• Europe, droit d’inventaire

    Nouvelle livraison de « Manière de voir »

    Europe, droit d’inventaire

    par Corinne Gobin, juin 2013

    Si les peuples savaient… Le nouveau numéro de Manière de voir (1) arrive à point nommé pour saisir les enjeux, les fractures et les espoirs que la crise porte à ébullition dans le grand chaudron de l’Union européenne. Impossible, pour qui se soucie de l’avenir de la démocratie ainsi que des droits politiques et sociaux fondamentaux, de ne pas s’informer encore et encore sur cette étonnante organisation, et sur les politiques défaillantes mises en œuvre par ses dirigeants, afin de réfléchir à la parade.

    Avec ses vingt-cinq articles et son appareil documentaire précieux pour l’analyste, l’enseignant ou le non-initié, ce numéro convie le lecteur à un parcours de découverte et de réflexion. Une enquête dévoile ce que se disent les dirigeants dans le huis clos d’un Conseil européen ; un glossaire balise le sens des principales institutions composant le système politique de l’Union, ainsi que les accords et traités adoptés au fil de son histoire ; une chronologie égrène les dates-clés de la construction communautaire ; la cartographie donne à voir l’entrelacs des espaces qui structurent le continent entre Union, espace Schengen, Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) ou Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE), sans oublier ceux qui relient les Etats membres de l’Union à des voisins plus lointains.

    Découpé en trois parties, le numéro revient d’abord sur le processus, d’inspiration libérale, qu’a connu le projet européen de ses débuts à aujourd’hui : même si « en 1958, le ver “libéral” était déjà dans le fruit », d’autres histoires étaient possibles que celle marquée, en ce début de XXIe siècle, par l’obsession maniaco-destructrice acharnée contre les solidarités sociales.

    Dans la deuxième partie, intitulée « Navigation à vue », les flous, les contradictions et la pléthore de montages juridiques, la déception des nouveaux entrants et les atermoiements des futurs membres, la tentation des « grands » — comme aujourd’hui l’Allemagne — d’incarner le primus inter pares premier parmi les pairs »), nous rappellent l’imprécision originelle du rêve communautaire : l’Europe correspond-elle à une géographie ?

    La dernière partie met en miroir deux forces antagonistes : celle, méprisante pour l’intérêt des populations, représentée par une oligarchie nichée au cœur des réseaux financiers ; celle, dispersée et mal organisée, des peuples en colère. Mais comment passer de la colère à l’action ? Comment transformer un ordre politique dont les élites usent pour consolider ce qu’il faudrait changer et « réformer » ce qu’il faudrait renforcer ? Quelques pistes stimulantes sont ébauchées.

    Ce parcours, qui plaide insensiblement pour une tout autre Europe, est illustré par les photographies de la série « Trans-Europa-Land » de Jean-Christophe Béchet : d’Istanbul au Sussex, en passant par Berlin, Vilnius ou Moscou, des silhouettes se croisent, nous sourient, se montrent dans l’expression de leur quotidien. N’est-ce pas là finalement l’élément le plus déterminant ? Humains, tellement semblables, tant de raisons pour imposer la beauté de la démocratie à ceux qui tremblent à l’idée de l’égalité !

    Corinne Gobin

    Chercheuse en science politique, Fonds national de la recherche scientifique (FNRS).

    (1) Manière de voir, n° 129, «  Europe, droit d’inventaire  », juin-juillet 2013, 100 pages, 8,50 euros, en kiosques.

    http://www.monde-diplomatique.fr/2013/06/GOBIN/49170


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