». La droite n’est pas la dernière à vénérer ce nouveau Graal. Elle en rajoute même, Jean-François Copé déclarant hier que l’UMP veut « accompagner » 
la « jacquerie » des patrons contre un gouvernement jugé « anti-entrepreneur, anti-activité, anti-croissance ». Assurance maladie, retraite, politique familiale ou assurance chômage ne sont pas les seuls piliers du modèle social concernés par cet œuvre de destruction. Voilà pourquoi la négociation sur la sécurisation de l’emploi entre les syndicats et le patronat, qui entre aujourd’hui dans le vif du sujet, est déterminante. Laurence Parisot évoque une « négociation majeure ». 
Sur ce point, nous sommes d’accord. Sur ce point seulement.

    Car la présidente du Medef intègre, dans 
son vénéré choc de compétitivité, un autre objectif, tout aussi glaçant : franchir « un pas très significatif 
vers la flexisécurité ». Dans sa vision, il s’agit de flexibiliser le travail, de sécuriser 
les procédures pour 
les entreprises, notamment celles du licenciement que le Medef veut rendre plus facile, plus rapide et à moindre coût. En juillet, lors de la conférence sociale, la patronne des patrons avait menacé de boycotter la négociation si n’y figurait pas une extension de flexibilité. Pourtant, depuis trente ans, aucune des nombreuses étapes de précarisation du travail (CDD, intérim, temps partiel, etc.) ne s’est traduite par une baisse significative du chômage.

    La lettre de cadrage du gouvernement affirme vouloir remettre le CDI au cœur du débat, qu’il redevienne la forme normale d’embauche. On ne peut que souscrire à l’objectif. Le CDI doit alors garder les protections qui l’entourent, ou tout du moins en développer de nouvelles. On ne se souvient que trop bien de l’entourloupe Villepin, qui, avec le contrat première embauche, voulait vendre aux jeunes un CDI ultra-précaire, facile à rompre, sans indemnités au cours 
des deux premières années. Si la notion de flexibilité 
est mal perçue en France, c’est qu’elle correspond toujours à une mise en insécurité du salarié.

    Au nom de quoi cette réalité pourrait être effacée d’un coup de baguette magique ? François Hollande évoque son souhait que se dégage 
de cette négociation un « compromis historique », 
un équilibre « gagnant-gagnant » entre flexibilité 
et sécurité. Que comprendre de ce glissement de langage qui gomme les fondations du Code du travail ? Depuis plus de cent ans, tout notre droit social s’est construit 
sur l’idée que le travailleur n’est pas l’égal de l’employeur et qu’il doit bénéficier de garanties sociales qui 
le protègent dans sa relation de dépendance. Le schéma 
est-il à repenser ? Sûrement pas dans son principe 
à l’heure où les actionnaires détiennent tant de pouvoirs. 
Mais il peut beaucoup évoluer si s’ouvre enfin sérieusement le vaste chantier de la sécurisation 
de l’emploi. L’enjeu pour les syndicats, même s’ils 
n’en ont pas tous la même définition, va être d’imposer 
la thématique dans la négociation. Et de convaincre 
que la conquête de nouveaux droits pourrait créer 
un véritable choc, positif celui-là, un choc de confiance, seul vrai remède pour la relance de la croissance.

    Paule Masson



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