• En Belgique, les sidérurgistes mènent la lutte pour sauver leurs emplois et posent la question de la reprise en main publique du secteur

    arcelor-mittal-liege-ptb.jpgDe Liège à La Louvière, les sidérurgistes belges en lutte

    Article de Damien Robert du Parti du travail de Belgique (PTB) repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

    La crise économique touche de plein fouet la sidérurgie. À Liège comme à La Louvière, les négociations sociales révèlent l'ampleur de la crise et l'arrogance patronale. La patience des travailleurs fait place à la colère. Et à la révolte.

     

    Le marché de l'acier connaît une situation catastrophique. En Europe, l’ampleur de la baisse de la production d'acier dépasse la chute de production historique de 2008. Même en Asie, la production est à la baisse... Pour sauvegarder leurs bénéfices, les géants de la sidérurgie restructurent. Depuis un an déjà, Mittal, puis le groupe russe NLMK et Duferco à La Louvière, ont annoncé des réductions importantes en matière d'emploi. À Liège, c'est toute la phase liquide qui est condamnée. À La Louvière, les directions de NLMK et de Duferco ont annoncé il y a trois semaines le licenciement de 600 personnes.

     

    Du côté d’ArcelorMittal, les négociations sont entamées depuis plus d'un an, et entrent dans la phase finale. À La Louvière, on n’en est qu’au début. Cependant, dans les deux cas, c'est le même schéma. Les géants mondiaux de l'acier ne veulent rien entendre. Ils ne veulent pas toucher à leur trésor de guerre, et ne proposent que des cacahuètes. L'accord proposé à Liège la semaine dernière est en dessous de tout. Rarement on a vu propositions de départ aussi désavantageuses. Les travailleurs en CDI se sont, par exemple, vu proposer une prime de départ équivalente à 6 mois de salaire, peu importe l'ancienneté.

     

    Face aux réactions de colère et d'incompréhension des syndicats, la direction a utilisé son arme favorite : le chantage. Les syndicats avaient trois jours pour accepter l'accord, sinon les conditions seraient encore revues à la baisse et alignées sur le strict minimum légal. À La Louvière, la direction a annoncé son incapacité à payer dans les délais une prime de fin d'année de 600 euros. Elle a ensuite précisé que cette prime pourrait être payée moyennant une « attitude responsable » des syndicats dans les négociations en cours sur les licenciements et les conditions de départ annoncés.

    La patience fait place à la colère

     

    Les travailleurs et leurs délégations, qui vivent des moments très difficiles, ont décidé qu'il était temps de sortir du bois. Face aux chantages et à la situation qui s'aggrave sur le marché, les illusions disparaissent quant à des conditions de départs avantageuses.

     

    À Liège, les délégations syndicales ont organisé des assemblées générales des ouvriers et des employés, avec 24 heures de grève. Lors de ces assemblées, les travailleurs ont rejeté l'accord proposé par la direction et ont voté massivement pour un plan d'action. Des bobines d’acier ont ainsi été lancées dans la Meuse à la sortie de l'assemblée. Depuis mercredi, la production est bloquée et plus rien ne sort des différents sites du bassin.

     

    Dans ce contexte, la volonté des travailleurs de montrer l’étendue de leur colère s’affirme. Colère contre Mittal, mais aussi contre un monde politique qui ne formule que des promesses face à la désindustrialisation du pays et qui organise une austérité de plus en plus ressentie. À Liège, les travailleurs et les délégations syndicales ont constaté une absence totale de soutien concret des bourgmestres, députés et ministres sur le dossier de la sauvegarde du bassin. Les deux permanents régionaux MWB (FGTB) et Metea (CSC) ont d'ailleurs rédigé ce jeudi une lettre ouverte en front commun qui se conclut comme suit : « Il nous revient que plusieurs bourgmestres de l'agglomération liégeoise, ainsi que le ministre de l'Intérieur, sont prêts à déployer des pelotons de policiers devant le centre acier de Flémalle (le siège de la direction d'ArcelorMittal, NdlR). Le bras armé de la répression au service d'un milliardaire qui assassine l'emploi. Nous sommes en 2012, mais rien n'a fondamentalement changé depuis 100 ans. La protection de l'argent continue à prendre le pas sur celle des travailleurs. Une fois encore, à Liège comme ailleurs, c'est “todi les ptis kon spotche” ».   

     

    À La Louvière, le chantage de la direction sur les primes a provoqué la colère de la délégation qui a quitté la table des négociations. Les syndicats ont organisé une assemblée à l'usine le mercredi 21 midi et les travailleurs de NMLK, accompagnés en solidarité par ceux de Duferco, ont entamé une grève et ont organisé, avec les bulldozers, le blocage des entrées stratégiques de la ville en y posant des bobines d'acier. Jeudi 22 en fin d'après-midi, les entrées principales et l'autoroute E42 étaient toujours bloquées. 

    Les choix politiques

     

    À Liège, l'action des collègues de La Louvière a été accueillie avec beaucoup de respect. Les Louviérois n’en pensent d’ailleurs pas moins des actions menées dans le bassin liégeois. Le sentiment que la catastrophe économique et sociale est planifiée et que le chantage ne sert qu'à justifier un plan social digne du début du 20e siècle gagne largement du terrain. Le sentiment que la lutte est la seule porte de sortie suit le même chemin, car elle est seule garante d'un rapport de force qui pourrait obliger le patronat à céder et les politiciens à faire pression. Plutôt que de la recevoir en pleine figure, les travailleurs veulent renvoyer cette catastrophe sociale aux seuls responsables. Et ils ont raison.

     

    Confrontés aux mêmes défis, les deux mouvements pourraient être amenés à se rejoindre. L'avenir de deux régions sinistrées et dont la sidérurgie est encore la colonne vertébrale est en jeu. Les deux luttes pourraient donc avoir des mots d'ordre communs. L'idée de la nationalisation fait également tout doucement son chemin. À Liège, personne n'a oublié que ce sont les politiques qui ont vendu la sidérurgie au privé pour la laisser dans les mains de vautours comme Mittal. Le débat sur la mise sur pied d'une sidérurgie publique comme alternative crédible pour le maintien de l'emploi et la survie d'une région est bien présent.

     

    Même si ces débats n'en sont qu'à leurs débuts, il faudra taper sur le clou. Car, si le monde patronal ne veut pas, malgré son trésor de guerre, répartir la production sur l'ensemble des sites en maintenant les emplois et les salaires, il faudra changer les règles du jeu et mettre la sidérurgie sous statut public. Pour y arriver, il faudra obliger les politiciens à arrêter le petit jeu de se renvoyer la balle, à l'échelle régionale, fédérale ou européenne. Il faudra les obliger à prendre des mesures radicales pour la sauvegarde de la sidérurgie, des emplois et de nos industries. Et il faudra, au minimum, les obliger à ce que les éventuelles aides publiques en terme de capital soient octroyées moyennant des garanties en matière d'emploi et de remboursement d'aide au cas où le privé déciderait de licencier à nouveau. Pour cela, il faut démasquer la prétendue « impuissance » du politique. Car celle-ci n'était pas de mise quand il s’agissait de vendre la sidérurgie au privé ou de voter des lois pour permettre à des multinationales comme Mittal de ne pas payer d'impôts.  


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  • L'impossible équation du budget de l'Union européenne

    Le président du Conseil européen a convoqué les chefs d'Etat pour deux jours de marchandages non-stop en novembre afin de les mettre d'accord sur le cadre budgétaire de l'Union européenne pour 2014-2020. Les négociations sérieuses démarrent.

    L\'impossible équation du budget de l\'Union européenne

    Affolé par l'ampleur des désaccords et la lente progression des négociations, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a décidé de convoquer un sommet des chefs d'Etat les 22 et 23 novembre pour les obliger à trouver les lignes d'un compromis politique sur l'évolution du budget de l'Union européenne de 2014 à 2020. Ce débat a largement été occulté par la crise de la dette de l'euro et Herman Van Rompuy craint qu'il ne revienne comme un boomerang à la face des pays européens, en exposant encore une fois leurs désaccords en temps de crise. Car la question n'est pas anodine : elle pèse même quelque mille milliards d'euros, soit l'ordre de grandeur du budget européen pour sept ans. Or, alors qu'elle est débattue de manière approfondie depuis plus d'un an, aucun compromis ne semble se dessiner entre les «amis de la cohésion » et les « amis du mieux dépenser », autrement dit entre ceux qui veulent maintenir la capacité d'investisement contracyclique de l'Union et ceux qui veulent une baisse des dépenses européennes à l'image des efforts budgétaires nationaux. Hier, un premier texte de compromis a été déposé sur la table des ambassadeurs. Un texte, dont les deux tiers sont encore entre parenthèses, signe de l'étendue des désaccords.

    Le débat porte sur l'enveloppe

    Le débat porte évidemment en premier lieu sur l'enveloppe globale. Les partisans de sa diminution réclament 100 milliards d'euros de coupes par rapport à la proposition de la Commission, qui propose de reconduire sur sept ans le budget de 2013, ce qui équivaut à un gel en valeur nominale. En face, les partisans de la « cohésion », soit essentiellement les nouveaux Etats membres, réclament que ce budget soit au contraire préservé, car c'est celui qui finance leurs investissements de croissance. « Pour beaucoup d'Etats, presque 100 % des investissements sont cofinancés par l'Union , rappelle le député Ivalo Kalfin, corapporteur du texte, si on coupe dans l'investissement national et européen, on va vers une récession catastrophique. »

    Les clans s'organisent

    La proposition de la Commission européenne suit une logique assez simple : le gel en valeur nominale des dépenses de cohésion (la politique d'aide aux régions défavorisées) et de la politique agricole commune, ouvre des marges qui sont affectées aux investissements du futur : la recherche, l'innovation, la mobilité et un nouveau fonds baptisé « Connecting Europe » doté de 50 milliards pour financer les interconnexions de transport, d'énergie et de télécommunication entre pays membres. Autour de ces trois grands chapitres, les clans s'organisent. Sous la houlette de la Pologne, 15 pays refusent toute réduction budgétaire. Sous la pression de la France, une poignée d'Etats dont l'Espagne, défendent mordicus la politique agricole commune . Enfin une autre poignée quant à elle menée par l'Allemagne et la Grande-Bretagne ne signera rien sans obtenir des coupes budgétaires. A l'inverse, les institutions européennes -Commission et Parlement -plaident qu'il ne faut pas freiner l'investissement de 2016 au nom de la crise de 2012. Tel Salomon, la présidence tournante chypriote de l'Union propose de couper les dépenses un peu partout et pas trop. La bagarre ne fait que commencer. Elle doit être menée avant la fin de l'année.

    BUREAU DE BRUXELLES

    Anne Bauer

    L’Espagne veut conserver sa part du budget de l’Union et monte au créneau contre le président du Conseil européen

    Mariano Rajoy, président du gouvernement espagnol, a jugé samedi « inacceptable » la proposition de Herman van Rompuy, président du Conseil européen, de réduire le budget de 75 milliards le budget  de l’Union européenne. Il a « espéré qu’il y aura une autre proposition qui soit plus raisonnable ».

    Son pays perdrait 20 milliards sur les versements prévus dans le budget initial. De même, les gouvernements de la Roumanie, de la Pologne (principales bénéficiaires de la politique de « cohésion ») et du Portugal s’opposent à ces coupes, dont les gouvernements de la Grande-Bretagne et de la Suède sont les plus grands défenseurs.

    La proposition de M. van Rompuy vise la politique de « cohésion » (29,5 milliards) et la Politique Agricole Commune, la PAC (25,5 milliards).

    Le Président français, M. Hollande, soutien de M. Barroso, souligne « la nécessité de préserver les aides structurelles et la PAC » (par laquelle la France reçoit des milliards).

    La Commission européenne, dirigée par M. Barroso, avait fait une proposition initiale de budget de 1033 milliards d’euros. Dans la perspective du sommet européen extraordinaire des 22 et 23 novembre, autour du budget 2014-2020, les 27 gouvernements des pays formant l’UE s’accordent tous sur la nécessité d’une « discipline budgétaire », mais ils s’opposent sur le montant des coupes et les domaines où les effectuer.

    Les dissentiments nationaux sont tels qu’il est possible qu’il n’y ait pas d’accord, et s’il y en a un « la négociation sera perdant-perdant. Personne ne sortira content de ce sommet » déclare un haut fonctionnaire européen à Bruxelles.


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  • Portugal : un blog militant réduit au silence par Google

    Le blog du groupe Precários Inflexíveis [portugais, pt] a été réduit au silence le 14 novembre, jour de la grève générale dans le pays et probablement jour d'affluence maximale sur ses pages.

    Des milliers de personnes qui cherchaient des informations sur les manifestations et les actions du groupe ont reçu le message suivant : “Ce blog viole les conditions d'utilisation de Blogger et ne reste accessible qu'à ses auteurs”.

     

    L'objectif de Precários Inflexíveis est d'exposer et de dénoncer les conditions de travail d'une génération de travailleurs précaires, dont beaucoup ne peuvent aspirer à des contrats à durée indéterminée. Son nom fait référence à une main d’œuvre précarisée. Avec un taux de chômage de 40% parmi les jeunes [pt], les droits de ceux qui parviennent à trouver un travail rémunéré sont menacés.

    Le 14 novembre, le groupe Precários Inflexíveis, qui a réussi à continuer à bloguer sur sa page Facebook [pt], écrit que les accusations de diffamation envoyées à Google ont provoqué la suppression du blog. La société qui s'est plaint à Google,  le Groupe BF, pourrait avoir agi en réaction au témoignage d'un employé qui a accusé la compagnie de “travail illégal et d'évasion fiscale”. Le Groupe BF est aussi l'objet de plaintes sur d'autres sites comme Queixas [pt]  hébergé au Portugal.

    Dans une interview accordée au quotidien portugais Público, le groupe Precários Inflexíveis a révélé avoir déjà été traduit devant les tribunaux par une entreprise [pt] pour un cas similaire. Si Precários Inflexíveis avait perdu en première instance, il a en revanche gagné en appel. Le groupe soupçonne que cette affaire ait donné des idées à d'autres entreprises.

     

    En début d'année, pour quelques pays spécifiques, Google  a commencé à supprimer certains contenus hébergés sur Blogger, en application de ses nouvelles conditions d'utilisation [en].

    Le groupe d'activistes a déclaré qu'il fera pression sur Google pour récupérer le blog et qu'il continuera à dénoncer les conditions de travail précaires.


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  • 25 % des grecs et espagnols au chômage mais le FMI et le pouvoir protègent les évadés fiscaux en Suisse

    Un quart des travailleurs sont au chômage en Grèce et en Espagne : une situation qui empire sous les coups répêtés des réformes antisociales exigées par Bruxelles, le FMI et la Banque Centrale Européenne.

    Les chiffres sont froids mais ils expriment le désastre économique de deux pays que pourrait rejoindre la France.

    Chômage de masse et récession économique : le bilan des politiques d'austérité

    En Espagne, 5 778 100 travailleurs sont aujourd'hui au chômage soit 25,02 % des travailleurs du pays : 1 travailleur sur 4. En trois mois, 85 000 espagnols ont perdu leur emploi ! Dix fois PSA Aulnay !

    Chez les jeunes, le taux de chômage dépasse les 50 % (52,34 % !) ce qui veut dire qu'un jeune espagnol de 16 - 24 ans sur deux n'a actuellement pas de travail.

    Le cauchemar social que traverse le peuple espagnol se traduit donc par des familles qui ont toutes un de leur membre au chômage ou quelqu'un de la proche famille.

    Il y a même aujourd'hui 1 737 900 foyers où les deux adultes sont sans emplois ! Plus d'une famille espagnole sur dix !

    En Grèce, ce sont 1 216 400 travailleurs qui se trouvaient sans emploi en juin dernier, 24,4 % des travailleurs ! On est là aussi avec près d'un travailleur sur quatre qui se retrouve sans emploi.

    Entre juin 2011 et juin 2012, ce sont près de 42 % de chômeurs supplémentaires qu'a connu le pays !

    Plus de la moitié (55 %) des jeunes non scolarisés de 15 à 24 ans, et près du tiers (32,1 %) des 25-34 ans sont à la recherche d'un emploi. En Grèce aussi, l'avenir de la jeunesse est sombre, très sombre.

    Ce que les médias français ne nous disent pas, c'est que depuis plus d'un an, les mesures exigées par "la Troïka", l'Union européenne, le FMI et la Banque Centrale Européenne, pour verser des aides au pays se traduisent par des dizaines de milliers de licenciements dans la fonction publique, par des réductions terribles des salaires et pensions de retraite, par des privatisations massives et par des reculs des droits sociaux, notamment en cas de licenciement ou de maladie. Les nouvelles aides que doit versée l'Europe font l'objet d'un nouveau chantage de la Troïka qui demande encore plus de licenciements, encore plus de baisse des salaires et encore plus de dérégulation sociale.

    En Grèce comme en Espagne, toutes ces mesures, on le voit, ne font qu'approfondir la crise économique et sociale que connaissent ces pays : le chômage monte et les économies de ces pays sont en régression.

    Pourquoi continuer ces politiques en échec ?

    Ceux qui prônent ces politiques, l'Union européenne, le FMI et la Banque Centrale Européenne savent bien qu'elles ne bénéficient pas aux travailleurs de ces pays. Là n'est pas le but de l'opération !

    On imagine bien que le fait de faciliter les licenciements de travailleurs ne va pas avoir d'influence sur la dette publique de ces pays !

    Toutes les mesures prises, en Grèce comme en Espagne, mais aussi en Italie ou au Portugal, visent avant tout à assurer aux banques privées le remboursement des crédits qu'elles ont accordés à ces états.

    Or, ce sont bien les banques privées qui sont à l'origine de la crise économique actuelle, crise de l'immobilier et de la spéculation qui a éclaté en 2008 !

    En essayant de nous faire croire que les peuples espagnols et grecs seraient responsables de leur sort, les médias, qui appartiennent tous à des grands groupes privés, industriels et financiers, veulent protéger les vrais responsables de la crise : le système financier capitaliste et l'Union européenne qui a permis le développement du modèle libéral.

    Par là même, on tente aussi d'habituer les travailleurs français, vous comme nous, à l'idée que ce serait aux peuples de rembourser des dettes publiques contractées, en France notamment, pour sauver le système financier en 2008. N'oublions pas que Nicolas Sarkozy et la droite française ont fait exploser la dette publique de l'Etat en injectant 260 milliards d'euros d'argent public pour sauver nos grandes banques, 260 milliards d'euros empruntés... à ces mêmes grandes banques !

    Les banques y gagnent deux fois : la première fois grâce à l'argent versé par les Etats pour les sauver de l'effondrement ; la deuxième fois, en touchant le capital et les intérêts sur cet argent que les Etats leur ont emprunté !

    Les seuls perdants dans cette histoire, ce sont les peuples !

    En pleine crise, le pouvoir grec protège 2 000 riches grecs qui échappent au fisc local

    La preuve que ces politiques ne visent qu'à favoriser les banques et les riches citoyens de ces pays ?

    Actuellement en Grèce, le gouvernement pourchasse les journalistes qui ont publié une liste confidentielle venue du FMI.

    Cette liste comprend environ 2 000 noms de riches grecs qui ont des comptes en Suisse, dans la banque HSBC, et qui échappent ainsi au fisc de leur pays.

    Cette liste avait été fournie aux anciens ministres (socialistes) du Pasok (celui de la Défense, Evangelos Venizelos et celui des Finances, Giorgos Papaconstantinou) par Christine Lagarde lorsqu’elle était ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en France. Mais cette liste était visiblement vouée à disparaître. L’un des ministres, G. Papanconstantinou, déclarant qu’il ne savait plus à quel fonctionnaire il avait donné le CD contenant les noms, l’autre déclarant avoir perdu la clé USB avec les précieuses informations.

    Depuis, la France se tenait prête à la communiquer si le gouvernement grec la lui demandait. Il n’en fut rien.
    Alors que la Grèce multiplie taxes, privatisations et baisses des salaires et pensions pour renflouer les caisses de l'Etat, la recherche des évadés fiscaux en Suisse ne semble pas être à l'ordre du jour !

    Récemment, le magazine d’investigation Hot Doc a publié les noms, sans indiquer les comptes ni les sommes. Dans cette liste se trouvent des entrepreneurs ayant obtenu des subventions de l’Etat grec, avant la crise, pour ne pas fermer leurs usines (comme la famille Lamaras, magna du textile), des armateurs, des journalistes et trois personnalités politiques. Aussitôt, la police s’est mise à la recherche… de l’éditeur de la liste.

    "La police le recherche. Elle l’accuse de divulguer des informations personnelles", explique Miguel Samotrakis, un des journalistes du magazine Hot Doc joint par téléphone par L'Humanité. "La police est même venue dans les bureaux" insiste le journaliste.

    Poursuivre des journalistes qui mettent en lumière le silence complice des autorités publiques en faveur des très riches citoyens grecs qui fraudent le fisc, en pleine période d'austérité pour le peuple ? La rigueur, ce n'est qu'un argument pour s'attaquer aux ressources des travailleurs !

    Bientôt le tour de la France ?

    Qu'on ne s'y trompe pas ! Ce que connaissent aujourd'hui les peuples espagnols et grecs va finir par nous arriver !

    D'une part, parce que tôt ou tard les baisses de salaires et de protection sociales imposées dans ces pays permettront à nos industriels de délocaliser des productions dans ces pays pour des raisons de "compétitivité".

    D'autre part, parce que c'est déjà ce qui se met en place en France, avec les taxes sur les pensions, le non relèvement des plafonds de l'impôt sur le revenu (qui "délimitent" deux tranches d'imposition), les déremboursements médicaux, l'éventuelle remise en cause des 35 heures et... le vote par la droite et les socialistes d'un traité européen, le TSCG, qui va imposer par la constitution donc par la loi la règle d'or et l'austérité.

    Les fermetures nombreuses d'usines en France actuellement et ces premières mesures ne sont qu'un petit aperçu de ce qui nous attend si nous restons passifs.

    Les combats sociaux et politiques que mènent chez eux les travailleurs grecs, espagnols, portugais, brittaniques ou italiens contre les plans d'austérité que leurs gouvernements tentent de leur imposer, nous concernent directement.

    Mettre en échec, dans un pays, l'austérité et la remise en cause des droits sociaux et des niveaux de rémunération du travail, c'est mettre en échec la stratégie globale de nivellement par le bas des conditions de vie et de travail des salariés en Europe, que mènent conjointement l'Union européenne, la BCE et le FMI pour le compte des grands groupes capitalistes, industriels comme financiers, à la recherche de nouveaux capitaux, durs à trouver en période de croissance faible.

    Aujourd'hui comme hier, nous devons être solidaires des combats que mènent partout en Europe les travailleurs contre les politiques d'austérité imposées par leurs gouvernements.

    Nous devons, en France également, nous mobiliser pour défendre nos emplois, notre pouvoir d'achat, nos services publics et nos droits sociaux. Les combats que nous menons ici sont importants pour les travailleurs du monde entier, en Espagne et en Grèce notamment.

    http://andree-oger-pour-deputee.over-blog.com

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  • Néolibéralisme

    La Commission européenne pousse à privatiser l’eau

    Par Sophie Chapelle (29 octobre 2012)

    La Commission européenne pousse à privatiser l’eauLa privatisation des services de l’eau, notamment en Grèce et au Portugal, est l’une des conditions imposées dans le cadre des plans de sauvetage. Cette privatisation est vivement encouragée par la Commission européenne. Ce qu’elle reconnait explicitement dans un courrier fin septembre adressé à une large coalition de mouvements citoyens qui l’a interpellée sur le sujet. La privatisation des services hydriques peut « contribuer à la réduction de la dette (…), accroît les performances des entreprises, et, par extension, la compétitivité de l’économie, en rendant attractifs les investissements directs étrangers », répond une haut fonctionnaire de la Direction générale des Affaires économiques et financières de la Commission.

    En adoptant cette position, la Commission européenne enfreint des articles clés du Traité de l’Union européenne prévoyant sa neutralité concernant le régime de la propriété des services de l’eau [1]. Dans une seconde lettre, la société civile exige de la Commission qu’elle mette un terme à toutes les pressions visant à imposer la privatisation des services de l’eau. « La Commission pousse à la privatisation sans prendre en compte le fait que celle-ci n’a pas donné les résultats escomptés que ce soit en Europe ou dans le monde ».

    Les organisations relèvent les différentes expériences de re-municipalisation des services de l’eau, souvent plus « compétitives » pour le consommateur qu’une gestion privée (lire notre article), l’adoption d’une loi en 2004 aux Pays-Bas interdisant la privatisation de l’eau, et la précision de la Cour constitutionnelle italienne selon laquelle toute législation tendant à privatiser des services publics serait déclarée anticonstitutionnelle. Cette attitude, accusent les organisations, « montre bien que la Commission a perdu le contact avec la réalité et que ses arguments, purement idéologiques, ne reposent sur aucun fait avéré  ». Une pétition contre la privatisation de l’eau en Grèce est en ligne ici.

    Notes

    [1] La « neutralité » sur la question des régimes de la propriété public ou privé des services de l’eau est présenté dans l’article 345 TFEU et Art. 17 1 de la Directive 2006/123/EC relative aux services dans le marché intérieur.


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  • Ford : l’hécatombe continue en Grande Bretagne

    Le PTB demande la saisie de Ford Genk

    Le constructeur automobile américain Ford a annoncé jeudi vouloir fermer en 2013 deux nouveaux sites de production, cette fois-ci en Grande-Bretagne. Avec la confirmation mercredi de la fermeture du site de Genk, cela porte à 6200 le nombre de suppressions de postes annoncées en deux jours.

    Ford prévoit la fermeture du site d'assemblage de Southampton, dans le sud de l'Angleterre, et de l'usine d'emboutissage sur le site géant de Dagenham, à l'est de Londres. Ce qui entraînerait la suppression de 1400 postes de travail, qui viendraient s'ajouter aux 4300 déjà menacés dans l’usine belge de Genk. Il faut ajouter à cela un précédent plan de suppression de 500 postes en Europe, ce qui porte à 6200 le nombre d’emplois directs détruits.
    Le constructeur emploie quelque 11.400 personnes au Royaume-Uni répartis sur plusieurs sites : à Southampton, Dagenham, Halewood (nord-ouest) et Bridgend au Pays de Galles (ouest). L'usine de Southampton assemble les fourgonnettes Ford Transit.

    Ces annonces font partie d'un vaste plan de restructuration des activités du constructeur américain en Europe, que la direction Europe, basée en Allemagne, a annoncé au cours d’une conférence téléphonique. Ford prévoit ainsi de réduire de 18% ses capacités d'assemblage de véhicules en Europe, soit 355.000 unités de moins, ce qui lui permettrait d'économiser près de 500 millions de dollars par an.

    Un véritable drame national en Belgique

    Le plan de restructuration de Ford en Europe toucherait ainsi 6200 emplois, soit 13% de sa main d'œuvre dans la région. Sans compter, bien entendu, l’impact sur les sous-traitants. La fédération belge des industries technologiques estime que la fermeture de l’usine de Genk "représente près de 10.000 emplois directs et indirects". En plus des 4300 ouvriers de l’usine, 1.305 personnes sont employées dans les entreprises reliées au 'convoyeur'. A cela s'ajoute également une quarantaine d'autres sociétés travaillant parfois comme fournisseurs exclusifs pour Ford Genk." Ce qui représente 0,3 % du PIB belge.

    Le PTB demande la saisie de Ford Genk

    Ce mercredi, la direction de Ford Europe a annoncé la fermeture du site de Genk (Limbourg). On évoque partout la situation de l’industrie automobile européenne.

    Mais, pour le PTB, la question principale est : « Pourquoi les travailleurs devraient-ils payer pour cette surcapacité ?

    Ils ne sont pas responsables de cette crise. »

    Service de presse PTB

    Pour Stany Nimmegeers, président du PTB Limbourg, la situation est claire : « Depuis 
des années, les travailleurs font des sacrifices en tout genre pour
 soi-disant assurer l’avenir de l’usine. Lors de la dernière convention 
collective de travail en 2010, ils ont même perdu 12 %. Cela fait 
cinquante ans que les travailleurs de Genk produisent des voitures de 
très haute qualité et produisent d’énormes profits pour l’entreprise. En
 2011, Ford a réalisé dans le monde un profit record de 8 milliards
 d’euros. Cette année, elle s’attend à 6 milliards, et ce malgré les
 pertes en Europe. »



    « La soif de profit du PDG Alan Mullaly est sans fin, s’indigne Stany 
Nimmegeers. L’an dernier, il avait déjà un revenu de 23 millions
d’euros. Chaque année, il lui faut plus. Et, tout comme Peugeot et Opel, 
Ford veut faire porter le poids de la crise par ses travailleurs.
 Conséquence : un pouvoir d’achat encore amoindri, donc encore moins de 
consommation, donc encore davantage de surcapacité à terme. » Le président du PTB local conclut : « La surcapacité n’est pas une loi de la nature, elle est la
 conséquence d’une politique économique désastreuse. »

    Le gouvernement flamand Peeters et le gouvernement fédéral Di Rupo sont
 aussi responsables de cette politique économique. En effet, qui autorise 
Opel à fermer son site d’Anvers sans devoir rembourser un seul euro de
 subside ? Qui autorise les banques à spéculer pour avoir ensuite besoin
 de milliards d’euros des contribuables pour les sauver ? Qui boucle son
 budget en économisant uniquement sur le dos des gens ordinaires ? Stany Nimmegeers : « Vu que Ford décide de fermer son site de Genk, nous proposons que les pouvoirs publics saisissent l’usine 
sans compensation. » Il rappelle la récente expérience d’Opel à Anvers :
« L’usine a été vendue et la direction a refusé de rendre possible une
 véritable reprise. En cinquante ans, Ford a reçu tellement de subsides 
payés par le contribuable belge, a fait tant de profit avec la sueur des 
travailleurs limbourgeois que cette usine est en fait celle des 
travailleurs. Si les pouvoirs publics saisissent l’usine, ce sera bien 
plus simple de trouver un repreneur comme le montre le cas de Nedcar à
 Born aux Pays-Bas. »

    Pour Stany Nimmegeers, il faut une vision bien plus
 globale : « Pour faire face aux problèmes environnementaux en Europe
 occidentale, il existe un besoin énorme de transports publics 
supplémentaires et de voitures écologiques. Les pouvoirs publics peuvent
 trouver ici l’occasion de prendre ces problèmes à bras-le-corps. » 



    Le président du PTB Limbourg est sur place ce mercredi avec les conseillers
 communaux à Genk à l’entrée de l’usine Ford. « La seule vraie
 alternative est de se battre pour chaque emploi. Le PTB soutiendra de 
tout cœur la lutte sociale des syndicats et des travailleurs. » 



    http://www.ptb.be/nieuws/artikel/le-ptb-demande-la-saisie-de-ford-genk.html


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  • Le programme des « réjouissances » à venir

    Crise, austérité, traité européen, misère et matraque

     J’aimerais me tromper mais l’actualité me désespère ; bref une chronique que je vous recommande de sauter si vous avez le moral en berne… Mieux vaut pourtant être conscient des enjeux et surtout des conséquences à venir de la crise actuelle ; mieux vaut aussi être lucide concernant la valeur des emplâtres que certains Diafoirus cherchent à poser sur des jambes de bois ; bref ne pas se leurrer. On va s’essayer quand même à une conclusion un peu optimiste, mais il va falloir mobiliser des ressources insoupçonnées pour y arriver. Mon propos n’a en effet pas pour but de vous décourager, du moins pas dans le style « sauve qui peut, on coule ». Tant qu’on n’est pas noyé il y a sans doute un canot de sauvetage à portée de mains ; reste à avoir la possibilité et peut-être aussi la volonté de l’atteindre pendant qu’il en est encore temps.

    Partout dans le monde, les mêmes robots...

    Les manifestations contre l’austérité programmée se suivent et se ressemblent ; certains peinent de plus en plus à contenir leur colère et je les comprends : un jour la Grèce, un jour l’Espagne, un jour l’Italie, une heure la CGT. Une réponse, toujours la même : les gardiens du temple lâchent leurs dobermans puis les magiciens de service emballent tout ça dans leur verbiage habituel : « sécurité, casse, provocation, violence, terrorisme… » Moi je pense qu’une société qui n’a plus que la matraque à offrir comme réponse aux interrogations de sa jeunesse est une société qui est bien proche du dernier stade de la décomposition. Le plus tristement drôle c’est que ces gens se réclament de l’ordre, de la morale, du bien-être public… Ces nantis qui n’ont à proposer comme exemple à suivre que leur propre turpitude, leur outrecuidance obscène, et leur absence totale de scrupules. Ils ont fait « leur » le bien commun ; ils se sont approprié ou cherchent à s’approprier des valeurs sur lesquelles il était encore impensable, il y a quelques décennies, que l’on puisse accoler une étiquette « prix » (l’eau, l’air, la vie et dieu seul sait quoi ils arriveront à mettre dans leur foutu catalogue). Ils sont prêts à brader la survie même de l’humanité pour assurer leurs profits immédiats, et se moquent ouvertement de l’avenir de ceux qui ne font pas partie de leur pré-carré. Terribles images que celles de ces jeunes et moins jeunes tentant de s’approcher du parlement à Madrid pour faire valoir leur droit à la parole, leur droit à la vie, que l’on accueille avec des jets de grenades assourdissantes et que l’on repousse avec des balles en caoutchouc. Terribles images que celles de l’expulsion musclée des occupants de la zone de construction de l’aéroport bidon de Notre Dame des Landes. Regardez bien l’image : tous sortis du même moule ces robocops automatisés… Images interchangeables d’Athènes à Tunis, de Rome à Barcelone, de Montréal à Bucarest… N’y aurait-il plus qu’un seul fabricant de matraques, de casques, de vestes rembourrées pour tous ces « Ken » super virils qui gardent les temples de la finance ? Comment peut-on réussir à robotiser à ce point un cerveau humain ? Questions posées depuis des lustres et restées sans  réponses vraiment satisfaisantes…

     La France joue à l’autruche. Le torchon brûle chez les voisins, mais comme au temps de Tchernobyl, notre beau pays, épargné grâce au courage politique de ses dirigeants, de droite comme de gauche, garde le cap dans la tempête. Jour après jour, les mesures d’austérité s’accumulent, mais elles sont présentées, avec une habileté diabolique, comme de simples traitements préventifs. En France on prévient la casse pour éviter un séjour trop long chez le carrossier. Regardez comment vivent nos voisins du Sud, comme ils sont malheureux. Ils ont dû prendre – aujourd’hui – des mesures que nous prendrons sans doute demain. Les hausses d’impôts sont à l’ordre du jour ; cela passe mieux que les baisses de salaire. Mieux vaut que je te donne 1000 pour te reprendre 500 ; si je te donne 500 directement, ça la fout mal. Demain seulement viendront les baisses de salaire, les baisses de pension, les baisses d’allocation… Pour l’instant on restreint, comme une peau de chagrin, le nombre de ceux qui y ont droit, à la grande joie de tous ces larbins qui osent les traiter de « privilégiés » ou de « profiteurs ». Les signes prémonitoires d’une amplification de la crise ne manquent pas, mais, heureusement, on ne fait que tourner autour du pot. Les banquiers ont trouvé un petit jeu très drôle ; on ne voit pas pourquoi ils changeraient… Si je faisais mes courses avec la carte bleue de mon voisin, je ne vois pas pourquoi je me contenterais d’un panier !
    L’enfumage fonctionne à plein débit. Les données dérangeantes sont mixées avec d’autres insignifiantes : miracle des statistiques et des sondages. Le nombre réel de chômeurs est sous-estimé. Les emplois précaires explosent. Pour conserver une certaine opulence visible dans la sphère sociale, les ménages font des coupes sombres dans des budgets essentiels : soins médicaux de base de plus en plus reportés vers le futur, choix alimentaires conduisant à la malnutrition… Un ménage français consacre maintenant près de la moitié de ses revenus à se loger et à se chauffer…

     Les services publics gèrent la pénurie organisée par leur ministère de tutelle. C’est la dèche universelle, de la santé à la recherche en passant par les services sociaux. Un exemple que je connais bien ? L’Education Nationale. On voit maintenant des collègues travaillant dans des zones défavorisées avec des classes à cours double de 30 élèves et plus… Il faut avoir fait l’expérience d’essayer d’apprendre à lire à trente mômes en même temps, pleins de bonne volonté mais pas forcément d’attention, pour comprendre ce que cela signifie. Lorsque l’enseignant se plaint à ses supérieurs de conditions de travail non pas difficiles, mais ingérables, on lui répond gentiment que c’est bien dommage mais que son école est « juste en dessus du seuil d’ouverture »… Il y a bien en effet un « seuil d’ouverture » pour les créations de classe ; c’est un concept un peu singulier. De mon temps, l’inspection de l’étage supérieur répondait de façon fort diplomatique que l’on n’aurait pas de création de poste car on était juste en dessous de la barre. Dans un second temps, le critère de refus s’est aligné avec le seuil lui-même. Le « juste en dessus », j’ai sans doute quitté la marine à voiles trop tôt pour l’entendre. Si ce n’était pas tragique, ce serait cocasse. Imaginez le sauteur à la perche aux championnats du monde : « non monsieur, désolé, vous n’aurez pas la médaille parce que vous êtes passé juste en dessus de la barre… » Les différents maillons de la hiérarchie, comme dans toutes les autres administrations, ne savent plus quel verbiage inventer. La seule consigne que leur a donnée le maillon supérieur étant : « faites passer la pilule ; il est obligatoire de l’avaler ; ça ne se négocie pas »… Il serait peut-être plus honnête d’annoncer clairement que le seuil critique est fixé à 35, 50 ou 80, mais ça pourrait heurter l’opinion publique.

    Les retraités roumains ou portugais auxquels on a supprimé 30% d’une pension qui n’était déjà pas bien haute n’en peuvent plus d’austérité. Les handicapés grecs qui ne perçoivent bientôt plus rien du tout se moquent éperdument des tourments moraux que subissent les banquiers de leur pays. Même nos voisins anglais qui s’en prennent plein la tronche depuis l’heureux règne de Miss Thatcher, commencent à ruer sérieusement dans les brancards. Le nouveau traité européen qui vient d’être paraphé par les gardiens du temple, sans assentiment aucun des peuples concernés (sans même qu’ils soient consultés d’ailleurs) fait penser à une représentation de la Comedia dell’Arte : du grand guignol, mais du grand guignol tragique car il s’agit ni plus ni moins que d’encadrer de façon un peu plus stricte encore, la marge de manœuvre de chacun des gouvernements concernés. Qu’on se le dise : il n’y a qu’une seule politique économique permise ; les clous du passage piéton sont électrifiés pour la plus grande béatitude des troupeaux qui vont traverser les routes. « Réduire les déficits », « rembourser les dettes », « serrer la vis d’un tour », voici les têtes de chapitre du nouveau petit livre rouge édité par et pour les gardiens du temple capitaliste sacré. Silence radio sur les livres de messe : on ne s’interroge pas sur la légitimité des dettes en question, sur les taux d’intérêts pratiqués… Lorsque quelques esprits dérangés en Italie font remarquer que si l’Eglise Catholique payait des impôts fonciers sur les biens terrestres qu’elle possède dans ce doux pays, et un impôt sur les bénéfices concernant les profits qu’elle réalise, il n’y aurait plus de déficit , on les considère comme des farfelus ou des anticléricaux primaires. Mieux vaut amuser les foules avec des histoires à connotation raciste, c’est un miroir qui a toujours fonctionné avec les alouettes simplettes. Quant à évoquer les budgets militaires, personne ne s’y risque. On ne touche pas à la bombinette, cela fâcherait les galonnés.

     Au cas où les esprits des gueux s’échaufferaient un peu trop parce qu’ils supportent mal les mesures d’austérité préventives que l’on prend (contraint, forcé mais chagriné) à leur dépens (mais pour leur éviter l’austérité curative contrainte et forcée), reste toujours les fanfreluches à agiter d’une croisade pour défendre la civilisation occidentale ou pour faire payer aux « salauds d’ailleurs » les brimades que l’on subit des « gens biens de chez nous ». Les marchands d’armes tiennent toujours quelques tisons bien au chaud : Républiques Caucasiennes, Moyen-Orient, Chine et Japon… Comptez sur leur imagination, mais de grâce ne leur apportez pas votre soutien implicite. Nulle guerre n’a jamais de juste cause. Je vous assure que l’on n’est pas obligé de tenir toujours le même rôle dans la même comédie. Ce n’est pas parce que la colère ouvrière a débouché sur 1914/18 ou que la crise de 1929 a allumé le brasier de 39/45 qu’on est contraint de marcher au pas de l’oie. Le péril est grand cependant si l’on observe attentivement la montée des extrêmes droites en Europe. La Grèce est dans une situation périlleuse. La percée du mouvement « aube dorée » augure d’un futur plutôt inquiétant. Les financiers savent très bien qu’il n’y a rien de tel qu’un gouvernement à poigne de fer pour remettre le peuple dans le droit chemin de la résignation. Marche au pas ! Ecoute les sermons de la télé ! Sinon gare !

     

    Un espoir ? Toujours !

     En fait la note optimiste finale de cette chronique toute noire, c’est que la crise présente, une de plus dans la longue histoire du capitalisme (mais non la moindre), est peut-être l’occasion de tester, en marge du système, la construction de nouveaux rapports économiques, plus humains, plus respectueux de la planète. Si je me permets d’énoncer cette hypothèse c’est parce que la porte est ouverte et que nombreux (relativement) sont ceux qui s’y sont déjà engouffrés. Cette marginalité nouvelle, en mouvement, ne doit cependant pas oublier sur le bord de la route ceux qui n’ont plus vraiment la liberté de choix, pour des raisons d’âge, de santé, ou de moyens intellectuels. Ceux-là sont dans le système ; ils en sont dépendants ; ils n’ont pas la possibilité de choisir une alternative. Il ne faudrait pas les laisser en plan. Ils sont dans la situation d’un poisson rouge dans un bocal fissuré et ils n’ont ni ailes ni poumons. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs… sans doute. Or, ce n’est pas d’une omelette dont nous avons besoin mais d’un monde nouveau. Signe positif, annonciateur d’un changement – peut-être ? – de nombreux documentaires (livres, vidéos, articles de journaux) sont mis à disposition du public, en général sur le web, parfois (mais bien trop rarement) à la télé. Ils témoignent avec naïveté parfois, mais toujours avec énergie, du fait qu’une partie de l’humanité n’a pas envie de se laisser noyer sans réagir. Espérons que ces exemples d’auto-émancipation feront tache d’huile le plus rapidement possible… ou amèneront au moins certains de nos concitoyens à réfléchir. Plus on est de fous, plus on délire !

     

    http://www.lafeuillecharbinoise.com/?p=8375


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  • Sommet européen : les banques jubilent, les peuples trinquent

    Lors du dernier sommet européen, les dirigeants européens ont évoqué les prochaines étapes qui suivront l’adoption du Pacte budgétaire. Union budgétaire, union bancaire, pacte de croissance… Les grandes déclarations des chefs d’Etat qui annoncent « plus d’Europe », dissimulent mal des mesures qui prévoient « plus d’austérité », sans aucune garantie pour une véritable régulation bancaire.

    20 octobre
    Sommet européen : les banques jubilent, les peuples trinquent

    Le projet d’union bancaire était censé permettre, entre autres, une recapitalisation directe des banques en difficulté à l’échelle européenne, évitant ainsi un transfert des dettes du privé au public. Finalement, cette possibilité sera renvoyée à 2014, date annoncée de la mise en œuvre de l’union bancaire. Le système bancaire sera par ailleurs mis à contribution, certes, mais de manière très insuffisante ; et ce seront le MES ou la BCE (et finalement, les contribuables européens) qui assureront la majorité des sauvetages [1].

    Le second aspect de l’union bancaire concerne la supervision par la BCE des banques européenne, censée permettre une remise en ordre d’un système bancaire à la dérive, guetté par l’insolvabilité et les faillites. François Hollande se félicite que cette supervision s’appliquera à l’ensemble des banques européennes. Il oublie de préciser qu’elle sera fondée sur des directives européennes particulièrement laxistes, notamment en termes d’obligation de fonds propres, puisqu’elles sont plus laxistes que les propositions du comité de Bâle III, déjà largement édulcorées par le lobbying des banques.

    Ce n’est pas pour rien que la Fédération Bancaire européenne avait annoncé qu’elle se réjouissait de cette régulation a minima qui permettra de « préserver l’intégrité du marché intérieur [2] ».

    La question de la future union budgétaire a été soigneusement évitée et renvoyée au sommet de décembre (lire notre précédent article). La veille de l’ouverture du Sommet, la chancelière allemande avait annoncé la couleur : pour elle, l’union budgétaire passe par une ingérence des institutions européennes dans les politiques économiques des Etats de la zone euro vers plus d’austérité et de réformes pour la compétitivité : flexibilisation du marché du travail, réforme de la protection sociale…

    Ces mesures pro-compétitivité sont déjà prévues dans le cadre du fameux pacte de croissance tant vanté par le président Hollande. Dans le détail, ce projet prévoit une plus grande libéralisation et dérégulation du marché intérieur (notamment dans l’énergie et le transport), la poursuite du libre-échange à tout-va… Les 120 milliards évoqués par Hollande, en partie fictifs et détournés de fonds européens existants, serviront à financer des partenariats publics privés [3].

    Reste la taxe sur les transactions financière, qui sera mise en place dans le cadre d’une coopération renforcée. Mais dans un contexte institutionnel qui se caractérise par une offensive néolibérale sans précédent, il y a fort à parier que la TTF ne sera qu’une goutte dans un océan d’austérité.

    Frédéric Lemaire

    [1] Lire Corporate Europe Observatory, Not about safer banks, septembre 2012 : corporateeurope.org/blog/not-about-safer-banks#footnote8_3idpq99

    [2] European Banking Federation, communiqué de presse, 12. Septembre 2012, http://www.ebf-fbe.eu/uploads/mwp/D....

    [3] DDB, 5 recettes socialistes pour réorienter l’Europe, septembre 2012 : http://dessousdebruxelles.ellynn.fr...

    http://ellynn.fr/dessousdebruxelles

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  • "Merkel est demeurée ferme et a imposé son calendrier"

    "Merkel est demeurée ferme et a imposé son calendrier"

    C’est ainsi que titrent avec joie les grands quotidiens conservateurs allemands ce vendredi matin. Aucune inflexion de la politique européenne n’est envisageable avant les élections fédérales. "Le président de la République continue de dire qu’il veut réorienter l’Europe, mais pour l’instant, de réorientation, il n’y en a pas" juge de son côté Pierre Laurent.

    François Hollande partait avec l’idée d’une Union Bancaire au fusil, la chancelière allemande ne voulait entendre que parler de discipline budgétaire. Le chef de l’Etat français prônait la sur la supervision bancaire dans la zone euro, c'est-à-dire que la BCE puisse recapitaliser directement les banques privées à échelle européenne. Au sortir de la réunion, il s'est félicité d'un "parfait accord avec nos amis allemands qui ont compris que l'union bancaire devait avoir des étapes", ce qu'ils avaient toujours défendu, "et nous aussi". Autrement dit on verra plus tard, courant 2013, début 2014. Quant à l'idée allemande d'un super commissaire européen doté d'un droit de veto sur les budgets nationaux, il n’en est heureusement pas question pour l’instant.

    "Angela Merkel continue à dicter son calendrier, ses critères, ses conditions. Tant que la France ne tapera pas du point sur la table, il n’y aura pas de changement, notamment sur le rôle de la BCE » a réagit Pierre Laurent sur LCI ce vendredi matin. « Il faudrait changer profondément le rôle de la BCE, mais on ne le fait pas on continue à utiliser le crédit de matière sélective, pour la finance, et non pour relancer l’industrie. Taper du point sur la table, ça aurait voulu dire ne pas ratifier le traiter et continuer à le discuter. On l’a ratifié aux conditions d’Angela Merkel, on a eu tord de le faire. Maintenant on s’est mis dans une situation de faiblesse. Le président de la République continue de dire qu’il veut réorienter l’Europe, mais pour l’instant, de cette réorientation, il n’y en a pas."

    Et il faut rappeler l’urgence, avec plus 25 % de chômage dans certains pays européens, d’importants mouvements de contestations toujours ignorés, la récession et une véritable crise de la représentation politique : "On n’entend pas les peuples européens. On n’est malheureusement pas en train de sauver l’Europe" conclut Pierre Laurent.


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    Les élections régionales et sénatoriales de ce week-end ont été marquées par une spectaculaire avancée des communistes (KSČM) qui ont obtenu 20% des suffrages au niveau national, leur score le plus élevé depuis la chute du communisme, en 1989

     
    Percée des communistes tchèques (KSČM) aux élections sénatoriales et régionales !
    La coalition de centre-droit du Premier ministre Petr Necas, partisan de la rigueur budgétaire, a subi une déroute aux élections régionales et au premier tour des sénatoriales tchèques, marquées par une large victoire de l'opposition sociale-démocrate CSSD et communiste KSČM.

    Le CSSD, qui considère le scrutin régional comme une sorte de référendum sur les réformes d'austérité du gouvernement, s'est imposé dans 9 des 13 régions et le KSČM a gagné dans deux régions, selon les résultats communiqués par l'office national des statistiques (CSU), après le décompte de 99,9% des voix. Le parti ODS de Petr Necas a remporté une seule victoire, dans la région de Pilsen (ouest).

    538.953 voix, 20,43% et 182 élus

    Les grands vainqueurs des élections sont les communistes, même si la sociale démocratie arrive en tête, elle perd plus de 75 mandats régionaux (et 400.000 voix) là ou les communistes en gagent 68 (+100.000 voix). Le Président du comité central du Parti Communiste de Bohème-Moravie (KSČM), Vojtech Filip, se dit satisfait de ces résultats "C'est une large réussite, nous démontrons que le Parti communiste est perçu comme un parti moderne de gauche qui possède une vrai ligne, il est en mesure de faire face à la corruption en République tchèque et à résoudre les problèmes qui accompagnent la République tchèque".

    Percée des communistes tchèques (KSČM) aux élections sénatoriales et régionales !
    RÉSULTATS DÉTAILLÉS DES ÉLECTIONS RÉGIONALES TCHÈQUES

    Bohême centrale
    20 CSSD (-6), 19 KSCM (+9), 16 ODS (-9), 10 TOP09 et maires de Bohême centrale (+6).
    71975 voix 20,57% 19 élus

    Bohême-du-Sud
    18 CSSD (-4), 13 KSCM (+3), 9 Bohême-du-Sud 2012 (+9), 8 ODS (-11), 4 KDU-CSL (-), 3 Top9 et maires de Bohême-du-Sud (+3).
    37187 voix 19,37% et 13 élus

    Hradec Králové
    12 CSSD (-6), 11 KSCM (+4), 7 Coalition KDU-CSL, HDK (social-libéral) et VPM (libéral) (+3), 6 ODS (-7), 5 TOP 09 et maires de Hradec Králové (+5), 4 divers (+4), 0 SNK-ED (-3).

    Karlovy Vary
    14 KSCM (+6), 13 CSSD (-3), 5 ODS (-4), 5 Mouvement indépendant pour un développement harmonieux des villes et des communes (HNHRM, conservateur) (+2), 4 TOP09 et maires de Karlovy Vary (+4), 4 Alternative (-1), 0 divers (-4).
    16580 voix 22,98% et 14 élus

    Liberec
    13 Maires pour Liberec (+6), 10 KSCM (+2), 10 Changement pour la région de Liberec (coalition du parti Changement et des Verts) (+10), 7 CSSD (-8), 5 ODS (-7), 0 SOS (social-libéral) (-3).
    23167 voix 17,89% 10 élus

    Moravie du Sud
    23 CSSD (-3), 16 KSCM (+6), 14 KDU-CSL (-4), 7 ODS (-4), 5 TOP09 et maires de Moravie du Sud (+5).
    64805 voix 18,65% et 16 élus

    Moravie-Silésie
    24 CSSD (-7), 20 KSCM (+9), 9 ODS (-9), 7 KDU-CSL (+2), 5 Indépendants (+5).

    Olomouc
    19 CSSD (-8), 16 KSCM (+6), 8 Coalition de la KDU-CSL et des Verts (+3), 8 ODS (-5), 4 TOP09 et maires d’Olomouc (+4).

    Pardubice
    12 CSSM (-7), 11 KSCM (+5), 10 coalition KDU-CSL, SNK-ED et indépendants (+1), 6 ODS (-5), 3 Top09 et maires de Pardubice (+3), 3 SPOZ (social-démocrate) (+3).
    29332 voix 18,86% et 11élus

    Pilsen
    15 ODS (+1), 15 CSSD (-4), 12 KSCM (+3), 3 TOP09 et maires de Pilsen (+3), 0 KDU-CSL & SNK ED (-3).
    34919 voix 20,93% et 12 élus

    Ústí nad Labem
    20 KSCM (+8), 13 CSSD (-9), 9 Bohêmes du nord (régionalistes) (+1), 7 ODS (-6), 6 PRO! (coalition réunissant la KDU-CSL, les Verts et le HNHRM) (+6).
    53819 voix 25,26% 20 élus

    Vysočina
    17 CSSD (-1), 11 KSCM (+6), 7 KDU-CSL (+2), 5 ODS (-6), 3 divers (+3), 2 TOP09 et maires de Vysočina (-3).
    32119 voix 19,57% et 11élus

    Zlín
    12 CSSD (-6), 10 KDU-CSL (+4), 9 KSCM (+4), 5 TOP09 et maires de Zlín (-), 5 ODS (-6), 4 SPOZ (social-démocrate) (+4).

    Percée des communistes tchèques (KSČM) aux élections sénatoriales et régionales !
     
    Les tchèques votaient aussi pour renouveler partiellement le sénat, 27 mandats étaient en jeu. A l'issue du premier tour, alors que les communistes avaient qu'un mandat en jeu, plus de 12 d'entre eux sont qualifiés pour le second tour qui se déroulera le weekend prochain.

    Quatre d'entre eux sont à la première place - Vaclav Homolka (Chomutov), Sonia Markova (Nachod), Jitka Sachetová (Litomerice) et George Dolejš . (Prague 8) dans dix districts ils vont affronter les sociaux-démocrates, dans les autres circonscription les Démocrates civiques (ODS). Partout les communistes ont été surpris de cette percée aux sénatoriales et notamment à Prague.

    sources Halo Noviny (trad Nico Maury)

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