• C’est peut-être le scandale financier du siècle. Un des coupables, la banque UBS, a lâché le morceau. Les plus grandes banques du monde se seraient entendues pour manipuler le Libor, le principal taux d’intérêt de la planète finance. Il y en aurait pour des milliers de milliards de dollars.

     

    © Thinkstock

     «Libor» : l’acronyme ne vous dit peut-être pas grand-chose. Derrière ces cinq lettres se cache pourtant l’un des plus grands scandales financiers présumés de l’histoire. Plusieurs grandes banques internationales sont soupçonnées d’avoir manipulé le London Interbank Offered Rate (Libor en abrégé) afin de camoufler leurs difficultés de financement lors de la crise financière.  

    Parmi elles, que des grands noms de la finance mondiale : Bank of America, Barclays, Citibank, Crédit Suisse, Deutsche Bank, HSBC, JP Morgan, Royal Bank of Scotland, UBS… L’enjeu est colossal. Le Libor est étroitement lié au fonctionnement de l’un des plus grands marchés monétaires du monde : le marché interbancaire (celui où les banques se prêtent entre elles), dont la taille est estimée à 90.000 milliards de dollars.  

    Dans le collimateur de plusieurs autorités de contrôle (aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, au Japon et en Suisse, notamment), ces établissements financiers appartiennent en fait au «club» des 16 banques qui participent à la fixation quotidienne du Libor, le taux interbancaire offert à Londres.  

    «Trafiquer» le niveau réel du Libor peut avoir des conséquences considérables sur les coûts de financement des entreprises et des particuliers. Crise ou pas, «la manœuvre est double, souffle un vieux briscard de la finance internationale. Il s’agit de tirer vers le bas les taux à court terme sur les dépôts tout en gonflant les taux à plus long terme pour les grands crédits syndiqués aux entreprises.» Sans oublier que tirer les taux à court terme vers le bas permet de se refinancer à bon compte tout en rassurant les marchés sur sa solidité financière. Intéressant quand on a de gros besoin de liquidités.  

    L’opacité qui entoure cette affaire de manipulation de taux témoigne de l’âpreté du combat mené Londres pour éviter toute régulation. Face aux récentes propositions de directives européennes visant à maîtriser la finance de l’ombre, les banquiers anglo-saxons resserrent les rangs.  

    Sébastien Buron


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  • 21 avril par Daniel Munevar

    Un des éléments qui l’objet de l’attention de la part des médias spécialisés depuis la crise de 2008 est ce qu’on appelle le Shadow Banking System (le système bancaire de l’ombre - SBS). Comme son nom l’indique, ce terme regroupe une série d’institutions et de pratiques basées sur l’utilisation de dérivés financiers en dehors de la régulation et de l’attention publique. Or, c’est précisément l’absence de régulation qui a facilité l’expansion rapide dudit segment des marchés de crédit globaux qui est passé d’un volume d’actifs représentant un peu moins de 20.000 milliards de dollars à 60.000 milliards de dollars à son apogée fin 2011 |1|.

     

    En dépit du volume des transactions, des actifs en jeu et des risques systémiques qu’il fait courir, le SBS a continué à ne recevoir qu’une attention marginale de la part des médias dont la communication est destinée au grand public. Pour comprendre ce système, il est utile d’effectuer la comparaison avec le système bancaire commercial. En effet, le financement du système bancaire traditionnel est en principe le fruit de la collecte des dépôts des épargnants qui font l’objet de prêts aux entreprises et aux individus. Le SBS fonctionne de manière différente. Pour se financer, une Shadow Bank émet des titres et effets commerciaux à court terme (la durée variant entre 1 jour et 1 mois) qui sont ensuite investis en produits financiers structurés à long terme comme les Asset Backed Securities (ABS |2|) ou Collateral Debt Obligations (CDO |3|). La marge de profit de ce modèle bancaire provient directement de la différence entre le coût de financement sur les marchés de crédit à court terme et le rendement supérieur fourni par les produits financiers structurés.

    La différence fondamentale entre les activités du secteur bancaire traditionnel et du SBS est l’absence de régulation concernant la seconde. Les restrictions en termes de réserves en capital qui obligent une banque à mettre de côté pour chaque prêt une partie du montant du prêt n’ont pas cours dans le cas des marchés de crédit à court terme où s’opèrent les transactions du SBS. Dans leur recherche pour augmenter les niveaux d’effet de levier pour accroître les profits, les principales banques étasuniennes et européennes sont entrées dans une forte compétition avec les Hedge Funds et Private Equity Funds pour recueillir des financements sur ces marchés là. C’est ainsi que des banques comme BNP PARIBAS ou Dexia ont pu étendre significativement leurs comptes de bilan sans devoir se soucier de collecter les dépôts des épargnants.

    Le problème est que ces banques n’intègrent pas ce type de transactions dans leurs comptes de bilan. En effet, pour collecter des ressources sur les marchés de crédit à court terme à travers l’émission de titres, les banques ont précédé à la création d’entités légales parallèles comme les Special Investment Vehicules (SIV |4|) ou Conduits |5|. Bien que les bénéfices des SIV finissent par être enregistrés dans le bilan comptable des banques, les actifs et passifs et finalement le risque de financement de ces entités est comptabilisé de manière séparée.

    Du point de vue des marchés, l’existence de cette relation implicite entre les banques et ces entités spéciales revêt deux implications concrètes. Premièrement, les coûts de financement des SIV sont réduits lorsque les marchés savent qu’en cas de problèmes de liquidité ou de solvabilité, les banques responsables de la création de ces entités spéciales les prendront en charge via des crédits ou l’intégration directe dans leurs comptes de bilan. Deuxièmement, les SIV permettent d’augmenter les profits comptables des banques parallèlement à l’évaluation séparée du profil de risque. Dans un environnement caractérisé par des taux d’intérêt faibles, une réduction généralisée de la volatilité et une régulation laxiste permettent de comprendre comment le SBS est passé d’un mécanisme alternatif de financement des entités bancaires étasuniennes et européennes à l’essence même de ces modèles de transactions financières.

    L’illusion de l’effet de levier illimité et d’une augmentation permanente des profits s’est achevée avec l’accroissement de la volatilité sur les marchés de produits financiers structurés en 2007. Le premier protagoniste connu du SBS qui a éprouvé des difficultés a été le Hedge Fund High-Grade Structured Credit Streategies (HGSCS) administré par Bear Stearns. En mars 2007, le HGSCS avait des positions ABS sur le marché des Subprimes d’une valeur totale de 13,7 milliards de dollars avec un capital propre de 925 millions de dollars. L’annonce de pertes pour l’équivalent de 3,7% du portefeuille du Hedge Fund au cours de ce même mois a conduit au retrait par les investisseurs de 100 millions de dollars. La perte de confiance dans le fonds a généré un effet domino par la perte de son accès au marché de financement à court terme ce qui a donné lieu à une vente de ses actifs à des prix en baisse (à 60 cents pour un dollar). Fin juin 2007, Bear Stearns s’est vu dans l’obligation de voler au secours de HGSCS enregistrant ainsi une perte de 3,2 milliards de dollars |6|.

    Ce schéma d’annonces de pertes, de gel de l’accès à des marchés de financement à court terme et d’intégration dans les comptes de bilan de la banque responsable de pertes significatives conséquentes s’est répété dans le cas de BNP PARIBAS en août 2007, dans le cas de Bear Stearns et Lehman Brothers en mars et septembre 2008. L’histoire est connue, l’effondrement dans ces deux derniers cas a conduit à la disparition de ces institutions financières. Enfin, l’incertitude a fini par affecter une des principales sources de financement du SBS, les Money Market Funds (MMF |7|). Au cours de la semaine qui a suivi la faillite de Lehman Brothers, les MMF ont été confrontés à des retraits de la part des investisseurs de l’équivalent de 14% de leurs actifs, environ 193 milliards de dollars. Fin octobre 2008, ce montant avait atteint 400 milliards de dollars |8|.

    Après une période de déclin postérieure à la crise financière associée aux événements décrits, le SBS a commencé à récupérer sa prépondérance dans les stratégies de financement du secteur bancaire. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de comprendre la stratégie de ce segment des marchés financiers qui continue d’être un des maillons faibles du système. L’effondrement récent du MMF Global Funds en novembre 2011 le démontre clairement. Un Primary Dealer |9| basé à New York et dirigé par John Corzine ancien directeur de Goldman Sachs, le MMF Global Funds a été mis en faillite par le refus progressif des MMF de financer des entités ayant des expositions sur la dette souveraine européenne. Au cours des mois précédents, ce Fonds avait bâti une importante position dans ces portefeuilles en utilisant des financements à court terme obtenus via l’émission d’effets de commerce à court terme dans les MMF et des profits significatifs dérivés des taux d’intérêt élevés liés aux titres des dettes de pays comme l’Irlande et l’Espagne. Néanmoins, avec la propagation de la rumeur concernant la position risquée |10| assurée par Global Funds, les investisseurs ont commencé à retirer leur argent et le fonds a perdu l’accès au financement à court terme. En l’absence de liquidités pour refinancer ses positions, Global Funds a fait faillite en laissant derrière lui des pertes estimées à 2 milliards de dollars.

    Cette histoire récente souligne l’un des risques les plus significatifs pour la stabilité des marchés financiers d’un SBS en expansion. En bonne partie, grâce à l’absence de régulation, des entités qui opèrent sur ce segment peuvent atteindre des niveaux d’effet de levier significatifs qui ne pourraient être atteints autrement. Cependant, l’effet de levier est associé à une haute vulnérabilité quant aux changements liés aux conditions de financement des marchés à court terme qui dans la majorité des cas est impliqué dans des positions complexes associant de faibles liquidités et des engagements à long terme qui ne sont pas faciles à transformer rapidement en liquidités. C’est ainsi qu’un problème de liquidités peut donner lieu très rapidement à un problème de solvabilité et il s’agit finalement de la survie même de l’entité qui est en question.

    A la fragilité excessive du SBS, il faut ajouter du point de vue public d’autres risques associés à ce système. Premièrement, en permettant à des banques commerciales avec des dépôts assurés d’établir des entités spécifiques, on a une violation des principes mêmes qui ont conduit à l’établissement d’assurances sur les dépôts. Lesdites garanties ont pour objectif de protéger les dépôts des épargnants et exigent en contrepartie une gestion stable et sûre de la part des banques. Néanmoins comme signalé auparavant le risque de financement encouru par les entités spéciales se trouve en dernière instance lié au compte de bilan et enfin aux garanties publiques dont les banques commerciales bénéficient. C’est dire que dans le contexte actuel les garanties sur les dépôts protègent d’abord les contreparties impliquées dans les transactions du SBS. Les dépôts qui les font exister à l’origine viennent ensuite. Un exemple pratique de cette situation est la récente mesure de la Bank of America d’intégrer à sa banque commerciale ses opérations sur les produits dérivés, ainsi en cas de problème lié aux produits dérivés ces transactions bénéficient de la couverture octroyée par le FDIC pour la banque commerciale |11|.

    Par ailleurs, il faut également mentionner l’exposition des Fonds de Pension aux transactions qui se déroulent dans le SBS. Par définition, ces fonds ont l’obligation de gérer un profil de risque d’investissement minime. Des raisons organisationnelles les obligent en même temps à garder un petit pourcentage de leur portefeuille d’investissement en actifs liquides à court terme. Ces actifs liquides facilitent sur le court terme les retraits et les demandes d’espèces. Cependant, étant donné la grande quantité de fonds qu’ils gèrent ce "petit" pourcentage tourne autour de 400 à 500 milliards par an |12|. Ces ressources étaient auparavant investies directement en titres de la dette publique à court terme. L’expansion du SBS et la recherche de marges de rentabilité plus élevées, les securities et autres types de ressources liquides aux mains des fonds de pension font l’objet de prêts au Hedge Funds, aux MMF et autres entités opérant dans l’ombre. Cela a pour conséquence que l’épargne mise sous l’administration des fonds de pension fait l’objet d’un risque dont le public n’a pas conscience.

    Un troisième risque est associé aux problèmes qui implique le SBS pour la régulation effective des entités financières. Dans la mesure où les dispositions récentes en matière de régulation ont eu pour objectif de consolider les bases du capital des banques et de réduire leurs niveaux d’effets de levier, cela a eu pour conséquence le retrait des activités les plus risquées des comptes de bilan et de ce fait des registres officiels. Cela permet d’expliquer la forte récupération du SBS au cours de l’année 2011 et au début 2012. Il est alors possible que la réduction récente de l’effet de levier des banques européennes et étasuniennes ne reflète pas une réduction réelle du risque systémique. Les activités les plus risquées et instables pouvant maintenant être hors de portée de l’attention des régulateurs.

    Dans l’ensemble, cette série de risques associés au SBS montrent une image extrêmement préoccupante des implications que peuvent avoir une expansion sans contrôle du secteur. La crise de 2008 a montré qu’en cas d’instabilité, les opérations qui ont lieu dans l’ombre finissent par être assumées dans la majorité des cas par des entités financières considérées comme too big to fail qui sont à leur tour sauvées par l’argent public. Dans la mesure où la stabilité d’un système financier réside dans les garanties offertes par l’État c’est de sa responsabilité d’assurer les conditions pour que ces garanties ne doivent pas être utilisées. En ignorant le SBS, les autorités manquent non seulement à leur responsabilité mais préparent la voie de manière accélérée à de nouveaux et chaque fois plus vastes sauvetages financiers en recourant aux deniers publics.

    Traduit de l’espagnol par Virginie de Romanet en collaboration avec Eric Toussaint

    Notes

    |1| Financial Times, “Traditional lenders shiver as shadow banking grows”, http://www.ft.com/intl/cms/s/0/f63b...

    |2| Un ABS est un titre qui est le produit de la somme d’un nombre déterminé de prêts individuels aux caractéristiques semblables. Les ressources associées au titre proviennent directement des crédits individuels.

    |3| Un CDO permet d’établir une structure de paiement subordonnée associée à un groupe d’instruments offrant un rendement fixe comme les titres ou effets de commerce à court terme. L’entité qui émet le CDO établit des segments de risque directement liés avec la rentabilité de l’instrument et sa priorité dans la structure de paiement. Un investisseur qui ne souhaite pas prendre de risque achètera une position senior dans le CDO et recevra alors les premiers paiements de la structure financière. Au contraire, un investisseur à la recherche d’un rendement plus élevé achètera une position présentant plus de risque et moins de priorité de paiement dans ladite structure.

    |4| Il s’agit d’entités juridiques parallèles crées par les banques d’investissement pour éviter les régulations concernant les réserves en capital. Généralement, ces entités se financent via l’émission d’effets de commerce à court terme. Au milieu de l’année 2007, il était estimé que les banques détenaient globalement dans les SIV un portefeuille en ABS et CDO d’une valeur de 1500 milliards de dollars, Thomas, L. (2011), ¨The Financial Crisis and Federal Reserve Policy¨, Palgrave Macmillan - New York, Ch. 5

    |5| Les "conduits" ont été établis par les banques pour faciliter le processus de création des ABS à partir de prêts individuels. Au cours de la période entre l’achat des dits crédits et la création puis la vente des ABS, ces crédits étaient maintenus dans les "conduits." Les "conduits" étant des entités légales indépendantes, les banques n’avaient pas l’obligation de provisionner des réserves en capital pour garantir les actifs de ces entités.

    |6| Hsu J. y Moroz M. (2010), “Shadow Banks and the Financial Crisis of 2007–2008” en The Banking Crisis Handbook, editado por Gregoriou G., CRC Press - New York.

    |7| Les Money Market Funds sont des fonds mutuels qui investissent dans des effets commerciaux sûrs à court terme comme les Bons du Trésor des Etats-Unis et des actions et obligations d’entreprises. Ces fonds jouent un rôle central dans l’approvisionnement de liquidités à court terme.

    |8| Op. Cit. 6.

    |9| Les Primary Dealer sont les entités chargées aux Etats-Unis de mener à bien l’achat et la vente de titres, en grande partie des bons du Trésor lors des opérations de marché ouvert de la Fed. Jusqu’à la faillite de Global Funds, il existait 18 entités qui assumaient cette fonction.

    |10| En raison de l’absence relative de liquidités des marchés de titres de la dette souveraine européenne, il est assez compliqué de pouvoir mettre fin à ces positions sur les marchés.

    |11| ¨Bank of America Deadwatch : Moves Risky Derivatives from Holding Company to Taxpayer Backstopped depositoryhttp://www.nakedcapitalism.com/2011...

    |12| Pozsar Z. y Singh M. (2011), ¨The Nonbank-Bank Nexus and the Shadow Banking System¨, IMF Working Paper - Research Department, WP/11/289

    Daniel Munevar, économiste, est membre du CADTM Colombie et de la coordination du CADTM Abya-Yala Nuestra America

    http://www.cadtm.org/


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  • La Fonderie du Poitou est-elle vraiment sauvée? Oui si l'on en croit le tribunal de commerce de Nanterre qui a attribué ce jeudi la reprise de l'usine d'Ingrandes (Vienne) à l'équipementier automobile lyonnais Saint-Jean Industries-Aluminium. Mais non, si l'on en juge par un précédent à Vénissieux, dénoncé par le maire PCF de la ville Michèle Picard. Rappel des faits.

    • 450 salariés en lutte.

    Le 20 octobre le tribunal de commerce a placé la Fonderie du Poitou-Aluminium (FDPA) en redressement judiciaire à la demande du désormais précédent propriétaire de l'entreprise, le groupe Montupet , déterminé à se désengager et à favoriser la recherche d'un repreneur. Auparavant, Montupet avait tenté de monnayer la survie du site à condition de baisser les salaires de 25%. Un plan rejeté par les salariés, qui ont fait une grève de deux mois.

    Les salariés se sont alors mobilisés pour demander que Renault , client à 85% de l'usine fabricant des culasses de moteurs, reprenne l'unité industrielle qu'elle avait créé en 1979 avant de la vendre en 1998 pour passer aux mains du groupe Montupet en 2010.

    • Opération récupération de Sarkozy

    La Fonderie du Poitou et son avenir sont entrés dans la campagne lundi dernier. Désireux de se départir de son bilan industriel calamiteux, le candidat président est venu sur le site pour annoncer la reprise du site de production par le groupe Saint-Jean Industries-Aluminium, quatre jours avant la décision du tribunal de commerce.

    La CGT, notamment, avait ironisé sur les déclarations du chef de l'Etat "venu à son initiative annoncer ce qui était déjà prévu" puisqu'il n'y avait qu'un seul repreneur.

    • Ce que prévoit le plan de reprise

    L'entreprise, basée dans le Rhône, nouveau propriétaire du fabricant de culasse, s'est engagée à préserver 395 postes de travail, ce qui devrait entraîner la suppression d'une soixantaine dans le cadre d'un plan social.

    Selon Nicolas Sarkozy, le repreneur bénéficiera de 12 millions d'euros d'investissement de l'Etat, grâce au Fonds de modernisation des équipementiers automobiles. Renault investira de son côté 19 millions d'euros dans FDPA qui pourra compter sur une aide publique de 8 millions d'euros au titre de la réindustrialisation, avait-il ajouté.

    • Saint-Jean Industries, liquidateur de la Fonderie de Vénissieux en 2009

    Tout irait donc bien dans le meilleur des mondes vanté par Nicolas Sarkozy si Michèle Picard n'avait rappelé le précédent de la Fonderie de Vénissieux. Dans un communiqué émis jeudi, la maire communiste de Vénissieux (Rhône) voit dans l'intervention de Saint-Jean industries l'exemple des "méthodes cyniques et le caractère prédateur du capitalisme financier"

    "Depuis 2009, le chiffre d’affaires du Groupe Saint-Jean Industries a quasiment doublé, passant de 90 millions d’euros à 177 en 2011, rachetant à tout va des entreprises aux États-Unis, en Norvège, en Allemagne ou encore en Suisse, explique Michèle Picard. Si on ne le savait déjà, ces décisions prouvent rétrospectivement que le groupe d’Emile Di Serio avaient les moyens de garder, d’investir et de moderniser la fonderie de Vénissieux. Il a choisi au contraire de sous-investir dans l’appareil de production, il a choisi au contraire le pourrissement de la situation en développant à l’époque, et en parallèle, des activités en Croatie, il a choisi au final la manipulation des salariés, prétextant que l’arrêt des commandes de Volvo Renault-Trucks était à l’origine de la décision de la fermeture du site de Vénissieux. Or, qu’apprend-on aujourd’hui dans le cadre du rachat de la Fonderie du Poitou? Que Saint-Jean Industries a pu obtenir des garanties, notamment de la part de Renault pour des commandes jusqu’à un million d’unités en 2015."

    Michèle Picard souligne enfin que "le comble du cynisme est atteint lorsque l’on apprend que le Groupe Saint-Jean-Industries, qui a réussi à ne pas verser un euro d’indemnité de licenciement aux salariés de Vénissieux, bénéficiera de 12 millions d’Euros de la part de l’Etat dans le cadre du rachat de la Fonderie du Poitou."

    Le maire de Vénissieux rappelle les 108 salariés "laissés sur le carreau" et espère que la Fonderie du Poitou ne va pas connaître le même sort.


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  • Où sont les 1 000 milliards d’euros injectés par la BCE ?

    À la lecture des statistiques publiées ces dernières semaines, les injections massives qui ont inondé le système bancaire ne sont pas parvenues jusqu’aux ménages et aux entreprises.

    En décembre et en février, la Banque centrale européenne (BCE) a ouvert les vannes du crédit aux banques, en lançant deux opérations de refinancement à long terme (trois ans), à un taux quasi gratuit de 1%. Des opérations qui ont eu un franc succès auprès des banques : en décembre, 523 banques ont emprunté 489 milliards d’euros, puis la seconde vague a profité à 800 banques qui ont emprunté 530 milliards d’euros. L’objectif affiché : éviter tout risque de «credit crunch» (assèchement du crédit) en zone euro. Et par conséquent, détendre non seulement les conditions de financement sur les marchés financiers, mais surtout dynamiser l’activité des agents économiques (entreprises/ménages) de l’économie dite «réelle». Selon les dernières statistiques publiées par la BCE, le flux de prêts aux entreprises non financières a… diminué de 3 milliards d’euros en février, tandis que le flux de prêts aux ménages n’a pas changé. D’un côté, les mesures d’austérité pèsent sur l’activité et donc sur la demande de crédit. Et de l’autre, les banques ont considérablement durci leurs conditions d’accès au crédit.

    D'un côté, l'austérité pèse sur la demande de crédit.

    De l'autre, ses conditions d'accès

    ont été considérablement durcies.

    Une étude réalisée auprès de 600 chefs d’entreprise de toutes tailles en France interrogés du 16 au 28 mars sur leurs conditions d’accès au crédit constate un resserrement du marché du crédit bancaire et considère que les conditions se tendront encore plus dans les mois à venir, alors que ces chefs d’entreprise souhaitent lancer de nouveaux projets pour préparer l’avenir. Pendant un court moment, les économistes et autres commentateurs d’actualité sur la crise compensaient l’absence d’effet sur l’économie réelle par de nombreuses déclarations annonçant la fin des tensions sur les titres de la dette,  grâce à l’action de la BCE.

    Les chiffres disponibles montrent que les banques espagnoles et italiennes ont accru leurs achats nets d’obligations souveraines de la zone euro en février. De 23 milliards d’euros à un encours total de 301,6 milliards d’euros pour les banques italiennes et de 15,7 milliards pour leurs homologues espagnoles.

    Les injections généreuses auraient donc permis d’éviter «le risque d’un effondrement des banques de la zone euro (…) et arrêter la contagion sur le marché de la dette souveraine», estimait, par exemple, Christian Schulz, économiste de la banque Berenberg, début mars. Une respiration qui n’a été que de courte durée. Depuis, le regain de tension sur les dettes souveraines a repris de plus belle.


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  • Rouge Midi 49

    Au début de cette année, nous nagions dans l’optimisme et – s’il faut en croire notre Président – la crise était « derrière nous ». Les crédits à trois ans de la Banque centrale européenne (LTRO ou Longer Term Refinancing Operations) semblaient avoir calmé la vague de spéculation qui avait failli emporter l’euro au mois de novembre dernier. La BCE avait injecté 489 milliards d’euros en décembre et 530 à la fin du mois de février. Le Mécanisme européen de stabilité (MES), adossé à des plans de rigueur généralisés officialisés dans le Pacte budgétaire européen, était censé nous garantir contre un retour de la crise. Enfin, la question de la Grèce était apparemment réglée par la restructuration de la partie de sa dette détenue par des investisseurs privés.

     

    Toutes ces illusions ont éclaté cette semaine. Les taux espagnols et italiens se sont à nouveau brutalement tendus à la suite de l’échec d’une vente de bons du trésor espagnols. Mercredi matin, les taux à dix ans sur la dette espagnole dépassaient 6%. Des rumeurs, entretenues par des membres de la BCE, les faisaient redescendre mercredi et jeudi à 5,8%. Mais, ce vendredi, ils étaient à nouveau à 5,99%. Les taux italiens à dix ans sont quant à eux à 5,50%, tandis que les taux à trois ans sont montés de plus de 1% cette semaine. Plus inquiétant encore : les primes des CDS, ces « assurances de crédits », montrent une ascension constante depuis deux semaines. L’Espagne a ainsi dépassé son précédent maximum, qui datait de décembre dernier.

     

    Les LTRO n’ont pas donné les résultats escomptés. Cela se comprend si l’on prend en compte le doute croissant sur la capacité de l’Espagne et de l’Italie à rétablir tant leur solvabilité interne (la capacité à maintenir une dette stable et à en servir les intérêts) que leur solvabilité externe (la capacité du pays à rembourser les emprunts qu’il contracte pour payer son déficit de la balance commerciale).

     

    Les banques espagnoles ont d’ailleurs dû emprunter à la BCE pour 316 milliards d’euros en mars, alors qu’elles n’avaient emprunté « que » 170 milliards en février. La perception de la qualité du crédit, qu’il soit public ou privé, se dégrade rapidement en Espagne.

     

    En ce qui concerne l’Italie, une part croissante des investisseurs pense que ce pays devra restructurer sa dette avant la fin de l’année. Or, l’exemple de la Grèce, où les gouvernements avaient fait pression sur leurs banques pour qu’elles acceptent l’échange de titre à des conditions très défavorables, est encore frais dans toutes les mémoires. Les banques sont donc de plus en plus réticentes non seulement à acheter des dettes nouvelles de l’Italie, mais même à conserver les titres italiens qu’elles ont acquis dans leur portefeuille.

     

    À cette situation s’ajoute une fuite des capitaux massive de l’Espagne et de l’Italie, que ce soit vers des pays considérés comme « sur » dans la zone euro (essentiellement l’Allemagne, les Pays-bas et le Luxembourg) ou vers l’extérieur de la zone (la Suisse, les États-Unis et, de plus en plus, les pays asiatiques).

     

    Depuis le 1er août 2011, ce ne sont pas moins de 155 milliards d’Euros qui ont quitté l’Espagne pour aller vers les pays « sur » de la zone Euro, dont 65 milliards rien que pour le mois de mars dernier.

     

    Cette fuite des capitaux nous indique la mesure de la défiance des investisseurs. Si l’on regarde maintenant la fuite des capitaux hors de la zone Euro, nous avons aussi la mesure de la défiance vis-à-vis de l’euro.

     

    Si l’on ne tient compte que des mouvements à l’intérieur de la zone euro, on peut faire trois constatations :

     

    1. Le mouvement, qui a commencé au début de 2010 a connu un premier pic à la fin de la même année, s’est calmé par la suite, pour reprendre de manière continue et explosive depuis août 2011.

     

    1. Concentré au départ sur la Grèce, le Portugal et l’Irlande, il a vu la part de l’Espagne et de l’Italie se développer de manière spectaculaire depuis août 2011.

     

    1. Si les flux se sont toujours dirigés sur l’Allemagne, en proportion de la taille de cette économie, sa part comme receveur de ces flux tend à diminuer au profit des Pays-Bas, pays dont l’orthodoxie monétaire semble plus rassurer les investisseurs, mais aussi pays plus ouvert et d’où on peut bien mieux – le cas échéant – faire glisser ses capitaux vers des paradis fiscaux…

     

    Rouge Midi 50

     

    Source : Bloomberg, 13/04/2012 et CEMI-EHESS

     

    Quelles sont alors les options pour la BCE ? Elle peut reprendre ses LTRO. Mais, on l’a déjà écrit, leur efficacité est désormais faible devant les inquiétudes que suscitent la solvabilité de l’Espagne et de l’Italie. Elle peut aussi reprendre ses achats de titres sur le marché secondaire. Mais, d’une part, elle a déjà acheté pour plus de 214 milliards de titres de dettes de pays en difficulté, ce qui pèse sur son bilan si l’on y ajoute les achats de dettes privés « toxiques » fait pour soulager les banques et les prêts consentis à ces dernières. D’autre part, cette politique rencontre désormais l’opposition de plus en plus nette non seulement des représentants allemands mais aussi des représentants néerlandais et finnois en son sein.

     

    La démonstration est désormais faite que la politique monétaire ne peut à elle seule venir à bout de cette crise. Il faut, aussi, un volet de politique budgétaire, et non pas seulement sous la forme de politiques d’austérité mais de politiques de croissance. Il ne peut en effet y avoir de retour à la solvabilité, qui conditionne l’accès à la liquidité, pour les pays en détresse qu’à deux conditions (conjointes) : une forte croissance ou à une croissance modérée avec une forte inflation (il faut une croissance nominale du PIB de 5% à 6%) ; des transferts importants (à hauteur de 3% à 4% du PIB) de l’Allemagne vers les pays à problèmes (Grèce, Portugal, Espagne, Italie) pendant une période de 4 à 6 ans.

     

    Si l’Allemagne est incontestablement prête à faire un geste en direction de la croissance, il ne sera pas à la hauteur de ce qui serait nécessaire, et l’on ne doit entretenir aucune illusion à ce sujet. Dès lors le Pacte budgétaire et le MES vont s’avérer des pièges redoutables dans lesquels les pays européens se seront d’eux-mêmes enfermés. Si l’on ne veut pas que cette crise emporte avec elle tous les acquis sociaux de ces cinquante dernières années et plonge l’Europe dans la misère et le désespoir, il ne nous reste que deux solutions : soit on peut renégocier en profondeur, et non à la marge, le Pacte budgétaire mais il convient de le faire sur la base de mesures unilatérales et en assumant le risque d’une rupture au sein des pays de la zone euro ; soit il faudra déconstruire cette dernière, et le plus vite sera le mieux.

     

    Ni François Hollande, ni Nicolas Sarkozy ne sont prêts à l’une ou à l’autre de ces options. L’avenir de la France s’annonce donc fort sombre.

     

    Par Jacques Sapir le 14/04/2012

    Transmis par Linsay


    Jacques Sapir est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et professeur associé au Collège d’économie de Moscou (MSE-MGU).

    URL article : http://www.rougemidi.fr/spip.php?article6765


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  • La Magie du Marché

    Dans des moments comme ceux-ci, la survie est la chose la plus importante

    George Soros

    Au classement des fonds d’investissement les plus riches, celui de George Soros arrive à la cinquième place. Fin 2009, les actifs gérés par le milliardaire représentaient la moitié des actifs administrés par la pièce maîtresse de la dynastie Rockefeller : JPMorgan Chase.

    George Soros, milliardaire grâce à des spéculations de haut vol et jouissant de relations très privilégiées avec quelques familles oligarchiques du cartel bancaire, s’est rendu en Allemagne pour la promotion de son dernier livre Idées et solutions face à un chaos financier en Europe et en Amérique.

    Il a expliqué que la crise de l’euro allait empirer et s’est même avancé en disant : le sort de l’euro sera connu dans les deux prochaines semaines et la devise européenne connaîtra un virage très compromettant, y compris l’Union européenne.

    Pour George Soros, la Chancelière Merkel et le président de la BCE M. Draghi peuvent raconter ce qu’ils veulent, la prochaine crise de l’euro sera pire que les précédentes.

    Les Etats-Unis sont maintenant devant l’Europe

    LIESI a déjà eu l’occasion de l’exprimer il y a peu : pourquoi, depuis quelques semaines, y a-t-il tant de conversion d’euros en dollars ? Des patrimoines entiers sont ainsi convertis d’euro en devise américaine. Pourtant, juste avant que la BCE ne se soumette aux injonctions de l’homme de Goldman Sachs, l’actuel secrétaire au Trésor US, ce sont bien les Etats-Unis et le dollars qui étaient au plus mal ! Quel retournement en quatre mois !

    C’est cela la magie du marché…

    http://liesidotorg.wordpress.com/


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  •  Incroyable : la France laisse Francfort spéculer sur sa dette ! Une trahison de plus?

    La Bourse de Francfort met sur le marché le 16 avril un contrat à terme sur la dette française. L'administration du Trésor, consultée, a donné son feu vert. Pire : l'Autorité des marchés financiers est écartée du contrôle de ces opérations. Comme si l'on voulait mettre sous tutelle de Berlin le prochain président.

    SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA 
    Les marchés financiers ont déjà bousculé la démocratie à Rome, à Madrid et à Athènes. Ils empoisonnent déjà la campagne électorale française, et ce n'est qu'un début. Marianne est en mesure de révéler que ces pressions s'organisent avec la passivité, si ce n'est la complicité, si ce n'est du pouvoir politique, du moins de l'administration du Trésor.

    L'histoire commence par l'ouverture lundi prochain 16 avril  d'un marché à terme sur les emprunts d'Etat français, déjà annoncé par Marianne, qui va mettre de l'huile sur le feu. Créé par Eurex, une filiale de Deutsche Börse (l'homologue allemande de la Bourse de Paris), le contrat à terme permettra à partir de lundi 16 avril de parier à la baisse ou à la baisse sur les Obligations assimilables du Trésor (OAT) 10 ans, l'emprunt phare de la France.
    Concrètement, n'importe qui pourra, moyennant environ 10 000 euros, miser sur une hausse ou une baisse du taux d'emprunt de la France, alors qu'avant la création de ce contrat, le ticket d'entrée s'élevait à 10 millions d'euros, la valeur d'une OAT. Grâce à l'effet-levier, on met 10 000 euros sur la table, mais on joue sur 100 000 euros, soit un levier de 10. Ce qui signifie que, par exemple, si la dette française varie d'un point, le joueur gagnera ou perdra 250 euros.

    Bien sûr, les partisans du marché développent toutes sortes d'arguments rationnels pour défendre ce type d'opération : les « futures », qui existent déjà pour les emprunts allemands ou italiens,  devraient permettre une meilleure liquidité (possibilité d'acheter et de vendre plus facilement) des emprunts. Actuellement les échanges sur les OAT 10 ans sont de l'ordre du milliard par jour. Cela pourrait même faire baisser les taux d'intérêts pour l'Etat français, plaident-ils. Voire, s'écrie Pascal Canfin, député européen EELV: « c'est plutôt une possibilité supplémentaire et redoutable de spéculer sur la dette, sans payer trop cher, et avec un peu de sécurité »
    Jean-Luc Mélenchon, qui prédit un assaut  des marchés contre la France dès le 7 mai, dénonce, lui, à raison, « un instrument financier de chantage contre la dette de l'Etat français ».  Car le calendrier pose problème. Même si  Eurex avait publié un communiqué le 24 mars pour annoncer son innovation,  l'apparition de cet outil  sept jours seulement avant le premier tour de la présidentielle est une vraie atteinte à la souveraineté nationale.
    L'information que Marianne est en mesure de révéler est que cette opération qui pourrait mettre en danger les finances publiques a été réalisée avec l'approbation des autorités françaises ! Selon nos informations en effet, l'Agence France Trésor qui gère les émissions de dettes a été informée à la mi-mars des intentions d'Eurex. Si l'administration française ne peux légalement s'opposer à une initiative entièrement privée, comme l'a souligné François Baroin, le ministre des finances, dans un communiqué,il ne semble pas qu'elle ait demandé à Eurex de différer l'ouverture de son « future sur OAT 10 ans » aux lendemain des échéances politiques. Elle n'a pas non plus essayé de convaincre les banques spécialistes en valeur du Trésor (SVT) dont fait partie la puissante Deutsche  Bank, et qui seront les premieres utilisatrices du contrat OAT, d'agir dans ce sens.

    On ne peut rien imposer à ces grands établissements mais il est d'usage dans ce monde là de se parler et en général les banquiers évitent d d'embarrasser la puissance publique. Pourquoi le gouvernement français n'a-t-il pas agi discrètement  dans ce sens? Serait-ce pour que vérifier les prophéties catastrophistes comme celles de Denis Kessler, le patron de la Scor, de Marc Fiorentino qui annonce que "le 7 mai, les marchés attaqueront la France ", et même celles de François Fillon et Alain Jupp et, surtout si elle est présidée par François Hollande ? De plus, Marianne est en mesure de révéler l'énorme bourde du gouvernement : il a non seulement laissé se créer un marché dérivé de sa dette, mais il a accepté que le contrôle de ce marché stratégique lui échappe ! Car s'il y a spéculation sur la dette, ou malversation, ou simplement des doutes sur les transactions, ce n'est pas l'Autorité des marchés français (AMF) présidée par Jean-Pierre Jouyet qui sera compétente, mais son homologue allemande, la BaFin, puisque Eurex est une entreprise allemande, basée à Francfort.  Il faudra donc, pour se défendre des spéculateurs, que les autorités françaises demandent la collaboration de nos amis allemands!  La mécanique semble agencée comme si on avait voulu faire en sorte que le « prochain » président qui affiche sa volonté de faire en sorte que « la démocratie soit plus forte que les marchés » soit privé de tout pouvoir et placé sous tutelle dès le premier jour. Cette perte de souveraineté explique sans aucun doute les critiques acerbes prononcées par Jean-Pierre Jouyet. « Ce n'est pas le bon signal dans le contexte actuel », a déclaré celui  qui est non seulement un ami de François Hollande mais aussi ex-directeur du Trésor à Bercy, donc l'ancien superviseur de l'agence France Trésor. Un expert, en somme.  
     

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  • Goldman Sachs : 16,2 M$ pour le PDG

    Le PDG de Goldman Sachs Lloyd Blankfein a perçu une rémunération globale de 16,2 millions de dollars l'an dernier, en augmentation de 14,5% par rapport à 2010. Selon un document déposé auprès de l'autorité boursière, la Securities and Exchange Commission (SEC), la rémunération du PDG comprend un salaire de deux millions de dollars, une prime de trois millions de dollars et des actions pour un montant de 10,7 millions de dollars.

    En 2010, Lloyd Blankfein avait reçu 14,1 millions de dollars dont 600.000 dollars de salaire, une prime de 5,4 millions de dollars et pour 7,7 millions de dollars d'actions.


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    Le contrat Eurex - organisé et permettant de prendre des positions aussi bien sur la vente que l'achat - ouvre la porte à de nouveaux acteurs.

    Outil de protection ou instrument de spéculation ? Le débat émerge avant le lancement le 16 avril - six jours avant le premier tour de la présidentielle - d'un nouveau produit financier assis sur l'évolution future des emprunts d'Etat français. Créé par Eurex, filiale du groupe allemand Deutsche Börse, ce contrat à terme permettra aux investisseurs de parier sur la hausse ou la baisse des obligations françaises à l'avenir.

    Ce "future", dans le jargon des financiers, est semblable à de multiples produits existant notamment dans les matières premières : cette technique permet par exemple à un producteur de blé de s'assurer dès aujourd'hui de figer le prix de vente de sa production de demain ou à un industriel de sécuriser son approvisionnement ; mais il constitue aussi une arme pour spéculer. Dans les années 1990, il existait d'ailleurs un tel produit sur la dette de la France.

    "POURQUOI PRENDRE UN TEL RISQUE ?"

    "Le timing du lancement de ce nouveau produit est troublant, note Marc Fiorentino, président d'Euroland Finance. Il va faciliter grandement la spéculation sur la dette française." Un investisseur souhaitant parier contre celle-ci avait jusqu'ici deux outils : d'abord, les "credit default swaps" (CDS), ces contrats d'assurance contre la faillite d'un emprunteur, mais leur utilisation est en train d'être limitée à ceux possédant des titres de dette ; ensuite, la vente à découvert, quand l'investisseur vend aujourd'hui un produit financier qu'il n'achètera que plus tard, mais ce marché de gré à gré reste circonscrit à un nombre limité d'intervenants, car très technique.

    Le contrat Eurex - organisé et permettant de prendre des positions aussi bien sur la vente que l'achat - ouvre donc la porte à de nouveaux acteurs... "Pourquoi prendre un tel risque ?, s'interroge l'eurodéputé Pascal Canfin (EELV), spécialiste des questions financières. Pour que ce produit soit un instrument de couverture et non de spéculation, il aurait fallu restreindre son utilisation à des investisseurs ayant effectivement de la dette française."

    Pour ses défenseurs, un tel produit doit permettre de rendre le marché des emprunts français plus attractif, car les investisseurs pourront se protéger contre des variations trop brutales, comme c'est le cas en Allemagne. Sur le modèle allemand, un "future" sur la dette italienne a d'ailleurs été créé en 2009, mais les volumes d'échanges sont restés faibles (1 milliard d'euros par jour pour une dette de 1 900 milliards).

    Clément Lacombe


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  • JACQUES NIKONOFF

    Porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

     

    DENIS DURAND 

    Membre du Conseil national du Parti communiste français (PCF).

     

    JACQUES NIKONOFF. Attention aux amalgames ! Il y a une sortie de gauche de l’euro et une de droite, comme il y avait un « non » de droite et un « non » de gauche lors du référendum de 1992 sur le traité de Maastricht et de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen. La sortie de gauche de l’euro est la suite logique de ces « non » de gauche de 1992 et de 2005 à ces traités qui visaient à sanctuariser les politiques libérales. Certains objectent un « effet désastreux d’une forte dévaluation sur le niveau de vie des travailleurs en cas de sortie de l’euro. Il ne faut pas se laisser impressionner par la campagne d’affolement de la population menée par la droite, le patronat et le PS en reprenant leurs arguments ! Pourquoi faut-il sortir de l’euro et dévaluer le franc, la drachme, etc. ? Parce que, pour la plupart des pays de la zone euro – sauf l’Allemagne -, l’euro est surévalué.


    Cet euro « fort » signifie qu’actuellement 1 euro vaut 1,40 à 1,45 dollar alors que le taux d’équilibre est de 1 euro = 1,15 dollar. Cela entraîne une baisse des exportations, l’aggravation du déficit commercial, les délocalisations (automobile, aéronautique…), la pression sur les salaires.


    Inversement, les prix des marchandises venant des pays hors zone euro sont moins élevés à qualité égale que les mêmes produits fabriqués en zone euro. Les consommateurs préfèrent alors acheter les produits importés, moins chers. Donc, là aussi, encouragement aux délocalisations et au chômage. Si on veut mettre un terme à la surévaluation de l’euro, au chômage et à l’écrasement des salaires, il faut donc sortir de l’euro.

     

    DENIS DURAND. Face à cette question, il y a trois positions. Celle qui est majoritaire, soutenue par les forces les plus proches du pouvoir, est favorable à la poursuite de l’euro tel qu’il est et a été conçu et mis en place depuis maintenant 20 ans. Le choix de la monnaie unique était destiné à instaurer des politiques destinées à satisfaire les marchés financiers. Elles ont eu pour résultats une faible croissance dans la zone euro depuis les années 1990, la montée du chômage et de la précarité, l’aggravation de l’emprise du capital allemand sur l’ensemble de la zone, et actuellement, une crise extrêmement aiguë des finances publiques dans la zone euro. Face à cela, une partie de la gauche socialiste propose de continuer et estime que si l’on a cette crise, c’est parce qu’on n’est pas allé assez loin dans le fédéralisme européen. C’est une fuite en avant pour mieux satisfaire les marchés financiers et qui passe par des politiques d’austérité. Première voie manifestement à rejeter. La deuxième voie, c’est celle de Jacques Nikonoff. La troisième, c’est celle du PCF, que je préconise.

     

    C’est considérer qu’il n’y a pas de formule magique pour sortir de la crise, et de la crise de l’euro en particulier. On ne peut surmonter la crise du capitalisme financiarisé dans lequel nous sommes sans lutter pour changer aussi l’Europe. La politique de l’euro cher a effectivement des aspects destructeurs sur l’industrie et l’emploi. Mais renverser cette politique exige une solidarité à l’échelle européenne face aux marchés financiers et face à l’hégémonie américaine. Ce sont les États-Unis qui ont délibérément provoqué une politique de création massive de dollars, pour faire baisser le dollar et répondre aux intérêts du capital américain. Le Japon, la Chine, les pays émergent ont réagi en refusant cette baisse du dollar : la hausse de l’euro a servi de variable d’ajustement. Pour en sortir, il faut changer l’euro et sa place dans le système monétaire international, et pour cela organiser une alliance entre l’Union européenne et les pays émergents afin d’imposer un autre système monétaire international, avec une monnaie commune mondiale qui ne soit pas au service d’une puissance dominante, comme l’est le dollar aujourd’hui. Si la solidarité entre Européens éclate au profit d’un repli sur une politique monétaire nationale, on perd un atout considérable dans cet affrontement avec l’hégémonie monétaire américaine. Il faut donc non seulement refuser l’euro tel qu’il est, mais se battre pour le changer.

     

    JACQUES NIKONOFF. Je suis d’ accord sur le bilan mais j’en tire des conséquences différentes. Il existe des mesures connues et efficaces pour sortir de la crise. Les expliquer à la population permettra de dégager des perspectives de luttes. Pour la gauche et le PCF en particulier, il y a un problème d’articulation entre le court, le moyen et le long terme ; entre le niveau national, européen et international. Il faut mieux articuler tout cela. Agir dans un pays isolé serait-il une illusion ? Il est possible d’agir vite à l’échelle nationale, sans pour autant méconnaître le niveau européen. Il ne faut pas donner l’impression aux électeurs qu’on ne peut rien faire alors qu’ils ont voté pour nous. Ce serait alimenter le pessimisme. Il est évidemment souhaitable de parvenir à un nouveau système monétaire européen et international. Mais comment ? Il faudrait en effet mettre d’accord les 27 pays de l’UE sur une conception de gauche de la politique économique et monétaire. Ce n’est pas pour demain !

     

    Est-il possible d’obtenir un accord politique de gauche sur les questions monétaires avec les gouvernements de droite ou sociaux-écolo-libéraux de Berlusconi, Merkel, Cameron et les faux socialistes méditerranéens ?

     

    La transformation de l’Union européenne, on peut continuer à y rêver et à lutter pour elle. Mais, encore une fois, pour changer le traité de Lisbonne, il faut l’unanimité des 27. Il ne peut pas y avoir de consensus droite-gauche au niveau européen.

     

    Cela voudrait dire qu’à l’échelle nationale on est prêts à gouverner avec la droite. Il faut articuler la perspective de transformer le traité de Lisbonne, mais dans le long terme - avec des politiques unilatérales de court terme sur le plan national, comme la sortie de l’euro.

     

    La surévaluation de l’euro est structurelle, elle est inhérente à l’euro lui-même. L’euro est surévalué par construction, notamment parce qu’il a été conçu pour concurrencer le dollar comme monnaie de réserve.

     

    Et dans ce que j’entends, j’ai l’impression qu’il y aurait une sorte d’accord avec cet objectif initial. Mais moi, je ne suis pas d’accord avec cet objectif. Oui, il faut dédollariser l’économie mondiale, mais pas en concurrençant le dollar en faisant de l’euro un petit dollar Le but de l’euro était de favoriser l’attractivité des capitaux. Pour cela, la BCE a proposé des taux d’intérêt supérieurs à ceux de la zone dollar, ce qui a fait monter l’euro et a déprimé la croissance économique.

     

    D’autre part, le soubassement théorique qui a servi à la fondation de l’euro, c’est la théorie ultralibérale dite des « marchés efficients ». Pour elle, la liberté totale de circulation des capitaux devait permettre aux marchés de choisir les projets les plus rentables. On a vu le résultat ! L’euro a été le vecteur de cette stratégie. Il a été créé pour accompagner la dérégulation financière et faciliter la circulation des capitaux. La dernière raison de la surévaluation de l’euro est la politique des dirigeants allemands, qui ont besoin d’un euro fort. C’est Gerhard Schroeder qui a introduit une stratégie de confrontation, de guerre commerciale au sein même de l’Union européenne, contrairement à l’esprit supposé de la construction européenne. Il a dévalué les salaires des travailleurs allemands pour gagner en compétitivité et soutenir les exportations.

     

    Ces mêmes dirigeants ont délocalisé massivement dans les pays d’Europe centrale et orientale. D’où leur insistance pour l’élargissement de l’Union européenne. Le but était de se tailler une zone dans laquelle il y avait une main-d’œuvre qualifiée et une monnaie faible et dans laquelle il serait possible de faire produire à bas coût pour ensuite exporter dans la zone euro, à monnaie forte (43% des exportations allemandes !).

     

    DENIS DURAND. La crise financière de 2007-2008 a révélé l’absolue nécessité de réorienter radicalement l’utilisation des moyens financiers. Mais comment y parvient-on ? En ayant d’autres objectifs que ceux de la rentabilité maximale, en privilégiant des objectifs sociaux qui peuvent se traduire par de nouveaux critères de gestion dans les entreprises et de nouveaux critères d’attribution des crédits. L’expérience historique a montré qu’il ne suffit pas d’intervenir au niveau gouvernemental. Il faut conquérir des pouvoirs à tous les niveaux. Et c’est là que l’on a une articulation. Les banques et les banques centrales ont ce pouvoir spécial, sans équivalent, de créer de la monnaie et de l’affecter aux financements des projets, des investissements qu’elles choisissent On peut s’attaquer à ce pouvoir dès le niveau local. Des milliers de PME et des entreprises plus grandes ont des projets et ne peuvent pas les réaliser parce que les banques leur refusent des crédits. On peut dans des centaines de bassins d’emploi développer des luttes avec les salariés, les élus, les habitants, avec des alliances entre différentes couches sociales, pour imposer la réalisation de ces projets qui se traduisent par le développement local, des territoires, de l’emploi, l’élévation des qualifications de la main-d’œuvre, la recherche, la protection de l’environnement. Il faut mettre en cause le comportement des banques par ces luttes. Puis, une fois que ce rapport de forces est créé, il faut le traduire dans les institutions. Par exemple, les régions peuvent décider aujourd’hui d’arrêter de distribuer des subventions aux entreprises, petites et grandes, et choisir de peser sur le comportement des banques, avec des techniques telles que la sélectivité dans l’attribution des garanties d’emprunt ou des bonifications d’emprunt. C’est ce que nous proposons avec la création de fonds régionaux pour l’emploi et la formation, qui seraient pilotés par les conseils régionaux avec la participation des syndicats, des élus locaux, et les acteurs économiques, publics et privés. Pour cela, on a besoin d’alliés dans le système bancaire : un pôle financier public avec des banques qui obéissent à d’autres critères que les banques privées. Un pôle financier public, c’est un réseau d’institutions financières qui utilisent leur pouvoir de création monétaire en fonction d’autres critères et en liaison avec les luttes des salariés. Ce pôle financier aurait pour but de peser sur le comportement de l’ensemble du système financier pour obtenir une réorientation des crédits à l’échelle nationale. Il faut créer une force composée de banques renationalisées, en liaison avec les puissantes banques mutualistes, avec la Caisse des dépôts, la Banque de France, Oseo, le Trésor public. Si on a un projet qui est soutenu au niveau local et au niveau national, on peut se tourner vers la Banque centrale européenne (BCE) pour lui dire : qu’est-ce que vous attendez pour favoriser ces projets-là et pour arrêter de refinancer les prêts que la Société générale ou Goldman Sachs font aux spéculateurs ? On construira ainsi petit à petit le rapport de forces qui fera que, dans l’ensemble de l’Europe, des majorités se constitueront dans les opinions pour exiger une modification des traités, une transformation du statut de la BCE, pour la mettre sous le contrôle des parlements nationaux, du Parlement européen, et faire en sorte qu’elle poursuive d’autres objectifs que ceux qui lui sont actuellement fixés par les traités.

     

    JACQUES NIKONOFF. Je suis d’accord mais ce sont des vœux pieux. Car c’est incompatible avec le traité de Lisbonne et avec l’euro. Imaginons que d’autres pays ne souhaitent pas changer le statut de la BCE, ce qui est une hypothèse fondée et d’ailleurs la plus probable.

     

    Quel est le plan B ? On attend que tout le monde se mette d’accord ?

     

    Je crois que c’est la faille de la politique de la gauche de gauche. Elle n’articule pas les différents échelons et les différentes temporalités. Il est évident que les Allemands refuseront d’utiliser l’outil monétaire, parce que dans leur culture il y a un tabou. Dans ce cas-là, que fait-on ?

     

    On dit aux Français que l’on a essayés mais que les dirigeants allemands ne veulent pas ?

     

    C’est la raison pour laquelle il faut sortir de l’euro de manière unilatérale. Il n’y aura pas d’atteinte au niveau de vie des travailleurs si on prend trois mesures.

     

    Première mesure : rétablir l’échelle mobile des salaires et des prix.

     

    Deuxième mesure : faire entrer la France dans le SUCRE (Système unitaire de compensation régionale de paiement), la monnaie commune de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA). Il y a là une formule alternative à l’ordre néolibéral mondial très intéressante. La France pourrait diversifier ses sources d’approvisionnement, notamment en pétrole, ce qui la protégerait des conséquences de la dévaluation pour l’importation de matières premières.

     

    Et troisième mesure : mettre en œuvre de manière unilatérale la charte de La Havane de 1948. Il faut mettre un terme au libre-échange : c’est la guerre commerciale de tous contre tous, c’est la mise en concurrence des travailleurs à l’échelle planétaire.

     

    Pour mettre en place un autre système, on ne peut pas compter sur l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui est l’un des piliers de l’ordre néolibéral mondial, au même titre que l’OTAN, le FMI, la Banque mondiale et l’Union européenne.

     

    Il faut donc sortir de l’OMC. Un gouvernement vraiment de gauche devrait proposer à tous les autres pays des accords bilatéraux de coopération commerciale.

     

    Et construire ainsi, progressivement, à côté de l’OMC, une autre alliance avec les pays qui veulent coopérer et non pas se faire la guerre commerciale. La charte de La Havane repose sur la recherche de l’équilibre des échanges (balance des paiements). Des mesures protectionnistes n’interviendraient que pour rétablir l’équilibre. Beaucoup de pays accepteront. Il est probable que certains refuseront ces accords, les plus excédentaires comme la Chine et l’Allemagne. L’affrontement politique, idéologique et commercial semble inévitable avec ces pays, et il faudra instaurer des quotas et des droits de douane. C’est la condition pour réindustriaIiser, pour permettre de relocaliser en France, progressivement, un certain nombre d’industries : textile, ameublement, mécanique, machine-outil, chaussure...

     

    DENIS DURAND. Je pense que c’est se tromper d’adversaire que de se placer dans la perspective d’un affrontement avec la Chine et d’autres pays émergents. Le système monétaire international et le système commercial international sont des systèmes hiérarchisés autour d’une puissance hégémonique, avec New York comme point d’impulsion majeur de l’ensemble des marchés financiers internationaux. Je ne crois pas que nos amis latino-américains attendent en priorité que la France adopte le SUCRE. Il faut coopérer avec eux, bien sûr. Et nous allier avec eux pour faire reculer la domination monétaire, commerciale, culturelle, politique, militaire des États-Unis. Ce que nous disent les Latino-Américains, c’est surtout ne faites pas éclater l’euro ! Cela nous a coûté trop cher d’être en ordre dispersé face aux États-Unis. Ne revenez pas à une situation de guerre commerciale et de guerre monétaire, avec des dévaluations compétitives. Il n’est pas utopique de dire qu’il faut développer des luttes sociales et politiques pour faire reculer le pouvoir des banques centrales et des marchés financiers. Je pense que cela ne ferait pas plaisir à ceux qui mènent ces luttes... Y compris dans le système financier lui-même. En 2003, par exemple, les salariés de la Banque de France avec les élus locaux ont mis en échec un projet de fermeture des succursales départementales. Jean-Claude Trichet, gouverneur à l’époque, a dû signer un contrat de service public avec le gouvernement. Quand la crise a frappé l’économie française, en particulier les PME, en2008-2009, on s’est rendu compte que les interventions pour éviter l’effondrement du tissu industriel dans les régions passaient par le médiateur du crédit, qui obligeait les banques à adoucir leurs critères de prêts aux PME, à travers l’intervention des succursales de la Banque de France. La crise, elle-même, a eu des effets sur la BCE. Elle a dû procéder à des achats massifs de titres de l’État grec et d’autres pays, alors qu’il y a encore 2 ou 3 ans, cela aurait semblé un sacrilège envers les traités européens.

     

    JACQUES NIKONOFF. Je n’ai pas dit que nos amis de l’ALBA attendaient la France. C’est l’inverse ! La coopération avec l’ALBA, notamment avec le Venezuela pour le pétrole, est un moyen de diversifier les sources d’approvisionnement de la France, de manière à alimenter la dédollarisation, limiter l’augmentation des prix du pétrole, économiser des devises.

     

    Deuxièmement, il ne s’agit pas du tout d’opposer les peuples. L’UE, l’OMC, le FMI, la Banque mondiale, ce n’est pas l’union des peuples, c’est l’union des classes dirigeantes contre les peuples.

     

    Ce à quoi nous appelons, nous, au M’PEP, c’est à la solidarité des peuples contre leurs classes dirigeantes et contre l’ordre mondial néolibéral de domination et d’aliénation, incarné sur notre continent par l’Union européenne.

     

    Mais attention de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier en matière revendicative en considérant que la seule chose possible est un changement des statuts de la BCE.

     

    Je crois qu’il faut émettre l’hypothèse que ça prendra du temps, et qu’en attendant il faut avancer. Il faut donc envisager des mesures nationales unilatérales.

     

    Sur quoi le PS a-t-il abdiqué en 1983 ?

     

    Sur la question monétaire, en refusant de sortir du Système monétaire européen, et sur le libre-échange en refusant de réfléchir à un système s’inspirant de la charte de La Havane, de coopération internationale. On en est au même point, 30 ans après.

     

    Si la gauche radicale ne bouge pas sur la question monétaire et sur la question du libre-échange, le résultat sera le même : l’échec. On l’a tous dit en 2005 : on ne peut pas mener de politique de gauche dans le cadre du traité de Lisbonne.

     

    Il faut en tirer toutes les conséquences : ça veut dire désobéir à l’Union européenne. Il faut donc sortir de l’euro et de l’Union européenne.

      La souveraineté sur la politique monétaire est primordiale. C’est pour cela que les classes dirigeantes ont toujours gardé la main sur cet instrument décisif. Il faut la restituer au peuple, par l’intermédiaire de ses représentants, le Parlement, et cela ne peut se faire qu’au niveau national.

     

    DENIS DURAND. La gauche est traversée par deux courants. Une conception que je considère comme dépassée, qui consiste à faire essentiellement confiance à l’État pour déterminer les évolutions économiques et sociales. Et l’autre qui mesure à quel point il faut aller bien au-delà de l’étatisme, qui a eu ses vicissitudes au XXe siècle, pour développer une prise de pouvoir partout où se prennent des décisions importantes : dans les entreprises, dans les banques, dans les territoires. Et bien sûr aux niveaux national, européen et mondial. Le pouvoir sur l’argent, sur la monnaie est effectivement déterminant pour pouvoir financer des projets et des investissements. Il faut le reconquérir. On ne le retrouvera pas avec un gouvernement européen, comme le proposent certains à gauche. Mais pas non plus en s’en tenant au niveau national. Il faut se battre dès le niveau local, régional, celui des bassins d’emploi et des entreprises, jusqu’au niveau mondial pour conquérir de nouveaux pouvoirs. Et en ayant en tête une cohérence d’objectifs sociaux, d’efficacité économique et écologique. Et je crois que c’est cette cohérence qui peut donner au Front de gauche la capacité d’être écouté par des citoyens en attente d’une alternative.

     

    Propos recueillis par Dominique Sicot
    Avec Jean-Pierre Champlat

     



     

    LEXIQUE 

    ALBA 
    Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, lancée en avril 2005 par Cuba et le Venezuela pour contrer la zone de libre-échange des Amériques voulue par les États-Unis. S’y sont ensuite associés la Bolivie, le Nicaragua, la Dominique, le Honduras (sorti en 2010), Saint-Vincent-et-Les-Grenadines, Antigua-et-Barbuda et l’Équateur.


     

    Banque centrale européenne (BCE) 

    Créée en 1998, elle est la banque centrale de l’Union européenne. Indépendante des politiques, elle a pour principale mission de contenir l’inflation de la zone euro dans la limite de 2% par an.


     

    Charte de La Havane 

    Elle prévoyait une Organisation internationale du commerce intégrée à l’Organisation des Nations unies (ONU). Signée le 24 mars 1948, elle n’a pas été ratifiée par les États-Unis.

    Fondée sur la coopération et non la concurrence, elle visait l’équilibre des balances de paiements entre pays, le plein-emploi et l’adoption de normes équitables.


     

    Organisation mondiale du commerce (OMC) 

    Née le 1 er janvier 1995, elle remplace le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) de 1947. Son objectif : la libéralisation du commerce mondial.


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