• Les notes de tous les pays de l'Union européenne menacées, avertit Moody's_1

    Le siège de l'agenceMoody'sàNewYork

     

     

     

    L'aggravation rapide de la crise de la dette dans la zone euro menace les notes de solvabilité de tous les Etats européens, a averti dimanche l'agence d'évaluation financière américaine Moody's.

     

    Intéressant à plus d'un titre :

    Si la note baisse, les taux pour emprunter montent (c'est ce qu'on arrête pas de nous dire pour accepter les sacrifices du "triple A").

    Le test a été fait grandeur nature avec la Grèce, la Belgique est dans le labo et l'Allemagne se prépare.

    Pour protéger leur p'tit Fa# la France est sur liste d'attente pour six mois.

    Mais comme ça marche, donc ils vont passer à plus gros : 

    Les agences au service des banques notent les états qui empruntent auprès de ces banques pour combler les trous creusés par les marchés financiers qui sont les outils des banques qui prêtent aux États. 

    Ça va , vous suivez?

    C'est un peu l'histoire de ce fils de garagiste des années 30 qui crevait les pneus des voiture que son père réparait le lendemain. (du moins du travail artisanal alors).

    Ou encore cet histoire des semenciers qui vendent des graines hybrides stériles pour être sûrs que l'année prochaine on leur rachètera de la semence.

    L'histoire d'Halliburton qui fourni les mercenaires pour écraser l'Irak et ensuite vend à l'Irak les moyens d'une reconstruction pour permetttre à Halliburton de faire sa pelote sur le dos des irakiens

    Ou encore...plus ou moins sauvage, en fait, ce ne sont que les règles du capitalisme.,

    Et si vous en doutiiez il (le capital) met les poins sur ses "i":

    "Alors que la zone euro dans son ensemble possède une force économique et financière énorme, la faiblesse de ses institutions continue d'entraver la résolution de la crise et de peser sur les notesEn l'absence de mesures politiques qui stabiliseraient la situation des marchés à court terme, ou de stabilisation de ces marchés pour toute autre raison, le risque de crédit [associé aux pays européens] va continuer de monter."

    Alors, on les supporte encore longtemps ou on les chasse manu militari à grand coup de pompes dans le cul?

    Par canaille le rouge


    votre commentaire
  • MONTCEAU LES MINES Samedi 26 novembre 2011

    Yves Dimicoli, économiste du PCF, analyse la crise

    Une journee formation avec les communistes de Sâone et Loire


    Trois ans après la crise des subprimes, comment en est-on arrivé à l’explosion de la dette des États?


    La phase 2008-2010 a conjugué une crise financière, la plus grave depuis l’entre-deux-guerres, suivie d’une récession mondiale, la plus profonde depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle renvoie à la façon dont les capitalistes utilisent les formidables potentiels de productivité, avec les nouveaux outils de l’information, pour la rentabilité financière et contre l’emploi. Cette pression de la rentabilité, qui baisse les salaires et réduit l’emploi, crée une insuffisance de la demande globale qui a pu être compensée jusqu’ici par l’endettement des entreprises et des ménages et a conduit en 2008 à la crise des subprimes avec l’impossibilité pour des millions de ménages modestes et insolvables de rembourser leur prêt pour se loger. À partir de cette étincelle américaine, les pertes sont énormes pour les banques aux États-Unis, en Europe et dans le monde, entraînant un rationnement du crédit et la grande récession de 2009 avec 112 millions de chômeurs dans le monde. Face au risque de l’effondrement du système financier et au risque de déflation, les États sont intervenus massivement pour soutenir les institutions financières par le biais d’aides publiques massives allant jusqu’à des prises de participation, voire  des nationalisations. Cette intervention s’est accompagnée d’un abaissement très important des taux d’intérêt et d’une formidable création monétaire des banques centrales. Fin 2009, par exemple, la dette américaine atteignait 1 500 milliards de dollars. Mais toutes ces mesures ont été réalisées sans toucher aux critères des crédits et des banques ou aux modalités des aides publiques.


    Cette montagne de dettes risque-t-elle de plonger une nouvelle fois l’économie mondiale dans la récession?


    Le type de réponse à cet excès d’endettement public va conduire à des exacerbations nouvelles. En 2010, l’explosion de la spéculation sur les titres de dette publique a déclenché la remontée brutale des taux d’intérêt dans les pays en difficulté comme la Grèce. La crise de l’euro a provoqué l’intervention massive de la BCE et du Fonds monétaire international (FMI) avec la création d’un fonds de stabilité financière. Cette facilité de paiement emprunte ses ressources sur les marchés financiers pour les prêter aux pays en difficulté afin qu’ils puissent continuer à s’endetter sur les marchés. Et tout cela au prix de politiques d’austérité qui cassent la croissance et font exploser le chômage. Un véritable fiasco puisqu’il a débouché sur un nouveau plan de « sauvetage » qui aggrave cette logique au service de la domination des marchés financiers. Cet excès des dettes publiques en Europe mais aussi aux États-Unis peut conduire à un nouveau krach.


    Pour échapper à un tel scénario ne faudrait-il pas sortir de l’euro?


    Non, car ce serait se priver de la force d’une création monétaire commune à l’échelle européenne, et alors disposer de moins bonnes conditions de financement, surtout pour un pays moyen comme la France. Cela reviendrait aussi à renforcer le dollar dans son rôle de monnaie commune mondiale de domination alors que la crise appelle à la mise en cause de cette hégémonie. Le défi consiste à utiliser autrement l’euro et à donner une tout autre orientation à la BCE, conduisant à une transformation radicale du crédit. Nous proposons un crédit bancaire d’un taux très abaissé pour les investissements matériels réels et de recherche procurant de bons emplois et de bonnes formations.


    La crise n’appelle-t-elle pas à de nouvelles institutions mondiales?


    Il faut une transformation radicale des institutions existantes, notamment celle du FMI, à travers une réforme des droits de tirages spéciaux. Ces titres créés et attribués par le FMI à une banque centrale permettent, dans un mécanisme de coopération, d’émettre de la monnaie et de se refinancer. Ce serait un pas vers une monnaie commune mondiale. Un moyen de développer au travers du crédit les capacités humaines de faire reculer la spéculation et de pérenniser un nouveau régime de croissance et de développement.


    Où en est-on de la dette publique aujourd'hui?  


    En France, elle augmente depuis trente ans. Mais, c'est à partir de la fin des années 1970 et, plus encore, du début des années 1980, avec le recours de plus en plus systématique au marché financier, que le dette publique française commence de s'envoler.  


    De 21,2% du PIB en 1978, elle passe à 36% en 1983, pour bondir à 60% en 1998. Les années 2000, après  une  courte  période  de  latence  due  à  une  nette  reprise  de  la  croissance  dans  les  pays développés,  donnent  lieu  à  un  véritable  emballement:  De  63,3%  du  PIB  en  2003,  l'endettement public passe à 79% en 2009, puis 82,3% en 2010, soit 1591,2 milliards d'euros.  


    La seule dette de l'État, qui était de 44 milliards d'euros en 1978,  a été multipliée par 25 depuis, pour atteindre 1101 milliards d'euros fin 2009. Avec 50 milliards d'euro, la charge d'intérêts de la dette est devenue le troisième poste de dépense du budget.  


    Tous les pays avancés ont connu un tel phénomène:   


    Par  exemple,  depuis  1981,  date  d'envolée  du  dollar  et  des  marchés  financiers  aux  États-Unis,  la limite d'endettement public décidée par le Congrés y a été relevée cinq fois: de 8 000 milliards de dollars entre 1981 et 1985, sous  Reagan, elle a été portée à plus de 10 000 milliards avec Bush père (1989-1992),  puis  prés  de  13  000  milliards  sous  Clinton  (1993-2000),  pour  atteindre  14  294 milliards de dollars avec Bush junior... Obama vient, avec difficultés, d'obtenir son relèvement de 2100  milliards  de  dollars  et,  pour  la  première  fois,  la  dette  publique  des  Etats-Unis  a  dépassé  le seuil de 100% du PIB.  


    Au Japon, depuis un  point bas de 63,2% en 1992, la dette publique a progressé jusqu'à 197,2% du PIB en 2010.  


    Les pays de la zone euro n'ont pas échappé à cette tendance: Alors que, rapportée au PIB, la dette publique agrégée de la zone enregistrait une moyenne de 67% du PIB de 2000 à 2008, elle passe brusquement à 78,8% en 2009.
     
    Appel  au  marché  financier  ou  à  la  création  monétaire  de  la  banque centrale?  


    C'est  par  une  loi  "Pompidou-Giscard"  du  3  janvier  1973  que  le  choix  a  été  fait,  en  France,  de mobiliser  la  force  de  l'Etat  pour  promouvoir  le  marché  financier  et  soutenir  les  opérations financières des banques ordinaires.  


     Elle stipule en son article 25 que "le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l'escompte  de  la  Banque  de  France".  En  pratique,  cela  signifie  qu'on  interdit  à  la  République française  l'accés  direct  à  la  création  monétaire  de  la  Banque  centrale  en  l'obligeant  à  emprunter auprés  des  banques  privées  sur  les  marchés  d'obligations  à  des  taux  d'intérêt  dépendant  de  la conjoncture de ces derniers.   


    Par  cette  réforme,  "il  s'agissait  à  l'époque  de  constituer  un  véritable  marché  des  titres  à  court, moyen  et  long  terme,  qu'ils  soient  émis  par  une  entitée  privée  ou  publique"  confirme  V.  Giscard d'Estaing. Et il la justifie: "la possibilité du prêt direct de la Banque de France au trésor public a généré partout où il fut appliqué une situation d'inflation monétaire permanente". Constation trés discutable, car ce n'est pas, en soi, l'appel public à la création monétaire de la Banque centrale qui est  inflationniste,  mais  la  façon  dont  cette  création  monétaire,  utilisée  par  l'Etat  pour  de  massifs transferts  en  direction  des  capitaux  monopolistes,  n'a  pas  engendré  une  croissance  suffisante  des richesses réelles, d'où l'inflation.  


    Les dispositions de l'article 25 de la loi de janvier 1973 ont été reconduites par une loi du 4 août 1993. L'enjeu était non seulement l'endettement de l'Etat au service des grands groupes, mais aussi le financement de ces derniers: Face aux défis de partage de la révolution informationnelle et pour la  rentabilité  financière,  ils  étaient  en  effet  appelés  à  se  lancer  dans  de  vastes  opérations  de restructutration  et  de  fusions-acquisitions  à  l'échelle  du  monde  entier,  requerrant  d'énormes  fonds levés sur les marchés.  


    Cela a ouvert la porte à une longue période d'essor du marché financier et à une envolée de la dette publique qui y est financée à partir de 1978.  


    De fait, avec le ralentissement de la croissance et la montée du chômage, avec les transferts de plus en  plus  massifs  de  l'Etat  vers  les  grandes  entreprises  faisant  exploser  les  gâchis  de  financements publics, avec l'inauguration des politiques d'austérité raréfiant les recettes fiscales et sociales,  les comptes publics de la France ont commencé à s'enfoncer structurellement dans le rouge à partir de 1974 pour, depuis, ne plus jamais revenir dans le  vert.  


    C'est le cumul de ces déficits successifs qui explique la croissance de la dette publique désormais couverte par des emprunts sur les marchés financiers. Sur celui-ci les apporteurs de fonds (banques, assurances,  fonds  de  pensions  et  d'investissement...)  surveillent  la  qualité  de  la  signature  des emprunteurs notée par des Agences et exigent des taux d'intérêt d'autant plus rémunérateurs que les notes sont faibles.  


    Par  la  suite,  l'accumulation  de  la  dette  et  la  progression  des  intérêts  engendrés  ont  fait  surgir  un phénomène  "boule  de  neige"  avec  une  croissance  économique  de  plus  en  plus  ralentie:  la  dette publique augmente mécaniquement, du fait que le taux d'intérêt payé sur elle est plus élevé que le taux de croissance des ressources qui servent à la rembourser.


     
    Aujourd'hui, la seule charge d'intérêts de la dette coûte plus de 50 milliards d'euros à la collectivité et représente le troisième poste du budget de l'Etat.  


    La pratique de l'appel par l'Etat au marché financier pour financer ses déficits est devenue encore plus  systématique  et  d'ampleur  avec  le  passage  à  un  euro  conçu,  précisément,  au  service  de  la domination des marchés financiers, avec une banque centrale "indépendante" et interdite par  traité  de toute monétisation  de  dettes publiques.
     
    Insuffisance de recettes et gâchis de dépenses publiques:  


    Les  dettes  publiques  augmentent  brutalement  en  2008-2009  avec  l'intervention  massive  des  Etats face  à  l'explosion  de  l'excès  d'endettement  privé  accumulé  depuis  des  années  en  contrepartie, surtout, d'opérations et placements boursiers, de LBO, de délocalisations, d'investissements contre l'emploi et de formidables spéculations boursières et immobilières                                           

    L'endettement  public  a  pris  ainsi  le  relai  de  l'endettement  privé  pour  continuer  de  soutenir l'accumulation capitaliste.
     Aux Etats-Unis, prés de 800 milliards d'euros sur deux ans ont été injectés, dont 40% en réductions d'impôts.  Dans  la  zone  euro,  l'ensemble  des  plans  adoptés  ont  injectés  200  milliards  d'euros.  En France, aprés un plan d'aide à l'investissement, contre l'emploi et les salaires de 26 milliards d'euros, Sarkozy a lancé un "grand emprunt" obligataire de 35 milliards d'euros.  


    Tout  cet  argent  public  a  été  accordé  sans  aucun  changement  des  critères  du  crédit  et  sans contrepartie en emplois exigées sur les aides.   


    Cela permit de sortir de la récession , mais avec une croissance trés insuffisante, trés peu d'emplois et  le  maintien,  par  le  chômage,  d'une  lourde  pression  sur  les  salaires.  Par  contre,  les  profits financiers et la spéculation ont repris de plus belle.  


    En France, aprés une récession au cours de la quelle le PIB recula de 2,2% en 2009, année où la bourse  de  Paris  enregistra,  elle,  une  augmentation  de  22,32%,  la  croissance  réelle  a  atteint péniblement  1,2%  en  2010.  Et,  aprés  une  croissance  nulle  au  deuxième  trimestre,  l'année  2011 s'annonce fort médiocre.  


    Cette insuffisance de la croissance réelle accentue l'insuffisance des recettes publiques par rapport à la  dépense  qui,  elle,  est  poussée  par  des  besoins  irrepressibles  (santé,  éducation,  recherche, accompagnement  social...)  ce  qui,  dans  ces  conditions,  creuse  les  déficits,  lesquels  grossissent  la dette.
     
                                                        2003     2005     2008     2009     2010
                        Dépenses  (1) ..........  51,6      51,8      51,5      54,8      54,7       
                        Recettes (1) ............. 47,5      48,8      48,1      47,2      47,6
                        Déficit...................     -4,1       -2,9      -3,3       -7,5       -7,1   
                            (1)Hors cotisations sociales imputées                            (en % du PIB)
     
    Pour contrer cette évolution, il aurait fallu, outre la recherche d'une plus grande efficacité sociale de la dépense, augmenter les prélèvements obligatoires. Or, ceux-ci, relativement au PIB, sont toujours restés sensiblement inférieurs aux dépenses publiques, de 7,9 points en moyenne de 2003 à 2008, mais de 12,8 points en 2009 et de 12,2 points en 2010.
     
                                                           2003     2005     2008     2009     2010
                        P.O./ PIB  (1) ..........  43,1      43,8      43,2      42,0      42,5
                        (1) PO: Prélèvements obligatoires                                (en % du PIB)
     
    Cela tient, avant tout, au fait que les gouvernements successifs n'ont cessé de multiplier les cadeaux fiscaux   et   para-fiscaux   (Ex.:   allègements   de   "charges   sociales",   suppression   de   la   taxe professionnelle,baisse de l'IS...) au profit des entreprises, au nom de la compétitivité, et des grandes fortunes, sous prétexte que cela inciterait leurs détenteurs à ne pas les délocaliser.  


    Selon  un  rapport  officiel 2 ,  depuis  1999,  "l'ensemble  des  mesures  nouvelles  prises  en  matière  de prélèvements  obligatoitres  ont  réduit  les  recettes  publiques  de  prés  de  3  points  de  PIB:  une première fois entre 1999 et 2002, une deuxième fois entre 2006 et 2008". Et les auteurs d'ajouter: "Si la législation était restée celle de 1999, le taux de prélèvements obligatoires serait passé de 44,3% en 1999 à 45,3% en 2008(..). A titre d'illustration, en l'absence de baisse des prélèvements, la dette publique serait environ 20 points de PIB plus faible aujourd'hui qu'elle ne l'est en réalité, générant ainsi une économie annuelle de charge d'intérêts de 0,5 point de PIB.".  


    Outre les cadeux faits aux plus riches (allègement  ISF, Bouclier fiscal...), ce sont les allègements d'impôts (la suppression de la taxe professionnelle par exemple) et de cotisations sociales dont ont bénéficié les entreprises qui sont au coeur de cette évolution.  
    Selon  le  Conseil  des  prélèvements  obligatioires  3 ,  le  manque  à  gagner  total,  pour  l'Etat,  des allègements  accordés  aux  entreprises  est  de  172  milliards  d'euros  en  année  pleine,  soit  67,7%  du total des recettes fiscales nettes du budget 2011 et 1,87 fois le déficit prévu!  


    Dans ce total, on retrouve les exonérations de cotisations sociales patronales dont la compensation coûte annuellement quelque 30 milliards d'euros désormais (29,8 milliards en 2009).  
    Le cumul de ces éxonérations, accordées par tous les gouvernements en alternance depuis 1992, se monte à 250,5 milliards d'euros!  
    Au coeur des facteurs concourrant à l'augmentation de la dette publique, il y a la volonté des
    dirigeants français et européens de développer le plus possible le marché financier pour attirer le maximum de capitaux vers les entreprises. D'où deux phénomènes:
     
    1 – La progession régulière et importante de la part des richesses produites dans les entreprises captée par les prélèvements financiers (intérêts et dividendes..);  


    2 – Les efforts répétitifs des gouvernements pour, au nom de la compétitivité, faire reculer la part des richesses produites dans les entreprises allant aux prélèvements obligatoires.
                                                              2003     2004     2008     2009
                   P.O./ valeur ajoutée.........  21,57    21,58    21,13    21,91
                   P.F./ valeur ajoutée..........  26,04    28,06    34,66    34,11
                     PO: Prélèvements obligatoires                                                  (en %)
                     PF: Prélèvements financiers
     
    Bref, pour laisser le capital financier prélever une dime de plus en plus importante sur la richesse nationale, les politiques gouvernementales ont systématiquement cherché à faire reculer la part des richesses produites qui sert au financement des services publics et de la protection sociale.


     Le recours systématique à l'endettement a permis ainsi, bon an mal an, de faire face aux dépenses croissantes, tout en les contenant,  sans avoir à augmenter les prélèvements obligatoires.


     Et l' Euro là-dedans?


     L'euro a été conçu au service de la domination des marchés financiers en prétendant rivaliser avec les Etats-unis dans l'attraction des capitaux mondiaux moyennant un taux d'intérêt offert supérieur en permanence à celui de la devise américaine.


     Avec  l'euro,  les  dirigeants  européens  cherchent  à  disputer  aux  Etats-Unis  le  privilège  exorbitant dont  il  dispose  avec  le  dollar.  La  monnaie  nationale  des  Etats-Unis  est  aussi,  en  effet,  monnaie commune mondiale de fait. Cela leur permet de s'endetter énormément auprés du reste du monde et de  rembourser  en  émettant  de  nouveaux  dollars,  en  faisant  "marcher  la  planche  à  billets"  (la  Fed vient de racheter pour 600 milliards de dollars de bons du Trésor des USA).            

                                          
    Face à cela, la zone euro, avec sa BCE "indépendante" et  vouée à soutenir la force financière de l'euro, cherche à promouvoir tant et plus ses marchés financiers. Simultanément, avec le pacte de stabilité,  les  dépenses  de  services  publics  sont  rationnées  dans  le  but  de  tenir  les  déficits  publics sous la barre de 3% du PIB.  


    L'euro a facilité un fort endettement des Etats membres, à commencer par ceux d'Europe du sud, en retard de développement, qui ont pu ainsi bénéficier de taux d'intérêt trés abaissés.  


    Mais  cet  argent  emprunté,  au  lieu  de  servir  à  développer  les  capacités  humaines,  a  servi  à  la croissance  financière  des  capitaux  et  à  la  spéculation,  immobilière  notamment,  sans  parler  des exportations  de  capitaux  et  délocalisations.  Simultanément,  les  services  publics  végétaient  et  les dépenses d'armement et de soutien aux capitaux financiers s'envolaient. D'où une croissance réelle insuffisante, pauvre en emplois, trés déséquilibrée et qui s'est effondrée quand cette "bulle" a éclaté.  


    C'est  cela  qui  a  fait  apparaitre  excessif    l'  endettement  public  de  ces  pays,  relativement  à  leurs capacités réelles de rembourser, et déclencher une intense spéculation faisant brutalement remonter leurs  taux  d'intérêt.  Cela  a  débouché  sur  une  grave  crise  de  surendettement  public  et  de  vives tensions au sein de la zone euro.  
    Des  réponses  d'ampleur  ont  été  apportées.  Mais  elles  demeurent  insuffisantes  et,  surtout,  trés contradictoitres:  Elles  cherchent,  avant  tout,  à  rassurer  les  créanciers,  à  consolider  les  marchés financiers, au prix de l'écrasement des dépenses salariales et sociales et des services publics. Elles cassent donc la croissance et l'emploi et rendent encore plus improbables les remboursements. D'où la  poursuite  de  la  spéculation  contre  les  pays  concernés,  dont  le  défaut  de  paiement  est  anticipé, mais aussi contre tout le système de l'euro, avec les risques d'une contagion.  


    Le  Fonds  européen  de  stabilité  financière  (FESF)  a  été  mis  en  place  pour  tenter  d'endiguer  cette crise et d'empêcher sa contagion, de conserve avec le FMI et la Commission européenne.  


    Il  dispose  de  la  garantie  des  Etats  de  la  zone  euro,  ce  qui  lui  permet  d'emprunter  jusqu'à  440 milliards d'euros sur les marchés financiers et de repréter aux Etats en difficulté avec des conditions punitives.  


    Cette  logique  consiste  donc  à  emprunter  encore  et  toujours  plus  sur  les  marchés  et  donc  à encourager leur croissance cancéreuse et leur domination sur le social et le public, au lieu de faire appel  à  la  création  monétaire  de  la  BCE  vouée,  elle,  à  maintenir  l'euro  "fort".  Cela  ne  peut qu'accentuer  les  cercles  vicieux  de  la  dette  contre  l'emploi,  les  salaires,  la  formation,  les  services publics et la croissance réelle européenne.


     Désormais, ces tentatives de réponse portent gravement atteinte aux souverainetés nationales et à la démocratie,  la  BCE,  sur  mandat  des  gouvernements,  s'arrogeant  le  pouvoir  de  dicter  à  un  pays comme l'Italie un terrible plan d'austérité.
     
    Il faut une tout autre politique:  


    1- Arrétons de diaboliser la dette publique!  


    La  dette  n'est  pas  mauvaise  en  soi.  Il  y  a  de  bonnes  et  de  mauvaises  dettes.  Tout  dépend  de l'utilisation que l'on fait de l'argent emprunté.


    S'il  est  utilisé  pour  accroître  les  richesses  réelles,  par  exemple  pour  la  santé,  l'éducation,  la recherche,  le  logement  social,  la  sécurisation  de  l'emploi,  de  la  formation  et  des  salaires, l'environnement,  cela  fait  de  la  croissance  durable  et  saine.  Celle-ci  va  alors  entrainer  un accroissement  des  recettes  publiques  (impôts  et  cotisations  sociales),  ce  qui  permettra  de rembourser l'argent emprunté.  


    Par  contre,  si  l'argent  emprunté  sert  à  spéculer  sur  les  marchés  bousiers  et  immobiliers,  à délocaliser,  à  détruire  des  emplois,  à  déqualifier  et  à  tirer  les  salaires  vers  le  bas,  cela  freine  la croissance, raréfie les recettes, ce qui creuse les déficits et les dettes.  


    2 – C'est pas fatal d'aller chercher l'argent dont on a besoin sur les marchés financiers:  


    a) – On peut augmenter et rendre plus efficaces les prélèvements obligatoires :  


    Il  faut  une  réforme  de  la  fiscalité,  non  seulement  pour  accroitre  les  recettes  des  impôts  et  faire reculer les inégalités mais aussi pour pénaliser la croissance financière des capitaux, la recherche de l'argent pour l'argent, les délocalisations et, au contraire, encourager les comportements favorables à la   croissance   de   l'emploi   et   des   richesses   réelles.   Il   faut   aussi   de   nouvelles   ressources immédiatement pour la protection sociale. Quatre exemples:  


    -  Impôt  sur  les  sociétés:  Nous  voulons  le  moduler  de  façon  à  pénaliser  les  entreprises  qui investissent pour diminuer l'emploi et la masse salariale, préfèrent faire des placements financiers ou cherchent surtout à payer des dividendes; nous voulons, par contre, encourager les entreprises qui  investissent  en  programmant  des  créations  d'emplois,  des  mises  en  formation  correctement rémunérés et contrôlés.  


    -  Impôt  territorial  sur  les  entreprises:  Nous  voulons  établir  un  impôt  local  sur  le  capital  des entreprises pour en dissuader les gâchis. Il s'agirait d'une "taxe professionnelle" moderne qui serait assise  non  seulement  sur  les  équipements  des  entreprises,  mais  aussi  sur  les  actifs  financiers  des sociétés  et  des  banques.  Cela  permettrait  aux  collectivités  territoriales  de  disposer  de  quelque  20 milliards d'euros supplémentaires tout de suite et de voir l'emploi progresser sur leur territoire, ce qui  augmentera  la  base  de  leurs  recettes  futures,  plutôt  que  de  s'endetter  tant  et  plus  auprés  des banques ou des marchés financiers.  


    - Impôt  sur  les  grandes  fortunes:  Nous  voulons  accroître  son  rendement,  non  seulement  en augmentant  son  barème,  mais  aussi  en  élargissant  sa  base;  par  exemple  en  faisant  contribuer  les fortunes  professionnelles  de  façon  modulée,  selon  que  les  entreprises  concernées  augmentent  ou  non  l'emploi  et  la  masse  salariale,  alors  qu'aujourd'hui  les  équipements  professionnels  sont  exonérés de l'ISF.  


    - Cotisations  sociales  patronales:  Nous  proposons  de  faire  cotiser  les  revenus  financiers  des entreprises et des banques au même taux que les salaires.
     
    b) – On peut utiliser autrement l'argent des prélèvements obligatoires:  


    -  Nous voulons un contrôle et une évaluation publics et sociaux de la dépense publique, au lieu d'un rationnement systématique avec la RGPP et la prétendue "regle d'or des finances publiques".
    Celle-ci   ne   vise   qu'   à   faire   entrer   dans   notre   Constitution   des   principes   pour   déssaisir automatiquement les élus de la Nation de tout pouvoir de décision budgétaire et mieux conformer les dépenses de l'Etat, des collectivités territoriales et de la protection sociale aux normes des pactes de stabilité et de l'euro plus, aux injonctions de la BCE et des marchés financiers.


    -  Il faut en finir avec les baisses de cotisations sociales patronales au nom de la compétitivité (et de l'emploi qui en dépendrait). Nous voulons, pour accroître l'efficacité sociale des entreprises, non pas  baisser  les  "charges  sociales",  comme  le  préconisent  la  droite  et  le  PS,  mais  pérenniser  un financement  efficace  de  la  protection  sociale  et  baisser  les  charges  financières  des  entreprises (intérêts payés sur les crédits).
     
    Pour cela, nous proposons:
    -   De réformer le calcul des cotisations sociales pour accroitre durablement leurs recettes: Leur taux serait modulé de façon à décourager la croissance financière, les politiques salariales regressives et à encourager la création d'emplois et de formations correctement rémunérés;


    -   De dédier à un Fonds  national de sécurisation de l'emploi et de la formation les quelque 30 milliards  d'euros  d'argent  public  aujourd'hui  utilisés  à  baisser  les  "charges  sociales".  Cet argent  servirait  à  prendre  d'autant  plus  en  charge  les  intérêts  payés  aux  banques  par  les entreprises  sur  leurs  crédits  pour  l'investissement  matériel  et  de  recherche  que  celui  ci programmerait  plus  d'emplois,  de  formations  correctement  rémunérés  et  de  progrés écologiques.


    -   Décentralisé au niveau régional, ce Fonds national serait partie prenante d'un pôle bancaire et  financier  public  à  partir  de  la  Caisse  des  dépôts,  des  autres  institutions  financières publiques ou semi-publiques et de banques re-nationalisées. Ce pôle aura pour mission de développer,  sous  contrôle  social,  un    nouveau  crédit  pour  l'investissement  des  entreprises dont le taux d'intéret serait d'autant plus abaissé, jusqu'à devenir nul, voire négatif, que cet investissement programmerait plus d'emplois et de formations correctement rémunérés.  


    Tout cela permettra un vigoureux essor de la croissance des richesses réelles et, donc, des recettes publiques en impôts et cotisations, tandis que reculerait la spéculation en France.   
     c)- On peut faire appel à la création monétaire de la BCE:  
    C'est ce que font aujourd'hui la FED et la Banque d'angleterre, à la différence de la BCE. Mais elles le font pour soutenir les dépenses d'armement, les cadeaux fiscaux aux riches, les profits financiers des banques et des groupes, les placements financiers,la spéculation...  
    La BCE a été contrainte de transgresser ses propres dogmes monétaristes, sous le poids de la crise. Désormais,  elle  rachète  des  titres  de  dette  publique  des  Etats  en  difficulté,  mais  pas  directement auprés  d'eux  sur  le  "marché  primaire",  ni  pour  aider  au  développement  des  dépenses  de  services publics et pour la croissance réelle. Elle les achète sur le "marché secondaire", auprés des banques qui  détiennent  ces  titres  afin  de  continuer  la  course  folle  à  l'endettement  sur  les  marchés financiers...où les banques achètent les nouveaux titres de dette publique émis à taux d'intérêt élevés avec, notamment, l'argent que leur prête la BCE à 1%!  
    Il  faut  absolumentr  que  la  création  monétaire  de  la  BCE  serve  à  une  vigoureuse  relance  des dépenses sociales et pour les services publiques.  


    3 – Comment faire?  


    a) – Des mesures immédiates pour le remboursement des dettes légitimes:  


    Il est indispensable de  commencer à frapper très durement les spéculateurs et mettre à contribution les  institutions  financières  pour  commencer   à  alléger   celles  de  dettes  publiques  qui  sont « légitimes ».
    La mise en place d'une taxe Tobin sur les transactions financières est plus nécessaire que jamais. En même  temps,  il  faudrait  mettre  à  contribution,  par  un  prélèvement  spécifique,  les  banques,  les sociétés d'assurances, les OPCVM et tous les fonds spéculatifs, dans chaque pays et à l'échelle de l'Europe.  Devraient  être  particulièrement  pénalisés  les  opérateurs  qui  se  sont  assurés  contre  un risque de défaut grec (ou autre) dans un but essentiellement spéculatif. Il s'agirait, ce faisant, d'en finir avec les instruments financiers du type des « CDS » (Credit default swap).Les fonds publics ainsi collectés devront être affectés à une réduction de la dette publique grecque.  


    En  même  temps  qu'il  faut  refuser  tout  plan  d'austérité  en  France  et  en  Europe  et,  au  contraire, augmenter les dépenses pour les services publics, il faut exiger que la création monétaire de la BCE soit sollicitée à cette fin.   
    Ça suffit cette BCE qui n'a de compte à rendre à personne et qui se permet de détailler aux États en difficulté, par dessus les peuples et leurs élus, les mesures qu'ils doivent prendre!


     b) – L'enjeu majeur: créer un Fonds social et solidaire pour le développement européen:
     
    --Ni "eurobligations", ni sortie de l'euro...  


    Sortir  de  l'euro  ferait  redoubler  les  difficultés  et  la  spéculation,  exacerberait  les  rivalités  entre Européens et, au total, consoliderait la domination mondiale du dollar, pourtant elle-même en crise très profonde. Surtout, cela reviendrait à se priver de la force d'une création monétaire commune à l'échelle européenne et, alors, à se contenter de conditions de financement qui serait très limitée, à l'heure de la mondialisation, par rapport à des  pays-continent comme les États-Unis ou la Chine.  
    Le bond en avant dans le fédéralisme européen, avec notamment l'émission d'euro-obligations, ne contribuerait qu'à éloigner encore plus les centres de pouvoir des salariés, des peuples et de leurs élus,  pour  les  concentrer  au  service  de  la  domination  des  marchés  financiers.  De  plus,  les  euro-obligations  interdiraient  de  conduire  des  politiques  différenciées  selon  les  besoins  propres  de chaque  pays,  de  chaque  région.  Emises  au  nom  de  la  zone  euro  prise  comme  un  tout  elles imposeraient,  pour  garder  leur  notation,  aux  pays  les  plus  faibles  en  termes  de  productivité  de s'aligner sur les normes des pays qui dominent, Allemagne en tête, et pousserait vers une politique budgétaire unique.
     Non, l'enjeu est bien celui de commencer à rompre, de façon cohérente et pas seulement en paroles, avec cette logique qui consiste à faire accumuler de nouvelle dettes, pour tenter de régler celles en cours, en empruntant toujours plus sur les marchés financiers.  


    --Utiliser l'euro et la BCE autrement:  


    De partout on voit grandir les luttes sociales en Europe et dans le monde. Le développement récent des  mouvement  des  "indignés"  le  confirme.  Toutes  ces  luttes  cherchent  à  tatons  les  voies  de constructions  politiques  qui  permettraient  enfin  de  s'émanciper  de  la  dictature  des  marchés,  de  la course  aux  armements  et  de  disposer  des  moyens  financiers  et  des  pouvoirs  pour  imposer  des solutions conformes à leurs besoins sociaux et culturels de développement.  


    Ces luttes ont besoin de converger vers de grandes exigences formant cohérence alternative face à la cohérence des "adorateurs du veau d'or".  


    Il faut viser une autre utilisation de l'euro, de la création monétaire de la BCE, du crédit bancaire, des fonds publics nationaux et européens pour  de nouvelles interventions de solidarité européenne des  États.  Mais  cela,  non  pour  renforcer  la  domination  des  banques  et  l'hégémonie  d'un  noyau autour de l'Allemagne (fédéralisme), mais pour un développement de progrès social et un rattrapage effectif des retards de productivité des pays en difficulté.   


    Le PCF, dans le Front de gauche, et le Parti de la gauche européenne (PGE) proposent  de construire un  Fonds  social  et  solidaire  pour  le  développement  européen.  Seraient  ainsi  émis  des  titres nationaux  de  dette  publique  rachetés  par  la  BCE  à  un  taux  d'intérêt  nul  dont  les  recettes alimenteraient  ce  nouveau  Fonds.  Celui-ci  serait  chargé  de  les  répartir,  démocratiquement,  entre chaque pays, selon leurs besoins respectifs, dans le but, expressément, de développer leurs services publics  et  leur  potentiel  de  croissance  sociale  nouvelle,  en  coopération,  au  lieu  d'une  création monétaire inflationniste.  


    La dénonciation du pacte de stabilité, le rejet déterminé du pacte de l'euro +,  marcheraient alors de pair  avec  le  lancement  d'un  nouveau  pacte  pour  une  croissance  sociale,  écologique  et  solidaire européenne.


     il s'agirait, inséparablement, de réorienter la politique monétaire de la BCE dont le contrôle devrait être assuré par les parlements européen et nationaux, au lieu de l'indépendance actuelle au service de la domination des marchés financiers. Le taux d'intérêt auquel elle assure le refinancement des banques ordinaires devrait être modulé: il devrait être d'autant plus abaissé, jusqu'à être nul, voire négatif,  que  les  crédits  que  la  BCE  refinance  servent  à  des  investissement  programmant  plus  de  d'emplois et de formation correctement rémunérés. Ce taux d'intérêt serait, par contre, d'autant plus relevé  que  les  crédits  à  refinancer  serviraient  à  spéculer,  délocaliser  ou  diminuer  les  masses salariales.
     
    c)- Une affaire mondiale et pas seulement européenne:  


    Il  faut  en  finir  avec  la  dictature  des  agences  de  notation  privées  pour  le  compte  des  marchés financiers  et  la  spéculation.  Cela  nécessite    une  profonde  transformation  du  système  monétaire international dans le cadre d'une nouvelle conférence mondiale qui serait au moins de la portée de celle de Bretton Woods de 1944.   


    L' Europe peut jouer un rôle majeur dans ce sens, de concert avec sa propre transformation, à l'appui des luttes:   


    -   En se tournant vers les besoins énormes de développement du monde arabe en révolution et
    de l'Afrique sub-Saharienne avec un nouveau plan de type Marshall sans domination;


    -    En  se  rapprochant  des  pays  émergents  pour  faire  reculer  le  rôle  du  dollar  et  aller  vers  la création  d'une  monnaie  commune  mondiale  de  coopération,  à  partir  des  droits  de  tirage spéciaux (DTS) du FMI, comme l'envisagent désormais explicitement la Chine, la Russie, la CNUCED...  et  d'une  refondation  des  institutions  monétaires,  financières  et  commerciales internationales.


    votre commentaire
  • "Un écroulement de l'Italie amènerait inévitablement à la fin de l'euro", avertissent le président français et la chancelière allemande. 

    La chancelière allemande Angela Merkel , le président français Nicolas Sarkozy et le chef du gouvernement italien Mario Monti le 24 novembre 2011 à Strasbourg
 (c) Afp
    La chancelière allemande Angela Merkel , le président français Nicolas Sarkozy et le chef du gouvernement italien Mario Monti le 24 novembre 2011 à Strasbourg (c) Afp

    Le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel ont dit jeudi à Strasbourg au chef du gouvernement italien Mario Monti qu'un "écroulement de l'Italie amènerait inévitablement à la fin de l'euro", a indiqué vendredi le gouvernement italien.

    Le président français et la chancelière allemande ont "réaffirmé leur soutien à l'Italie, se disant conscients qu'un écroulement de l'Italie amènerait inévitablement à la fin de l'euro, provoquant un arrêt du processus d'intégration européenne aux conséquences imprévisibles", selon un communiqué de la présidence du Conseil italien publié à l'issue d'un conseil des ministres.

    Lors du mini-sommet qui a réuni jeudi les trois dirigeants à Strasbourg (est de la France), Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont par ailleurs exprimé leur "confiance" en Mario Monti et leur "conviction de l'engagement" de l'Italie "dans l'effort commun destiné à trouver des solutions à la grave crise financière et économique de la zone euro", a ajouté le gouvernement italien.

    Les engagements de Monti

    De son côté, Mario Monti a confirmé l'objectif de l'Italie d'atteindre l'équilibre budgétaire en 2013, comme il l'a indiqué jeudi à la presse, et a assuré que Rome adopterait "rapidement" des mesures pour relancer une croissance en panne.

    Le conseil des ministres a d'ailleurs déjà "entamé la discussion pour identifier le parcours à entreprendre, le plus rapidement possible, en vue de définir l'enveloppe de mesures à adopter", a encore indiqué le gouvernement.

    L'Italie a payé cher vendredi l'enlisement de la crise dans la zone euro avec des taux d'emprunt qui ont bondi à des niveaux record lors d'une émission de dette, au lendemain du mini-sommet de Strasbourg qui a déçu les marchés, Angela Merkel n'ayant rien cédé sur la question d'une implication plus large de la Banque centrale européenne (BCE) pour tenter de juguler la crise.

    Le Nouvel Observateur - AFP

    Sur le même sujet

    votre commentaire
  • REUTERS/AMANDA ANDERSEN

    La crise de la dette dans la zone euro a contraint la France, et plus encore l'Espagne, à payer jeudi 17 novembre le prix fort pour emprunter sur les marchés. La journée a commencé dans la tension avec de nouveaux records sur le marché des emprunts d'Etat. Plusieurs pays de la zone euro, dont la France et l'Espagne, ont confirmé jeudi leur décrochage avec l'Allemagne, seul Etat de l'Union monétaire à inspirer encore vraiment confiance.

    L'écart des taux d'intérêt entre la France et l'Allemagne d'une part et l'Espagne d'autre part s'est encore élargi jeudi matin, juste avant que Paris et Madrid se présentent sur les marchés pour lever plus de dix milliards d'euros.

    En fin de journée, l'écart de taux entre la France et l'Allemagne se réduisait à 174,4 points de base.
    Le taux à 10 ans de la France, qui évolue en sens inverse du prix des obligations, se repliait à 3,625 % contre 3,699 % mercredi. Le Bund allemand s'échangeait dans le même temps à 1,890 % contre 1,813 % la veille.

    "PAS DE DÉFIANCE"

    La France est parvenue à emprunter près de sept milliards d'euros sur cinq et deux ans, mais la deuxième économie de la zone euro a payé cher. Le taux est toutefois resté raisonnable, ce qui a quelque peu rassuré les marchés. D'autant que la demande a été au rendez-vous aussi bien en France qu'en Espagne, signe que les investisseurs n'ont pas totalement perdu confiance.

    Il n'y a "pas de défiance vis-à-vis de la France et l'adjudication de ce matin s'est déroulée normalement, notre offre de titres a été sursouscrite", a affirmé le ministre des finances français François Baroin.

    >> Pour comprendre les mots de la finance, consulter ce lexique

    La tension s'est donc relâchée quelque peu, l'écart de taux entre la France et l'Allemagne, qui avait dépassé les 200 points de base en début de journée, se resserrant ensuite à 175. Les Bourses sont toutefois restées dans le rouge, tout au long de la journée, terminant toutes en baisse mais avec des pertes limitées. Paris, plus forte baisse en Europe, a ainsi cédé 1, 78 % en clôture.

    SEUIL DANGEREUX POUR L'ESPAGNE

    L'Espagne a quant à elle réussi son pari, mais au prix fort. Elle a emprunté 3, 5 milliards d'euros sur dix ans à un taux record frôlant les 7 %, un seuil considéré comme dangereux par les analystes. Pour mémoire, l'Allemagne emprunte sur dix ans au taux de 1, 8 %.

    "L'Espagne se rapproche de la zone de sauvetage", réagissait le journal El Pais, exprimant un sentiment généralisé dans la presse espagnole. Faux, a rétorqué la ministre des finances espagnole, Elena Salgado, réfutant l'idée que son pays ait besoin d'une aide de la Banque centrale européenne.

    Mais face à cette hausse très nette du coût du refinancement de la dette espagnole, le chef du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, a exigé une "réponse immédiate" de l'Europe face à ces turbulences : "Ce que nous voulons, ce n'est pas qu'un, deux ou trois gouvernements prennent les commandes, mais que l'Europe le fasse."

    http://www.lemonde.fr/


    votre commentaire
  •  

    C'est la crise du capitalisme !

    D'après la majorité des médias, des économistes et des gouvernements, la crise actuelle est une crise financière, qui se serait par la suite étendue à l'économie « réelle ». Avec ce type d'analyse on ne saisit, toutefois, que la forme sous laquelle la crise s'est manifestée. On en ignore cependant le contenu, qui réside dans les mécanismes d'accumulation du capital. En effet, les crises sont un révélateur qui fait apparaître les contradictions du mode de production actuel.


    Parmi ces contradictions, la principale est celle entre production et marché. L'objectif des entreprises est de produire pour réaliser des profits et, à cette fin, ils réduisent les coûts des marchandises de façon à augmenter leurs marges, c'est-à-dire la différence entre les coûts de production et les prix. La réduction des coûts de production passe par la réalisation d'économies d'échelle, c'est-à-dire par la production de masse de marchandises toujours plus importantes dans le même temps de travail. C'est en vue de cet objectif que des technologies et des machines toujours plus modernes sont introduites à la place des travailleurs, et que les rythmes et l'intensité de travail sont augmentés. Dans l'absolu, il s'agit de quelque chose de positif, puisque le développement de la productivité met à disposition des travailleurs une masse de marchandises plus importante dans une période de temps plus réduite. Le problème, c'est que la production capitaliste n'est pas dirigée vers les simples consommateurs mais vers les consommateurs en mesure de payer un prix adéquat en vue d'atteindre le profit espéré, c'est-à-dire vers un marché. C'est là qu'est tout le problème: la production capitaliste est une production qui s'accroît sans se soucier du marché, c'est-à-dire de la capacité à acheter les marchandises produites. De plus, étant donné que le profit est dû au travail non payé des travailleurs, la réduction relative de ces derniers par rapport au capital global employé provoque une chute du taux de profit, qu'on cherche à compenser à travers l'augmentation de l'exploitation et en produisant ensuite un nombre plus grand de marchandises.

    Tout cela implique que la production tend toujours à excéder les capacités d'absorption du marché, déterminant un déséquilibre permanent entre les capacités productives et l'étroitesse du marché.


    Une étroitesse qui est justement accentuée par le mécanisme qui remplace la force de travail par des machines et qui, par la suite, provoque l'expulsion des travailleurs du processus de production. Selon une étude de la Banque des règlements internationaux, des années 1980 à aujourd'hui, dans tous les principaux pays industrialisés, il y a eu un déplacement dans le partage du PIB des salaires vers les profits.

    1 – SURPRODUCTION ET CRISE

    Mais la chose la plus intéressante dans l'étude de la BRI, c'est que la cause de ce phénomène est localisée, non dans la concurrence des travailleurs des pays « en voie de développement », mais dans l'introduction de nouvelles technologies qui, chassant des travailleurs et détruisant l'organisation du travail, réduit les capacités de résistance et de négociation des travailleurs. De cette manière, on en est arrivé à la perte de pouvoir d'achat pour les salariés et les travailleurs se sont trouvés à contraints à travailler plus avec comme effet de réduire encore plus la demande de force de travail et d'aggraver le chômage. Par ailleurs, les nouvelles technologies ayant une forte composante informatique, qui devient obsolète plus rapidement, les restructurations sont devenues plus fréquentes. Donc, tandis que d'une part on multiplie l'offre de marchandises sur le marché, d'autre part on réduit la demande, qui en majeure partie est constituée par les travailleurs salariés, ou, dans le meilleur des cas, on ne permet pas à la demande d'augmenter dans les mêmes proportions que l'offre. Du reste, dans l'anarchie de la concurrence, quoique oligopolistique, qui règne dans le mode de production capitaliste, tout capitaliste individuellement, pour battre ses concurrents, tend à réaliser des économies d'échelles toujours plus grandes et à réduire les salaires de ses travailleurs, en les traitant comme des coûts à réduire plutôt que comme des acheteurs potentiels. Se produit ainsi une tendance à la surproduction de marchandises qui, trouve ses racines dans la surproduction de capital sous la forme des moyens de production. Ce qu'il est important de comprendre, toutefois, c'est que la surcapacité productive est telle dans le mode de production capitaliste, que l'on ne produit que quand on est sûr de réaliser un profit, et que la surproduction de marchandises se comprend dans les limites du marché capitaliste.

    2 – LE CAS SYMPTOMATIQUE DE L'AUTOMOBILE

    La crise ne marque pas une cassure dans le cours normal de l'économie, c'est la manière violente par laquelle le capital tente de résoudre ses contradictions. En effet, les crises ne voient pas seulement des milliards de capital fictif partir en fumée dans les krachs boursiers, mais provoquent aussi une destruction de capital réel à travers la perte de valeur des marchandises, qui s'accumulent invendues dans les dépôts ou sont vendues à perte (aux États-Unis on en est arrivé à vendre deux voitures pour le prix d'une), et des moyens de production, qui restent inactifs ou sous-utilisés. Les crises, ensuite, détruisent de la force de travail à travers les licenciements et, en provoquant la mort des entreprises les plus faibles et leur absorption de la part des plus fortes, aboutissent sur la concentration de la production entre les mains de capitalistes toujours moins nombreux.
     
    C'est seulement à ce prix que l'on crée les conditions pour que la production soit de nouveau profitable et puisse être relancée, reproduisant toutefois les conditions qui feront que la crise se répétera par la suite et sur une base plus large.
     
    Le cas de l'automobile est symptomatique. Il s'agit d'un secteur qui a toutes les caractéristiques typiques de la grande industrie: une grande concentration progressive, et une augmentation toujours plus forte de la composante technologique par rapport aux travailleurs employés. Un secteur dans lequel « la surcapacité productive est un problème général ». Aux États-Unis, en effet, la production de 2009 correspondra seulement à 45% de la production potentielle, soit 5 millions d'auto en moins par rapport à 2007. Selon CSM Worldwide, l'utilisation des usines des douze premières entreprises mondiales, déjà descendue à 72,2% en 2008, baissera en 2009 jusqu'à 64,7%. Les conséquences seront lourdes même pour les entreprises leaders sur le marché, les allemandes et les japonais: en Allemagne on a licencié les travailleurs précaires (4500 chez Volkswagen), alors que le temps de travail hebdomadaire (et le salaire) a été réduit pour les deux-tiers des travailleurs stables de Volkswagen et en février et mars pour 26 000 travailleurs de la BMW, au Japon, de son côté, Nissan a planifié 20 000 licenciements. La situation est encore pire pour les entreprises américaines, parmi lesquelles GM et Chrysler qui seraient déjà en faillite sans les 14 milliards de dollars injectés par le gouvernement. GM, en particulier, prévoit la fermeture de quatre des vingt-deux usines états-uniennes et 31 000 licenciements. Pourtant tout cela se déroule à la fin d'un processus dans lequel les trois majors de Detroit ont augmenté leur productivité. Selon le rapport Harbour, les majors de Detroit ont réduit l'écart avec les usines japonaises en Amérique en terme de temps nécessaire à la production d'un véhicule en passant de 10,51 heures en 2003 à 3,5 heures en 2007.

    Du reste, la crise de 1929 a aussi été précédée par une période de forte augmentation de la productivité, tout comme elle a été déclenchée par un krach financier.
     
    En effet, ce fut justement dans les années 20, qu'avec le fordisme, a été introduite la chaîne de montage. A partir des années 80, le fordisme a été adapté, devenant le toyotisme, qui, en flexibilisant le processus de production, a tenté de résoudre la contradiction entre marché et production. Le résultat de tout cela, c'est que les véhicules invendus, seulement dans les usines américaines, ont atteint fin janvier 2009 les trois millions, l'équivalent de 116 jours de vente aux niveaux actuels. Cela prouve que, dans les limites des rapports de production capitalistes, pour résoudre la contradiction entre production et marché, aucune technique managériale n'est suffisante. Que prévoit-on pour répondre au problème de la surproduction? Le cas états-unien est encore une fois symptomatique. Au-delà des licenciements et de la semaine courte de 4 jours (working sharing), on prévoit un alignement de toutes les entreprises américaines sur les pires conditions salariales et sociales en vigueur dans les usines japonaises aux États-Unis.

    Ensuite, cette crise aussi, comme les autres et même plus, étant donné sa gravité, dévorera ses victimes et marquera le début d'une série de fusions-acquisitions à l'avenir.
     
    Dans le marché mondial de l'automobile il y aurait de la place seulement pour cinq ou six producteurs qui pourraient arriver aux cinq millions de voitures produites (par an), indispensables pour réaliser les économies d'échelle minimales. Et c'est Fiat justement qui se distingue par son activité, s'agitant dans plusieurs directions, des joint ventures avec l'indien Tata, qui est entré aussi dans le capital de Fiat, à l'acquisition possible de la Chrysler, en passant par la fusion invoquée avec Peugeot. La crise donnera ensuite un coup de pouce à l'internationalisation de la production, pour réduire les coûts et se rapprocher des nouveaux marchés, porteur de débouchés potentiels. Déjà aujourd'hui, Ford et GM produisent aux États-Unis moins de 32% de leur production globale, tandis que Fiat, Renault, Volkswagen produisent dans leurs pays d'origine respectivement seulement 34,9%, 34,7% et 33,6% de leur production totale. Ceux qui paieront seront, quand même, toujours les travailleurs avec la perte de leur emploi et avec la réduction des salaires.

    3 – LE LIEN ENTRE SUR-PRODUCTION ET FINANCE

    Opposer dans un contexte capitaliste, l'économie « financière » et « réelle » n'a pas de sens et c'est se fourvoyer.
     
    L'énorme développement du crédit et des marchés financiers trouve son origine dans le succès de la grande industrie, qui a besoin de capitaux monétaires toujours plus grands à investir. La mondialisation de la concurrence, les fusions et les acquisitions, le gigantisme des entreprises, nécessaires pour réaliser des économies d'échelle toujours plus grandes, aboutit à l'augmentation continue de la demande de crédit et à l'accroissement de la taille des banques. Bien que les crises ne soient pas causées par le crédit et la finance, il existe un lien très étroit entre crise et crédit. Un tel lien se tient dans le fait que le crédit favorise et accélère la tendance à la surproduction de capital et de marchandises. Le crédit, en effet, permet à la production de s'accroître d'une manière qui ne serait autrement pas possible. Dans le même temps, les banques, en concentrant entre quelques mains l'épargne de la société et en la transformant en un investissement, font prendre un capital même une forme « sociale », favorisant la séparation entre la direction et la propriété. Se crée ainsi une production privée sans propriété privée et une nouvelle aristocratie financière et de top-manager, super-payée, indifférente aux limites du marché, et encline aux investissements très risqués, au parasitisme et à la spéculation.

    De cette manière, se développe la tendance aux monopoles et à la surproduction générale chronique.
     
    L'industrie actuelle se trouve depuis des décennies dans une situation de surproduction, à laquelle on a répondu en favorisant le crédit facile et donc l'endettement, tant du côté de l'offre, c'est-à-dire des entreprises, que du côté de la demande, c'est-à-dire des consommateurs/acheteurs. Pendant des années avec l'approbation des gouvernements américains, la FED a maintenu le coût de l'argent à des niveaux très bas, poussant les banques à prêter même aux agents potentiellement non-solvables. En particulier, on a incité à l'achat de maisons, car la propriété immobilière fournissait une garantie pour l'achat de biens de consommation comme l'automobile. On a accordé des prêts à presque tout le monde, et aussi à ceux qui n'avaient ni travail ni propriété, ce qu'on a appelé les prêts subprimes. La spirale de l'endettement s'est autoalimentée, grâce à la libération des marchés financiers et à la suppression des barrières et des règles introduites après la crise de 1929, et les prêts ont été titrisés en titres – les fameux dérivés – vendues aux banques du monde entier. La spéculation s'est étendue à la titrisation des assurances sur les dérivés des prêts, les credit default swaps (CDS), qui ont atteint le chiffre astronomique de 45 000 milliards de dollars. De plus, d'autres formes d'incitation à l'endettement ont été introduites comme les cartes de crédit revolving. Au fond, la demande de biens de consommation a été dopée, fondant sur des bases en argile l'expansion économique consécutive à la crise de 2001.

    Aux États-Unis et au Royaume-Uni, l'endettement des familles en 2007 avait atteint les 100% du PIB. Entre-temps les engagements financiers des banques avaient augmenté jusqu'à la démesure: les banques européennes pour chaque euro de capital en caisse avaient accordé 40 euros de prêts, les banques américaines encore plus.
     
    Tout cela ne pouvait pas duré et en effet cela n'est pas tenable. Quand la bulle immobilière a atteint son pic, en 2007, et qu'elle a éclaté, les habitations ont perdu jusqu'à 40% de leur valeur et leurs propriétaires ne sont plus arrivés à faire face à leurs prêts. Le système financier international s'est rendu compte qu'il avait dans le ventre des milliards de titres qui n'avaient pas plus de valeur qu'un bout de papier, auxquels s'ajoutait la masse des CDS, qui auraient pu l'emmener à son écroulement. De nombreuses banques, forcées d'inscrire les pertes dans leurs comptes, sont tombées en faillite, ont été achetées ou sauvées par l'État, et des centaines de milliards de capitalisation en bourse sont partis en fumée. En outre, l'incertitude sur la solvabilité des banques a mené à la paralysie du marché interbancaire et à la contraction du crédit, avec des conséquences dévastatrices pour les entreprises, déjà lourdement endettées et aux prises avec les nécessités de l'internationalisation, de la réorganisation de la production et du financement du crédit à la consommation.

     
    4 – FAILLITE DU MARCHE ET INTERVENTION DE L'ETAT

    La surproduction qui étrangle l'économie est désormais générale. En effet, selon la Banque mondiale, à la réduction, pour la première fois depuis 1945, du PIB mondial il faut ajouter la contraction du commerce mondial la plus importante des 80 derniers années, depuis celle de la grande Dépression des années 30. L'organisation internationale du travail prévoit entre 18 et 30 millions de chômeurs en plus, 50 dans les pires prévisions.

    La crise a ainsi démontré de manière patente la faillite des capacités régulatrices du marché.

    Significative a été la rapidité du coup de barre donné vers l'intervention de l'État, à partir justement des deux pays leader de la « révolution » néolibérale, les États-Unis et la Grande-Bretagne, et l'ampleur de l'intervention, surtout en faveur du crédit. Aux États-Unis, le programme d'aide fédéral, le Tarp, a déjà utilisé 294,9 milliards de dollars, dont 250 milliards pour la recapitalisation des banques, sur une somme totale allouée de 700 milliards, et Obama projette déjà d'allouer une somme supplémentaire de 2 000 milliards. En Grande-Bretagne, l'État a acheté la Bearn Stearns, 60% de la Royal Bank of Scotland et 40% de Lloyds-Hbos, tandis que l'Allemagne, qui a déjà donné 90 milliards à Hypo et a acquis 25% de la Commerzbank, elle a approuvé une loi qui permet l'expropriation par l'État des banques en difficulté. Mais, étant donné que ces mesures ne suffisent pas à remettre en route le marché interbancaire ainsi que les prêts aux entreprises et aux familles, l'État a assumé directement le rôle de bailleurs de fonds, sans véritable espoir de retour sur investissement, des entreprises. Au Japon, l'État a sorti 13 milliards d'euros, grâce auxquels il entrera éventuellement dans le capital des entreprises. En particuliers, on a assisté à une course pour venir à la rescousse des producteurs nationales d'automobile, des 14 milliards de dollars donnés à GM et Chrysler aux 7 milliards d'euros accordés à Renault et PSA, dont une partie ira aux branches de ces entreprises qui financent les achats à crédit. Des choix qui tous, avec la réduction pratiquement à zéro des taux d'intérêts pratiqués par de nombreuses banques centrales comme la Fed, démontrent qu'on cherche la solution à la crise dans des directions déjà empruntées, et qui ont déjà mené à l'échec, comme l'endettement et le protectionnisme, redevenu tout à coup devenu à la mode avec le « achetez américain ». L'ensemble des ressources mises sur la table par les États-Unis atteint les 8 000 milliards de dollars, soit 54% de leur PIB. Si nous pensons que les États-Unis ont dépensé 3 600 milliards de dollars dans toute la Seconde guerre mondiale et, qu'en 1944, leur dépenses militaires atteignaient 36% du PIB., nous avons une idée de la partie qui se déroule. L'augmentation des dépenses étatiques fera exploser le déficit public, qui aux États-Unis dépassera cette année la barre des 10% et sera compris au Royaume-Uni entre 6 et 8%, tandis que l'Allemagne, la vertueuse, verra son déficit public à son maximum depuis 1945.

    La croissance gigantesque des dettes publiques, déjà creusées aux États-Unis par des décennies de subventions aux entreprises et de dépenses militaires, conduira à la hausse des impôts, tandis que l'augmentation des émissions de bons du Trésor, unique investissement refuge restant, a déjà conduit à la baisse des revenus pour des millions de petits épargnants.

    Dans le même temps, le prix des credit default swaps sur les bons publics a augmenté, signe des craintes du marché sur la solvabilité de nombreux états. Tandis que les États-Unis, grâce au dollar, tentent de continuer à décharger le financement de leur énorme dette sur l'étranger, de nombreux pays périphériques, surtout en Europe de l'est, pris dans les difficultés de la récession, risquent une banqueroute qui aurait des contrecoups très lourds sur les banques européennes et sur l'euro.

    5 – CONCLUSION: PLANIFICATION ET REDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL

    Si l'échec du marché est désormais évident pour tous, moins évident est l'échec tout aussi grand de la propriété et de la production privée. En Italie, par exemple, nous assistons au paradoxe apparent de ceux qui, le patronat en tête, demandent et obtiennent l'intervention de l'État sous forme d'aides et continue à exiger la poursuite de la politique de privatisation, par exemple des services publics.
     
    En fait, c'est justement dans les moments de difficulté que le capital se réfugie le plus dans les rentes de monopole, en dehors de toute concurrence. Dans tous les pays, le préalable à toutes les aides publiques accordées, c'est que l'État, même dans le cas où celui-ci deviendrait majoritaire dans une banque ou dans une entreprise, reste rigoureusement en dehors de leur gestion, peut-être en achetant des actions sans aucun droit de vote. Déjà l'expansion du crédit avait mis à disposition du privé le capital social (l'épargne de la collectivité), faisant de la production privée une production sans propriété privée. Aujourd'hui que l'État finance les banques privées ou fournit directement aux entreprises le capital employé, la propriété prend encore plus un caractère social. S'accroît donc la contradiction entre le caractère toujours plus social de la production et de la propriété et l'appropriation privée du produit de cette production, qui se concentre entre des mains toujours moins nombreuses.

    Du reste, avec seulement cinq entreprises automobiles qui se partagent le marché mondial peut-on encore parler de propriété privée? Il s'agit d'une production qui en réalité s'est déjà presque socialisée.
    Nous avons plutôt une production privée sans propriété privée, et qui se sert de l'État comme d'un distributeur qui concentre le capital de toute la société. La crise ne se résout pas avec toutes ces aides aux entrepreneurs privés ou en injectant des masses d'argent dans le puits sans fond de l'insolvabilité de banques qui continuent à ne pas prêter d'argent. La crise se résoudra seulement si on s'attaque à ses racines, qui se trouve certainement pas dans les revenus des super-managers.

    En premier lieu, cela n'a pas de sens de maintenir le caractère privé de la production, quand les capitaux sont publics.
    L'anarchie irrationnelle de la concurrence et le déséquilibre permanent entre production et circulation des marchandises demeureraient, au détriment des travailleurs/contribuables.

    De telles contradictions peuvent seulement être résolues par une coordination d'ensemble, la planification de l'économie de la part de la collectivité, selon les priorités de la société et de l'environnement, et en commençant par la renationalisation des banques et des services publics. Ensuite, il faut s'attaquer à la contradiction entre le développement des forces productives et rapports de production. Les découvertes technologiques, et l'énorme augmentation de la productivité qui en a découlé dans les dernières décennies, peuvent permettre de réduire le temps de travail plutôt que de mettre des travailleurs au chômage. Mais cela ne peut se faire que si le temps de travail est réduit pour le même salaire, libérant ainsi des besoins et la possibilité de les satisfaire, et élargissant ainsi les limites du marché. S'il est vrai que la crise libère les monstres de la xénophobie et de l'autoritarisme et que la dépression de 1929 a ouvert la voie aux fascismes, cette même crise a aussi entraîné des réactions à gauche. Aux États-Unis en 1932 le sénateur Black, opposé au working sharing, qui redistribuait seulement la pauvreté et non le travail, a proposé une loi pour la réduction du temps de travail à 30 heures, qui fut seulement vaincue par l'opposition commune de Roosvelt et des entrepreneurs. Ce fut au contraire en France qu'en 1936, en pleine crise, fut approuvée une loi pour les 40 heures, qui a porté, pour le même salaire, le temps de travail annuel de 2496 à 2000 heures.

    La différence entre les États-Unis et la France c'est, qu'à l'époque, en France, était au pouvoir ce grand exemple d'intervention et d'action politique des travailleurs que fut le Front Populaire. Une expérience politique sur laquelle, mutadis mutandis, il vaudrait la peine de réfléchir. Aujourd'hui, en conclusion, face à une crise exceptionnelle qui met en évidence la faillite de tout un mode de production, le fantôme que l'on a voulu exorciser dans les derniers vingt ans redevient d'actualité, le socialisme. La possibilité de répondre à la crise économique et à la crise politique de la gauche passe ainsi par la capacité de proposer un projet pour une organisation alternative de la société et de l'économie.

    Publié par LE RACO MARSEILLE


    votre commentaire
  • Lors d’un déplacement à Morzine, le premier ministre, François Fillon, a estimé qu’une réduction de la dette passera nécessairement par une baisse des dépenses. Le gouvernement doit rendre public lundi un nouveau plan d’austérité.

    François Fillon s’est montré clair ce samedi à Morzine : il n’y a pas d’alternative à la réduction de la dette publique. Et celle-ci ne sera possible qu’en réduisant les dépenses publiques. Alors que les derniers arbitrages concernant le nouveau plan d’austérité sont rendus ce week-end à l’Elysée, avant sa présentation lundi, le premier ministre a affiché la couleur. Crise de la dette oblige, le budget de l’Etat pour 2012 sera « le plus rigoureux depuis l’après-guerre ».

    « L’heure de vérité a sonné, a-t-il mis en garde. Il n’est pas utile de s’en prendre aux agences de notation, aux banquiers, aux spéculateurs ou à je ne sais quel bouc émissaire, pas utile de faire croire qu’il y a des trésors cachés pour financer nos dépenses publiques. […] Il n’y a pas d’autre recette pour réduire l’endettement que de réduire la dépense », a estimé François Fillon.

    L’essentiel des 6 à 8 milliards d’euros que le gouvernement doit trouver pour atteindre son objectif de déficit de 4,5% en 2012 devraient en effet être assuré par une baisse des dépenses. « Il faut dépenser moins en fonctionnement, et plus en investissement pour soutenir la croissance », a expliqué Nicoals Sarkozy le 28 octobre dernier. « Les dépenses de fonctionnement doivent continuer à être mieux gérées », a renchérit la ministre du Budget, Valérie Pécresse.

    Une nouvelle journée de solidarité ?

    Côté recettes, plusieurs pistes ont d’ores et déjà été divulguées. Selon les informations du Figaro, le gouvernement pourrait d’abord procéder à une hausse de l’impôt sur les sociétés des entreprises qui réalisent plus de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires. La recette annuelle de ce supplément d’impôt est évaluée à un milliard d’euros par an. Une hausse ciblée de la TVA est par ailleurs envisagée, qui rapporterait également aux alentour d’un milliard d’euros. Sur ce point, deux hypothèses demeurent : soit une hausse de la TVA à 7% pour l’ensemble des produits actuellement taxés à 5,5%. Soit la création d’un nouveau taux à 7%, qui viserait quelques secteurs, dont celui de la restauration.

    Enfin, le Journal du Dimanche cité par l’AFP, croit savoir qu’une nouvelle journée de solidarité pourrait être créée. Créée en 2004 sous l’impulsion de Jean-Pierre Raffarin après la canicule de 2003, il s’agit d’un jour de travail non rémunéré dont les fruits financent la prise en charge des personnes âgées et handicapées. Chaque année, cette journée travaillée fait entrer environ 2 milliards d’euros dans les caisses de l’Etat. L’hypothèse d’une nouvelle journée de solidarité avait déjà été évoquée à maintes reprises, dans le cadre du financement de la dépendance.

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/...


    votre commentaire
  • Yves DIMICOLI Commission économique
    15 octobre 2011


    Où en est-on dans la conjoncture mondiale?


    PLAN:

    1 – La reprise grippée après un été meurtrier
    2 – Pays émergents:une locomotive contradictoire;
    3 –États-Unis: face au chômage de masse durable;
    4 –Europe et France: de pire en pire;
    5- Rompre pour une autre logique.

    L’été a été meurtrier. La donne conjoncturelle bouge beaucoup. Tandis que semblent échouer toutes les tentatives de réponses capitalistes au choc de 2008 – 2009, on voit se développer un climat marqué tant par le ras-le-bol et la résignation que par l’émergence de luttes nouvelles mettant désormais en accusation la finance, les banques et même la BCE !

    Le FMI ne cesse d’envoyer des signaux d’alerte et des mises en garde. Son chef économiste, Olivier Blanchart, a reconnu1  avoir sous-estimé la gravité des facteurs de crise à l’œuvre dans le cadre même de la reprise mondiale depuis le deuxième semestre de 2009.

    Un  double  schéma,  très  mécaniste, de  rééquilibrage était  anticipé  qui  devait  conduire  à  une accélération progressive de la croissance mondiale et une résorption des tensions.

    D’abord un rééquilibrage intérieur des pays développés avec la demande privée qui devait prendre le relais de la relance budgétaire. Cela n’a pas eu lieu, dans un contexte de chômage persistant dans les pays développés, pour 3 raisons notamment :
        Pénurie de crédit bancaire ;
        Séquelles fortes de la spéculation immobilière ;
        Haut niveau d’endettement des ménages.

    Comme le relève Olivier Blanchart, en forme d’autocritique, ces facteurs « freinent en définitive la reprise beaucoup plus que nous ne l’avions prévu ».

    Le second rééquilibrage devait être extérieur : « Les pays avancés accusant des déficits extérieurs courants – tout particulièrement aux États-Unis – ont besoin, pour compenser la faiblesse de la demande intérieure d’un  accroissement de  la  demande  extérieure  ».  Était  donc  escompté un basculement de la demande extérieure vers la demande intérieure dans les pays émergents qui affichent des excédents courants, particulièrement la Chine.

    Mais ce second rééquilibrage ne se fait pas non plus ! D’où la crainte vive du FMI qui alerte sur les risques financiers de la période dans les pays avancés, en insistant particulièrement sur la gravité de la crise des dettes souveraines et la fragilité des banques en Europe .

    Simultanément, il note que les  pays émergents, «épargnés »,  pourraient cependant souffrir du ralentissement de leurs exportations et d’une volatilité accrue des flux de capitaux.


    1    FMI : Perspectives de l’économie mondiale - Septembre 2011


    I- LA REPRISE GRIPPEE APRES UN ETE MEURTRIER

    Quelles hypothèses ont été finalement retenues dans le scénario moyen du FMI ?

    la croissance mondiale va se modérer, tombant à un rythme d’environ 4 % jusqu’à la fin de 2012, contre + de 5 % en 2010.
    Le PIB réel des pays avancés connaîtrait une croissance anémique de 1,5 % en 2011 et de 2 % en
    2012, tandis que la croissance du PIB ralentirait dans les pays émergents et en développement, en liaison avec l’adoption de mesures de refroidissement face à l’apparition de contraintes de capacité.
    Cependant, la croissance des pays émergents se maintiendrait à un « rythme solide », de l’ordre de 6 % en 2012.
    Mais des risques de dégradation se développeraient à partir des pays avancés. Cela concernait, d'abord, la zone euro avec l'éventualité que la crise des dettes souveraines échappe au contrôle des gouvernements. Le FMI demande expressément à la Banque centrale européenne (BCE) de baisser son taux directeur « si les risques de dégradation de la croissance et de l’inflation persistent»...
    Mais cela concerne aussi les États-Unis où la croissance mollit sur fond de blocages politiques.
    Le FMI envisage alors un « scénario noir » : la zone euro et les États-Unis pourraient replonger dans la récession, l’activité se situant en 2012 prés de trois points en dessous des projections.

    Depuis, les demandes adressées à la zone euro n’ont cessé de s’amplifier, Christine Lagarde et Barak Obama lui-même sont montés au créneau, soit pour souligner la fragilité du système bancaire européen, soit pour demander des mesures de consolidation et de soutien de l’activité.

    On  a  assisté,  dans  ce  contexte, à  l’amorce de  grandes manœuvres, sur  fond  de  spéculations renforcées et de stigmatisation par les États-Unis et la Réserve fédérale (FED), elle-même, de la santé des banques européennes, avec le déclenchement d’un retrait massif d’Europe des sicav monétaires  américaines  (les  Fedfunds),  accentuant  les  difficultés  de  liquidités  en  dollars  des banques européennes.

    On assiste aujourd'hui à un engagement politique direct des États  beaucoup plus dur dans le débat économico-financier mondial.

    N’a-t-on pas vu se tenir, à Wroclaw (Pologne), le 16 septembre dernier, une réunion des ministres des finances européens en présence du secrétaire au Trésor des États-Unis, Tim Geithner ? Et n’a-t- on pas vu au, cours de la même réunion, américains et allemands se rejeter mutuellement la responsabilité des difficultés, les Européens se retrouvant divisés, mais cependant décidés à ne pas prendre d’initiative de relance?

    Dans la foulée, le 6 octobre, la BCE a décidé de dire « non » à la demande expresse du FMI de réduire son taux directeur alors que, cependant, tout laisse anticiper une dégradation persistante de la croissance et de l’inflation en zone euro.

    L’INSEE vient de produire son propre point de conjoncture intitulé « la reprise se grippe »2.

    Il  y est indiqué que les indicateurs disponibles en septembre signalent tous un retournement. L'institut  fait, lui aussi, une sorte d’autocritique, reconnaissant que les événements de l’été mettent à mal le scénario retenu jusqu’ici d’un rebond dans le monde au deuxième semestre 2011.

    Selon l’INSEE, l’activité a quasiment stagné dans les pays avancés au second trimestre 2011 avec une croissance de 0,1 % seulement :

    Le Japon a continué d’encaisser les effets du tsunami : -0,5 % au deuxième trimestre, après -0,9 %au premier trimestre
    Les États-Unis ont réalisé + 0,3 %, contre + 0,2 % pour le Royaume-Uni et la zone euro.
    Au cœur de cette langueur occidentale on retrouve la faiblesse de la consommation des ménages en liaison avec la levée des dispositifs de soutien de l’activité mis en place suite à la récession de 2009 (automobiles notamment) et, surtout, la persistance d’un chômage considérable
     L’INSEE relève que le commerce mondial s’est contracté de 0,6 % au deuxième trimestre 2011, pour la première fois depuis mai 2009, tandis que la montée des tensions sur les marchés interbancaires de la zone euro couplée à la chute importante des bourses mondiales affectent,dit-il, la perspective pour la fin 2011.

    Il salue le renforcement des interventions décidées par les banques centrales : L’opération « twist » de la Fed ( programme d’allongement des maturités des obligations fédérales qu’elle détient) et la reprise, par la BCE, des opérations d’achat d’obligations souveraines.

    L’ institut remarque que, depuis la dégradation brutale de l’été, le climat des affaires se situe légèrement au-dessus du seuil d’expansion aux États-Unis et au Japon, mais en dessous de ce seuil en zone euro.
    Si l’activité, outre atlantique, pourrait connaître une très légère accélération au troisième trimestre2011 (+ 04 % après + 03 %), pour revenir à nouveau à + 0,3 % au quatrième trimestre, la croissance en zone euro serait encore plus faible : 0,1 % au troisième trimestre et 0 % au quatrième avec une différenciation entre, d’un côté, l’Allemagne et la France qui résisteraient un peu et, de l’autre, l’Europe du Sud en récession, Italie et Espagne comprises.
    Quant aux économies émergentes, elles poursuivraient leur ralentissement du fait, tant du resserrement de politique monétaire, que du freinage sensible des pays développés.
    Le commerce mondial ne rebondirait pas d’ici la fin de l’année : après avoir stagné au troisième trimestre ils se replieraient au quatrième.

    Au total, le monde ne devrait pas retomber précocement en récession (double deep), même si un tel scénario n'est pas à écarter pour certains de ses sous-ensembles (zone euro ou États-unis) mais il connaitrait, tiré par l'activité des pays émergents, une croissance du PIB très lente, chaotique, avec une accentuation très forte du climat concurrentiel mondial.

    2   INSEE-conjoncture: « La reprise se grippe », octobre 2011.


    II – LA LOCOMOTIVE CONTRADICTOIRE DES PAYS EMERGENTS :


    La croissance de ces pays demeure forte, même si elle souffre :
        Des contrecoups du ralentissement des pays avancés, notamment du ralentissement de la conjoncture européenne si l’on sait, par exemple, que l’Europe est le premier débouché de la Chine devant les États-Unis ;
        Des mesures de refroidissement de l’activité prises dans nombre de pays émergents pour faire  face à  la  spéculation, immobilière notamment, aux  importations de  capitaux non désirés et à l’inflation des prix, notamment de l’énergie et des matières premières.

    Les pays émergent ont un PIB par habitant inférieur à celui des pays développés, mais ils jouissent d’une croissance du PIB beaucoup plus rapide. Ils représentaient un tiers du PIB mondial, il y a 30 ans, mais plus de 50 % aujourd’hui. Ils forment plus des 4/5 de la croissance du PIB mondial sur les cinq dernières années.
    Cela fait que, dans le contexte actuel de marasme que connaissent les pays avancés, les émergents apparaissent comme le nouvel eldorado vers lequel se ruent les capitalistes du monde entier.

    Il y a donc un fort courant d’investissements vers ces pays sous exigence de rentabilité financière tendant, en réalité, à y faire pression sur les salaires, l’emploi, les conditions de travail et les dépenses sociales.

    Cela souligne en retour combien les « réseaux capitalistiques et informationnels » ainsi créés pourraient aussi constituer la base d’accords de coopération tout à fait nouveau entre entreprises pour un co-développement des populations, grâce à des conditions de financement faisant reculer l’appel aux marchés financiers en utilisant la création monétaire3.

    L’avancée de  ces  emprises des  multinationales dans  les  pays  émergents tendrait  désormais  à développer le remplacement des hommes par des accumulations d’équipements matériels et un certain essor des salaires, en liaison avec les qualifications supérieures requises et les luttes sociales, tandis que, désormais, s’accentuent les mouvements de délocalisation vers les régions  aux plus bas salaires, à l’intérieur même des pays émergents et en développement.

    Ainsi,  ces  pays  contribueraient-il eux  aussi,  désormais,  à  la  préparation  d’une  nouvelle  sur- accumulation de capital matériel et financier à l’échelle planétaire et de son éclatement probable vers 2016 – 2017.

    Quelle conjoncture en Chine ?

    En 2009, au pire de la récession mondiale, la Chine a enregistré, elle, une croissance de 9,2 %, apportant 1,2 points à la croissance mondiale. Cela au moyen d’un grand plan de relance mettant l’accent sur le développement des infrastructures et l’injection massive de crédits par les banques locales.

    Cela a permis une très rapide expansion de l’investissement en 2009, largement encouragée par un important relâchement de la politique monétaire et des mesures d’incitation fiscale.

    En 2010, on assiste à une modération de la croissance de l’investissement public en réponse aux mesures de refroidissement décidée par Pékin face à la violente hausse des prix immobiliers et au gonflement de l’endettement des provinces et des municipalités.

    Mais cela n’a pas interrompu la dynamique d’expansion de la demande privée et l’élévation de la part des exportations chinoises dans le commerce mondial, dépassant 10 % en 2010.

    Américains et européens ne cessent d'accuser Pékin de « manipuler » le Yuan en maintenant sa valeur à des niveaux artificiellement bas. Tout récemment, on a vu Obama, lui-même, tenir un discours d’une fermeté proche de l'hostilité, déclarant que  la Chine aurait « été très agressive en jouant les échanges commerciaux à son avantage et au détriment d’autres pays, particulièrement les États-Unis »4. De plus, un projet de loi au Sénat américain entend taxer tous les produits en provenance de Chine à cause de la « sous-évaluation » du Yuan5.


    Effectivement, Pékin a choisi, entre juillet 2008 et juin 2010, d’ancrer le Yuan au dollar pour :
    -     Soutenir ses secteurs exportateurs et son emploi dans un contexte de crise mondiale et compte tenu du fait que les multinationales ont cherché à faire de la Chine l’atelier industriel du monde développé,
    -     Favoriser la stabilité financière.

    Pour autant, le Yuan ne cesse de s’apprécier progressivement depuis 2005 et, sans doute, devrait continuer de le faire. Entre juillet 2005 et juillet 2011, il a gagné 20 % contre le dollar en termes nominaux et s’est apprécié quasiment de la même ampleur en terme effectif réel6.

    Depuis juin 2010, il fluctue par rapport à un panier de monnaies de référence dont la composition demeure inconnue. Il s’est apprécié de 2,6 % par rapport au dollar entre juin 2010 et fin 2010, puis, à nouveau, de 2,6% au premier semestre 2011. Pour les Chinois il n’est pas question de procéder à une forte réévaluation.

    Cela  dit,  la  Croissance du  PIB  chinois, qui  était  de  +9,8%  au  quatrième trimestre 2010   en glissement annuel (GA), est passée à +9,7% au 1er trimestre 2011, puis + 9,5 % au deuxième trimestre. Elle devrait continuer de s’effriter au cours des quatre prochains trimestres.

    Mais tous les observateurs estiment que l’atterrissage chinois devrait continuer de se faire « en douceur », dans l’immédiat.

    En effet, en août dernier, les pays avancés s’enfonçaient dans la crise financière, mais les exportations chinoises continuaient d’afficher, elles, une belle performance (+ 25 % en GA).

    Certes, on note une tendance au ralentissement : la progression du total des exportations exprimées en dollars est passée de 31 % en 2010 à 24 % sur les huit premiers mois de 20117Et il est vrai que la Chine demeure très exposée aux variations de la demande américaine et européenne.

    Mais la demande intérieure semble demeurer solide, malgré des signes de modération en écho au resserrement de la politique économique.

    Dans les  prochains mois, sans doute, le  ralentissement de l’investissement manufacturier sera prononcé. Mais le gouvernement chinois dispose de marges de manœuvre avec une dette officielle inférieure à 20 % du PIB et des déficits publics inférieurs, eux, à 3 %, sans parler d' énormes réserves en devises (plus de 3000 milliards de dollars)

    Sans doute ces marges vont telles être sollicitées, car les capacités d’intervention des provinces et municipalités seront autrement plus limitées qu’en 2008, car elles se sont beaucoup endettées dans le cadre du plan de relance.

    On peut donc penser que, dans l’immédiat, la croissance chinoise, si décisive pour la conjoncture mondiale, va tenir. Mais, le problème tient dans les contradictions qu’elle accumule.

    Elles proviennent, fondamentalement, du fait que cette croissance est très insuffisamment créatrice d’emplois, encore beaucoup trop extravertie, et fondée principalement sur l’accumulation du capital avec un développement effectif, mais demeurant très insuffisant, des hommes8.

    Cela confirme que l’on assisterait en Chine à des débuts de changements fondamentaux par rapport à la croissance industrielle fondée sur les bas salaires.

    Les questions du passage à un autre modèle de croissance se poseraient, en effet, désormais de façon très forte, faisant saillir de nombreuses ambivalences.

    Il s’est ouvert en Chine un débat stratégique pour aller vers un modèle de croissance moins extraverti, moins dépendant des seules exportations de produits industriels vers les pays développés, avec la visée d’un équilibrage impliquant un poids plus élevé de la consommation et des services relativement à l’industrie et à l’investissement industriel, avec une sensible augmentation du marché intérieur encore si peu développé (800 millions de ruraux).

    Ce débat stratégique interne vient  se conjuguer  aux pressions considérables des dirigeants des pays avancés, États-Unis en tête, pour que la Chine relâche sa pression exportatrice industrielle et, en liaison avec une nouvelle réévaluation du Yuan et une déréglementation de son système de crédit, ouvre largement son marché intérieur aux occidentaux, notamment en matière de services avec l'énorme défi qui se profile sur les retraites et la sécurité sociale.

    Les dirigeants chinois, après avoir laissé pendant plusieurs années progresser les « forces du marché », s’être heurté à la montée de vives protestations sociales et au creusement formidable des inégalités, parlent désormais de mieux « commander » l’économie.

    Tout le problème est de savoir vers quels buts et en s’appuyant sur quelles forces sociales. Les ambivalences sont en effet lourdes9.

    S’agit-il de mieux collaborer avec le capitalisme occidental, mieux rivaliser dans les enjeux de domination mondiale ?  Ou bien, s’agit-il de commencer à  engager des  avancées vers une construction nationale beaucoup plus sociale et participer à des coopérations mondiales de co- développement ?

    L’actualité récente confirme les ambivalences.

    Cet été, après la dégradation à très forte portée symbolique, par Standard & Poor's, de la note des États-Unis, l’agence « Chine nouvelle » a déclaré que Pékin « a désormais tous les droits d’exiger des États-Unis qu’ils s’attaquent à leur problème structurel de dettes ».

    Joe Biden, vice-Président des Etats-unis, a été obligé d’aller à Pékin pour rassurer les dirigeants chinois sur le fait que les États-Unis « ne feraient jamais défaut » et s’assurer, en même temps, de  la  poursuite sans  histoire de  leur  coopération de  fait  pour  le  financement de  la  dette américaine.

    Celui-ci  est  parti,  semble-t-il  rassuré  dans  l’immédiat  et,  d’ailleurs,  on  a  vu  après  le déclassement de la dette américaine les taux à long terme, déjà si bas, continuer de baisser outre-Atlantique.

    Cependant, la demande chinoise d’une autre monnaies de réserve internationale que le dollar, à partir des DTS du Fonds monétaire international, est sur la table et trouve de nouveaux échos, alors même que les fragilités de l’euro rendent très difficiles, pour l’heure, de nouveaux efforts de diversification des réserves chinoises, lesquels privilégient, pour l'heure, le won coréen et le yen japonais.

    En même temps, on voit la Chine se montrer prête à aider la Grèce, le Portugal, l’Espagne. Est- ce pour se partager les dépouilles dans le cadre des privatisations considérables requises par le pacte de stabilité renforcée et le pacte de l’euro plus, ou est-ce pour une réorientation éventuelle de l’euro ?

    De plus, on se souvient des initiatives politiques nouvelle des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), conscients désormais de leur poids mondial et affirmant vouloir s’allier pour la promotion d’un monde multi-polaire, tandis que le Brésil s'est dit prêt à aider l’Europe à faire face à la crise des dettes souveraines.

    Le G20 de Cannes va être marqué par ces enjeux, en même temps que l’on sait que peuvent être travaillées de nouvelles divisions comme, par exemple, la sourde lutte commerciale entre la Chine et le Brésil, voire l’Afrique du Sud.

    Les États-Unis vont tout faire aussi s’opposer à un quelconque rapprochement entre l’Europe et les pays émergents qui puisse mettre en cause leur marge de jeu et relancé la polémique à propos du dollar.

    C’est dire l’énorme enjeu de travailler à un rapprochement entre l'Europe et les pays émergents et de promouvoir l’idée de monnaie commune mondiale, en faisant en sorte d’inscrire ces questions à l’agenda du débat de l’élection présidentielle de 2012 en France.

    3   P. Boccara: La crise systémique Europe et Monde, quelles réponses – Le Temps des cerises, col. ESPER, septembre
    2011. On se reportera tout particulièrement à la troisième partie du livre.
    4   les Échos du 10 octobre 2011.
    5   Le Sénat américain a en effet voté le 11 octobre dernier en faveur d’un texte de loi visant à mettre en place des droits de douanes supplémentaires sur les produits importés des pays qui, selon lui,  pratiquent un« dumping monétaire ». La Chine est clairement visée. Les responsables politiques américains estiment en effet que le yuan est maintenu faible par Pékin, pour gonfler ses exportations. Selon eux, cette politique permettrait aux marchandises chinoises d’afficher un avantage compétitif de l’ordre de 30% par rapport aux produits américains. L’adoption du projet de loi est une «entorse grave» aux règles de l'organisation mondiale du Commerce (OMC) susceptible de provoquer une «guerre commerciale», a réagi le ministère chinois des Affaires étrangères
    6   BNP Paribas: « Conjoncture Taux Change », Economic research department, octobre 2011.
    7   Ibid.
    8  P. Artus, Mistral M et V. Pagnol : L'émergence de la chine: impact économique et implications de politique économique"- Rapport du Conseil d'Analyse Economique(98), La documentation française,  juin 2011. On se reportera particulièrement au commentaire de J. Pisani-Ferry qui met en exergue une tendance à la "sur-accumulation de capital".
    9   P. Boccara, op.cit. .


    III-  LES ÉTATS-UNIS FACE AU CHÔMAGE DE MASSE DURABLE :

    La croissance a été décevante au premier semestre 2011 : après + 2,4 % au premier trimestre, elle a fléchi à + 1,8 % au deuxième trimestre (variations annuelles). Aucune amélioration ne semble en vue d’ ici à la fin de 2011.

    C’est la demande des ménages qui demeure le maillon faible. Elle n’a progressé que de 1,2 % (taux moyen trimestriel annualisé) au premier semestre 2011.

    Entre le point haut du troisième trimestre 2007 et le point bas du deuxième trimestre 2009, cette composante de la demande a perdu 5,3 %, amputant la croissance du PIB de 3,9 points. Depuis, elle n’a regagné que 3,3 % (à fin août).

    le revenu des ménages est plus que jamais dépendant du marché du travail qui demeure très hésitant. Et pour cause ! Entre le pic du troisième trimestre 2007 et le creux du deuxième trimestre 2009, ce sont 8 750 000 emplois qui ont été détruits. Et depuis, il ne s’en est créé que
    1,417 millions à fin août 2011.

    Le rapport sur l’emploi de septembre fait état d’un nouveau redressement : 103 000 emplois non agricoles ont été créés en septembre, alors que les estimations d’août et de juillet ont été révisées à la hausse.

    Cependant, la hausse de septembre n’est pas suffisante pour abaisser le taux de chômage officiel qui demeure rivé  à  9,1  %.  Il  est  estimé qu’il  faudrait au moins 150 000 créations nettes  par mois pour que ce taux diminue. De plus, on sait que si le redressement se confirme, des d’emplois chômeurs découragés viendraient à nouveau sur le marché du travail.

    La progression de l’emploi a été concentrée sur un petit nombre de secteurs d’activité du privé, tandis que l’emploi public continuait sur sa pente descendante10. L'État fédéral et, surtout, les collectivités locales, en proie à de grosses difficultés budgétaires, ont supprimé 34 000 postes en septembre selon le ministère.

    Le nombre de personnes contraintes de travailler à temps partiel, faute de pouvoir trouver un emploi à plein temps, a augmenté en septembre, de sorte que, si on les prend en compte, ainsi que les chômeurs exclus des statistiques pour raisons diverses, le taux de chômage réel a progressé de 0,3 point par rapport à août pour atteindre 16,5 %.

    Les chiffres montrent également, une fois de plus, une hausse du chômage de longue durée : sur les 14 millions de chômeurs officiellement recensés comme tels, 44,6 % l’étaient depuis plus de six mois... ce qui confirme, de ce point de vue, le rapprochement de la situation américaine avec celle de l’Europe.

    Cette persistance sans précédent d'un chômage à très haut niveau, alors même que la charte constitutive de la FED place le « plein emploi » au premier rang de ses objectifs, témoigne de la façon dont les investissements en technologies informationnelles, très économes en moyens, s'accompagnent d'une très insuffisante création d'emplois dés lors que leur but est la rentabilité financière.

    Avec un tel volant de chômeurs, les salaires demeurent paralysés. Selon le rapport sur l’emploi, le salaire hebdomadaire moyen a progressé en septembre de 0,4 % par rapport à août (mois au cours duquel il avait baissé) est de 2,1% sur un an, alors même que la hausse des prix annuels aurait été de 3,8 %.

    Cette situation sociale très dégradée jure avec la santé financière particulièrement florissante des grandes entreprises.

    Au deuxième trimestre 2011, les profits avant impôts ont atteint un niveau historique de 14,4 % du PIB, alors que, simultanément, la part de l’investissement des entreprises dans le PIB n’a été que de 9,9 % au deuxième trimestre 2011, contre une moyenne de long terme de 11,5 %.

    Les sociétés affichant des excédents de financement considérable.

    Le trésor de guerre des grandes entreprises américaines a été évalué à 1200 milliards de dollars. Trois-quarts de cette manne sont placés à l’étranger. Le reste est mobilisé pour des OPA de concert avec l’endettement : au premier trimestre 2011, le montant des OPA réalisées aux États- Unis a bondi de 124 % à 27 milliards de dollars. Ce surplus est mobilisé aussi pour des rachats massifs d’actions : au premier semestre 2011, les grandes entreprises ont racheté pour 124 milliards de dollars de leurs propres actions, soit 2 milliards par jour d’ouverture de la bourse.

    Si l’on prend l’ensemble des entreprises, le rapport entre leurs actifs liquides et leurs actifs totaux atteint 14 %, soit le plus haut niveau depuis 1985.

    Cette situation d’extrême aisance financière n’empêche absolument pas, semble-t-il, les entreprises américaines de s’endetter. Selon Money Week, leurs dettes cumulées auraient bondi au premier trimestre 2011 pour atteindre le niveau record de 7 300 milliards de dollars au 31 mars 2011, soit 100 milliards de dollars de plus qu’au début de l’année.

    Cette situation où les groupes disposent d’énormes surplus est en fait la contrepartie des très importantes économies de moyens humains et matériels permises par les technologies informationnelles et utilisée pour maximiser la rentabilité financière.

    Tout cela amène à dresser un constat d’échec relatif de la politique de relâchement monétaire
    (Quantitative easing) menée par la Fed, mais aussi des efforts de relance budgétaire d’Obama.

    Certes, la Fed a réussi à empêcher la déflation et un effondrement catastrophique de l’économie américaine. Mais, cependant, elle n’arrive pas à redresser l’activité et, principalement, l’emploi. La monnaie massivement créée par la Fed et les très bas taux d’intérêt ont servi, surtout, à alimenter les opérations financières, le levier des banques, les exportations de capitaux, la spéculation et les restructurations.

    Cela confirme le caractère pervers d’une création monétaire sans sélectivité incitative au développement des services publics, à l’essor de l’emploi, de la formation et de la masse salariale.

    En effet, dans le même temps, l’énorme dette publique accumulée, continue de se nourrir de déficits publics colossaux engendrés par les dépenses de guerre et de domination, le soutien aux banques et aux groupes, mais aussi par la très faible pression fiscale supportée par les grandes sociétés et les grandes fortunes11.

    Les efforts répétitifs de relâchement monétaire (QE1 +QE2) ont surtout encouragé de nouveaux affaiblissements du dollar, tout en augmentant la détention de bons du trésor des États-Unis par la Fed malgré la baisse de taux d’intérêt à long terme.

    Le taux de change effectif nominal du dollar est passé de l’indice 75 à la fin du premier trimestre 2009 à l’indice 62 à la fin de premier trimestre 2011 (-17,3 %) et cela pour un indice
    100 en 2002.

    Cela a entraîné une accentuation radicale de la pression concurrentielle des productions de la zone dollar sur la zone euro, incitant plus encore aux délocalisations. En même temps, cela a occasionné une perte de valeur des actifs en dollars détenus par l’étranger, notamment les créances chinoises.

    C’est dans ce contexte que s’est déroulée la partie de bras de fer sur le relèvement du plafond de la dette et la dégradation de la note des États-Unis.

    On sait sur quel accord bancal cela a débouché : Un relèvement immédiat du plafond de 900 milliards de dollars, en contrepartie d’une baisse des dépenses de 917 milliards de dollars sur 10 ans. Et une commission bi-partisane doit proposer, avant le 23 novembre 2011, quelque 1200 milliards de dollars de coupes supplémentaires. Si le Congrès adopte ses propositions, avant le
    23 décembre, le plafond de la dette sera, une fois de plus, relevé d’un montant correspondant.

    Mais  s’il  y  a  désaccord, alors  les  dépenses seraient  automatiquement diminuées de  1200 milliards de dollars (sur 10 ans) et le plafond de la dette relevé d’autant.

     Obama a adopté, dans cette épreuve de force, une position ambiguë : face aux blocages des républicains qui ne veulent pas entendre parler de hausses d’impôts, il opposerait son veto à tout projet de loi visant à réduire les prestations au titre du «medicare »12, sans hausses d’impôts des grandes entreprises et des plus riches. Donc il serait prêt à accepter une baisse de ce dispositif social.

    la Fed, dans ce contexte, commence à sembler un peu démunie. Bernanke a déclaré qu’il laisserait le taux des « Fed funds »13    à « des niveaux exceptionnellement bas (…) au moins jusqu’à 2013 » et il a procédé à un rallongement de la maturité du portefeuille des bons du trésor de la Fed, alors que de nombreux observateurs s’attendaient à un QE3.

    Les taux à long terme ont reculé de façon significative, alors même que l’on venait de connaître le psychodrame du déclassement de la notation américaine et du relèvement du plafond de la dette, ce qui aurait pu stimuler, au contraire, une remontée.

    Obama a décidé, en plus, de lancer un plan de 400 milliards de dollars au nom du soutien de l’emploi et qui contient, notamment, des mesures de réduction des cotisations sociales d’employeurs.

    Il est difficile, pour l’heure, d’évaluer son impact. Quoi qu’il en soit, il apparaît bien que les États-Unis ont absolument besoin d’une reprise de la demande mondiale susceptible de faire une large place à leurs exportations.

    Comme le relève P.  Artus, dans une de ses notes, les États-Unis vont essayer de faire en sorte de « voler » la croissance dont ils ont besoin et dont ils n’ont plus, pour l’heure, les ressorts internes suffisants.

    Le ralentissement est tel, outre-Atlantique, que l’on reparle du risque de « double deep » en 2012.

    C’est une possibilité et cela aurait des répercussions graves. Mais les prévisions disponibles pour l’heure font plutôt état d’une croissance très faible mais demeurant positive.

    Quoi qu’il en soit la perspective d’un krach des bons du trésor et du dollar se précise de plus en plus. .. sans doute à l’horizon 2016-2017, compte tenu de la croissance toujours robuste des pays émergents et de l’acceptation chinoise de continuer à racheter des bons du trésor des États- Unis.

    Tout  le  problème est  de  savoir  comment  les  rapports  de  forces  vont  évoluer  avant  cette échéance, et à cause d’elle, au fur et à mesure que l’on s’en rapprochera. Obama  a réussi pour l’heure à obtenir des Chinois qu’ils demeurent coopératifs, sur le fil du rasoir. Il est vrai que vu la crise de l’euro, ils n’ont guère d’alternative. Mais il en veut plus.

    Il exerce, simultanément, une pression de plus en plus forte sur les Européens et la zone euro de façon à ce que celle-ci s’inscrive dans la ligne stratégique américaine de capture de la croissance des autres.

    Les Américains pourront-ils être contraints de s’asseoir à une table de négociation avant que n’explose le dollar ? C’est le grand enjeu d’une nouvelle conférence monétaire, financière, commerciale et économique internationale qui devrait aller bien au-delà de Bretton-Woods.

    Il faut, dans ces circonstances, être très attentif à l’évolution de la situation sociale outre- Atlantique. Le succès remporté déjà par le mouvement « Occupy Wall Street” mettant en cause les banques et la finance est sans précédent depuis des décennies. Annonce-t-il une nouvelle phase du mouvement social aux États-Unis ?

    10 l’Expansion (7 octobre 2011).

    11 Ainsi, en 2007, les dépenses publiques représentaient 36,5 % du PIB, tandis que la pression fiscale n’était que de 35,5 %, soit un écart de un point. Mais en 2008, les dépenses publiques sont passées à 40,5 % du PIB et la pression fiscale à 32 %, soit un écart de 8,5 points du PIB.

    12 C'est le nom du filet de sécurité en matière d'assurance-santé géré, aux États-unis, par le gouvernement au bénéfice des personnes de plus de 65 ans ou disposant de faibles ressources.
    13 Taux à très court terme du marché monétaire aux États-unis.


    IV- EUROPE : EVITER LE PIRE EN PREPARANT PIRE ENCORE

    A –Retour sur les événements de l’été:

    En mai 2010, parallèlement au plan dit de « sauvetage de la Grèce », a été mis en place, face aux craintes de contagion, un Fonds Européen de Stabilité Financière (F. E S. F.).

    Les États membres de la zone euro s’étaient engagés à garantir les émissions d’emprunts de ce Fonds sur le marché financier pour un montant maximum de 440 milliards d’euros, la part maximum de chaque État étant calculée au prorata de sa participation au capital de la BCE.

    Cela ne veut pas dire, pour autant, que le F. E S. F aurait disposé ainsi d’une capacité effective de prêt de 440 milliards d’euros. En effet, les agences de notation avaient jugé que, pour que ces émissions bénéficient de la note «AAA », les montants prêtés ne devraient pas excéder   les garanties émises par les seuls États de la zone notés « AAA ». Or, ces États ne pouvaient s’engager qu’à hauteur de 255 milliards d’euros.

    Ce dispositif était censé ouvrir la voie à une résolution de la crise des dettes publiques, via donc un appel redoublé au marché financier, afin de continuer de préserver la création monétaire de la BCE de toute sollicitation par les dépenses publiques

    Or, depuis, la spéculation n’a pas cessé de mettre en cause la crédibilité du plan grec et du F. E S. F. lui-même. Le risque de contagion à l'Espagne et l’Italie, malgré le renchérissement des politiques d’austérité, a conduit au sommet extraordinaire du 21 juillet dernier.

    Il y a été pris quatre décisions importantes :

    1)  Ne pas instituer de taxation bancaire, un temps envisagé ;

    2)  Accorder un second plan d’aide publique à la Grèce de 109 milliards d’euros mais dont 50 milliards seulement étaient destinés à couvrir les besoins de financement courant de l’État grec14. Alors que, dans le premier plan de 2010, les États avaient accordé des prêts bilatéraux à la Grèce, les financements passeraient désormais par le F. E. S. F, comme pour l’Irlande et le Portugal. Il  a  été  aussi  convenu que  ces  trois  États  devaient bénéficier d’un  allongement important de la maturité des prêts (15 à 30 ans) et d’un abaissement de leur taux du niveau
    «punitif » de 5 %, exigé par l’Allemagne, au niveau du coût de financement du F. E S. F.

    3)  S’engager dans la voie d’une participation du secteur privé à ce plan d’aide. Les banques auraient à choisir entre plusieurs types d’opérations permettant l’échange (rollover) de titres de dette grecque arrivant à échéance avant 2019, contre des obligations de 15 à 30 ans à des conditions au-dessous de celles du marché. Effectuée sur une base strictement volontaire, la participation des banques du pays devait se traduire par une perte de 21 % de la valeur des titres échangés.

    4)  Renforcer les instruments dits  de « stabilité financière » : Déjà, en juin, les États membres s’étaient mis d’accord sur le fait d’accroître la capacité effective de prêt  du F. E S. F à 440 milliards d’euros et de l’autoriser à intervenir, de façon exceptionnelle, sur le marché primaire de la dette d’un pays sous assistance. Le 21 juillet, ils ont décidé d’étendre cette capacité d’action au marché secondaire de tous les États de la zone, ceux-ci ne pouvant cependant se faire que sur recommandation expresse de la BCE et après accord unanime de tous les États membres.  De  plus,  le  F.  E  S.  F.  sera  également  autorisé  à  re-capitaliser des  institutions financières d’un État en difficulté.

    Le processus de ratification parlementaire vient juste de prendre fin avec la Slovaquie que, déjà, les évènements bousculent la donne.

    1)  La Grèce ne peut pas payer...

    Cette évidence, déjà si forte au moment même de l'adoption du premier plan de sauvetage contre laquelle le PCF fut la seule force politique représentée au Parlement a avoir voté, s'impose largement désormais.

    Il est vrai qu’en 3 ans la Grèce a perdu, avec ce régime, 10 % de son PIB, comme le relève
    Jacques Delors15, tandis que sa dette souveraine est passée de 120 % du PIB en 2008 à 162 % en
    2011 !

    Mais cela ne fait que relancer la spéculation contre les banques porteuses de titres grecs, tandis que  s’accentuent  les  risques  de  contagion  aux  titres  espagnols  et  italiens  dont  les  bilans bancaires européens, français en particulier, sont bourrés.

    2)  ...D'où un risque de contagion systémique

    Ces développements ont fait perdre de plus en plus de sa crédibilité au F. E S. F tel qu’il a été renforcé en juillet 2010. Sa taille peut paraître insuffisante car les besoins bruts de financement de l’Espagne et de l’Italie sont estimés à plus de 200 et 350 milliards d’euros respectivement en
    2012.

    La crédibilité du F.  E. S. F. sur les marchés financiers recule d’autant plus que le doute désormais grandit sur la pérennité de la note «AAA » après l’alerte lancée par l'agence Moody’s sur la note de la France qui en est le deuxième pays contributeur.

    Aussi, déjà, monte de toutes parts l’appel à la recapitalisation des banques, tandis que commencent de circuler les esquisses de nouveaux plans beaucoup plus directifs sur les privatisations en Grèce allant jusqu’à demander une réplique des modalités retenues pour l’ex- RDA avec la Treuhandanstalt. Simultanément c’est tout le plan de sauvetage de l’euro qui pourrait être remis en question, tandis que, désormais Merkel et, derrière elle, Sarkozy parlent du besoin d’un « nouveau traité ».

    En réalité le plan de sauvetage du 21 juillet a en quelque sorte « ouvert la boîte de pandore » en remettant en cause le principe de l’intangibilité des dettes souveraines16.

    Au cours de l’été ce sont alors conjugués plusieurs facteurs d’inquiétude importants :
    1-  L’accentuation du risque de contagion de la Grèce jusqu’à l’Italie mise en demeure par la
    BCE, elle-même, d’adopter un super plan d’austérité , ce qui a été fait ;
    2-   La chute en bourse des banques européennes en écho à l’ampleur de leurs engagements sur l’Espagne et l’Italie ;
    3-  La dégradation par Standard & Poor's de la note «AAA » des États-Unis ce qui, malgré tout, a contribué à ébranler sérieusement des certitudes sur la solvabilité de ce pays dans l’avenir ;
    4-  Le reflux de l’Europe des fonds monétaires américains (Money Market Funds) : Au 30 juin
    2011 ils avaient 1570 milliards de dollars d’actifs sous gestion, composé pour moitié de bons du trésor des États-Unis et, pour moitié, de papiers à court terme émis par des banques européennes en dollars, les banques françaises pesant là-dedans pour 15 % environ. Ces fonds monétaires ont retiré des liquidités portant sur 235 milliards de dollars depuis le printemps 2011.
    5-  La nervosité d’ensemble a était très accentuée par la Fed, elle-même, qui a émis des doutes sur la stabilité des financements en dollars des banques européennes. Il faut ajouter, ensuite, les interventions pressantes d’Obama demandant aux Européens de mettre à l’ordre dans leurs affaires.

    Cela a entraîné une sorte de crise de défiance sur les places boursières dont ont pâti les banques européennes, françaises surtout avec, au cœur, la situation de la Société générale et celle de Dexia.

    Certes, cela s’est conjugué à  des tensions sur  les  taux  interbancaires bien moindres qu’au moment de la faillite de Lehman Brothers, fin 2008, mais cela est du uniquement au fait que la BCE s’est substituée au marché interbancaire pour les banques des trois pays sous plan de sauvetage européen et qu’elle s'est engagée – momentanément - à prendre le relais pour les autres banques de la zone euro afin de satisfaire leurs besoins en dollars.

    Dès lors la question se pose d’une nouvelle crise de liquidités bancaires, à partir de la zone euro cette fois-ci et dont il est sérieux de se demander si les banques centrales seront alors en mesure d’y faire face.

    Tout ceci a conduit à bousculer profondément l’idée qui s’était ancrée que la Grèce ne fera pas défaut et qu’il suffisait d’appliquer le programme du 21 juillet.

    Les avis sont en train de bouger de partout sur un fond d’unanimité cependant pour accélérer la fuite en avant dans les marchés financiers, renforcer les politiques d’austérité et le contrôle fédéraliste autoritaire de leur mise en œuvre.

    Quelles sont donc les questions sur lesquelles semblent devoir bouger des dirigeants qui, rappelons-le, reconnaissent tous qu’il n’est pas question d’abandonner l’euro ?

    a)- Le niveau de participation du secteur privé au financement de la dette grecque : les banques pourraient être contraintes d’accepter une décote de plus de 50 %.

    b) La taille  et les missions du F.E. S. F. : différents schémas seraient à l’étude  pour renforcer la force de frappe du Fonds (effet de levier, démultiplicateur, …). le F. E S. F aurait pour mission de faire des prêts de précaution aux pays fragilisés, de racheter leur dette et de re-capitaliser les banques. Cependant la France pousse l’idée de conférer une licence bancaire au F. E S. F où à son remplaçant en 2013, le mécanisme européen de stabilisation (M. E. S.) qui disposera d’un capital en propre apporté par les membres de la zone euro. Il s’agirait, ainsi, de lui permettre d’emprunter directement auprès de la BCE ou, alors, de lui faire émettre des garanties plutôt que des prêts. Cette option est combattue par l'Allemagne car elle conduirait à impliquer la BCE dans le financement d' États en difficulté, ce qui est contraire aux dogmes de Maastricht et de la Bundesbank.

    Bref, semble se chercher la possibilité de donner au F. E S. F un quasi statut de prêteur en dernier ressort à partir des marchés financiers, en essayant de ne pas impliquer la BCE et sa création monétaire et de ne pas trop peser sur la solvabilité des pays les mieux dotés.

    c)    La date de mise en place du M. E. S.:

    Il devrait succéder au F. E S. F à la mi-2013. Désormais l’Allemagne le veut pour mi- 2012. Lors d’une rencontre Merkel – Sarkozy, les discussions auraient eu lieu sur l’organisation planifiée, dans le cadre du M. E. S, d’un défaut d’un pays en difficulté de la zone euro. Le vice-chancelier allemand en charge du ministère de l’économie à parlé même d’un organisme indépendant supranational qui serait chargé de mener des négociations avec toutes les parties.

    d) La recapitalisation des banques:

    On parle d’une possible coordination au niveau européen d’un nouvel effort de recapitalisation que tend à précipiter la chute de Dexia. On parle aussi d’une application plus rapide que prévu des règles prudentielles de Bâle III qui vont pousser à des augmentations significatives de fonds propres des banques.

    Bien sûr, il semble y avoir sur tout cela un bras de fer franco-allemand avec, notamment, la volonté de Sarkozy d’empêcher que ne soient stigmatisées les difficultés spécifique du système bancaire français.

    Quoi qu’il en soit, les réflexions nouvelles engagées depuis le mois de septembre semblent aller bien au-delà de la seule question du F. E S. F et pourrait ouvrir sur quelque chose de beaucoup ambitieux à l’échelle européenne, nécessitant un nouveau traité.

    B) La conjoncture de la zone euro:

    La zone euro n’a jamais cessé de connaître des performances inférieures à celles des États-Unis. La reprise s' est quasiment arrêtée au deuxième trimestre 2011. Le PIB n’a crû que de 0,2 % d’un trimestre à l’autre, contre 0,8 % au premier trimestre 2011.

    L’activité du secteur manufacturier a été le moteur de la reprise qui a atteint son pic au premier semestre 2011. Avec les turbulences sur la dette souveraine, la croissance s’est beaucoup détériorée durant l’été.

    L’indice composite PMI de l’activité a perdu 10 points au cours des derniers mois. Il semble même signaler  une  contraction  possible  de  l’activité  en  septembre,  laissant  envisager  ensuite  une croissance très molle17.

    La vigueur de la production industrielle en juillet (+ 1 %), tirée par l’Allemagne, ne se prolongerait pas.

    Au total, selon les dernières prévisions de l’INSEE (7 octobre 2011), la production industrielle croitrait de + 0,4 % au troisième trimestre 2011. Elle stagnerait au quatrième trimestre 2011 et au premier trimestre 2012.

    L’activité  de  la  zone  euro  progresserait  au  troisième  trimestre  2011  au  même  rythme  qu’au deuxième trimestre (+ 02 %), en ligne avec le ralentissement de la production industrielle.

    Au total, après un fort rebond au premier trimestre 2011 et un repli au deuxième trimestre 2011 dans le secteur de la construction, l’investissement total serait très peu dynamique, jusqu’au premier trimestre 2012 au moins.

    Il faut dire un mot, en particulier, de la conjoncture économique allemande.

    Elle a connu un net ralentissement au deuxième trimestre 2011 (+ 0,1 % de trimestre à trimestre après + 1,3 % au premier trimestre 2011) sous l’effet d’une progression particulièrement soutenue des importations, alors que le PIB atteint à peine le précédent haut du premier trimestre 2008.

    Ce freinage serait dû au repli de la consommation privée, mais, surtout, à la contribution négative du commerce extérieur, les importations augmentant beaucoup plus désormais que des exportations.

    Celles-ci, précisément, devraient fortement pâtir du ralentissement des échanges internationaux. Les exportations de l’Allemagne représentent en effet 50 % de son PIB.  Les exportations vers la seule zone euro représentent 40 % des exportations totales de marchandises de ce pays. Et c'est sur la zone euro que l'Allemagne accumule ses plus importants excédents commerciaux.

    La production industrielle, principal moteur de la croissance allemande, a ralenti sensiblement au deuxième trimestre 2011 : + 1,1 % (de trimestre à trimestre) après + 2,3 % au premier trimestre
    2011. Cela, il faut le souligner, serait dû particulièrement à la décision de fermeture de plusieurs centrales nucléaires.

    Cependant, l’activité s’est maintenue dans les secteurs manufacturiers, particulièrement les biens d’équipement, grâce à la bonne tenue de l’investissement.

    Mais,  si  la  production industrielle a  connu  un  rebond  en  juillet, l’évolution sous-jacente des nouvelles commandes semble annoncer, selon les observateurs18, une expansion modérée au cours des prochains mois.

    L’investissement en machines et équipements a été dynamique jusqu’ici, au deuxième trimestre
    2011, il a enregistré sa sixième hausse consécutive grâce à :
        Des conditions de financement avantageuses,
        Une utilisation soutenue des capacités de production. Celle-ci selon l’I.F.O. , atteindrait 86,7
    % (contre 89,57 % au deuxième trimestre 2007).
    Mais  la  hausse de  l’investissement au  deuxième trimestre 2011  marque un  ralentissement sensible : + 1,7 % (de trimestre à trimestre) après + 2,1 % (de trimestre à trimestre) au premier trimestre 2011.

    Le tassement de la demande extérieure devrait peser sur cette dynamique au cours des prochains trimestres.

    Outre-Rhin, le chômage est orienté à la baisse depuis l’été 2009 : 6,9 % en septembre, soit son niveau le plus bas depuis 1991 (mais il y ait eu depuis, il est vrai, les réformes Hartz)..

    Ce taux de chômage évolue peu depuis plusieurs mois, malgré les nouvelles créations d’emploi, car la baisse du taux de chômage est accompagnée d’une hausse du taux d’activité (76,8 % au premier trimestre 2011).

    Mais des tensions apparaissent sur le marché du travail avec une accentuation marquée des pénuries de main-d’œuvre qualifiée notamment.

    Pourtant, alors que le taux de chômage officiel est si bas, la consommation privée marque le pas : -0,7 % au deuxième trimestre 2011, soit le premier recul depuis le 3ème trimestre 2009. Cela exprime une insuffisance de revenu qui fait écho à l’ampleur sans précédent des emplois à temps partiel. Mais il faut, bien sûr, ajouter la pression de la politique budgétaire, la hausse des prix de l’énergie et, disent les enquêtes, « la crainte de devoir contribuer davantage au plan d’aide de la zone euro ».

    L'Allemagne, dans ces conditions, présente un déficit public qui ne sera que de 1,7 % du PIB
    cette année, contre 4,3 % en 2010 ! Le gouvernement se donne pour cible un niveau inférieur à
    0,35 % du PIB en 2016 qui est inscrit dans la loi fondamentale depuis juillet 2009.

    Quant à la dette publique, elle a atteint 84,1 % du PIB en 2010, après 73,5 % 2009. Il est prévu qu’elle recule cette année à 81, 5 % du PIB.

    C’est dans ce contexte conjoncturel des plus médiocres pour les européens que la BCE a clairement refusé de faire droit aux demandes répétitives des Américains, du FMI et de l’OCDE de réduire son taux d’intérêt directeur : le dernier Conseil des gouverneurs présidé par Jean- Claude Trichet a laissé ce taux inchangé à 1,5 %.

    Cependant,  cette  décision  a  été  assortie  de  nouvelles  mesures  non  conventionnelles pour soutenir la liquidité bancaire, alors que persiste la défiance entre banques de la zone euro, leurs dépôts auprès de la BCE atteignant de nouveaux records annuels.

    La BCE a la responsabilité d’assurer la stabilité financière de la zone, le temps que soient mises en place les dispositions adoptées par les dirigeants de la zone euro le 21 juillet dernier.

    Le  train  de  mesures  exceptionnelles  décidées  il  y  a  deux  semaines  par  le  Conseil  des gouverneurs de la BCE repose sur deux piliers :

    1)  l’ouverture aux banques de deux nouvelles lignes de crédit à volume illimité sur un an, ce qui est une durée exceptionnellement longue;

    2)  La promesse de fournir aux banques 40 milliards d’euros, via le rachat d’une partie de leurs actifs, et immobiliers notamment.

    Ces décisions exceptionnelles traduisent une contradiction criante entre l’objectif de lutte contre l’inflation au service d'un « euro fort » et la préoccupation grandissante au sujet de la situation des banques.

    Jean-Claude Trichet a mis en garde ces dernières : elles doivent tout faire pour renforcer leur bilan, alors même que Dexia doit faire l’objet de ce que l’on appelle pudiquement une faillite ordonnée, après avoir été déjà remise à flot et avoir réussi, sans difficulté, les « stress – tests » passés en juillet dernier.

    Il  faut  noter  que,  parallèlement  à  ce  nouveau  train  de  mesures  de  la  BCE,  la  Banque
    d’Angleterre (BoE) a décidé, elle, de recourir aux grands moyens pour tenter de relancer une croissance quasiment à l’arrêt, suite au super plan d’austérité de Cameron, en injectant 75 milliards de Livre d’argent frais, soit 87 milliards d’euros.

    C) France : Les banques dans le champ politique:

    Le fait le plus nouveau en France concerne la défiance qui frappent les banques dont le maillon le plus faible paraît bien être leur liquidité.

    Des travaux du comité de Bâle publié fin 2010 font ainsi ressortir que, par rapport au futur ratio de liquidité à court terme requis à 100 % au 1er janvier 2015 : les 85 plus grandes banques mondiales (groupe 1 ) avaient, en moyenne, un LCR19 de 83 % à fin 2009.

    Or, si ce ratio est de 67% pour les 8 banques européennes du groupe 1, il serait inférieur à 50 %
    pour les seules banques françaises (chiffre jamais démenti). Qu’en est-il effectivement ? On ne le sait pas.
    Selon le Nouvel Économiste du 1er au 7 septembre 2011, il y aurait 3 raisons fondamentales à la faiblesse du ratio de liquidité des banques françaises :

    1)  Le très fort développement en France des sicav monétaires- génératrices de commissions – au détriment des simples dépôts, sicav que les banques font gérer par de très coûteuses filiales de  « gestion d’actifs »;

    2)  Les banques françaises sont les championnes de l’assurance vie, pourvoyeuse de fortes commissions et hors bilan ;

    3) Surtout, les grandes banques françaises ont développé considérablement des activités bancaires en devises étrangères hors de France – notamment de ruineuses salles de marché, principalement à New York depuis la fin du «Glass Steegal Act » aux États-Unis en 1999 (séparation entre banques de dépôts et banques d’affaires).

    En  liaison  avec  l’insuffisance  de  la  croissance  des  ressources  peu  coûteuses  des  dépôts salariaux, du fait d’un crédit qui ne sert pas à développer suffisamment les capacités humaines, auraient progressé une hypertrophie de l’activité de certaines banques françaises sur le marché américain et une faiblesse structurelle de leur liquidité.

    Sur fond d’augmentation du coût des ressources des banques, amenées à emprunter de plus en plus sur les marchés financiers, se serait développé un mélange hautement risqué entre les activités de placement pour compte propre et les activités de banque de détail et cela sous couvert du statut de « banque universelle » lancé en 1984 par la loi bancaire de Delors qui a mis définitivement fin à la séparation entre activités de banque de dépôts et activités de banques de marché.

    Les  problèmes  de  liquidités  en  dollars  des  banques  françaises  sont  très  préoccupants. Ils résultent certes de la faute des Américains : en août, les fonds monétaires des États-Unis ont prêté 40 % de moins aux banques françaises qu’en août 2010. Mais ce n'est pas la seule raison.

    Toutes les banques européennes sont en butte à ces difficultés. Et les travaux récents d’un économiste américain (Kash Mansouri)20, tendraient à indiquer que, pour une part non négligeable, les banques européennes ont de plus en plus de mal à trouver des dollars parce qu’elles ont, elles-mêmes, perdues confiance dans leurs consœurs. La zone euro apparaît plus que jamais dominée par le dollar et infectée par l'extraversion financière de ses systèmes bancaires.

    Sur ce fond de difficultés communes des banques européennes, celles des banques françaises apparaissent parmi  les  plus  fortes  compte  tenu  de  leur  extraversion financière et  de  leur dépendance aux marchés marchés financiers et au dollar.

    Les  banques françaises risquent  ainsi  de  perdre la  main  sur  le  financement d'importantes activités en dollars. On pense bien sûr à l’aéronautique, mais aussi à l’énergie et au négoce de matières  premières,  au  shipping,  aux  composants  électroniques,  sans  parler  -  et  c’est considérable -  de toute l’activité des crédits à l’exportation. Et cela, dans une large mesure, au profit des banques américaines et pays émergents.

    C’est aussi toute l'activité de crédit à long terme qui risque de pâtir comme le souligne P. Artus21 avec l’augmentation du coût des ressources à  long terme dont le poids relatif est devenu beaucoup plus important dans les banques françaises que dans les banques allemandes.

    Ces difficultés bancaires vont peser sur la conjoncture française par le biais du crédit, de son renchérissement et de son rationnement. Celui-ci est repérable dès juillet 2011 pour l’industrie manufacturière  et  les  PME  autonomes22.  Les  enquêtes  soulignent  un  durcissement  des conditions, ainsi que pour les collectivités locales.

    Où en sommes-nous ?

    Au premier trimestre 2011 l’activité a connu un rebond sensible (+ 0,9 % ) mais, dès le deuxième trimestre 2011, l’économie a calé (0 %).

    Cela est dû, pour une large part, à la baisse des dépenses de consommation des ménages (-0,7%) induite par la fin de la prime à la casse automobile dont le choc a été beaucoup plus fort que prévu.

    Les  dépenses  d’investissement,  tout  en  restant  mieux  orientées,  ont  connu  cependant  un freinage : + 0,6 % au deuxième trimestre après + 1,2 % au premier trimestre. Mais le commerce extérieur a subi un coup d’arrêt net23 en liaison avec le ralentissement de la demande mondiale.

    Tous les indices de confiance sont à la baisse. L’activité dans l’industrie donne des signes clairs de freinage après le rebond de juillet (+ 1,4 %). Cette décélération, comme le souligne l’INSEE, intervient alors que l’activité se maintient toujours à plus de 9 % en deçà de son point haut du début 2008. Selon la Banque de France le taux d’utilisation des capacités de production s’est replié au cours des trois derniers mois (78,7 % en août) avant même d’avoir pu retrouver sa moyenne longue (82 %).

    Le climat des affaires s’est brutalement et fortement dégradé cet été, nourrissant l’attentisme.

    Dans ces conditions, l’INSEE anticipe que le rebond attendu de la consommation restera très limité et, ceci, d’autant plus que le repli constaté du taux de chômage, à un très haut niveau, devrait s’interrompre.

    On assiste, dès le deuxième trimestre, à un freinage de la création d’emplois passant à  +33 000 contre + 78 300 au premier trimestre. Et cela est dû surtout aux services (où l’économie de moyens avec les technologies informationnelles est désormais systématiquement à l'œuvre) et dans l’intérim.

    Il semble bien que les entreprises auraient, dès cet été, commencé à se préparer à un ralentissement marqué de leur activité, alors même que les bénéfices des entreprises du CAC 40 tendent à se rapprocher du record de 2007, mais avec un taux de versement des dividendes supérieur à 45 %. Elles revendiquent également des trésoreries énormes (carburant pour la spéculation et des OPA).

    L’INSEE anticipe qu’en 2012 la croissance de l’emploi salarié risque de tomber en deçà du seuil permettant d’absorber la croissance de la population active, laquelle est actuellement stimulée par l’entrée en vigueur des réformes régressives des retraites.

    Le repli du taux de chômage, qui demeure à plus de 9 % en France métropolitaine, devrait s’interrompre avant la fin de l’année.

    Ajoutons à ce sombre panorama que le déficit commercial de la France, effectif depuis 2004, se dirige désormais vers le niveau de 75 milliards d’euros, un sommet sans précédent historique.

    C’est dans ce contexte que le gouvernement Fillon a été contraint de revoir ses prévisions de croissance à 1,75 % en 2011 et en 2012, contre respectivement 2 % et 2,25 % avant l’été.

    Elles devront sans doute être à nouveau révisées à la baisse car, compte tenu de la croissance observée au premier semestre, ceci impliquerait que le PIB progresse en moyenne de 0,3 % à
    0,4 % (de trimestre à trimestre) au deuxième semestre, + 0,5 % tout au long de 2012.

    Cette hypothèse sur laquelle est construit le projet de loi de finances pour 2012 paraît donc inatteignable.

    Le consensus des économistes estime, lui, que l’économie française ne devrait progresser que de
    0,9 % en 2012, après 1,6 % cette année. La Deutsche Bank, quant à elle, ne prévoit pour la
    France que 0,3 % l’an prochain.

    C’est dans ce contexte et au lendemain même de la victoire de F. Hollande aux primaires socialistes, après une sensible poussée à gauche au premier tour, que l’agence Moody’s a lancé sa menace sur la note « AAA » de la France.

    Et c’est un fait que cela a propulsé vers de nouveaux sommets des écarts de taux d’intérêt à 10 ans entre les titres de dettes publiques françaises et allemandes.

    Le  gouvernement  s’est  empressé  de  confirmer  comme   «   intangible  »  l’engagement  de réduction du déficit public à 5,7 % du PIB en 2011 et à 4,5 % en 2012, « quelles que soient les évolutions conjoncturelles » a martelé Valérie Pécresse, ajoutant que « nous mettrons tout en œuvre pour ne pas être dégradé, on a encore suffisamment de niches fiscales, s’il le faut, nous continuerons de les supprimer ! ».


    Clairement, on va vers un nouveau plan d’austérité, en liaison notamment avec le renflouement de Dexia, les recapitalisations bancaires à venir et l’augmentation des garanties apportées au F. E.  S.  F.  On  parle  dans  les  allées  gouvernementales  de  la  possible  création  d'un  taux intermédiaire de TVA. Cela ne ferait qu'accroitre le prélèvement sur les salariés, l'insuffisance de demande salariale, la faiblesse de la croissance et, donc les difficultés d'équilibrage des comptes publics et sociaux.

    14 Le reste devait être utilisé pour  garantir le capital réinvesti par les banques lors de l’opération d’échange de dettes du secteur privé et pour financer un programme de rachat de sa propre dette par l’État grec à un prix décoté.
    15 Le Monde du 15 octobre 2011.
    16 Ch. Nijdam – Le Nouvel Économiste -IS78- 1 au 7/10/2011.
    17 BNP Paribas: « Conjoncture Taux Change », Economic research department, octobre 2011.
    18 BNP Paribas, op. Cit.
    19 Liquidity Coverage Ratio = Actifs fortement liquides disponibles au bilan / sortie nette de cash sur 30 jours
    20 C. Chavagneux: « Les banques françaises dans la tourmente », Alternatives économiques (306), octobre 2011, pp.10-12.
    21 Flash Natixis du 5 octobre 2010.
    22 Banque de France, Statinfo, crédit aux entreprises (encours) France, juillet 2011.
    23 Croissance des exportations :   + 1,7 % au premier trimestre (par rapport au quatrième trimestre 2010), 0 % au deuxième trimestre.

    CONCLUSION : ROMPRE POUR UNE AUTRE LOGIQUE

    La conjoncture actuelle souligne le besoin urgent d’intervention du PCF et la promotion de ses propositions les plus avancées à l’intérieur du Front de gauche, au lieu de tout effacement.

    La victoire de F. Hollande aux primaires du PS accroît cette exigence tant sont insuffisants les objectifs sociaux qu’il se dit prêt, pour l’heure, à porter   et tant, cependant, ils sont contradictoires avec la nature des moyens financiers que s’apprête à mobiliser le candidat socialiste.

    Certes, il est obligé de tenir compte de la poussée à gauche nouvelle qui s’est exprimée au premier tour des primaires avec, notamment, la mise en avant comme jamais du besoin d’une nouvelle maîtrise sociale du crédit et des banques.

    Mais il est aussi le reflet du silence pesant entretenu tout au long de ces primaires par les dirigeants du PS sur l’Europe, la BCE, son interdiction de financer par création monétaire les dépenses publiques, le manque de sélectivité de son refinancement, le pacte de stabilité et celui de l'euro+, mais aussi sur le monde.

    Il est le reflet du constant consensus pour « la rigueur » face a la dette que tous les candidats PS ont exprimé et avec un plus même : on ne s’est pas seulement engagé à respecter l’engagement de porter à 3 % le déficit en 2013, F. Hollande a promis le déficit zéro en 2017 ! Bref, alors qu'il faudrait, de  façon urgente, organiser une  expansion financière pour le  développement des capacités humaines , le candidat socialiste envisage, pour l'heure, une restriction financière dont, pourtant, tout prouve qu'elle ne ferait qu'accentuer les cercles vicieux de la croissance financière et du chômage perpétuant les déficits et les dettes.

    La thématique de la dé-mondialisation mise en avant par A. Montebourg s’est accompagnée surtout d’œillades hostiles en direction de la Chine avec, derrière, l’idée d’un protectionnisme européen. Mais ça a été surtout le grand silence sur les États-Unis et le dollar, de même que sur les multinationales.

    Surtout, on sait combien le projet du PS sous-estime la gravité de la crise systémique et garde, envers et contre tout, l’espoir d’un retour de la croissance mondiale en 2012, base du projet conçu par le PS pour l'élection de 2012, mais qui est rendu largement caduque par l'évolution actuelle de la conjoncture.

    Il y a donc un énorme défi de la mise en avant audacieuse et pédagogique de nos propositions, dans des initiatives d’action rassembleuses.

    Particulièrement  celles  concernant  les  banques  et  le  crédit  pour  sécuriser  l’emploi  et  la formation, et, inséparablement, celles sur le refinancement de la BCE et l’utilisation de sa création monétaire pour une grande expansion concertée des services publics via un Fonds social et solidaire de développement européen.



    Ces propositions constituent la seule alternative cohérente face à la fuite en avant dans l’endettement sur les marchés financiers.

    Sur ces bases, on peut mettre en avant le besoin d'initiatives d'action:

        Pétition pour une commission d’enquête parlementaire sur l’État et les pratiques du système bancaire française, mais aussi des sociétés d’assurances.
        Propositions de loi pour un pôle bancaire et financier public, son articulation à la BCE et à la Banque de France, avec un nouveau crédit incitatif à la croissance de l’emploi, de la formation et donc facteur de croissance nouvelle des dépôts des salariés dans les banques vecteur de liquidité bancaire.
        Et puis, il y a le niveau mondial qui va occuper le devant de la scène avec le sommet du G20 à Cannes et avec la montée très forte à venir des antagonismes internationaux, tandis que la protestation contre le FMI va partir des pays européens, en liaison avec les plans d’ajustement imposés par la troïka. C'est l'occasion, plus que jamais, de défendre l’idée de monnaie commune mondiale à partir des DTS.

    Ces apports du PCF sont d’autant plus nécessaires que, dans ce que va porter Hollande, il y a aussi beaucoup d’ingrédients qui vont contribuer à empêcher une véritable différenciation avec la droite :
        La diabolisation du coût du travail et des prélèvements publics et sociaux au nom de la compétitivité (plutôt que les autres coûts, notamment les prélèvements financiers)
        La diabolisation de la création monétaire et du crédit pour le développement des capacités humaines, au nom de l’inflation (plutôt qu'une création monétaire et un crédit sélectifs facteur de croissance nouvelle durable).
        La diabolisation de la dette publique et le terrorisme du «AAA » avec l’appel incessant à la rigueur, au lieu de voir qu’il y a de bonnes et de mauvaises dettes selon l’utilisation que l’on en fait et qu’il n’est pas fatal de les financer par l’appel au marché financier.
     
    Face à tout cela, on mesure les limites d’une posture se contentant de frapper à bras raccourcis sur Hollande et « la gauche du renoncement », de jouer au « Monsieur plus » avec lui sur la seule fiscalité des ménages et des niches fiscales ou de prétendre que la dette n’est pas un vrai problème et que l’impôt va y pourvoir.

    Le programme populaire partagé n’est pas une œuvre achevée. Il faut sans cesse contribuer à le développer, à faire reculer ses contradictions et ses insuffisances au feu de l'actualité et des luttes qui sont appelées à se développer pour  que la gauche arrive à gagner contre Sarkozy en 2012 et réussisse après lui.


    votre commentaire
  • Fonds de soutien européen: la Chine attend des clarifications

    PEKIN - La Chine a indiqué vendredi qu'elle attendait des clarifications avant de s'engager à investir dans le nouveau mécanisme du Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui pourrait être mis en place suite au dernier sommet européen de Bruxelles.

    Nous devons attendre les détails techniques pour y voir clair et entreprendre des études sérieuses avant de décider d'un investissement, a déclaré le vice-ministre chinois des Finances, Zhu Guangyao, lors d'un point de presse sur le déplacement du numéro un chinois Hu Jintao au G20 de Cannes (France) la semaine prochaine.

    La zone euro a décidé lors de son sommet de crise à Bruxelles mercredi et jeudi de démultiplier la puissance de feu du FESF pour les pays en difficulté, l'Italie ou l'Espagne. Sa capacité d'intervention passerait à 1.000 milliards d'euros, contre 440 milliards.

    Pour arriver à ce résultat, un système d'assurance-crédit sera offert aux investisseurs et un fonds spécial serait adossé au Fonds monétaire international pour accueillir les contributions de pays émergents, Chine en tête.

    M. Zhu a expliqué que l'investissement dans ce nouveau mécanisme (fonds spécial) n'est pas un investissement dans le FESF lui-même, ce n'est qu'un investissement garanti par le FESF ajoutant qu'il a été dit que les détails sur l'expansion du Fonds seraient connus fin novembre - début décembre.

    Aussi la question ne sera-t-elle pas à l'ordre du jour lors du G20 de Cannes des 3 et 4 novembre, selon le vice-ministre chinois.

    Le directeur du FESF, Klaus Regling, se trouvait à Pékin vendredi pour des discussions régulières, a-t-il dit, au ministère des Finances et à la Banque centrale.

    http://www.romandie.com/news


    votre commentaire
  • "La Chine pourrait être désireuse de contribuer entre 50 et 100 milliards de dollars au FESF", écrit le Financial Times, vendredi 28 octobre.

    "La Chine pourrait être désireuse de contribuer entre 50 et 100 milliards de dollars au FESF", écrit le Financial Times, vendredi 28 octobre.REUTERS/STRINGER SHANGHAI

    "Il n'y a pas de négociations en cours avec la Chine", a déclaré vendredi à Pékin le directeur du Fonds européen de stabilité financière (FESF), Klaus Regling, évoquant seulement "des consultations régulières à un stade préliminaire" et avertissant : "il n'y aura pas d'accord aujourd'hui". M. Regling effectue une visite en Chine au lendemain de l'annonce d'un accord anticrise en Europe qui prévoit notamment le renforcement de la capacité d'action du FESF. Le dirigeant devait rencontrer des responsables de la banque centrale chinoise et du ministère des finances. Il a dit vouloir savoir comment le Fonds pourrait structurer les investissements proposés pour attirer des capitaux.

    La zone euro a décidé lors de son sommet de crise à Bruxelles mercredi et jeudi de démultiplier la puissance de feu du FESF pour les pays en difficulté, l'Italie ou l'Espagne. Sa capacité d'intervention passerait à 1 000 milliards d'euros. Dans le cadre de l'accord, de grands pays émergents comme la Chine pourraient participer à la création d'un "véhicule spécial" – structure ad hoc destinée à gérer les portefeuilles financiers issus d'un processus de titrisation (pour plus de détails, consulter notre lexique de la finance).

    "J'ai eu des contacts suivis avec les autorités chinoises, (qui) sont des acheteurs réguliers des obligations du FESF", a dit M. Regling, précisant que l'Asie avait acquis 40 % des obligations du fonds cette année. "Jusqu'à présent la seule manière dont nous avons demandé aux investisseurs de participer (au fonds) a été d'acheter des obligations. Il n'y avait pas d'autre instrument", a expliqué M. Regling. Mais "maintenant nous sommes en train de mettre au point de nouveaux instruments et nous verrons qui participera", a-t-il dit sans fournir de précisions. "Les réserves de change de la Chine augmentent chaque mois, il y a donc un besoin d'investissement", a poursuivi M. Regling au sujet des réserves chinoises de 3 200 milliards de dollars.

    PÉKIN SOUHAITERAIT L'IMPLICATION DU FMI

    Le gouvernement chinois n'a pas officiellement confirmé qu'il se joindrait à l'effort, mais veut "explorer les moyens de renforcer la coopération bilatérale sur la base d'un bénéfice réciproque", a affirmé jeudi un porte-parole du ministère des affaires étrangères. Le Financial Times, citant une source proche du gouvernement de Pékin indique vendredi que la Chine réfléchirait à investir "entre 50 et 100 milliards de dollars" pour aider la zone euro à combattre la crise de la dette publique.

    Nicolas Sarkozy et Hu Jintao se sont entretenus jeudi par téléphone de l'accord européen sur une solution à la crise de la zone euro. Selon la télévision publique chinoise, le président chinois a dit espérer que l'accord de Bruxelles contribuerait à la relance économique des pays européens. Selon une source proche des négociations autour de la crise européenne, la Chine et d'autres pays émergents souhaitent l'implication du Fonds monétaire international, auquel ils font confiance pour son expertise et son cadre juridique. Les Chinois détiennent déjà plus de 500 milliards de dollars de dette des Etats européens, selon des estimations d'économistes.

    L'Europe a-t-elle été bradée à la Chine ?

    Nicolas Sarkozy avec le président chinois Hu Jintao le 26 novembre 2007.

    Nicolas Sarkozy avec le président chinois Hu Jintao le 26 novembre 2007.AFP/ERIC FEFERBERG

    A la dernière minute, l'accord fut finalement trouvé entre Paris et Berlin pour sauver l'euro, dans la nuit de mercredi à jeudi 27 novembre. Mais face à l'impasse dans laquelle se trouvaient les négociations et au refus des Etats européens de s'endetter davantage, il a fallu faire appel à des investisseurs non européens tels que les pays émergents, dont la Chine.

    Ce que l'opposition, en France, a immédiatemment dénoncé. "L'annonce de la participation de grands Etats extérieurs à l'Europe, dans la mise en œuvre de ce fonds, est profondément troublante", a ainsi estimé François Hollande dans un communiqué. "Peut-on imaginer que si la Chine, par ce biais, venait au secours de la zone euro, elle le ferait sans aucune contrepartie ?", s'est demandé le candidat socialiste à l'élection présidentielle,  jugeant qu'"il s'agit là d'une dépendance de fait, qui traduit un aveu de faiblesse". Est-ce le cas? L'Europe a-t-elle été bradée à la Chine ?

     

    LA PARTICIPATION DE LA CHINE ENCORE HYPOTHÉTIQUE

    Dans l'accord trouvé, la nuit dernière, entre Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande, Angela Merkel, le rôle attribué à la Chine est pour l'instant totalement hypothétique. Seules les grandes lignes de l'accord entre Paris et Berlin ont été communiquées ; les détails seront reglés d'ici à fin novembre. Il a été acté qu'un deuxième fonds allait être créé – un fonds qui n'annule ni ne remplace le Fonds européen de stabilité financière (FESF) – et qu'il serait adossé au Fonds monétaire international (FMI).

    "Les Etats européens ne veulent plus s'endetter eux-mêmes, car ils sont soumis à la tutelle des marchés financiers et des agences de notation, explique Mathieu Plane, économiste à l'OFCE. D'où l'idée de ce fonds, qui permettrait de faire appel à n'importe quel type d'investisseurs, européens ou non, privés ou publics". C'est donc dans le cadre de ce nouveau fonds que la Chine a fait part de son intention de participer et d'acheter des titres de dette publique de la zone euro mais, pour le moment, aucun détail sur les modalités ou sur les chiffres n'a filtré.

    LA CHINE CHERCHE À DIVERSIFIER SES INVESTISSEMENTS

    Avec son important excédent commercial, la Chine a des réserves de change qu'elle cherche à diversifier, d'autant plus depuis que l'agence Standard and Poor's a dégradé la note des Etats-Unis. Par ailleurs, la Chine a le "souci majeur" de "faciliter la transition inéluctable d'une économie de production à une économie de consommation", comme l'a expliqué le sinologue Jean-Luc Domenach au JDD.fr. "Elle ne peut faire cela d'un coup. Donc, elle doit conserver d'importants marchés extérieurs. (...) Elle est en train d'acquérir des moyens pour peser sur les autorités européennes. En mettant le doigt dans [l'économie européenne], elle va donc continuer à y obtenir un accès rentable et manœuvrer pour améliorer ses relations avec chaque État-membre", analyse-t-il.

    LE RISQUE D'UNE DÉPENDANCE À UN GROS INVESTISSEUR

    Le problème n'est pas tant celui du pays en lui-même que le fait de faire appel à un gros investisseur externe. Toutefois, pour Sylvain Broyer, économiste à Natixis, c'est une fausse question, car, selon lui, "il n'y avait pas d'autre choix". La Chine est avant tout un "acteur économique à part entière depuis une dizaine d'années", qui a intérêt à investir en Europe et avec qui l'Europe a intérêt à traiter, explique-t-il.

    Mathieu Plane, de l'OFCE, est plus circonspect. Il  estime que "c'est une solution de court terme". "Cela rassure les marchés, dit-il, mais je ne pense pas que ce soient des stratégies qui garantissent la stabilité dont la zone euro a besoin. Cela peut donner une indépendance vis-à-vis des marchés, mais crée une dépendance à un autre gros investisseur." Mathieu Plane pose plusieurs questions: "Si, dans le futur, ce nouveau fonds prend de l'ampleur, voire prend le relais du FESF, et que la Chine investit beaucoup, que se passera-t-il si elle décide de se retirer ? Et si elle se retire, que faudra-t-il faire pour la faire revenir ?"

    Enfin, Philippe Ricard, correspondant du Monde à Bruxelles, expliquait dans un chat sur Le Monde.fr que l'intervention de la Chine est "un tournant dans l'histoire des Européens". "Cela traduit deux choses : d'une part, la montée en puissance des pays émergents depuis le début de la crise financière, en 2008 ; d'autre part, la difficulté des Européens à s'organiser pour appuyer le sauvetage de leurs membres les plus faibles", analyse-t-il.

    UNE SOLUTION DE SECOURS

    Pour Mathieu Plaine comme pour Philippe Ricard, la Banque centrale européenne (BCE) aurait pu alimenter ce fonds, ce qui aurait tout autant rassuré les marchés. Mais, comme l'expliquait Arnaud Leparmentier, journaliste du Monde chargé de l'Elysée, dans son blog, à l'idée de transformer le FESF en banque alimentée par la BCE se sont opposés les "non" catégoriques du président de l'institution, Jean-Claude Trichet et d'Angela Merkel.

    L'Allemagne craignait notamment que cela n'envoie un message laxiste aux pays fortement endettés, comme la Grèce ou l'Italie, qui pourraient alors avoir le sentiment de pouvoir s'endetter impunément. "Mais l'option d'adosser le fonds de sauvetage à la BCE aurait brisé un nouveau tabou, car contraire aux traités qui interdisent le renflouement d'un Etat par la BCE. Si elle avait été privilégiée, il est probable que les Européens n'auraient pas eu besoin de faire appel à la Chine", estime Philippe Ricard.

    LA CHINE POSE SES CONDITIONS

    "La Chine a déjà mis en avant ses conditions, a expliqué Philippe Ricard. Elle demande davantage d'ouverture sur le marché européen; elle exige de recevoir enfin le statut d'économie de marché, que les Européens lui refusent depuis des années; elle encourage aussi les Etats à mettre en place des plans d'économie budgétaire et de réformes pour pouvoir se redresser. Il est certain que le soutien chinois, qui existe déjà par le biais d'investissements dans les obligations d'Etats en difficulté, comme la Grèce ou le Portugal, n'ira pas sans contrepartie."

    Hélène Bekmezian

    http://www.lemonde.fr/crise-financiere


    votre commentaire
  • Nicolas Sarkozy, le 27 octobre, sur France 2.

    Nicolas Sarkozy, le 27 octobre, sur France 2.France TV

    Après l'intervention en direct à la télévision de Nicolas Sarkozy, jeudi 27 octobre, Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde a répondu en direct aux questions des lecteurs du Monde.fr. Selon elle, "toute la stratégie de Nicolas Sarkozy ce soir a été de noyer son bilan dans une crise européenne et planétaire".

    • jijim : Pensez-vous que M. Sarkozy va redresser sa côte grâce à son intervention ?

    Françoise Fressoz : "Il a plutôt réussi son intervention dans un contexte extrêmement difficile pour lui puisque la France est menacée de perdre son triple A et que la principale annonce de la soirée a porté sur un nouveau plan d'ajustement budgétaire de 6 à 8 milliards d'euros qui s'ajoute à celui décidé en août et qui portait déjà sur 11 milliards d'euros. Autrement dit, il n'avait que des mauvaises nouvelles à annoncer. Il s'en est bien sorti car il a fait la pédagogie d'une crise qui n'est pas que française, mais qui est européenne et mondiale. Il a habilement ciblé les banques en expliquant aux épargnants et aux contribuables que le sauvetage de la Grèce ne leur coûterait rien. Il a évité d'employer le mot de rigueur qui a été fatal à François Mitterrand et à Jacques Chirac. Il s'est posé en président protecteur d'un modèle social. Disons que le discours politique qu'il a trouvé pour enrober la gravité de la crise était plutôt bien trouvé."

     
    • Pedro : Pourquoi Sarkozy n'a t-il pas tenté un coup d'éclat ?

    "Tout simplement parce qu'il n'était pas en mesure de le faire. La direction du Trésor, la semaine dernière, envoyait de grands signaux aux gouvernement pour l'adoption d'un plan de rigueur d'urgence afin d'éviter la perte du triple A qui permet à la France de s'endetter à moindre coût."

    • jijim : Ne pensez-vous pas qu'il a dramatisé la crise pour mieux montrer qu'il a sauvé la France et l'Europe ?

    "Je ne pense pas qu'il ait dramatisé la crise. Il a revanche tardé à l'expliquer aux Français ce qui lui a sans doute coûté politiquement ; c'est sur son silence que François Hollande a réussi à installer sa candidature. Et on voit bien que l'autre aspect de l'intervention de ce soir était destinée à répondre à la montée de M. Hollande. Ce soir, M. Sarkozy n'a pas seulement voulu être président, il a été aussi candidat en posant les lignes de clivage avec la gauche et avec François Hollande. Il s'est posé en président protecteur d'un modèle français qui aurait été mis à mal par des décisions prises par F. Mitterrand puis par L. Jospin et enfin par F. Hollande : retraites à 60 ans, 35h, hausse du nombre de fonctionnaires."

    • Jéjé : Un Président déjà en campagne ?

    "Assurément. N. Sarkozy a senti le danger de partir tard en campagne et en même temps, comme il l'a dit, il ne peut pas donner l'impression aux Français qu'il ne gère plus les affaires de l'Etat surtout dans le contexte actuel de crise européenne et mondiale. Il a donc profité de son intervention de ce soir pour donner quelques lignes directrices à la majorité qui semblait ces derniers temps complètement déboussolée faute d'une feuille de route précise pour attaquer les socialistes. Là, les termes de la confrontation se précise, N. Sarkozy reprend le slogan 'travailler plus pour gagner plus', il veut s'attaquer à la réduction des dépenses publiques et il continue d'affirmer contre toute évidence qu'il ne sera pas le président qui aura augmenté les impôts."

    • Guest : Comment analysez-vous les multiples attaques sur le programme de la gauche, et son passé (35h, retraite à 60 ans) ?

    "N. Sarkozy essaie de mettre F. Hollande face à ses contradictions. Le candidat socialiste a affirmé qu'il visait l'équilibre des finances pubilques à l'horizon 2017. Il s'est posé comme le candidat de gauche à la primaire le plus rigoureux. Donc N. Sarkozy l'attaque sur les dépenses supplémentaires qu'il veut engager : 60 000 postes suplémentaires dans l'Education nationale, le retour à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont leur durée de cotisation. Il a par ailleurs attaqué la gauche sur l'idée d'une entrée de l'Etat dans le capital des banques en faisant craindre que cela risquait de coûter à l'Etat."

    • samir : Pouquoi tant de haine vis a vis des 35 heures qui ont été plus que retouchées durant son quinquennat ?

    "N. Sarkozy n'a pas remis en cause le principe des 35 h depuis 2007 alors qu'une partie de la majorité le réclamait. Il a compris que c'était une mesure de société qui a été plutôt bien admise et populaire. Mais maintenant que la France est dans cette situation d'une quasi récession et qu'il n'y a plus d'argent pour relancer la machine, la seule piste qui reste à la droite c'est le travail. 'On ne s'en sortira qu'en travaillant plus', voilà ce que martèle N. Sarkozy, ce qui lui permet en plus de s'arrimer à l'Allemagne en vantant les réformes engagées par Gerhard Schröder. Donc, il semble dire à F. Hollande : 'si vous voulez être sérieux et pérenniser le fonctionnement du couple franco-allemand, vous devez faire campagne pour le travailler plus'. Et ce type d'argument peut en effet être une gène pour F. Hollande dans la campagne."

    • iléane : Mais travailler plus pour gagner plus, qui peut encore y croire ?

    "C'est là dessus que la contre offensive de F. Hollande est attendue. Au fond, toute la stratégie de N. Sarkozy ce soir a été de noyer son bilan dans une crise européenne et planétaire. Or il a des responsabilités, avant même l'apparition de la crise on voyait bien que le slogan ne marchait pas. La détaxation des heures supplémentaires a couté au budget de l'Etat sans se réveler efficace donc on peut s'attendre à une contre attaque forte du candidat socialiste sur le bilan de N. Sarkozy d'avant la crise."

    • Guest : Que dire du rapprochement de notre économie avec celle de l'Allemagne ?

    "N. Sarkozy découvre ce que tous ses prédecesseurs avaient eux mêmes touchés du doigt dans la douleur : la France ne peut pas être gouvernée sans être en phase avec l'économie allemande. Il faut se souvenir des déclarations de N. Sarkozy arrivant à l'Elysée en 2007 et se méfiant de toute idée de rigueur budgétaire. Il avait l'illusion comme F. Mitterrand, que la France pouvait faire de la relance seule ; la mise à niveau ce soir a été plutôt sévère mais N. Sarkozy a obstinément refusé le mot de rigueur afin de ne pas se retrouver dans la même situation que François Mitterrand en 83 et Jaques Chirac en 95."

    • Guest : L'intervention de ce soir était-elle plus spécialement destinée à une catégorie précise de Français ?

    "Non, l'intervention n'était pas du tout catégorielle. Elle était destinée à combler une longue absence médiatique et à faire le maximum de pédagogie sur une crise qui inquiète de plus en plus les Français et qui mine le pouvoir politique dans la mesure où les marchés semblaient faire la loi."

    • stefdebx : Donc, à votre avis, sous couvert de répondre a cette crise, vient-il de rentrer en campagne ?

    "Officiellement, rien n'est décidé puisqu'il a précisé qu'il prendrait sa décision fin janvier début février. Mais on peut considérer que c'était sa première adresse aux Français comme président-candidat. Il a fixé les termes de la confrontation avec la gauche. Il a donné une feuille de route à son camp."

    Le Monde.fr

    Quand Fillon jugeait "irresponsable" que "l'Europe prenne ses pertes" en Grèce

    Le premier ministre, François Fillon, à l'Assemblée nationale, mardi 25 octobre.

    Le premier ministre, François Fillon, à l'Assemblée nationale, mardi 25 octobre.AFP/MEHDI FEDOUACH

    La phrase a été quelque peu oubliée. Elle avait pourtant fait du bruit. Le 18 septembre, Dominique Strauss-Kahn donnait à TF1 une interview-vérité, essentiellement consacrée à ses ennuis judiciaires, mais pas seulement. L'ex-président du FMI y évoquait également la crise grecque, et proposait une solution.

    "La dette de la Grèce (...) il faut la réduite à tout prix. À tout prix, sauf, au prix de la stagnation, voire de la récession. Alors, le chemin de crête est difficile (...) les européens ont du mal à le suivre (...) parce qu'ils ne veulent pas prendre la mesure de l'ampleur du problème (...) On peut dire, les Grecs paieront tout seuls. Mais ils ne peuvent pas. Ou on peut dire, parce que nous sommes dans une Union, que nous allons partager cela (...) Le problème c'est que pour ça, il faut accepter de reconnaître qu'il faut “prendre sa perte”. Il y a une perte, il faut la prendre". Dominique Strauss-Kahn jugeait que "pour prendre la perte, tout le monde doit la prendre. Les États, vous avez raison, et les banques".

     

    Cette sortie de Dominique Strauss-Kahn avait aussitôt déclenché les foudres de François Fillon. En meeeting à Pons, en Charente-Maritime, le 19 septembre, le premier ministre avait fortement critiqué l'idée de M. Strauss-Kahn, qu'il qualifiait "d'irresponsable". "Cela signifie que le laxisme budgétaire d'un Etat est financé par les autres,  cela signifie des pertes pour tous les pays qui ont prêté à la Grèce", jugeait-il.

    Et le premier ministre d'ajouter : "Certains dans leur panique envisagent de couvrir ou d'exclure tel pays incapable d'assumer les contraintes de la monnaie unique (...) Ceux qui jouent avec l'idée que l'Europe renonce au remboursement des prêts consentis à la Grèce, bref 'prenne ses pertes', ont-ils réfléchi aux conséquences de ce type de décision ? Ceux qui mettent en avant cette solution pensent qu'il s'agit d'une recette miracle qui allègerait la contrainte qui pèse actuellement sur la Grèce. Mais rien n'est moins certain."

    Pour François Fillon, alors, "si la Grèce faisait défaut sur ses engagements, ce serait à court terme plus de difficultés pour ce pays, avec une récession encore plus sévère, avec un chômage encore plus élevé, et des difficultés supplémentaires pour trouver à l'extérieur les sources de financement dont il a besoin pour se redresser".

     L'ACCORD DE MERCREDI PROCHE DE LA SOLUTION DÉCRITE PAR DSK

    Au-delà de la rivalité politique et de l'attaque contre un ex-adversaire putatif, François Fillon visait aussi, dans cette sortie musclée, à assurer que la France avait toute confiance dans le plan de sauvetage grec adopté le 21 juillet et attaqué par les marchés, qui doutaient de la capacité de la Grèce à tenir ses engagements de réduction du déficit et à rembourser ses emprunts. La solution d'un effacement de la dette était alors refusée en bloc par la BCE et la France.

    Un peu plus d'un mois après l'intervention du premier ministre contre "DSK", la donne a fortement changé. Le poids des mesures de rigueur nécessaires au remboursement de la dette enfoncent la Grèce dans la récession. D'où la décision européenne de prendre en charge une partie de cette dette, un choix proche de la stratégie alors exposée par DSK, entre autres. L'accord européen signé dans la nuit du 25 au 26 octobre prévoit l'effacement de la moitié de la dette grecque, qui sera en partie réglée par les banques, pour 100 milliards d'euros, et en partie aussi réglée par les Etats, qui vont devoir abonder le Fonds européen de stabilité financière, à hauteur de 130 milliards d'euros.

    De fait, donc, si la Grèce n'est pas en "défaut" au sens financier, elle a bien "fait défaut sur ses engagements", pour reprendre les mots de François Fillon. Et l'Union européenne a bel et bien accepté de prendre en charge une partie de la dette de ce pays, qui reste confronté à une période de rigueur sévère. Le scénario de récession redouté par le premier ministre reste donc possible. L'accord européen, jugé inachevé et qui fait appel à l'aide des pays émergents, soulève nombre de questions. Il n'en reste pas moins que le plan "irresponsable" proposé par DSK a finalement été en partie mis en place.

    Matignon à tenu à préciser au Monde.fr que le premier ministre visait dans son discours le fait que DSK évoquait lors de son interview un abandon des créances grecques par les Etats, et que c'est cet abandon que le premier ministre visait. Ses services indiquent que le plan conclu dans la nuit de mercredi 26 à jeudi 27 octobre ne conduit pas à l'abandon de ces créances détenues par les Etats. Dont acte.

    Toutefois, les Etats européens vont, au terme de l'accord, financer 100 milliards d'euros de prêt supplémentaire à la Grèce, et pourraient être amenés à aider les banques affaiblies par l'annulation d'une partie des créances d'Athènes. De fait, la Grèce se trouve dans une situation de tutelle très proche d'un défaut de crédit. Et les banques et l'Europe sont bel et bien en train de "prendre leurs pertes", même si celles-ci pourront être, à terme, remboursées par Athènes.

    Samuel Laurent


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique